CD, Ă©vĂ©nement, critique. SIBELIUS : Symphonie n°2. Gothenburg Symphony Orchestra, Santtu-Matias ROUVALI (1 cd Alpha – enregistrĂ© en juin 2019)

UnknownCD, Ă©vĂ©nement, critique. SIBELIUS : Symphonie n°2. Gothenburg Symphony Orchestra, Santtu-Matias ROUVALI (1 cd Alpha – enregistrĂ© en juin 2019)  -  Grave et sombre parfois, souvent inquiĂ©tante, d’une constellation de timbres libĂ©rĂ©s et vibrants comme une frondaison grouillante et chantante, cette lecture de la Symphonie n°2 (finie en 1902) Ă©ditĂ©e par Alpha, confirme l’excellente apprĂ©ciation de sa prĂ©cĂ©dente Symphonie n°1 Ă©galement jouĂ©e ici par le Gothenburg symphony et le chef Ă©lectrisant, pleinement imaginatif Santtu-Matias ROUVALI.

https://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/

S’y dĂ©ploient comme dans la Symphonie n°1, ce sens de l’architecture, le souffle qui transcende, une lisibilitĂ© Ă©gale des pupitres et cette vibration particuliĂšre qui assimile l’orchestre de Sibelius au chant de la nature la plus mystĂ©rieuse et la plus flamboyante. Jamais descriptif, mais expressive et Ăąpre dans ses Ă©lans et changements de rythmes et d’atmosphĂšres, « D’emblĂ©e, grĂące au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des Ă©lĂ©ments. Sur le motif. » Ă©crivait Ă  propos de la Symphonie n°1, notre rĂ©dacteur Ernst Van Bek.
Au plus proche du vent, des arbres et de la mer, pourrions nous ajouter. C’est aussi sur le plan de la rĂ©alisation orchestrale, une splendide Ă©lectrisation des timbres et des couleurs, magistralement servie par la tension et la suretĂ© du geste qui construit, assĂšne, fait chanter le tissu symphonique sans jamais l’épaissir ni le lisser. Le relief de chaque instrument soliste s’en trouve investi, Ă  la fois intĂ©rieur et chantant. Evidemment ici rĂšgnent l’appel, l’ivresse, un sentiment de plĂ©nitude et d’activation frĂ©nĂ©tique mais jamais confuse (III. Vivacissimo), et d’aspiration vers les hauteurs, de cĂ©lĂ©bration pour la Nature, enfin de jubilation organisĂ©e, telle une formidable machine structurelle qui des Ă©lĂ©ments faussement Ă©pars prĂ©alables, Ă©difie une cathĂ©drale victorieuse. Qu’on y voit propre au contexte de la partition, une claire apothĂ©ose du gĂ©nie finnois, – affirmĂ© Ă  la face du voisin gĂ©ant Russe, y triomphe surtout la pensĂ©e musicale de Sibelius, laquelle en une rare cohĂ©rence organique qui semble jaillissante, s’équilibre peu Ă  peu, met en place une formidable sĂ©quence finale pleine de fougue construite et de panache ascensionnelle (dĂ©but de l’Allegro moderato, final : appel des cuivres y est irrĂ©sistible). Dans ses Ɠuvres suivantes, Sibelius dĂ©cantera peu Ă  peu la forme vers cette Ă©pure orchestrale fulgurante des derniĂšres Ɠuvres. Ce propre cheminement esthĂ©tique est des plus captivant. il fait de Sibelius le symphoniste le plus intĂ©ressant de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš, avec R. Strauss, Mahler, Ravel, Debussy.
CLIC D'OR macaron 200Plus narrative la Suite musicale « Roi Christian II » opus 27 (1899) apporte sur le sujet du Roi scandinave au XVIĂš, pour la piĂšce de Adolf Paul, une rĂ©elle confirmation de la sensibilitĂ© instrumentale du chef, son Ă©tonnante capacitĂ© Ă  structurer dans la mobilitĂ©, Ă  peindre et exprimer dans son activitĂ© fourmillante, une mosaĂŻque de cellules vivantes. AprĂšs l’ivresse Ă©perdue quasi Ă©chevelĂ©e mais d’une exceptionnelle intelligence du premier Ă©pisode “Nocturne” (plus lumineux et scintillant que vraiment sombre), Ă©coutez l’intĂ©rioritĂ©, et la fiĂšvre florale de l’ElĂ©gie, Ă  la fois sombre et implorante, et pourtant gorgĂ©e d’espĂ©rance. Superbe lecture, vive, affĂ»tĂ©e, clairement Ă©laborĂ©e, et la confirmation que Santtu-Matias ROUVALI est un sibĂ©lien captivant. Une intĂ©grale en cours ? A suivre. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. SIBELIUS : Symphonie n°2. Gothenburg Symphony Orchestra, Santtu-Matias ROUVALI (1 cd Alpha – enregistrĂ© Ă  Gothenborg, en juin 2019 – SuĂšde) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

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Approfondir
VISITER le site du Gothenborg Symphony Orchestra
https://www.gso.se/en/gsoplay/

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VIDEO sur YOUTUBE

Sibelius // Symphony No.1 & En Saga by Gothenburg Symphony & Santtu-Matias Rouvali

