CD. Mozart : les nouvelles Noces de Figaro par Teodor Currentzis

Mozart_currentzis_nozzeCD à venir. Mozart : Les Noces de Figaro. Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical. Un sang neuf nous viendrait-il de Russie ? Celui qui scrupuleux dans la précision des options interprétatives restitue comme Harnoncourt depuis le début de son aventure, chez Monteverdi hier … aujourd’hui chez Mozart, une frénésie suractive qui rétablit l’énergie sanguine, physique, organique de la musique, devrait se distinguer dans ces nouvelles Nozze de Mozart à paraître chez Sony classical en février 2014. Teodor Currentzis (né en Grèce en 1972) s’attèle à un projet ambitieux où le chant mozartien a usé maints baroqueux et des plus illustres. Le challenger de Gergiev, nouveau maestro initié aux approches historiquement informées,  inaugure son contrat nouvellement signé avec Sony. L’élève d’Ylia Musin à Saint-Pétersbourg (comme Gergiev et Byshkov), dont on a ici même loué Didon et Enée de Purcell (avec déjà la déconcertante Simone Kermes – laquelle aimerait tant rivaliser avec Cecilia Bartoli…), s’attaque  sur instruments anciens (ceux de son orchestre Musicaeterna), à la trilogie mozartienne avec ce premier volet dédié aux Nozze. Cosi puis Don Giovanni suivront ensuite chez le même éditeur, respectivement à l’automne 2014, puis d’ici la rentrée 2015.

 

 

 

Teodor Currentzis signera-t-il pour Sony des Nozze décisives ?

Réinventer les Noces

 

L’Athénien impétueux défend ses conceptions musicales depuis Perm, ancienne cité florissante grâce à la fabrication des armes dont il fait depuis quelques années (à partir de 2011 précisément quand il fut nommé directeur musical de l’Opéra local) un nouveau foyer lyrique et musical de premier plan… C’est à Perm que le chef a réuni instrumentistes et chanteurs pour enregistrer Les Noces de Figaro de Mozart. Révélé comme chef principal à l’Opéra de Novosibirsk (2004-2010), Currentzis a affirmé un tempérament intensément dramatique avec son partenaire et homme de théâtre Dmitri Tcherniakov dont la scénographie expressionniste et âpre, dévoilant les fissures profondes d’être décalés ou inadaptés a de facto renouvelé la perception des oeuvres abordées avec le chef grec : Aida (2004), Macbeth (2008), Wozzeck (2009), Don Giovanni (2010, présenté à Aix)…

En vérité sa première approche des Nozze remonte à 2008 : déjà dépoussiérées et comme révitalisées par une direction palpitante voire haletante. Fougueux, prêt à toutes les audaces comme à tous les défis, le jeune maestro aime relire, dépoussiérer, réinventer ce geste audacieux qui a fait la valeur des pionniers de la révolution baroque depuis les années 1960. C’est pourquoi afficher son nom sur une production est souvent l’indice d’une réappropriation originale et personnelle de la partition concernée.
Pour autant, sa furie énergique est-elle juste et légitime dans ses choix ? Que vaut son Mozart et sa direction lyrique au regard des options et des choix esthétiques assumés ?

 

 

Currentzis, directeur électrique

 

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Côtés chanteurs, les variations et cadences improvisées sont rétablies (abellimenti – embellissements, usage familier à l’époque) ; les vibrato évidemment exclus sauf s’ils sont justifiés par la situation ; en chef esthète critique et analytique, Currentzis surprend surtout par l’activité de la musique, la palette dynamique d’un orchestre pétillant, pétulant, sémillant où la participation permanente du pianoforte (récitatifs et tutti orchestraux, comme si Mozart lui-même dirigeait tout en improvisant et jouant de son forte-piano – hammerklavier-), la couleur fondante et liante du luth (plus inhabituel) … font la différence ; les cors redoublent de mordant, les cordes exultent souvent. Or il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de détails. La vitalité fiévreuse qu’affirme et cisèle le chef quadra exprime souvent vertiges, aspirations, langueurs, la sauvagerie comme la spiritualité d’une partition essentiellement de rupture et révolutionnaire. Tout s’agence pour une relecture vive et haletante du chef d’oeuvre de Mozart et de Da Ponte. L’architecture et la gestion des contrastes, la pulsation, l’équilibre des balances, le jeu nerveux et hypersensible du chef pourrait bien signer une nouvelle référence de l’opéra mozartien. Contre les effets de la simplification, voilà un geste engagé qui rugit et murmure avec une intensité éruptive. Et les milles détails s’invitant dans le tourbillon du geste comme du banquet orchestral préservent surtout la furieuse tension de la partition. De quoi nous mettre en appétit et annoncer ainsi une trilogie à suivre… Tant de louables intentions et la réalisation dramatique sauront-ils nous séduire ?

 

 

Réponse dans le mag cd de classiquenews.com d’ici début février prochain. Parution des Nozze di Figaro par Teodor Currentzis : le 17 février 2014 (3 cd Sony classical).

 

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