OPERA événement. ANGERS, Grand Théùtre : derniÚre à 14h ce jour, du Don GIOVANNI de Mozart par le duo Caurier / Leiser

bandeau-giovanniOPERA Ă©vĂ©nement. ANGERS, Grand ThĂ©Ăątre : derniĂšre Ă  14h ce jour, du Don GIOVANNI de Mozart par le duo Caurier / Leiser. CHOC VISUEL  : ACIDE, Ă©lectrique, un DON GIOVANNI au scalpel Ă  ANGERS. Servie par un cast de jeunes chanteurs Ă  l’incisive sensibilitĂ©, la nouvelle production de Don Giovanni prĂ©sentĂ©e par ANGERS NANTES OPERA est un moment de thĂ©Ăątre sulfureux et percutant. DĂ©capante et glaciale, la vision dĂ©veloppĂ©e ici analyse la figure du SĂ©ducteur avec une froideur clinique, sous la brĂ»lure constante d’un Ă©clairage froid et direct (façon interrogatoire, comme leur Tosca pour le mĂȘme ThĂ©Ăątre), curieux de dĂ©crypter chaque jalon d’une descente aux enfers, celle d’un Ă©rotomane nocturne, junky cynique, portĂ© Ă  l’autodestruction… les amateurs de perruques XVIIIĂš, de costumes et dĂ©cors façon Losey seront surpris : Patrice Caurier et Moshe Leiser s’entendent Ă  moderniser l’action (comme ils l’avaient fait du Falstaff de Verdi) ; ils dĂ©veloppent leur regard aigre, caustique, acerbe sur leurs sujets, au pied d’un immeuble style HLM (porte vitrĂ©e et interphone en prime…).

Inutile de souligner combien fidĂšle Ă  la ligne artistique dĂ©fendue par le directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Jean-Paul Davois, la nouvelle production de ce Don Giovanni ne laisse pas indiffĂ©rent, en replaçant le dispositif thĂ©Ăątral au coeur du spectacle, en dĂ©voilant sous le projecteur les corps des acteurs-chanteurs au devant de la scĂšne… Jamais vous n’aurez vu et rĂ©dĂ©couvert le fameux duo LĂ  ci darem la mano entre Don Giovanni et sa jeune proie Zerlina, de cette façon, traitĂ© avec une telle impudeur suggĂ©rĂ©e, a contrario de bien des scĂšnes ailleurs de pure sĂ©duction … en comparaison souvent minaudante ; jamais la derniĂšre scĂšne, empoignade entre le dĂ©cadent chevalier et le Commandeur moralisateur et juge, n’aura Ă©tĂ© traitĂ©e de façon aussi brĂ»lante et trash : la vision ultime d’un droguĂ© trop tĂŽt usĂ© par sa dĂ©lirante obsession du sexe.

 

 

 

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L’engagement du chef (Mark Shanahan) dans la fosse comme l’implication des jeunes chanteurs expriment surtout l’Ă©lan du dĂ©sir, l’Ă©coulement d’un Ă©rotisme acide, conçu comme une lame de fond ou la coulante lave d’un volcan destructeur. Parmi les solistes Don Giovanni et son double complice Leporello composent comme un monstre Ă  deux visages, d’une irrĂ©sistible tension Ă©rotique : rien ne rĂ©siste Ă  leur aimantation trouble, duplicable et gĂ©mellaire ; respectivement John Chest et l’excellent Ruben Drole incarnent les intentions des deux metteurs en scĂšne avec une justesse de ton et une Ă©vidence vocale saisissantes ; offrant deux couleurs mĂąles et viriles d’une exceptionnelle vĂ©ritĂ©. A leurs cĂŽtĂ©s, et sur un mĂȘme plan de sĂ©duction comme de conviction dramatique, l’Ottavio (fin et Ă©lĂ©gant) de Philippe Talbot, surtout l’Ă©tonnante Donna Elvira de la soprano Rinat Shaham (pourtant dĂ©clarĂ©e souffrante le soir de notre prĂ©sence) se distinguent eux aussi trĂšs nettement par un caractĂ©risation intĂ©rieure qui nourrit leur individualitĂ© respective. DerniĂšre aujourd’hui, Ă  14h, Grand ThĂ©Ăątre d’Angers. Incontournable.

 

 

 

ANGERS, Grand Théùtre. Don Giovanni de Mozart, derniÚre ce jour, dimanche 8 mai 2016 à 14h. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scÚne.

 

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

 

Illustrations : Leporello et Don Giovanni (scÚne finale) : Ruben Drole et John Chest / © Jef Rabillon / Angers Nantes Opéra 2016
— Donna Elvira et Don Giovanni, duo Ă©lectrique sous le projecteur : Rinat Shaham et John Chest / © Jef Rabillon / Angers Nantes OpĂ©ra 2016

ANGERS. Le nouveau Don Giovanni du duo Caurier et Leiser

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Angers Nantes OpĂ©ra. Don Giovanni : 4,6,8 mai 2016. Nouvelle production attendue Ă  Angers. Un Don Giovanni comme condamnĂ©, acculĂ© Ă  expirer, exprime en une course derniĂšre et enivrĂ©e, ses derniĂšres forces vitales, rĂ©solument tournĂ©es sur le dĂ©sir et la sĂ©duction manipulatrice, dominatrice, dĂ©vorante. C’est donc un “tĂ©nĂ©breux” sĂ©ducteur, conscient de la mort et du nĂ©ant, un cynique malgrĂ© lui qui au crĂ©puscule d’une existence creuse et dĂ©jĂ  angoissĂ©e qui surgit sur les planches ; en somme un hĂ©ros dĂ©jĂ  romantique. Chaque tableau met en scĂšne comme une sĂ©rie rĂ©pĂ©titives, la mise Ă  mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilitĂ© : “Il est trop tard pour le fidĂšle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naĂŻve Zerline, Don Juan n’est dĂ©jĂ  plus de ce monde. DĂ©cadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompĂ©s, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse Ă  la roulette du dĂ©sespoir, dĂ©fie encore l’ici et l’au-delĂ . Et croque la mort Ă  belles dents,” comme le prĂ©cise la prĂ©sentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet Ă  ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opĂ©ra de l’effroi

VoilĂ  donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse Ă  dĂ©truire et Ă  manipuler, se dĂ©lectant de l’effroi spĂ©cifique qu’il fait naĂźtre dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naĂŻves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, dĂ©cille notre Ăąme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle rĂ©ellement le sens d’une rĂ©demption ?  L’agent de la clairvoyance est certes chĂątiĂ© car son message Ă©tait trop violent et trop brutal mĂȘme s’il Ă©tait juste et vrai… L’insolence et la libertĂ© de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle Ă  sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchantĂ©/enchanteur, – crĂ©Ă© Ă  Prague avec un phĂ©nomĂ©nal succĂšs en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mĂȘlĂ©s : sĂ©rieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et lĂ©ger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, gĂ©nĂ©reuse et misĂ©ricordieuse pour l’infĂąme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme Ă  chaque fois, Mozart perce le cƓur de chacun des protagonistes, hĂ©ros solitaire de sa propre destinĂ©e qui dans l’opĂ©ra, se rĂ©vĂšle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de rĂ©solution. Car au final, aprĂšs la chute du hĂ©ros dans les enfers, chacun se retrouve face Ă  lui-mĂȘme, confrontĂ© Ă  son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est Ă  la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbĂ©e, jusqu’auboutiste. Face Ă  son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le hĂ©ros tend une main sĂ»re et solide, tout en sachant qu’il en sera pĂ©trifiĂ© / condamnĂ©, foudroyĂ©. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpĂ©tuelle. AprĂšs Tirso de Molina et son Abuseur de SĂ©ville et l’InvitĂ© de pierre (1630), aprĂšs MoliĂšre (fĂ©vrier 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opĂ©ra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poĂ©tiquement dĂ©jĂ  trouble de Giovanni Bertali) comme du dĂ©lire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincĂšre Elvira ? Le bouffon Leporello, double rĂ©aliste du sĂ©ducteur, et son complice en tout, au point de revĂȘtir l’identitĂ© de son maĂźtre pour mieux tromper et sĂ©duire ? La vĂ©ritĂ© est cachĂ©e dans la musique classique et romantique, tragique et lĂ©gĂšre d’un Mozart dĂ©cidĂ©ment universel, intemporel.
La nouvelle production a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes du 4 au 12 mars 2016 crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement, - premiĂšre rĂ©alisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser Ă  Angers et Ă  Nantes (Ă  l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du ThĂ©Ăątre),  est jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posĂ©e par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier sĂ©ducteur Casanova – modĂšle du XVIIIĂšme pour notre hĂ©ros-, car il a effectivement participĂ© Ă  l’Ă©laboration de l’opĂ©ra pour sa crĂ©ation praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise  les 4, 6 et 8 mai 2016 Ă  Angers (Grand ThĂ©Ăątre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart Ă  Nantes et Ă  Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire

 

LIRE aussi notre compte rendu Don Giovanni de Mozart par le duo de metteurs en scĂšne Patrick Caurier, Moshe Leiser : “Don Giovanni, fascinant auto destructeur” par notre rĂ©dacteur envoyĂ© spĂ©cial Ă  Nantes, Pedro Octavio Diaz (le 6 mars 2016 Ă  Nantes, OpĂ©ra Graslin)

 

Informations, rĂ©servations, distribution sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra / Don Giovanni de Mozart

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Nouveau Don Giovanni Ă  Nantes

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Angers Nantes OpĂ©ra. Don Giovanni : 4-12 mars 2016. Nouvelle production attendue Ă  Nantes puis Ă  Angers. Un Don Giovanni comme condamnĂ©, acculĂ© Ă  expirer, exprime en une course derniĂšre et enivrĂ©e, ses derniĂšres forces vitales, rĂ©solument tournĂ©es sur le dĂ©sir et la sĂ©duction manipulatrice, dominatrice, dĂ©vorante. C’est donc un “tĂ©nĂ©breux” sĂ©ducteur, conscient de la mort et du nĂ©ant, un cynique malgrĂ© lui qui au crĂ©puscule d’une existence creuse et dĂ©jĂ  angoissĂ©e qui surgit sur les planches ; en somme un hĂ©ros dĂ©jĂ  romantique. Chaque tableau met en scĂšne comme une sĂ©rie rĂ©pĂ©titives, la mise Ă  mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilitĂ© : “Il est trop tard pour le fidĂšle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naĂŻve Zerline, Don Juan n’est dĂ©jĂ  plus de ce monde. DĂ©cadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompĂ©s, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse Ă  la roulette du dĂ©sespoir, dĂ©fie encore l’ici et l’au-delĂ . Et croque la mort Ă  belles dents,” comme le prĂ©cise la prĂ©sentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet Ă  ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opĂ©ra de l’effroi

VoilĂ  donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse Ă  dĂ©truire et Ă  manipuler, se dĂ©lectant de l’effroi spĂ©cifique qu’il fait naĂźtre dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naĂŻves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, dĂ©cille notre Ăąme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle rĂ©ellement le sens d’une rĂ©demption ?  L’agent de la clairvoyance est certes chĂątiĂ© car son message Ă©tait trop violent et trop brutal mĂȘme s’il Ă©tait juste et vrai… L’insolence et la libertĂ© de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle Ă  sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchantĂ©/enchanteur, – crĂ©Ă© Ă  Prague avec un phĂ©nomĂ©nal succĂšs en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mĂȘlĂ©s : sĂ©rieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et lĂ©ger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, gĂ©nĂ©reuse et misĂ©ricordieuse pour l’infĂąme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme Ă  chaque fois, Mozart perce le cƓur de chacun des protagonistes, hĂ©ros solitaire de sa propre destinĂ©e qui dans l’opĂ©ra, se rĂ©vĂšle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de rĂ©solution. Car au final, aprĂšs la chute du hĂ©ros dans les enfers, chacun se retrouve face Ă  lui-mĂȘme, confrontĂ© Ă  son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est Ă  la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbĂ©e, jusqu’auboutiste. Face Ă  son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le hĂ©ros tend une main sĂ»re et solide, tout en sachant qu’il en sera pĂ©trifiĂ© / condamnĂ©, foudroyĂ©. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpĂ©tuelle. AprĂšs Tirso de Molina et son Abuseur de SĂ©ville et l’InvitĂ© de pierre (1630), aprĂšs MoliĂšre (fĂ©vrier 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opĂ©ra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poĂ©tiquement dĂ©jĂ  trouble de Giovanni Bertali) comme du dĂ©lire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincĂšre Elvira ? Le bouffon Leporello, double rĂ©aliste du sĂ©ducteur, et son complice en tout, au point de revĂȘtir l’identitĂ© de son maĂźtre pour mieux tromper et sĂ©duire ? La vĂ©ritĂ© est cachĂ©e dans la musique classique et romantique, tragique et lĂ©gĂšre d’un Mozart dĂ©cidĂ©ment universel, intemporel.
La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes du 4 au 12 mars 2016 crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement, - premiĂšre rĂ©alisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser Ă  Angers et Ă  Nantes (Ă  l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du ThĂ©Ăątre),  est jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posĂ©e par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier sĂ©ducteur Casanova – modĂšle du XVIIIĂšme pour notre hĂ©ros-, car il a effectivement participĂ© Ă  l’Ă©laboration de l’opĂ©ra pour sa crĂ©ation praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise ensuite les 4, 6 et 8 mai 2016 Ă  Angers (Grand ThĂ©Ăątre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart Ă  Nantes et Ă  Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire

