CRITIQUE, concert. PARIS, Gaveau, le 2 juin 2022. RĂ©cital de Jean-Nicolas Diatkine, piano : Liszt, transcriptions des lieder de Schubert / extraits d’opĂ©ras de Wagner. 

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDCRITIQUE, concert. PARIS, Gaveau, le 2 juin 2022. RĂ©cital de Jean-Nicolas Diatkine, piano : Liszt, transcriptions des lieder de Schubert / extraits d’opĂ©ras de Wagner. On reste saisi par l’intelligence musicale de l’interprĂšte ; sa figure modeste et humble mais son clavier surpuissant et capable de nuances les plus orfĂ©vrĂ©es. En abordant les transcriptions de Liszt d’aprĂšs Schubert, Jean-Nicolas Diatkine expose ses talents de conteur enivrĂ©, voire hallucinĂ© (Gretchen am Spinnrade d’aprĂšs Goethe dont il exprime jusqu’à l’infini mĂ©lancolique, et les aspirations d’une jeune Ăąme envoĂ»tĂ©e) ; pour chaque lied sublimĂ© par la traduction pianistique qu’en dĂ©livre Liszt, l’écoute se dĂ©lecte de cadences de rĂȘve mais l’onirisme des phrases n’écarte jamais ce mordant expressif qui fait jaillir sous les doigts, la vitalitĂ© du texte initial, les accents des poĂšmes mis en musique par Schubert. Le pianiste a Ă  cƓur de rĂ©vĂ©ler la vitalitĂ© intrinsĂšque et la vocalitĂ© parfois Ăąpre de chaque poĂšme : l’élan schumannien de « Rastlose Liebe » (lui aussi d’aprĂšs Goethe) ; l’extase suspendue de l’Ave Maria, son temps Ă©tirĂ©, flottant ; surtout le dramatisme Ă  la fois noir et angĂ©lique de Roi des Aulnes (Erlkönig, d’aprĂšs Goethe). La sincĂ©ritĂ© dĂ©pouillĂ©e et toujours chantante des lieder extraits du Chant du cygne (liebesbotschaft, surtout StĂ€ndchen
) rĂ©vĂšle aussi une Ă©coute particuliĂšre centrĂ©e sur le clavier dont l’imagination fabuleuse du pianiste fait jaillir des pĂ©pites sonores, des phrasĂ©s d’une profondeur bouleversante ; le toucher diseur semble recrĂ©er chaque mesure dans une intĂ©rioritĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

La volubilitĂ© technique et l’art de faire chanter le clavier s’accordent en dĂ©tachant pourtant toutes les voix simultanĂ©es
 habile gestion de la pĂ©dale
 gageure ici car l’instrument (Steinway) n’a pas la technicitĂ© ni la beautĂ© des graves du piano Schiedmayer de Stuttgart, spĂ©cialement prĂ©parĂ©, choisi pour l’enregistrement de ce programme exceptionnel. La capture en studio fait valoir les performances spectaculaires du clavier : ses notes graves remarquables, et mĂ©dianes jamais lourdes ; ses aigus perlĂ©s qui s’envolent et dessinent les arabesques et volutes à l’infini.. Le chant principal redessine l’activitĂ© des contre chants : brio et fantaisie pilotent l’essor d’une vocalitĂ  pianistique accomplie dont la clĂ© est la mesure, le refus du pathos et d’une thĂ©ĂątralitĂ© bruyante, de toute bravoura spectaculaire. Rien n’est jouĂ© si n’est audible le sens de son Ă©noncĂ©. La vision poĂ©tique est d’autant plus aboutie qu’elle canalise le geste et privilĂ©gie l’éclat de la nuance.
Sur son Steinway cependant, le pianiste détache chaque plan sonore afin de ciseler le verbe musical dont il se joue des contrastes, des heurts rythmiques, des nappes harmoniques. Son talent est pictural.
A l’écoute des lieder pourtant sans paroles, le texte et les intentions dramatiques, les abysses psychologiques s’articulent, libĂšrent la richesse poĂ©tique du sujet ; les nuances, la profondeur, les scintillements allusives, les paysages schubertiens vaporeux et terrifiants, dramatiques et mystĂ©rieux prennent vie (Der DoppelgĂ€nger d’aprĂšs Heine / ultime lied extrait du Chant du cygne dont Jean-Nicolas Diatkine caresse le caractĂšre de gravitas, Ă©noncĂ© comme un long questionnement).

Le piano diseur et poétique
de Jean-Nicolas Diatkine

Certes, le piano de Gaveau n’a pas le spectre expressif ni la spatialitĂ© dessinĂ© par l’excellent Schiedmayer ; mais ici, les arriĂšres plans finement dessinĂ©s, palpitent, Ă©claircissant de nouveaux rapport dans l’éloquence d’un discours libĂ©rĂ© et comme dĂ©cuplĂ©, dĂ©multipliĂ©, par un geste d’une finesse saisissante, par une imagination ciselĂ©e et maĂźtrisĂ©e.
La texture poĂ©tique, expressive et si personnelle affirme un tempĂ©rament qui pense et re sculpte la musique avec une grĂące enthousiasmante. La modestie et la discrĂ©tion sont piliers d’une sensibilitĂ© musicale littĂ©ralement envoĂ»tante.
Puis Liszt s’affirme dans l’immensitĂ© de son gĂ©nie narrateur. La partition au centre du programme dĂ©voile chez l’interprĂšte d’autres somptueuses qualitĂ©s. Dans la Ballade n°2, poĂšme pianistique aux largesses symphoniques, l’architecture chaotique et terrifiante alterne mouvements souterrains et aspirations Ă©thĂ©rĂ©es cĂ©lestes, contrastes saisissants qui cependant dĂ©veloppent toute une narration dramatique sur le thĂšme de LĂ©andre et HĂ©ro, amants Ă©prouvĂ©s, sacrifiĂ©s, broyĂ©s par la machine ocĂ©ane selon la lĂ©gende d’Ovide ; ce qui est remarquable c’est la sublimation qu’apporte Liszt, explicitĂ©e par le jeu de l’interprĂšte ; son regard infiniment tendre pour ses hĂ©ros et ce don dont il les bĂ©nit en exprimant la grĂące de leur amour
 son piano dit et les gouffres sans fond et le pouvoir immense de l’amour, lequel sublime l’élan des amants dont le pianiste exprime toutes les facettes du sentiment amoureux et tragique.
On invite l’auditeur Ă  revivre cette alchimie poĂ©tique en se reportant au cd du programme que les extraits d’opĂ©ras de Wagner (Tristan und Isolde, Lohengrin, Parsifal,
) complĂštent miraculeusement : nouvel album de Jean-Nicolas Diatkine paru en juin chez Solo Musica – CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2022.
Jean-Nicolas Diatkine est un immense interprÚte ; son piano murmure et transporte ; sa sensibilité éblouit par sa justesse et sa sincérité. Magistral.

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CRITIQUE, concert. PARIS, Gaveau, le 2 juin 2022. RĂ©cital de Jean-Nicolas Diatkine, piano : Liszt, transcriptions des lieder de Schubert / Ballade n°2 / extraits d’opĂ©ras de Wagner.

CRITIQUE, opéra. Paris, Théùtre des Champs-Elysées, le 1er juin 2022. César Franck : Hulda. Gergely Madaras (version de concert)

hulda cesar franck opera classiquenews recreation opera annee cesar franck 2022 dossier critique operaCRITIQUE, opĂ©ra. Paris, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 1er juin 2022. CĂ©sar Franck : Hulda. Gergely Madaras (version de concert) – Les cĂ©lĂ©brations autour du bicentenaire de la naissance de CĂ©sar Franck (1822-1890) se poursuivent avec le concours toujours aussi prĂ©cieux du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française, qui outre les concerts et disques produits rĂ©cemment (voir notre dossier dĂ©taillĂ© : http://www.classiquenews.com/200-ans-de-cesar-franck-1822-2022-dossier-pour-le-bicentenaire-cesar-franck/) a organisĂ© plusieurs confĂ©rences passionnantes, dont « La musique de chambre de CĂ©sar Franck : 1850-1918 » en dĂ©cembre dernier ou « Un Belge Ă  Paris. CĂ©sar Franck entre sacrĂ© et mondain », le 7 avril 2022. Le point d’orgue de ces cĂ©lĂ©brations reste toutefois la rĂ©surrection du chef d’Ɠuvre lyrique mĂ©connu Hulda (1885), entiĂšrement composĂ© et orchestrĂ© de la main du maĂźtre franco-liĂ©geois, contrairement Ă  son dernier opus lyrique Ghiselle (1890), dont l’orchestration a Ă©tĂ© achevĂ©e par ses Ă©lĂšves (notamment Vincent d’Indy).

 

 

 

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DĂ©jĂ  donnĂ©e dans la ville natale du compositeur, Ă  LiĂšge le 15 mai dernier (http://www.classiquenews.com/critique-opera-liege-le-15-mai-2022-franck-hulda-holloway-oprl-madaras/), Hulda Ă©voque Wagner par le choix d’une lĂ©gende scandinave : la comparaison s’arrĂȘte lĂ , tant le langage de Franck prend un tour immĂ©diatement personnel, et ce dĂšs les premiĂšres notes de l’ouvrage. A la maniĂšre de l’entrĂ©e saisissante de Riders to the Sea (1937) de Vaughan-Williams, Franck nous plonge d’emblĂ©e dans les mĂ©andres du drame, autour d’une musique hautement dramatique. Sa musique fourmille d’inventions harmoniques passionnantes, oĂč l’orchestre a le premier rĂŽle : on a parfois l’impression d’entendre une vaste symphonie avec voix, tant la dĂ©clamation du texte prend place en une sorte d’arioso en continu, mĂȘlĂ© de quelques airs et ensembles de bravoure savamment dosĂ©s. La principale faiblesse de l’ouvrage est certainement de n’avoir pas su sabrer dans l’avalanche de mots du livret poĂ©tico-naĂŻf de Charles Grandmougin (Ă©galement librettiste de l’oratorio La Vierge de Massenet), qui peine aussi Ă  caractĂ©riser ses personnages, beaucoup trop nombreux. L’ouvrage Ă©tonne par ses parenthĂšses panthĂ©istes Ă©lĂ©giaques (Odes Ă  la nature, avec le chƓur fĂ©minin de l’hermine au I, ou au printemps, au III) qui ralentissent l’action, pour mieux l’accĂ©lĂ©rer ensuite, notamment lors du rocambolesque dernier acte oĂč trahisons et meurtres se succĂšdent en un rien de temps.

Pour autant, CĂ©sar Franck se saisit avec un brio admirable de ces scĂšnes trĂšs diffĂ©renciĂ©es de ton, passant de l’étourdissement rythmique du ballet au II (le ballet Ă©tant le seul Ă©lĂ©ment extrait de l’ouvrage qui a remportĂ© un certain succĂšs autonome) Ă  la rarĂ©faction chambriste au dĂ©but du III, empruntant force musiques populaires pour figurer une ambiance villageoise. Franck n’en oublie pas les passages martiaux, Ă©videmment plus cuivrĂ©s et articulĂ©s, en contraste avec la grandeur plus raide des fanfares royales, au III. On note encore plusieurs trouvailles originales dans l’écriture orchestrale, rappelant souvent Meyerbeer, tel le chƓur avec basson et saxophone accompagnĂ©s au I, ou encore la surprenante entrĂ©e des trois frĂšres en lignes vocales superposĂ©es, qui les ridiculisent d’emblĂ©e face Ă  leur pĂšre. Enfin, le chƓur apparait souvent comme un commentateur de l’action, Ă  la maniĂšre d’une tragĂ©die grecque. A cet effet, il faut rendre hommage Ă  la prestation du ChƓur de chambre de Namur, toujours aussi impressionnant de justesse dans son mĂ©lange de prĂ©cision technique et de ferveur enthousiaste.

A tĂȘte d’un remarquable Orchestre philharmonique de LiĂšge (jadis dirigĂ© par Louis LangrĂ©e, Pascal RophĂ© ou encore François-Xavier Roth), Gergely Madaras se saisit de cette musique virevoltante avec un sens de l’urgence et de la tension parfaitement maitrisĂ©, imposant une direction flamboyante tout du long. TrĂšs applaudi Ă  l’issue du spectacle, le jeune chef hongrois de 38 ans n’est pas pour rien dans la rĂ©ussite de la soirĂ©e, de mĂȘme que le plateau vocal de haut niveau rĂ©uni pour l’occasion. On ne peut ainsi que se fĂ©liciter du choix de Jennifer Holloway, tant son investissement dramatique confĂšre Ă  Hulda une prĂ©sence saisissante sur la durĂ©e, donnant autant d’attention Ă  l’articulation qu’à la nĂ©cessaire prononciation – sans parler de la technique vocale superlative sur toute la tessiture, y compris lors des passages trĂšs tendus. On aime aussi son sens des nuances, Ă  l’instar d’une Judith van Wanroij (Swanhilde) toujours aussi investie dramatiquement, qui sĂ©duit aussi par la beautĂ© intacte de son timbre. A ses cĂŽtĂ©s, VĂ©ronique Gens (Gudrun) donne une nouvelle leçon de grĂące par la souplesse de ses phrasĂ©s, mĂȘme si on note quelques lĂ©gers dĂ©calages avec l’orchestre, en premiĂšre partie. A ses cĂŽtĂ©s, Marie Gautrot (La MĂšre de Hulda, Halgerde) et Ludivine Gombert (Thordis) impressionnent par leur puissance aussi agile que maitrisĂ©e, au service d’une composition trĂšs engagĂ©e. C’est Ă©galement l’un des points forts de Matthieu LĂ©croart (Gudleik), d’une prĂ©cision redoutable dans l’articulation et le placement de voix, Ă  l’instar du toujours impeccable Guilhem Worms (Thrond) et des seconds rĂŽles, trĂšs bien distribuĂ©s. On est plus déçu en revanche par le choix d’Edgaras Montvidas (Eiolf), qui surjoue trop souvent l’incarnation mĂ©lodramatique, avec une Ă©mission Ă©troite dans le suraigu. Sa puissance limitĂ©e, en comparaison de ses partenaires fĂ©minines, ne l’aide pas davantage.

Avec PhrynĂ© de Saint-SaĂ«ns, une autre raretĂ© promue par les Ă©quipes du Palazzetto Bru Zane est Ă  ne pas manquer, cette fois Ă  l’OpĂ©ra-Comique et pour une unique date, le samedi 11 juin prochain (places de 6 Ă  65€). Le disque trĂšs rĂ©ussi http://www.classiquenews.com/tag/phryne/, sorti en dĂ©but d’annĂ©e, ne peut que vous inciter Ă  dĂ©couvrir ce petit bijou de malice et d’ivresse rythmique pĂ©tillante – Ă  mille lieux du flot dramatique et Ă©loquent de Hulda (dont la prĂ©sente production fera l’objet d’un enregistrement au sein de la collection “OpĂ©ra français” / Palazzetto Bru Zane).

 

 

 

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CRITIQUE opĂ©ra. Paris, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 1er juin 2022. CĂ©sar Franck : Hulda. Jennifer Holloway (Hulda), VĂ©ronique Gens (Gudrun), Judith van Wanroij (Swanhilde), Marie Gautrot (La MĂšre de Hulda, Halgerde), Ludivine Gombert (Thordis), Edgaras Montvidas (Eiolf), Matthieu LĂ©croart (Gudleik), Christian Helmer (Aslak), Artavazd Sargsyan (Eyrick), François Rougier (Gunnard), SĂ©bastien Droy (Eynar), Guilhem Worms (Thrond), Matthieu Toulouse (Arne, Un HĂ©raut), ChƓur de chambre de Namur, Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge, Gergely Madaras (direction musicale). Photo : A Dehez – 2 premiers plans, de droite Ă  gauche, le chef Gergely Madaras, Jenneifer Holloway – DR

 

 

 

PARIS (Gaveau) : Jean-Nicolas DIATKINE joue Schubert et Wagner, transcripts par LISZT

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDPARIS, GAVEAU, Jeu 2 juin 2022. JEAN-NICOLAS DIATKINE, piano. LISZT, SCHUBERT, WAGNER
 RĂ©cital Ă©vĂ©nement autant pour l’artiste engagĂ©, dĂ©fricheur de l’absolu, capable de fouiller jusqu’au trĂ©fonds de l’Ɠuvre, rĂ©vĂ©lant ses pĂ©pites enfouies ; que pour l’instrument aussi car Jean-Nicolas Diatkine a jouĂ© pour l’enregistrement cd du programme, un piano Schiedmayer de 1916, parfaitement restaurĂ© dont le timbre et le format sonore s’accordent au choix des piĂšces abordĂ©es ; Ă  Gaveau, Jean-Nicolas Diatkine jouera un Steinway, le Schiedmayer n’Ă©tant pas transportable.

Le programme reprend pour une large part les Ɠuvres jouĂ©es dans le dernier cd du pianiste : soit plusieurs perles conçues par Schubert et Wagner mais transcrites par le magicien Liszt. La ciselure verbale du lied schubertien, l’extase lyrique wagnĂ©rienne sont ainsi sublimĂ©es par l’écriture du Liszt transcripteur qui dans ce jeu d’adaptation et de relecture, offre au clavier la possibilitĂ© de suggĂ©rer tout en finesse. JN Diatkine prend soin de recueillir et respecter Ă  la lettre les indications du transcripteur, en particulier le recours Ă  la pĂ©dale qui ne dilue pas le contrepoint ni le relief de chaque voix mais permet de dĂ©tacher et articuler (staccato de StĂ€ndchen de Schubert). Le chant multiple des harmonies gagne en force et en suggestion poĂ©tique, d’autant que les plans simultanĂ©s sont restituĂ©s sans dilution.

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PARIS, Salle GAVEAU : RĂ©cital de Jean-Nicolas DIATKINE, pianoboutonreservation
Jeudi 2 Juin 2022 Ă  20h30
SCHUBERT, WAGNER
Transcriptions par Liszt

 

 

TRANSCRIPTIONS MAGICIENNES SUR UN SCHIEDMAYER… Comment la musique peut dire et exprimer les mots de la poĂ©sie ? Jean-Nicolas DIATKINE interroge dans ce programme entre verbe et note, la capacitĂ© de l’instrument Ă  parler et Ă  chanter : « la musique prend alors la place des mots dans l’ordre poĂ©tique, et le serviteur devient roi ».
Dans les piĂšces de ce programme qui aborde l’imaginaire de Schubert et de Wagner, Jean-Nicolas Diatkine prĂ©cise : « Dans ses transcriptions des lieder de Schubert, Liszt a tenu Ă  faire imprimer, au-dessus de la portĂ©e, le texte du poĂšme mis en musique. Il donne par ce moyen Ă  l’interprĂšte de prĂ©cieuses indications sur le phrasĂ© et l’accentuation qu’il dĂ©sire ».
Illusionniste, Liszt transcripteur opĂšre une sublimation de Schubert et de Wagner en touchant au plus prĂšs l’essence des partitions originelles. Au service des opĂ©ras de Wagner, leur ampleur et leur puissance onirique comme leur acuitĂ© psychologique, le piano de Liszt devient symphonique, Ă  l’écoute des passions des hĂ©ros wagnĂ©riens. Il reste Ă  l’imaginaire du pianiste d’en exprimer la sincĂ©ritĂ© comme la justesse poĂ©tique. RĂ©cital Ă©vĂ©nement.

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Programme :

Schubert-Liszt : Sélection de mélodies transcrites pour piano
(Dont Le Roi des Aulnes, Marguerite au rouet, Ave Maria, SĂ©rĂ©nade…)

Liszt : Ballade n°2

Wagner-Liszt : Transcriptions d’opĂ©ras
Le Choeur des PÚlerins (TannhÀuser)
Le rĂȘve d’Elsa (Lohengrin)
L’admontion de Lohengrin (Lohengrin)
La mort d’Isolde (Tristan et Isolde)
La Marche Solennelle vers le Saint-Graal (Parsifal)

 

 

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de la Salle Caveau, ici

 

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Le programme du rĂ©cital Ă  Gaveau ce 2 juin 2022 reprend le cycle des piĂšces enregistrĂ©es par Jean-Nicolas Diatkine dans son nouvel album : FRANZ LISZT : Schubert and Wagner Transcriptions – Ballade n°2 – 1 cd Solo MUSICA

 

 

 

 

 

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VOIR : Jean-Nicolas DIATKINE joue Schubert-Liszt : ” Auf dem Wasser zu singen “: https://youtu.be/ccGdyNl2LTw

 

 

 

 

 

 

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TEASER VIDEO : Jean-Nicolas Diatkine joue Schubert revu par Liszt : ” Auf dem Wasser zu singen ” :

 

 

 

PARIS (Gaveau) : Jean-Nicolas DIATKINE joue les transcriptions de Liszt d’aprĂšs Schubert et Wagner

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDPARIS, GAVEAU, Jeu 2 juin 2022. JEAN-NICOLAS DIATKINE, piano. LISZT, SCHUBERT, WAGNER
 RĂ©cital Ă©vĂ©nement autant pour l’artiste engagĂ©, dĂ©fricheur de l’absolu, capable de fouiller jusqu’au trĂ©fonds de l’Ɠuvre, rĂ©vĂ©lant ses pĂ©pites enfouies ; que pour l’instrument aussi car Jean-Nicolas Diatkine a jouĂ© pour l’enregistrement cd du programme, un piano Schiedmayer de 1916, parfaitement restaurĂ© dont le timbre et le format sonore s’accordent au choix des piĂšces abordĂ©es ; Ă  Gaveau, Jean-Nicolas Diatkine jouera un Steinway, le Schiedmayer n’Ă©tant pas transportable.

Le programme reprend pour une large part les Ɠuvres jouĂ©es dans le dernier cd du pianiste : soit plusieurs perles conçues par Schubert et Wagner mais transcrites par le magicien Liszt. La ciselure verbale du lied schubertien, l’extase lyrique wagnĂ©rienne sont ainsi sublimĂ©es par l’écriture du Liszt transcripteur qui dans ce jeu d’adaptation et de relecture, offre au clavier la possibilitĂ© de suggĂ©rer tout en finesse. JN Diatkine prend soin de recueillir et respecter Ă  la lettre les indications du transcripteur, en particulier le recours Ă  la pĂ©dale qui ne dilue pas le contrepoint ni le relief de chaque voix mais permet de dĂ©tacher et articuler (staccato de StĂ€ndchen de Schubert). Le chant multiple des harmonies gagne en force et en suggestion poĂ©tique, d’autant que les plans simultanĂ©s sont restituĂ©s sans dilution.

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PARIS, Salle GAVEAU : RĂ©cital de Jean-Nicolas DIATKINE, pianoboutonreservation
Jeudi 2 Juin 2022 Ă  20h30
SCHUBERT, WAGNER
Transcriptions par Liszt

 

 

TRANSCRIPTIONS MAGICIENNES SUR UN SCHIEDMAYER… Comment la musique peut dire et exprimer les mots de la poĂ©sie ? Jean-Nicolas DIATKINE interroge dans ce programme entre verbe et note, la capacitĂ© de l’instrument Ă  parler et Ă  chanter : « la musique prend alors la place des mots dans l’ordre poĂ©tique, et le serviteur devient roi ».
Dans les piĂšces de ce programme qui aborde l’imaginaire de Schubert et de Wagner, Jean-Nicolas Diatkine prĂ©cise : « Dans ses transcriptions des lieder de Schubert, Liszt a tenu Ă  faire imprimer, au-dessus de la portĂ©e, le texte du poĂšme mis en musique. Il donne par ce moyen Ă  l’interprĂšte de prĂ©cieuses indications sur le phrasĂ© et l’accentuation qu’il dĂ©sire ».
Illusionniste, Liszt transcripteur opĂšre une sublimation de Schubert et de Wagner en touchant au plus prĂšs l’essence des partitions originelles. Au service des opĂ©ras de Wagner, leur ampleur et leur puissance onirique comme leur acuitĂ© psychologique, le piano de Liszt devient symphonique, Ă  l’écoute des passions des hĂ©ros wagnĂ©riens. Il reste Ă  l’imaginaire du pianiste d’en exprimer la sincĂ©ritĂ© comme la justesse poĂ©tique. RĂ©cital Ă©vĂ©nement.

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Programme :

Schubert-Liszt : Sélection de mélodies transcrites pour piano
(Dont Le Roi des Aulnes, Marguerite au rouet, Ave Maria, SĂ©rĂ©nade…)

Liszt : Ballade n°2

Wagner-Liszt : Transcriptions d’opĂ©ras
Le Choeur des PÚlerins (TannhÀuser)
Le rĂȘve d’Elsa (Lohengrin)
L’admontion de Lohengrin (Lohengrin)
La mort d’Isolde (Tristan et Isolde)
La Marche Solennelle vers le Saint-Graal (Parsifal)

 

 

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Le programme du rĂ©cital Ă  Gaveau ce 2 juin 2022 reprend le cycle des piĂšces enregistrĂ©es par Jean-Nicolas Diatkine dans son nouvel album : FRANZ LISZT : Schubert and Wagner Transcriptions – Ballade n°2 – 1 cd Solo MUSICA

 

 

 

 

 

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VOIR : Jean-Nicolas DIATKINE joue Schubert-Liszt : ” Auf dem Wasser zu singen “: https://youtu.be/ccGdyNl2LTw

 

 

 

 

 

 

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TEASER VIDEO : Jean-Nicolas Diatkine joue Schubert revu par Liszt : ” Auf dem Wasser zu singen ” :

 

 

 

PARIS, Gaveau : Jean-Nicolas DIATKINE joue Schubert, Liszt, Wagner

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDPARIS, GAVEAU, Jeu 2 juin 2022. JEAN-NICOLAS DIATKINE, piano. LISZT, SCHUBERT, WAGNER
 RĂ©cital Ă©vĂ©nement autant pour l’artiste engagĂ©, dĂ©fricheur de l’absolu, capable de fouiller jusqu’au trĂ©fonds de l’Ɠuvre, rĂ©vĂ©lant ses pĂ©pites enfouies ; que pour l’instrument aussi car Jean-Nicolas Diatkine a jouĂ© pour l’enregistrement du cd, un piano Schiedmayer de 1916, parfaitement restaurĂ© dont le timbre et le format sonore s’accordent au choix des piĂšces abordĂ©es ; Ă  Gaveau, Jean-Nicolas Diatkine jouera un Steinway, le piano Schiedmayer Ă©tant trop fragile pour ĂȘtre transporter.

Le programme reprend pour une large part les Ɠuvres jouĂ©es dans le dernier cd du pianiste : soit plusieurs perles conçues par Schubert et Wagner mais transcrites par le magicien Liszt. La ciselure verbale du lied schubertien, l’extase lyrique wagnĂ©rienne sont ainsi sublimĂ©es par l’écriture du Liszt transcripteur qui dans ce jeu d’adaptation et de relecture, offre au clavier la possibilitĂ© de suggĂ©rer tout en finesse. JN Diatkine prend soin de recueillir et respecter Ă  la lettre les indications du transcripteur, en particulier le recours Ă  la pĂ©dale qui ne dilue pas le contrepoint ni le relief de chaque voix mais permet de dĂ©tacher et articuler (staccato de StĂ€ndchen de Schubert). Le chant multiple des harmonies gagne en force et en suggestion poĂ©tique, d’autant que les plans simultanĂ©s sont restituĂ©s sans dilution.

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PARIS, Salle GAVEAU : RĂ©cital de Jean-Nicolas DIATKINE, pianoboutonreservation
Jeudi 2 Juin 2022 Ă  20h30
SCHUBERT, WAGNER
Transcriptions par Liszt

 

 

TRANSCRIPTIONS MAGICIENNES SUR UN SCHIEDMAYER… Comment la musique peut dire et exprimer les mots de la poĂ©sie ? Jean-Nicolas DIATKINE interroge dans ce programme entre verbe et note, la capacitĂ© de l’instrument Ă  parler et Ă  chanter : «  la musique prend alors la place des mots dans l’ordre poĂ©tique, et le serviteur devient roi ».
Dans les piĂšces de ce programme qui aborde l’imaginaire de Schubert et de Wagner, Jean-Nicolas Diatkine prĂ©cise  : « Dans ses transcriptions des lieder de Schubert, Liszt a tenu Ă  faire imprimer, au-dessus de la portĂ©e, le texte du poĂšme mis en musique. Il donne par ce moyen Ă  l’interprĂšte de prĂ©cieuses indications sur le phrasĂ© et l’accentuation qu’il dĂ©sire ».
Illusionniste, Liszt transcripteur opĂšre une sublimation de Schubert et de Wagner en touchant au plus prĂšs l’essence des partitions originelles. Au service des opĂ©ras de Wagner, leur ampleur et leur puissance onirique comme leur acuitĂ© psychologique, le piano de Liszt devient symphonique, Ă  l’écoute des passions des hĂ©ros wagnĂ©riens. Il reste Ă  l’imaginaire du pianiste d’en exprimer la sincĂ©ritĂ© comme la justesse poĂ©tique. RĂ©cital Ă©vĂ©nement.

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Programme :

Schubert-Liszt : Sélection de mélodies transcrites pour piano
(Dont Le Roi des Aulnes, Marguerite au rouet, Ave Maria, SĂ©rĂ©nade…)

Liszt : Ballade n°2

Wagner-Liszt : Transcriptions d’opĂ©ras
Le Choeur des PÚlerins  (TannhÀuser)
Le rĂȘve d’Elsa (Lohengrin)
L’admontion de Lohengrin (Lohengrin)
La mort d’Isolde (Tristan et Isolde)
La Marche Solennelle vers le Saint-Graal (Parsifal)

 

 

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Le programme du rĂ©cital Ă  Gaveau ce 2 juin 2022 reprend le cycle des piĂšces enregistrĂ©es par Jean-Nicolas Diatkine dans son nouvel album : FRANZ LISZT : Schubert and Wagner Transcriptions – Ballade n°2 – 1 cd Solo MUSICA

 

 

 

 

 

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VOIR : Jean-Nicolas DIATKINE joue Schubert-Liszt :  ” Auf dem Wasser zu singen “:  https://youtu.be/ccGdyNl2LTw

 

 

 

LIVRE événement, critique. Frédéric Gagneux : André SuarÚs et le wagnérisme (Editions Classiques Garnier, nov 2021).

Wagner suares fred gagneux critique livre classique garnier critique par classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. FrĂ©dĂ©ric Gagneux : AndrĂ© SuarĂšs et le wagnĂ©risme (Editions Classiques Garnier, nov 2021). SuarĂšs et Wagner, c’est l’équation littĂ©raire (et musicale, prĂ©cisĂ©ment opĂ©ratique) qui ne cesse de fasciner par son rapport lui-mĂȘme obsessionnel, entre l’admirateur et le sujet de son enthousiasme. Le jeune AndrĂ© SuarĂšs (1868 – 1948) contemporain de Claudel, et surtout Romain Rolland, son ami avec lequel il partage une sensibilitĂ© exceptionnelle comme mĂ©lomane pianiste, s’ingĂ©nie Ă  « expliquer » le mystĂšre Wagner. Tout au long de sa vie, il n’a cessĂ© de questionner le drame wagnĂ©rien sans jamais Ă©puiser sa cohĂ©rence
 Son Ɠuvre littĂ©raire, poĂ©tique, dramaturgique, thĂ©Ăątrale entre en rĂ©sonance avec l’auteur de Parsifal auquel il consacre un essai : Wagner (1899) qui pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme la somme vĂ©cue en miroir du wagnĂ©risme en France, particuliĂšrement vivace depuis les annĂ©es 1880.
L’intĂ©rĂȘt du regard de SuarĂšs sur Wagner dĂ©coule d’une connaissance profonde, intime de chaque livret rĂ©digĂ© par Wagner pour ses opĂ©ras, comme l’écrivain pianiste joue pour lui-mĂȘme toutes les partitions wagnĂ©riennes. L’écrivain SuarĂšs questionne le poĂšte et dramaturge Wagner. Tout en suivant un cheminement traversĂ© de doutes, surgit la lumiĂšre de la compassion telle qu’elle irradie dans Parsifal
 Tout cela SuarĂšs dĂšs ses jeunes annĂ©es de formation Ă  l’époque de la Revue wagnĂ©rienne et des premiers concerts wagnĂ©riens Ă  Paris (dĂ©but des annĂ©e 1880), l’entend, le mesure, l’absorbe.
L’analyse de FrĂ©dĂ©ric Gagneux brosse le panorama des pistes et commentaires du wagnĂ©rien le plus pertinent en France, jusqu’à son essai de 1899. La diversitĂ© et la profondeur des Ă©crits sur Wagner, mis en regard avec ses autres textes littĂ©raires (poĂ©sies, romans, thĂ©Ăątre
) affirme la sensibilitĂ© et la justesse du jeune Ă©crivain marseillais alors en quĂȘte de lui-mĂȘme.

AprĂšs une riche introduction et un bilan de la recherche suarĂ©sienne, l’auteur dĂ©veloppe 6 grandes parties : le contexte wagnĂ©rien des annĂ©es parisiennes (I ; dont une trĂšs pertinente Ă©vocation des articles de la Revue WagnĂ©rienne et son influence sur les symbolistes) ; les projets artistiques (II : sous le signe de Wagner et de MallarmĂ©, prĂ©sentation des Ɠuvres de SuarĂšs tels que PsychĂ© Martyre, Lylian, Airs, Images de la grandeur
) ; les projets dramatiques (III : SuarĂšs sous influence de Wagner
 et de Villiers de l’Isle Adam, L’üle d’amour, ThulĂ©, l’Atlantide ; sans omettre les drames sur le Christ, dans le sillon du Parsifal wagnĂ©rien) ; textes narratifs et projets romanesques (IV : Primavera, Voici l’homme
) ; textes thĂ©oriques et projets mĂ©taphoriques (V : La nuit mystique de Marseille
) ; enfin une ultime partie Ă©videmment synthĂ©tique de toute la pĂ©riode Ă©voquĂ©e, dĂ©diĂ©e Ă  l’essai de 1899 : Wagner, lequel sonne comme une borne synthĂ©tique (VI :

CLIC D'OR macaron 200On y relĂšve les ferments d’une Ăąme artistique fĂ©condĂ©e par l’Ɠuvre wagnĂ©rienne, comme la musique est fĂ©condĂ©e par la poĂ©sie
 Il en dĂ©coule tout un monde Ă  la psychĂ© fertile, suractive qui pose les bonnes questions s’agissant de l’amour, du poison insidieux du dĂ©sir et de la malĂ©diction, du salut,
 jusqu’à l’avĂšnement d’un nouveau monde oĂč la beautĂ© et l’art ont supplantĂ© la vĂ©nalitĂ©, la violence sadique, l’exploitation et l’argent, ainsi que Wagner en a rĂ©digĂ© le projet et le vƓu dans ses Ă©crits rĂ©volutionnaires. Ce questionnement attise la question de SuarĂšs sur l’art, le sens de ses propres Ɠuvres, la place de l’artiste dans la sociĂ©tĂ©, ce qu’il doit surtout rĂ©aliser en son nom propre.
Il en dĂ©coule un sentiment fort de dĂ©passement qui s’exalte Ă  l’écoute et Ă  la lecture de Wagner, le Marseillais souhaitant Ă©difier sa propre constellation littĂ©raire, rythmĂ©e comme l’est la partition de son modĂšle ; ainsi se prĂ©cisera une Ɠuvre mĂ»re, d’essence spirituelle, plus poĂ©tique que rĂ©ellement thĂ©Ăątrale, oĂč toujours se pose comme l’expression de l’idĂ©al, la musicalitĂ© intime du texte.

