dimanche 3 mars 2024

CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal (du 15 au 19 novembre 2023). MOZART : Don Giovanni. R. Gleadow, R. Novaro, A. Vendittelli, F. Valiquette… Marshall Pynkoski / Gaétan Jarry.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Troquant la production d’Ivan Alexandre usitée plusieurs fois in loco, l’Opéra Royal de Versailles a commandé une nouvelle production de l’opéra des opéras alias Don Giovanni de W. A. Mozart à Marshall Pinkoski (qui avait signé ici-même un doublé Actéon / Pygmalion salué par la critique, en 2018). Avec très peu de décors (c’est en effet la scénographie “passe-partout” imaginée par Roland Fontaine pour Giuletta e Romeo de Zingarelli présentée il y a quelques semaines qui est ici reprise…), mais avec un contrôle très strict du jeu des acteurs et de leurs mouvements, la mise en scène s’emploie à ne jamais figer les situations, et à coller au plus près à la psychologie des personnages. 

 

 

Ainsi Don Giovanni apparaît-il plus ici comme un être capricieux, joueur et menteur que comme une grande figure hantée par la métaphysique. Et c’est la version de Vienne qui a été retenue, c’est-à-dire sans le deuxième air de Don Ottavio, mais avec le fameux air « Mi tradi » chantée par Donna Elvira. Quant au finale – la meilleure idée du spectacle, qui voit revenir Don Giovanni applaudir la morale de l’histoire, une coupe de champagne à la main en écrasant les autres personnages par un grand éclat de rire ! -, il est ainsi conservé. Les danseurs du Ballet de l’Opéra Royal de Versailles, sous la férule de la chorégraphe Jeannette Lajeunesse Zingg s’intègrent parfaitement à la scénographie, tour à tour comme gracieux et agiles figurants, ou comme danseurs baroques expérimentés. Le charme de ce spectacle, très “classique” dans le bon sens du terme, tient aussi aux superbes costumes d’époque (mais chamarrés) qu’a signés le désormais incontournable (dans l’univers lyrique) couturier star Christian Lacroix. Enfin, les éclairages subtils de Hervé Gary contribuent à créer un spectacle élégant, constamment séduisant pour l’oeil… comme pour l’esprit !

Une distribution avec un certain nombre de chanteurs francophones (bravo pour cela au maître des lieux, alias Laurent Brunner !) – mais surtout composée de chanteurs qui savent être aussi d’excellents comédiens – répond parfaitement aux attentes du metteur en scène. Dans le rôle-titre, l’excellent baryton canadien Robert Gleadow brûle les planches, avec son verbe séduisant et à sa voix mordante, ardent jouisseur dépourvu de toute profondeur spirituelle. L’air du champagne au I, délivré avec emportement, a non seulement tout l’éclat juvénile désirable mais fascine par sa palette inouïe d’inflexions cajoleuses. Le Leporello du baryton-basse italien Riccardo Novaro possède la légère touche de vulgarité indispensable au personnage, sans jamais basculer dans la caricature cependant. Chantant toutes les notes, il offre un air du Catalogue d’une incisivité prodigieuse dans l’accent, salué par une ovation méritée de la part du public. On est également séduit par la poésie et la tendresse d’Enguerrand de Hys (Don Ottavio) qui phrase avec élégance, et l’on regrette, dès lors, de le voir ici privé de son air du II (“Il mio tesoro”). Spontané et vigoureux le Masetto du baryton français Jean-Gabriel Saint-Martin, aux côtés du robuste et sonore Commandeur de son compatriote Nicolas Certanais.

Côté féminin, la Donna Anna de la soprano québécoise Florie Valiquette fait sensation, avec une voix certes moins corsée et large que de coutume dans cette partie, mais sa superbe musicalité et son sens aigu de la mise en valeur du texte nous vaut de bien beaux moments d’émotions (« Or sai chi l’onore »). En Donna Elvira, la soprano italienne Arianna Vendittelli possède un timbre en revanche plus charnu, qui va de pair ici avec une flamme scénique qui sied parfaitement à son personnage. De son côté, la magnifique mezzo corse Eléonore Pancrazi fait de Zerlina un être décidé dont la voix chaleureuse et ronde reste constamment sous contrôle. 

Enfin, en maître d’œuvre de la soirée, le chef français Gaétan Jarry réalise un équilibre souverain entre le drame et la comédie avec une nervosité du trait qui donne à l’ensemble ce côté juvénile et enlevé qui sied aux ouvrages mozartiens. En admirable chef de fosse, il soutient les chanteurs, et met en valeur avec maestria les différents pupitres. Ceux de la maison versaillaise – l’excellent Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles – se montrent sous leur meilleur jour, et récoltent une part des nombreux vivats généreusement octroyés par le public au moment des saluts !

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal (du 15 au 19 novembre 2023). MOZART : Don Giovanni. Avec Robert. Gleadow (Don Giovanni), Riccardo Novaro (Leporello), Arianna Vendittelli (Donna Elvira), Florie Valiquette (Donna Anna), Enguerrand de Hys (Ottavio), Jean-Gabriel Saint-Martin (Masetto), Eléonore Pancrazi (Zerlina), Nicolas Certenais (Il Commendatore). Orchestre, Ballet et Chœur de l’Opéra Royal de Versailles. Marshall Pynkoski (mise en scène) / Gaétan  Jarry (direction musicale). Photos © Ian Rice. 

 

VIDEO : Laurent Brunner présente la nouvelle production de “Don Giovanni” par Marshall Pynkoski à l’Opéra Royal de Versailles

 

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