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COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 18 oct  2019. SIBELIUS. CHOI. Orch. Capitole / J. SWENSEN.

sibelius-jeune-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 18 octobre  2019. J. SIBELIUS. Y.E. CHOI. Orch.Nat.TOULOUSE. J. SWENSEN. Il est des idĂ©es convenues qui peuvent se dissiper en un concert. Tous ceux qui Ă©taient ce soir prĂ©sents, sont capables de se faire une idĂ©e personnelle de la valeur des partitions de Sibelius. Il fait bon genre de mĂ©priser le compositeur finlandais, gloire nationale reconnue prĂ©cocement. Certes il a bĂ©nĂ©ficiĂ© dĂšs ses 37 ans d’une pension Ă  vie de son pays mais ce n’est pas une raison pour brocarder son oeuvre. Le Concerto de violon est rĂ©guliĂšrement jouĂ© mais ne bĂ©nĂ©ficie pas du succĂšs de ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Tchaikovski ou Bruch.

Enfin un concert tout Sibelius Ă  Toulouse !

Il s’agit pourtant d’une partition originale et puissamment expressive. Ce soir dĂšs les premiĂšres mesures dans un son mystĂ©rieux, pianissimo et lointain, le chef et la soliste ont trouvĂ© un parfait accord qui s’est amplifiĂ© tout au long de leur majestueuse interprĂ©tation. Joseph Swensen connait bien les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole, l’acoustique de la Halle-aux-grains et il est violoniste. Il avait tous les ingrĂ©dients pour oser une interprĂ©tation qui restera dans les mĂ©moires. Il fait tonner l’orchestre, obtient Ă©galement des nuances d’une grande subtilitĂ©, laisse les solistes instrumentaux s’exprimer et toujours met en valeur le jeu de la violoniste corĂ©enne. La modernitĂ© de ce concerto et la puissance qu’il recĂšle ont Ă©tĂ© admirablement mis en valeur par Joseph Swensen. La soliste (Y.E. CHOI) avec une grande dĂ©licatesse participe Ă  cette fĂȘte. Sa sonoritĂ© personnelle est pleine, pure et dĂ©licatement nuancĂ©e, les phrasĂ©s sont amples et la virtuositĂ© crĂąnement maĂźtrisĂ©e. Les pianissimo planent haut comme dans le plus pur belcanto, mais les accents peuvent se vivifier et monter en puissance comme par exemple dans certaines doubles cordes.
Le premier mouvement tempĂ©tueux et grandiose offre des moments puissants, la cantilĂšne du second mouvement est pleine de paix et de beautĂ©. Mais c’est le dansant troisiĂšme mouvement qui gagne en expressivitĂ© et en originalitĂ© sous la baguette audacieuse de Joseph Swensen. Il est rare d’entrer un telle modernitĂ© dans ce final et un tel accord entre la soliste, le chef et les musiciens. La dĂ©licate violoniste va revenir plusieurs fois saluer en rĂ©ponse aux acclamations du public et offre un dĂ©licat bis de Bach abordĂ© avec une grande puretĂ©, un peu dĂ©sincarnĂ©e. AprĂšs sa volcanique interprĂ©tation du concerto, ce retour vers plus de sĂ©rĂ©nitĂ© Ă©tait bienvenu.

Pour la deuxiĂšme partie du concert la premiĂšre symphonie de Sibelius semble avoir Ă©tĂ© composĂ©e pour cet orchestre tant les musiciens ont pu mettre en lumiĂšre leurs belles qualitĂ©s. DĂšs les premiĂšres notes du clarinettiste David Minetti, une magie mĂ©lancolique bouleversante a Ă©mu le public. Tant de beautĂ© dans ce solo : ce phrasĂ© ample et si finement nuancĂ© est d’une magie rare. La suite n’a Ă©tĂ© que splendeur orchestrale de chaque instant avec un Joseph Swensen trĂšs inspirĂ© qui ira jusqu’à chanter certains thĂšmes. L’orchestre en osmose donne Ă  cette partition toute sa modernitĂ© et ses audaces, sa puissance tellurique, maritime et cĂ©leste. Les couleurs fusent, les nuances explosent, les phrasĂ©s sont creusĂ©s profondĂ©ment ; l’ampleur du geste embrasse la grandeur de la partition. Un grand moment symphonique que le public a semblĂ© beaucoup apprĂ©cier.
Lorsque le chef est ainsi inspirĂ© et inspire les musiciens du Capitole, le public applaudit et dit son dĂ©sir d’apprendre Ă  aimer d’autres symphonies de Sibelius avec de tels interprĂštes. Une intĂ©grale des symphonies de Sibelius par Swensen Ă  Toulouse, Ă  la maniĂšre de ce qu’il a fait dans Mahler, serait une riche idĂ©e. Le public semble prĂȘt. A suivre.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le  18 Octobre 2019. Jean Sibelius (1865-1857) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur,Op.47; Symphonie n°1 en mi mineur,Op.39 ; Ye-Eun Choi, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Joseph Swensen, direction.