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. FrĂ©dĂ©ric Gagneux : AndrĂ© SuarĂšs et le wagnĂ©risme – 543 pages / parution: 10/11/2021 / Collection Classiques Jaunes, n° 720 / SĂ©rie: Essais, n° 22 (Editeur : CLASSIQUES GARNIER) :
https://classiques-garnier.com/andre-suares-et-le-wagnerisme-1.html

Centenaire de Bayreuth : Le RING 1976 de Chéreau et Boulez sur ARTE

bayreuth-festival-chereau-boulez-1976-centenaire-critique-opera-classiquenews-arte-diffusion-documentaireARTE, dim 14 nov 2021, 18h55. Wagner : Le Ring, ChĂ©reau / Boulez. Documentaire Ă©vĂ©nement sur Arte : comment comprendre le choc et le scandale qu’a suscitĂ© la production du Ring conçu par les français, Pierre Boulez et Patrice ChĂ©reau, en 1976, alors spectacle commĂ©morant les 100 ans de Bayreuth ? HuĂ©e Ă  sa crĂ©ation, la production est devenue mythe musical alors que le metteur en scĂšne n’avait que 31 ans. Les derniĂšres reprĂ©sentations Ă  Bayreuth en 1980 provoquĂšrent mĂȘme un sentiment unanime de dĂ©ception et de perte, totalisant 107 rappels et 98 mn d’ovation Ă  tout rompre ! On n’avait jamais vĂ©cu cela sur la colline verte.

Avec le recul, la vision postromantique et industrielle de ChĂ©reau apporte Ă  la comprĂ©hension du Ring, soit les 4 opĂ©ras reprĂ©sentĂ©s en un mĂȘme cycle (L’or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried, Le CrĂ©puscule des dieux), une lecture claire des conflits de classes et de clans. Dieux, gĂ©ants, hĂ©ros, nains y sont figurĂ©s dans un dĂ©cor qui cite Ă  la fois le rĂ©alisme cynique de l’exploitation de l’homme par l’homme, et la magie des tableaux naturalistes (dont le rocher sublime, derniĂšre rĂ©sidence de la Walkyrie, inspirĂ©e par les tableaux du peintre Böcklin…).

boulez-chereau-ring-bayreuth-1976-documentaire-arte-classiquenewsDĂ©jĂ  cinĂ©matographe, Wagner y Ă©labore avant le cinĂ©ma, le spectacle total qui offre Ă  l’humanitĂ©, un miroir sur ce profonde identitĂ© : sa nature envieuse et jalouse qui la porte Ă  l’exploitation et au crime le plus crapuleux. MĂȘme le couple admirable, Brunnhilde et Siegfried sont immolĂ©s sur l’autel du pouvoir ; elle, porteuse nĂ©anmoins du dernier espoir ; lui victime Ă  cause de sa trop grande naĂŻvetĂ©. Si Siegfried est fort et ne connaĂźt pas la peur, il est la cible dĂ©sarmĂ©e des intrigues politiques et tactiques de Hagen et des Gibishungen. Entre deux tableaux spectaculaires (le dĂ©but de l’Or du RHin, sorte de maelstrum primitif et cosmique, la montĂ©e des dieux au Walhalla construit par les gĂ©ants Ă  la fin du mĂȘme Or du Rhin ; la chevauchĂ©e des Walkyries, la mort de Siegfried, etc
) Wagner nous parle d’amour (Siegmund et Sieglinde, couple incestueux sacrifiĂ©s des Welsungen, les parents de Siegfried), d’adieux dĂ©chirants (quand Wotan doit se dĂ©faire de Brunnhilde et la laisser sur son rocher de flammes), de haine et de machiavĂ©lisme (agissements des tĂ©nĂ©breux Alberich le pĂšre, Hagen son fils), de dieu mourant Ă  l’agonie (Wotan devenu le Wanderer)
 Offrant une lecture magistrale des dĂ©placements et des Ă©carts de temps au cours du drame, ChĂ©reau imagine aussi des scĂšnes saisissantes au moment du passage d’un acte Ă  l’autre, d’un lieu Ă  l’autre, en mettant Ă  nu des machineries somptueuses. Le documentaire de 44 mn, interroge la pertinence d’une production oĂč brille le gĂ©nie critique et analytique des Français Ă  Bayreuth. TĂ©moignent Vincent Huguet, assistant de Patrice ChĂ©reau, le chanteur wagnĂ©rien GĂŒnther Groissböck, le metteur en scĂšne Barrie Kosky
 Photos : DR.

En replay sur ARTEconcert, du 13 nov au 13 déc 2021.
VOIR sur YOUTUBE, l’Or du Rhin :
https://www.youtube.com/watch?v=eGDuFAbkpBU

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ARTE, dim 14 nov 2021, 18h55. Wagner : Le Ring, Chéreau / Boulez. Documentaire

TannhÀuser de Wagner à Bayreuth 2021

FRANCE MUSIQUE, sam 14 aoĂ»t 2021, 20h. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth juil 2021). CrĂ©Ă© en 1845 Ă  Dresde, TannhĂ€user de Wagner reçoit un accueil glacial des parisiens en 1861. MalgrĂ© l’enthousiasme des artistes comme Baudelaire, le drame musical que propose Ă  nouveau Wagner Ă  Paris (aprĂšs l’échec du Vaisseau fantĂŽme) reste incompris. Scandaleux, l’opĂ©ra est retirĂ© de l’affiche aprĂšs 3 soirĂ©es seulement. Pourtant la partition poursuit les avancĂ©es de Lohengrin en matiĂšre d’action musicale continue ; Ă  part les 3 airs prĂ©cisĂ©ment fermĂ©s de TannhĂ€user, Elizabeth et Wolfram, tout s’enchaĂźne ici avec un sens gĂ©nial du drame grĂące au flux orchestral dont la rĂ©alisation des leitmotiv, Ă©claire la psychologie de chaque personnage, expose pourtant clairement les enjeux de chaque situation

Le sujet est emblĂ©matique de Wagner : l’artiste prophĂšte bien qu’incompris par ses contemporains, peut-il ĂȘtre sauvĂ© ? Il y a de la culpabilitĂ© dans le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien et chaque hĂ©ros, maudit, ne peut ĂȘtre sauvĂ© s’il rencontre cet Autre qui comprenant et mesurant sa souffrance, le reconnaĂźt aussitĂŽt, l’aime, le sauve ; c’est toute la vertu (sainte) de la compassion,
 celle qu’éprouve Tristan et Isolde l’un pour l’autre ; celle que ressent Parsifal Ă  l’endroit d’Amfortas


Fatigué des plaisirs, le chevalier TannhÀuser
renonce au charnel, s’engage pour la vĂ©ritĂ© de l’art
mais jugé par la morale bourgeoise doit mériter le salut de son ùme


HEROS MAUDIT EN QUÊTE DE SALUT


waterhouse wagner lohengrin TannhĂ€userAdepte de l’amour sensuel voire orgiaque (la Bacchanale qui ouvre l’opĂ©ra), le chevalier-chanteur TannhĂ€user (en vĂ©ritĂ© Wagner lui-mĂȘme) se sĂ©pare de VĂ©nus pour recouvrer sa libertĂ© et se connaĂźtre lui-mĂȘme. Il renoue avec ses compagnons et retrouve l’amour d’Elizabeth, fille du Landgrave. Pour obtenir la main de celle (qui l’aime), TannhĂ€user compose un hymne Ă  l’amour dont la lascivitĂ© et la violence passionnelle scandalisent l’audience (comme les spectateurs parisiens). Trop de passion, trop d’impudique extase ainsi dĂ©voilĂ©e. La morale bourgeoise rĂ©prouve ce qui la ronge et qui doit donc ĂȘtre tenu cachĂ©. Pourtant TannhĂ€user devait nĂ©cessairement vivre l’amour charnel et profane pour mieux le chanter
 On ne peut donc reprocher au hĂ©ros son Ă©loquente sincĂ©ritĂ© et c’est tout le message de vĂ©ritĂ© qu’exprime Elizabeth Ă  l’adresse de tous ceux qui jugent TannhĂ€user aprĂšs avoir concouru.

Wagner entend trouver la paix intĂ©rieure en obtenant le salut de son hĂ©ros ; s’il veut obtenir le pardon, TannhĂ€user devra faire le pĂšlerinage Ă  Rome et se faire absoudre par le Pape : c’est toute la tension de l’acte III et le miracle final, quand le chevalier qui se croit perdu et damnĂ©, croise les pĂšlerins en marche (leur thĂšme fait d’ailleurs toute la magie de l’ouverture)
 Illustration : JW Waterhouse (DR).

FRANCE MUSIQUE, sam 14 août 2021, 20h
Opéra donné le 27 juillet 2021 au Théùtre du Festival de Bayreuth
dans le cadre du Festival de Bayreuth.

TannhÀuser
Richard Wagner, compositeur et librettiste

Opéra en trois actes sur un livret du compositeur créé le 19 octobre 1845 au Königlich SÀchsisches Hoftheater de Dresde.

GĂŒnther Groissböck, basse, Hermann, Landgrave de Thuringe
Stephen Gould, ténor, TannhÀuser
Markus Eiche, baryton, Wolfram von Eschenbach
Magnus Vigilius, ténor, Walther von der Vogelweide
Ólafur Kjartan Sigurarson, basse, Biterolf
Jorge Rodríguez-Norton, ténor, Heinrich der Schreiber
Wilhelm Schwinghammer, basse, Reinmar von Zweter

Lise Davidsen, soprano, Elisabeth, niĂšce d’Hermann
Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano, VĂ©nus
Katharina Konradi, soprano, Un jeune berger

Le Gateau Chocolat, baryton
Manni Laudenbach, acteur, Oskar

Choeur & orchestre du Festival de Bayreuth
Alex Kober, direction

Dossier SAINT-SAËNS : centenaire 2021 (entre libertĂ© et classicisme)

SAINT-SAENS-camille-portrait-centenaire-mort-de-camille-saint-saens2021 marque le centenaire de la mort de Camille Saint-SaĂ«ns : esprit libre, Ă©lectron gĂ©nial, dĂ©fenseur de la musique française (contre l’hĂ©gĂ©monie des Allemands et de Wagner). Le musicien fut pianiste et compositeur, d’une rare culture, voyageur rĂ©gulier, solitaire polĂ©miste dont l’acuitĂ© de l’esprit inspire toujours. Ayant connu Berlioz, tĂ©moin des Ɠuvres de Debussy et Ravel, Saint-SaĂ«ns traverse le XIXĂš avec Ă©clat par ses audaces formelles, son goĂ»t du thĂ©Ăątre oĂč se dĂ©ploie la passion des anciens. C’est un Baroqueux avant l’heure : passionnĂ© par Lully et Marc Antoine Charpentier, Rameau et Gluck (comme Berlioz)… Voici quelques thĂ©matiques clĂ©s pour mieux approcher la diversitĂ© d’un gĂ©nie romantique difficile Ă  classer.

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SAINT-SAËNS ET LE MILIEU PARISIEN. S’il est populaire, sa musique jouĂ©e et apprĂ©ciĂ©e, connue et cĂ©lĂ©brĂ©e en Province comme Ă  Paris, Saint-SaĂ«ns est « boudé » par les autoritĂ©s parisiennes qui font et dĂ©font la gloire des artistes. En rĂ©alitĂ©, son gĂ©nie l’a propulsĂ© naturellement au devant de l’estrade jusqu’à devenir le compositeur officiel de la IIIĂš RĂ©publique. Pianiste et organiste virtuose, Saint-SaĂ«ns a composĂ© dans tous les genres, innovant souvent en crĂ©ateur sans entraves et douĂ© d’une imagination fĂ©conde : Danse Macabre, IIIĂšme symphonie pour orgue (dĂ©diĂ©e Ă  la mĂ©moire de Liszt). Ses opĂ©ras sont Ă  redĂ©couvrir, saisissant tous par leur originalitĂ© et leur parure d’un raffinement inouĂŻ : orientalisme (Samson), historicisme (Ascanio, Henry VIII, 
)


 

2021, annĂ©e d’une rĂ©habilitation espĂ©rĂ©e…

Camille SAINT-SAËNS :
le plus grand génie romantique français
aprĂšs BERLIOZ ?

 

 

 

Voyageur régulier, ambassadeur du goût français

Mobile, actif, Saint-SaĂ«ns voyage beaucoup ; aimant passionnĂ©ment l’Orient, surtout l’Afrique : il meurt Ă  Alger. Partout, il joue ses Ɠuvres, exporte ainsi le goĂ»t et l’élĂ©gance française. Encore en 1915, pour l’exposition musicale de San Francisco, il est prĂ©sent, pourtant octogĂ©naire, incarnant l’excellence française tel un envoyĂ© officiel.

 

 

 

Saint-Saëns écrivain

PersonnalitĂ© publique et polĂ©miste, Saint-SaĂ«ns comme Berlioz sait Ă©crire et il est publiĂ© dans les medias d’alors, moins la presse grand public que spĂ©cialisĂ©e ; il prend la parole, participe au dĂ©bat, n’hĂ©site pas Ă  affronter et rĂ©pondre, en dĂ©fenseur du bon goĂ»t. Ce qui lui a collĂ© Ă  la peau, surtout Ă  la fin de sa carriĂšre oĂč il paraissait conservateur et obtus, Ă©tranger Ă  la modernitĂ© naissante (PellĂ©as de Debussy). Mais il s’obstine contre la critique parisienne, arrogante et cassante car il a pour lui, l’adhĂ©sion populaire, et comme sa musique, un style ardent, clair et construit.

En 1890, l’écrivain qui se fixe Ă  Dieppe, se fait aussi poĂšte et dramaturge : il Ă©crit un recueil de poĂšme (Rimes familiĂšres) et la comĂ©die « La Crampe des Ă©crivains », soulignant son humour, trait toujours gommĂ© chez les biographes, et qui le rapproche d’un Rossini ; suivra encoreLe Roi Apepi, crĂ©Ă© Ă  BĂ©ziers en 1903.

La correspondance privĂ©e commence Ă  rĂ©vĂ©ler ses trĂ©sors, soit plus de 18 000 lettres dont celles avec son Ă©diteur Auguste Durand, bien documentĂ©e de 1835 Ă  sa mort. Entre les affaires d’édition et le travail musical, le compositeur dĂ©voile l’homme : un esprit curieux, esthĂšte, universaliste qui attend toujours une biographie fidĂšle et plus nuancĂ©e. L’aisance Ă©pistolaire et la vitalitĂ© de son style Ă©crit paraissent au grand jour grĂące Ă  deux ouvrages Ă©ditĂ© par Actes Sud : Correspondance avec FaurĂ© et Saint-SaĂ«ns globe trotter.

 

 

 

Saint-SaĂ«ns et l’opĂ©ra

C’est Ă  l’égal de Vivaldi, un chantier encore vierge tant les ouvrages sont nombreux et pourtant mĂ©connus. Aux cĂŽtĂ©s du cĂ©lĂšbre Samson et Dalila, Ă  juste titre jouĂ© rĂ©guliĂšrement (et qui fut crĂ©Ă© grĂące Ă  l’aide de son ami Liszt Ă  Weimar), il faut absolument rĂ©Ă©couter et rĂ©Ă©valuer FrĂ©dĂ©gonde, La Princesse jaune, Les noces de PromĂ©thĂ©e, PhrynĂ©, Etienne Marcel
 ou Proserpine, Les Barbares, Le Timbre d’argent, surtout Ascanio rĂ©cemment enregistrĂ©s. La reconnaissance du Saint-SaĂ«ns lyrique a souffert du fait que le trop jeune musicien (16 ans) n’obtint pas le Prix de Rome (tremplin pour le genre), mĂȘme s’il fut l’élĂšve lumineux d’HalĂ©vy (l’auteur vĂ©nĂ©rĂ© de La Juive). Une seconde tentative pour Rome Ă  28 ans se solde lĂ  encore par un Ă©chec (pas assez inexpĂ©rimentĂ©, selon une formule attribuĂ©e Ă  Berlioz ou Ă  Gounod). On comprend que Saint-SaĂ«ns ait dĂšs lors choisi de suivre son propre chemin.

Avec Samson et Dalila, Saint-SaĂ«ns offre avant Carmen, une figure fĂ©minine vĂ©nĂ©neuse et toxique, amoureuse libre et passionnĂ©e et voix de contralto (Pauline Viardot) ; un portrait qui ne colle pas avec la France post 1870, puritaine et patriote, d’autant que soutenu par Liszt, Saint-SaĂ«ns est considĂ©rĂ© comme germanique.

 

 

Saint-Saëns et les sujets lyriques

Pour l’exposition universelle de 1867, il compose la cantate Les noces de PromĂ©thĂ©e (1er Prix dĂ©cernĂ© par le jury qui rĂ©unit alors Verdi, Gounod, Rossini, Auber, Berlioz !). PromĂ©thĂ©e est crĂ©Ă© aussi Ă  Weimar en mai 1870 grĂące Ă  Liszt qui encourage Saint-SaĂ«ns dans l’élaboration de Samson. Outre son affection pour la Renaissance, source historique et française qui offre une belle alternative au wagnĂ©risme ambiant, le compositeur, amateur des anciens, de Lully Ă  Rameau, affectionne particuliĂšrement les sujets mythologiques : en tĂ©moignent Les Noces de PromĂ©thĂ©e (1867), Proserpine (1887), PhrynĂ© (1893), DĂ©janire (1898, crĂ©Ă© au thĂ©Ăątre des ArĂšnes de BĂ©zier pour refonder localement une tradition musicale et lyrique) ; puis les Barbares (1901 : relecture nĂ©o antique de l’histoire romaine auquel l’auteur apporte sa lecture du conflit franco-prussien : Rome est assiĂ©gĂ© par les teutons) ; les musiques de scĂšne pour Andromaque de Racine (1903) ; HĂ©lĂšne (1904)
 Sur le plan symphonique aussi les 4 poĂšmes symphoniques : Le Rouet d’Omphale (1871), PhaĂ©ton (1873), La Danse macabre (1874), La Jeunesse d’Hercule (1877), offre fĂ©conde certainement inspirĂ© par le crĂ©ateur du genre Liszt, son ami de toujours. Outre son opĂ©ra biblique, dĂ©sormais cĂ©lĂšbre, Samson et Dalila (1877), Saint-SaĂ«ns laisse un important corpus inspirĂ© par la Renaissance française : Etienne Marcel (1879), Henry VIII (1883), Ascanio (1890), 


 

 

 

Saint-Saëns mélodiste

Le compositeur cultivĂ©, esthĂšte qui avait le goĂ»t des textes et de la poĂ©sie a laissĂ© environ 160 mĂ©lodies, dont le cycle La cendre rouge, Ă©crit pendant la premiĂšre guerre mondiale
 des perles qui elles aussi, comme ses opĂ©ras, sont Ă  redĂ©couvrir. C’est un chantier pourtant essentiel comptant des chefs d’oeuvres aussi marquants que les Ɠuvres de Gounod, FaurĂ© (l’élĂšve de Saint-SaĂ«ns) et Massenet.

 

 

 

Ardent défenseur de la musique française

Patriote, Saint-SaĂ«ns s’engage trĂšs tĂŽt pour la redĂ©couverte des auteurs anciens ; inaugurant mĂȘme le mouvement baroque avant l’heure ; s’il crĂ©e la SociĂ©tĂ© Nationale le 25 fĂ©vrier 1871, favorisant les compositeurs français contemporains, Camille collectionne les partitions anciennes et organise leur Ă©dition critique moderne : ainsi les rĂ©Ă©ditions de Gluck (Ă  la suite de Berlioz), Charpentier et de Rameau. Mais aussi Lully dont il rĂ©orchestre Armide pour les ArĂšnes de BĂ©ziers en 1904. Il s’intĂ©resse dĂ©jĂ  aux notions d’ornementation, d’organologie (prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© des instruments anciens), prĂ©figurant le souci actuel de restitution sonore historique. Il s’interroge sur l’interprĂ©tation des oeuvres de Leclair et Mondonville, comme celles de Corelli et Bach. Rameau est une source rĂ©guliĂšre pour l’interprĂšte comme le compositeur : Saint-SaĂ«ns pianiste a jouĂ© du Rameau dans ses rĂ©citals ; comme compositeur, il a Ă©crit Ă  la maniĂšre Baroque, plusieurs ballets « historiques », nĂ©o baroques et aussi nĂ©o Renaissance, pour Henry VIII et pour son chef d’oeuvre Ă  redĂ©couvrir, Ascanio (page des plus raffinĂ©es). Enfin, Marc-Antoine Charpentier lui doit sa premiĂšre rĂ©surrection, comme gĂ©nie mĂ©connu, « contemporain de lully », enfin redĂ©couvert grĂące entre autres Ă  son enthousiasme pour MĂ©dĂ©e dont il souligne l’écriture « impeccable » 

 

 

SAINT-SAËNS et WAGNER

Camille-Saint-Saens DRJusqu’en 1885, lors d’une tournĂ©e en Allemagne, Saint-SaĂ«ns alors reconnu comme l’ambassadeur du bon goĂ»t français, se rebiffe dĂ©finitivement contre le wagnĂ©risme et surtout contre les wagnĂ©riens.  Quand Carvalho, directeur de l’OpĂ©ra-Comique lui propose de reprendre Lohengrin, l’auteur de Samson et Dalila s’oppose nettement. Depuis la dĂ©faite de 1870 de la France face Ă  la Prusse, Wagner ne cesse d’ĂȘtre instrumentalisĂ© comme emblĂšme de la supĂ©rioritĂ© du gĂ©nie germanique vis Ă  vis des autres cultures, dont Ă©videmment la culture et la musique française. Un revers mal vĂ©cu par Saint-SaĂ«ns qui soldat rejoint le 4Ăš bataillon de la garde nationale ; il sera alors trĂšs affectĂ© par le mort de son ami, le peintre orientaliste et chanteur Henri Regnault (la Marche hĂ©roĂŻque lui est dĂ©diĂ©e).

WAGNER : le Ring Jordan sur France MusiquePourtant, presque 10 ans auparavant, dĂšs 1876, Saint-SaĂ«ns fait le pĂšlerinage Ă  Bayreuth, assistant au festival inaugural ; tĂ©moignant son enthousiasme pour l’opĂ©ra wagnĂ©rien : il est peut remerciĂ© en retour ; Wagner reconnaissant surtout l’excellent pianiste, moins le faiseur d’opĂ©ras ! Peu Ă  peu, Saint-SaĂ«ns que la reconnaissance du patrimoine musical français prĂ©occupe, mĂšne un combat de plus en plus aigu contre la wagnĂ©rite qui s’empare de la France dans les dĂ©cades 1880 et 1890. Autre manifestation du « combat » antiwagnĂ©rien de Saint-SaĂ«ns : la crĂ©ation du conservatoire amĂ©ricain de Fontainebleau (dans l’aile Louis XV du chĂąteau), en 1921, destinĂ© Ă  rompre l’habitude des jeunes musiciens amĂ©ricains Ă  se former en Europe Ă  Berlin ou Leipzig, citĂ© musicale internationale oĂč Bach, Mendelssohn, et tant d’autres ont Ă©bloui le monde. AprĂšs 1918, les Français souhaitent imposer le leadership culturel et musical d’autant plus face Ă  l’Allemagne affaiblie.

 

 

 

Longévité florissante

saint saens camille portrait pour classiquenews camille-saint-sans-1Saint-SaĂ«ns nĂ© l’annĂ©e de la crĂ©ation au ThĂ©Ăątre Italien des Puritains de Bellini (1835), compose encore l’annĂ©e de sa mort, 1921. Le 16 dĂ©cembre 2021 marque donc le centenaire de sa mort. Une longĂ©vitĂ© impressionnante pour ce reptile tenace et combattif qui aura vĂ©cu 86 ans, connu tous les rĂ©gimes, les genres, les styles, les Ă©poques et aussi Rossini, Berlioz, Meyerbeer, Debussy, Ravel. C’est le dernier des classiques romantiques, qui assure le pont entre Berlioz et Ravel. La mĂ©moire incarnĂ©e de la musique française au XIXĂš jusqu’à la rĂ©volution symboliste et impressionniste du dĂ©but du XXĂš.

Un malade chronique

De santĂ© fragile, tuberculeux depuis la naissance, Camille cultive un rapport singulier avec la faucheuse ; d’autant qu’il a perdu ses deux fils en bas Ăąge (1878). Conscient de sa faiblesse constitutive, mais toujours combatif ; prĂ©fĂ©rant le vertige des ocĂ©ans Ă  celui de la maladie ; ses voyages (en AlgĂ©rie et en Egypte surtout oĂč il sĂ©journe presque 20 fois, d’oĂč le Concerto pour piano n°5 dit « l’égyptien ») entretiennent une rĂ©sistance Ă  toutes Ă©preuves : Ă  80 ans, il embarque pour l’AmĂ©rique latine ; celui qui a vu tous ses amis partir, meurt sur le mĂ©tier, au travail, Ă  Alger, le 16 dĂ©cembre 1921, orchestrant alors la Valse nonchalante.

 

 

 

Saint-Saëns et la célébrité

Voyageur permanent, Camille a toujours su se prĂ©server des paparazzi et autres demandeurs en tout genre ; l’identitĂ© inventĂ©e de « Charles Sanois » lui garantit ainsi un anonymat primordial Ă  la bonne rĂ©alisation de ses sĂ©jours. Loin du milieu parisien, il compose en tranquillitĂ©.

De mars Ă  avril 1890, sa supposĂ©e disparition, en terre lointaine, est montĂ©e de toute piĂšces et alimentĂ©e par la presse Ă  sensation, toujours apte Ă  brĂ»ler ses idoles pourvu qu’elle vende des milliers d’exemplaires (dont le quotidien Le Matin). Dans les faits, le compositeur est aux Canaries, isolĂ©, protĂ©gĂ©, aprĂšs le dĂ©cĂšs de sa mĂšre (1888) et aussi le report de la crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra de Paris de son opĂ©ra Ascanio. Revenu en 1890 Ă  Dieppe oĂč en son honneur un musĂ©e lui est dĂ©diĂ© ; mais il repart aussitĂŽt pour Ceylan. On ne change pas un esprit qui a le goĂ»t des voyages. Tout Saint-SaĂ«ns est lĂ , dans ce mouvement perpĂ©tuel ; celui d’un pur esprit mobile, libre, jamais convenu ni prĂ©visible ; toujours original et pertinent : en 1908, il compose la premiĂšre musique de film pour le cinĂ©ma, tout en servant son goĂ»t pour la Renaissance française : L’assassinat du duc de Guise. Un moderne sous couvert d’élĂ©gance classique. Saint-SaĂ«ns est comme Berlioz qui rĂ©formateur, adepte de Gluck, se disait « classique ».

 

 

 

 

 

 

Approfondir

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Société Camille Saint-Saëns

Exposition « Saint-SaĂ«ns : un esprit libre » / BnF et l‘OpĂ©ra national de Paris, au Palais Garnier, Ă  partir du 5 mars 2021 – jalon fĂ©dĂ©rateur des cĂ©lĂ©brations pour le centenaire de la disparition du musicien en 1921. Jusqu’au 20 juin 2021. PARIS, BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra de Paris, Palais Garnier : tous les jours 10h-17h.

 

 

 

A redécouvrir

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ASCANIO critique cd annonce review par classiquenews St-Saens-ASCANIO-parution
CD, Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records)
. Le label B-records crĂ©e l’évĂ©nement en octobre 2018 en dĂ©diant une Ă©dition luxueuse Ă  l’opĂ©ra oubliĂ© de Saint-SaĂ«ns, Ascanio, crĂ©Ă© en mars 1890 Ă  l’OpĂ©ra de Paris. C’est aprĂšs le grand opĂ©ra romantique fixĂ© par Meyerbeer au milieu du siĂšcle, l’offrande de Saint-SaĂ«ns au genre historique, et comme les Huguenots de son prĂ©dĂ©cesseur (actuellement Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit Ă  l’époque de la Renaissance française sous la rĂšgne de François Ier, quand le sculpteur et orfĂšvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-SaĂ«ns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maĂźtrisĂ© de la couleur et de la mĂ©lodie : d’autant que, au moment oĂč il fait reprĂ©senter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sĂ©vĂšres, se cherche une nouvelle forme, capable de prĂ©senter une vĂ©ritable alternative au wagnĂ©risme ambiant. AprĂšs Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant rĂ©fĂ©rence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a prĂ©cĂ©dĂ© et dont lui aussi, la carriĂšre Ă  l’OpĂ©ra sera brĂšve.

 

Requiem, dédié à la mémoire de son mécÚne Albert Libon (qui lui avait fait avant de mourir un don de 100 000 francs en 1877)

 

 

 

 

 

CATALOGUE

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5 concertos pour piano,
5 symphonies dont une avec orgue,
4 poĂšmes symphoniques (dont Danse macabre),

Opéras

Samson et Dalila (1877)
Le Timbre d’argent (1877)
Henry VIII (1883)
Proserpine (1887)
Ascanio (1890)
Les Barbares (Opéra de Paris, 1901)

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 LIVRES

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LIVRE Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. StĂ©phane LeteurĂ© : Camille Saint-SaĂ«ns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud. MUSIQUE et POLITIQUE.  Voici l’étendue des dĂ©placements et un premier portrait du Saint-SaĂ«ns voyageur, en Europe (Allemagne, Angleterre, Italie), dans cet Orient « africain » qu’avant lui Delacroix ou FĂ©licien David ont parcouru (AlgĂ©rie et Egypte), mais aussi en USA. L’auteur entend nous dĂ©voiler Ă  travers l’expĂ©rience du compositeur romantique français, une premiĂšre analyse inĂ©dite celle dĂ©veloppĂ©e sous le prisme d’une « gĂ©opolitique musicale ». A l’heure de la mondialisation artistique, et aux projets esthĂ©tiques qui s’expatriant en atteignant une internationalisation standardisĂ©e, le cas Saint-SaĂ«ns confrontĂ© aux convulsions politiques de son Ă©poque, met a contrario en avant l’obligation pour l’artiste crĂ©ateur de prendre parti, selon le mouvement des nationalismes affrontĂ©s (en particulier entre France et Allemagne), selon les postures de la diplomatie dont, dans ses propres dĂ©placements, il ne peut Ă©carter les implications. IntĂ©ressant d’interroger ainsi la conscience politique d’un compositeur au hasard de ses dĂ©placements
 Surtout Ă  notre Ă©poque oĂč bien peu (trop peu) de musiciens, artistes ou compositeurs, prennent parti pour tel ou tel combat : ce n’est pourtant pas les causes qui manquent dans notre monde dĂ©rĂ©glĂ©, perverti, corrompu. Bref. Ici, le monde de Saint-SaĂ«ns ne connaĂźt pas l’horreur de nos temps prĂ©sents.

Actes sud, camille saint saens globe trotter politique et musique CLIC de classiquenews, review critique presentation livres de CLASSIQUENEWS 9782330077464La mission « volontaire » et assumĂ©e de Saint-SaĂ«ns favorise le rayonnement de la culture française Ă  travers la diffusion de sa musique, c’est bien ainsi que l’auteur entend privilĂ©gier cette prĂ©fĂ©rence nationale, cette volontĂ© de suprĂ©matie dans le goĂ»t international, surtout Ă  partir de 1905, quand il rejoint les membres du Conseil supĂ©rieur des Beaux-Arts. D’autant que les deux AmĂ©riques, vers cet Ouest « futuriste et rĂ©solument moderniste » sont par exemples estimĂ©es tels de nouveaux eldorados, – opportunes issues aux compositeurs français qui peinent Ă  se faire entendre et jouer dans leur propre pays. D’ailleurs l’axe France-USA se cristallise encore aprĂšs la premiĂšre guerre avec la crĂ©ation du Conservatoire amĂ©ricain de Fontainebleau.
Dans ce concert des nations oĂč Saint-SaĂ«ns veut jouer sa propre partition, l’auteur montre par exemple s’agissant des relations avec l’Allemagne, comment le Français renforce peu Ă  peu un combat direct contre le wagnĂ©risme, s’insurgeant contre la divinisation du maĂźtre de Bayreuth dont il a Ă©tĂ© l’un des premiers festivaliers. AprĂšs la mort de Wagner, en 1882, et avec l’essor du wagnĂ©risme, Saint-SaĂ«ns s’affirme en dĂ©fenseur de l’art français, oeuvrant pour la crĂ©ation d’un rĂ©seau francophile international oĂč des chefs sensibilisĂ©s / alliĂ©s sont nommĂ©s Ă  des postes clĂ©s pour favoriser la musique romantique hexagonale, la soutenir, l’encourager, la faire jouer. Comment alors ne pas justement considĂ©rĂ© ce goĂ»t pour l’orient comme la rĂ©ponse du Français, au wagnĂ©risme envahissant de son Ă©poque ?

 

saint-saens et rouche la correspondance 1913-1921 presentation par Marie-Gabrielle Soret compte rendu critique de CLASSIQUENEWS editions ACTES SUD livre evenement clic de classiquenews 9782330065812LIVRES, compte rendu critique. Camille Saint-SaĂ«ns et Jacques RouchĂ© : correspondance de 1913 Ă  1921. Actes Sud enrichit sa collection dĂ©diĂ©e aux tĂ©moignages et correspondances d’un romantisme tardif, dĂ©jĂ  Ă©bloui par l’impressionnisme de Debussy, et la syncope frĂ©nĂ©tique d’un Stravinsky (qu’en bon pĂšre conservateur St-SaĂ«ns dĂ©testait en le faisant savoir). Les deux hommes de lettres : RouchĂ© / Saint-SaĂ«ns qui Ă©changent, croisent idĂ©es et projets, sont chacun dans une pĂ©riode trĂšs active de leur existence. Le Quinqua Jacques RouchĂ© (1862-1957) est le rĂ©cent directeur de l’OpĂ©ra de Paris ; il s’adresse ici Ă  un Saint-SaĂ«ns, vieux (presque octogĂ©naire) maĂźtre des excellences romantiques, douĂ© d’une invention et d’un classicisme « moderne » qui n’a plus rien Ă  prouver. Face au germanisme wagnĂ©rien croissant (lui qui fut nĂ©anmoins un adepte de Bayreuth dĂšs les premiĂšres heures du Festival allemand), Saint-SaĂ«ns se dresse en dĂ©fenseur de l’art musical français. En esprit curieux et fĂ©dĂ©rateur, RouchĂ© accepte de (re)crĂ©er nombre d’ouvrages de Saint-SaĂ«ns sur la scĂšne de l’opĂ©ra de Paris qui ne compte alors que Samson et Dalila : ainsi grĂące au jeune directeur, sont montĂ©s : Les Barbares (1914), Etienne Marcel (extraits en 1915 et 1916), Henry VIII (1917), HĂ©lĂšne (1919), Ascanio (1921)
 autant d’ouvrages qui suscitent Ă©videmment de constantes coopĂ©rations, oĂč le cher monsieur de 1013 est devenu « mon cher directeur », Saint-SaĂ«ns signant en « ….