 

 

 

Informations, rĂ©servations, distribution sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra / Don Giovanni de Mozart

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Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. ”Pass’d the point of no return, the final threshold  The bridge is crossed, so stand and watch it burn!” Charles Hart – Dom Juan triumphant (The Phantom of the Opera) Dans la comĂ©die musicale sur le FantĂŽme de l’Opera signĂ©e Andrew Lloyd Weber, le terrible monstre mĂ©lomane qui terrorise le Palais Garnier Ă©crit et impose son opera, “Dom Juan Triumphant”. Pendant le paroxysme de cette crĂ©ation, il se glisse dans le costume du hĂ©ros pour enlever la chanteuse Christine dont il est follement Ă©pris, le duo “Pass’d the point of no return” est d’une inquiĂ©tante Ă©trangetĂ©.  “InquiĂ©tante Ă©trangetĂ©” est l’effet que cette nouvelle mise en scĂšne du Don Giovanni de Mozart nous provoque.

 

 

Don Giovanni fascinant, auto destructeur

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Les temps modernes veulent en effet que les adaptations, plus ou moins rĂ©ussies, des Ɠuvres du rĂ©pertoire soient parfois d’un rĂ©alisme tel qu’il tend Ă  nous faire bondir de notre siĂšge de paisibles spectateurs du divertissement. Don Giovanni est un jouisseur invĂ©tĂ©rĂ© et Ă©goĂŻste, c’est un fait ; mais sa damnation est finalement plus un chĂątiment moral et divin qu’un aboutissement d’une quĂȘte autodestructrice.  Pour cette mise en scĂšne, Patrice Caurier et Moshe Leiser parient sur un Don Giovanni fascinant et auto-destructeur. En somme, Don Giovanni est un caĂŻd de banlieue droguĂ© et excessif, qui attire et qui rĂ©vulse. Finalement en mettant en scĂšne l’action dans un immeuble quelconque, ce drame moral en devient un fait divers digne des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s du week-end. Bonnes idĂ©es de base mais cette production demeure assez nĂ©vrotique malgrĂ© tout. Une bonne idĂ©e est de rendre Leporello beaucoup plus consistant que le rĂŽle de valet complice. On retrouve un personnage fascinĂ© par Don Giovanni,  complice mĂȘme charnellement, une rĂ©elle bonne idĂ©e bien transmise dans le jeu excellent de Ruben Drole. Or c’est aussi lĂ  que ça cloche : la monstration du sexe sur scĂšne est excessive et sans aucune subtilitĂ© ; quasiment tous les airs sont prĂ©texte Ă  des Ă©bats (or Don Ottavio et Donna Anna) allant jusqu’Ă  la sodomie. On arrive Ă  se demander si cette monstration est un banalisateur pour choquer le bourgeois et faire plaisir au spectateur de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© ? Finalement on peut plutĂŽt y ressentir un certain malaise. De mĂȘme la fin, ou l’on retrouve un Don Giovanni au paroxysme de son excĂšs (scĂšne de banquet au sandwich Sodebo et whisky eco+, sodomie de Leporello, cocaĂŻne…) et finalement le pauvre Commandeur, dans la vision de messieurs Caurier et Leiser perd sa figure statuaire et terrible pour devenir une simple allucination issue d’une piqure d’hĂ©roĂŻne. En effet, ici Don Giovanni ne tombe pas dans les enfers mais meurt d’une overdose; ce qui revient Ă  faire mourir au XVIIIeme siĂšcle Don Giovanni d’une indigestion.  Outre cette mise en scĂšne qui mĂȘle excellentes idĂ©es et visions moins heureuses, la direction d’acteurs est mitigĂ©e par le talent des uns et des autres, le couple Don Giovanni (John Chest) et Leporello (Ruben Drole) se dĂ©tachant largement. CĂŽtĂ© musique, l’Orchestre National des Pays de Loire trouve les couleurs de Mozart Ă  son aise surtout sous la baguette formidable de Marc Shanahan. Ce chef est sublime de dynamisme, gardant le rythme, la narration, les nuances. CĂŽtĂ© plateau, le choix des solistes est un peu dĂ©sĂ©quilibrĂ©. John Chest est un Giovanni incroyable de jeunesse, de beautĂ©, et de fougue. Il est inĂ©narrable dans la sĂ©duction et le cynisme, excellent acteur, il donne un relief incroyable au travail complexe de banalisation du personnage pour le rendre proche de notre monde. Vocalement il demeure correct mĂȘme si ça et la, on aurait souhaitĂ© plus de nuances. Le Leporello de Ruben Drole est remarquable dans l’Ă©motion et notamment Ă  la fin, il Ă©meut jusqu’aux larmes. Cependant vocalement il demeure un peu en retrait, avec une voix quelque peu monochrome.  TroisiĂšme splendeur de la soirĂ©e l’incroyable Elvira de Rinat Shaham. NuancĂ©e, puissante et terriblement attachante, ses phrases ont une Ă©lĂ©gance envoĂ»tante et la vocalise mozartienne n’a aucun secret pour elle. Bravo mille fois Ă  cette interprĂšte formidable et encourageons les ensembles et les directeurs d’opĂ©ra Ă  lui offrir des occasions de nous surprendre encore. Tout pareil la Zerlina de Elodie Kimmel est d’un raffinement notable, dĂ©gageant cette innocence Ă©quivoque et une belle dĂ©termination inhĂ©rentes au rĂŽle. Le Masetto de Ross Ramgobin est correct mais sans beaucoup de souplesse. La Donna Anna de Gabrielle Philiponet déçoit par une forte tension dans l’aigu et une interprĂ©tation monochrome qui ajoute Ă  la froideur virginale de son rĂŽle. Le Ottavio de Philippe Talbot est sans fard et assez ennuyeux. Son jeu est tout aussi dĂ©cevant puisqu’il en est inexpressif. C’est dommage, surtout que son “Dalla sua Pace” est beau et plein d’Ă©motions. Le Commandeur de Andrew Greenan est correct. Ce Don Giovanni Nantais nous rappelle dans une course folle Ă  l’excĂšs que nous sommes bien plus proches des Dom Juan que nous ne voulons l’admettre. Cependant, le “point de non retour” est lors du dĂ©ni de notre propre libre-arbitre, le cynisme de voir la limite et de la toucher du bout des doigts. Finalement ce Don Giovanni avec ses excĂšs et ses imperfections est loin de laisser indiffĂ©rents et gageons que c’est ce qui constitue la plus grande beautĂ© de cette production. A Nantes les 6, 8, 10 et 12 mars 2016, puis Ă  Angers les 4, 6 et 8 mai. www.angers-nantes-opera.com)

 

Don Giovanni de WA Mozart Ă  Nantes

Don Giovanni           John Chest
Le Commandeur         Andrew Greenan
Leporello                    Ruben Drole
Donna Anna                Gabrielle Philiponet
Don Ottavio                Philippe Talbot
Donna Elvira                Rinat Shaham
Masetto                      Ross Ramgobin
Zerlina                           Élodie Kimmel
Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra
Direction Xavier Ribes

Orchestre National des Pays de la Loire.
Direction musicale: Mark Shanahan
Mise en scĂšne: Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. Illustration : Jeff Rabillon © Angers Nantes OpĂ©ra 2016.

Nouveau Don Giovanni Ă  Nantes et Ă  Angers

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Angers Nantes OpĂ©ra. Don Giovanni : 4-12 mars 2016. Nouvelle production attendue Ă  Nantes puis Ă  Angers. Un Don Giovanni comme condamnĂ©, acculĂ© Ă  expirer, exprime en une course derniĂšre et enivrĂ©e, ses derniĂšres forces vitales, rĂ©solument tournĂ©es sur le dĂ©sir et la sĂ©duction manipulatrice, dominatrice, dĂ©vorante. C’est donc un “tĂ©nĂ©breux” sĂ©ducteur, conscient de la mort et du nĂ©ant, un cynique malgrĂ© lui qui au crĂ©puscule d’une existence creuse et dĂ©jĂ  angoissĂ©e qui surgit sur les planches ; en somme un hĂ©ros dĂ©jĂ  romantique. Chaque tableau met en scĂšne comme une sĂ©rie rĂ©pĂ©titives, la mise Ă  mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilitĂ© : “Il est trop tard pour le fidĂšle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naĂŻve Zerline, Don Juan n’est dĂ©jĂ  plus de ce monde. DĂ©cadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompĂ©s, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse Ă  la roulette du dĂ©sespoir, dĂ©fie encore l’ici et l’au-delĂ . Et croque la mort Ă  belles dents,” comme le prĂ©cise la prĂ©sentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet Ă  ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opĂ©ra de l’effroi

VoilĂ  donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse Ă  dĂ©truire et Ă  manipuler, se dĂ©lectant de l’effroi spĂ©cifique qu’il fait naĂźtre dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naĂŻves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, dĂ©cille notre Ăąme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle rĂ©ellement le sens d’une rĂ©demption ?  L’agent de la clairvoyance est certes chĂątiĂ© car son message Ă©tait trop violent et trop brutal mĂȘme s’il Ă©tait juste et vrai… L’insolence et la libertĂ© de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle Ă  sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchantĂ©/enchanteur, – crĂ©Ă© Ă  Prague avec un phĂ©nomĂ©nal succĂšs en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mĂȘlĂ©s : sĂ©rieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et lĂ©ger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, gĂ©nĂ©reuse et misĂ©ricordieuse pour l’infĂąme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme Ă  chaque fois, Mozart perce le cƓur de chacun des protagonistes, hĂ©ros solitaire de sa propre destinĂ©e qui dans l’opĂ©ra, se rĂ©vĂšle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de rĂ©solution. Car au final, aprĂšs la chute du hĂ©ros dans les enfers, chacun se retrouve face Ă  lui-mĂȘme, confrontĂ© Ă  son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est Ă  la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbĂ©e, jusqu’auboutiste. Face Ă  son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le hĂ©ros tend une main sĂ»re et solide, tout en sachant qu’il en sera pĂ©trifiĂ© / condamnĂ©, foudroyĂ©. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpĂ©tuelle. AprĂšs Tirso de Molina et son Abuseur de SĂ©ville et l’InvitĂ© de pierre (1630), aprĂšs MoliĂšre (fĂ©vrier 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opĂ©ra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poĂ©tiquement dĂ©jĂ  trouble de Giovanni Bertali) comme du dĂ©lire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincĂšre Elvira ? Le bouffon Leporello, double rĂ©aliste du sĂ©ducteur, et son complice en tout, au point de revĂȘtir l’identitĂ© de son maĂźtre pour mieux tromper et sĂ©duire ? La vĂ©ritĂ© est cachĂ©e dans la musique classique et romantique, tragique et lĂ©gĂšre d’un Mozart dĂ©cidĂ©ment universel, intemporel.
La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes du 4 au 12 mars 2016 crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement, - premiĂšre rĂ©alisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser Ă  Angers et Ă  Nantes (Ă  l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du ThĂ©Ăątre),  est jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posĂ©e par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier sĂ©ducteur Casanova – modĂšle du XVIIIĂšme pour notre hĂ©ros-, car il a effectivement participĂ© Ă  l’Ă©laboration de l’opĂ©ra pour sa crĂ©ation praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise ensuite les 4, 6 et 8 mai 2016 Ă  Angers (Grand ThĂ©Ăątre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart Ă  Nantes et Ă  Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire

 

 

 

Informations, rĂ©servations, distribution sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra / Don Giovanni de Mozart