SIBELIUS, Symphonie n°4 (1911)

Sibelius 2015RADIO CLASSIQUE, sam 7 sept 2019, 20h. SIBELIUS, Symphonie n°4. Programme orchestral de premiĂšre valeur, (en direct de la Philharmonie de Paris) avec la Symphonie n°4 du compositeur finlandais Jean Sibelius, le plus important crĂ©ateur pour l’orchestre au dĂ©but du XXĂš avec Strauss, Mahler, Ravel et Stravinksy… La partition affirme davantage la volontĂ© de rupture amorcĂ©e avec la TroisiĂšme Symphonie, et mĂȘme, elle exprime une crise personnelle et artistique chez Sibelius qui a subi une opĂ©ration Ă©prouvante, aprĂšs diagnostic d’un cancer de la gorge (1908). Plus critique que jamais sur son oeuvre et sur le milieu musical contemporain, le compositeur s’inscrit contre la pseudo « modernitĂ© contemporaine », souvent bavarde (Strauss). Contre une conception mahlĂ©rienne, universelle voire cosmique, la symphonie sibĂ©lienne se concentre sur l’équilibre et la puretĂ© essentielle de la forme et du schĂ©ma structurel. Les quatre mouvements confinent Ă  l’épure, et Ă  la synthĂšse
, contradictoirement au plan classique et Ă  l’hĂ©ritage des anciens, Ă  l’implicite, voire Ă  l’indicible. De sorte que le process et l’expĂ©rience musical du flux symphonique rĂ©alise un passage vers l’invisible et l’inaudible : toute les oeuvres de Sibelius pourrait alors s’achever vers le silence. Elle y tendent toutes.
D’ailleurs, trop repliĂ©e sur elle mĂȘme, sans dĂ©veloppement prĂ©visible et facilement identifiable, la partition de la QuatriĂšme, trop Ă©nigmatique, lors de sa crĂ©ation en 1911 Ă  Helsinki (3 avril) suscite dĂ©ception, froideur dĂ©concertĂ©e. Mais Toscanini convaincu par sa vĂ©ritĂ© et son Ă©loquente profondeur, en sera un apĂŽtre zĂ©lĂ© aux Etats-Unis.

Plan : Tempo molto moderato, quasi adagio: introduction sombre et grave qui convoque les mystĂšres et l’étrange et davantage, la vibration d’un autre monde. L’impression de solitude et d’approfondissement introspectif est portĂ© par le violoncelle solo. Dans le troisiĂšme mouvement, Il tempo largo, qui suit l’allegro molto vivace, Sibelius pousse plus loin la peinture en un paysage dĂ©vastĂ©, archaĂŻque et mĂȘme primitif oĂč prime le caractĂšre de l’étrange et du nouveau, non sans‹tensions et questions irrĂ©solues. Ce que confirme l’ultime mouvement qui installe le climat de la dissonance, de la gravitĂ© voire de l’amertume.

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RADIO CLASSIQUE, Samedi 7 septembre 2019, 20h, en direct de la Philharmonie de Paris / Orchestre de Paris – Daniel Harding, direction

Programme :
Brahms, Concerto pour violon / Janine Jansen (violon)
SIBELIUS : Symphonie n°4 en la mineur opus 63 (1911).

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LIRE notre dossier spĂ©cial les 7 Symphonies de SIBELIUS (1899 – 1924), Ă  l’occasion du 150Ăš anniversaire de la mort en 2015 :
http://www.classiquenews.com/sibelius-2015-150eme-anniversaire-de-la-naissance/

Compte-rendu, concert. Montpellier, le 25 juillet 2019. Nielsen, Lindberg, Sibelius : Symph n°1 / Rouvali.

COMPTE-RENDU, concert. MONTPELLIER, Le Corum, OpĂ©ra Berlioz, le 25 juillet 2019. Nielsen : Maskarade, Lindberg : Concerto pour clarinette, Sibelius : Symphonie n° 1 – Le phĂ©nomĂšne Santtu-Matias Rouvali fait son retour au festival de Radio France Occitanie Montpellier avec pas moins de deux concerts, donnĂ©s cette fois avec “son” Orchestre de Tampere (troisiĂšme ville de Finlande). Outre l’intĂ©rĂȘt de dĂ©couvrir cette formation dans nos contrĂ©es, c’est aussi l’occasion de parfaire notre connaissance de ce chef encensĂ© par une critique quasi unanime, notamment ici-mĂȘme l’an passĂ© (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-montpellier-le-22-juillet-2018-adams-ravel-stravinsky-chamayou-philh-de-radio-france-rouvali/) ou plus rĂ©cemment au disque (https://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/). DĂšs son entrĂ©e en scĂšne pour le premier concert, l’aspect juvĂ©nile du chef de 34 ans surprend, entre allure d’Ă©ternel adolescent et tignasse flamboyante qui lui donne des faux-airs de 
 Simon Rattle. La battue est un autre motif d’attention, tant le corps tout entier se fond dans une sorte de ballet gracieux, aussi prĂ©cis qu’Ă©nergique. Si la main droite marque le tempo d’une rĂ©gularitĂ© de mĂ©tronome avec la baguette, c’est davantage l’autre main qui passionne par la variĂ©tĂ© de ses intentions, des attaques aux indications de nuances.