 

 

 

leteure stĂ©phane saint saens croquer saint saens critique classiquenews livres actes sudCOMPTE-RENDU, livre Ă©vĂ©nement. StĂ©phane LeteurĂ© : Croquer Saint-SaĂ«ns: Une histoire de la reprĂ©sentation du musicien par la caricature (Actes Sud). Le centenaire Saint-SaĂ«ns commence au mieux. LIRE ici notre dossier spĂ©cial CENTENAIRE CAMILLE SAINT-SAËNS 2021. Actes Sud fait paraĂźtre ainsi en fĂ©vrier un opuscule original qui aborde l’image et la reprĂ©sentation de Saint-SaĂ«ns Ă  son Ă©poque. Le compositeur pianiste Ă©tant cĂ©lĂšbre voire trĂšs cĂ©lĂšbre, fut le sujet de caricatures diverses Ă©pinglant certains traits apparemment emblĂ©matiques (comme son nez disproportionné ), son piano Ă©videmment, sa culture classique, -poussiĂ©reuse forcĂ©ment- qui puise dans l’AntiquitĂ© et la Renaissance
 Le dĂ©lire graphique des dessinateurs et des caricaturistes ne connaĂźt pas de limite et Saint-SaĂ«ns fait les frais de leur imagination impertinente, Ă©lectrisĂ©e avec d’autant plus d’acuitĂ© que le pianiste-compositeur passe pour un pilier de l’art français, l’ambassadeur de la IIIĂš RĂ©publique : un compositeur incontournable, incarnant le bon goĂ»t, le sĂ©rieux, le classicisme le plus Ă©lĂ©gant. Massenet avait sa moustache gauloise … EN LIRE PLUS ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CD

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ASCANIO critique cd annonce review par classiquenews St-Saens-ASCANIO-parution
CD, Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records)
. Le label B-records crĂ©e l’évĂ©nement en octobre 2018 en dĂ©diant une Ă©dition luxueuse Ă  l’opĂ©ra oubliĂ© de Saint-SaĂ«ns, Ascanio, crĂ©Ă© en mars 1890 Ă  l’OpĂ©ra de Paris. C’est aprĂšs le grand opĂ©ra romantique fixĂ© par Meyerbeer au milieu du siĂšcle, l’offrande de Saint-SaĂ«ns au genre historique, et comme les Huguenots de son prĂ©dĂ©cesseur (actuellement Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit Ă  l’époque de la Renaissance française sous la rĂšgne de François Ier, quand le sculpteur et orfĂšvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-SaĂ«ns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maĂźtrisĂ© de la couleur et de la mĂ©lodie : d’autant que, au moment oĂč il fait reprĂ©senter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sĂ©vĂšres, se cherche une nouvelle forme, capable de prĂ©senter une vĂ©ritable alternative au wagnĂ©risme ambiant. AprĂšs Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant rĂ©fĂ©rence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a prĂ©cĂ©dĂ© et dont lui aussi, la carriĂšre Ă  l’OpĂ©ra sera brĂšve.

 

 

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saint-saens-timbre-argent-roth-cd-critique-opera-review-opera-classiquenews-les-siecles-FX-RothCD, opĂ©ra, Ă©vĂ©nement. SAINT-SAËNS: Le timbre d’argent (Roth, 2 cd P. Bru Zane, 2017). Perle lyrique du Romantisme français : premier opĂ©ra de Camille Saint-SaĂ«ns, Ă©crit en 1864-65, Le Timbre d’argent renaĂźt ainsi par le disque et mĂ©rite la timbale d’or. Tout le mĂ©rite en revient au chef et Ă  son orchestre sur timbres d’époque : François-Xavier Roth et ses « SiĂšcles ». Venu tard Ă  l’opĂ©ra, Camille compose la mĂȘme annĂ©e, Samson et Dalila, son plus grand succĂšs encore actuel, et Le Timbre d’argent, totalement oubliĂ© depuis 1914. Entre romantisme et fantastique, l’action relĂšve de Faust et de Pygmalion Ă  l’époque du wagnĂ©risme triomphant. Pourtant Saint-SaĂ«ns rĂ©invente l’opĂ©ra romantique français avec une verve et un imaginaire inĂ©dit, qui se moque des conventions et apporte une alternative exemplaire aux contraintes du temps. Le compositeur use de collages, multiplie les clichĂ©s dĂ©calĂ©s, en orfĂšvre Ă©rudit.

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Saint saens proserpine critique compte rendu sur classiquenews opera veronique gens frederic antoun edicionessingulareses1027CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). VĂ©ronique Gens, FrĂ©dĂ©ric Antoun, Andrew Foster-Williams
 Ulf Schirmer, direction (2 cd ediciones singulares / Pal. Bru Zane, 2016). En couverture du livre cd, le corset de la courtisane Proserpine, et son prĂ©nom en lettres d’or, inspirant un drame tragique qui crĂ©Ă© en 1887, sans trop de succĂšs malgrĂ© l’estime que lui portait Saint-SaĂ«ns (qui le tenait pour son meilleur opĂ©ra, ou l’un de ses meilleurs), offre un rĂŽle fĂ©minin d’une ampleur aussi accomplie que celle des hĂ©roĂŻnes de Massenet. D’ailleurs, le style parfois ampoulĂ© et souvent pompier du compositeur, se rapproche de l’auteur de Manon (1884) ou de ThaĂŻs (autre pĂȘcheresse repentie magnifique, crĂ©Ă© en 1894)
 voire la rare Esclarmonde (OpĂ©ra-Comique Ă©galement, crĂ©Ă© en 1889). RĂȘvant son hĂ©roĂŻne comme Bizet avait conçu Carmen, Saint-SaĂ«ns souhaitait une voix large, puissante, dramatique, 
 Ă  la Falcon. Mais la rĂ©alitĂ© fut plus sournoise et l’auteur dut faire avec les interprĂštes Ă  sa disposition ; il sopranisa le rĂŽle. D’emblĂ©e l’intonation et le style de VĂ©ronique Gens (au français impeccable qui affirme toujours la diseuse / cf ses rĂ©cents albums de mĂ©lodies françaises romantiques, dont l’excellent “NĂ©Ăšre”), son style altier voire aristocratique (elle n’a pas chantĂ© toutes les hĂ©roĂŻnes mythologiques de Gluck, ou presque, pour rien), la finesse de l’incarnation permettent de facto d’exprimer l’épaisseur du personnage : une courtisane vĂ©nĂ©rĂ©e comme VĂ©nus, qui tombant amoureuse d’un jeune homme, Sabatino…

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SAINT SAENS opus33 damien Ventula violoncelle klarthe cd critique cd review classiquenews ravel Huillet CLIC de classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS, HUILLET : Concertos. Damien Ventula, violoncelle (1 cd Klarthe records, 2020) – Belle vitalitĂ© de l’orchestre de cordes, Ă©loquence contrastĂ©e, vivace du soliste toulousain
 le rare Concerto pour violoncelle opus 33 de Saint-SaĂ«ns (arrangĂ© ici par le chef Gilles Colliard) s’impose par sa carrure Ă©nergique voire Ă©chevelĂ©e, ce dĂšs le premier Allegro (non troppo) ; une volontĂ© conquĂ©rante que compense l’Allegretto central, conçu comme un menuet oĂč brille la tendresse plus intĂ©riorisĂ©e du violoncelle (ici un somptueux Antoine MĂ©dard de 
 1675); orfĂšvre d’un jeu tout en accents et fluiditĂ©, Damien Ventula affronte dĂ©fis et points extrĂȘmes d’une Ă©criture virtuose mais trĂšs Ă©quilibrĂ©e, oĂč partout rayonne un absolu sens de l’équilibre (n’est pas Saint-SaĂ«ns qui veut). CLIC DE CLASSIQUENEWS de janvier 2021 

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saint saens symphonies cristian macelaru critique cd review classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement. SAINT-SAËNS : IntĂ©grale des 5 Symphonies (Cristian Macelaru, National de France, 3 CD Warner classics). Cette intĂ©grale conduite par le bouillonnant et trĂšs dĂ©taillĂ© Cristian Macelaru (nĂ© en 1980 en Roumanie) dĂ©finit dĂ©sormais une nouvelle rĂ©fĂ©rence pour la rĂ©pertoire symphonique français : heureux interprĂšte qui a la puissance et le sens du dĂ©tail, douĂ© aussi d’une Ă©nergie intĂ©rieure assez fabuleuse. Directeur musical du National de France depuis septembre 2020, Cristian Macelaru se distingue de toute Ă©vidence par cette intĂ©grale ainsi constituĂ©e en 2020 et 2021, qui scelle l’évidente alchimie entre le chef et l’orchestre parisien au moment oĂč est cĂ©lĂ©brer le centenaire de la mort de Camille Saint-SaĂ«ns (1921 – 2021). CLIC de CLASSIQUENEWS Hiver 2021.

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ACTES SUD : Camille Saint-Saëns, compositeur globe-trotter

 

 

 Approfondir 

LIRE notre dossier biographique thĂ©matisĂ© Dossier Camille SAINT-SAËNS : centenaire SAINT-SAËNS 2021 : entre libertĂ© et classicisme, patriotisme et Ă©clectisme…

 

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Dossier rĂ©guliĂšrement actualisĂ© pendant l’annĂ©e SAINT-SAËNS 2021.

 

 

 

 

 

WAGNER : Le RING de Philippe JORDAN. Jonas Kaufmann et EM Westbroek, déprogrammés

ring-opera-de-paris-ph-jordan-critique-annonce-classiquenewsPARIS. LE RING de Philippe JORDAN : nouveaux rebondissements pour une production au parcours chaotique ; le nouveau Ring du chef Philippe Jordan, moment phare de la saison de l’OpĂ©ra de Paris en 2020, qui devait marquer aussi son dĂ©part de l’Institution parisienne, connaĂźt de rĂ©cents et sĂ©rieux changements dans sa distribution : Jonas Kaufmann a finalement annulĂ© sa participation dans le rĂŽle de Siegmund, prĂ©fĂ©rant rĂ©duire ses dĂ©placements. De mĂȘme Eva-Maria Westbroek annoncĂ©e dans le rĂŽle de Sieglinde (compagne de Siegmund : les deux Welsung sont les parents de Siegfried), devenue cas contact, ne peut plus se dĂ©placer. Les deux chanteurs sont remplacĂ©s respectivement par Stuart Skelton et Lise Davidsen, straussienne de choc qui devrait assumer le dĂ©fi wagnĂ©rien
 Ă  suivre. Les retransmissions en direct sur France Musique sont toujours maintenues sauf contre ordre Ă  partir du 26 dĂ©cembre prochain.

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LIRE notre présentation du WAGNER / RING 2020 de Philippe Jordan
http://www.classiquenews.com/opera-de-paris-france-musique-wagner-le-ring-jordan-2020/

WAGNER : le Ring Jordan sur France Musique

Dates et horaires des diffusions France Musique

L’Or du Rhin : Samedi 26 dĂ©cembre 2020 Ă  20h
La Walkyrie : Lundi 28 décembre à 18h30 à 20h
Siegfried : Mercredi 30 décembre à 20h
Le Crépuscule des dieux : Samedi 2 janvier 2021 à 20h

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Programme et présentation des 4 Journées
du RING de WAGNER par Philippe Jordan :

 

Samedi 26 dĂ©cembre 2020, 20h : L’Or du Rhin
Prologue : L’Or du Rhin (Das Rheingold)
Affiche_(portrait)_Le_Ring_2020(2)L’action naĂźt dans les profondeurs du Rhin : aprĂšs avoir renoncĂ© Ă  l’amour devant les trois filles du Rhin, gardiennes du trĂ©sor, le nain Nibelung Alberich dĂ©robe l’or, avec lequel son frĂšre Mime forge un anneau qui confĂšre Ă  son possesseur le pouvoir absolu sur les ĂȘtres et le monde. De son cĂŽtĂ©, calculateur et manipulateur, Wotan, maĂźtre des dieux, est contraint de conquĂ©rir l’anneau Ă  Nibelheim. Son fidĂšle « double », Log (dieu du feu, esprit de l’intelligence) lui souffle qu’il aura besoin de cet anneau pour duper les gĂ©ants Fafner et Fasolt, les bĂątisseurs de la future rĂ©sidence jupitĂ©rienne de Wotan sur le mont Walhala. Pour ĂȘtre sĂ»rs d’ĂȘtre payĂ©s en retour, les GĂ©ants ont pris en otage Freia, dĂ©esse de la jeunesse Ă©ternelle. Chez les Nibelungen, Wotan dĂ©robe Ă  Alberich, l’anneau et le voile magique, gage d’invisibilitĂ©. Alberich maudit alors l’anneau conquis par Wotan. L’or continue son Ɠuvre malĂ©fique : Fafner tue son frĂšre et cache le butin dans la forĂȘt. Plus tard, dans Siegfried, Fafner devenu dragon dĂ©fendra jusqu’à la mort son prĂ©cieux trĂ©sor
 Wotan victorieux mĂšne les dieux au Walhala ; ils s’enivrent grĂące Ă  leur jeunesse retrouvĂ©e. Pourtant, Wotan a signĂ© sa prochaine dĂ©chĂ©ance car il a trahi l’esprit des lois et la loyautĂ© qu’il avait lui-mĂȘme Ă©dicté 
Les moments de la partition Ă  ne pas manquer : le dĂ©but qui est l’ouverture de tout le cycle : de l’immatĂ©riel Ă  l’origine du monde au matĂ©riel incarnĂ© par le monde des dieux et leur duplicitĂ© vĂ©nale
 l’orchestre exprime ce mouvement qui organise peu Ă  peu la matiĂšre musicale et la fait jaillir hors des brumes initiales.
La fin du Prologue oĂč Wagner exprime l’élĂ©vation des dieux conquĂ©rants jusqu’au sommet de Walhala oĂč les gĂ©ants ont bĂąti le chĂąteau magnifique


 

 

Lundi 28 décembre 2020, 20h : La Walkyrie.
PremiĂšre journĂ©e : La Walkyrie (Die WalkĂŒre)

MUNICH : Ring wagnĂ©rien au Bayerische StaatsoperPar une nuit de tempĂȘte, le fugitif Siegmund, le fils de Wotan et d’une mortelle, trouve refuge chez le guerrier Hunding et son Ă©pouse Sieglinde. En rĂ©alitĂ©, tous deux sont frĂšres et soeurs (les Welsungen) et sont immĂ©diatement attirĂ©s l’un vers l’autre d’un amour irrĂ©sistible. Fricka, Ă©pouse de Wotan et protectrice du foyer conjugal, ne peut laisser s’accomplir une telle union, adultĂ©rine et de surcroĂźt incestueuse. Elle rappelle Ă  Wotan son obligation de protĂ©ger l’ordre moral : il obĂ©it et dĂ©pĂȘche sa plus fidĂšle fille, la Walkyrie BrĂ»nnhilde auprĂšs de Hunding pour le venger et tuer Siegmund.
Mais sujet central de l’opĂ©ra, BrĂŒnnhilde compatit au sort de Siegmund qui est son frĂšre : la Walkyrie est touchĂ©e par la sincĂ©ritĂ© de leur amour. Wotan paraĂźt et tue lui-mĂȘme Siegmund. Wotan poursuit la Walkyrie rebelle, la dĂ©choit de sa nature hĂ©roique : simple mortelle, la fille de Wotan devra reposer entourĂ©e d’un mur de flammes : seul un preux capable de vaincre la muraille enflammĂ©e pourra la conquĂ©rir et accomplir sa nature mortelle. Entre temps, la Walkyrie avait permis Ă  Sieglinde de fuir son Ă©poux, et lui trouver un refuge oĂč elle pourrait donner naissance au fils Ă  venir de Siegmund : Siegfried.
SĂ©quences mĂ©morables : le dĂ©but de l’opĂ©ra qui dĂ©bute par un orage orchestral et une course en panique, celle du fugitif Siegmund – le duo entre Siegmund / Sieglinde : la page amoureuse la plus bouleversante de tout le cycle du Ring – les adieux dĂ©chirants de Wotan au chevet de sa fille cernĂ©e de flammes (lĂ  encore, l’une des pages les plus dĂ©chirantes du cycle car tout l’amour d’un pĂšre obligĂ© de punir sa propre fille est ici exprimĂ©).

 

 

Mercredi 30 décembre 2020, 20h : Siegfried.
DeuxiÚme journée : Siegfried

wotan walkyrieElevĂ© dans la forĂȘt par le Nibelung Mime, silhouette frĂȘle et craintive, calculatrice et menteuse, a Ă©duquĂ© seul Siegfried, fils des jumeaux Siegmund et Sieglinde. L’enfant ne connaĂźt pas la peur et n’a jamais connu ses parents. Mime entend utiliser Siegfried pour tuer le dragon Fafner afin de dĂ©rober l’or et l’anneau. Dans ce but, Siegfried forge Ă  grands coups mĂ©talliques Nothung, l’épĂ©e de son pĂšre Siegmund, antĂ©rieurement tuĂ© par Wotan. Siegfried tue le dragon et goĂ»tant le sang du reptile, comprend le chant de l’oiseau de la forĂȘt qui le prĂ©vient de la machination de Mime : le guerrier le tue et part Ă  la conquĂȘte de son propre destin. Il croise Wotan devenu le « Voyageur », Ăąme dĂ©chue errante, condamnĂ©e Ă  cause de ses propres turpitudes. Siegfried amorce le dĂ©clin des dieux et l’avĂšnement des hommes
 Il atteint le rocher oĂč repose BrĂŒnnhilde dont il vainc la dĂ©fense de feu et tombe amoureux.

 

 

Samedi 2 janvier 2021, 20h : Le Crépuscule des dieux.
TroisiÚme journée : Le Crépuscule des dieux (GötterdÀmmerung)

wagner_brunnhilde_gotterdammerung_operarthur_rackhamTroisiĂšme et ultime JournĂ©e de la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne, Le CrĂ©puscule des dieux s’ouvre prĂšs du rocher de BrĂŒnnhilde oĂč les Trois Nornes tissent les fils du destin ; le fil se rompt, annonce de la fin des dieux. Au lever du jour, Siegfried quitte BrĂŒnnhilde en lui confiant l’anneau en tĂ©moignage de fidĂ©litĂ©. Il rejoint le chĂąteau des Gibishungen : Gunther, sa soeur Gutrune et Hagen, fils d’AlbĂ©rich et comme lui, esprit malĂ©fique et manipulateur. Hagen entend venger son pĂšre et reprendre l’anneau Ă  Siegfried. Pour se faire, celui ci trop naĂŻf, boit le philtre qui lui fait oublier BrĂŒnnhilde et aimer
 Gutrune.
Sous l’identitĂ© de Gunther, Siegfried envoĂ»tĂ© prend de force BrĂŒnnhilde et l’anneau. Au chĂąteau, BrĂŒnnhilde accuse Siegfried (qui a recouvrĂ© la mĂ©moire) : Hagen exploite la colĂšre de BrĂŒnnhilde et organise avec sa complicitĂ© (elle a rĂ©vĂ©lĂ© le seul point faible du hĂ©ros invincible), la mort de Siegfried. Pendant la chasse, Hagen fait assassiner Siegfried. Comprenant la supercherie, BrĂŒnnhilde tĂ©moigne de sa douleur ; honore la mĂ©moire de Siegfried trahi et organise un vaste bĂ»cher oĂč les flammes purificatrices effacent la barbarie nĂ©e de l’anneau et de la duplicitĂ© des hommes. Les filles du Rhin apparaissent reprenant leur butin : elles entraĂźnent Hagen le maudit au fond des eaux vengeresses

Quel monde nouveau naĂźtra-t-il aprĂšs ce nouveau chaos ? L’espĂ©rance que fonde Wagner dans son final est l’annonce d’un monde rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, portĂ© par l’esprit d’amour et de fraternitĂ©.

 

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A ÉCOUTER
Le podcast RING de WAGNER sur France Musique
https://www.francemusique.fr/emissions/musicopolis/Le-Grand-feuilleton-du-Ring-1-5-il-%C3%A9tait-une%20fois-89330

WAGNER EN SUISSELe 13 mai 1876, Richard Wagner avec les finance et l’appui indĂ©fectible du jeune Roi Louis II de BaviĂšre, peut inaugurer le ThĂ©Ăątre de Bayreuth, conçu pour la reprĂ©sentation de ses opĂ©ras dont la TĂ©tralogie ou “L’Anneau du Niebelung. Dans ce podcast, les origines du “Ring” et du ThĂ©Ăątre jusqu’Ă  sa triomphale premiĂšre, un voyage de plus de 25 ans !
En 1848, Wagner commence amorce la composition d’n nouveau cycle lyrique inspirĂ© du mythe des Nibelungen. Il Ă©crit un rĂ©sumĂ© puis un livret autour du hĂ©ros Siegfried et de sa mort (le futur CrĂ©puscule des Dieux). Peu convaincu, il approfondit encore sa comprĂ©hension de la Saga dans sa globalitĂ©. Wagner rĂ©dige les 4 livrets de la future TĂ©tralogie dans l’ordre inverse, terminant avec celui de l’Or du Rhin, prologue du cycle. Il poursuit ensuite la composition (dans l’ordre chronologique des opĂ©ras. Mais une crise intervient en 1857 en pleine composition de Siegfried, son 3e opĂ©ra…

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Opéra de Paris / France Musique : WAGNER, LE RING JORDAN 2020

FRANCE MUSIQUE, WAGNER : Le Ring Jordan 2020, dĂšs le 26 dĂ©c 2020. LE RING 2020 de l’OpĂ©ra National de Paris sur France Musique. Alors que la TĂ©tralogie sera rĂ©alisĂ©e en huis clos en version de concert les 26, 28, 30 dĂ©cembre 2020 et 2 janvier 2021 Ă  l’OpĂ©ra Bastille, la maison parisienne en diffusera en direct chaque volet sur France Musique. Exemple Ă©loquent de diffusion large et gratuite vers le plus large public : une proposition opportune en pĂ©riode de confinement.

 
 
 

Dates et horaires des diffusions France Musique
L’Or du Rhin : Samedi 26 dĂ©cembre 2020 Ă  20h
La Walkyrie : Lundi 28 décembre à 18h30 à 20h
Siegfried : Mercredi 30 décembre à 20h
Le Crépuscule des dieux : Samedi 2 janvier 2021 à 20h

 
 
 

jordan - Philippe-Jordan-008L’initiative compense les empĂȘchements d’abord constatĂ©s dans la rĂ©alisation du Ring du directeur musical Philippe Jordan (depuis 2009), avant son dĂ©part prochain de la Maison parisienne. Le projet est au centre du travail du chef avec les musiciens parisiens, il s’agit de maintenir le niveau gĂ©nĂ©ral de la phalange française (depuis le 1er confinement de mars dernier obligĂ© Ă  rĂ©duire considĂ©rablement ses concerts et reprĂ©sentations). RĂ©vĂ©ler ses qualitĂ©s, questionner son identitĂ© : « Quelle personnalitĂ© et quelles couleurs une formation française pouvait-elle offrir Ă  l’interprĂ©tation de Wagner ? La programmation du Ring mais aussi de Tristan et Isolde, des MaĂźtres chanteurs de Nuremberg, de Lohengrin, Parsifal sous ma direction, ou encore du Vaisseau fantĂŽme et de TannhĂ€user sous la baguette de Peter Schneider et de Mark Elder, a Ă©tĂ©, Ă  bien des Ă©gards, formatrice pour nos musiciens qui maĂźtrisent dĂ©sormais pleinement ces partitions et forment l’un des plus grands orchestres wagnĂ©riens. Durant mes douze annĂ©es de mandat, Wagner a Ă©tĂ© un fil conducteur qui nous a menĂ©s au plus haut », ajoute le chef d’orchestre soucieux de « rĂ©veiller » l’orchestre et de le maintenir dans son excellence artistique, Ă©prouvĂ© encore et toujours par le dĂ©fi que reprĂ©sente le Ring de Wagner.

DĂ©cidĂ©e en version de concert, le Ring 2020 permet coĂ»te que coĂ»te aux instrumentistes de poursuivre leur travail avec le chef : « AprĂšs cette longue coupure liĂ©e Ă  la crise sanitaire avec pour consĂ©quence l’annulation regrettable de la production de Calixto Bieito, le maintien d’une version concertante s’imposait. Nous avions l’impĂ©ratif de re-fĂ©dĂ©rer l’Orchestre et le ChƓur autour d’un projet rare et important, qui puisse tout Ă  la fois engager nos forces artistiques sur la voie d’un travail collectif et marquer d’un jalon la fin de mon mandat au sein de la maison
 (
)
 Une version concertante peut ĂȘtre une chance, l’absence du metteur en scĂšne nous obligeant Ă  nous concentrer sur l’essentiel », prĂ©cise Philippe Jordan.
Distribution annoncĂ©e : Jonas Kaufmann (remplacĂ© par Stuart Skelton), Iain Paterson, Andreas Schager, Ricarda Merbeth, Ekaterina Gubanova
 l’affiche promet particuliĂšrement : « Notre plateau vocal rassemble, autour de grands habituĂ©s du rĂ©pertoire tels Eva-Maria Westbroek et Jonas Kaufmann (NDLR : fnalement remplacĂ©s au 18 nov par Lise Davidsen et Stuart Skelton), une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’interprĂštes des rĂŽles, parmi lesquels les grands chanteurs que sont Iain Paterson en qualitĂ© de Wotan, Andreas Schager en Siegfried, Martina Serafin en BrĂŒnnhilde. La rĂ©union de ces artistes garantit une homogĂ©nĂ©itĂ© vocale et une vision partagĂ©e du chant wagnĂ©rien autour du traitement du texte et de ses nuances. Entendre une telle distribution Ă©tait une chance Ă  laquelle il Ă©tait impossible de renoncer. » renchĂ©rit le directeur musical de ce cyle Ă©vĂ©nement.

 

 

 

Le Crépuscule des dieux à l'Opéra Bastille, jusqu'au 16 juin 2013

Le Ring de Philippe Jordan Ă  l’OpĂ©ra Bastille, nouveau dĂ©fi  de novembre 2020, diffusĂ© sur France Musique en dĂ©cembre 2020 puis dĂ©but janvier 2021. (DR)

 

 

 

 

 

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FESTIVAL SCÉNIQUE
EN UN PROLOGUE ET TROIS JOURNÉES
1869 / 1876
MUSIQUE ET LIVRET : Richard Wagner (1813-1883)
En langue allemande

« À l’occasion d’une solennitĂ© expressĂ©ment instituĂ©e dans ce but, je pense donner ces trois drames et le prologue, au cours de trois journĂ©es et d’une veille ; je considĂ©rerais le but de ces reprĂ©sentations comme entiĂšrement atteint, si moi et mes camarades artistes, les vĂ©ritables acteurs, parvenions en ces quatre soirĂ©es, Ă  communiquer artistiquement aux spectateurs rassemblĂ©s pour connaĂźtre mon intention, cette intention, Ă  la rĂ©elle intelligence sentimentale, ([c’est-Ă -dire] non critique). Tout autre rĂ©sultat doit m’apparaĂźtre d’autant plus indiffĂ©rent, qu’ [il me semble] superflu.»

Richard Wagner, Une communication Ă  mes amis, 1851

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Distribution par ouvrage

L’OR DU RHIN
DAS RHEINGOLD
PROLOGUE EN QUATRE SCÈNES (1869)

WOTAN Iain Paterson
DONNER Lauri Vasar
FROH Matthew Newlin
LOGE Norbert Ernst
ALBERICH Jochen Schmeckenbecher
MIME Gerhard Siegel
FASOLT Wilhelm Schwinghammer
FAFNER Dimitry Ivashchenko
FRICKA Ekaterina Gubanova
FREÏA Anna Gabler
ERDA Wiebke Lehmkuhl
WOGLINDE Tamara Banjeơević
WELLGUNDE Christina Bock
FLOSSHILDE Claudia Huckle

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LA WALKYRIE
DIE WALKÜRE
PREMIÈRE JOURNÉE EN TROIS ACTES (1870)

SIEGMUND Jonas Kaufmann (remplacé par Stuart Skelton)
HUNDING Gunther Groissböck
WOTAN Iain Paterson
SIEGLINDE Eva-Maria Westbroek (remplacée par Lise Davidsen)
BRÜNNHILDE Ricarda Merbeth
FRICKA Ekaterina Gubanova
GERHILDE Sonja Ơarić
ORTLINDE Anna Gabler
WALTRAUTE Natalia Skrycka
SCHWERTLEITE Katharina Magiera
HELMWIGE Regine Hangler
SIEGRUNE Julia Rutigliano
GRIMGERDE Noa Beinart
ROSSWEISSE Marie-Luise Dressen

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SIEGFRIED
DEUXIÈME JOURNÉE EN TROIS ACTES (1876)

SIEGFRIED Andreas Schager
MIME Gerhard Siegel
DER WANDERER Iain Paterson
ALBERICH Jochen Schmeckenbecher
FAFNER Dimitry Ivashchenko
ERDA Wiebke Lehmkuhl
WALDVOGEL Tamara Banjeơević
BRÜNNHILDE Ricarda Merbeth

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LE CRÉPUSCULE DES DIEUX
GÖTTERDÄMMERUNG
TROISIÈME JOURNÉE EN TROIS ACTES (1876)

SIEGFRIED Andreas Schager
GUNTHER Johannes Martin KrÀnzle
ALBERICH Jochen Schmeckenbecher
HAGEN Ain Anger
BRÜNNHILDE Ricarda Merbeth
GUTRUNE, DRITTE NORN Anna Gabler
WALTRAUTE, ZWEITE NORN Michaela Schuster
ERSTE NORN Wiebke Lehmkuhl
WOGLINDE Tamara Banjeơević
WELLGUNDE Christina Bock
FLOSSHILDE Claudia Huckle

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Programme et présentation des 4 Journées
du RING de WAGNER par Philippe Jordan :

 

Samedi 26 dĂ©cembre 2020, 20h : L’Or du Rhin
Prologue : L’Or du Rhin (Das Rheingold)
Affiche_(portrait)_Le_Ring_2020(2)L’action naĂźt dans les profondeurs du Rhin : aprĂšs avoir renoncĂ© Ă  l’amour devant les trois filles du Rhin, gardiennes du trĂ©sor, le nain Nibelung Alberich dĂ©robe l’or, avec lequel son frĂšre Mime forge un anneau qui confĂšre Ă  son possesseur le pouvoir absolu sur les ĂȘtres et le monde. De son cĂŽtĂ©, calculateur et manipulateur, Wotan, maĂźtre des dieux, est contraint de conquĂ©rir l’anneau Ă  Nibelheim. Son fidĂšle « double », Log (dieu du feu, esprit de l’intelligence) lui souffle qu’il aura besoin de cet anneau pour duper les gĂ©ants Fafner et Fasolt, les bĂątisseurs de la future rĂ©sidence jupitĂ©rienne de Wotan sur le mont Walhala. Pour ĂȘtre sĂ»rs d’ĂȘtre payĂ©s en retour, les GĂ©ants ont pris en otage Freia, dĂ©esse de la jeunesse Ă©ternelle. Chez les Nibelungen, Wotan dĂ©robe Ă  Alberich, l’anneau et le voile magique, gage d’invisibilitĂ©. Alberich maudit alors l’anneau conquis par Wotan. L’or continue son Ɠuvre malĂ©fique : Fafner tue son frĂšre et cache le butin dans la forĂȘt. Plus tard, dans Siegfried, Fafner devenu dragon dĂ©fendra jusqu’à la mort son prĂ©cieux trĂ©sor
 Wotan victorieux mĂšne les dieux au Walhala ; ils s’enivrent grĂące Ă  leur jeunesse retrouvĂ©e. Pourtant, Wotan a signĂ© sa prochaine dĂ©chĂ©ance car il a trahi l’esprit des lois et la loyautĂ© qu’il avait lui-mĂȘme Ă©dicté 
Les moments de la partition Ă  ne pas manquer : le dĂ©but qui est l’ouverture de tout le cycle : de l’immatĂ©riel Ă  l’origine du monde au matĂ©riel incarnĂ© par le monde des dieux et leur duplicitĂ© vĂ©nale
 l’orchestre exprime ce mouvement qui organise peu Ă  peu la matiĂšre musicale et la fait jaillir hors des brumes initiales.
La fin du Prologue oĂč Wagner exprime l’élĂ©vation des dieux conquĂ©rants jusqu’au sommet de Walhala oĂč les gĂ©ants ont bĂąti le chĂąteau magnifique


 

 

Lundi 28 décembre 2020, 20h : La Walkyrie.
PremiĂšre journĂ©e : La Walkyrie (Die WalkĂŒre)

MUNICH : Ring wagnĂ©rien au Bayerische StaatsoperPar une nuit de tempĂȘte, le fugitif Siegmund, le fils de Wotan et d’une mortelle, trouve refuge chez le guerrier Hunding et son Ă©pouse Sieglinde. En rĂ©alitĂ©, tous deux sont frĂšres et soeurs (les Welsungen) et sont immĂ©diatement attirĂ©s l’un vers l’autre d’un amour irrĂ©sistible. Fricka, Ă©pouse de Wotan et protectrice du foyer conjugal, ne peut laisser s’accomplir une telle union, adultĂ©rine et de surcroĂźt incestueuse. Elle rappelle Ă  Wotan son obligation de protĂ©ger l’ordre moral : il obĂ©it et dĂ©pĂȘche sa plus fidĂšle fille, la Walkyrie BrĂ»nnhilde auprĂšs de Hunding pour le venger et tuer Siegmund.
Mais sujet central de l’opĂ©ra, BrĂŒnnhilde compatit au sort de Siegmund qui est son frĂšre : la Walkyrie est touchĂ©e par la sincĂ©ritĂ© de leur amour. Wotan paraĂźt et tue lui-mĂȘme Siegmund. Wotan poursuit la Walkyrie rebelle, la dĂ©choit de sa nature hĂ©roique : simple mortelle, la fille de Wotan devra reposer entourĂ©e d’un mur de flammes : seul un preux capable de vaincre la muraille enflammĂ©e pourra la conquĂ©rir et accomplir sa nature mortelle. Entre temps, la Walkyrie avait permis Ă  Sieglinde de fuir son Ă©poux, et lui trouver un refuge oĂč elle pourrait donner naissance au fils Ă  venir de Siegmund : Siegfried.
SĂ©quences mĂ©morables : le dĂ©but de l’opĂ©ra qui dĂ©bute par un orage orchestral et une course en panique, celle du fugitif Siegmund – le duo entre Siegmund / Sieglinde : la page amoureuse la plus bouleversante de tout le cycle du Ring – les adieux dĂ©chirants de Wotan au chevet de sa fille cernĂ©e de flammes (lĂ  encore, l’une des pages les plus dĂ©chirantes du cycle car tout l’amour d’un pĂšre obligĂ© de punir sa propre fille est ici exprimĂ©).

 

 

Mercredi 30 décembre 2020, 20h : Siegfried.
DeuxiÚme journée : Siegfried

wotan walkyrieElevĂ© dans la forĂȘt par le Nibelung Mime, silhouette frĂȘle et craintive, calculatrice et menteuse, a Ă©duquĂ© seul Siegfried, fils des jumeaux Siegmund et Sieglinde. L’enfant ne connaĂźt pas la peur et n’a jamais connu ses parents. Mime entend utiliser Siegfried pour tuer le dragon Fafner afin de dĂ©rober l’or et l’anneau. Dans ce but, Siegfried forge Ă  grands coups mĂ©talliques Nothung, l’épĂ©e de son pĂšre Siegmund, antĂ©rieurement tuĂ© par Wotan. Siegfried tue le dragon et goĂ»tant le sang du reptile, comprend le chant de l’oiseau de la forĂȘt qui le prĂ©vient de la machination de Mime : le guerrier le tue et part Ă  la conquĂȘte de son propre destin. Il croise Wotan devenu le « Voyageur », Ăąme dĂ©chue errante, condamnĂ©e Ă  cause de ses propres turpitudes. Siegfried amorce le dĂ©clin des dieux et l’avĂšnement des hommes
 Il atteint le rocher oĂč repose BrĂŒnnhilde dont il vainc la dĂ©fense de feu et tombe amoureux.