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Don Giovanni Ă  Monte Carlo

yoncheva_sonya_recital_parisMonte Carlo, OpĂ©ra. Mozart : Don Giovanni. Les 20,22,25,27, 29 mars 2015. Le chef Paolo Arrivabeni, dans la mise en scĂšne de Jean-Louis Grinda (directeur des lieux), dirige entre autres l’une des meilleures voix fĂ©minines actuelles, souple et onctueuse, articulĂ©e aussi : celle de Sonia Yoncheva dans le rĂŽle de la douce et loyale Elvire, la seule qui aime vraiment le sĂ©ducteur immoral ; Ă  ses cĂŽtĂ©s, le baryton basse uruguyen (ex compagnon de la Netrebko), Erwin Schrott incarne l’un des ses personnages fĂ©tiches, Don Juan. FĂ©lin, carnassier cynique, d’un jeu froid et animal, le chanteur a su parfaitement exprimer le cynisme sĂ©ducteur, la puissance explosive et perturbatrice du rĂŽle-titre.
Da Ponte dont on mettait en doute sa capacitĂ© Ă  fournir Ă  temps, son meilleur livret pour Mozart, rĂ©pondait : « J’écrirai la nuit pour Mozart et ça sera comme si je lisais L’Enfer de Dante  ». De fait, il y a bien du noir et du tĂ©nĂ©breux dans les climats profonds, lugubres parfois (quand le commandeur et sa statue paraissent sur scĂšne), dans Don Giovanni. La prouesse des auteurs reste l’imbrication Ă©tincelante et crĂ©pusculaire donc, entre comique et tragique, entre sincĂ©ritĂ© et manipulation. Il en dĂ©coule un sommet de l’art lyrique crĂ©Ă© Ă  Prague le 29 octobre 1787 : une Ɠuvre fantastique et nocturne en pleine Ăšre des LumiĂšres.
Jamais Mozart ne fut plus proche de la rĂ©alitĂ© du cƓur humain : l’inconstance du sĂ©ducteur voisine avec sa conscience entiĂšre et assumĂ©e de la mort. La jouissance voudrait-elle terrasser la vanitĂ© de toute chose ? De fait, Don Giovanni ne s’y prend pas autrement. Il entraĂźne de son incessante chute, course Ă  l’abĂźme hĂ©oniste et sensuel, Leporello, son double comique et serviteur.

boutonreservationDon Giovanni de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo, Monaco
Les 20,22,25,27, 29 mars 2015.

Chef d’orchestre :  Paolo Arrivabeni
Mise en scÚne :  Jean-Louis Grinda
DĂ©cors et costumes : Rudy Sabounghi
LumiĂšres : Laurent Castaingt
Chef de chƓur : Stefano Visconti

Don Giovanni, jeune gentilhomme extrĂȘmement licencieux : Erwin Schrott
Le Commandeur : Giacomo Prestia
Donna Anna, sa fille, dame de qualité, fiancée de Don Ottavio : Patrizia Ciofi
Don Ottavio : Maxim Mironov
Donna Elvira, noble dame de Burgos : Sonya Yoncheva
Leporello, valet de Don Giovanni : Adrian Sampetrean
Masetto, amant de Zerlina : Fernando Javier RadĂł
Zerlina, paysanne:  Loriana Castellano

ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

Illustration : Sonia Yoncheva (DR)

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 15 janvier 2015. Mozart : Don Giovanni. Erwin Schrott, Marie-Adeline Henry, Adrian SĂąmpetrean
 Orchestre et choeurs de l’opĂ©ra. Alain Altinoglu, direction. Michael Haneke, mise en scĂšne.

mozart-don-giovanni-michel-haneke-opera-bastille-paris-janvier-fevrier-2015-300La cĂ©lĂšbre production de Don Giovanni du cinĂ©aste autrichien Michael Haneke revient encore une fois Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Cette fois-ci elle ouvre l’annĂ©e 2015 Ă  l’OpĂ©ra Bastille (bien qu’originellement crĂ©Ă©e au Palais Garnier en 2006). Le nouveau directeur de la maison, StĂ©phane Lissner, monte sur scĂšne avant la reprĂ©sentation et donne un court discours admirable et encourageant en rĂ©action aux Ă©vĂ©nements tragiques de ce dĂ©but d’annĂ©e 2015. Le chƓur de l’OpĂ©ra de Paris interprĂšte par la suite « Va, pensiero », le « chƓur des hĂ©breux » de Nabucco. Un moment de grand Ă©motion, rĂ©compensĂ© par une standing-ovation et des applaudissements trĂšs vifs, que les choristes ont ensuite redonnĂ© au public. Un prĂ©lude pour Don Giovanni que nous saurons ne pas oublier.

Don Giovanni flippant mais sans nuances‹
L’OpĂ©ra des opĂ©ras, la piĂšce fĂ©tiche des romantiques, ce deuxiĂšme fils du couple Da Ponte-Mozart, transcende le style de l’opera buffa proprement dit pour atteindre les sommets de la tragĂ©die. Avant cette fresque immense jamais la musique n’avait Ă©tĂ© aussi vraie, aussi rĂ©aliste, aussi sombre ; jamais n’avait-elle exprimĂ© aussi brutalement le contraste entre les douces effusions de l’amour et l’horreur de la mort. Peut-ĂȘtre le chef d’Ɠuvre de Mozart le plus enflammĂ©, le plus osĂ©, il raconte l’histoire de notre anti-hĂ©ros libertin prĂ©fĂ©rĂ© et sa descente aux enfers avec la plus grande attention aux pulsions humaines, avec la plus grande humanitĂ© en vĂ©ritĂ©. Michael Haneke, aussi, arrive Ă  Ă©voquer la plus grande humanitĂ© souvent par des moyens glaciaux. Or, ce soir Ă  Bastille nous sommes devant une production « selon une mise en scĂšne de Michael Haneke ». Pour quoi ne pas aussi dire selon un opĂ©ra de Mozart ? DĂ©veloppons.

L’action se dĂ©roule dans un grand bĂątiment de bureaux style « La DĂ©fense ». Zerlina et Masetto sont des employĂ©s de nettoyage. Anna et son pĂšre, patrons d’entreprise. Ottavio un prince hĂ©ritier. Giovanni le jeune directeur gĂ©nĂ©ral avec son assistant Leporello. Elvira « occupe un poste important dans une entreprise de province oĂč Giovanni travaillait auparavant ». Deux actes passent et Elvira tue Giovanni et les employĂ©s de l’immeuble le jettent par la fenĂȘtre. Ensuite ils chantent tous le lieto fine « telle est la fin de qui fait le mal. Et la mort des impies est toujours semblable Ă  leur vie ». Applaudissements. Saluts. Le metteur en scĂšne ne viendra pas recevoir sa rĂ©compense.
Pas de fantastique (ce serait sinon des masques de Mickey, dĂ©rangeants…), peu de profondeur (mais qui en est responsable?). Nous avons droit par contre Ă  l’expressionnisme dĂ©guisĂ© d’un Haneke absent, et Ă  une interprĂ©tation plus dans le choc immĂ©diat que dans la nuance psychologique bien pensĂ©e.

La distribution des chanteurs est peu Ă©quilibrĂ©e. Le Don Giovanni du baryton Uruguayen Erwin Schrott n’est pas laid Ă  regarder, quoi qu’un peu brusque Ă  entendre. L’absence de nuances, scĂ©niques et musicales, est malheureusement trĂšs visible chez lui tenant le rĂŽle-titre. Mais si son Don Giovanni souffre de monotonie, il le compense en personnalitĂ©. Nous avons donc un protagoniste Ă  la voix surprenante, avec plus l’attitude d’un latin-lover des annĂ©es 90′s que d’un sĂ©ducteur hispanique dont le charme devrait dĂ©passer les limites du temps et de l’espace. Il est plus mĂ©chant macho que sĂ©ducteur ambigu. La Donna Anna de Tatiana Lisnic arrive Ă  chanter toutes ses notes, ce qui semble devenir un fait de plus en plus remarquable. Or, nous remarqueons chez elle plutĂŽt sa belle implication scĂ©nique et son jeu d’actrice. Oui, elle arrive Ă  faire les jeux pyrotechniques de sa partition… Dans ce sens, saluons aussi le bon effort de la soprano Moldave, mais un effort un peu trop flagrant, il nous semble. Le Leporello de la basse Adrian SĂąmpetrean n’est pas toujours trĂšs stable mais sa performance reste sans doute l’une des meilleures. Moins unidimensionnel que Don Giovanni dans son jeu, nous constatons que, autant il rĂ©veille l’auditoire au premier acte avec « Notte e giorno… » autant il peine Ă  l’ensorceler avec l’air du catalogue (quoi que quand mĂȘme rĂ©compensĂ© d’applaudissements). Marie-Adeline Henry dans le rĂŽle de Donna Elvira est une force ! Le seul personnage impulsĂ© par l’amour trouve une matĂ©rialisation exquise chez la soprano. Elle chante sa cavatine au premier acte « Ah che mi dici mai… » avec plus de sentiment amoureux qu’avec la rage, comme le veux Mozart (chose trĂšs souvent incomprise). Sa caractĂ©risation est la plus nuancĂ©e et la plus riche du groupe, son « Mi tradi… » au deuxiĂšme acte est le moment le plus fort de la soirĂ©e (mĂȘme si elle aussi se voit affectĂ©e par les quelques gags expressionnistes de Haneke). La Zerlina et le Masetto de Serena Malfi et Alexandre Duhamel rayonnent de talent : la chanteuse pourrait gagner peut-ĂȘtre en tendresse ou piquant, mais leur performance reste excellente. Finalement que dire de Don Ottavio, le rĂŽle dont les tĂ©nors ont horreur ? Cela n’a pas Ă©tĂ© tout Ă  fait horripilant pour Stefan Pop, mais peu mĂ©morable (et audible!), pour dire le moins.

REGRETS. Elles-sont passĂ©es oĂč les nuances et les Ă©clairages psychologiques dont on a encore le souvenir pour la reprise de cette production en 2012 ? Comment est-il possible qu’il y a deux ans Don Giovanni embrasse Leporello et que le public soupire, se surprend, et qu’en 2015 un Erwin Schrott allĂ©chant l’embrasse et qu’il n’y ait pas de rĂ©action, ou dans le meilleur cas, que le public, maladroitement, rigole ??? Don Giovanni est-il devenu le rĂŽle des barytons qui rĂȘvent d’ĂȘtre tĂ©nors? Cela donne matiĂšre Ă  la rĂ©flexion. Nous garderons pourtant le souvenir des rĂ©ussites toujours prĂ©sentes dans cette production d’aprĂšs Haneke… Si Elvira tuant Don Giovanni Ă  la fin de l’oeuvre enlĂšve tout l’aspect fantastique, ceci s’inscrit dans le parti pris du rĂ©alisateur et demeure, qu’on soit ou pas d’accord, tout Ă  fait cohĂ©rent. Elvira, la seule qui aime, et qui aime purement, se voit tour Ă  tour exploitĂ©e, mĂ©prisĂ©e, torturĂ©e et moquĂ©e par l’objet de son amour, qui dĂ©nature en passion meurtriĂšre. De mĂȘme, les vĂ©ritables intentions de Donna Anna sont Ă©clairĂ©es avec une grande perspicacitĂ© et pour notre plus grand bonheur.

Si la distribution et la mise en scĂšne sont plutĂŽt dĂ©sĂ©quilibrĂ©es, l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris sous la direction d’Alain Altinoglu donne au contraire l’impression d’une belle homogĂ©nĂ©itĂ©. DĂšs l’ouverture, l’orchestre convainc par son jeu clair et propre, brillant mĂȘme. S’il gagne en brio progressivement, nous constatons que la performance des bois est Ă©blouissante et impeccable Ă  tous moments. Cette homogĂ©nĂ©itĂ©, si charmante soit-elle, va parfois contre le chiaroscuro omniprĂ©sent dans l’opus mozartien. Dans ce sens la performance de l’orchestre s’accorde Ă  celle des chanteurs, Au final nous apprĂ©cions cette cohĂ©sion dans le dĂ©sordre et le bel et bon effort des musiciens.

En sortant de l’immense salle de Bastille, nous entendons des murmures anonymes dĂ©crivant la production comme « pas du tout grand public ». Est-ce juste ? Mais, est-ce bon ? L’adaptation nĂ©cessaire pour la rĂ©alisation de la production Ă  l’OpĂ©ra Bastille montre, certes, encore ses coutures, mais l’Ɠuvre elle-mĂȘme reste d’une grande valeur, avec une humanitĂ© exprimĂ©e par les moyens cinĂ©matographiques de Haneke, le trouble brĂ»lant de la partition achevĂ© par le froid dĂ©licat et la dĂ©saffectation flagrante. Un chef-d’Ɠuvre Ă  voir et Ă  revoir Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 15, 20, 25 et 28 janvier et le 2, 5, 8, 11 et 14 fĂ©vrier 2015.