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2C’est peu dire que l’Orchestre de Tampere rĂ©pond comme un seul homme Ă  Rouvali, qui semble imprimer la moindre de ses volontĂ©s tout du long. L’ancien Ă©lĂšve de Jorma Panula se saisit de l’ouverture de l’opĂ©ra Maskarade (1906), en faisant ressortir l’individualitĂ© des pupitres, sans jamais perdre de vue l’Ă©lan narratif global. Il parvient ainsi Ă  donner une cohĂ©rence Ă  cette brĂšve page souvent oubliĂ©e de nos programmes de concert – mĂȘme si la prĂ©sence Ă  Montpellier du Danois Michael Schonwandt, grand spĂ©cialiste de Nielsen, n’est sans doute pas Ă©trangĂšre Ă  cette audace. EspĂ©rons que d’autres compositeurs nordiques, tels que Madetoja ou Tubin, sauront trouver le chemin des concerts montpelliĂ©rains, Ă  l’instar du rare Concerto pour clarinette (2002) de Magnus Lindberg. C’est lĂ  un grand plaisir que de retrouver cette oeuvre d’inspiration post-romantique, qui semble rencontrer un bel accueil du public et s’imposer logiquement au rĂ©pertoire.

 

 

Finesse, élasticité du jeune ROUVALI


 

 

L’approche de Rouvali Ă©tonne avec un tempo trĂšs lent au dĂ©but (une constante que l’on retrouvera dans la suite de la soirĂ©e lors des soli aux bois volontairement Ă©tirĂ©s), avant de faire Ă©clater une myriade de couleurs en un geste aĂ©rien et lumineux. Le Finlandais n’hĂ©site pas Ă  jouer avec les tempi pour surprendre l’auditoire, tout en faisant ressortir quelques dĂ©tails de l’orchestration. Sa direction Ă©vite ainsi toute lourdeur et place la clarinette somptueuse de Jean-Luc Votano au premier plan, en nous dĂ©lectant de son aisance technique et de ses phrasĂ©s radieux. Votano n’a pas son pareil pour se jouer des multiples sonoritĂ©s demandĂ©es par Lindberg (prĂ©sent dans la salle et applaudi sur scĂšne Ă  l’issue du concert), des bizarreries rugueuses aux emprunts jazzy façon Gershwin ; sans parler de ce passage oĂč la clarinette volontairement inaudible ne laisse entendre qu’un lĂ©ger tapoti sur les diffĂ©rents corps de l’instrument. L’emphase reprend vite ses droits avec les nombreux et brefs crescendos, dĂ©veloppĂ©s en une intensitĂ© nerveuse et Ă©motionnelle qui rappelle souvent Lutoslawski. En bis, Jean-Luc Votano nous rĂ©gale d’un bel hommage Ă  Manuel Falla, autour d’une assistance visiblement rĂ©jouie.

ROUVALI concert maestro montpellier critique concert classiquenewsApres l’entracte, le public retrouve un rĂ©pertoire mieux connu avec la PremiĂšre symphonie (1899) de Sibelius, qui raisonne en une lecture Ă©loignĂ©e des influences romantiques, afin de faire ressortir la lĂ©gĂšretĂ© diaphane de l’orchestration. LĂ  encore, le sens de l’Ă©lasticitĂ© cher Ă  Rouvali soigne la mise en place tout en proposant en contraste quelques fulgurances inattendues. Le premier mouvement se termine dans une noirceur quasi immobile, avant le dĂ©but faussement doucereux de l’Andante, qui trouve une rĂ©ponse Ă©nergique dans la violence des cordes exacerbĂ©es. Le Scherzo Ă©clate ensuite d’une ivresse rythmique Ă  la raideur glaçante, en un tempo vif et sans vibrato. Un peu plus sĂ©quentiel, c’est lĂ  peut-ĂȘtre le mouvement le moins rĂ©ussi de cette superbe soirĂ©e. C’est dans le finale que Rouvali montre une maitrise superlative, tout particuliĂšrement dans les derniĂšres mesures ralenties, qui ne laissent aucune place Ă  l’apothĂ©ose attendue – dans la lignĂ©e d’un Kurt Sanderling. On a hĂąte de l’entendre dans le mouvement conclusif de la CinquiĂšme de Chostakovitch, oĂč son style pĂ©remptoire devrait faire lĂ  aussi merveille. Gageons que son prochain engagement Ă  la tĂȘte du Philharmonia de Londres, oĂč il succĂšde Ă  Salonen (un autre Ă©lĂšve de Jorma Panula), saura le diriger vers ce type d’ouvrages spectaculaires. En bis, Rouvali abandonne sa baguette pour laisser l’orchestre s’emparer de la Valse triste de Sibelius,  en une vivacitĂ© de tempo et une expression des nuances toujours aussi exaltantes, Ă  mĂȘme de conclure brillamment ce trĂšs beau concert.