 

 

Samedi 2 janvier 2021, 20h : Le Crépuscule des dieux.
TroisiÚme journée : Le Crépuscule des dieux (GötterdÀmmerung)

wagner_brunnhilde_gotterdammerung_operarthur_rackhamTroisiĂšme et ultime JournĂ©e de la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne, Le CrĂ©puscule des dieux s’ouvre prĂšs du rocher de BrĂŒnnhilde oĂč les Trois Nornes tissent les fils du destin ; le fil se rompt, annonce de la fin des dieux. Au lever du jour, Siegfried quitte BrĂŒnnhilde en lui confiant l’anneau en tĂ©moignage de fidĂ©litĂ©. Il rejoint le chĂąteau des Gibishungen : Gunther, sa soeur Gutrune et Hagen, fils d’AlbĂ©rich et comme lui, esprit malĂ©fique et manipulateur. Hagen entend venger son pĂšre et reprendre l’anneau Ă  Siegfried. Pour se faire, celui ci trop naĂŻf, boit le philtre qui lui fait oublier BrĂŒnnhilde et aimer
 Gutrune.
Sous l’identitĂ© de Gunther, Siegfried envoĂ»tĂ© prend de force BrĂŒnnhilde et l’anneau. Au chĂąteau, BrĂŒnnhilde accuse Siegfried (qui a recouvrĂ© la mĂ©moire) : Hagen exploite la colĂšre de BrĂŒnnhilde et organise avec sa complicitĂ© (elle a rĂ©vĂ©lĂ© le seul point faible du hĂ©ros invincible), la mort de Siegfried. Pendant la chasse, Hagen fait assassiner Siegfried. Comprenant la supercherie, BrĂŒnnhilde tĂ©moigne de sa douleur ; honore la mĂ©moire de Siegfried trahi et organise un vaste bĂ»cher oĂč les flammes purificatrices effacent la barbarie nĂ©e de l’anneau et de la duplicitĂ© des hommes. Les filles du Rhin apparaissent reprenant leur butin : elles entraĂźnent Hagen le maudit au fond des eaux vengeresses

Quel monde nouveau naĂźtra-t-il aprĂšs ce nouveau chaos ? L’espĂ©rance que fonde Wagner dans son final est l’annonce d’un monde rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, portĂ© par l’esprit d’amour et de fraternitĂ©.

 

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A ÉCOUTER
Le podcast RING de WAGNER sur France Musique
https://www.francemusique.fr/emissions/musicopolis/Le-Grand-feuilleton-du-Ring-1-5-il-%C3%A9tait-une%20fois-89330

WAGNER EN SUISSELe 13 mai 1876, Richard Wagner avec les finance et l’appui indĂ©fectible du jeune Roi Louis II de BaviĂšre, peut inaugurer le ThĂ©Ăątre de Bayreuth, conçu pour la reprĂ©sentation de ses opĂ©ras dont la TĂ©tralogie ou “L’Anneau du Niebelung. Dans ce podcast, les origines du “Ring” et du ThĂ©Ăątre jusqu’Ă  sa triomphale premiĂšre, un voyage de plus de 25 ans !
En 1848, Wagner commence amorce la composition d’n nouveau cycle lyrique inspirĂ© du mythe des Nibelungen. Il Ă©crit un rĂ©sumĂ© puis un livret autour du hĂ©ros Siegfried et de sa mort (le futur CrĂ©puscule des Dieux). Peu convaincu, il approfondit encore sa comprĂ©hension de la Saga dans sa globalitĂ©. Wagner rĂ©dige les 4 livrets de la future TĂ©tralogie dans l’ordre inverse, terminant avec celui de l’Or du Rhin, prologue du cycle. Il poursuit ensuite la composition (dans l’ordre chronologique des opĂ©ras. Mais une crise intervient en 1857 en pleine composition de Siegfried, son 3e opĂ©ra…

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LE RING de Philippe Jordan (Bastille et Radio France)

ring-opera-de-paris-ph-jordan-critique-annonce-classiquenewsPARIS, WAGNER : FESTIVAL RING 2020 : dĂšs  le 26 dĂ©cembre. Le Ring de Wagner est un dĂ©fi pour chaque maison d’opĂ©ra. Le cycle conçu par Wagner et crĂ©Ă© en 1876 Ă  Bayreuth, 4 volets (L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried, Le CrĂ©puscule des dieux), totalise 16h de musique, plus de 100 musiciens, une quinzaine de solistes
 Crise sanitaire oblige, l’OpĂ©ra de Paris a maintenu son cycle soit 2 festivals dans une version non scĂ©nique. Il Ă©tait important que les musiciens de l’OpĂ©ra de Paris reprennent le travail et se retrouvent autour d’un projet fort et trĂšs ambitieux. La premiĂšre sĂ©rie / le premier cycle inaugure la rĂ©ouverture de l’OpĂ©ra Bastille Ă  partir du 26 dĂ©cembre  2020. L’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris se produit ainsi aux cĂŽtĂ©s de Jonas Kaufmann (Siegmund), Iain Paterson (Wotan), Andreas Schager (Siegfried), Martina Serafin (BrĂŒnnhilde), Ricarda Merbeth (BrĂŒnnhilde), Ekaterina Gubanova (Fricka)


Plus d’informations sur le site de l’OpĂ©ra national de Paris :
https://www.operadeparis.fr/saison-20-21/evenements/lanneau-du-nibelung

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Dates et horaires des diffusions France Musique
L’Or du Rhin : Samedi 26 dĂ©cembre 2020 Ă  20h
La Walkyrie : Lundi 28 décembre à 18h30 à 20h
Siegfried : Mercredi 30 décembre à 20h
Le Crépuscule des dieux : Samedi 2 janvier 2021 à 20h

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Richard Wagner
L’OR DU RHIN / DAS RHEINGOLD / 2h30
LA WALKYRIE/ DIE WALKÜRE / 5h
SIEGFRIED / 5h
LE CRÉPUSCULE DES DIEUX / GÖTTERDÄMMERUNG / 5h35
version de concert
Diffusion sur France Musique (cycle joué à Bastille)

FESTIVAL SCÉNIQUE EN UN PROLOGUE ET TROIS JOURNÉES
1869 / 1876
MUSIQUE ET LIVRET
Richard Wagner (1813-1883)

DIRECTION MUSICALE : Philippe Jordan
CHEF DES CHƒURS : JosĂ© Luis Basso
Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris

Wotan / Der Wanderer : Ian Paterson
Alberich : Jochen Schmeckenbecher
Mime : Gerhard Siegel
Erda Wiebe Lehmkuhl

Siegmund : Jonas Kaufmann
Sieglinde : Eva-Maria Westbroeck
Hunding : Gunther Groissböck
BrĂŒnnhilde : Martina Serafin (24 / 26 / 28 nov), Ricarda Merbeth (1er / 4 / 6 dĂ©c)

Siegfried : Andreas Schager

Gunther : Johannes Martin KrÀnzle
Hagen : Ain Anger
Gutrune : Anna Gabler



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VIDEOS : Le Ring c’est quoi ? (L’Or du Rhin)
https://www.operadeparis.fr/saison-20-21/evenements/lanneau-du-nibelung#gallery

EXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE, les 5 volets clĂ©s de l’exposition

exposition-grand-opera-specacle-de-l-histoire-palais-garnier-BNF-opera-de-paris-annonce-critique-visite-presentation-classiquenews-CLASSIQUENEWSEXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE – PARCOURS DE L’EXPOSITION ; les 5 volets clĂ©s de l’exposition parisienne. AmorcĂ© sous le Consulat, le grand opĂ©ra Ă  la française se prĂ©cise Ă  mesure que le rĂ©gime politique affine sa propre conception de la reprĂ©sentation spectaculaire, image de son prestige et de son pouvoir, instrument phare de sa propagande. Le genre mĂ»rit sous l’Empire avec NapolĂ©on, puis produit ses premiers exemples aboutis, Ă©quilibrĂ©s
Ă  la veille de la RĂ©volution de 1830. La « grande boutique » comme le dira Verdi Ă  l’apogĂ©e du systĂšme, offre des moyens techniques et humains considĂ©rables – grands chƓurs, ballet et orchestre, digne de sa crĂ©ation au XVIIĂš par Louis XIV.
Les sujets ont Ă©voluĂ©, suivant l’évolution de la peinture d’histoire : plus de lĂ©gendes antiques, car l’opĂ©ra romantique français prĂ©fĂšre les fresques historiques du Moyen Âge et de la Renaissance.
Louis-Philippe efface l’humiliation de Waterloo et du TraitĂ© de Vienne et cultive la passion du patrimoine et de l’Histoire, nationale Ă©videmment. Hugo Ă©crit Notre-Dame de Paris ; Meyerbeer compose Robert le Diable et Les Huguenots. Les hĂ©ros ne sont plus mythologiques mais historiques : princes et princesses du XVIĂš : le siĂšcle romantique est passionnĂ©ment gothique et Renaissance.

A l’opĂ©ra, les sujets et les moyens de la peinture d’Histoire

Comme en peinture toujours, les faits d’actualitĂ© et contemporain envahissent la scĂšne lyrique ; comme GĂ©ricault fait du naufrage de la MĂ©duse une immense tableau d’histoire (Le Radeau de la MĂ©duse), dans « Gustave III », Auber et Scribe narrent l’assassinat du Roi de SuĂšde, survenu en 1792, tout juste quarante ans auparavant. Cela sera la trame d’un Bal MasquĂ© de Verdi.

AprĂšs la RĂ©volution de 1848, l’essor pour le grand opĂ©ra historique faiblit sensiblement. Mais des Ɠuvres capitales aprĂšs Meyerbeer sont produites, souvent par des compositeurs Ă©trangers soucieux d’ĂȘtre reconnus par leur passage dans la « grande boutique », sous la DeuxiĂšme RĂ©publique et le Second Empire. Le wagnĂ©risme bouleverse la donne en 1861 avec la crĂ©ation parisienne de TannhĂ€user, qui impressionne l’avant garde artistique parisienne, de Baudelaire Ă  fantin-Latour, et dans le domaine musical, JonciĂšres, militant de la premiĂšre heure.
Le goĂ»t change : Verdi et son Don Carlos (en français) huĂ© Salle Le Peletier en 1867 (5 actes pourtant avec ballet), est oubliĂ© rapidement ; car 6 mois plus tard, le nouvel opĂ©ra Garnier et sa façade miraculeuse, nouvelle quintessence de l’art français est inaugurĂ©e. C’est l’acmĂ© de la sociĂ©tĂ© des spectacles du Second Empire, encore miroitante pendant 3 annĂ©es jusqu’au traumatisme de Sedan puis de la Commune (1870).

 

 

Le parcours de l’exposition est articulĂ© en 5 sĂ©quences.

1. GÉNÉALOGIE DU GRAND OPÉRA
2. LA RÉVOLUTION EN MARCHE
3. MEYERBEER : LES TRIOMPHES DU GRAND OPÉRA
4. DERNIÈRES GLOIRES
5. UN MONDE S’ÉTEINT

 

 
 

 

Illustration : Esquisse de dĂ©cor pour Gustave III ou Le bal masquĂ©, acte V, tableau 2, opĂ©ra, plume, encre brune, lavis d’encre et rehauts de gouache. BnF, dĂ©partement de la Musique, BibliothĂšque- musĂ©e de l’OpĂ©ra © BnF / BMO

 

 
 

 

DATES ET HORAIRES
Du 24 octobre 2019 au 2 février 2020
Tous les jours de 10h à 17h (accùs jusqu’à 16h30), sauf fermetures exceptionnelles.
LIEU
BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra
Palais Garnier – Paris 9e
EntrĂ©e Ă  l’angle des rues Scribe et Auber
INFORMATIONS PRATIQUES
TARIFS
Plein Tarif : 14€ Tarif RĂ©duit : 10€

 

 

 

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae)

DUKAS-paul-Pauline-Ritaine-ecrits-critique-musical-DUKAS-opera-analyse-critique-livre-critique-classiquenews-aedam-musicae-sep-2019LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae). Avec Camille Saint-SaĂ«ns ou Claude Debussy, le Prix de Rome (1889) Paul Dukas (1865-1935) a suivi le sillage d’Hector Berlioz comme critique musical. Lorsqu’un compositeur dĂ©crypte le travail d’autres confrĂšres, la vision est toujours solidement argumentĂ©, rĂ©vĂ©lant autant sur les Ɠuvres concernĂ©es que sur son Ă©criture et son esthĂ©tique propres. Érudit et d’un goĂ»t trĂšs fin, l’auteur du seul opĂ©ra Ă  la fois wagnĂ©rien et debussyste : Ariane et Barbe-Bleue (1907), de L’Apprenti sorcier (1897) ou de La PĂ©ri (1911) – emblĂšme de l’ñge d’or du symphonisme et de l’opĂ©ra français fin de siĂšcle / Belle Époque, rĂ©dige entre 1892 et 1932 presque quatre-cents articles oĂč la finesse le dispute Ă  un sens de la synthĂšse et de la contextualisation selon les idĂ©es et les courants de pensĂ©e Ă  son Ă©poque. Ainsi ni la polĂ©mique, ni l’ironie ne sont exclues. Dukas commente, analyse, dĂ©tecte les dĂ©fauts ou les longueurs (Dans la Walkyrie, le long duo Wotan / Fricka), identifie ce qui dĂ©termine les Ă©lĂ©ments esthĂ©tiques contemporains : symbolistes, impressionnistes, vĂ©ristes, wagnĂ©rien Ă©videmment, et spĂ©cifiquement français. Autant de convictions d’une pensĂ©e construite et trĂšs affinĂ©e qui sait dĂ©tecter les bouleversements esthĂ©tiques et institutionnels dont les rĂ©formes de l’OpĂ©ra et du Conservatoire de Paris (oĂč il enseigne tardivement la composition).
Comme Saint-Saëns, Dukas se passionne pour la redécouverte du patrimoine musical ancien (Renaissance, Baroque
) : folklores régionaux et aussi musiques extra-européennes.
Mais tout cela lui pĂšse car son temps d’écriture et d’analyse dĂ©vore celui dĂ©diĂ© Ă  la composition : il s’en ouvre clairement Ă  Vincent d’Indy qui lui, a toujours su refusĂ© toute demande de rĂ©daction critique (ce qui n’empĂȘcha pas d’affirmer haut et fort ses propres certitudes).
Dans ce volume 1, dĂ©diĂ© au « thĂ©Ăątre lyrique », l’auteure organise le corpus autographe non pas chronologiquement mais thĂ©matiquement, identifiant les grands sujets qui ont inspirĂ© le Dukas critique musical : « art & sociĂ©té » ; critiques (Hippolyte et Aricie, Castor, Les Indes Galantes
 de Rameau, mars 1894 ; La FlĂ»te enchantĂ©e, Don Juan de Mozart ; Armide et OrphĂ©e de Gluck ; Fidelio de Beethoven
, surtout la TĂ©tralogie, 1892 et Tristan, 1899, de Wagner car Dukas cĂšde aux miroitements orchestraux de Wagner ; puis le « thĂ©Ăątre lyrique contemporain » : entre autres, Samson de Saint-SaĂ«ns (1892), Werther de Massenet (1893), Falstaff de Verdi (1894), Ferval de D’Indy (1897), Louise de Charpentier (1900), les Barbares de St-SaĂ«ns (1901), Le Roi Arthus de Chausson (1903), PadmĂąvatĂź de Roussel ou Les Noces de Stravinsky (1923). Captivant regard d’un critique lui-mĂȘme compositeur pour l’opĂ©ra. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae / Coll. Musiques-XIX-XXe siĂšcles – 344 pages – Format : 17.5 x 24 cm (Ă©p. 2.5 cm) (625 gr) – DĂ©pot lĂ©gal : Juillet 2019 – Cotage : AEM-189 – ISBN : 978-2-919046-42-3 – CLIC de classiquenews septembre 2019.

Plus d’infos sur le site musicae.fr :
http://www.musicae.fr/livre-Paul-Dukas—Ecrits-sur-la-musique-Edite-par-Pauline-Ritaine-189-150.html

POITIERS, TAP. Concert WAGNER et BRUCKNER

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs ElysĂ©es Ă  PoitiersPOITIERS, TAP. Mer 14 nov 2018. Wagner, Bruckner. SoirĂ©e symphonique, germanique et romantique au TAP de Poitiers, grĂące Ă  la force de persuasion de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange en rĂ©sidence au sein du thĂ©Ăątre poitevin, comprenant un auditorium aux qualitĂ©s acoustiques exceptionnels, Ă  notre avis pas assez reconnues. A 20h30, rĂ©cital lyrique et symphonique. Cycle de lieder avec orchestre pour soprano tout d’abord oĂč la cantatrice, experte en mĂ©lodies françaises, VĂ©ronique Gens, chante le cycle des Wesendonck-Lieder que Richard Wagner dĂ©dia Ă  sa passion pour son hĂŽtesse et protectrice en Suisse, Mathilde Wesendock (laquelle a Ă©crit aussi les poĂšmes du cycle). Idylle consommĂ©e ou non, il nous reste plusieurs chants embrasĂ©s, oĂč s’accomplissent l’enchantement et l’extase amoureuse, dont la mĂ©lodie de Tristan (celle de la nuit d’amour de l’acte II). D’une irrĂ©sistible langueur enivrĂ©e.

 

 

concert voix et orchestre au TAP de POITIERS

Romantisme lyrique et symphonique

bruckner1Puis l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es interprĂšte le massif brucknĂ©rien qui doit tant Ă  
 Wagner. Bruckner vouant une admiration sans borne pour le MaĂźtre de Bayreuth. Poitiers affiche la Symphonie n°4 de Bruckner, dite « Romantique » avec ses claires rĂ©fĂ©rences au monde chevaleresque mĂ©diĂ©val, 
( tristanesque ?)   « Ville mĂ©diĂ©vale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux, Amour repoussĂ©, et mĂȘme Danse pour le repas de chasse ».
 Philippe Herreweghe aborde la symphonie avec une clartĂ© dĂ©taillĂ©e et un sens de l’analyse qui restitue le relief de l’architecture et l’acuitĂ© des timbres instrumentaux, ce dans un format et des Ă©quilibres sonores affinĂ©s, comme le permet trĂšs justement la spĂ©cificitĂ© des instruments d’époque.

Dite “Romantique”, la QuatriĂšme ouvre le cycle des Symphonies brucknĂ©riennes “en majeur”. Il existe trois versions connues, validĂ©es par l’auteur. Bruckner compose la partition originale de janvier Ă  novembre 1874 et la dĂ©die au Prince Constantin Hohenlohe, espĂ©rant une protection. La pĂ©riode est difficile pour le musicien qui n’a presque plus rien pour vivre. L’oeuvre ne sera rĂ©vĂ©lĂ©e au concert que dans sa version originelle Ă©ditĂ©e par Nowak
 en 1975! En 1878, Bruckner reprenait les deux premiers mouvements, puis en 1880, rĂ©Ă©crivait le finale. C’est cette derniĂšre version, la troisiĂšme, qui fut crĂ©Ă©e Ă  Vienne, le 20 fĂ©vrier 1881 sous la direction de Hans Richter. Le compositeur cite Parsifal de Wagner et l’instrumentation de son cher modĂšle



Gestion des cuivres (souvent colossaux), rondeur chantante des bois, mer et houle des cordes
 comment le chef saura-t-il piloter le langage brucknĂ©rien ? Il est aussi question de souffle majestueux et de grandeur, comme de mysticisme car Bruckner Ă©tait habitĂ© par l’idĂ©al chrĂ©tien, Ă©tant trĂšs croyant. RĂ©ponse ce 14 nov 2018 dans le superbe auditorium du TAP de Poitiers.

 

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Programme

> Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
> Anton Bruckner : Symphonie n° 4 en mi bémol majeur « Romantique »

ORCHESTRE DES CHAMPS ELYSEES
Philippe Herreweghe, direction
VĂ©ronique Gens, soprano

 

 

 

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boutonreservationPOITIERS, TAP.
Mercredi 14 novembre 2018, 20h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bruckner-wagner/

1h40, avec entracte

 

 

wesendonck-matilde-lieder-wagner-concerts
 

 

Mathilde Wesendonck inspire Ă  Ricahrd Wagner un amour considĂ©rable : les poĂšmes de la protectrice suscitent l’un des cycles les plus enchanteurs et amoureux du compositeur romantique (DR)

 

 

 

 

Bayreuth 2016 : Marek Janowski dirige L’or du Rhin

WAGNER EN SUISSEFrance Musique, vendredi 19 aoĂ»t 2016, 20h. Wagner : L’or du Rhin. Depuis Bayreuth 2016, enregistrement rĂ©alisĂ© le 26 juillet 2016.  C’est un Ă©vĂ©nement pour tout wagnĂ©rien qui se respecte : cet Or du Rhin dirigĂ© par l’immense wagnĂ©rien conteur, Marek Janowski (lequel pilote le Ring Ă  Bayreuth cette annĂ©e) devrait enflammer les esprits les plus rĂ©tifs et confirmer Ă  nouveau, l’orchestration phĂ©nomĂ©nale de Wagner, dramaturge et symphoniste de premier plan. Ne serait-ce l’ouverture, dĂšs les premiĂšres mesures et l’évocation du bouillonnement des eaux primordiales qui s’y dĂ©versent immĂ©diatement, lançant la somptueuse machine orchestrale pour prĂšs de 15h de flux et de reflux symphonique ininterrompu (ou presque)… Le Rhin est ce grand volcan  incontrĂŽlable qu’un fou dĂ©risoire crut un instant dompter comme il trompa les filles naĂŻades, gardiennes du trĂ©sor que le fleuve renferme
 Il y a la lĂ©gende et ses personnages fabuleux ; il y a surtout ce que les situations – barbares et cyniques-, nous rĂ©vĂšlent de la condition humaine. Wagner est un grand psychologue qui a sondĂ© l’Ăąme des hommes… Le vrai protagoniste ici n’est ni Wotan, le dieu des dieux, bientĂŽt empĂȘtrĂ© dans ses propres lois tactiques ; ni les gĂ©ants bĂątisseurs qui vont s’entretuer ; ni AlbĂ©rich, dĂ©tenteur de l’anneau, – aprĂšs avoir maudit l’amour
 qui dĂ©possĂ©dĂ© de son trĂ©sor ne sera bientĂŽt animĂ© que par la vengeance haineuse (transmise plus tard Ă  son fils, l’ignoble et lĂąche Hunding (dans la derniĂšre JournĂ©e de la TĂ©tralogie, Le CrĂ©puscule des Dieux). Dans L’Or du Rhin, – PremiĂšre JournĂ©e, c’est le dieu Loge, gĂ©nie du feu, esprit volatile et aĂ©rien, intelligence malicieuse et calculatrice qui mĂšne le jeu
 tel un Mercure nordique, Loge apporte Ă  Wotan, la facilitĂ© de la nĂ©gociation, s’ingĂ©nie Ă  brouiller les cartes, dupe l’arrogant ; trompe le trompeur. Son intelligence remodĂšle les alliances, tire les ficelles, des coulisses… C’est ce mĂȘme feu – esprit et malice Ă  l’Ɠuvre, qui Ă  la fin du cycle, en consommant le corps de Siegfried puis de Brunnhilde, permettra Ă  l’or de retrouver les eaux du Rhin
 Et l’harmonie originelle sera restaurĂ©e… mais sans les hommes.

France Musique, le 19 aoĂ»t 2016, 20h. Wagner : L’or du Rhin. Depuis Bayreuth 2016, enregistrement rĂ©alisĂ© le 26 juillet 2016.
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Hermann Henrich : La TĂ©tralogie (DR)

 

CD, compte rendu critique. Wagner, UNE TETRALOGIE DE POCHE par la Compagnie Le Piano Ambulant (1 cd Paraty)

wagner cd critique review compte rendu paraty cd juillet 2016 classiquenews commentsiegfriedcouvertureCD, compte rendu critique. UNE TETRALOGIE DE POCHE par la Compagnie Le Piano Ambulant. La Formidable force mĂ©lodique, – donc l’impact dramatique de la musique de Wagner surgit Ă  travers cette adaptation a minima, malgrĂ© l’absence du grand orchestre et du chant soliste. Curieusement ce programme chambriste d’une « TĂ©tralogie de poche » ne dĂ©nature en rien sa source mais bien au contraire souligne le gĂ©nie du Wagner mĂ©lodiste, capable de trouvailles exceptionnellement Ă©vocatrices pour chaque Ă©pisode de l’histoire du Nibelung et du Ring, l’Anneau magique et maudit. Piano, accordĂ©on, hautbois, flĂ»te, cor anglais
 et autres effets sonores Ă©lectroniques (synthĂ©, guitare basse
) composent ici une fantastique tapisserie musicale qui exalte l’imaginaire du plus puissant des dramaturges Ă  l’opĂ©ra. On ne s’étonnera guĂšre que certains motifs aient Ă©tĂ© dĂ©calĂ©s (la chevauchĂ©e des Walkyries en lieu et place du rapt de BrĂŒnnhilde par Siegfried dĂ©guisĂ© en GĂŒnther
); ou que la libertĂ© du geste interprĂ©tatif ose des choix imprĂ©vus pour une nouvelle comprĂ©hension sonore (les huit cors habituels sont ici remplacĂ©s par l’harmonica) : contrastes oblige, jalons immanquables d’une narration au drame Ă©courtĂ© qu’il fallait Ă©videmment rythmer et caractĂ©riser. Pourtant aucune note n’est mise de cĂŽtĂ© ; et la rĂ©Ă©criture permet mĂȘme la redĂ©couverte des situations, leurs enjeux, dans l’éloquence de ce jeu des motifs musicaux – leitmotive, qui inspira tant Wagner, dans sa propre rĂ©Ă©criture des mythes et lĂ©gendes.

 

 

 

Wagner compacté, percutant pour petits et grands : Le Ring de poche
6 instrumentistes, acteurs / expérimentateurs réécrivent le Ring

 

 

CLIC_macaron_2014Comment font-ils les 6 musiciens du Piano Ambulant pour compacter en une heure, l’ensemble du cycle wagnĂ©rien de 
16 heures ? Certains ne rĂ©sisteront pas, et ils ont raison, Ă  l’appel des interprĂštes : « Votre emploi du temps ne vous permet pas de vous rendre Ă  Bayreuth? Avouez que vous n’avez pas le courage d’affronter la totalitĂ© de la TĂ©tralogie de Richard Wagner? Mais en mĂȘme temps vous aimeriez bien savoir comment le nain Alberich a volĂ© l’or du Rhin  ». D’un autre cĂŽtĂ©, on pourrait tout autant consulter les formidables illustrations picturales ou gravĂ©es conçues par un wagnĂ©rien français assidu, comme Baudelaire au XIXĂš, Fantin-Latour

Mais c’est compter sans la musique, or elle fait tout. Face Ă  cette rĂ©invention du drame wagĂ©nrien, les puristes crieront au parjure et au blasphĂšme. Mais tous ceux que les quatre JournĂ©es impressionnent habituellement, dĂ©couvriront avec un rĂ©el plaisir, la magie onirique d’un drame qui d’anecdotique se rĂ©vĂšle universel, de l’or volĂ© par AlbĂ©rich, en effet
 ; de l’orgueil puni de Wotan, de la malice aĂ©rienne d’un Loge manipulateur, Ă  la noirceur haineuse et jalouse de Hagen; Ă  la mort de Siegfried, honteusement assassinĂ© ; Ă  la grĂące de BrĂŒnnhilde, Walkyrie admirable qui sauve le monde et l’ordre mondial mis Ă  mal, 
 tout est rĂ©interprĂ©tĂ©, Ă  sa juste place, et avec une intĂ©gritĂ© expressive et poĂ©tique totalement irrĂ©sistible. On imagine trĂšs bien pendant l’écoute, la transposition du disque Ă  la scĂšne : rĂ©alisation parfaite dans ses dimensions et son format, comme dans son intensitĂ© expressive, qui convoque immĂ©diatement les personnages du plus fabuleux des cycles lyriques et thĂ©Ăątraux.

wotanParfois la spatialisation des voix sur la musique ne fonctionne pas (curieuse rĂ©sonance comme mise en boĂźte de la voix parlĂ©e ou rĂ©citante), mais les Ă©pisodes purement instrumentaux, ainsi rĂ©Ă©crits / rĂ©arrangĂ©s, expriment la puissance du conte, la sauvagerie barbare, surtout la tendresse amoureuse d’un Wagner qui aura tout saisi de la psychologie humaine, de sa folie et de ses erreurs, – voies pourtant sublimes vers une inĂ©luctable destruction mondiale. Bel essor dramatique, bel engagement « de poche ». Et si vous tombez sur l’une des performances en salle de cette initiation vivante et percutante, n’hĂ©sitez pas une seconde : courrez avec vos parents, amis, enfants, neveux, proches de tous Ăąges
 voir et applaudir cette immersion rĂ©ussie dans le monde miraculeux, magique, entĂȘtant de Wagner. Il est fort Ă  parier que chacun sera mordu dĂšs lors par le virus Wagner. Voir le site de la Cie Le Piano Ambulant.
Coup de coeur de classiquenews, donc CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2016.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Comment Siegfried tua le dragon et cĂŠtera
 Wagner : L’anneau des Nibelungen / la TĂ©tralogie. Retranscription pour 6 mu 1 cd Paraty. Une TĂ©tralogie de Poche. Publication annoncĂ©e le 9 septembre 2016.

 

 

 

Agenda
Lyon (69), Espace culture des cheminots de Lyon (UAICL) – 20 rue Mouillard 69009 (Bus C14, arrĂȘt Mouillard / grand parking voiture gratuit) – concert Lancement du cd
 : le 20 octobre 2016, 20h.
Reprise Ă  Montreuil (93) : La Marbrerie, 21 Rue Alexis Lepere, 93100 Montreuil / le 11 dĂ©cembre 2016, 17h – infos rĂ©servations : 01 41 63 60 14

 

 

 

Richard Wagner : Extraits de l’Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried et le CrĂ©puscule des dieux.
Conception, transcription et Ă©criture : Cie Le Piano Ambulant.

Jessica Pognant : narration.
Sylvie Dauter : piano, orgue indien, harmonium, synthétiseur, mélodica, appeaux.
Christine Comtet : flĂ»te, flĂ»te en sol, piccolo, synthĂ©tiseur, mĂ©lodica, appeaux, enclume, tom basse, voix de Loge et de BrĂŒnnhilde.
François SalÚs : hautbois, cor anglais, mélodica, appeaux, grenouille, enclume, voix des géants et de Siegfried.
Antoinette Lecampion : violon, alto, orgue indien, appeaux, enclume.
JoĂ«l Schatzman : violoncelle, appeaux, voix d’Alberich et de Gunther.
Charlie Adamopoulos : basse Ă©lectrique, voix de Wotan et de Hagen.
Antoine Colonna : mise en son et dispositif MAO temps réel.
Antoine Mercier : prise de son, mixage, montage, mastering.
Vergine Keaton : illustrations originales.

 

 

DVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann)

wagner tristan und isolde DVD wagner review compte rendu dvd critique vignette deutsche grammophonDVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann). Deutsche Grammophon Ă©dite le 8 juillet prochain, le dvd de la production du nouveau Tristan und Isolde crĂ©Ă© en juillet 2015
 Que vaut cette production polĂ©mique qui positionne l’arriĂšre petite fille et codirectrice du Festival de Bayreuth, telle une metteure en scĂšne de poids, habile ou inspirĂ©e Ă  dĂ©fendre le gĂ©nie dramatique et thĂ©Ăątrale de son ascendant ? AprĂšs une lecture iconoclaste et finalement superficielle car gadget des Maitres Chanteurs de Nuremberg (2011), ce Tristan und Isolde de 2015 vaut adoubement. Une rĂ©ussite Ă©loquente qui a le mĂ©rite d’ĂȘtre claire, parfois Ă©purĂ©e et suscite des tableaux puissants qui laissent la sĂ©duction du plateau vocal s’épanouir en un jeu dramatique naturel
 Prochaine critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

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DVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann avec Stephen Gould (Tristan). Avec Evelyn Herlitzius (Isolde), Georg Zeppenfelds (König/Le Roi Marke), Iain Paterson (Kurwenal), Raimund Nolte (Melot), Christa Mayer (BrangÀne), Tansel Akzeybek (Ein Hirt/Un berger), Kay Stiefermann (Ein Steuermann), Tansel Akzeybek (Junger Seemann / Jeune matelot), Bayreuth Festival Orchestra / Christian Thielemann, direction.Katharina Wagner, Stage Director / mise en scÚne. Production créée à Bayreuth le 25 juillet 2015.

 

 

 

wagner-tristan-und-isolde-thielemann-katarina-wagnerBAYREUTH 2016
 Cette annĂ©e, Bayreuth semble – enfin- renouer avec les grandes annĂ©es; rĂ©tablissant la place des distributions cohĂ©rentes et surtout Ă©cartant l’outrance nĂ©faste des mises en scĂšnes dĂ©calĂ©es et gadgets. Les Temps forts sont Ă©videmment la nouvelle production de Parsifal signĂ©e Uwe Eric Laufenberg, sous la conduite du trĂšs efficace Hartmut Haenchen, avec l’angĂ©lique, ardent, lumineux Klaus Florian Vogt dans le rĂŽle titre (les 25 juillet qui est l’ouverture du Festival de Bayreuth 2016, puis 2, 6, 15, 24 et 28 aoĂ»t) ; Le Ring musicalement prometteur sous la direction de Marek Janwski (Ă  dĂ©faut d’une mise en scĂšne dĂ©jĂ  vue et plutĂŽt consternante, pour le coup trĂšs gadget de Frank Castorf
 rien que provocante et anecdotique).
La production de Tristan und Isolde version Katharina Wagner est Ă  l’affiche cette annĂ©e pour 6 dates : les 1er, 5, 9, 13, 17, et 22 aoĂ»t 2016. Stephen Gould, Tristan Ă©lĂ©gant et nuancĂ© chante aux cĂŽtĂ©s de l’Isolde de Petra Lang (comme Stephen Gould, Christa Mayer est toujours prĂ©sente dans le rĂŽle de Brangaine)
 Consulter le site du Festival de Bayreuth : http://www.bayreuther-festspiele.de/english/programme_157.html

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse,Halle-Aux-Grains, le 18 juin 2016. Richard Wagner: L’anneau du Nibelungen, extraits. Martina Serafin; Philippe Jordan.

jordan - Philippe-Jordan-008TOULOUSE, FIN DE SAISON DES GRANDS INTERPRETES EN APOTHEOSE. Concert Ă©vĂ©nement qui a permis d’entendre de larges extraits du Ring par un orchestre somptueux et son chef talentueux pour leur premiĂšre venue Ă  Toulouse. Philippe Jordan, avait Ă©merveillĂ© public et critiques lors de la TĂ©tralogie montĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris pourtant controversĂ©e scĂ©niquement et en a gravĂ© un CD d’extraits magnifiques, sensiblement identiques au programme de ce soir. Nous n’allons pas dĂ©tailler les extraits choisis pour dĂ©gager un effet gĂ©nĂ©ral sensationnel qui permet Ă  travers thĂšmes et leitmotiv de vivre les grands moments de la cosmogonie wagnĂ©rienne. Dire que les voix ne nous ont pas vraiment manquĂ©, c’est reconnaĂźtre combien Philippe Jordan a construit une tension dramatique et lyrique de la plus grande sĂ©duction tout du long.