DVD. Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo
 (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical)

Mozart Don Giovanni Baden Baden Netrebko Schrott 88843040109DVD compte rendu critique.  Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo
 (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical). Dans la mise en scĂšne intelligente et moderniste de Philipp Himmelmann, ce Don Giovanni captĂ© live en mai 2013 auFestival de Baden Baden dĂ©voile plusieurs attraits non nĂ©gligeables ; l’orchestre sur instruments d’époque d’abord de Thomas Engelbrock sevrant avec une fine caractĂ©risation chaque climat de la partition de Mozart dont on rĂ©Ă©coute avec beaucoup d’intĂ©rĂȘt chaque trouvaille et trait gĂ©nial. La sonoritĂ© sĂ©duisante (cordes Ă  l’unisson), l’équilibre caractĂ©risĂ© des pupitres s’entend dĂšs l’ouverture Ă  la belle Ă©nergie, nerveuse et d’une gravitas prenante.  Ensuite le cast fournit un autre argument : ex Ă©poux Ă  la ville, Anna Netrebko – star Ă  Baden Baden et depuis longtemps comme Ă  Salzbourg, tĂȘte d’affiche rĂ©guliĂšre, qui retrouve ainsi le baryton uruguayen Erwin Schrott. Les deux convainquent absolument chacun dans leur emploi : en nuisette rose, Anna, ardente, habitĂ©e, vraie nature tragique, cisĂšle chaque couleur de chaque situation comme si elle jouait sa vie, avec petites limites cependant, une attention pas toujours aussi raffinĂ©e Ă  l’articulation du verbe, et parfois comme on l’a vu rĂ©cemment dans un Strauss risquĂ©, une ligne en perte de justesse. Mais par ailleurs quelle intensitĂ© sensible ! Sorte de maffieux Ă  la lame facile, Erwin Schrott animal cynique et sĂ©ducteur faussement amusĂ©, semble agir comme un fĂ©lin calculateur, tirant profit de tout : l’aisance du jeu scĂ©nique et vocal sĂ©duisent. A leurs cĂŽtĂ©s, le Leporello de Pisaroni s’emballe et trĂ©pigne comme une vraie nature dramatique, sans forcer : idem pour l’Ottavio de Castronovo, toujours Ă©gal et naturellement ardent : il incarne cet embrasement progressif que le fiancĂ© de Anna Ă©prouve avec son aimĂ©e aux cĂŽtĂ©s du provocateur infĂąme… Moins convaincante Ă  force d’hystĂ©rie dans le jeu, l’Elvire de Ernman (le maillon faible de la distribution avec la Zerlina sans charme
).

Baden Baden a le chic de réunir un plateau digne de Salzbourg. Ne réfrénons donc pas notre plaisir face à cette production trÚs séduisante.

 

 

 

erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1

 

 

Mozart : Don Giovanni. Erwin Schrott, Anna Netrebko, Charles Castronovo, Malena Ernman, Luca Pisaroni, Balthasar-Neumann-Chor & Ensemble. Thomas Hengelbrock, direction. 2 dvd Sony classical 88843040109. Festival de Baden Baden, live de mai 2013. Illustration : Erwin Schrott (DR)

 

 

 

Le Don Giovanni de Michel Haneke repris Ă  l’OpĂ©ra Bastille

MOZART_Opera_portrait_profilParis, OpĂ©ra Bastille. Mozart: Don Giovanni. Michel Haneke, 15 janvier>14 fĂ©vrier 2015. Reprise de la production de Don Giovanni par le rĂ©alisateur et homme de thĂ©Ăątre Michel Haneke. Le spectacle a Ă©tĂ© crĂ©Ă© in loco en 2006 et porte toutes les marques du monde rĂ©aliste voire cru et mĂȘme violent (La pianiste) du metteur en scĂšne autrichien. ParticuliĂšrement cĂ©lĂ©brĂ© grĂące aux films, Le Ruban blanc et le rĂ©cent Amour (palme d’or Ă  Cannes), Michel Haneke sait se glisser dans l’intimitĂ© brute et pure des Ă©motions en sachant parfaitement maĂźtriser la convention illusoire du thĂ©Ăątre. Mieux le cinĂ©aste efface l’artificiel de la camĂ©ra et pĂ©nĂštre au cƓur des passions et des intentions, Ă  mille lieux du convenu et de tout sentimentalisme. Bach, Schubert, Mozart sont ses compositeurs favoris : mais allusivement ou trĂšs fugacement prĂ©sents dans ses films. GĂ©rard Mortier lui offre une mise en scĂšne Ă  l’opĂ©ra : Katia Kabanova fut Ă©voquĂ©e mais Ă©cartĂ©e (car Haneke ne pouvait mettre en scĂšne un opĂ©ra dont il ne parlait pas la langue). Mozart s’est imposĂ© naturellement : ainsi ce Don Giovanni de 2006, crĂ©Ă© Ă  Bastille et repris en janvier et fĂ©vrier 2015.

 

 

 

Rapports de force

 

mozart-don-giovanni-michel-haneke-opera-bastille-paris-janvier-fevrier-2015-300RĂ©aliste et cynique, clinique observateur des rapports de force qui se rĂ©alisent dans l’opĂ©ra de Mozart et de son librettiste Da Ponte, Haneke imagine le sĂ©ducteur sans dieu, directeur des ressources humaines dans une grande entreprise de La DĂ©fense : son terrain de chasse, les femmes de mĂ©nage … voilĂ  qui transforme le duettino entre le chasseur et la gazelle Zerlina en… scĂšne de harcĂšlement musical.
Soulignant l’importance du jeu thĂ©Ăątral (aussi capital que le chant, voire plus dans certaines sĂ©quences…), n’hĂ©sitant pas Ă  ponctuer le drame mozartien, de scĂšnes de pur thĂ©Ăątre, Haneke sonde la violence humaine au-delĂ  du supportable : que peut un diable s’il n’a pas de victimes consentantes ? Que peut ĂȘtre l’homme s’il ne peut tĂŽt ou tard exercer sa domination ? C’est un monde de jouisseurs et de… masochistes. Un mĂȘme regard s’est ensuite dĂ©veloppĂ© dans son Cosi fan tutte, prĂ©sentĂ© Ă  Madrid puis Bruxelles en 2013. La modernitĂ© de Don Giovanni vient de sa justesse critique sur le genre humain : pas de prĂ©dateur sexuel sans victime Ă  demi consentante ? C’est dans cette vision sans fausse pudeur, mais juste par les troubles et les ambivalences qu’elle sait dĂ©celer que le drame musical prend ici une nouvelle dimension.

Ex compagnon d’Anna Netrebko, le baryton uruguayen Erwin Schrott incarne la fĂ©linitĂ© perverse et manipulatrice du hĂ©ros sans morale et une nouvelle distribution rĂ©active Ă  ses cĂŽtĂ©s le jeu de sĂ©duction et de domination qui pilote les rapports de Don Giovanni avec les femmes de l’opĂ©ra : la fausse prude Anna, l’amoureuse sincĂšre dĂ©laissĂ©e Elvira, la jeune fausse ingĂ©nue Zerlina… Dans la fosse, Alain Altinoglu retrouve un opĂ©ra qu’il a appris Ă  aimer et Ă  dĂ©fendre comme pianofortiste sous la direction de Jean-Claude Malgoire, en 2011 Ă  Tourcoing. C’est d’ailleurs le fondateur et directeur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing qui lui a permis de diriger son premier opĂ©ra : Don Giovanni, justement (en 2002). 13 ans plus tard, la vision de l’ouvrage s’est enrichie, en particulier la prĂ©sence de la mort semble plus prenante que l’apparente insouciance du hĂ©ros. Un Don Giovanni hantĂ© par les tĂ©nĂšbres, malgrĂ© sa provocation finale ? C’est ici la volontĂ© de construire l’opĂ©ra comme un drame organique dont tout le flux depuis les premiers accords (les pas du Commandeur dĂ©jĂ ) s’accomplit inĂ©luctablement vers le sommet qui en est la confrontation du hĂ©ros avec Dieu, du fils avec son pĂšre… Explicitation et rĂ©ponse sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille Ă  compter du 15 janvier et jusqu’au 14 fĂ©vrier 2015.

 

 

boutonreservationParis, Opéra Bastille. Du 15 janvier au 14 février 2015. Mozart / Da Ponte : Don Giovanni. Michel Haneke, mise en scÚne (reprise. Création en 2006). A. Altinoglu, direction.

Diffusion sur Radio classique le 11 février 2015 à 19h.

 

 

Compte rendu, opéra. Toulon. Opéra, le 27 mai 2014. Mozart : Don Giovanni, 1787. Rani Calderon, direction. Frédéric Bélier-Garcia, mise en scÚne.

Le mythe de Don Juan… Depuis l’AntiquitĂ©, l’occident n’a crĂ©Ă© que deux mythes, celui mĂ©diĂ©val de Tristan et Yseut, l’amour fidĂšle jusqu’à la mort, et celui qui en semble l’inverse, Don Juan, l’infidĂšle Ă  en mourir.

Ce dernier est cristallisĂ© dans la piĂšce espagnole El Burlador de Sevilla, ‘l’abuseur, le trompeur’ de SĂ©ville, d’on on ignore exactement l’auteur (prĂȘtĂ©e au moine Tirso de Molina) et la date exacte, dans le premier tiers du XVIIe siĂšcle. Le jeune noble Don Juan, de Naples Ă  SĂ©ville, fait la chasse aux femmes, les abusant en leur donnant la main, promesse de mariage, et les abandonne. Mais une nuit, il attente Ă  l’honneur de la fille du Commandeur de Ulloa et, le pĂšre intervenant, il le tue. Il se moque plus tard de la statue du tombeau du Commandeur et, par dĂ©rision, l’invite Ă  souper. La statue lui rendra l’invitation et, par cette mĂȘme main trompeuse prodiguĂ©e aux femmes, le trompant Ă  son tour, la statue du Commandeur l’entraĂźne en enfer.

Cette piĂšce qui inaugure le mythe, a pour fondement une lĂ©gende sĂ©villane. On raconte qu’à SĂ©ville, au XIVe siĂšcle, sous le rĂšgne de Pierre le Cruel (1334-1369), son favori, Don Juan TĂ©norio, faisait scandale par ses dĂ©bauches et ses excĂšs. Une nuit, il pĂ©nĂ©tra chez Doña Ana, la fille ou la femme du Commandeur d’Ulloa, pour abuser d’elle. Accourant au bruit, le Commandeur voulut s’interposer mais Don Juan le tue. Les parents du mort, Ă©touffant publiquement mais ruminant en secret leur dĂ©sir de vengeance, lui Ă©levĂšrent un magnifique tombeau, ornĂ© d’une superbe statue, dans le couvent des dominicains dont il Ă©tait le protecteur. Un matin, on dĂ©couvrit Don Juan sur la tombe, aux pieds de la statue, mort. Les moines rĂ©pandirent dans la ville de SĂ©ville le miracle : la statue s’était vengĂ©e et avait puni le dĂ©bauchĂ©.

Cette lĂ©gende de la statue vengeresse en croise d’autres, qu’on trouve en Europe et en Espagne, le repas avec un mort. Un jeune fĂȘtard, dissolu, une nuit, se rendant Ă  un lieu de dĂ©bauche, trouve sur son chemin une tĂȘte de mort et lui donne un coup de pied, fait un « shoot ». La tĂȘte lui reproche cette impiĂ©tĂ© et l’invite Ă  souper le lendemain, Ă  minuit, dans sa tombe : il s’ensuit un duel avec le mort, qui terrasse, naturellement, le dĂ©bauchĂ© (qui, en espagnol, se dit « calavera », ‘squelette, tĂȘte de mort’ pour cette raison).

La piĂšce prĂȘtĂ©e Ă  Tirso, qui condense ces lĂ©gendes, a un succĂšs foudroyant dans toute l’Europe, pratiquement sous domination espagnole et on en trouve des avatars jusqu’à notre Ă©poque. La Commedia dell’Arte s’en empare comme scĂ©nario et la promĂšne partout. MoliĂšre en donne sa version en 1665, Dom Juan ou le Festin de pierre, qui fait du hĂ©ros « un grand seigneur mĂ©chant homme », avec « un cƓur Ă  aimer toute la terre », un « épouseur Ă  toutes mains », et, surtout, un athĂ©e. Ce qui n’est pas le cas du premier Don Juan espagnol, qui demande au Commandeur un confesseur, car la piĂšce espagnole, Ă  l’arriĂšre-fond thĂ©ologique, pose le problĂšme de la grĂące et du libre arbitre de l’homme. MalgrĂ© cela, Don Juan reste pour tous comme l’homme Ă  femmes.