 

 

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Compte-rendu, concert. Montpellier, Le Corum, Opéra Berlioz, le 25 juillet 2019. Nielsen : Maskarade, Lindberg : Concerto pour clarinette, Sibelius : Symphonie n° 1. Jean-Luc Votano (clarinette), Orchestre philharmonique de Tampere, Santtu-Matias Rouvali (direction). Crédit photo / illustration : © Luc Jennepin

 

 

Symphonie n°1 de Sibelius (1899)

arte_logo_2013ARTE, jeudi 11 avril 2019, 5h. SIBELIUS : Symphonie n°1. Concert symphonique enregistrĂ© en 2015, l’annĂ©e des 150 ans de Jean Sibelius (1865-1957), le plus grand compositeur symphonique en Europe, dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš, avec Ravel et Debussy, R Strauss et Mahler.
sibelius-jeune-portrait-classiquenewsL’opus 39 de Sibelius est l’oeuvre d’un jeune compositeur de 34 ans qui achĂšve son premier opus symphonique dĂ©but 1899, suscitant une admiration telle qu’il obtient une rente de l’état finnois Ă  vie. Heureux crĂ©ateur, reconnu pour son talent
 DĂ©jĂ  dans la forme classique de ce premier coup de gĂ©nie, s’affirment des ruptures de ton, des Ă©clairs romantiques fulgurants qui bousculent l’écoulement tranquille. L’Adagio initial (premier volet du mouvement I, prĂ©cĂ©dant l’Allegro energico) fait valoir de superbes effets de timbres, emblĂšmes d’une orchestration raffinĂ©e et puissante. L’Andante qui suit, exprime une mĂ©lodie particuliĂšrement orginale et mĂ©lancolique, avec dans l’alliance frĂ©missante des cors et des cordes, une claire rĂ©fĂ©rence Ă  la forĂȘt magique de Wagner (Siegfried : murmures de la forĂȘt), mĂȘme si Sibelius s’est toujours prĂ©cautionneusement Ă©cartĂ© du compositeur germanique. L’Allegro est un scherzo oĂč triomphe et s’embrase la voluptĂ© du trio central (pour les vents). A la façon d’une rhapsodie (« quasi una fantasia »), le Finale en mi mineur cumule les contrastes de rythmes et de caractĂšres avec une irrĂ©pressible Ă©nergie, celle d’une conclusion enfin Ă©noncĂ©e qui dĂ©livre sa vĂ©ritĂ© comme la clĂ© d’un rĂ©bus enfin rĂ©solu. Toute l’oeuvre de Sibelius tend Ă  quesitonner la forme et le dĂ©veloppement symphonique ; comment (orchestration / couleurs), vers oĂč ? (sens, architecture)
 Sibelius cherche la clĂ© d’un dĂ©roulement essentiel et organiquement cohĂ©rent. C’est pourquoi, dĂšs ce premier essai de 1899, il ouvre des perspectives aussi personnelles qu’un Mahler. Mais Ă  l’inverse de ce dernier, et par tempĂ©rament, Sibelius se replie de plus en plus vers un schĂ©ma serrĂ©, court, synthĂ©tique, au point que sa derniĂšre symphonie, enchaĂźnant les mouvements (crĂ©Ă©e en 1923 Ă  Helsinki), totalise moins de 30 mn


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arte_logo_2013LIRE aussi notre critique de la Symphonie n°1 de Jean Sibelius, récemment enregistrée par Santtu-Maias ROUVALI :
http://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 15 fév 2019.  Tchaïkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow / John StorgÄrds.

JBM7884Jean-Baptiste-MillotCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 fĂ©vrier 2019.  TchaĂŻkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. John StorgĂ„rds. Le deuxiĂšme concerto pour piano de TchaĂŻkovski n’a pas le succĂšs qu’il mĂ©rite tant cette partition est originale, virtuose, incandescente. Ce soir, elle a particuliĂšrement Ă©tĂ© bien interprĂ©tĂ©e par un jeune pianiste surdouĂ© : Alexandre Kantorow, 21 ans, a besoin de se faire un prĂ©nom tant le succĂšs de son pĂšre est planĂ©taire (NDLR : Jean-Jacques). Le jeune homme a Ă©tĂ© gĂątĂ© par les muses et les bonnes fĂ©es sur son berceau. Il a de superbes mains, un jeu souverain et une grande qualitĂ© musicale jusque dans les moments de pure virtuositĂ© ce qui n’est donnĂ© qu’Ă  trĂšs peu. Car si la virtuositĂ© de ce concerto surpasse celle du premier concerto,  il y a matiĂšre Ă  colorer et phraser Ă  l’envie. Et c’est ce qui frappe dans l’aisance du jeune musicien. Tout lui semble facile et tout ce qu’il fait est musique en toute simplicitĂ©, sans duretĂ© et dans une souplesse d’une grande Ă©lĂ©gance. Les nuances sont extraordinairement creusĂ©es et l’Ă©coute dans les moments chambristes (le trio dans l’andante) est fabuleuse. Cette maniĂšre de dialoguer et poursuivre les lignes musicales du violon et du violoncelle a Ă©tĂ© un vĂ©ritable moment de grĂące.
Signalons la plĂ©nitude  sonore et la dĂ©licate musicalitĂ© de Pierre Gil au violoncelle et Kristi Giezi au violon. Ils ont Ă©tĂ© de vrais partenaires. L’interaction avec le chef, John StorgĂ„rds, l’orchestre a Ă©tĂ© parfaite et une vraie complicitĂ© musicale a fusĂ© Ă  chaque instant dans cette partition pleine de surprises. Le diabolique final a semblĂ© ce soir un jeu d’enfant dans un enthousiasme triomphant. Le public a fait une ovation bien mĂ©ritĂ©e au jeune pianiste, musicien si sensationnel.