Sa direction semble absolument naturelle obtenant de son orchestre une clartĂ© digne d’un Karajan, une mise en lumiĂšre de la structure Ă  la maniĂšre d’un Boulez, tout en ayant le lyrisme d’un Boehm en live et le sens du drame cosmique d’un Solti. En ce sens l’apothĂ©ose de la scĂšne finale avec la soprano Martin Serafin a produit une sensation de plĂ©nitude comme d’aboutissement.

Mais n’oublions pas de mentionner la perfection instrumentale de cet orchestre incroyablement douĂ© qui sorti de la fosse avec un nombre de musicien biens supĂ©rieur Ă  ce qu’une fosse, mĂȘme Bastille, peut contenir (les six harpes!), a fait merveille.

Couleurs rutilantes ou subtilement mĂ©lancoliques, nuances sculptĂ©es dans la matiĂšre la plus noble, phrasĂ©s voluptueux ou rugueux, mise en exergue des leitmotiv les plus rares, tout mĂ©rite nos Ă©loges. Les geste de Philippe Jordan sont non seulement d’une noble beautĂ© mais ils s’adressent Ă  chaque instrumentiste avec amitiĂ© voir gourmandise.

Tempi de parfaite tenue dans un gant de velours de la main droite et gestes d’une expressivitĂ© de danseur de la main gauche, Philippe Jordan aime cette partition comme son orchestre et offre au public un bonheur incroyable. Le novice qui arrive Ă  Wagner par ce concert n’en revient pas de la variĂ©tĂ© et de la profondeur de la partition extraite de la TĂ©tralogie ; le connaisseur du Ring se rĂ©gale de ces raccourcis et choix si complets permettant de retrouver tant de leitmotiv aimĂ©s tout en suivant les drames des hĂ©ros.

Comme cette partition dramatique trouve en concert une dimension symphonique majestueuse et puissante, tout en offrant des Ăźlots de musique de chambre !

Pour terminer, l’immolation de BrĂŒnnhilde met en lumiĂšre les extraordinaires qualitĂ©s de Martin Serafin. Grande voix homogĂšne sur toute la tessiture avec un vibrato entiĂšrement maitrisĂ©, elle sait projeter le texte si expressif de Wagner entre imprĂ©cations terribles, plaintes sublimes et adieux dĂ©chirants.

Le legato dÚs sa premiÚre phrase rappelle quelle qualité musicale elle a par ailleurs dans Mozart, Verdi et Strauss. Philippe Jordan semble développer sa gestuelle vers encore plus de lyrisme et davantage de sensualité dans une écoute parfaite qui lui permet à chaque instant de doser les nuances de son orchestre pour soutenir la voix.

Les qualitĂ©s instrumentales de chacun sont tout simplement prodigieuses avec des cors dĂ©licats dans leurs attaques et leurs nuances, des cuivres dosant leur puissance jusqu’aux plus terribles sonoritĂ©s, des cordes soyeuses et lumineuses, et des bois d’une expressivitĂ© incroyable se faisant chanteurs. Les percussions jusqu’aux marteaux et enclumes sont d’une prĂ©cision diabolique.Enfin il est si rare d’entendre avec cette puretĂ© les 6 harpes.

Wagner est un incroyable sorcier alliant lyrisme et symphonisme, et Philippe Jordan, un magicien liant bien des sentiments humains dans sa direction. Un moment magique.

Compte-rendu, concert.Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 18 juin 2016. Richard Wagner (1813-1883): L’anneau du Nibelungen, extraits symphoniques et immolation de BrĂŒnnhilde. Martina Serafin, soprano; Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris; Philippe Jordan, direction.

Jonas Kaufmann chante les Wesendonck lieder de Wagner

Jonas Kaufmann est RadamĂšsFrance Musique, jeudi 30 juin 2016, 20h. Jonas Kaufmann chante les Wesendoncklieder de Wagner
 Le rĂ©cital transmis par France Musique crĂ©e l’évĂ©nement : dĂ©jĂ  la prĂ©sence Ă  Paris de Jonas Kaufmann est un rendez vous incontournable mais s’ajoute Ă  cette prĂ©sence bienvenue, le choix de la partition : exceptionnelle, la version des Wesendonck lieder de Wagner pour voix de tĂ©nor, mais un tĂ©nor rauque et chaud, aux rugositĂ©s amples si incarnĂ©es et cuivrĂ©es. Tout cela contraste avec la version habituelle pour voix de femme, soprano ou mezzo. Dans un rĂ©cital discographique dirigĂ© alors par Claudio Abbado Ă©ditĂ© alors par Decca, Jonas Kaufman, Ă©blouissait dans Wagner (Sigmund bouleversant). Nul doute que l’engagement dramatique et l’acuitĂ© Ă©motionnelle, sa gravitĂ© et sa tendresse, ce caractĂšre embrasĂ© et ivre (Ă  l’instar de son modĂšle le tĂ©nor Jon Vickers) du tĂ©nor Kaufmann illumine la partition.

WAGNER REVOLUTIONNAIRE ET FUGITIF

MariĂ© Ă  Minna depuis 1836, Richard Wagner a fui Dresde et la rĂ©pression contre les libertaires rĂ©volutionnaires dont il faisait partie. Le compositeur recherchĂ© par les autoritĂ©s a trouvĂ© refuge au bord du lac de Zurich, en 1849. Sa rencontre avec Mathilde Wesendonck en fĂ©vrier 1852 restentit comme un Ă©lectrochoc. La jeune femme, ĂągĂ©e de 24 ans, est l’épouse d’Otto Wesendonck, industriel fortunĂ© qui doit son essor Ă  la maison des soieries qu’il a fondĂ©e Ă  New York. Au choc de cette rencontre humaine, Wagner Ă©prouve une crise artistique majeure que porte sa composition nouvelle Tristan und Isolde, Ă©laborĂ© en 1854, Ă  laquelle se mĂȘle aussi la lecture de Shopenhauer, son scepticisme fĂ©condant: le musicien ressent trĂšs profondĂ©ment la solitude de l’artiste, sa malĂ©diction et son impossibilitĂ© Ă  vivre pleinement tout amour salvateur: il a certes, la capacitĂ© d’identifier la force rĂ©demptrice de l’amour suscitĂ© par la femme, mais contradictoirement, ne peut en rĂ©aliser le principe salvateur ici bas. Omniscience, impuissance, solitude, plainte et malĂ©diction: pourtant l’art de Wagner loin de se mĂ»rer en un acte fermĂ© sur lui-mĂȘme, dans son aspiration exceptionnelle, engendre l’opĂ©ra de l’avenir dont Tristan marque l’avĂšnement: opĂ©ra romantique, opĂ©ra moderne. DĂšs dĂ©cembre 1856, vivant l’amour pour Mathilde qui est une nouvelle Ă©preuve de l’impuissance et de la frustration car cette liaison n’a aucun avenir, Wagner compose les premiĂšres esquisses de Tristan.

Le Crépuscule des dieux à l'Opéra Bastille, jusqu'au 16 juin 2013

EffondrĂ©, Wagner, victime de l’amour compose en Suisse deux oeuvres embrasĂ©es, du mĂȘme bois : les Wesendonck lieder et Tristan une Isolde…

REVE D’AMOUR EN SUISSE : DE TRISTAN aux WESENDONCK. Les deux cycles amoureux sont taillĂ©s dans le mĂȘme bois, sculptĂ©s par un compositeur traumatisĂ© par ses affres sentimentaux
 De Siegfried Ă  Tristan. L’attraction de Wagner pour Mathilde s’est violemment manifestĂ©e quand Otto Wesendonck, ignorant la situation amoureuse dont il est la victime aveugle, invite le couple Wagner dans l’une de ses villas, et mĂȘme encourage le compositeur Ă  Ă©crire de nouvelles oeuvres (avril 1857). ExaltĂ© par la prĂ©sence de celle qu’il vĂ©nĂšre secrĂštement, Wagner cesse la composition de Siegfried, et se passionne pour son nouvel opĂ©ra, Tristan. A l’étĂ© 1857, Wagner organise une premiĂšre lecture du poĂšme qu’il a rĂ©digĂ©, regroupant et synthĂ©tisant toutes les lĂ©gendes sur le sujet de Tristan. Dans l’audience privĂ©e qui recueille cette premiĂšre Ă©coute, se trouvent les 3 femmes de sa vie, Mathilde l’inaccesssible, Minna, sa compagne dĂ©sormais plus supportĂ©e qu’aimĂ©e, et sa future Ă©pouse, Cosima nĂ©e Liszt, qui est alors la femme du chef Hans von BĂŒlow.
wagner_richard_opera_tetralogie_nibelungeEn octobre 1857, Richard Wagner compose les Wesendonck lieder, cycle de mĂ©lodies qui est Ă  la fois, la dĂ©claration d’amour d’un coeur Ă  l’autre, et aussi pour le compositeur, le journal poĂ©tique de ses sentiments contradictoires, entre Ă©lan, dĂ©sir, et dĂ©pression. Mathilde a transmis les cinq poĂšmes, rĂ©digĂ©s d’aprĂšs les thĂšmes de Tristan. La musique que compose Wagner est ensuite rĂ©utilisĂ©e pour l’opĂ©ra Tristan: les deux cycles de compositions sont liĂ©s. D’ailleurs, quand il prĂ©pare la publication des Wesendonck lieder en septembre 1858, Wagner sous-titre l’opus: “Etudes pour Tristan und Isolde”. Nouri par son amour pour une muse, Wagner dĂ©pose le 31 dĂ©cembre 1857, la partition du premier acte de Tristan aux pieds de Mathilde, nouvelle Isolde pour un Tristan ennivrĂ©.
L’issue semble cependant inĂ©vitable: en janvier 1858, Minna intercepte un courrier entre Richard et Mathilde: elle exige des explications et dĂ©voile l’union scandaleuse Ă  Otto Wesendonck. Les deux couples se sĂ©parent: dĂ©chirements et tensions. Rupture. DĂ©pressif, meurtris, Wagner se retire Ă  Venise
 et compose les derniers actes de Tristan. Aucun doute, le sujet de la passion amoureuse, lĂ©guĂ© par la fable mĂ©diĂ©vale a marquĂ© de façon indĂ©lĂ©bile, la vie de Wagner, comme sur le plan musical, il fĂ©conde l’oeuvre du musicien qui en a transposĂ© la difficile mais radicale expĂ©rience dans deux oeuvres dĂ©sormais emblĂ©matiques: le cycle des Wesendonck lieder, puis l’opĂ©ra de la modernitĂ©, Tristan und Isolde.

 

 

 

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, jeudi 30 juin 2016, 20h. Jonas Kaufmann chante les Wesendoncklieder de Wagner
 Diffusion du concert enregistré le 19 mai 2016

 

 

Liszt: Orphée
Wagner:  Wesendonck-Lieder
Bruckner:  Symphonie n° 7
Jonas Kaufmann (ténor)
Orchestre National de France
Daniele Gatti (direction)

 

 

LIRE aussi le Parsifal de Jonas Kaufmann

CD, critique : JONAS KAUFMANN, so great arias (4 cd Decca)

 

 

Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 8 mai 2016. Richard Wagner : Das Liebesverbot. Marion Ammann, Robert Bork, Benjamin Hulett, Thomas Blondelle, Agnieszka Slawinska, Wolfgang Bankl. Constantin Trinks, direction musicale. Mariame Clément, mise en scÚne

EvĂšnement Ă  l’OpĂ©ra du Rhin, toujours friand d’Ɠuvres mĂ©connues : la premiĂšre hexagonale du troisiĂšme opus lyrique de Richard Wagner, en rĂ©alitĂ© le deuxiĂšme achevĂ© par le compositeur, et le premier qu’il ait vu sur les planches – Die Feen n’ayant Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ© qu’aprĂšs sa mort – : Das Liebesverbot, inspirĂ© de « Mesure pour mesure » de William Shakespeare.

CrĂ©Ă© en mars 1836 Ă  Magdebourg, l’ouvrage connaĂźt un Ă©chec cuisant aprĂšs la premiĂšre, la seconde reprĂ©sentation Ă©tant purement et simplement annulĂ©e Ă  la suite d’une rixe dans les coulisses ; et il faudra attendre 1923 pour que l’Ɠuvre ait Ă  nouveau – timidement, certes – Ă  nouveau droit de citĂ© dans les programmations lyriques. C’est donc avec une vraie curiositĂ© que nous nous sommes rendus dans la maison alsacienne, afin de goĂ»ter cette musique et d’entendre le Richard d’avant Wagner. DĂšs l’ouverture, et trois heures durant, ils sont tous convoquĂ©s : HĂ©rold, Auber, Rossini, Donizetti, Mozart, Spohr, Weber
 sauf Wagner, a-t-on envie d’écrire avec un sourire amusĂ©. Ou presque, le premier duo entre Isabella et Mariana s’ouvrant avec un thĂšme qu’on retrouvera plus tard dans TannhĂ€user. Le jeune compositeur – il n’a alors que 23 ans – puise ses inspirations aussi bien dans l’opĂ©ra-comique français  que dans l’opera buffa italien et l’opĂ©ra fantastique allemand, comme une synthĂšse rĂ©ussie des grandes Ă©coles nationales de son Ă©poque. Et le rĂ©sultat s’avĂšre aussi inattendu que jubilatoire, tourbillonnant et joyeux, mais avec un vrai dramatisme sous-jacent, pas aussi comique qu’on pourrait le croire au premier abord.

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L’opĂ©ra des origines : La DĂ©fense d’aimer Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin…

Richard avant Wagner

 

 

L’histoire nous amĂšne en Sicile, Ă  Palerme, oĂč l’occupant allemand, reprĂ©sentĂ© par l’implacable Friedrich, interdit formellement l’amour et notamment ses effusions, allant jusqu’à condamner Ă  mort le jeune Claudio qui a osĂ© afficher ouvertement ses sentiments. Ce sera la sƓur du jeune homme, Isabella, religieuse de son Ă©tat, qui, faisant naĂźtre dans le cƓur et le corps du dictateur des sentiments encore inconnus, finira par le prendre Ă  son propre piĂšge au cours du Carnaval, dans un chassĂ©-croisĂ© qui prend des allures de Noces de Figaro mozartiennes.
On regrettera au premier chef que la poĂ©sie soit singuliĂšrement absente de la mise en scĂšne imaginĂ©e par Mariame ClĂ©ment, toute entiĂšre tournĂ©e vers la farce. Un dĂ©cor unique sert de cadre Ă  l’action, reprĂ©sentant avec un rĂ©alisme troublant une brasserie oĂč tous vont et viennent et au cƓur de laquelle toutes les intriguent se nouent. L’action, dĂ©jĂ  complexe, devient ainsi moins comprĂ©hensible, ce qu’aggrave encore la suppression de toute allusion Ă  la religion, Isabella devenant simple serveuse dans l’établissement. LĂ  oĂč l’un des points centraux de l’Ɠuvre demeurait le dĂ©sir d’un homme de pouvoir pour une servante de Dieu, on ne retrouve plus qu’une banale et sordide histoire de coucherie, sans la dimension blasphĂ©matoire qui faisait la force de l’intrigue.
En outre, si on salue une direction d’acteurs millimĂ©trĂ©e et au cordeau – jusqu’à chaque membre du chƓur, qui acquiert une identitĂ© propre –, on ressort de la salle en ayant l’impression que la metteuse en scĂšne française n’a pas cru suffisamment Ă  la dimension plurielle de l’ouvrage pour en faire autre chose qu’une farce, chaque situation devenant prĂ©texte Ă  la gaudriole et occasionnant des chorĂ©graphies d’opĂ©rette. En revanche, le Carnaval final est une vraie rĂ©ussite, avec ses costumes lorgnant ouvertement vers les ouvrages ultĂ©rieurs du MaĂźtre, les Walkyries cĂŽtoyant les Chevaliers du Graal aussi bien que les GĂ©ants et le dragon Fafner. Et on demeure attendris devant ce que nous apparaĂźt comme une des seules vraies touches de dĂ©licatesse durant le spectacle : ce piano-bar sur lequel un musicien Ă©grĂšne les thĂšmes des Ɠuvres postĂ©rieures, au sein desquels on est heureux de reconnaĂźtre la Romance Ă  l’étoile de TannhĂ€user.
Musicalement, en revanche, l’ouvrage est pris, Ă  notre sens, davantage au sĂ©rieux. Constantin Trinks, dĂ©jĂ  dĂ©fenseur du mĂȘme opus au Festival de Bayreuth – mais pas au Festspielhaus, le compositeur ayant interdit toute reprĂ©sentation de ses Ɠuvres de jeunesse dans le Saint des Saints –, a certes ramenĂ© la durĂ©e du spectacle Ă  trois heures (contre cinq initialement) en coupant quasiment l’intĂ©gralitĂ© des dialogues parlĂ©s (l’Ɠuvre Ă©tant un Singspiel Ă  l’instar de la FlĂ»te EnchantĂ©e de Mozart) et la plupart des reprises musicales, mais il inspire Ă  l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg une couleur rutilante et dirige les musiciens avec fougue et dĂ©termination, ligne et Ă©clat, emportant solistes et public dans un tourbillon de notes.
Sur le plateau, les solistes ne dĂ©mĂ©ritent jamais et font de leur mieux pour rĂ©aliser la quadrature du cercle imposĂ©e par l’écriture musicale : de la puissance, de l’étendue, mais aussi de la souplesse et des vocalises, demandant en cela des chanteurs rompus Ă  l’esthĂ©tique belcantiste alors en vogue en Europe en ce premier quart du 19e siĂšcle. Et c’est lĂ  que le bĂąt blesse un peu : les solistes rĂ©unis sur la scĂšne paraissent parfois vocalement un peu sous-dimensionnĂ©s au regard des exigences rĂ©elles – certes loin d’ĂȘtre faciles – de la partition.
Marion Ammann paraĂźt avoir la vocalitĂ© d’Isabella, mais l’ornementation de la ligne et l’écriture du rĂŽle semblent l’empĂȘcher de dĂ©ployer pleinement sa voix, et ce n’est qu’à l’occasion de quelques rares aigus puissamment dardĂ©s qu’on se rend rĂ©ellement compte de l’ampleur de ses moyens. Ceci Ă©tant, elle se dĂ©fend plus que vaillamment et offre de l’hĂ©roĂŻne un trĂšs beau portrait.
A ses cĂŽtĂ©s, on admire la touchante Mariana d’Agnieszka Slawinska, notamment dans son superbe air du deuxiĂšme acte, Ă  l’écriture d’une dĂ©licatesse toute mozartienne, et Ă  la beautĂ© duquel la mise en scĂšne n’a pas osĂ© toucher, prĂ©fĂ©rant – avec raison – laisser opĂ©rer seule la magie de ce moment d’apesanteur musicale.
On reste un peu sur sa faim avec le Friedrich rugueux et assez usĂ© vocalement de Robert Bork. Le baryton amĂ©ricain, malgrĂ© un style consommĂ©, parait ainsi peiner Ă  soutenir le legato que la musique lui demande, et sa grande scĂšne du deuxiĂšme acte, l’un des sommets dramatiques de la partition, tombe un peu Ă  plat, la faute en incombant Ă©galement au personnage qu’il lui est demandĂ© de dĂ©peindre, trop unidimensionnel et manquant d’ambivalence.
Carton plein en revanche pour le Luzio virevoltant et percutant de Benjamin Hulett, la dĂ©couverte de l’aprĂšs-midi. Apparemment trĂšs Ă  l’aise dans cet emploi, le tĂ©nor amĂ©ricain dĂ©concerte par la facilitĂ© de son aigu et son aisance Ă  passer l’orchestre, grĂące Ă  une Ă©mission parfaite. Son personnage anachronique de mousquetaire parait lui convenir Ă  merveille, et on s’attache vite Ă  ce joyeux luron, sĂ©duisant en diable.
Le Claudio de Thomas Blondelle, un peu dans l’ombre de son partenaire, brille moins, tant Ă  cause d’un caractĂšre moins affirmĂ© dans l’Ɠuvre que par une vocalitĂ© plus terne, moins accrochĂ©e et moins Ă  l’aise dans le haut du registre, en dĂ©pit d’une belle musicalitĂ©.
Excellent Brighella de Wolfgang Bankl, croquant un personnage haut en couleurs, à mi-chemin entre Osmin et le Baron Ochs, finalement plus charismatique que son propre maßtre. Le baryton-basse allemand raffle ainsi la mise avec sa voix profonde et sonore, héritier de la grande tradition germanique.
Avec son allure de Jessica Rabbit, Hanna Roos incarne une Dorella toute en rondeurs, tant physiques que vocales, tandis que le tĂ©nor bouffe Andras Jaggi dynamite le rĂŽle de Pontio Pilato en proposant de l’aubergiste un portrait totalement dĂ©jantĂ©. Tous les seconds rĂŽles sont ainsi bien tenus.
Pour finir, on salue bien bas la performance de tous les choristes de la maison, admirablement prĂ©parĂ©s et merveilleusement comĂ©diens, le chƓur Ă©tant vĂ©ritablement l’un des protagonistes majeurs de l’ouvrage.
Beau succĂšs au rideau final, pour une premiĂšre importante en France et qui mĂ©ritait d’ĂȘtre enfin tentĂ©e. Rien que pour cela, on remercie l’OpĂ©ra du Rhin et son directeur, Marc ClĂ©meur, pour leur curiositĂ© et leur audace.

 

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Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, 8 mai 2016. Richard Wagner : Das Liebesverbot. Livret du compositeur d’aprĂšs « Mesure pour mesure » de William Shakespeare. Avec Isabella : Marion Ammann ; Friedrich : Robert Bork ; Luzio : Benjamin Hulett ; Claudio : Thomas Blondelle ; Mariana : Agnieszka Slawinska ; Brighella : Wolfgang Bankl ; Antonio : Peter Kirk ; Angelo : Jaroslaw Kitala ; Danieli : Norma Patzke ; Dorella : Hanna Roos ; Pontio Pilato : Andreas Jaeggi. ChƓurs de l’ONR ; Sandrine Abello, chef de chƓur. Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Constantin Trinks, direction musicale. Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne. DĂ©cors et costumes : Julian Hansen ; LumiĂšres : Marion Hewlett ; ChorĂ©graphie : Mathieu Guilhaumon

Illustrations : Clara Beck / opéra national du Rhin © 2016

Compte-rendu, opĂ©ra. Leipzig. OpĂ©ra de Leipzig, le 6 mai 2016. R. Wagner : Die WalkĂŒre. Rosamund Gilmore, mise en scĂšne. Ulf Schirmer, direction musicale.

Cette production de Die WalkĂŒre Ă  l’OpĂ©ra de Leipzig, Ă©trennĂ©e in loco en dĂ©cembre 2012, s’avĂšre une vraie rĂ©ussite, Ă  la fois vocale et scĂ©nique. Loin du Regietheater qui rĂšgne en Allemagne, la mise en scĂšne de Rosamund Gilmore adopte en effet une position plutĂŽt prudente et classique, respectueuse de l’Ɠuvre, oĂč rien ne vient perturber en tout cas l’audition de la musique, si ce n’est peut-ĂȘtre l’omniprĂ©sence de personnages zoomorphes (Ă  tĂȘte de bĂ©lier, munis d’ailes de corbeaux, etc.) qui accompagnent ou Ă©pient les diffĂ©rents personnages. On les dĂ©couvre sur le toit du bunker qui sert de demeure Ă  Hunding et sa femme, oĂč ils exĂ©cutent une sorte de danse rituelle pendant l’ouverture. Mais nous garderons surtout en mĂ©moire le magnifique dĂ©cor du dernier acte (conçu par Carl Friedrich Oberle), une immense arcade trĂšs « mussolinienne » dans laquelle prennent place – pendant la scĂšne des adieux – les huit Walkyies ainsi que huit hĂ©ros tout de blanc vĂȘtus (photo ci contre).

 

 

 

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Dans le rĂŽle de Sieglinde, la soprano allemande Christiane Libor fait preuve d’une belle santĂ© vocale, en assumant avec plĂ©nitude l’un des plus magnifiques personnages de la mythologie wagnĂ©rienne, et en exprimant une rĂ©elle Ă©motion Ă  travers un jeu sensible et naturel. Elle forme avec Andreas Schager le couple des Walsung d’autant plus convaincant que le tĂ©nor autrichien impose le plus bel instrument et le chant le plus nuancĂ© de la soirĂ©e, avec des aigus d’une incroyable franchise (chacun des deux « Walse » sont tenus plus de 10 secondes !). D’emblĂ©e, il se place parmi les meilleurs Siegmund du moment.

La soprano suĂ©doise Eva Johannson est Ă©galement une Walkyrie sur laquelle on peut compter. ConfrontĂ©e aux Ă©preuves, cette BrĂŒnnhilde sait trouver profondeur et conviction dans l’incarnation, figure centrale autour de laquelle le drame se joue. La prĂ©cision de ses attaques et sa pugnacitĂ© dans l’aigu ne font cependant pas toujours oublier la monotonie engendrĂ©e par l’ingratitude du timbre, ainsi que quelques stridences dans les fameux « HoĂŻtohos ». Elle n’en phrase pas moins avec beaucoup de sensibilitĂ© l’« Annonce de la mort », puis le dernier face Ă  face avec Wotan.  Ce dernier est incarnĂ© par le baryton allemand Markus Marquadt qui offre un phrasĂ© et un legato particuliĂšrement raffinĂ©s, un registre grave superbe, mais les nuances de l’aigu, il faut le reconnaĂźtre, lui causent parfois difficultĂ©. Dans le rĂŽle de Hunding, la basse finlandaise Runi Brattaberg campe un personnage tout d’une piĂšce et fort menaçant, avec une voix dont on goĂ»te la noirceur du timbre et la perfection de la ligne de chant. De son cĂŽtĂ©, la Fricka vindicative de Kathrin Göring ne dĂ©mĂ©rite pas tandis que les huit Walkyries forment un ensemble assez homogĂšne.

 

 

 

En vĂ©ritable expert de cette partition, Ulf Schirmer – directeur gĂ©nĂ©ral et musical de l’OpĂ©ra de Leipzig – dirige avec prĂ©cision et une pertinence sans faille le fameux GewandhausOrchester, en se montrant constamment soucieux de dynamique et de coloris. Nous n’avons assistĂ© qu’Ă  la premiĂšre journĂ©e de ce Ring leipzigois, mais prĂ©cisons au lecteur qu’il sera possible d’assister au Cycle entier du 28 juin au 2 juillet prochain.

Compte-rendu, opĂ©ra. Leipzig. OpĂ©ra de Leipzig, le 6 mai 2016. R. Wagner : Die WalkĂŒre. Avec Christiane Libor (Sieglinde), Andreas Schager (Siegmund), Runi Brattaberg (Hunding), Markus Marquardt (Wotan), Eva Johannson (BrĂŒnnhilde), Kathrin Göring (Fricka). Rosamund Gilmore, mise en scĂšne et chorĂ©graphies. Carl Friedrich Oberle, dĂ©cors. Nicola Reichert, lumiĂšres. Ulf Schirmer, direction musicale.

 

 

CrĂ©ation de La DĂ©fense d’aimer de Wagner Ă  l’OpĂ©ra du Rhin

wagner-strasbourg-defense-d-aimer-wagner-582-594Strasbourg, OpĂ©ra du Rhin. Wagner : La dĂ©fense d’aimer : 8-22 mai 2016. En crĂ©ation française voici une nouvelle production Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique du printemps 2016. Mariane ClĂ©ment met en scĂšne, sous la direction musicale de Constantin Trinks. Plus comĂ©die Ă  l’italienne que drame germanique, La DĂ©fense d’aimer  / Das Lieberverbot est inspirĂ© de Shakespeare dont les chassĂ©s croisĂ©s et les quiproquos amoureux en Ă©prouvant les cƓur, produisent une poĂ©sie Ă©motionnelle irrĂ©sistible par sa justesse et sa profondeur. Souffrance et dĂ©sir, extase et attente, aveuglement et ivresse s’y Ă©battent dans une arĂšne et un labyrinthe enchantĂ© qui rappelle Ă©videmment Le songe d’une nuit d’Ă©tĂ©. Tyrannie sociĂ©tale encore vivace, la dĂ©fense d’aimer est une rĂšgle imposĂ© Ă  tous, emblĂšme d’un ordre puritain soucieux de contrĂŽler la folie ordinaire et collective. L’amour y devient le signe d’une rĂ©bellion individuelle : le moi dĂ©sirant contre l’harmonie sociale. On voit bien ce que Don Giovanni signifie ici. Mais ici se sont deux femmes, au dĂ©but au couvent, dont l’une se destinait au noviciat (Isabella) qui mĂšne les intrigues et pilote le retour de l’amour Ă  Naples. Contre l’ordre moral, que ceux qui le proclament, n’hĂ©sitent pas enfreindre, la conscience et l’intelligence fĂ©minine rĂ©tablit le rĂšgne de l’amour, seul pacte social qui vaille la peine d’ĂȘtre amplement dĂ©fendu.

 

 

 

Synopsis

ACTE I : au couvent, les femmes prennent les armes

AprĂšs le dĂ©part du roi de Sicile pour Naples, le gouverneur  allemand Friedrich entend imposer  sur l’üle un puritanisme austĂšre face aux mƓurs prĂ©tendument dĂ©bauchĂ©es de ses habitants. Son  sbire Brighella, chef de la police, ferment les auberges – dont celle de Danieli -et interdit mĂȘme le Carnaval. Luzio le sĂ©ducteur et Claudio l’emprisonnĂ© ne l’entendent pas ainsi et entrent en rĂ©bellion.

Au couvent les femmes Isabella (candidate au noviciat et sƓur de Claudio) et Marianna (Ă©pouse du gouverneur) dĂ©cident de rejoindre Luzio dans sa rĂ©sistance civile. Au tribunal, Brighella est dĂ©passĂ© par le jugement des affaires courantes : d’autant que la serveuse de l’auberge de Danieli, la pulpeuse et dĂ©lirante Dorella l’entreprend directement et le trouble ouvertement. Surgit le gouverneur qui s’apprĂȘtant Ă  condamner Ă  mort l’immoral Claudio,  accepte de discuter avec la sĂ©duisante Isabella. La jeune femme prend la dĂ©fense de l’amour et obtiendra la clĂ©mence pour son frĂšre si… elle accepte de se donner au gouverneur. D’abord outrĂ©e, Isabella accepte et invite le gouverneur Ă  la rejoindre la nuit venue… le temps que Marianna, la vĂ©ritable Ă©pouse, ne presse sa place.

 

ACTE II  : au Carnaval, Friedrich puni

Dans sa geĂŽle, Claudio reçoit la visite de sa soeur et lui avoue qu’elle a bien raison d’avoir accepter de se prostituer pour lui… Mais Isabella lui fait croire qu’elle refusera, suscitant chez l’emprisonnĂ©, trouble et angoisse : tel sera son chĂątiment.  Pendant le Carnaval qui a Ă©tĂ© maintenu par la population rebelle, le gouverneur vient masquĂ© ainsi que le lui a demandĂ© Isabella ; Il n’a donc aucun scrupule Ă  outrepasser ses propres lois. Mais Isabella dĂ©nonce le gouverneur indigne qui est pris la main dans le sac en compagnie de son Ă©pouse Marianna…  Le peuple Ă  qui revient la vertu du pardon, accepte d’Ă©carter simplement Friedrich. De sorte que Brighella peut Ă©pouser la dĂ©lirante et insouciante Dorella ; comme, Luzio convainc aussi Isabella Ă  renoncer au noviciat. Friedrich se rĂ©concilie avec Marianna. L’amour triomphe quand le roi de Naples est de retour.

 

 

 

La DĂ©fense d’aimer de Wagner Ă  l’OpĂ©ra du Rhin
Strasbourg, du 8 au 22 mai 2016.
Puis Ă  Mulhouse, La Filature : du 3 au 5 juin 2016.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille. le 5 mars 2016. R. Wagner : Die Meistersinger von NĂŒrnberg. Philippe Jordan. Stefan Herheim.

wagner grand formatIl Ă©tait une fois un pauvre compositeur incompris de grand gĂ©nie… C’est ce qu’on comprend Ă  la premiĂšre lecture du programme de la nouvelle production des MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner, sa seule comĂ©die de maturitĂ©, Ă  l’OpĂ©ra Bastille. AprĂšs presque 5 heures de reprĂ©sentation, notre avis a Ă©voluĂ© et nous arrivons Ă  intĂ©grer les propos du directeur musical Philippe Jordan qui dĂ©die deux pages dans le programme pour faire ce qui nous a apparu comme l’apologie de l’Ɠuvre (deux pages aprĂšs nous trouvons aussi l’apologie cĂ©lĂšbre de Thomas Mann… c’est un peu trop). Or, cette coproduction dont l’origine salzburgeoise est plus qu’Ă©vidente, rĂ©ussit Ă  faire de cette comĂ©die douteuse, un bijou d’humour, de candeur, d’humanitĂ©, et les performances musicales sont d’une telle qualitĂ© qu’on en sort avec un souvenir de beautĂ© indĂ©niable.

Splendeur aveuglante d’un Wagner comique

Beaucoup d’encre a coulĂ© et coule encore Ă  propos de cet opus. Il nous est impossible d’ignorer le fait qu’au Bayreuth des annĂ©es 30, aprĂšs un monologue passionnĂ© de Hans Sachs (figure centrale de l’opĂ©ra et personnage historique), l’audience se lĂšve des siĂšges dans une frĂ©nĂ©sie insolite et dĂ©cide de continuer Ă  regarder la reprĂ©sentation le bras levĂ© faisant la salutation des Nazis. Nous ne pouvons pas ignorer non plus la ferveur de l’audience dans une reprĂ©sentation pendant la PremiĂšre Guerre Mondiale oĂč elle commence spontanĂ©ment Ă  chanter l’hymne allemand Ă  l’Ă©poque, qui prĂŽnait, aussi, la supĂ©rioritĂ© de l’Allemagne sur tous (« Deutschland, Deutschland ĂŒber Alles… »). Mais ces questions dĂ©passent enjeux et intĂ©rĂȘts de cette publication, nous nous limiterons donc aux aspects artistiques.

L’histoire des MaĂźtres Chanteurs se dĂ©roule Ă  Nuremberg au XVIe siĂšcle. C’est l’histoire de Hans Sachs maĂźtre et cordonnier, et de Walther von Stolzing jeune noble de province, cherchant l’amour d’Eva, fille de Pogner, riche bourgeois qui offre la main de la belle au maĂźtre chanteur qui gagnera un concours de chant. Le maĂźtre Sixtus Beckmesser sert de rival et il est l’archĂ©type du pĂ©dantisme et le personnage le plus grotesque. Il veut la main d’Eva et s’efforce de l’obtenir, mais tout finit bien parce que Walther devient maĂźtre d’une grande modernitĂ© (malgrĂ© lui) et le bon Hans est triste parce qu’il Ă©tait amoureux d’Eva mais il est quand mĂȘme content qu’elle finisse avec le jeune Walther. Tout ceci se passe, ou presque, dans la tonalitĂ© radieuse de do majeur. VoilĂ  quatre heures de do majeur.