RĂ©alisation

Il y a des reprises qui, Ă  force de rĂ©pĂ©titions, d’usure, semblent reprisĂ©es, usĂ©es. Celles dont j’ai pu juger de FrĂ©dĂ©ric BĂ©lier-Garcia, au contraire, paraissent mĂ»rir et mĂȘme se bonifier dirait-on si, d’emblĂ©e, elle n’avaient paru bonnes comme on pourra le constater dans le texte original sur la crĂ©ation que je reprends, avec des reprises, bien sĂ»r, plus bas. Avec trois interprĂštes de Don Giovanni diffĂ©rents, avec le mĂȘme sentiment d’unitĂ©, il arrive Ă  crĂ©er trois incarnation diffĂ©rentes du mythique hĂ©ros, s’adaptant chaque fois au chanteur, sans rien forcer ni de sa conception ni du chanteur.

On retrouve donc, dans cette nouvelle distribution, cette reprise de 2005 puis de 2012 Ă  Marseille, de la mise en scĂšne belle, intelligente et sensible de BĂ©lier-Garcia avec les mĂȘmes superbes dĂ©cors de Jacques Gabelle, les beaux costumes de  Catherine Leterrier et les lumiĂšres dramatiques de Roberto Venturi : tous ces crĂ©ateurs singuliers concourent Ă  la rĂ©ussite particuliĂšre et commune de cette derniĂšre production.

Elle est respectueuse de la chronologie de l’Ɠuvre – dans la mesure oĂč l’on accepte, par tradition rĂ©cente, que ce dramma giocoso se dĂ©roule au XVIIIe siĂšcle, Ă  l’Ă©poque de sa crĂ©ation et non au temps de l’Ă©mergence du mythe en Espagne (dĂ©but XVIIe mais narrant des Ă©vĂ©nements du Moyen Âge). Les costumes d’époque sont raffinĂ©s, dans des tons Ă©teints de vert bronze et marron, allĂ©gĂ©s de vert tendre, de beige, Ă©clairĂ©s de jaune, de la paille des chapeaux campagnards dans les scĂšnes de fĂȘtes. Donc, temps de l’histoire et toujours tempo musical de ce temps, tout ici concours Ă  la recrĂ©ation de l’époque de Mozart, ambiance, costumes XVIIIe siĂšcle non tirĂ©s par les cheveux de la perruque vers notre prĂ©tendue et prĂ©tentieuse modernitĂ©, selon cet acadĂ©misme prĂ©tendument moderne des mises en scĂšne d’aujourd’hui dont la mode a dĂ©jĂ  presque un demi-siĂšcle.

La modernitĂ© est dans la mise en scĂšne qui mise habilement sur toute la technique moderne : mais pour la mettre au service de l’Ɠuvre, pour mettre en valeur les hĂ©ros sans ralentir l’action, si dynamique, si rapide pour une Ɠuvre si longue.

Ainsi, sur fond et cadre de scĂšne noirs, que l’on dirait, actualitĂ© oblige inspirĂ©s des noirs lumineux de Soulages, des panneaux gĂ©omĂ©triques mobiles, verticaux, latĂ©raux, descendent, montent, et glissent horizontalement, sans hiatus ni bruit, dans une grande fluiditĂ©, dans le flux musical continu, traçant Ă  vue, successivement, de espaces divers. Vaste scĂšne tĂ©nĂ©breuse dessinant des lieux plus intimes, dĂ©limitĂ©s : trouĂ©e d’une porte illuminĂ©e d’une immense lanterne dans ce nocturne opĂ©ra ; une fenĂȘtre rouge trouant le noir ; des profondeurs sobrement Ă©clairĂ©es de jaune, orange, rouge ou bleu, tel le prisme des passions, ardentes ou glacĂ©es de mort.

Cette ombre gĂ©nĂ©rale dĂ©tache la solitude des personnages surgis du nĂ©ant obscur ou s’y fondant, parfois dessinĂ©s dans des clairs-obscurs Ă  la Rembrandt ou un tĂ©nĂ©brisme/luminisme contrastĂ© Ă  la Caravage. Ils prennent une vie singuliĂšre et dĂ©finie dans l’infini d’un monde opaque. Avec sa jupe jaune accrochant la lumiĂšre sur le noir avec les ailes d’une cape rouge, Elvire est un pauvre papillon de nuit qui se brĂ»lera Ă  la flamme sulfureuse de Don Juan. Un immense lustre, descendant des cintres (signe aussi retrouvĂ© dans Lucia de Lammermoor), est tel un ciel constellĂ© terrassant, enfonçant sous terre le hĂ©ros mĂ©crĂ©ant avant de retrouver sa place dans l’ordre du monde restaurĂ© par le Ciel aprĂšs le chĂątiment du dissoluto punito, du ‘dĂ©bauchĂ© puni’. Bel effet des noces campagnardes avec estrade scĂ©nique et toile peinte de nature morte, le jardin du palais, la scĂšne de bal chez Don Juan, thĂ©Ăątre aussi dans le thĂ©Ăątre, jeu de rĂŽles, puisque le hĂ©ros est le symbole que les spĂ©cialistes lui reconnaissons, du thĂ©Ăątre, de la thĂ©ĂątralitĂ©.

Le travail d’acteur est remarquable, les trouvailles, toujours suggestives : Ottavio s’essuyant avec dĂ©goĂ»t les mains du sang du Commandeur au moment oĂč il jure de le venger ; les fleurs sur le lieu toujours central du meurtre, Ă©picentre du drame, et ces mĂȘmes fleurs ironiquement offertes Ă  Elvire par Don Juan. Les rapports entre les couples sont subtils (Anna rĂȘvant sans doute de Don Juan en arriĂšre-plan —thĂ©orie romanesque et romantique de Pierre-Jean Jouve ?— alors mĂȘme qu’elle chante son amour pour un Ottavio qui se fond dans le noir comme s’il avait compris.

Interprétation

Don Juan est, certes, thĂ©Ăątralement, sur la scĂšne. Mais dans la fosse aussi : Rani Calderon a un physique sombre de sĂ©ducteur souriant, une allure et une figure donjuanesques, mais il est aussi le Commandeur, maniant la baguette comme une Ă©pĂ©e, incisif, tranchant net d’une main un risque de dĂ©bordement, imposant d’un doigt sur les lĂšvres un silence, murmurant d’un sourire, une nuance, attentif autant Ă  l’orchestre qu’aux chanteurs sur scĂšne. Sa direction, vive, sans jamais flĂ©chir, Ă  la fois gĂ©omĂ©trique et pleine de finesse, a la sĂ©duction Ă©vidente du personnage.

Dans la distribution, aucune voix que l’on dirait exceptionnelle, mais, cependant, une homogĂ©nĂ©itĂ© de volume, de qualitĂ©s et, surtout de jeunesse de chanteurs parfaits comĂ©diens, qui remportent tous les suffrages, tous convaincants : une jeunesse qu’on dirait mozartienne dans une interprĂ©tation qui fait passer un souffle de fraĂźcheur dans cette Ɠuvre ancienne si vue et revue, dont ils renouvellent, grĂące au chef et au metteur en scĂšne, tous les charmes.

Les personnages populaires sont parfaitement dessinĂ©s, et l’on goĂ»te sans rĂ©serve le rire des bassons dans l’air du catalogue, dĂ©bitĂ© par un Leporello parfait valet de comĂ©die, tout en rondeur et ingĂ©nuitĂ© (l’Italien Simone del Savio), que l’on croit volontiers victime de la rouerie de son maĂźtre comme il le dit. Le Masetto de l’Australien Damien Pass n’est pas un fiancĂ© rustaud facilement jouĂ© par l’aristocrate et sa promise aspirant au grand monde : on le sent sensible, dans la voix et le jeu, Ă  ce qui se trame sous son nez et que la prĂ©sĂ©ance nobiliaire l’empĂȘche d’empĂȘcher ; il a de la noblesse dans sa protestation, une grandeur humaine touchante. Face Ă  lui, Anna Kasyan, gĂ©orgienne, (en Zerline), dĂ©ploie la sĂ©duction voluptueuse et veloutĂ©e d’un mezzo aux ombres pleines d’arriĂšre-pensĂ©es et aux vocalises, aux soupirs de respirations qui sont de troublants gĂ©missements de jouissance. Comment lui rĂ©sister ? Elle a assez de charme pour sĂ©duire Don Juan peut-ĂȘtre plus qu’elle n’est sĂ©duite, tentĂ©e par l’expĂ©rience.

La vivacitĂ© du tempo, hachĂ© dans les grands sauts de la rage du premier air, ne donne heureusement pas ici un trait de comĂ©die de femme bafouĂ©e Ă  l’Elvire de l’AmĂ©ricaine Jacquelyn Wagner : elle en fait le dĂ©chirement d’une grande Ăąme blessĂ©e, et un implacable dĂ©sir de vengeance haletant, fiĂ©vreux d’une grande vĂ©ritĂ©, qui devient bouleversant vertige de l’amour et de la haine dans le second air, aux vocalises mystiques, aprĂšs la tendresse mĂ©lodique et mĂ©lancolique de la fenĂȘtre. Sans avoir le volume dramatique pour l’appel enflammĂ© Ă  la vengeance que l’on prĂȘte parfois abusivement Ă  Donna Anna, l’Autrichienne Nina Bernsteiner, s’en tire parfaitement en grande chanteuse et comĂ©dienne et son dernier air est magnifique de tenue de ligne et d’aisance dans les vocalises.

Le Don Ottavio du Hongrois Szabolcs Brickner, montre une maĂźtrise exceptionnelle de la ligne dans son premier air « Dalla sua pace  », commencĂ© tout lentement et doucement, puis sa logique s’éclaire et cet air convenu, rhĂ©torique, que Mozart composa pour un tĂ©nor vieillissant qui n’arrivait pas Ă  chanter l’air virtuose de la fin, devient une lente cantilĂšne d’amour Ă©perdu, tout Ă©lĂ©gance et noblesse, dont il fait une introversion, une mĂ©ditation d’une rare vĂ©ritĂ© et d’une profonde Ă©motion, avec des passages en demi-teinte, en voix mixte, qui ne sont pas des affĂšteries mais une dĂ©licate expression des affects, et on le retrouvera, hĂ©roĂŻque et viril, dans les redoutables vocalises de son second air, surmontant avec une technique extraordinaire l’accident pĂ©rilleux sans doute d’une poussiĂšre dans la gorge, soulevĂ©e par la jupe d’une Donna Anna en partant. Il n’est pas le pĂąle envers de Don Giovanni, mais son lumineux avers. Le Commandeur de l’AmĂ©ricain Scott Wilde, dans sa premiĂšre apparition, fait peur par un vibrato peut-ĂȘtre excessif qui afflige souvent les basses Ă  trop vouloir grossir le timbre, mais trouve toute la grandeur marmorĂ©enne du justicier d’outre-tombe dans la scĂšne finale.

Le Polonais MichaƂ Partyka est un Don Giovanni qui, eu Ă©gard Ă  une certaine tradition du personnage, Ă©tonne ou dĂ©tonne d’abord physiquement et vocalement : c’est une figure de jeune homme qui n’est pas dĂ©figurĂ© par une grande voix, mais sans doute se figure-t-il autrement puisqu’il tube souvent pour grossir le volume sans nĂ©cessitĂ©, car il existe bien scĂ©niquement et impose cette conception d’une convaincante façon. C’est un gamin glissant, un galopin gouailleur qui gambade, qui galope bien sĂ»r, dont la course est suivie, poursuivie par ses victimes, par ce temps qu’il semble prendre de vitesse par son tempo effrĂ©nĂ©, freinĂ© dans ses entreprises par Elvire, s’effritant d’un coup dans l’affrontement avec la statue intemporelle : l’instant contre l’éternitĂ©, la faible chair (son faible) Ă©crasĂ©e contre le marbre, le chaud Ă©teint par le froid en passant par les flammes de l’enfer. Il sait astucieusement faire vivre les piquants rĂ©citatifs par un retard, un regard, une inflexion sur le mot. On retrouve en lui le Don Juan originel de la piĂšce espagnole, alourdi presque toujours par des acteurs ou chanteurs barbons quand ils ne sont pas barbants.