Avec modestie et amitiĂ©, il a offert deux somptueux bis. Le final de Ma mĂšre l’Oie de Ravel, le jardin fĂ©Ă©rique, avec un sens des couleurs orchestrales et des nuances, tout Ă  fait inouĂŻ. Il a su construire et les lignes souples et les grands crescendo comme s’il dirigeait un orchestre puis dans une courte piĂšce de Brahms, la Valse op.39 n°15, il y fait preuve d’un sens de la poĂ©sie brahmsienne tout Ă  fait remarquable avec un rubato chaloupĂ©, subtil, envoĂ»tant. Il a dit aimer tout particuliĂšrement Brahms et nous avons hĂąte d’en entendre davantage sous des doigts si subtils. Alexandre Kantorow est un grand musicien qui ne fait qu’un avec son instrument dont il obtient un dialogue musical d’une rare intensitĂ©.

sibelius la tempete Jean-Sibelius-ca-1945En deuxiĂšme partie, John StorgĂ„rds a dirigĂ© avec un art magnifique la rare symphonie n°5 de Sibelius. Il est grand temps que ce compositeur majeur du XX Ăšme siĂšcle fasse son entrĂ©e durable au rĂ©pertoire de l’Orchestre du Capitole. Une intĂ©grale serait bien venue car entre John StorgĂ„rds et l’orchestre cela fonctionne Ă  merveille. Le public Ă©galement a Ă©tĂ© rĂ©ceptif et a particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© cette belle oeuvre de Sibelius. Les sonoritĂ©s trĂšs lumineuses obtenues par John StorgĂ„rds et sa capacitĂ© a construire un discours musical lisible nous a entrainĂ©s dans de vastes espaces et des lumiĂšres sensationnelles de la mer du nord. Les vastes horizons, les nuances trĂšs variĂ©es ont construit un monde trĂšs singulier. Ce concert avec de grands musiciens a Ă©tĂ© marquĂ© par l’originalitĂ© des oeuvres et leur raretĂ©. EspĂ©rons que la programmation de tels concerts, sortant des choix convenus, se renouvellera, car le public aujourd’hui est prĂȘt pour Sibelius comme il l’avait Ă©tĂ© pour Chostakovitch il y a une dizaine d’annĂ©e. Il est temps !

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 février 2019. Piotr Illich Tchaïkovsky (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol majeur Op.44 ; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°5 en mi bémol majeur Op.82; Alexandre Kantorow, piano; Orchestre National du Capitole de Toulouse. John StorgÄrds, direction.
Illustration : Alexandre Kantorow © J-Baptiste Millot / Portrait de Jean Sibelius (DR)

CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). VoilĂ  un vrai travail d’orfĂšvre tissant une tapisserie de timbres, Ă  la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’Ɠuvre comme la cĂ©lĂ©bration par Sibelius de sa Finlande chĂ©rie, alors menacĂ©e par l’Empire russe (crĂ©ation en avril 1899), inspirĂ© et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dĂ©passer l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette Ă©nergie premiĂšre, gorgĂ©e d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblĂ©e, grĂące au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des Ă©lĂ©ments. Sur le motif.

Ainsi au dĂ©but de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignitĂ©, chante les souffrances et l’éternitĂ© inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend Ă  cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltĂ©es, bois parfois Ăąpre (bassons),tutti tendus, vitalitĂ© ardente et portĂ©s par une Ă©nergie Ă©perdue
 Rouvali prend Ă  bras le corps l’activitĂ© primitive des Ă©lĂ©ments qui semblent traverser les pupitres en Ă©lans faussement incontrĂŽlĂ©s.

Sibelius : le premier Ă©cologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la priÚre sibélienne

L’écriture est une priĂšre exacerbĂ©e face Ă  la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiĂšte, surtout animĂ© par un dĂ©sir supĂ©rieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempĂȘte victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intĂ©rieur l’immensitĂ© de la Nature (cor et harpes, flĂ»te) : son mystĂšre, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et Ă  mesure de l’avancĂ©e du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo
 Ă  Allegro energico.
Ici rĂšgne la gravitĂ© du dernier Tchaikovski (derniĂšre mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mĂ©lancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulĂ© avec une rondeur mordante, une belle sincĂ©ritĂ© qui vient elle aussi des replis du cƓur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantĂ©e
 en une cantilĂšne instrumentalement dĂ©taillĂ©e qui montre tout ce que l’éloquence enivrĂ©e de Sibelius doit aux
 russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragĂ©die en cours, celle d’une nature sacrifiĂ©e et pourtant d’une ineffable beautĂ©. Cette vision, et tragique et Ă©pique, prend corps dans les fabuleux arpĂšges des cordes, bouillonnants, Ă©perdus.