Dans la distribution, plusieurs personnalitĂ©s se distinguent. Nous sommes trĂšs impressionnĂ©s par le Hans Sachs de Gerald Finley. Sa caractĂ©risation et thĂ©Ăątrale et musicale est une rĂ©ussite de grand impact Ă©motionnel. Si l’ampleur peut faire dĂ©faut, surtout dans une salle comme Bastille, le baryton a une technique impeccable, un art de l’articulation tout Ă  fait dĂ©licieux, une grande conscience thĂ©Ăątrale. Il rend le personnage tragi-comique de Hans encore plus humain et plus touchant. Nous sommes autant impressionnĂ©s par le Beckmesser du baryton danois Bo Skovhus, mais pour d’autres raisons. Il a une aisance comique tout Ă  fait inattendue et incarne le maĂźtre prĂ©tentieux avec panache ! M. Wagner donne au rĂŽle la musique la plus ingrate et le baryton y rayonne et se donne Ă  fond. MĂȘme si son physique excellent trahit la laideur du personnage, nous saluons l’investissement surprenant ! MĂȘme  avis pour le Pogner de GĂŒnther Groissböck, basse autrichienne de 39 ans. Sa voix est immense et avec un timbre d’une beautĂ© velouté ; ses aigus sont moins imposants, certes, mais la question la plus frappante de sa prestation, excellente, est qu’il est un peu trop beau et un peu trop jeune plastiquement pour le rĂŽle, auquel il ajoute un magnĂ©tisme quelconque qui plaĂźt Ă  la vue et Ă  l’ouĂŻ mais qui peut confondre ! (Il s’agĂźt aprĂšs tout du pĂšre d’Eva!). L’Eva de Julia Kleiter est rayonnante d’humanitĂ©, bonne actrice et belle elle aussi Ă  regarder… Mais souvent l’Ă©quilibre se voit compromis en ce qui concerne sa voix, et parfois elle a du mal Ă  traverser la fosse. Si elle a un timbre fruitĂ© qui sied au rĂŽle, ainsi qu’une certaine fraĂźcheur, nous pensons qu’elle s’amĂ©liorera avec le temps (il s’agĂźt en fait de sa deuxiĂšme Eva). Remarquons Ă©galement le Walther du tĂ©nor Brandon Jovanovich. D’un physique aussi imposant que les autres dĂ©jĂ  citĂ©s (il paraĂźt c’est un leitmotiv de cette production Ă  Paris, des chanteurs Ă  la belle physionomie. On adhĂšre et on cautionne), il sait projeter sa voix, a une diction claire tout comme son timbre et se fait toujours entendre, dans la frustration ou l’élĂ©gie, sans jamais compromettre la beautĂ© de la prestation, Ă©vitant les extrĂȘmes. Une vrai rĂ©ussite.

Le couple secondaire de David et Magdalene est interprĂ©tĂ© avec brio par Toby Spence et Wiebke Lehmkuhl. Et que dire des choeurs fabuleux de l’OpĂ©ra de Paris ? Ils sont omniprĂ©sents ; leur performance est d’un grandissime dynamisme. FĂ©licitations au chef des choeurs JosĂ© Luis Basso.

En ce qui concerne la mise en scĂšne de Stefan Herheim, norvĂ©gien wagnĂ©rien et une sorte de bad-boy Ă  l’opĂ©ra (dĂ» Ă  son penchant pour la transposition des Ɠuvres Ă  la regietheater), elle est particuliĂšrement efficace. La premiĂšre chose remarquable est sans doute le travail d’acteur trĂšs poussĂ©. Sa direction dans ce sens est intelligente et riche ; elle sert complĂštement l’oeuvre et son rythme.  Les dĂ©cors de Heike Scheele sont vraiment prodigieux, et s’accordent parfaitement au parti pris de la production. En fait, il paraĂźtrait que pour Herheim, Hans Sachs c’est Wagner, et nous passons des plans de tailles rĂ©alistes au gigantisme et au minuscule. Comme du thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre dans un thĂ©Ăątre des marionnettes dans un opĂ©ra dans un thĂ©Ăątre. Ça peut paraĂźtre trop, mais c’est vraiment rĂ©ussi et attrayant. Personne ne pourra dire que la vue ne s’est pas vue stimulĂ©e en permanence pendant les 5 heures ! Juste l’immensitĂ© de la production et la raretĂ© de l’Ɠuvre cautionnent une visite Ă  l’opĂ©ra pour les MaĂźtres. Mais en vĂ©ritĂ© le travail de direction musicale de Philippe Jordan est l’Ă©lĂ©ment clĂ© et fĂ©dĂ©rateur de la production (et ce malgrĂ© l’Ă©quilibre compromis de temps en temps). Jordan a voulu respecter Ă  la lettre les indications musicales de M. Wagner, donc pas de fortissimo facile quand c’est forte, pas d’ajout de grandiose ni des procĂ©dĂ©s grandiloquents. Il a voulu offrir une performance musicale focalisant plus sur la transparence et la lĂ©gĂšretĂ©, moins sur la monumentalitĂ©. Nous lui sommes oh combien reconnaissants pour ceci ! Ainsi nous avons pu profiter du beau coloris de l’instrumentation, et l’aspect pompier et folklorique de la musique est vraiment mis en valeur (dans ce sens nous comprenons vraiment pourquoi Mahler adorait cet opĂ©ra et l’influence de Wagner). Un Ă©vĂ©nement Ă  voir Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille le 9, 13, 21, 25 et 28 mars 2016.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris, OpĂ©ra Bastille. le 5 mars 2016. R. Wagner : Die Meistersinger von NĂŒrnberg. Gerald Finley, GĂŒnther Groissböck, Bo Skovhus… Choeurs et Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. JosĂ© Luis Basso, chef des choeurs. Philippe Jordan, direction musicale. Stefan Herheim, mise en scĂšne.

Nouvelle production d’Hansel et Gretel

Hansel et Gretel, l'opĂ©ra fĂ©erique d'HumperdinkAngers Nantes OpĂ©ra. Humperdink : Hansel et Gretel, 11 dĂ©cembre 2015>6 janvier 2015. C’est la nouvelle production Ă©vĂ©nement de cette fin d’annĂ©e, prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra oĂč devrait se confirmer la talent pour la clartĂ© dramatique, d’une metteur en scĂšne particuliĂšrement inspirĂ©e : Emmanuelle Bastet. C’est une partenaire conviĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra et qui a signĂ© auparavant, Lucio Silla (esthĂ©tique, d’une efficacitĂ© tranchĂ©e), un sublime OrphĂ©e et Eurydice, entre rĂ©alisme et onirisme, La Traviata, et plus rĂ©cemment PellĂ©as et MĂ©lisande (transposĂ© avec un sens cinĂ©matographique trĂšs lĂ©chĂ©, dans une rĂ©alisation qui pourrait ĂȘtre un film d’Hitchcok). Qu’en sera-t-il pour Hansel et Gretel, conte fĂ©erique qui ne s’adresse pas qu’aux enfants : la musique y est aussi raffinĂ©e et pensĂ©e que les Ɠuvres de Wagner (le modĂšle d’Humperdink) ou Richard Strauss (qui fut immĂ©diatement fascinĂ© par la musique d’Hansel et Gretel). La nouvelle production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra s’annonce comme l’évĂ©nement lyrique de cette fin d’annĂ©e 2015.

Un conte pour enfants
devenu opéra post wagnérien, féerique et onirique

 

La misĂšre produit dans l’esprit des Ăąmes enfantines, innocentes des prodiges d’imagination pour conjurer la morsure de la faim ou l’enfer des nuits glaciales : ainsi le frĂšre et la soeur Hansel et Gretel Ă©chafaudent en un dĂ©lire onirique et grotesque un conte de sucrerie et de chocolat oĂč se joue leur rapport au monde et leur relation Ă  l’autoritĂ©, incarnĂ©s ici dans la personne de la vorace et terrifiante SorciĂšre Grignote.

Otkrytoe Pismo  Hamperdink Postcard-1910PlutĂŽt que de plonger dans l’adaptation un rien trop terrifiante des frĂšres Grimm, Humperdink prĂ©fĂšre intĂ©grer la vision d’Adelheid Wette, sa sƓur dont la sensibilitĂ© apporte une douceur tendre qui manquait Ă  la lĂ©gende originelle. L’opĂ©ra qui en dĂ©coule par sa musique alliant puissance et raffinement porte la connaissance aiguĂ« et plutĂŽt trĂšs admirative de Richard Wagner, d’autant que Humperdink ne fait pas que renouveler le dramatisme symphonique et hypnotique de Wagner : il sait le renouveler ; il a travaillĂ© avec le maĂźtre de Bayreuth participant Ă  la crĂ©ation de Parsifal en 1882 Ă  26 ans seulement (peut-on se remettre d’une telle expĂ©rience ?). A la mort de son mentor et maĂźtre, le 14 fĂ©vrier 1883, Humperdink reste inconsolable. L’histoire allait montrer que Humperdink pouvait assimiler, transposer, renouveler l’art wagnĂ©rien au thĂ©Ăątre : immense dĂ©fi Ă©prouvĂ© par les plus grands compositeurs germaniques et français
 dont peu surent en effet rĂ©aliser ce projet.

En 1890 quand se prĂ©cise l’idĂ©e d’Hansel et Gretel, Humperdink doit se rĂ©concilier avec un milieu hostile Ă  ses prises de position wagnĂ©riennes: sa soeur Adelheid lui propose de mettre en musique un conte pour les enfants qu’elle a elle mĂȘme Ă©crit, pour l’anniversaire de son mari. D’un pari familial Ă  peine pris au sĂ©rieux, l’opĂ©ra Ă  naĂźtre prend peu Ă  peu forme, devenant mĂȘme pour le jeune compositeur nostalgique de Wagner, voire dĂ©pressif, une sorte de baume salvateur.
PassĂ©iste : oh que non ! La partition s’impose immĂ©diatement sur les scĂšnes d’abord allemandes, devenant  l’opĂ©ra des fĂȘtes par excellence : apportant Ă  son auteur un pactole enviable Ă  une Ă©poque oĂč composer un opĂ©ra pouvait encore faire recettes :  soit deux millions de marks-or, rien qu’entre 1900 et 1910 pour son auteur.

Une voix et non des moindres sut dĂšs 1893 reconnaĂźtre l’incroyable talent du jeune wagnĂ©rien et mesurer dans ses justes proportions, sa fabuleuse originalitĂ©, Richard Strauss :  « Quel humour rafraĂźchissant, quelle exquise naĂŻvetĂ© mĂ©lodique, quel art et quelle finesse dans le traitement de l’orchestre, quelle perfection dans la construction de l’ensemble, quelle invention florissante, quelle merveilleuse polyphonie, et le tout original ; nouveau et si vĂ©ritablement allemand. »

L’on ne saurait ĂȘtre plus pertinent et Ă©logieux : si la valeur des grands chefs d’oeuvre se mesure Ă  leur reconnaissance immĂ©diate et surtout populaire, Humperdink par sa fraĂźcheur musicale renoue avec le Mozart de La FlĂ»te enchantĂ©e, fĂ©erique et pourtant philosophique, s’adressant autant aux enfants qu’Ă  leurs parents. Une qualitĂ© que comporte en tout points le gĂ©nial Humperdink et son inusable, Hansel et Gretel.

 

Hansel  et Gretel d’Humperdink, 1893
Présenté par Angers Nantes Opéra
Conte musical en 3 tableaux
Nouvelle production
7 dates événements,
Du 11 décembre 2015 au 5 janvier 2016

Livret de Adelheid Wette, d’aprĂšs HĂ€nsel und Gretel, conte populaire recueilli par les frĂšres Grimm dans le premier volume des Contes de l’enfance et du foyer [Kinder-und HausmĂ€rchen].
Créé au Théùtre Grand-Ducal de la cour de Weimar, le 23 décembre 1893.

boutonreservationNANTES, Théùtre Graslin
Vendredi 11 décembre, 20h
Dimanche 13 décembre, 14h30
Mardi 15 décembre, 20h
Jeudi 17 décembre, 20h
Vendredi 18 décembre 2015, 20h

ANGERS, Le Quai
Mardi 5 janvier 2016, 20h
Mercredi 6 janvier 2016, 20h

réservez vos places

THOMAS RÖSNER, direction
EMMANUELLE BASTET, mise en scĂšne

Vincent Le Texier, Pierre
Eva Vogel, Gertrude
Marie Lenormand
Norma Nahoun
Jeannette Fischer
Dima Bawab, Le Marchand de sable

MaĂźtrise de la Perverie
Gilles GĂ©rard, direction

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra
Xavier Ribes, direction
Orchestre National des Pays de la Loire

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
[Opéra en allemand avec surtitres français

Musiques et tabous par Daniel Barenboim

barenboim maestro dirige scala de milan le-maestro-israelo-argentin-daniel-barenboim-dirige-l-orchestre-philharmonique-de-vienne-le-1er-janvier-2014-a-vienne_4925007arte_logo_2013ARTE. Dimanche 11 octobre, 23h15. Daniel Barenboim: Musique et tabous.   SoirĂ©e exceptionnelle avec le chef qui a la triple nationalitĂ© : argentine, israĂ©lienne et palestinienne. Il a toujours tentĂ© une conciliation entre les frĂšres ennemis : palestiniens et israĂ©liens. Mais au-delĂ  de cela, le chef Daniel Barenboim croit surtout Ă  la rĂ©solution pacifique des conflits au Proche Orient. Rien ne pourra s’apaiser sans dialogue et sans volontĂ© de pacification : la solution entre IsraĂ©liens et Palestiniens ne peut passer par les armes. Dans Les voies de la musique avec Daniel Barenboim (partie 1 & 2), le maestro, acteur principal de la vie lyrique et orchestrale de Berlin Ă  Milan,  milite viscĂ©ralement, indĂ©fectiblement pour l’amitiĂ© entre les peuples car c’est le seul moyen pour chacun de s’en sortir. Arte diffuse une sĂ©rie d’entretiens oĂč le chef et ses proches expliquent les enjeux qui se jouent ici, plaçant la musique au cƓur des rivalitĂ©s et des oppositions fratricides. L’épisode le plus saisissant demeure certainement le volet dĂ©diĂ© Ă  la musique de Wagner en IsraĂ«l. ConnotĂ©e hitlĂ©rienne, et clairement nazie en raison des opinions antisĂ©mites exprimĂ©es par l’intĂ©ressĂ© lui-mĂȘme, en raison de l’idĂŽlatrie radicale entretenue par Hitler pour Wagner,  la musique de Wagner n’a toujours pas sa place en IsraĂ«l, et le film dĂ©voile entre autres combien elle reste un sujet tabou, fortement clivant entre les gens, mĂ©lomanes ou non. Le tĂ©moignage des jeunes instrumentistes du West-Eastern Diwan orchestra, fondĂ© par Barenboim et composĂ© dans un esprit de construction et de dialogue fraternel de jeunes musiciens juifs et arabes, est particuliĂšrement poignant : dĂ©voilant l’envie d’avancer mais aussi la forte charge Ă©motionnelle qui naĂźt du fait de jouer Tristan und Isolde par exemple Ă  la fin d’un concert Ă  JĂ©rusalem… Au-delĂ  des thĂšmes abordĂ©s dans deux documentaires de la soirĂ©e, c’est tout le sens de la musique classique et de la culture en gĂ©nĂ©ral qui est ainsi analysĂ© et mis en question : doit-on se satisfaire d’une culture divertissante ou bien devons-nous prĂ©fĂ©rer malgrĂ© nos ancrages historiques et nos identitĂ©s, dĂ©fendre une culture engagĂ©e rĂ©solument fraternelle et pacifiste ? SoirĂ©e avec Daniel Barenboim en deux temps :

1. Musique et politique (52 mn)
Pour Daniel Barenboim, la musique, langue universelle, se joue des frontiĂšres. Avec elle pour seule arme, l’artiste cosmopolite tente de dĂ©passer tensions et conflits. Au sein de son jeune orchestre, le West-Eastern Divan Orchestra, il est ainsi parvenu Ă  faire jouer ensemble de jeunes musiciens venus d’IsraĂ«l et de pays arabes voisins. Un inlassable engagement dont sa visite dans la bande de Gaza l’an passĂ© a constituĂ© un point d’orgue au puissant retentissement.

2. Musique et tabous : jouer Richard Wagner en Israël (26 mn)
En IsraĂ«l, la musique de Richard Wagner est indissociablement liĂ©e au rĂ©gime nazi. En 2001, Daniel Barenboim essuie la fureur du public et de la classe politique israĂ©lienne, aprĂšs avoir dirigĂ© Ă  JĂ©rusalem le prĂ©lude et la mort d’Isolde de Tristan et Isolde. Comment dissocier la musique du gĂ©nial Wagner, du compositeur antisĂ©mite prĂ©fĂ©rĂ© d’Hitler ? Convaincu qu’il le faut, Daniel Barenboim tente de lever un tabou. Des rĂ©pĂ©titions du West-Eastern Divan Orchestra Ă  la rencontre avec des amis du chef d’orchestre, parmi lesquels Pierre Boulez et Joschka Fischer, le film offre un Ă©clairage sur le parcours engagĂ© du maestro et le sens qu’il rĂ©serve Ă  l’acte musical : un geste rĂ©solument engagĂ© en faveur de la rĂ©conciliation des peuples.

arte_logo_2013ARTE, dimanche 11 octobre 2015. 23h. Les voies de la musique avec Daniel Barenboim. Une rĂ©flexion sur la musique et son pouvoir en compagnie du chef d’orchestre, Daniel Barenboim. Documentaire de Paul Smaczny (Allemagne, 2012, 57mn et 26mn) . Production : Accentus music UG

Bayreuth 2015. Le Vaisseau FantĂŽme

RADIO. logo_france_musique_DETOURE Musique. Dimanche 16 aoĂ»t 2015, 19h. Wagner : Le Vaisseau FantĂŽme. Festival de Bayreuth. Axel Kober, direction. Avec Samuel Young, le hollandais; Ricard Merbeth, Senta. Benjamin Bruns, Daland. Tomislav Muzek, Erik. Choeur et orchestre du Festival de Bayreuth. Etrangement, alors que l’Ă©vĂ©nement lyrique Ă  Bayreuth en juillet 2015 Ă©tait la nouvelle production de Tristan und Isolde, (version Katarina Wagner, l’arriĂšre petite fille du compositeur et ici mĂȘme metteure en scĂšne et codirectrice), France Musique prĂ©fĂšre diffuser la reprise du Vaisseau FantĂŽme…

CrĂ©Ă© Ă  Dresde le 2 janvier 1843 (dans le sillon victorieux tracĂ© par l’Ă©clatant Rienzi, crĂ©Ă© dans le mĂȘme lieu Hofoper, en octobre 1842), Le Vaisseau FantĂŽme (Der Fliegende HollĂ€nder) marque la rupture de Wagner avec le grand opĂ©ra romantique traditionnel : avant la tempĂȘte qui ouvre la Walkyrie, ou l’ocĂ©an originel qui enfle les flots naissant du monde Ă  son berceau dans l’Or du Rhin, voici le dĂ©luge primordial, celui des torrents d’eau se dĂ©versant sur le frĂȘle navire emportant le Hollandais maudit en quĂȘte de l’amour pur d’une femme qui pourra le sauver.
L’ardeur du jeune Wagner est intact malgrĂ© ses dĂ©boires Ă  Paris oĂč il dut vendre Ă  l’OpĂ©ra son propre livret pour qu’un obscur Dietsch le mette en musique (!) avec le naufrage que l’on sait. Les français manquaient une occasion unique de soutenir un gĂ©nie Ă  son aurore… Comme ce fut le cas de Mozart au XVIIIĂš, dont les 3 sĂ©jours Ă  Paris furent des Ă©checs retentissants et plusieurs occasions manquĂ©e lĂ  aussi. Effrayante absence de discernement artistique.
Wagner en DVD ...Pour l’heure Ă  Dresde qui cĂ©lĂšbre enfin son gĂ©nie, Wagner Ă©merveille et impressionne l’auditoire grĂące Ă  sujet fantastique et romantique. Comme souvent, le compositeur Ă©crit Ă  rebours de l’intrigue, commençant par la ballade de Senta, le choeur des matelots norvĂ©giens, le chant des fileuses puis concluant avec… l’ouverture. Une idĂ©e rĂ©trospective oĂč ce prologue orchestral semble rĂ©capituler plutĂŽt qu’annoncer le drame qui se joue. Le voyageur errant sur les flots, le maudit magnifique paraĂźt tel un spectre effrayant, un non homme qui doit cependant susciter l’amour de Senta s’il veut ĂȘtre sauvĂ©. Le thĂšme est Ă©minemment wagnĂ©rien : le salut de l’homme rĂ©alisĂ© par l’amour d’une femme, ainsi en sera-t-il de Cosima pour Richard dans la vraie vie. Ici emportĂ© par la fureur d’aimer, par la volontĂ© d’ĂȘtre sauvĂ©, Wagner tisse un nouvel orchestre moteur qui rĂ©alise l’unitĂ© de toute les scĂšnes dĂ©sormais enchaĂźnĂ©es les unes aux autres sans discontinuitĂ©, tel le futur drame sans fin, cyclique qui a lieu dans Parsifal et dans les quatre JournĂ©es du Ring. La justesse des mĂ©lodies, l’expression directe de la houle dĂ©ferlante lui auraient Ă©tĂ© inspirĂ©es par sa traversĂ©es sur la navire la ThĂ©tys, Ă  destination de l’Angleterre, Ă  l’Ă©tĂ© 1839, alors que quittant Riga, le compositeur poursuivi par ses crĂ©anciers, souhaitait rejoindre Paris. Pris dans une tempĂȘte, le navire dut se rĂ©fugier en NorvĂšge… un Ă©pisode de la vie de Wagner dont tĂ©moigne le rĂ©alisme saisissant de son Vaisseau FantĂŽme.

Synopsis

Acte I. Dans une crique norvĂ©gienne au XVIIIĂš, le navigateur marchand Daland ne peut Ă©viter de croiser la course d’un marin mystĂ©rieux le Hollandais, Ăąme maudite qui lui demande de rencontrer sa fille, Senta car seul l’amour d’une jeune fille aimante pourra le dĂ©livrer de la malĂ©diction qui le poursuit.
Acte II. C’est l’acte de Senta qui rĂȘve de rencontrer ce marin maudit qu’elle aimera sans limites. Alors que ses suivantes filent la laine, la jeune femme se destine dĂ©jĂ  au Hollandais qui lui est apparu en rĂȘve : leur rencontre se dĂ©roule sans entraves : le Hollandais et Senta se reconnaissent dĂšs le premier regard.
Acte III. Erik, chasseur Ă©pris de Senta depuis longtemps lui fait sa cour ; la jeune femme le rejette sans violence mais avec suffisamment de douceur pour que le Hollandais se mĂ©prenne sur ses intentions rĂ©elles : amer et pensant qu’il a Ă©tĂ© trahi, le Hollandais remonte sur son bateau et sĂ©loigne des cĂŽtes. De dĂ©pĂźt, Senta se jette dans les flots. Au loin, au dessus de la mer, les deux paraissent unis dans la mort.

Compte rendu, opéra. Marseille, Opéra. Le 24 avril 2015. Wagner : Le Vaisseau FantÎme. Der Fliegende HollÀnder. Lawrence Foster, direction. Charles Roubaud, mise en scÚne.

Wagner portraitMarseille reprend en avril 2015,  la production prĂ©sentĂ©e aux ChorĂ©gies d’Orange en juillet 2014. De coupe encore traditionnelle, l’opĂ©ra a des airs facilement mĂ©morables (couplets du marin, ballade de Senta, marche de Daland, etc, et une ouverture saisissante que presque tout le monde connaĂźt sans le savoir). La trame est dramatiquement habile dans sa construction : exposition et prĂ©sentation nette des personnages (Daland, le Hollandais, Senta, Erik), nƓud de l’intrigue (deux amours de Senta en compĂ©tition), pĂ©ripĂ©ties (crise et mĂ©prise) et dĂ©nouement tragique, mĂȘlĂ© habilement de scĂšnes chorales de genre (les marins, les fileuses). Les deux hĂ©ros sont l’Ăąme mĂȘme du romantisme : Senta, c’est une autre Tatiana romanesque qui a forgĂ© dans ses rĂȘves l’amour idĂ©al, total, sacrificiel, qui l’arrachera Ă  la banalitĂ© du quotidien (l’atelier de filature) et au prosaĂŻsme cupide de son pĂšre et Ă  l’esprit terrien, sans doute terre Ă  terre de son fiancĂ© Érik, chasseur et non marin. Le Hollandais maudit en quĂȘte de rĂ©demption, est une sorte d’Hernani et il pourrait dire aussi :

 

 

 

De la lĂ©gende du Vaisseau fantĂŽme Ă  un vaisseau fantĂŽme de lĂ©gende…

 

 

Je suis une force qui va !

Agent aveugle et sourd de mystĂšres funĂšbres !

Une ùme de malheur faite avec des ténÚbres !

OĂč vais-je ? Je ne sais. Mais je me sens poussĂ©

D’un souffle impĂ©tueux, d’un destin insensĂ©.

Je descends, je descends et jamais ne m’arrĂȘte.

 

Mais Ă  l’inverse du hĂ©ros de Victor Hugo (1830), c’est une force qui s’en va, qui voudrait s’en aller, qui dĂ©sire couler doucement vers le gouffre apaisant, le repos Ă©ternel qui lui est refusĂ© par Dieu et que seul peut lui octroyer l’amour d’une femme fidĂšle : face aux Éva pĂ©cheresses qu’il a connues dans son errance au long cours, Senta sera enfin, dissipĂ© le malentendu, l’ « Ave », la rĂ©demptrice, l’Éros bĂ©nĂ©fique ouvrant la dĂ©livrance de Thanatos, la mort par l’amour. Ne pouvant vivre ses rĂȘves, elle rĂȘve sa vie jusqu’au sacrifice final qui donnera corps et vie au songe.

L’Ɠuvre. Des personnages Ă  la fois archĂ©typaux, humains et surhumains. Du romantisme de son temps, Richard Wagner hĂ©rite et cultive le goĂ»t des lĂ©gendes. Dans cet opĂ©ra en trois actes de 1843 dont il Ă©crit le livret, il s’inspire de quelques pages du poĂšte Heinrich Heine qui vient de publier Aus den Memoiren des Herrn von Schnabelewopski en 1831, ‘Les mĂ©moires du Seigneur Schnabelewopski’ oĂč est relatĂ© une version de la lĂ©gende ancienne du Hollandais volant et de son vaisseau fantĂŽme.

Vaisseau fantĂŽme

La mer a ses fantasmes, l’ocĂ©an, ses fantĂŽmes, les deux, ses lĂ©gendes. Une court les flots et les tavernes des marins rĂ©chappĂ©s aux vagues et tempĂȘtes des vastes espaces marins, l’existence d’un bĂątiment hollandais dont l’Ă©quipage est condamnĂ© par la justice divine qu’il a bafouĂ© Ă  errer sur les mers jusqu’Ă  la fin des siĂšcles. En effet, son capitaine, malgrĂ© une tempĂȘte effroyable au Cap de Bonne EspĂ©rance bien nommĂ©, a dĂ©cidĂ© de prendre la mer un Vendredi saint, jurant qu’il appareillerait, dĂ»t-il en appeler au diable, qui le prend au mot.

Hollandais volant

Un capitaine hollandais aurait accompli en trois mois un voyage de prĂšs d’un an normalement, d’Amsterdam Ă  Batavia (Djakarta), grĂące au diable. Cela se passe au XVIIe siĂšcle, Ă©poque oĂč les Hollandais ont crĂ©Ă© la Compagnie des Indes, courant les ocĂ©ans. La rencontre de ce vaisseau fantĂŽme est considĂ©rĂ©e comme un funeste prĂ©sage.

Une premiĂšre version Ă©crite de la lĂ©gende est parue dans un journal britannique en 1821. La premiĂšre version française a Ă©tĂ© publiĂ©e par Auguste Jal, ScĂšnes de la vie maritime, Paris, 1832. Cela inspira, en 1834, la nouvelle de Heinrich Heine : Les MĂ©moires du Seigneur de Schnabelewopski qui servit de thĂšme de l’opĂ©ra de Wagner quelques annĂ©es plus tard. Victor Hugo cite aussi cette histoire dans La LĂ©gende des siĂšcles :

C’est le Hollandais, la barque

Que le doigt flamboyant marque !

L’esquif puni !

C’est la voile scĂ©lĂ©rate !

C’est le sinistre pirate


De l’infini. 

 

 

 

À notre Ă©poque, un film lĂ©gendaire d’Albert Lewin en 1951 rĂ©actualise le mythe du Hollandais volant le mĂȘlant Ă  celui de Pandora, la femme malĂ©fique qui ouvre la fameuse boĂźte de Pandore des vices, Pandora and the Flying Dutchman, avec la mythique Ava Gardner dans le rĂŽle de l’hĂ©roĂŻne qui, par son sacrifice, trouve Ă  la fois sa rĂ©demption et celle du capitaine maudit. Un film plus rĂ©cent, Pirates des CaraĂŻbes, en 2003, s’en tient au strict vaisseau fantĂŽme.

Mais Heine, Ă  la damnation Ă©ternelle du Hollandais ajoute un Ă©lĂ©ment sentimental essentiel : le Hollandais damnĂ© a le droit de faire port tous les sept ans et seule la fidĂ©litĂ© absolue d’une femme peut lui apporter la rĂ©demption malheureusement, il a toujours Ă©tĂ© trahi dans son amour lorsqu’il met ses espoirs de rachat dans la derniĂšre, rencontrĂ©e, aprĂšs la tempĂȘte, dans le havre inespĂ©rĂ© d’un port norvĂ©gien. Chez Wagner, c’est Senta, dĂ©jĂ  vaguement amoureuse du portrait du capitaine de la lĂ©gende, qu’elle rĂȘvait ou inventait, fille d’un capitaine norvĂ©gien, Daland, qui n’hĂ©site pas d’emblĂ©e Ă  l’offrir en mariage contre les richesses du mystĂ©rieux Hollandais, bien qu’il l’ait dĂ©jĂ  promise Ă  Erik, dĂ©sespĂ©rĂ©.

 

 

 

LA RÉALISATION MARSEILLAISE

 

TransposĂ©e du cadre grandiose d’Orange dans la salle plus intime de l’OpĂ©ra de Marseille, cette production passe d’une Ă©chelle mythique, Ă©pique, Ă  une dimension domestique, poĂ©tique : du grand large Ă  l’horizon bornĂ© du port de la salle. Il faut, certes, Ă©vacuer les images d’Orange pour resituer Ă  sa place, sur le plateau marseillais, cette immense Ă©trave de navire (Emmanuelle Favre), comme trouĂ©e des deux yeux des Ă©cubiers, cette proue, proie des flots rejetĂ©e sur la rive, d’abord Ă©peron rocheux inquiĂ©tant. Occupant, accaparant tout le champ du regard, sa dĂ©mesure, ici, donne malgrĂ© tout la mesure extraordinaire de l’histoire, sa dimension onirique, rĂȘve ou cauchemar, tĂ©moin omniprĂ©sent, fantasme de l’hĂ©roĂŻne en proie Ă  son dĂ©lire lyrique, Ă©rotique et sentimental, Ă  ses visions. Son obsĂ©dante prĂ©sence trop centrĂ©e ne laisse qu’un mince espace Ă  jardin, comme une impossible Ă©vasion, Ă  une vue de mer en furie puis apaisĂ©e, ensuite Ă  un fond de bĂątiment industriel pour l’acte II des fileuses, Ă  un ponton en perspective de fuite Ă  la fin. La maĂźtrise de cet espace resserrĂ© est Ă  la mesure de celle de Charles Roubaud, Ă  l’aise dans l’immensitĂ© d’Orange, intimiste ici pour cerner au mieux ces personnages humains dans l’inhumanitĂ© d’une lĂ©gende ou tragĂ©die de la rĂ©volte d’un homme contre le silence Ă©ternel et cruel de la divinitĂ©, avide toujours de sacrifices.

Les lumiĂšres ombreuses plus que tĂ©nĂ©breuses de Marc DelamĂ©ziĂšre, crĂ©ent une troublante hĂ©sitation des formes grouillant vaguement dans les ombres, foule au mouvements de houle, marins vivants et viveurs dans une obscure clartĂ©, et, dans l’indĂ©cision du clair-obscur, de fantomatiques spectres alentis Ă  l’assaut de la carcasse morte. Dans cette indĂ©termination de la lumiĂšre variant de la nuit Ă  un jour douteux, Katia Duflot estompe d’une gamme brumeuse les costumes gamme brumeuse des hommes mais les robes annĂ©es 50 des femmes, rose, vert, jaune, bleu, gris clair, carreaux, dans la grisaille gĂ©nĂ©ralisĂ©e, semblent un rĂȘve de couleur dans un monde qui l’aurait perdue. Le Hollandais, long manteau d’époque indĂ©terminĂ©e, et Senta robe jaune clair de jeune fille sage, sont les deux seuls aurĂ©olĂ©s d’une vague lumiĂšre, avec Mary, robe souple Ă  col blanc sur le gris du corsage, comme personnage intermĂ©diaire finalement entre l’ombre du marin dont elle a apparemment chantĂ© la ballade, et la sacrificielle clartĂ© de la jeune fille romantique.

InterprĂ©tation. Des chƓurs, prĂ©parĂ©s minutieusement par Pierre Iodice aux pupitres de l’orchestre, apprĂȘtĂ©s soigneusement par le chef, en passant par le plateau, on sent, sans nulle faille, l’engagement de tous au service de cette Ɠuvre qui, sans rompre les amarres avec l’opĂ©ra de son temps, lui rendant mĂȘme un amoureux hommage, usant de formules de grands compositeurs lyriques, prĂ©figure l’Ɠuvre nouvelle Ă  venir de Wagner. Capitaine, pas encore au long cours dans cette relativement courte traversĂ©e wagnĂ©rienne, Lawrence Forster est le timonier qui guide savamment son orchestre Ă  travers les Ă©cueils nombreux de l’opĂ©ra, rĂ©cifs romanticoĂŻdes, sacralisation excessive de cette musique, tyranniquement imposĂ©e plus tard par Wagner lui-mĂȘme Ă  ses spectateurs, au risque de l’emphase frĂŽlant le pathos pĂąteux, le pompeux, le pompier : le pompant en somme. Il nous rend donc cette musique, telle quelle, naturelle, bien dans son temps, pleine de charme, de sourire mĂȘme, mouvante et Ă©mouvante. Il est le thaumaturge qui, d’un coup de baguette, dĂ©chaĂźne les tempĂȘtes de la mer et en apaise les flots, suivi par un orchestre ductile, aux cordes soulevĂ©es de vent, aux cuivres tempĂ©tueux ou Ă©trangement nimbĂ©s de lointaine brume.

Tout le plateau joue le joue avec un sensible plaisir, pour notre bonheur.