Le chƓurs (Christophe Bernollin), juste prĂ©sents lors de la noce puis en coulisses pour l’enfer promis Ă  l’impie, sont excellents et l’on admire encore le jeu du chef, assurant aussi le continuo du clavecin, glosant souvent avec humour les motifs des rĂ©cits. Une distribution internationale mais unifiĂ©e par Mozart pour signer en gloire la belle saison de l’OpĂ©ra de Toulon.

DON GIOVANNI

Dramma giocoso en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Livret, Lorenzo Da Ponte (1749 -1838).

 PremiÚre représentation, Prague, 29 octobre 1787.

 Opéra de Toulon, 27 mai 2014

Production de l’OpĂ©ra de Marseille.

Opéra de Toulon

20, 23 mai, 25 mai, 27 mai.

Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de l’OpĂ©ra de Toulon.

Direction musicale :  Rani Calderon. Mise en scÚne : Frédéric Bélier-Garcia. Décors : Jacques Gabel. Costumes : Catherine Leterrier. LumiÚres Roberto Venturi.

Distribution :

Don Giovanni :  MichaƂ Partyka ;  Donna Anna : Nina Bernsteiner ;  Donna Elvira : Jacquelyn Wagner ; Zerlina : Anna Kasyan ; Don Ottavio : Szabolcs Brickner ; Leporello : Simone del Savio ; Le Commandeur : Scott Wilde ; Masetto Damien Pass.

 Illustrations : © Frédéric Stéphan

Je reprends ici, en abrĂ©gĂ©, des notes de mes PrĂ©face et Postface Ă  mon adaptation française du Burlador de Sevilla [Tirso de Molina?] Don Juan, le Baiseur de SĂ©ville, Éditions de l’Aube, 1993, 239 pages, crĂ©ation Aulnay-sous-Bois, puis ThĂ©Ăątre Gyptis, 1995, mise en scĂšne de Françoise ChatĂŽt.

Debora Waldman dirige Don Giovanni Ă  Sceaux

debora-waldman-presseSceaux, chĂąteau (92). Debora Waldman dirige Don Giovanni, les 13, 14 juin 2014, 20h30. Pour sa 14Ăšme Ă©dition, OpĂ©ra en plein air prĂ©sente un nouvel opĂ©ra en plein air, Ă  Sceaux devant la superbe façade nĂ©obaroque du chĂąteau de Sceaux cĂŽtĂ© cour, le jeune chef d’orchestre brĂ©silienne Debora Waldman, l’une des baguettes lesplus inspirĂ©es de sa gĂ©nĂ©ration aborde le sommet lyrique du XVIIIĂšme siĂšcle Ă  l’époque des LumiĂšres et qui par sa date, demeure le dernier opĂ©ra composĂ© par Mozart avec l’écrivain libertaire et sĂ©ditieux, Da Ponte : Don Giovanni. L’ouvrage illustre la figure du sĂ©ducteur insaisissable Dom Juan de SĂ©ville qui sĂ©duit la belle Anna tout en Ă©tant pourchassĂ©e par son ancienne maĂźtresse, l’inconsolable et fidĂšle Elvira
 mais une jeune servante Zerlina croise la route du conquĂ©rant ammoral qui s’empresse de lui faire une cour assidue. Personnification de la libertĂ© tragique, et pourtant d’une certaine façon maĂźtre affirmĂ© assumĂ© de son destin, Don Giovanni sait braver la mort et affronter les flammes infernales en un final spectaculaire.

mozart_portrait-300OpĂ©ra libertaire dont la relecture Ă  partir du XIX Ăšme siĂšcle, en fit “l’opĂ©ra des opĂ©ras”: un manifeste funĂšbre et tragique, Don Giovanni demeure cependant, selon le voeu de son auteur, un “dramma giocoso”. La vie traverse, palpitante et insolente, les personnages, les portant mĂȘme Ă  ĂȘtre la quintessence du souffle vital, l’incarnation du dĂ©sir, de la pulsion sexuelle, l’énergie primaire
 qui apporte les dĂ©rĂšglements sociaux ou l’excĂšs d’ordre moral. Don Giovanni et son “double”, Leporello, ne formeraient ainsi qu’une seule personne au double visage, une sorte de Janus moderne quand Donna Anna et Ottavio, les amoureux hĂ©roĂŻques qui ne cessent de se lamenter, incarneraient plutĂŽt les tenants d’un systĂšme moral, tout autant condamnĂ©. D’un cĂŽtĂ©, l’exaltation de l’action; de l’autre, l’inhibition stĂ©rile, rĂ©pĂ©titive, Ă©touffante.
Entre les deux duos, seule Donna Elvira, sincĂšre dans son amour pour Don Giovanni, exprimerait la voie de la tendresse la plus pure
 comme la plus aveugle. Les lectures du Don Giovanni de Mozart sont multiples. Chacune n’épuise jamais la richesse et la complexitĂ© fascinante du mythe.

 

modalités pratiques

don giovanni opera en plein airOuverture des grilles Ă  19h30. AccĂšs : Ă  partir de Paris > Sur la RN20 Ă  l’entrĂ©e de Sceaux / Prendre «l’allĂ©e d’honneur»
- En voiture : 5km de la Porte d’OrlĂ©ans
- En transport en commun : RER B station Parc de Sceaux
De 57 à 84 euros selon les disponibilités par catégories.
INFOS PRATIQUES BILLET VIP 
Cocktail dßnatoire 20 piÚces sucrées salées
- Champagne à discrétion
- Plaid et programme Officiel
- Place en Carré Or
À partir de 19h30 : Accueil VIP
De 19h30 Ă  20h45 : Cocktail dans les Salons de RĂ©ceptions
À 20h45 : DĂ©but du spectacle
RĂ©servations places normales ou places VIP sur le site FNAC.COM

 


Waldman-debora-580

Notre avis. La direction affĂ»tĂ©e et vive de Debora Waldman (soirĂ©e du 14 juin Ă  Sceaux, 92). Orchestre et voix amplifiĂ©s grĂące Ă  un (assez bon) systĂšme de sonorisation, disposition surprenante de l’orchestre placĂ© sous le plateau supĂ©rieur avec pour consĂ©quence la situation de l’estrade de la chef d’orchestre que l’on voit de dos, se retournant vers les chanteurs et donc vers le public
 le spectacle proposĂ© par OpĂ©ra en plein air n’est pas classique. Le plein air et le placement de la scĂšne au pied de la façade du chĂąteau imposent des conditions diffĂ©rentes de celle de la salle fermĂ©e d’opĂ©ra. Pour autant, le jeu des chanteurs, la succession des tableaux, l’enjeu des situations sont rĂ©alisĂ©s sans accroc grĂące essentiellement Ă  l’excellente direction musicale de la jeune chef d’orchestre Debora Waldman. Son expertise assure cette tension musicale nĂ©cessaire Ă  la rĂ©ussite du spectacle. La baguette accomplit un tour de force malgrĂ© des conditions difficiles (ce soir du 14 juin prĂ©cisĂ©ment oĂč le vent plutĂŽt froid n’a pas manquĂ© de perturber la rĂ©alisation). La vision est claire, articulĂ©e, douĂ©e de nuances et d’un vrai souci de la continuitĂ© comme de l’architecture dramatique. Le si difficile finale du I avec la juxtaposition des danses en est l’élĂ©ment le plus emblĂ©matique : Ă  la fois dĂ©taillĂ© et trĂšs expressif. CĂŽtĂ© chanteurs, les femmes sont honnĂȘtes sans plus ; le Leporello de Matthieu Lecroart percutant
 a contrario du Don Giovanni de Jean-Gabriel de Saint-Martin, aussi sensuel et sĂ©ducteur qu’un glaçon. Les spectateurs des autres reprĂ©sentations pourront apprĂ©cier quant Ă  eux, les autres distributions face Ă  une façade patrimoniale qui change selon les lieux d’accueil. La direction de Debora Waldman elle sera toujours lĂ , prĂȘte Ă  dĂ©fendre et ciseler coĂ»te que coĂ»te et non sans panache, l’opĂ©ra des opĂ©ras. A voir indiscutablement.

Tournée estivale 2014 de Don Giovanni de Mozart par Debora Waldman
17 dates Ă©vĂ©nements pour redĂ©couvrir le chef d’Ɠuvre signĂ© Mozart et Da Ponte

13 et 14 Juin 2014 : Parc de Sceaux
20 et 21 Juin 2014 : ChĂąteau de Champ de Bataille
26, 27 et 28 Juin 2014 : ChĂąteau de Vincennes
4 Juillet 2014 : Cité de Carcassonne
29 et 30 Août 2014 : Chùteau de Haroué
9, 10, 11, 12 et 13 Septembre 2014 : Les Invalides (Paris)
19 et 20 Septembre 2014 : ChĂąteau de Fontainebleau

 

Don Giovanni dévoilé par Debora Waldman

 

Approfondir : grand entretien avec la chef d’orchestre Debora Waldman

debora waldman portraitJeune baguette prometteuse d’une rare voire exceptionnelle capacitĂ© Ă  s’engager pour la vĂ©ritĂ© des partitions, la jeune chef d’orchestre Debora Waldman dirige l’opĂ©ra des opĂ©ras, Don Giovanni de Mozart. Pas impressionnĂ©e, la musicienne prend Ă  bras le corps l’exubĂ©rante et impressionnante Ɠuvre mozartienne et nous en dĂ©voile plusieurs aspects clĂ©s avec une rare et trĂšs personnelle pertinence. Entretien avec Debora Waldman.

 

 

Quelle est votre vision de Don Giovanni (le personnage)? Et quel message le compositeur nous transmet-il Ă  travers son ouvrage ?

Chez Tirso de Molina, il y a une structure thĂ©ologique et catholique trĂšs forte. Celui qui se moque de la sociĂ©tĂ©, des femmes, se moque  avant tout de Dieu. Chez MoliĂšre, le personnage de Don Juan oppose la raison Ă  la foi. On y retrouve la critique de ce qui insupportait dĂ©jĂ  MoliĂšre dans Tartuffe (les fausses croyances
).

Pour moi, l’apport principal de Mozart et de sa musique est qu’il fait sortir le personnage de sa dimension mythique pour devenir un ĂȘtre humain. Chez MoliĂšre, on a davantage de scĂšnes oĂč les personnages parlent de Don Juan, celui-ci Ă©tant absent. Alors que chez Mozart, on suit devant nous les actions de Don Giovanni. C’est un ĂȘtre en chair et en os, moins dans la rhĂ©torique que chez MoliĂšre.

Cela dit, il reste camouflĂ© derriĂšre le code social, noble d’apparence et prend l’air d’un « hĂ©ros » avec son inĂ©branlable fidĂ©litĂ© Ă  lui-mĂȘme. C’est cette fidĂ©litĂ© qui fait sa grandeur.

Vu les questionnements de Mozart concernant « la mort » lors de la composition de l’ouvrage (son pĂšre meurt en mai 1787), je ne peux m’empĂȘcher d’aborder l’opĂ©ra d’un point de vu philosophique.

Il ne s’agit pas simplement d’un « personnage puni qui finit mal » et d’une morale lumineuse, mais plutĂŽt d’un personnage qui existe par le regard que l’entourage porte sur lui, et par consĂ©quent, lors de sa disparition, la situation reste irrĂ©solue. Les autres  personnages ne pourraient  exister sans sa prĂ©sence.

La « ScĂšne derniĂšre », trace musicale du passĂ© (tel un chƓur grec antique) et Ă©lĂ©ment plus architectural que moral, reste ouverte et ambiguĂ«. Comme si par-dessus de tout, la puissance divine de la musique qui traverse l’Ɠuvre serait le message de l’opĂ©ra.

« Don Juan oscille continuellement entre l’état d’idĂ©e, c’est Ă  dire la puissance, la vie, et l’état d’individu. Et cette oscillation est la vibration musicale » prĂ©cise SĂžren Kierkegaard.

 

 

 

De quelle façon Mozart exprime-t-il la force du personnage dans l’écriture orchestrale ?

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il est intĂ©ressant de remarquer comment Mozart trace par des gestes musicaux le portrait de Don Giovanni. Son caractĂšre extĂ©rieur et ardent est exprimĂ© dans  « Fin ch’han dal vino » par une orchestration agitĂ©e et euphorique. Son caractĂšre intĂ©rieur et sĂ©ducteur par l’intimitĂ© de la canzonetta (solo de mandoline, accompagnĂ© par les pizzicatos de cordes).

