Le chef ouzbek Aziz Shokhakimov (actuel directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg) dirige dans ce programme attendu, l’Orchestre National de Lille. Le programme promet d’être passionnant : d’abord le concerto pour alto « I cannot love without trembling » / je ne peux aimer sans trembler… (création française), de la compositrice minimaliste canado-britannique Cassandra Miller par l’altiste qui l’a créé et qui en est le dédicataire : Lawrence Power (création mondiale en 2023 avec l’Orchestre philharmonique de Bruxelles). Le caractère entier du Concerto demeure emblématique des univers intérieurs et méditatifs de la compositrice qui travaille sur le matériau sonore, originel, d’écoute d’œuvres antérieures ; déduisant des écarts, des imperfections dans l’acte de mimétisme assumé qui en découle ; le Concerto s’inspire d’une phrase de Simone Weil, et de plusieurs airs de lamentation de l’Antiquité grecque ; c’est une pièce bouleversante et profonde qui évoque les sanglots de l’âme… et qui semble s’alléger à mesure qu’elle se déploie.
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photo Aziz Shokhakimov © Jean-Baptiste Millot
La pensée de la compositrice questionne autant la douleur que l’amour, la séparation que la rencontre, une grande partie de la musique étant le produit de sa propre méthode dite « chant automatique » / “automatic singing”. Ici, l’écriture prolonge son propre chant, inspiré d’un style de lamentation funéraire improvisée du pays natal du violoniste grec Alexis Zoumbas. Le tremblement cité dans le titre même de la pièce renvoyant à son dérivé musical : trémolos, tremolandi, trilles…, ses effets comme filigranés dans la texture sonore restent omniprésents tout du long, éclairant sa forme essentielle qui s’inscrit dans une simplicité sous-jacente.
En seconde partie, place à l’une des symphonies les plus spectaculaires de Rachmaninov (d’autant libératrice pour l’auteur que l’échec de la symphonie précédente n°1 fut un traumatisme long à surmonter) : la flamboyante n°2.
En mi mineur opus 21, la Symphonie n°2 de Rachmaninov marque le retour du compositeur à l’écriture, après son échec traumatisant dû aux critiques émises à la création de sa première symphonie. Créée à Saint-Pétersbourg en mars 1897, la Première Symphonie mal dirigée par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisé) suscite les vives reproches de César Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) à qui tout semblait sourire… A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragé par Tchaikovski et qui a à son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opéra Aleko, 1893) reprend goût à la création : en découlent après Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (; Francesca da Rimini, 1904 ; Le Chevalier ladre, 1906) et aussi cette nouvelle symphonie, n°2, emblème d’un équilibre enfin recouvré. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire ; il affirme son tempérament puissant et original.
Créée en 1908 à Saint-Pétersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une période féconde qui est celle aussi du poème orchestral « l’île des morts » et de l’éblouissant Concert pour piano n°3. La n°2 est portée par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrésistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composées. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacité qui inféode le développement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthèse portée par la beauté de sa cantilène, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thème principal du premier mouvement) / Allegro vivace
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Aziz Shokhakimov & Lawrence Power
Entre sanglots et renaissance, un même souffle.
vendredi 13 novembre 2026 – 20 h
LILLE, Nouveau siècle
Auditorium « Jean-Claude Casadessus »
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/aziz-shokhakimov-lawrence-power
Durée : 1h55 avec entracte
Miller, I cannot love without trembling
Concerto pour alto
Rachmaninov, Symphonie n°2
concert repris à
Bruges, Concertgebouw
samedi 14 novembre 2026 – 20h
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