Le Scherzo est abordĂ© pour ce qu’il est : une scansion et une frĂ©nĂ©sie superbement mĂ©canique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement trÚs marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves
)
Il y met une touche d’humanitĂ©, un panthĂ©isme blessĂ© : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non Ă  l’extĂ©rieur, comme en une distanciation assĂ©chante. Au contraire, nous sommes au cƓur des Ă©lĂ©ments. Dans le vortex oĂč se jouent les transformations irrĂ©versibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affĂ»tĂ©e dans le chaos climatique qui est le nĂŽtre, causĂ© par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancĂ©e et trĂšs dĂ©taillĂ©e de Rouvali, Sibelius semble rĂ©ussir lĂ  oĂč Tchaikovski nous avait laissĂ©s ; les lumiĂšres permises par le finnois font espĂ©rer une clartĂ© filigranĂ©e et trĂšs vacillante chez le Russe (PathĂ©tique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais prĂ©sente. Mais dans la difficultĂ© et la souffrance. La fin est une rĂ©mission presque arrachĂ©e ; pas une victoire. Une vraie question laissĂ©e en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutĂŽt de Moussorgski mais mĂątinĂ© d’impressionnisme ravĂ©lien. LĂ  encore Sibelius exprime une activitĂ© invisible secrĂšte, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa prĂ©cision, et un vrai travail d’orfĂšvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalitĂ© des sĂ©quences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-ĂȘtre, Rouvali n’oublie pas aux cĂŽtĂ©s de sa prĂ©cision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, rĂ©vĂ©lant aussi dans cette activitĂ© flamboyante, des accents wagnĂ©riens. Le chef exprime le mystĂšre sauvage et la force de la nature, la beautĂ© grandiose et fragile, c’est Ă  dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le mĂȘme titre par son beau-frĂšre Eero JĂ€rnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore trĂšs narratif, mais dans cette trĂšs fine et scintillante Ă©criture, Ă  partir de 13’, il sait transmettre le cycle Ă©ternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rĂ©demptrice, matricielle. De toute Ă©vidence, dans ce crescendo final, d’une intensitĂ© irrĂ©pressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration premiĂšre. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction Ă©nigmatique. Superbe lecture et belle comprĂ©hension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rĂȘve d’une intĂ©grale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre
 aux qualitĂ©s Ă©videntes. Leur sincĂ©ritĂ© nous touche. VoilĂ  qui prĂ©figure le meilleur ? A suivre


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Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

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Symphonie n°5 de Sibelius

Sibelius 2015France Musique. Sibelius : Symphonie n°5. Dimanche 13 mars 2016, 14h. La Tribune des critiques de disques. 2015 a marquĂ© le centenaire de Sibelius. Quelle version enregistrĂ©e reste la plus convaincante ?  Symphonie n°5 en mi bĂ©mol majeur opus 82 (1915). CrĂ©Ă©e dans sa version originale (cinq mouvements), le 8 dĂ©cembre 1915, jour anniversaire des 50 ans du compositeur, la CinquiĂšme Symphonie est rapidement remaniĂ©e, sans que Sibelius trouve une forme pleinement satisfaisante. Finalement, il jugera le manuscrit dĂ©finitif lors de sa publication en 1919 (en trois mouvements). Contemporaine de la RĂ©volution russe et donc de l’indĂ©pendance de la Finlande, la partition souscrit Ă  un lyrisme lumineux, rompant avec les deux Symphonies prĂ©cĂ©dentes (n°3 et n°4, dĂ©concertantes et fonciĂšrement personnelles).
DĂšs le premier mouvement (Tempo molto moderato) se confirme l’état d’ivresse et de lyrisme conquĂ©rant du hĂ©ros victorieux, affirmant un Ă©quilibre d’autant plus significatif que la Symphonie n°4 semblait l’exclure. L’andante mosso, quasi allegretto brosse les dĂ©tails d’un paysage arcadien oĂč se love l’émerveillement du compositeur sur le motif naturel. (l’exaltation et le sentiment d’ivresse printaniĂšre demeurent les caractĂšres principaux de la Symphonie). Le Finale (Allegro molto) est le plus irrĂ©sistible des trois volets de ce tryptique triomphal: les bois mis en avant chantent la beautĂ© hypnotique de la nature et les derniĂšres proclamations des tutti finaux, Ă©noncĂ©s, dĂ©tachĂ©s comme suspendus (6 au total), expriment une derniĂšre nostalgie avant la conclusion. Une fin vĂ©cue en pleine conscience, qui rĂ©sonne comme une dĂ©livrance et un espoir; vivifiĂ© par l’énoncĂ© assumĂ©, rĂ©alisĂ© d’une aube rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Celle ci clairement exprimĂ©e par la voilure des cors cĂ©lestes, le scintillement des cordes, la jubilation / Ă©piphanie des bois (dont surtout les hautbois associĂ©s souvent aux flĂ»tes) annonce les climats tout aussi suspendues de la 7Ăšme ultime offrande sibĂ©lienne. La parentĂ© des deux opus est Ă  approfondir (mise en avant dans l’intĂ©grale Rattle d’ailleurs). Proche de la 7Ăšme, la 5Ăšme offre un art de la transition entre les sĂ©quences d’une efficacitĂ© semblable. L’opus 82 participe Ă  la conception de la Symphonie fusionnĂ©e en un seul mouvement.