Le tĂ©nor Avi Klemberg, surgi de l’ombre, Ă©claire de sa lumineuse voix le rĂŽle apparemment ingrat du pilote, auquel il donne une qualitĂ© poĂ©tique, une jeunesse touchante dans sa rĂ©itĂ©ration Ă  l’invite du vent du sud. Si la grande voix de Kurt Rydl fait quelques vagues dans les notes tenues du premier acte, dans son air de basse bouffe donizettienne, il est inĂ©narrable, en barbon cupide mais pĂšre aimant, heureux, joyeux et nous avec lui, qui le retrouvons Ă©gal Ă  nos souvenirs. Pour la premiĂšre fois Ă  Marseille, le tĂ©nor Tomislav Muzek prĂȘte au personnage d’Erik, fiancĂ©, blessĂ©, la beautĂ© d’un timbre lumineux et la dignitĂ© expressive d’une victime injustement sacrifiĂ©e.

Marie-Ange Todorovitch donne au rĂŽle de Marie sa prestance et son aisance scĂ©niques, la chaleur d’un timbre veloutĂ© qu’elle rend Ă  la fois maternel et angoissĂ© face aux bouffĂ©es dĂ©lirantes, diraient les psychanalystes, de Senta. Clytemnestre grandiose, elle retrouve, sa ChrysothĂ©mis, une Ricarda Merbeth, applaudie Ă  ses cĂŽtĂ©s, ovationnĂ©e ici pour la tenue impeccable d’un chant se jouant des gouffres et sommets des intervalles comme des crĂȘtes de vagues  monstrueuses, sans rien perdre de la beautĂ© blonde d’une voix sans faille, rendant sensible la ferveur, la fiĂšvre, l’exaltation de sa nĂ©vrose sacrificielle. Comme l’a voulu le metteur en scĂšne, on la sent entre rĂȘve, dĂ©lire et hallucination. À ses cĂŽtĂ©s, rĂ©vĂ©lation Ă  Marseille, Samuel Youn, superbe baryton-basse, dĂ©ploie la beautĂ© vocale d’un timbre d’airain, aux aigus acĂ©rĂ©s, peut-ĂȘtre trop pour un Hollandais sensible, maudissant sa malĂ©diction, attendri par l’amour et prĂȘt Ă  tous les naufrages.

Opéra de Marseille, les 21, 24, 26 et 29 avril 2015
Die fliegende HollÀnder de  Richard Wagner

ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille et Orchestre de l’OpĂ©ra de Marseille
Direction musicale : Lawrence Foster
Mise en scÚne : Charles Roubaud (Assistant : Bernard Monforte).

Décors : Emmanuelle Favre (Assistant :  Thibault Sinay).

Costumes : Katia Duflot.

LumiÚres : Marc DelaméziÚre (Assistant : Julien Marchaisseau).

Distribution :

Senta : Ricarda Merbeth ; Marie : Marie-Ange Todorovitch ; Le Hollandais :  Samuel Youn ;  Erik : Tomislav MuĆŸek ; Daland : Kurt Rydl ; Seuermann : Avi Klemberg.

LIVRES. Philippe André. Les deux mages de Venise, roman. Editions Le Passeur (2015)

philippe-andre-les-deux-mages-de-venise-classiquenews-compte-rendu-critique-fevrier-mars-2015LIVRES. Philippe AndrĂ©. Les deux mages de Venise, roman. Editions Le Passeur (2015). Wagner est mort Ă  Venise en 1883, c’est connu. Et il avait reçu, trois mois avant,  la visite de son beau-pĂšre, Liszt, « installé » pendant deux mois au Palais Vendramin, la rĂ©sidence de Richard, Cosima et l’enfant Siegfried. Qu’ont-ils fait, hormis se retrouver et parfois se chamailler ? Philippe AndrĂ© leur invente de « nouvelles aventures » dans une Venise hivernale et fantasmagorique. C’est, adossĂ© Ă  la science musicologique du spĂ©cialiste schumanno-lisztien, la nouveautĂ© des Deux Mages, un passionnant « romansonge ». Question et rĂ©ponse de la duchesse : « Aimez-vous  Wagner ? », eĂ»t pu demander en toute fausse candeur la duchesse de Sagan. C’te question ! Naturlich, ma biche ! J’insiste, pourtant : aimez, et je souligne the question qui n’est pas to be or not to be. Bien sĂ»r qu’il est, Wagner, d’une essence irrĂ©fragable, plus ĂȘtre que lui on n’en fait plus. Mais j’ai demandé   : aimez. Il est permis de nuancer votre answer
Alors, vous me mettez plus Ă  l’aise. Je sais  ce que cette Oeuvre Totale  apporte Ă  l’histoire de la musique et des arts. Et puis  vous dites qu’on a droit au  clivage ?  Lohengrin, Tannhauser, Tristan, Parsifal, trois fois oui. Pour  la Bande des Quatre organisĂ©e en TĂ©tralogie, franchement, vous repasserez . And  Herr Richard Wagner himself, pas mieux ? Encore plus franchement, danke schön ! MĂȘme quand il joue son ultime rĂŽle dans Der Tod in Venedig ? Faut ben mourir quĂ©qu ’ part !

R.W. Ă  sa personne parlant

Wagner en DVD ...Donc si vous n’avez pas la foi wagnĂ©rienne, ne faites pas semblant de croire pour  bientĂŽt  super-croire. Mais laissez-vous convaincre d’aller faire un tour dans les quartiers les plus perdus de la SĂ©rĂ©nissime, en hiver 1882-83. GuidĂ© par R.W. Ă  sa personne parlant – comme toujours – mais aussi adressant Ă  sa chĂšre Cosima une sorte de journal-intime-jours-sombres, pour raconter l’incroyable bordĂ©e mĂ©taphysique qu’il aurait  menĂ©e lĂ -bas avec son beau-pĂšre, un certain Franz Liszt, l’éblouissant compositeur- ami  devenu curĂ©-sans-paroisse  mais toujours en quĂȘte d’imaginaire.  Et devinez qui vous aurez pour guide et porte-parole ? Un  lisztien par excellence, dont ici mĂȘme nous louĂąmes les ouvrages savants sur AnnĂ©es de PĂšlerinage et Suite, musicien au demeurant praticien-psy qui vient aussi d’investiguer sur la paralysie gĂ©nĂ©rale de Schumann. Le Docteur Philippe AndrĂ©, sans doute pour se dĂ©lasser du culte schumanno-lisztien, cĂšde aux dĂ©mons de la Fantasie hoffmanienne : Ă©tiquetant « mages » les deux » VĂ©nitiens » d’adoption au crĂ©puscule de leur prodigieuse vie, il les fait basculer de l’autre cĂŽtĂ© du miroir dans l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© que se permet parfois l’écriture  scientifique dont la rigueur expĂ©rimentale aurait  Ă©tĂ© mise en congĂ© payĂ© par un tour-operator de roman.

Le p’tit  Siegfried

LISZT nadar 1886 Franz_Liszt_by_Nadar,_March_1886Le point de dĂ©part est on ne plus historique, et vous en trouverez le rĂ©cit au 4e chapitre de Nuages Gris (Ă©d.Le Passeur) : Liszt a bien sĂ©journĂ© « chez » les Wagner au Palais Vendramin, du 19novembre 1882 au 13 janvier 1883. Il y a jouĂ© au whist, au piano, Ă  l’inĂ©puisable mais intermittente amitiĂ©, Ă  la fonction grand-paternelle (le p’tit Siegfried, fruit d’amour fou  entre Richard et  Cosima  qui avait ainsi envoyĂ© au dĂ©sespoir son exemplaire Ă©poux Hans de Bulow), et en cette famille recomposĂ©e tout n’était pas que roses, donc  on s’est  chamaillĂ©, fait la gueule, rĂ©concilié . A partir  de ce substrat non contestĂ©, Les Deux Mages dĂ©rape avec dĂ©lices en imaginaire. Les deux amis – bien que devenus beau-pĂšre et gendre, ils sont quasiment « du mĂȘme Ăąge » – entrent en « mentir-vrai » et « romansonge », comme  titrerait la nĂ©buleuse aragonienne. « C’est moi qui rĂȘve. J’ai piquĂ© du pif au bout du compte. Je dors. Je rĂȘve. Tout cela c’est moi qui le rĂȘve. Tout ceci ce n’est pas la vie de ThĂ©odore , c’est ma mienne. Rien de tout  cela n’a pu se passer en 1815
. » : c’est ce qu’avouait  en galopant avec  GĂ©ricault son « historien » de 1959 dans La Semaine Sainte


Tribu miltonienne et Nocturnes hoffmaniens

CLIC D'OR macaron 200Certes  on eĂ»t pensĂ© davantage Philippe AndrĂ© journalintimier du cĂŽtĂ© de son cher Franz. Eh bien non, c’est en Wagner qu’il sort d’un angle de la Piazzetta, faisant d’ailleurs tenir Ă  son petit protĂ©gĂ© la moins protocolaire des langues modernisĂ©es et l’entraĂźnant dans les aventures vĂ©nitiennes les plus saugrenues. Quitte à  ce que R.W. soit menĂ© par le bout de la Fantasie, le beau-pĂšre « inventant » pour son gendre plus rĂ©ticent  les buts de promenades qui accouchent de situations de plus en plus hallucinatoires. « Ici  le temps devient espace », et vice-versa ; le rĂ©el moins vrai –et dĂ©sirable ? -que le fantasmĂ©. On rencontre sortie des pĂ©rĂ©grinations italiennes de l’Angleterre rebelle XVIIe  une  tribu miltonienne – dans la famille du Paradis Perdu, je demande le pĂšre et puis aussi  les filles -, on dĂ©couvre une galĂšre « dĂ©carcassĂ©e » qui selon Franz ferait une merveilleuse salle de thĂ©Ăątre moderne, des allusions Ă  un grand trou qui pourrait ĂȘtre un cercle infernal de Dante, et ce n’est que prĂ©face Ă  l’embardĂ©e  la plus folle, une entrĂ©e en « Nocturnes  Ă  la maniĂšre de Callot », oĂč le savant Spallanzani, recrĂ©ateur lisztien d’Olympia, « emprisonne » dans l’Ɠil de sa poupĂ©e diabolique une Cosima qui n’en demandait pas tant


Haarghh !

Richard se dĂ©mĂšne en Ă©rotisé  hoffmannien (il  est ultra-sensible aux  deux « jolis globes » de l’automate, voire Ă  sa « coquille »), malgrĂ© lui ? ou pour mieux exciter  la jalousie de sa Cosima ?), et surtout il mĂšne dialogue rĂ©itĂ©ratif avec un Kobold, figure du tourmenteur qui lui laisse bien peu de rĂ©pit du cĂŽtĂ© de l’angine de poitrine, ce dont il mourra bientĂŽt. Et lĂ , il se lĂąche  dans le discours, parsemant ses phrases d’une interjection souffrante (« haarghh ! »,un Ă©cho du  « hojoho  walkyrien ? )qui nous ramĂšne aux temps de la BD-Dargaud, de formules familiĂšres (« à ch
, aussi sec ,  c
ries », impact boom, du balai ! lefion
, vacherie, dĂ©bectant  ou  vioque » ) parfois teintĂ©es de rythme cĂ©linien
 Le comble du paradoxe est atteint lorsque Richard « appelle » en un flux extasiĂ© (devenant parfois injurieux ou prosaĂŻque : « fous le camp dans ta cuisine, reste aux fourneaux ») son  indispensable  Cosima,(« ma passerelle pour l’éternitĂ©, mon anĂ©antissement en si majeur » ),tout comme – peut-ĂȘtre ? – le romantique Kleist « rebaptisait » son Henriette Vogel  (qui le lui rendait aussitĂŽt) dans les lettres qu’ils Ă©changĂšrent avant leur suicide en duo
à moins que ce ne soit aussi une allusion Ă  « L’Union Libre » oĂč Breton gĂ©ographise les blasons du corps de la femme
.

Filochard et Croquignol

De mĂȘme oscille-t-on entre ces visions poĂ©tisĂ©es du parcours vĂ©nitien et les silhouettes rigolotes de la virĂ©e Filochard (R.W.)- Croquignol (F.L.), la rĂ©fĂ©rence  sublimissime de la Femme Eternelle de R.W. et  la vie embourgeoisĂ©e Ă  Vendramin, cette grande Villa-Cosima-pieds-dans-l’eau, les Ă©clairs de luciditĂ© richardiens (« la boucler est peut-ĂȘtre le plus grand dĂ©fi fait Ă  moi-mĂȘme dans cette suite d’évĂ©nements ») et la surditĂ© de qui ne comprend rien au minimalisme pianistique du beau-pĂšre en train d’inventer une autre « musique de l’avenir ». Car les rapports au rĂ©el d’histoire musicale sont aussi là : du PromĂ©thĂ©e dĂ©chaĂźnĂ©, des « nuages gris », du parlĂ©-chantĂ©, « disastro », du « lancer mon  javelot dans les espaces indĂ©finis », des csardas macabres, des lugubres gondoles qui  ne peuvent faire illusion. De mĂȘme que les manifestations d’un amour-haine perpĂ©tuel entre un  beau-pĂšre et un gendre peu avare de considĂ©rations inactuelles sur le vieux Liszt, « échassier hydropique »,  ses cigares et ses verrues, et qui dĂ©barque du train en pleine odeur de « Wanderer Ă  nuisances olfactives 2nde classe ».

Retrouvailles lyriques

 Mais cela cĂšde Ă  du pur lyrisme de retrouvailles entre « amis sublimes », au dĂ©tour d’une promenade  dans Venise embrouillardĂ©e. Et puis il y a le rĂ©cit – les musiciens en tournĂ©e de banlieue  en sortiront  « m.d.r » ! – de Liszt qui dĂ©zingue  les affĂ©teries  bondieusardes d’un jeune organiste en mal  de compliments
.(« jamais je n’ai entendu rythmes plus appropriĂ©s aux hĂŽtels de prostitution et claques somptueux
. ») . Curieux blocages – superstitieux ? – aussi de Richard  avouant Ă  son « Isolde de  vie ou de mort » que justement il ne prononcera plus ce dernier mot, lui qui en veut au beau-pĂšre d’avoir « sombrĂ© dans les bigoteries qui l’ont perdu comme homme et surtout comme musicien ».

Le Wanderer a-t-il perdu la mémoire ?

Tiens, en chemin, le Wanderer, il a perdu la mĂ©moire de ses barricades bakouniniennes en 1849, quand il militait Ă  Dresde pour la rĂ©volution ? Ensuite, de ses errances pourchassĂ©es par les polices « anti-terroristes » de l’Ordre Monarchique, mais oĂč tout de suite il trouve Ă  Weimar refuge fraternel auprĂšs de Liszt  ? De sa soumission (1864), genou en terre, à  son Ange bavarois  Louis II , et de « ce qui s’en suivit », comme  intertitrent les romans de gare au XIXe : l’argent et l’or pour Ă©difier le Temple de Bayreuth, oĂč se cĂ©lĂšbrera le culte monothĂ©iste de RW ? ? Sans oublier ses vaticinations-libelles  mortifĂšres  (1850 ; puis sans remords ni retour en arriĂšre) sur « le judaĂŻsme dans la musique » ? Bref, il ne s’agirait plus Ă  Vendramin-House que des  « considĂ©rations d’un apolitique » rangĂ© des voitures,  dans une Venise la Rouge oĂč pas une gondole ne bouge ? Quant Ă  l’inconscient projeté  comme javelot dans les espaces du futur, n’y-a-t-il pas absence de prĂ©monition pour une Ă©poque oĂč son (prĂ©) nom  de Venise, Riccardo, ne sera plus dans Bayreuth un temps dĂ©sert (Ă©) par l’Ɠuvre Totale ?  Mais  on ne va tout de mĂȘme pas lui reprocher,  Ă  cet  « inconscient-là »,  le formatage de   son p’tit Siegfried pour mariage(1915)  avec une Frau Winifred tombant raide-dingue du Moustachu de Berchtesgaden-sous-Walhalla !  (Quel malheur, parfois, d’avoir un(e) gendre(sse) !  Mais au contraire futur, quel bonheur pour un VĂ©nitien comme Luigi Nono de se marier (1955) avec Nuria Schoenberg et d’avoir ainsi un sacrĂ© beau-pĂšre !)

Carnets du sous-sol  et Bavard

Bon, permis Ă  un mal-wagnero-compatible de dĂ©bloquer sur le divan, Dr. André ? Et repassons Ă  l’essentiel : avec les Deux Mages, nous tenons un « roman musical » de la plus haute et exigeante qualitĂ© en imagination et Ă©criture. Ce long et parfois imprĂ©visible monologue rappellera, en  son   principe d’ivre flux parolier, les Carnets du sous-sol  dostoievskien, ou le plus proche Bavard de L.R. des ForĂȘts. Et malgrĂ© les sautes d’une humeur provocatrice tirant aussi vers la rigolade, la coda (« Je me penche et je vois des Ă©toiles qui scintillent au fond du trou. Je plonge la tĂȘte la premiĂšre en poussant un lĂ©ger cri
Un cortĂšge d’étoiles mortes ondule dans le noir. ») signale, mine de rien, qu’un mois aprĂšs le dĂ©part  du beau-pĂšre, le gendre aura rejoint
mais quoi, le nĂ©ant ? C’était – miroir  de l’éblouissante lumiĂšre solaire du Turner en couverture – le dernier cadeau  de la SĂ©rĂ©nissime et aussi « tempĂ©-tueuse »  CitĂ© des Doges  Ă  ses hĂŽtes. On vous le disait, il y aura  toujours de la Mort Ă  Venise ! Mais encore : « mort(s) Ă  jamais » ?


LIVRES. Philippe AndrĂ©, Les Deux Mages de Venise, Ă©ditions Le Passeur (2015). Livre papier : 18,90 €, 140×205 mm, 256 pages. Date de parution : 12 fĂ©vrier 2015. LIRE aussi la critique du livre prĂ©cĂ©dent de Philippe AndrĂ© : « Robert Schumann, folies et musiques » (Le Passeur, 2014), CLIC d’octobre 2014 sur classiquenews.

Illustrations : Wagner, Liszt (DR)

Livres. Henri Christophe. Richard Wagner : L’Anneau du Nibelung (SymĂ©trie)

henri christophe l anneau du nibelung wagner traduction isbn_978-2-36485-026-2RĂ©digĂ©e au moment de la diffusion sur Arte en 1991 de la fameuse TĂ©tralogie du centenaire de Bayreuth (1876-1976) signĂ©e ChĂ©reau et Boulez, la mythique Ă©quipe française, la traduction d’Henri Christophe est Ă©ditĂ©e chez SymĂ©trie. Le texte a Ă©tĂ© composĂ© pour ĂȘtre lu sur les images de cette production, dans le temps imparti pour chaque sĂ©quence, dans la durĂ©e  du spectacle, selon les contraintes aussi pratiques (2 lignes de texte au bas de l’Ă©cran). Il en dĂ©coule une prosodie rapide, sĂ©quencĂ©e, aux images sensuelles et charnelles, aux Ă©clairs rĂ©flexifs qui engagent et dĂ©voilent tout un Ă©troit rĂ©seau de correspondances entre les tableaux, dans les strates du texte global. Le cerveau de Wagner n’a jamais Ă©tĂ© mieux compris dans une langue Ă  la fois prĂ©cise, violente, organique et flamboyante. C’est immĂ©diatement l’intelligence du dramaturge Wagner qui surgit, son sens du verbe, sa ciselure des portraits psychologiques et des situations.

Traducteur en 1991 pour Arte, Henri Christophe Ă©claire les facettes prosodiques du Ring

Wagner traduit : une révélation poétique

 

CLIC D'OR macaron 200Ne prenons que deux exemples parmi les plus denses et psychologiquement fouillĂ©s du Ring : extraits de La Walkyrie, le monologue de Wotan qui s’adresse Ă  sa fille chĂ©rie BrĂŒnnhilde et lui avoue son impuissance face aux arguments de l’Ă©pouse Fricka qui lui demande de rompre sa protection auprĂšs des Valse… Puis extrait du CrĂ©puscule des dieux : le dernier monologue de BrĂŒnnhilde, l’Ă©pouse trompĂ©e par Siegfried qui cependant frappĂ©e d’un discernement supĂ©rieur, comprend le sens profond de tout le cycle, pardonne Ă  celui qui l’a trahie, et restitue l’anneau maudit aux filles du Rhin…
D’une façon gĂ©nĂ©rale, le texte de Henri Christophe est direct, plus clair du point de vue des idĂ©es et des images formulĂ©s ; sĂ©quencĂ© en phrases courtes, il souhaite (mĂȘme si sa destination n’est pas d’ĂȘtre chantĂ©) reproduire le rythme du chant lyrique ; le dĂ©coupage qui en dĂ©coule semble suivre les mĂ©andres du continuum musical : Henri Christophe a Ă©coutĂ© chaque scĂšne musicale en formulant la taille, le dĂ©bit de ses traductions. Evidement indications scĂ©niques et didascalies n’Ă©tant pas indiquĂ©es entre parenthĂšses, le lecteur perd en comprĂ©hension scĂ©nique et visuelle, mais il gagne une proximitĂ© Ă©motionnelle avec chaque protagoniste que les autres textes Ă  la rĂ©daction plus contournĂ©e, n’offrent pas.
MĂȘme pour des non germanistes/germanophones, le travail de Wagner sur l’allitĂ©ration et non la rime, une saveur organique du langage qui convoque la prĂ©sence tangible des pulsions et forces psychique inspirĂ©es des mythes fondateurs qui l’ont tant portĂ© dans la conception globale de la TĂ©tralogie, s’impose : elle attise la lecture dans le feu des forces en prĂ©sence. Le jeu de Wagner est d’anticiper ou de se remĂ©morer, dilatation Ă©lastique et oscillante du temps qui fonde sa fascinante intensitĂ© : passĂ© et futur sont Ă©voquĂ©s presque simultanĂ©ment pour intensifier la perception du prĂ©sent (prolepses ou prĂ©visions, analepses ou flashback). La vision est dĂ©jĂ  cinĂ©matographique et l’on repĂšre dans la construction du maillage linguistique ainsi restituĂ©, les filiations et les correspondances multiples du texte, conçu comme un seule et mĂȘme Ă©toffe qu’on la prenne Ă  son commencement comme Ă  sa fin…

Les idĂ©es prĂ©conçues tiennent bon, or si certains s’entĂȘtent Ă  regretter les faiblesses du Wagner librettiste, force est de constater ici la puissance de son verbe, l’Ă©loquence de ses idĂ©es, la cohĂ©rence des imbrications dramatiques, le sens de l’impact dramaturgique. Tout cela restitue la force et la spĂ©cificitĂ© du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien, scĂšne plus psychique et politique que narrative et d’action : tout fait sens Ă  mesure que les situations se prĂ©cisent, que les confrontations accomplissent leur Ɠuvre. Le lecteur saisit enfin l’unitĂ© souterraine du cycle. Peu Ă  peu s’affirme la profonde impuissance des ĂȘtres ; ces dieux ambitieux, arrogants s’Ă©puisent dans l’exercice et le maintien absurde de leur pouvoir : la destinĂ©e de Wotan /Wanderer s’en trouve lumineuse ; un rĂ©sumĂ© du cycle entier : chacun tĂŽt ou tard doit assumer les consĂ©quences de ses actes. Au compositeur de dessiller les yeux des aveuglĂ©s. Gageons que le texte d’Henri Christophe accrĂ©dite enfin le principe Ă  prĂ©sent explicite d’un Wagner, librettiste affĂ»tĂ© voire gĂ©nial. C’est bien le moindre des apports de cette traduction heureusement Ă©ditĂ©e.

Henri Christophe. Richard Wagner : L’Anneau du Nibelung (Éditions SymĂ©trie). ISBN : 978 2 36485 026 2. 403 pages. 13,80€. FĂ©vrier 2015. Un texte d’introduction trĂšs documentĂ© rĂ©capitule l’histoire des traducteurs français de Wagner et aussi la chronologie des crĂ©ations de ses oeuvres dans l’Hexagone… Passionnant.

Barcelone. Siegfried de Wagner au Liceu

WAGNER EN SUISSEBarcelone, Liceu. Wagner : Siegfried. 11<23 mars 2015. Mise en scĂšne par Robert Carsen, cette production de Siegfried se concentre sur le 2Ăšme JournĂ©e de la TĂ©tralogie ou Ring de Wagner. Les enchantements de la fable Ă  laquelle se nourrit le Wagner conteur rĂ©alise ici une Ă©popĂ©e hĂ©roĂŻque et onirique qui rĂ©capitule aprĂšs l’ivresse amoureuse et compassionnelle de La Walkyrie (1Ăšre JournĂ©e), l’enfance du jeune hĂ©ros puis sa transformation en jeune adulte victorieux amoureux. La figure est Ă  l’origine de tout le cycle : on sait qu’au dĂ©but de son oeuvre lyrique, avant la conception globale en tĂ©tralogie, Wagner souhaitait mettre en musique le vie et surtout la mort de Siegfried. C’est en s’intĂ©ressant aux Ă©vĂ©nements qui prĂ©cĂšdent l’avĂšnement du hĂ©ros, que le compositeur tisse peu Ă  peu la matiĂšre du Ring (le prologue de L’Or du Rhin dĂ©voilant la rivalitĂ© de Wotan et des Nibelungen, la malĂ©diction de l’anneau et les sacrifices Ă  accepter / assumer pour s’en rendre mettre) : tout converge vers la geste du champion qui n’a pas peur, et le sens de ce qu’il fait, est, devient. Dans Siegfried, drame musical en 3 actes, s’opposent le forgeron Mime qui est aussi l’Ă©ducateur de Siegfried, et Siegfried. Le premier vit dans l’espoir de reforger l’anneau qui donne la toute puissance : c’est un ĂȘtre calculateur, fourbe, peureux. Ce qu’il forge l’enchaĂźne Ă  un cycle de malĂ©diction.

Geste amoureux, héroïque de Siegfried

Siegfried wagner barcelone liceu robert carsen josep pons classiquenews mars 2015A l’inverse, Siegfried, ĂȘtre lumineux et conquĂ©rant, forge sa propre Ă©pĂ©e, Nothung, instrument de son Ă©mancipation (qui est aussi l’ex Ă©pĂ©e de son pĂšre Siegmund) : avec elle, il tue le dragon Fafner, et suit la voix de l’oiseau intelligible qui le mĂšne jusqu’au rocher oĂč repose sa futur Ă©pouse, BrĂŒnnhilde, ex walkyrie, dĂ©chue par Wotan. Comme dans La Walkyrie oĂč se dĂ©veloppe le chant amoureux des parents de Siegfried (Siegmund et Sieglinde), Siegfried est aussi un ouvrage d’effusion enivrĂ©e : quand le hĂ©ros bientĂŽt vainqueur du dragon, s’extasie en contemplant le miracle de la nature soudainement complice et protectrice (les murmures de la forĂȘts). En portant le sang de la bĂȘte Ă  ses lĂšvres, il est frappĂ© de discernement et d’intelligence, vision supĂ©rieure qui lui fait comprendre les intentions de Mime… qu’il tue immĂ©diatement : on aurait souhaitĂ© que dans le dernier volet, Le CrĂ©puscule des dieux, Siegfried montrĂąt une intelligence tout aussi affĂ»tĂ©e en particulier vis Ă  vis du clan Gibishungen… mais sa naĂŻvetĂ© causera sa perte.
Pour l’heure, aprĂšs l’accomplissement du prodige (tuer le dragon, prendre l’anneau), Siegfried dĂ©couvre au III, l’amour, rĂ©compense du hĂ©ros mĂ©ritant : et Wagner, peint alors un tableau saisissant oĂč Siegfried dĂ©couvre BrĂŒnnhilde sur son roc de feu, puis l’enlace en un duo Ă©perdu, digne des effluves tristanesques, au terme duquel, le fiancĂ© remet Ă  sa belle, l’anneau maudit. Dans Siegfried, se prĂ©cise aussi la rĂ©alisation du cycle fatal : au dĂ©but du III, le dieu si flamboyant dans L’Or du Rhin, Wotan : manipulateur (piĂ©geant honteusement avec Loge, le nain AlbĂ©rich), brillant bĂątisseur (du Wallhala), nĂ©gociateur (avec les gĂ©ants), se dĂ©couvre ici en “Wanderer” (voyageur errant), tĂȘte basse, Ă©puisĂ©, usĂ©, renonçant au pouvoir sur le monde : la chute assumĂ©e de Wotan est criante lorsqu’il croise la route du nouveau hĂ©ros Siegfried dont l’Ă©pĂ©e dĂ©truit la vieille lance du solitaire fatiguĂ©… Tout un symbole. De sorte qu’Ă  la fin de l’ouvrage, la partition est portĂ©e Ă  travers le duo des amants magnifiques (Siegfried / BrĂŒnnhilde) par une espĂ©rance nouvelle : Siegfried ne serait-il pas cette figure messianique, annonciatrice d’un monde nouveau ? C’est la clĂ© de l’opĂ©ra. Mais Wagner rĂ©serve une toute autre fin Ă  son hĂ©ros car l’anneau est porteur d’une malĂ©diction qui doit s’accomplir : tel est l’enjeu de la 3Ăšme JournĂ©e du Ring : Le CrĂ©puscule des dieux.

boutonreservationSiegfried de Wagner
Barcelone, Gran Teatro del Liceu
7 représentations : les 11,13,15,17, 19, 21 et 23 mars 2015

Josep Pons, direction
Robert Carsen, mise en scĂšne
Lance Ryan / Stefan Vinke (Siegfried)
Peter Bronder (Mime)
Albert Dohmen (Wotan/der Wanderer)
Oleg Bryjak (Alberich)
Irene Theorin (BrĂŒnnhilde)
Ewa Podles (Erda)…

Le Ring de Wagner Ă  Munich

wagner-ring-tetralogie-582-612Munich. Wagner : Le Ring. Du 20 fĂ©vrier au 29 mars 2015. Le Bayerisches Staatsoper de Munich, dans la capitale bavaroise affiche l’intĂ©gralitĂ© de la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne dans la rĂ©alisation du duo Kirill Petrenko chef d’orchestre) et Andreas Kriegenburg (rĂ©gie, mise en scĂšne). Dans l’ordre, L’or du Rhin pour le prĂ©lude, puis les 3 journĂ©es : La Walkyrie, Siegfried enfin Le CrĂ©puscule des dieux.  Soit 13 soirĂ©es wagnĂ©riennes. le cycle peut ĂȘtre Ă©coutĂ© dans la quasi continuitĂ© les 22,23,26 et 29 mars 2015. Production dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e en 2012.

Wagner 2014 : Le Ring nouveau de BayreuthLa TĂ©tralogie raconte sur le registre Ă©pique et universel l’accomplissement de la barbarie et de l’indignitĂ© humaine sur le monde et les hommes. L’ĂȘtre intelligent et faux bĂątisseur (Wotan) construit sa propre perte en imposant ses rĂšgles : manipulation, vol, tyrannie, impĂ©rialisme. Avide et vĂ©nal, le Dieu des dieux se montre parfaitement indigne de son prestige. Pour dĂ©rober l’autoritĂ© qu’il prĂ©tend dĂ©tenir, il a perdu un oeil et s’est taillĂ© une lance dans le bois du hĂȘtre primordial… Ici le pouvoir rend fou et l’amour de l’or, totalement inhumain. Dans L’or du Rhin, l’or pur du fleuve garant de l’Ă©quilibre naturel est dĂ©robĂ© par Alberich, Ă  son tour dĂ©possĂ©dĂ© par… Wotan lequel pour Ă©difier son palais du Walhalla, trompe abusivement les GĂ©ants. A la fin du Prologue, Wotan et sa clique divine monte au sommet : image de l’orgueil dĂ©mesurĂ©, leur ascension annonce dĂ©jĂ  leur chute.
Dans La Walkyrie paraĂźt l’amour, celui du couple Siegmund et Sieglinde, les parents du hĂ©ros Ă  venir : Siegfried. Ils sont tous les deux sacrifiĂ©s sur l’autel du cynisme de Wotan : mais sa propre fillle, la Walkyrie BrĂŒnnhilde ose braver l’ordre du pĂšre. Sieglinde pourra enfanter le hĂ©ros Ă  naĂźtre, mais elle perdra son statut et deviendra simple mortelle, protĂ©gĂ©e par un rideau de feu.
Siegfried raconte l’enfance du hĂ©ros attendu. Comment Alberich son tuteur lui cache sa nature exceptionnelle et mourra sous la lame de son Ă©pĂ©e. Le hĂ©ros qui ne connaĂźt pas la peur, assassine le dragon : il peut rejoindre la Walkyrie sur son rocher pour l’Ă©pouser…
Dans le CrĂ©puscule des dieux, la prophĂ©tie s’accomplit et Wotan doit cĂ©der la place Ă  Siegfried. Pourtant, ce dernier trop naĂŻf et manipulable se laisse berner par le clan de Gibishungen : il trahit BrĂŒnnhilde, et meurt honteusement Ă  la suite d’un complot : sa mort puis l’ample monologue de BrĂŒnnhilde annonçant une Ăšre nouvelle sont les deux temps forts d’une partition parmi les plus rĂ©ussies de tout le cycle.

La Tétralogie wagnérienne à Munich
Der Ring des Nibelungen

agenda
L’or du Rhin,  Das Rheingold
Les 20,27 février puis 11 et 22 mars 2015

La Walkyrie, Die WalkĂŒre
Les 28 février puis 6,14,23 mars 2015

Siegfried
Les 8,16,26 mars 2015

GötterdÀmmerung
Les 20 et 29 mars 2015

Illustrations : Odin par Arthur Rackham, Richard Wagner (DR)

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra de Paris, le 20 novembre 2014. Engelbert Humperdinck : Hansel et Gretel. Andrea Hill, Bernarda Bobro, Imgard Vilsmaier, Doris Lamprecht, Jochen Schmeckenbecher
 Orchestre et choeur d’enfants de l’OpĂ©ra de Paris. Yves Abel, direction. Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne

humperdinck-palais-garnier-paris-nov-dec-2014-operaOpĂ©ra incontournable du NoĂ«l outre-Rhin, l’opĂ©ra fĂ©erique Hansel et Gretel d’Engelbert Humperdinck, sur le livret d’Adelheid Wette d’aprĂšs le cĂ©lĂšbre conte des frĂšres Grimm, revient Ă  l’OpĂ©ra National de Paris un an aprĂšs son entrĂ©e au rĂ©pertoire de l’illustre maison. En 2013, soit 120 ans aprĂšs la crĂ©ation de l’Ɠuvre, Mariame ClĂ©ment signe la mise en scĂšne qui est reprise cette saison. Le chef Yves Abel assure la direction musicale de l’orchestre et d’une distribution des chanteurs-acteurs d’une qualitĂ© remarquable.