Deux moments clefs sont à souligner pour illustrer la force du personnage :

-Final Acte I (allegro) « Trema, o Scelerato » (Tremble scĂ©lĂ©rat), dans un vĂ©ritable tourbillon orchestral, Don Giovanni est accusĂ© pour ses actes de violences. Il y rĂ©pond avec une audace extrĂȘme « Ma non manca in me coraggio » (mais le courage ne me manque pas) sur un rythme qui se moque de la puissance accusatrice. La scĂšne aboutit Ă  une apothĂ©ose de conflits dans une Ă©criture canonique des syncopes.

-Final Acte II : la grande scĂšne avec le Commandeur sur un rythme obstinĂ© de marche (funĂšbre
) les cordes dessinent mĂ©lodiquement des flammes, alors que les cuivres et timbales ponctuent de façon religieuse le trajet musical. A cette intensitĂ©, Don Giovanni rĂ©siste « A torto di viltate, tacciato mai saro ! » (De lĂąchetĂ© jamais je ne serai taxĂ©).

Construit sur trois paliers, tout au long de ce passage, l’écriture orchestrale Ă©volue des flammes mentionnĂ©es (encore de ce monde) vers des contrastes radicaux de nuances (trĂ©molos des cordes) dans l’affrontement avec le Commandeur. Peu Ă  peu, l’accĂ©lĂ©ration de l’écriture se transforme en un feu infernal (gamme descendante agitĂ©e) auquel Don Giovanni finit par succomber.

 

 

 



En tant que chef, y a-t-il des passages dans l’opĂ©ra, particuliĂšrement intenses, vrais dĂ©fis pour la direction ?

don giovanni alex evariste fragoAbsolument, je vais illustrer un autre passage (en plus de celui du Commandeur dĂ©jĂ  mentionnĂ©) qui  est celui du Bal de la fin du premier acte et la superposition des trois danses. Cette scĂšne est un exemple de la virtuositĂ© de Mozart. C’est la musique qui construit la rĂ©alitĂ© dramatique : trois danses aux mĂ©triques diffĂ©rentes vont se superposer pour symboliser l’incompatibilitĂ© des classes sociales : Le menuet (3/4  Don Ottavio et Donna Anna), l’Allemande (2/4 Leporello et Masetto) et la Contredanse (3/8 Don Giovanni et Zerlina), jouĂ©s simultanĂ©ment dĂ©sagrĂšgent la supposĂ©e harmonie des personnages, et de cette anarchie dĂ©coule l’acte de violence de Don Giovanni envers Zerlina. C’est la coexistence de trois pensĂ©es, dans le mĂȘme espace temporale, d’un modernisme inouĂŻ. Tenir compte de la forte structure du discours, rĂ©partir le juste poids des sections pour que l’arrivĂ©e Ă  ces points intenses soit organique, est un vrai dĂ©fi pour le chef d’orchestre.

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en mai 2014.

 

 

 

Illustrations : Debora Waldman, Mozart (DR)

 

 

Compte-rendu : Aix-en-Provence. ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©, le 8 juillet 2013. Mozart, Don Giovanni. Rod Gilfry, Maria Bengtsson, Kristine Opolais
 London Symphony Orchestra. Minkowski, direction. Tcherniakov, mise en scĂšne.

Don Giovanni Aix TcherniakovTrois ans aprĂšs sa crĂ©ation, la production de Don Giovanni mis en scĂšne par Dmitri Tcherniakov n’a pas perdu de sa force polĂ©mique. Si les violentes huĂ©es qui Ă©clataient Ă  chaque reprĂ©sentation se sont tues cette annĂ©e, le public aixois n’en demeure pas moins circonspect face Ă  une lecture dĂ©routante du chef d’Ɠuvre de Mozart.

Le plateau vocal et la fosse ont en revanche été une nouvelle fois unanimement salués.

 

 

Don Giovanni réinventé

 

Disons-le tout net : nous aussi nous restons circonspects. Pas Ă  cause de ce que certains considĂšrent comme une  « honteuse trahison » voire une totale « boucherie » – Ă  savoir une complĂšte relecture du livret par Tcherniakov – mais davantage par le manque de cohĂ©rence dans les partis pris scĂ©niques. Oubliez les palais, les ruelles de SĂ©ville, les robes à paniers et les Ă©pĂ©es au flanc : toute l’action se dĂ©roule de nos jours dans un salon bourgeois. Le metteur en scĂšne imagine des liens familiaux entre tous les protagonistes (Donna Anna a Zerlina pour fille et Elvira pour cousine, tandis que Leporello est un jeune parent du Commandeur) ; il introduit des ellipses temporelles assez longues (parfois de plusieurs mois) entre les scĂšnes pour renforcer sa lecture du drame.

Ces petits arrangements avec le livret, et mĂȘme les modifications profondes apportĂ©es au sens de certaines scĂšnes, suffiront pour en dĂ©goĂ»ter certains. Mais attardons-nous davantage sur l’ensemble de ce que propose Tcherniakov.

Don Giovanni n’est plus – comble du paradoxe – un Don Juan, un sĂ©ducteur. Alcoolique et crasseux, l’on se prend de pitiĂ© pour ce ratĂ©, cet Ă©ternel enfant capricieux et cruel sans le vouloir. C’est un agent du chaos : en tuant le Commandeur, figure explicitement patriarcale de l’ordre et de la morale, il sĂšme le trouble et la discorde au sein d’une famille Ă©clatĂ©e. Mais il semble ne rien faire par calcul, sĂ©duire par amusement ou par naĂŻvetĂ© ni blesser par inconscience.
Cette lecture originale du drame, du rĂŽle principal ainsi que de tous les autres personnages est trĂšs intĂ©ressante. Seulement, tout ne tient pas debout. Le premier air d’Elvira, qui s’adresse directement Ă  Don Giovanni en feignant la colĂšre puis finit par Ă©clater de rire, devient presque incohĂ©rent. Et de mĂȘme pour le final du premier acte, sans masques et oĂč Don Giovanni n’abuse pas de Zerlina ; ou encore les jeux de dĂ©guisements du second acte presque supprimĂ©s de la mise en scĂšne… Bref, d’innombrables moments oĂč la logique est mise Ă  mal, la cohĂ©rence psychologique bafouĂ©e.
Pas de quoi crier au scandale, bien entendu, puisque le travail de Dmitri Tcherniakov est rĂ©flĂ©chi, argumentĂ© et original, que la direction d’acteurs reste extrĂȘmement prĂ©cise et vivante… Mais son dĂ©faut gĂ©nĂ©ral est de dĂ©sactiver Ă©normĂ©ment de nƓuds dramatiques, de gommer des enjeux (duperies, surprises et autres imbroglios) sans pour autant les remplacer par d’autres enjeux. RĂ©sultat : la tension retombe Ă  des moments oĂč elle devrait ĂȘtre  insoutenable, et la thĂ©ĂątralitĂ© se ramollit.

Luxe musical

Heureusement, le jeu d’acteur de tous les artistes sur scĂšne est Ă©poustouflant, au premier rang desquels Rodney Gilfry, qui avait dĂ©jĂ  tenu le premier rĂŽle en 2010. Il campe merveilleusement ce Don Giovanni inhabituel, allĂšge sa voix avec une grande douceur et impose son charisme rare. On pourrait n’assister au spectacle que pour lui ! A ses cĂŽtĂ©s, Kristine Opolais, (remplaçante de Sonya Yoncheva) incarne une Elvira brĂ»lante et passionnĂ©e qui semble Ă  chaque instant pouvoir sombrer dans la folie. Maria Bengtsson est une Anna plus noble et plus froide. Sa technique est parfaite (pour qui affectionne ces voix de l’est rondes et trĂšs couvertes dans les aigus), mais l’on pourra regretter un certain manque d’expressivitĂ©. Petite dĂ©ception Ă©galement du cĂŽtĂ© de Paul Groves qui semble trĂšs fatiguĂ© : les aigus sont tirĂ©s, la voix blanchie et l’on entend mĂȘme un lĂ©ger souffle.
Si Kyle Ketelsen a tendance Ă  vouloir grossir et assombrir sa voix, peut ĂȘtre pour se faire parfaitement entendre dans ce thĂ©Ăątre de plein air, il reste un Leporello trĂšs convaincant et un excellent acteur. La Zerlina de la jeune Joelle Harvey est tout Ă  fait touchante, elle qui semble sans cesse sur le fil, torturĂ©e et malmenĂ©e par le sĂ©ducteur… et par son compagnon, qu’incarne avec brutalitĂ© Kostas Smoriginas.

L’un des plus beaux atouts de la production vient de la fosse.
Un chef « baroqueux » Ă  la tĂȘte de l’un des plus grands orchestres symphoniques du monde : qui aurait pu imaginer tel alliage ? La partition semble transcendĂ©e, grĂące Ă  la direction nerveuse, Ă©lectrique voire un peu sĂšche de Marc Minkowski, et grĂące Ă  un London Symphony Orchestra  à la prĂ©cision incroyable, aux timbres soyeux, Ă  l’homogĂ©nĂ©itĂ© rare. De quoi largement consoler les plus sourcilleux en matiĂšre de mise en scĂšne.

Ce spectacle sera retransmis sur France Musique le 27 juillet prochain.

Aix-en-Provence. ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©, le 8 juillet 2013. Mozart, Don Giovanni. Rod Gilfry, Don Giovanni ; Kyle Ketelsen, Leporello ; Kristine Opolais/Alex Penda, Donna Elvira ; Maria Bengtsson, Donna Anna ; Paul Groves, Don Ottavio ; Joelle Harvey, Zerlina ; Kostas Smoriginas, Masetto ; Anatoli Kotscherga, Il Commendatore. Estonian Philharmonic Chamber Choir. London Symphony Orchestra. Marc Minkowski, direction. Dmitri Tcheniakov, mise en scĂšne.

Illustration : image de la production du Don Giovanni de Tcherniakov réalisé à Aix en 2011 (DR)

TĂ©lĂ©, Brava HD: les mĂ©chants Ă  l’opĂ©ra. Les 13,14, 15 janvier 2013

TĂ©lĂ©, Brava HD: les mĂ©chants Ă  l’opĂ©ra. Les 13,14, 15 janvier 2013 … Vous connaissiez Arte parfois, surtout Mezzo. Comptez dĂ©sormais avec BRAVA HD (Jur Bron, directeur) : lancĂ©e en 2007,  la chaĂźne tĂ©lĂ©visuelle est 100% classique diffusĂ©e en HD, prĂ©servant une qualitĂ© d’images absolument sans Ă©quivalent au petit Ă©cran (1920 x 1080i). En qualitĂ© blu ray (et en Dolby Digital Audio), la majoritĂ© des programmes diffusĂ©s par BravaHD Ă©tonne par le relief et la dĂ©finition de l’image. Concerts, opĂ©ras, festivals (pas encore de docus mais cela ne saurait tarder…), Brava HD offre sur le canal 156 via Orange (par exemple), une nouvelle fenĂȘtre de contenus vidĂ©os de musique classique qui renouvelle grandement le catalogue disponible Ă  la tĂ©lĂ©. La conception est grand public et s’adresse plus aux mĂ©lomanes nĂ©ophytes qu’aux amateurs mordus spĂ©cialistes (d’oĂč une information accompagnant les programmes, encore trop superficielle et embryonnaire : souvent les modules diffusĂ©s oublient de prĂ©ciser le nom des interprĂštes).
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Brava HD
la nouvelle image du classique

Don Giovanni, Scarpia, MĂ©dĂ©e : les mĂ©chants Ă  l’opĂ©ra

brava_hd_2014_logoEn janvier 2014, brava HD s’intĂ©resse aux bad boys, ces ” mĂ©chants ” ignobles, masculins tels Don Giovanni de Mozart (son esprit libertaire, choquant et provocateur : une dynamite contre l’ordre social), Scarpia dans Tosca de Puccini (il est prĂ©fet de Rome et antibonapartiste, plutĂŽt conservateur, tyranise le couple d’artistes composĂ©s dans l’opĂ©ra par la cantatrice Floria Tosca dont il est amoureux, et le peintre Caravadosi), c’est aussi au fĂ©minin, l’ignoble MĂ©dĂ©e, enchanteresse haineuse et jalouse que son amour (maudit et impuissant) pour Jason, conduira aux pires exactions (comme trahir son pĂšre et tuer ses propres enfants)…  voici en trois  volets, le portrait de ces mĂ©chants par lesquels passe le grand frisson lyrique. brava HD, les 13, 14 et 15 janvier 2014.