 

 

 

délectable et joyeux mélange de lourdeur et de légÚreté

 

humperdinck_03Engelbert Humperdinck (1854 – 1921) a composĂ© plusieurs Ɠuvres lyriques, la premiĂšre et la plus cĂ©lĂšbre aujourd’hui est HĂ€nsel und Gretel, « festival sacrĂ© pour les enfants ». Sa composition est plutĂŽt accidentelle au dĂ©but. En fait, Humperdinck commence des Ă©tudes d’architecture Ă  l’universitĂ© de Cologne quand le compositeur Ferdinand Hiller le convainc de se consacrer Ă  la composition. En 1879, il gagne le Prix Mendelssohn qui lui permet de sĂ©journer en Italie oĂč il rencontre Richard Wagner ; ce dernier, par la suite l’invite Ă  Bayreuth pour l’assister Ă  la prĂ©paration de Parsifal (NDLR: crĂ©Ă© en 1882). Humperdinck avait composĂ© des Ɠuvres chorales et orchestrales, mais tient en fait un poste de professeur de musique quand sa sƓur Adelheid Wette lui demande d’Ă©crire 4 chansons pour la piĂšce pour enfants qu’elle a Ă©crit d’aprĂšs le conte de Hansel et Gretel des frĂšres Grimm. Au dĂ©but rĂ©ticent, le compositeur finit par ĂȘtre si fascinĂ© par l’histoire qu’il crĂ©e une partition lyrique intĂ©grale qu’il envoie Ă  Richard Strauss pour recueillir son avis. Strauss rĂ©pond Ă  Humperdinck : « Ton opĂ©ra m’a enchantĂ©. C’est vĂ©ritablement un chef d’oeuvre ; il y a longtemps que je n’avais pas vu un ouvrage d’une telle importance. J’admire la profusion mĂ©lodique, la finesse, la richesse polyphonique de l’orchestration (
) tout cela est neuf, original, vraiment allemand. ».

En effet, Humperdinck se sert de l’orchestre romantique wagnĂ©rien et des procĂ©dĂ©s musicaux que Wagner a popularisĂ©, pour mettre en musique le conte fantastique du frĂšre et de la soeur perdus dans la forĂȘt et sĂ©questrĂ©s par une sorciĂšre qui veux les manger. Pour se faire, il se sert des sources folkloriques, des rythmes dansants et des thĂšmes de contines. Le succĂšs incontestable repose sur l’Ă©criture savante, complexe, sans aucune concession, mais qui demeure accessible par la riche inspiration mĂ©lodique issue des musiques populaires. Une façon d’Ă©quilibrer les extrĂȘmes, d’un cĂŽtĂ© l’aspect sombre et psychologique du conte, qui gagne en puissance dramatique grĂące Ă  l’orchestre ; de l’autre, la naĂŻvetĂ©, la magie, les jeux de l’enfance imaginĂ©e, Ă©voquĂ©s continĂ»ment par le chant.

hansel gretel opera garnier 2014Impossible qu’une telle Ɠuvre laisse le public parisien indiffĂ©rent, si attirĂ© par la psychanalyse et si wagnĂ©rien, mais aussi tellement amateur de clartĂ© et de lĂ©gĂšretĂ©. Dans ce sens, l’Ɠuvre de Mariame ClĂ©ment s’accorde savamment Ă  l’opus, ma non troppo. Avec sa scĂ©nographe fĂ©tiche Julia Hansen, elle prĂ©sente l’action du point de vue des enfants. Le dĂ©cors unique de la maison scindĂ©e reprĂ©sente trĂšs directement l’idĂ©e omniprĂ©sente du dĂ©doublement. Nous avons droit alors Ă  la « rĂ©alité » et Ă  la vĂ©ritĂ© des enfants, au mĂȘme plan, mais en parallĂšle, sĂ©parĂ© par les arbres anonymes de la forĂȘt lĂ©gĂšrement Ă©voquĂ©e. Une idĂ©e qui a le bizarre potentiel de faire couler des litres d’ancre ou absolument rien du tout, puisque qui pourra faire un jugement de valeur de l’enfance, d’une enfance, de la pĂ©riode la plus fantasmĂ©e et idĂ©alisĂ©e de l’imaginaire collectif ? Comme souvent chez la jeune metteure en scĂšne, le travail d’acteur est remarquable, et le parti pris esthĂ©tique, souvent trĂšs intellectuel, est tout Ă  fait rĂ©ussi.

La chevauchĂ©e humoristique de la SorciĂšre au 3Ăšme acte, avec ces clones dansant le cabaret, est d’une justesse non nĂ©gligeable, en ce qui concerne la musique et le texte, et surtout trĂšs divertissant. Les jeux des perspectives est parfois utilisĂ© de façon humoristique Ă©galement, comme lorsque la SorciĂšre nourrit le petit Hansel prisonnier dans une chambre Ă  faire friser les arachnophobes (clin d’Ɠil aux araignĂ©es de l’artiste Louise Bourgeois). Si le propos si sympathique de ClĂ©ment se distingue par son inscription Ă©vidente dans l’Ă©poque actuelle (grĂące Ă  l’approche cinĂ©matographique et Ă  la diffĂ©rence des mises en scĂšnes passĂ©istes et nĂ©o-avant-gardistes si courantes), sa rĂ©alisation laisse parfois perplexe.

Au point qu’il existe presque parfois un dĂ©calage trop flagrant entre les deux rĂ©alitĂ©s prĂ©sentĂ©es … C’est comme si un effet miroir (et donc d’imitation prĂ©cise) Ă©tait recherchĂ©, et pourtant jamais rĂ©ussi ; ailleurs les diffĂ©rences sont si clairement explicitĂ©es, souvent par le dĂ©cor seul, que cela doit ĂȘtre fait exprĂšs. Par moment,  il se passe beaucoup de choses sur le plateau, ceci n’enlĂšve rien Ă  la musique ni au texte, bien heureusement… mais qu’apporte concrĂštement cette agitation ?

NĂ©anmoins, globalement, il s’agit d’une production de grande valeur, dont l’apprĂ©ciation peu ĂȘtre mitigĂ©e, mais ne justifiant absolument pas les quelques huĂ©es vers l’Ă©quipe artistique pendant les saluts, des cris vulgaires qui ne font qu’enlaidir un palais de beautĂ©.

La musique, vĂ©ritable protagoniste de l’Ɠuvre, a sans doute eu l’effet Ă  la fois apaisant et enchanteur qu’on attendait. Hansel et Gretel sont interprĂ©tĂ©s par les jeunes Andrea Hill et Bernarda Bobro respectivement. Leur prestation est remarquable tous points de vue confondus. Leurs voix s’accordent d’une trĂšs belle façon, avec une facilitĂ© et un naturel qui rehaussent la fraĂźcheur de l’Ɠuvre.

Leurs nombreux duos repartis tout au long des trois actes sont un mĂ©lange de douceur champĂȘtre, de vivacitĂ©, d’humour, de tendresse, mais pas que. Les parents, quoi que moins prĂ©sents, sont tout aussi investis. Jochen Schmeckenbecher et Irmgard Vilsmaier sont trĂšs crĂ©dibles, le premier a un timbre presque solaire qui sied parfaitement Ă  l’image d’un pĂšre aimant ; la seconde, une allure et une couleur imposante d’humanitĂ©. La SorciĂšre de Doris Lamprecht a un je ne sais quoi typique des vilaines charmantes, un parti-pris qui ne plaĂźt pas Ă  tout le monde, mais que nous trouvons tout Ă  fait dĂ©licieux ! Dans ce sens sa performance est plus magnĂ©tique qu’Ă©lectrisante, et tant mieux, puisque sa musique, en dĂ©pit de la pesanteur wagnĂ©rienne, est de nature folklorique et populaire.

Remarquons Ă©galement le Petit Bonhomme RosĂ©e d’Olga Seliverstova, pour ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris, pĂ©tillant, ou encore les petits chanteurs de la MaĂźtrise des Hauts-de-Seine et du Choeur d’enfants de l’OpĂ©ra National de Paris qui rĂ©alisent un sommet de tendresse Ă  la fin du troisiĂšme et dernier acte. Le chef Yves Abel, quant Ă  lui, trouve un Ă©quilibre idĂ©al entre le plateau et l’orchestre. Un fait pas du tout anodin tenant en compte les spĂ©cificitĂ©s de la partition. DĂšs l’ouverture, la beautĂ© somptueuse et mystĂ©rieuse des cuivres et des bois, sous le fond des cordes modulantes trĂšs wagnĂ©rien, captive. S’enchaĂźne ensuite une sĂ©rie des chansons populaires allemandes plus ou moins transfigurĂ©es par Humperdinck. L’orchestre arrive Ă  Ă©tablir l’atmosphĂšre du conte, sombre et pesante, sans pour autant perdre en brio et en vivacité ! Les instrumentistes font preuve d’une complicitĂ© superbe qui se traduit par une performance pleine d’Ă©clat et des nuances.

humperdinck-palais-garnier-paris-nov-dec-2014-operaUn spectacle formidable, souvent savoureux, toujours tendre ; un plat de Noël gourmand et raffiné, à consommer sans modération au Palais Garnier, encore les 25 et 28 novembre ainsi que les 1er, 4, 9, 11, 14, 16, 18 décembre 2014.

Wagner : l’acte III de Parsifal

Richard Wagner 2013logo_francemusiqueFrance Musique. Le 23 novembre 2014, 20h30. Parsifal, Acte III. La Tribune des critiques de disques. Enjeux, dĂ©fis. Discographie. L’Acte III de Parsifal met en scĂšne le retour victorieux de l’élu (Parsifal : « le chaste et fol qui ignore le pĂ©ché ») qui en revenant parmi les chevaliers du Graal, avec la lance qu’il a su dĂ©rober au magicien malĂ©fique Klingsor, rĂ©tablit l’espoir dans la communautĂ©. Parsifal touchĂ© par la souffrance d’Amfortas le guĂ©rit comme il accompagne le dernier souffle de Kundry, la pĂ©cheresse enfin comprise, pardonnĂ©e, graciĂ©e. Au coeur d’une humanitĂ© reconquise, Parsifal comme le Christ affirme la seule loi de l’amour et du pardon. C’est pourquoi beaucoup considĂšre l’ouvrage comme un rituel liturgique, un festival sacrĂ© oĂč tout applaudissement est sacrilĂšge… L’opĂ©ra s’achĂšve dans une priĂšre finale. Pour son ultime opĂ©ra (crĂ©Ă© Ă  Bayreuth en juillet 1882 sous la direction de l’excellent Hermann Levi), Wagner puise auprĂšs de trois sources : Perceval le Gallois de ChrĂ©tien de Troyes, Parsifal de Wolfram von Eschenbach, enfin le cycle des rĂ©cits arthuriens dĂ©posĂ©s dans le Mabinogion. Le compositeur fidĂšle Ă  ses convictions profondes enracinĂ©es autour du pessimisme, de la culpabilitĂ© et de la malĂ©diction du genre humain, choisit, associe, combine les Ă©lĂ©ments divers pour concevoir une scĂšne « sacrĂ©e », oĂč pĂšsent de tous leurs symboles, les Ă©lĂ©ments de la passion chrĂ©tienne : plaie ouverte et coulante du roi Amfortas Ă©puisĂ©, extĂ©nuĂ©, incapable de servir l’office (au cours de la longue messe qui clĂŽt le I) ; signe de la croix de Parsifal quand il vainc les enchantements diaboliques de Klingsor au II ; figure ascensionnelle de Kundry, crĂ©ature Ă  la solde du magicien noir puis figure du pardon et de la rĂ©demption au III
 Jamais Wagner n’aura Ă  ce point dĂ©velopper la riche texture de son orchestre, un orchestre souverain qui dilate et suspend le temps, rĂ©organise la mĂ©moire, intensifie la conscience aussi, rĂ©vĂšle aux auditeurs spectateurs ce qui ne pouvait ĂȘtre dit jusque lĂ . La force de Parsifal, surtout dans l’acte III, c’est la magie d’un spectacle total au service d’une mystique humaniste dont le message est l’amour et l’espoir.

Wagner et les juifs

Richard WagnerARTE. Wagner et les juifs. Dimanche 9 novembre 2014, 17h30. Le compositeur Richard Wagner entretint avec les juifs des rapports plus riches et plus complexes que ce que peuvent laisser croire ses positions antisĂ©mites. La question est : Wagner fut-il plus antisĂ©mite que ces contemporains ? L’antisĂ©mitisme de Richard Wagner Ă©tait de notoriĂ©tĂ© publique et pourtant, certains de ses mĂ©cĂšnes les plus ardents Ă©taient de confession juive. Dans ce documentaire, le rĂ©alisateur amĂ©ricain Hilan Warshaw se penche sur les rapports complexes qu’entretenait Wagner avec les juifs et raconte les histoires Ă©difiantes d’Hermann Levi, le chef juif qui entendait comme personne la musique de son divin mentor, et celle de Carl Tausig, qui comptaient parmi ses collaborateurs les plus proches. Hilan Warshaw s’est rendu en Allemagne, en Suisse et en Italie, oĂč le compositeur a vĂ©cu et travaillĂ©. Au fil d’extraits d’opĂ©ra, Ă  l’appui de nombreux interviews de personnalitĂ©s, il aborde une question qui fait controverse : peut-on jouer les Ɠuvres de Richard Wagner en IsraĂ«l ? Le chef israĂ©lo-palestinien Daniel Barenboim ne s’encombre pas d’un tel cas de conscience : pour lui, le message d’amour et de compassion fraternel qui Ă©mane du Ring et la magie hypnotique de l’opĂ©ra Tristan und Isolde, sommet du romantisme europĂ©en (1865) suffisent Ă  rĂ©pondre Ă  une « fausse question ». Pourtant, les opĂ©ras de Wagner sont toujours persona non grata en IsraĂ«l


arte_logo_2013ARTE. Wagner et les juifs. Dimanche 9 novembre 2014, 17h30. Documentaire de Michel Beyer et Steffen Herrmann (États-Unis, 2013, 52mn)

France Musique. Ce soir, L’Or du Rhin de Wagner, 20h (Bayreuth 2014)

Festspielhaus BayreuthFrance Musique. Ce soir, L’Or du Rhin de Wagner, 20h (Bayreuth 2014). Reprise du Ring 2013 Ă  Bayreuth 2014. Sous la direction de Kirill Petrenko, ardent chef lyrique, le drame cynique wagnĂ©rien saura-t-il nous sĂ©duire ? Wagner, compositeur dĂ©sespĂ©rĂ©, amer, de surcroĂźt incompris, conçoit une scĂšne barbare. S’il y convoque la fĂ©erie, ou plutĂŽt les personnages de la lĂ©gende (naĂŻades, nains, gĂ©ants, dieux…), c’est Ă  seule fin de les parodier pour mieux dĂ©voiler l’horreur d’un monde politisĂ© qui a perdu son harmonie originelle. Le cynisme que l’on dĂ©nonce souvent comme un dĂ©tournement de l’oeuvre, est donc inscrit dans la partition et son livret, (rĂ©digĂ© par Wagner) et l’on a tort d’exiger de la fĂ©erie, lĂ  oĂč elle n’apparaĂźt que dans un certain dessein. L’enjeu de L’Or du Rhin est d’autant plus essentiel qu’en tant que Prologue, l’ouvrage, -prĂ©ambule aux trois JournĂ©es suivantes-, pose clairement cadre, situations, enjeux et ambitions des personnages pour tout le cycle : ambition impĂ©rialiste de Wotan, manipulation gĂ©nĂ©rale dans un monde vouĂ© Ă  l’or et les tractations politiques… C’est pourtant le dĂ©but de la fin car mĂȘme s’il se fait livrer par les gĂ©ants dĂ©faits, son palais du Walhalla, Wotan a souhaitant prendre possession de l’univers, signe aussi son arrĂȘt de Wagner : le Ring du Bayreuth 2014mort… La production diffusĂ©e ce soir par France Musique a soulevĂ© bien des rĂ©actions plutĂŽt contraires, au point que pour la premiĂšre fois de son histoire, la colline verte prĂ©sentait le Ring sans avoir vendu toutes les places. La machine Bayreuth fait-elle encore rĂȘver ? On veut bien que le thĂ©Ăątre construit par Wagner propose la meilleure acoustique du monde … mais les voix souvent indignes et les mises en scĂšne trop dĂ©calĂ©es refroidissent les ardeurs pour y venir en masse. Alors faĂźtes comme nous, savourez ou dĂ©couvrez Le Ring de Bayreuth 2014, dans votre fauteuil, en suivant la diffusion sur France du premier volet de la TĂ©tralogie, soir L’Or du Rhin, ce soir Ă  partir de 20h.

Lire aussi  Bayreuth 2014 : Rien ne va plus !

Lire aussi la TĂ©tralogie de Wagner, voir la distribution complĂšte du Ring du Bayreuth 2014

Bayreuth 2014. Histoire d’un dĂ©sastre annoncĂ© ? Rien ne va plus Ă  Bayreuth.

Festspielhaus BayreuthBayreuth 2014 : rien ne va plus ! Les prochaines semaines seraient-elles dĂ©cisives pour Bayreuth ? Tout semble aller de plus en plus mal sur la colline verte lĂ©guĂ©e par Wagner qui y souhaitait dĂ©ployer un festival populaire et gĂ©nĂ©reux, accessible et magicien, totalement dĂ©volu Ă  son Ɠuvre lyrique 
 Rien de tel en vĂ©ritĂ© depuis plusieurs annĂ©es.  La ChanceliĂšre Angela Merkel, prĂ©sente depuis 9 ans (2005) Ă  chaque ouverture de festival a fait savoir qu’elle reportait sa prĂ©sence en cours de Festival. Du jamais vu. Un camouflet pour Bayreuth dont la premiĂšre soirĂ©e ne fait plus la une des mĂ©dias, sauf peut-ĂȘtre pour le scandale qu’elle suscite ou l’agacement qu’elle engendre.

Crise sur le festival créé par Wagner en 1876

TempĂȘte et dĂ©saffection sur Bayreuth

Wagner Katharina Bayreuth Eva WagnerDe fait, le TannhaĂŒser programmĂ© ce 25 juillet, celui de l’Allemand Sebastian Baumgarten (crĂ©Ă© in situ en 2011, et passablement laid Ă  force de dĂ©calages Ă  tout va) reprĂ©sente les choix contestĂ©s de la direction du Festival : provocation et relecture. Objectivement, Bayreuth en dĂ©pit de son prestige (de sa salle Ă©laborĂ© par Wagner, de son orchestre dans sa fosse semi-couverte
) ne fait plus rĂȘver. Les productions agacent mĂȘme d’annĂ©e en annĂ©e. Voix dĂ©sĂ©quilibrĂ©es (Ă  part quelques tĂȘtes d’affiches dont le tĂ©nor Jonas Kaufmann), mises en scĂšne absurdes, incohĂ©rentes, chefs inĂ©gaux
 Bayreuth est de toute Ă©vidence un festival en perte d’aura : Ă  trop vouloir Ă©largir son audience, faire jeune et punk, rajeunir les lectures et oser de nouveaux dispositifs scĂ©niques, la direction actuelle, partagĂ©e par les deux hĂ©ritiĂšres et arriĂšres-petites-filles du fondateur Richard, Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier, a fini par sacrifier la qualitĂ© et la magie du lieu et de son offre musicale. Qu’en sera-t-il en 2015, quand Katharina prendra seule la direction du l’auguste maison familiale ? On peut craindre le pire de la part d’une femme de thĂ©Ăątre qui s’entĂȘte dans une ligne radicale. En LIRE +

 

Le Ring de Bayreuth 2014 : Ce soir le 3 août 2014 dÚs 20h, puis les 10,17 et 24 août sur France Musique (direction musicale : Kirill Petrenko)

 

 

 

Bayreuth 2014. Histoire d’un dĂ©sastre annoncĂ© ? Rien ne va plus Ă  Bayreuth.

Festspielhaus BayreuthBayreuth 2014 : rien ne va plus ! Les prochaines semaines seraient-elles dĂ©cisives pour Bayreuth ? Tout semble aller de plus en plus mal sur la colline verte lĂ©guĂ©e par Wagner qui y souhaitait dĂ©ployer un festival populaire et gĂ©nĂ©reux, accessible et magicien, totalement dĂ©volu Ă  son Ɠuvre lyrique 
 Rien de tel en vĂ©ritĂ© depuis plusieurs annĂ©es.  La ChanceliĂšre Angela Merkel, prĂ©sente depuis 9 ans (2005) Ă  chaque ouverture de festival a fait savoir qu’elle reportait sa prĂ©sence en cours de Festival. Du jamais vu. Un camouflet pour Bayreuth dont la premiĂšre soirĂ©e ne fait plus la une des mĂ©dias, sauf peut-ĂȘtre pour le scandale qu’elle suscite ou l’agacement qu’elle engendre.

Crise sur le festival créé par Wagner en 1876

TempĂȘte et dĂ©saffection sur Bayreuth

 
Wagner Katharina Bayreuth Eva WagnerDe fait, le TannhaĂŒser programmĂ© ce 25 juillet, celui de l’Allemand Sebastian Baumgarten (crĂ©Ă© in situ en 2011, et passablement laid Ă  force de dĂ©calages Ă  tout va) reprĂ©sente les choix contestĂ©s de la direction du Festival : provocation et relecture. Objectivement, Bayreuth en dĂ©pit de son prestige (de sa salle Ă©laborĂ© par Wagner, de son orchestre dans sa fosse semi-couverte
) ne fait plus rĂȘver. Les productions agacent mĂȘme d’annĂ©e en annĂ©e. Voix dĂ©sĂ©quilibrĂ©es (Ă  part quelques tĂȘtes d’affiches dont le tĂ©nor Jonas Kaufmann), mises en scĂšne absurdes, incohĂ©rentes, chefs inĂ©gaux
 Bayreuth est de toute Ă©vidence un festival en perte d’aura : Ă  trop vouloir Ă©largir son audience, faire jeune et punk, rajeunir les lectures et oser de nouveaux dispositifs scĂ©niques, la direction actuelle, partagĂ©e par les deux hĂ©ritiĂšres et arriĂšres-petites-filles du fondateur Richard, Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier, a fini par sacrifier la qualitĂ© et la magie du lieu et de son offre musicale. Qu’en sera-t-il en 2015, quand Katharina prendra seule la direction du l’auguste maison familiale ? On peut craindre le pire de la part d’une femme de thĂ©Ăątre qui s’entĂȘte dans une ligne radicale.
RIng bayreuth 1876Cet Ă©tĂ©, retransmis intĂ©gralement et en dĂ©calĂ© par France Musique, Le Ring de l’allemand Frank Castorf est Ă  nouveau programmĂ© (Kirill Petrenko, direction musicale ; consulter ici les dates des retransmissions du Ring de Bayreuth 2014 sur France Musique) ; aprĂšs sa crĂ©ation en 2013, la production de cette TĂ©tralogie a de la mĂȘme façon que les spectacles prĂ©cĂ©dents, suscitĂ© un immense scandale, semĂ© d’irritation, d’ennui, de dĂ©ception : les tableaux s’y succĂšdent Ă  la façon d’une BD vulgaire aux effets anecdotiques. Mais les dysfonctionnements ne concernent pas seulement les tĂȘtes pensantes et le public : le metteur en scĂšne lui-mĂȘme, Frank Castorf, embauchĂ© aprĂšs des tentatives vaines auprĂšs de Wim Wenders, envisage de porter plainte contre les deux directrices : choisi au dernier moment, il lui aurait Ă©tĂ© refusĂ© un dĂ©lai dĂ©cent pour travailler sur Le Ring ; surtout, l’intĂ©ressĂ© regrette un climat de suspicion, de peur, un climat dĂ©lĂ©tĂšre digne de la guerre froide
 imposĂ© et entretenu par les deux corĂ©gentes. Ambiance. Bayreuth dans son projet originel, celui souhaitĂ© par Wagner, n’est plus que poussiĂšre. La Colline verte vit ses heures les plus dĂ©licates
 Ă  force d’ĂȘtre dĂ©naturĂ©, le Festival le plus cĂ©lĂšbre de BaviĂšre pourrait bien y perdre dĂ©finitivement son Ăąme et toute attraction. A part la fiertĂ© d’y obtenir une place, le mĂ©lomane avisĂ© sait bien que les plus beaux spectacles wagnĂ©riens ne sont plus crĂ©Ă©s Ă  Bayreuth. C’est bien tout le problĂšme du Festival qui n’a plus l’exclusive du rĂ©pertoire ni la garantie de la pertinence des propositions lyriques. Le signe alarmant le plus manifeste est envoyĂ© de la billetterie cette annĂ©e : alors qu’il fallait attendre jusqu’à 10 ans pour obtenir une place (aprĂšs avoir Ă©tĂ© intĂ©grĂ© sur une liste d’attente), Bayreuth en 2014 a mis en vente des billets sur son site internet
 et certains spectacles (Le Ring justement), ne sont toujours pas complets. Une premiĂšre et un comble pour un festival qui depuis des dĂ©cennies proposait les soirĂ©es Ă  guichet fermĂ©. Rien ne va plus Ă  Bayreuth.

Le Festival de Bayreuth 2014 n’affiche aucune nouvelle production (la derniĂšre celle du Ring en 2013 se voulait emblĂ©matique). 7 opĂ©ras y sont prĂ©sentĂ©s en 30 reprĂ©sentations jusqu’au 28 aoĂ»t 2014. Attention pour les heureux festivaliers qui pourront y goĂ»ter l’acoustique d’Ă©poque, le thĂ©Ăątre de Bayreuth est en restauration (la façade est totalement restaurĂ©e, comme la maison du compositeur ” Wahnfried “, – construite grĂące Ă  Louis II de BaviĂšre pour Wagner entre 1872 et 1874-, Ă©galement restaurĂ©e …

 

 

Illustration : le premier Ring représenté à Bayreuth du vivant de Wagner en 1876, grùce au financement alloué par Louis II de BaviÚre

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849)

habeneck francois antoine HABENECKCLIC D'OR macaron 200Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849). Voici enfin une biographie dĂ©diĂ©e Ă  François Antoine Habeneck (1781-1849), figure majeure dans le Paris romantique et musical propre Ă  la Restauration (le trĂšs rossinien Charles X) puis sous le rĂšgne de Louis-Philippe. Le sujet est d’autant plus important que la France  ignore toujours que Paris fut avant Vienne, une capitale symphonique europĂ©enne, concevant 14 ans avant les concerts philharmoniques viennois (fondĂ©s en 1842 par Otto NicolaĂŻ), la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire dĂšs 1828 Ă  l’initiative  du visionnaire Habeneck. L’idĂ©e Ă©tait de constituer un orchestre indĂ©pendant d’une salle, entiĂšrement dĂ©diĂ© aux concerts, en s’appuyant sur la richesse des classes d’instruments du Conservatoire : dĂ©fense d’un rĂ©pertoire, professionnalisation des jeunes instrumentistes. Il est vrai que le rĂ©pertoire qui y est jouĂ©, dĂ©fendu par Habeneck lui-mĂȘme reste majoritairement germanique, centrĂ© surtout autour des Symphonies de Beethoven, modĂšle pour tous : de 1828 Ă  1840, le chef d’orchestre estimĂ© fait jouer toutes les symphonies de Beethoven, mais aussi les oeuvres de Mozart, sans omettre de donner sa chance aux jeunes compositeurs dont… le fougueux Berlioz : dans le temple de la musique beethovĂ©nienne, Habeneck crĂ©e la Fantastique le 1er novembre 1830, un Ă©vĂ©nement dĂ©cisif de l’histoire de la musique qui montre combien Paris grĂące Ă  Habeneck Ă©tait devenu l’annĂ©e de la RĂ©volution bourgeoise, un foyer musical particuliĂšrement actif sur le plan symphonique. AprĂšs avoir soutenu de la mĂȘme façon Mendelssohn, les mĂ©connus Farrenc ou Onslow (le Beethoven français), Schneitzhoeffer (compositeur pour La Sylphide) et Elwart, sans omettre ses confrĂšres, Ries ou Spohr, Habeneck aura moins de curiositĂ©, l’institution crĂ©Ă©e basculant dans une certaine routine. Dans le Paris post napolĂ©onien, Habeneck, dĂ©terminĂ©, assidu grava les Ă©chelons obstinĂ©ment au sein de l’orchestre de l’OpĂ©ra : son gĂ©nie de la direction d’orchestre (plus de bĂąton, plus de violon directeur) le distingue parmi ses pairs. Le chef s’impose irrĂ©sistiblement Ă  Paris, comme chef principal Ă  l’AcadĂ©mie royale (crĂ©ant les opĂ©ras de Rossini dont Guillaume Tell en 1829), puis Ă  l’OpĂ©ra. Travail en profondeur, sens des nuances, respect de la partition : tout indique chez lui l’un des premiers chefs d’orchestre, ambassadeur d’une Ă©thique nouvelle, celle qui fit l’admiration entre autres de Wagner, le seul musicien parmi ses contemporains, sincĂšre et tenace Ă  lui rendre hommage ; mais aussi de Balzac qui le cite expressĂ©ment comme l’emblĂšme de la prĂ©cision et de l’énergie. Cette exactitude lui inspire une autre rĂ©forme, celle de l’abaissement du ton de l’orchestre de l’OpĂ©ra devenu nĂ©cessaire au regard de l’Ă©volution des styles et du rĂ©pertoire jouĂ©. Habeneck est un boulimique, douĂ© d’une grande activitĂ©, passionnĂ© par la question de l’Ă©criture symphonique, beethovĂ©nien convaincu.

 

 

Habeneck, premier chef moderne

 

habeneck_02Pourtant engagĂ© Ă  dĂ©fendre ses Ɠuvres, Habeneck fut bientĂŽt critiquĂ© vertement par Berlioz dont la carriĂšre de chef  (lui aussi) rivalisa rapidement avec celle de son contemporain…. triste retournement d’estime pour celui qui crĂ©a la Symphonie Fantastique (1830) puis le Requiem (1837). AprĂšs avoir recherchĂ© pour la rĂ©ussite de ses concerts au Conservatoire, la direction foudroyante de son ancien ami, Berlioz n’aura plus bientĂŽt d’adjectifs assez dĂ©prĂ©ciatifs pour enfoncer son premier dĂ©fenseur… Violoniste dans l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (1804), Habeneck devient aussi professeur au Conservatoire (1808) ; nommĂ© premier violon de l’Orchestre de l’OpĂ©ra en 1817 Ă  26 ans, il devient directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique en 1821, puis premier chef d’orchestre Ă  l’OpĂ©ra en 1825. Il assure la crĂ©ation des opĂ©ras majeurs de son temps : Guillaume Tell de Rossini, Robert le diable de Meyebeer, Benvenuto Cellini de Berlioz
 A l’AcadĂ©mie, autour d’un recrĂ©ation de l’IphigĂ©nie en Aulide de Gluck (1822), il tente de soutenir les opĂ©ras français signĂ©s (Reicha, Berton, HĂ©rold, Kreutzer)… sans grands rĂ©sultats car le goĂ»t est italien et rossinien : un autre Ă©chec demeure la crĂ©ation du Freischutz de Weber, finalement accueilli par l’OdĂ©on (certes dĂ©formĂ© et dĂ©naturĂ© en 1824). Son grand Ɠuvre demeure la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en 1828, l’ancĂȘtre de notre Orchestre de Paris instituĂ© par Charles Munch en 1967. Outre ses travaux pour la qualitĂ© d’un orchestre permanent Ă  Paris, dĂ©fenseur du rĂ©pertoire symphonique, Habeneck en crĂ©ant la nouvelle SociĂ©tĂ© des concerts, institua le premier, une caisse de retraite en faveur des membres et musiciens sociĂ©taires. Mort en 1849, Habeneck participe indiscutablement au milieu musical parisien, constatant l’engouement pour l’opĂ©ra italien et  la faveur unanime pour Rossini. ElĂ©ment finalement dĂ©risoire de la grande machine officielle française, son pĂ©rimĂštre d’action est cependant fort Ă©troit, confrontĂ© aux dysfonctionnements multiples et aux intrigues d’une administration paralysĂ©e, sans guĂšre de moyens, mais aux ambitions affichĂ©es, contradictoires, toujours conquĂ©rantes.

L’auteur auquel nous devons chez le mĂȘme Ă©diteur : La Schiassetti, Jacquemont, Rossini, Stendhal
 une saison parisienne au ThĂ©Ăątre-Italien, signe lĂ  une nouvelle rĂ©ussite : il ne s’agit pas tant de prĂ©ciser le portrait d’un chef et musicien exceptionnel (l’esquisse historique est en soi rĂ©ussie) que de restituer surtout le bouillonnement d’une pĂ©riode musicale extrĂȘmement riche sur le plan des initiatives nouvelles et de la crĂ©ation des Ɠuvres. Le destin et l’oeuvre d’Habeneck malgrĂ© les tensions, oppositions multiples, jalousies qui sĂšment son parcours, n’en sont que plus admirables. Passionnant.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849).  Collection Hermann Musique. ISBN: 978 2 7056 8760 1. 288 pages (15 x 23 cm). Prix indicatif : 35 €.

Lire aussi notre entretien avec l’auteur, François Bronner

 

 

Le Ring du Bayreuth 2014

wagner grand formatFrance Musique Ă  Bayreuth.Wagner : Der Ring, les 3,10,17,24 aoĂ»t 2014. Que vaut Le Ring version Bayreuth 2914 ? La direction musicale est assurĂ©e par le chef Kirill Petrenko, nĂ© en 1972 Ă  Omsk. Et pour chanteurs, un plateau de wagnĂ©riens mĂ©connus/inconnus jusque lĂ … C’est avĂ©rĂ©, et depuis une dĂ©cennie voire deux… les meilleures productions wagnĂ©riennes n’ont plus guĂšre lieu sur la colline verte, et c’est bien le drame de Bayreuth actuellement. Ce ne sont pas les mises en scĂšne dĂ©calĂ©es branchĂ©es souvent trĂšs laides ou tristement gadgets qui compensent l’absence de qualitĂ© musicale et de cohĂ©rence dramatique. Mais Ă  chaque Ă©dition estivale du festival conçu par Richard Wagner lui-mĂȘme, le festivalier est en droit d’espĂ©rer une surprise voire un … miracle. Assister au Ring dans le thĂ©Ăątre Ă©difiĂ© par Wagner avec l’aide de Louis II de BaviĂšre demeure en soi une expĂ©rience inoubliable : le premier Ring fut inaugurĂ© en 1876. La direction de Kirill Petrenko qui n’en est pas Ă  son premier Wagner ni son premier Ring suffira-t-elle Ă  emporter l’acuitĂ© expressive et poĂ©tique du drame wagnĂ©rien ? Souvent Ă  force de minutie attentive, de souci hĂ©doniste du son, les chefs en oublient surtout le mouvement enfiĂ©vrĂ© de l’action musicale … Et la mise en scĂšne de Franck Castorff ? Qu’en sera-t-il en aoĂ»t 2014 ? Parions que ses dĂ©calages outranciers et sa frĂ©nĂ©sie confuse et laide digne d’une mauvaise BD ne provoquent le mĂȘme agacement qu’en 2013 oĂč le spectacle avait Ă©tĂ© crĂ©Ă© et reçu de façon scandaleuse. A dĂ©faut de se dĂ©placer Ă  Bayreuth, France Musique diffuse les 4 volets de ce Ring Bayreuthien Ă  Ă©couter (plutĂŽt qu’Ă  voir).

petrenko-kirill-wagner-bayreuthL’Or du Rhin, dimanche 3 aoĂ»t 2014, 20h
La Walkyrie, dimanche 10 août 2014, 20h
Siegfried, dimanche 17 août 2014, 20h
Le Crépuscule des dieux, dimanche 24 août 2014, 20h

 

 

Approfondir
Consulter les distributions du Ring Bayreuth 2014 (Kirill Petrenko, direction) sur le site du Festival de Bayreuth

Lire notre dossier spécial La Tétralogie de Richard Wagner (1876)

L’Avant ScĂšne OpĂ©ra spĂ©cial festival de Bayreuth