En janvier 2014, les méchants sont sur brava HD :

Lundi 13 janvier,  21h03
Mozart : Don Giovanni

brava_hd_2014_logo« Don Giovanni » de Mozart est un opĂ©ra captivant ; son hĂ©ros est l’un des coureurs de jupons les plus notoires de la musique classique. Le charme de Don Giovanni, est irrĂ©sistible pour toutes les femmes, riches (Donna Anna, Donna elvira…) ou pauvres (Zerlina), mariĂ©es ou cĂ©libataires. Il se soucient peu des normes et des valeurs et se lasse rapidement des femmes qu’il a conquises. Finalement, tout le monde se rend compte que sous son apparence charmante et ses beaux mots se cache un mauvais homme (a bad boy), si peu fiable, trop sĂ©ducteur. Si on le confronte, il refuse d’amĂ©liorer sa vie, ce qui mĂšne Ă  son dĂ©clin. Le chef d’orchestre Ingo Metzmacher, l’Orchestre de chambre nĂ©erlandais et le ChƓur de l’OpĂ©ra nĂ©erlandais accompagnent des stars internationales dans une production plus qu’honorable.

Ingo Metzmacher, Orchestre de chambre nĂ©erlandais, ChƓur de l’OpĂ©ra nĂ©erlandais, Pietro Spagnoli (Don Giovanni), Mario Luperi (Il Commendatore), MyrtĂČ Papatanasiu (Donna Anna), Marcel Reijans (Don Ottavio), Charlotte Margiono (Donna Elvira), JosĂ© Fardilha (Leporello), Roberto Accurso (Masetto), Cora Burggraaf (Zerlina).

Mardi 14 janvier, 18h56
Puccini  : Tosca

brava_hd_2014_logoPortrait d’un cynique tortionnaire : le baron Scarpia. Daniela DessĂŹ joue le rĂŽle principal dans ce mĂ©lodrame ardent de Puccini sur le dĂ©sir, la vengeance : surtout le cynisme barbare, celui du baron Scarpia. Cette production intense a Ă©tĂ© filmĂ©e au Teatro Real en 2004. Il s’agit d’une nouvelle production de la metteuse en scĂšne Nuria Espert pour le Teatro Real Ă  Madrid, au dramatisme vif, classique et dramatique. L’éclairage de Vinicio Cheli intensifie l’atmosphĂšre d’une performance qui deviendra une rĂ©fĂ©rence pour les productions du XXIe siĂšcle. InspirĂ© sur la piĂšce de thĂ©Ăątre « La Tosca » de Victorien Sardou, jouĂ©e pour la premiĂšre fois au Teatro Costanzi de Rome le 14 janvier 1900, l’opĂ©ra de Puccini reste un succĂšs planĂ©taire par son Ă©criture resserrĂ©e, sa concision proche du thĂ©Ăątre. Le livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa respecte le profil psychologique des 3 protagonistes : l’amour absolu radical et dĂ©terminĂ© de Tosca ; l’esprit retors et manipulateur du baron Scarpia, prĂ©fet de Rome et donc Ă  ce titre, chef de la police plutĂŽt cruel ; enfin, la juvĂ©nilitĂ© ardente et libertaire voire sĂ©ditieuse du bonapatiste Cavaradossi… C’est huit clos d’une rĂ©solution prenante dĂšs son dĂ©but… jusqu’Ă  son tableau final, d’un tragique bouleversant qui dĂ©voile l’abnĂ©gation extrĂ©miste de Floria Tosca, actrice chanteuse croyante mais capable de la plus belle preuve d’amour.

Maurizio Benini, ChƓur et Orchestre du Teatro Real, Daniela Dessì (Floria Tosca), Fabio Armiliato (Mario Cavaradossi), Ruggero Raimondi (Le baron Scarpia), Marco Spotti (Cesare Angelotti), Miguel Sola (Le sacristain), Emilio Sánchez (Spoletta), Josep Miquel Ribot (Sciarrone), Francisco Santiago (Un geîlier), Eliana Bayon (Un berger).

Mercredi 15 janvier 21h01
Cherubini : Médée

brava_hd_2014_logoMĂ©dĂ©e en majestĂ© : le pouvoir de la haine. La magicienne MĂ©dĂ©e a connu une vie mouvementĂ©e : elle a aidĂ© son amant Jason (Ă  la tĂȘte des Argonautes) Ă  obtenir – contre le grĂ© de son pĂšre – la Toison d’or, afin qu’il puisse remonter sur le trĂŽne. Cela ne plait guĂšre Ă  son pĂšre et elle s’enfuit, accompagnĂ©e de Jason. Finalement, MĂ©dĂ©e arrive Ă  Corinthe avec Jason, mais seulement aprĂšs avoir tuĂ© son propre frĂšre et l’oncle de Jason, et aprĂšs avoir elle-mĂȘme donnĂ© vie Ă  deux enfants engendrĂ©s avec Jason. Mais Ă  Corinthe, ils ne sont pas non plus Ă©pargnĂ©s par le destin : le Roi CrĂ©on croit voir en Jason son beau-fils idĂ©al et Jason quitte MĂ©dĂ©e pour Glauce. La magicienne ne se laisse pas faire sans coup fĂ©rir et sa vengeance est terrifiante : tout le monde doit payer, elle tue mĂȘme ses propres enfants. Seul Jason est Ă©pargnĂ© mais il doit vivre le poids de cet infanticide plus terrifiant que toute autre mĂ©fait… En 1797, Cherubini prologne une passionnante tradition lyrique de mĂ©chante Ă  l’opĂ©ra : sorciĂšre, enchanteresse, abonnĂ©e au tragique et pathĂ©tique, toute amoureuse malheureuse qui par haine et amertume se venge de façon inĂ©luctable. La MĂ©dĂ©e de Cherubini profite de rĂ©alisations prĂ©alables, en particulier sous le rĂšgne de Marie-Antoinette Ă  Versailles, pĂ©riode bĂ©nie d’un essor des arts du spectacles souvent Ă©blouissant : MĂ©dĂ©e de La Toison d’or de Vogel (1786), Armide de Renaud de Sacchini, MĂ©dĂ©e de ThĂ©sĂ©e de Gossec (1782)… sans omettre l’Arcabonne dans Amadis de Jean ChrĂ©tien Bach, qui elle aussi fait la synthĂšse de toutes les mĂ©chantes haineuses et vengeresses produites par l’opĂ©ra baroque… En 1797, comme en Ă©cho aux secousses rĂ©volutionnaires, Cherubini offre l’aboutissement d’une longue Ă©volution lyrique : sa MĂ©dĂ©e est toute frĂ©nĂ©tique et convulsive, en proie Ă  la dĂ©tresse de l’amoureuse, Ă  la haine de la femme trahie. Portrait de femme passionnant auquel Anna Caterina Antonacci apporte une interprĂ©tation ciselĂ©e et forte.

Evelino PidĂł, ChƓur et Orchestre du Teatro Regio di Torino, Anna Caterina Antonacci (MĂ©dĂ©e), Giuseppe Filianoti (Jason), Cinzia Forte (Glauce), Sara Mingardo (Neris), Giovanni Battista Parodi (Creonte)

Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon

CD, critique. Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement.ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’Ă©coute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.


Anna, Elvira: deux femmes troublées au bord du gouffre

Don-Giovanni.cd_.01A moins de 40 ans, Yannick Nezet-SĂ©guin fait preuve d’une belle maturitĂ©; son intelligence, son hĂ©donisme entrainant assure le liant gĂ©nĂ©ral d’une distribution assez disparate mais nĂ©anmoins homogĂšne ; si Rolando Villazon dĂ©rape et fait un Ottavio pĂąteux voire plĂ©bĂ©ien (pas trĂšs raccord avec son aimĂ©e Anna), les Leporello, Elvira et Anna justement, soit le trio des nobles, se distinguent trĂšs nettement: Luca Pisaroni est Ă©nergique et plein d’entrain; Joyce DiDonato, Elvira ardente et blessĂ©e (mais digne) est Ă©loquente et d’une chaleur de timbre trĂšs convaincante: la justesse du style et du caractĂšre sont trĂšs percutants: en elle s’Ă©coule la priĂšre sincĂšre de l’amoureuse constamment trahie (“ Mi tradi quell’alma ingrata ” au II; plage 8 du cd 2), la mezzo exhale un pur parfum d’aristocratique contrĂŽle … pour mieux cacher le trouble qui l’assaille peu Ă  peu; tout aussi rĂ©flĂ©chie, offrant un caractĂšre exceptionnellement fouillĂ©, jamais explicite, mais dĂ©vastĂ© et si humain, Diana Damrau (Anna) s’impose aussi dans un rĂŽle taillĂ© pour elle: fervente, Ă©ruptive, en mĂšre la morale, la soprano accorde comme le chef Ă  chaque nuance du texte, une couleur et une attention articulĂ©e, d’une formidable intensitĂ© ; et les tempi du maestro semblent fouiller davantage le dĂ©sarroi et les vertiges silencieux de ces deux Ăąmes fĂ©minines au gouffre abyssal… Les deux caractĂšres sont bien les plus bouleversants de l’opĂ©ra: victimes d’un Don Giovanni parfaitement barbare. Au final: les deux femmes princiĂšres, Anna et Elvira, sont magistralement incarnĂ©es: palpitantes jusqu’au bout des ongles, voici le portrait de deux Ăąmes contraintes par les convenances mais dont le feu intĂ©rieur les pousse Ă  exprimer la force du dĂ©sir qui les aimante Ă  l’infĂąme licencieux: elles sont bel et bien troublĂ©es par Don Giovanni. Le rĂ©cit de son ” viol” par Anna Ă  Ottavio si lĂąche, par exemple, est remarquable de pauses insinuantes, de finesse, de subtilitĂ© partagĂ©e autant par le chant de Diana Damrau que par l’orchestre superbe de suspension allusive… (cd1: plages 18 : rĂ©citatif plein de fine progression expressive et d’accents millimĂ©trĂ©s par une super diva, diseuse et actrice de premier plan, puis 19: “Or sai chi l’onore”…). HĂ©las, la Zerlina de Mojca Erdmann, prometteuse mozartienne sur
le papier (et dans un précédent cd Mozart également chez Deutsche
Grammophon), papillone sans ĂȘtre particuliĂšrement concernĂ©e par la
situation (son Laci darem la mano manque de finesse inquiĂšte, de dĂ©sir conquĂ©rant… mĂȘme distance comme insouciante de son Batti, batti, o bel Masetto Ă  la fin du I).

Reste le Don Giovanni d’Ildebrando D’Arcangelo: l’engagement est constant, le cynisme et la froideur bien prĂ©sents mais on aimerait davantage de naturel et de simplicitĂ© pour un chant finalement carrĂ© et monolithique, plutĂŽt lisse (qu’on est loin de l’arĂȘte carnassiĂšre d’un Bryn Terfel, autrement plus passionnant.
Revenons Ă  l’orchestre: tout passe par ce fini et cette intelligence des climats: les ralentis si finement exprimĂ©s dans l’ouverture et par Ă©clairs dans rĂ©citatifs et airs: tout cela nourrit la faille du trouble et du mystĂšre dans une partition si juste sur le plan psychologique; la prĂ©sence du pianoforte, le chant si suave des cordes et des clarinettes (entre autres) sont littĂ©ralement dĂ©lectables. Du grand art et ici, le triomphe absolu du chef, capable d’obtenir quasiment tout de ses instrumentistes ! Coloriste, alchimiste, atmosphĂ©riste, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin s’affirme magnifiquement et honore le prestige de la marque jaune.
Ce premier essai dĂ©sormais convaincant en appelle d’autres. Ce seront pas moins de 7 opĂ©ras au total que nous promet le chef si imaginatif et rĂ©flĂ©chi: aprĂšs Don Giovanni, c’est probablement Cosi puis Idomeneo, les Noces sans omettre la ClĂ©mence de Titus qui seront de la mĂȘme maniĂšre donnĂ©s en concert non scĂ©nique, chaque Ă©tĂ©, Ă  Baden Baden, enregistrĂ©s sur place et dans la foulĂ©e, publiĂ©s par Deutsche Grammophon: cycle mozatien Ă  suivre donc.

Mozart: Don Giovanni. Ildebrando D’Arcangelo, Luca Pisaroni, Diana Damrau, Joyce DiDonato, Rolando VillazĂłn, Mojca Erdmann. Mahler Chamber Orchestra. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction. 0289 477 9878 1 3 cd Deutsche Grammophon DDD GH3. EnregistrĂ© Ă  Baden Baden en juillet 2007.