Dimanche 13 mars 2016, 14h
Symphonie n°5 de Jean Sibelius. La tribune des critiques de disques

Poitiers. Sibelius, Schumann… Concert Symphonique au TAP

dautricourt-nicolas-violon-582-390-UNE-CLASSIQUENEWSPoitiers, TAP. Jeudi 12 novembre 2015, 20h30. Mendelssohn, Sibelius, Schumann... Superbe concert symphonique Ă  Poitiers au TAP, ce 12 novembre avec plusieurs oeuvres de compositeurs exaltĂ©s par le spectacle de la nature, flamboyante et insaisissable : Mendelssohn et Schumann, deux romantiques allemands (d’autant plus “naturels” dans ce programme puisque la saison 2015 – 2016 du TAP fĂȘte l’Allemagne) ; mais aussi des Ɠuvres rares et concertantes (avec le concours du violoniste français Nicholas Dautricourt) du plus grand compositeur pour l’orchestre en Finlande : Jean Sibelius.

 

 

 


poitiers-TAP-saison-15-16-jaune-bandeau-582-pour-articles-classiquenewsDùs 18h30

A l’occasion de ce grand concert symphonique de la nouvelle saison 2015-2016 du TAP de Poitiers, les spectateurs pourront assister dĂšs 18h30 au Bar de l’Auditorium Ă  une rencontre confĂ©rence (entrĂ©e libre) en prĂ©sence du chef invitĂ© (Jean-François Verdier) oĂč un comĂ©dien (JĂ©rĂŽme Rouger) Ă©lucidera non sans facĂ©tie les enjeux de la question qui fait dĂ©bat : pourquoi les chefs d’orchestre mĂšnent-ils tout le monde Ă  la baguette ? (premiĂšre de trois sessions programmĂ©es au TAP : les 12 novembre donc, puis 11 fĂ©vrier et 17 mars 2016).

 

 

 

 

Mendelssohn, Sibelius, Schumann

3 poĂštes de la Nature

 

 

 

poitiers-TAP-saison-15-16-jaune-bandeau-582-pour-articles-classiquenewsA 20h30
 La Nature, étourdissante, flamboyante, inspirant un lyrisme éperdu, triomphe dans ce programme qui réunit les Romantiques Mendelssohn et Schumann, et aussi le moderne, génie de la musique symphonique en Finlande, Jean Sibelius (dont 2015 célÚbre le 150Úme anniversaire : LIRE notre dossier Sibelius dossier 2015).

Mendelssohn Felix-MendelssohnD’abord, l’ouverture “Les HĂ©brides” du hambourgeois FĂ©lix Mendelssohn traduit le processus crĂ©ateur que cultivent les compositeurs : la nature leur fournit des sensations souvent vĂ©cues sur le motif (c’est le cas de Mendelssohn, spectateur exaltĂ© pendant un voyage en Ecosse en 1829). L’écriture n’est pas descriptive ou strictement narrative mais plutĂŽt subjective et intensĂ©ment Ă©vocatrice, recomposant le sujet observĂ©, traduisant les riches impressions ressenties devant cette Grotte de Fingal, – autre titre de la piĂšce -,  prodige minĂ©ral balayĂ© et fouettĂ© par la mer,  et qui offre Ă  Mendelssohn panthĂ©iste et naturaliste de premier ordre, l’occasion d’exprimer en musique la grandeur et le caractĂšre surnaturel du spectacle ainsi dĂ©couvert pendant son voyage. RĂ©visĂ©e et achevĂ©e en 1830 (Ă  Paris), l’annĂ©e de la Symphonie Fantastique de Berlioz, l’ouverture “Les HĂ©brides” diffuse intactes, la puissance et la magie de l’impĂ©nĂ©trable Nature.

 

 

 

Sibelius 2015Tout aussi sensible Ă  la Nature, Jean Sibelius (mort en 1957) en Finlande incarne le miracle symphonique scandinave qui prend son essor dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme (aux cĂŽtĂ©s de Nielsen, son contemporain danois). AprĂšs le premier romantique Mendelssohn, Sibelius approfondit encore l’expression musicale de la Nature dans un style encore plus personnel et surtout synthĂ©tique : Ă©lan printanier, Ă©blouissement solaire ou plĂ©nitude suspendue de l’hiver, l’écriture de Sibelius apporte autant que Mahler, le gĂ©nie d’un imaginaire inĂ©dit pour l’orchestre. OĂč le jeu des timbres associĂ©s, le dialogue entre les pupitres (cordes, cuivres, bois et vents), surtout l’exposition unique des thĂšmes caractĂ©risent un style immĂ©diatement reconnaissable par son irrĂ©pressible ardeur, entre passion, mystĂšre, intĂ©rioritĂ©.

Les Deux SĂ©rĂ©nades pour violon et orchestre opus. 69, crĂ©Ă©es en 1915 colorent la sensibilitĂ© instrumentale du compositeur, son souci de la couleur comme de la construction, par une teinte profondĂ©ment mĂ©lancolique (que l’on retrouve aussi dans son exceptionnel Concerto pour violon composĂ© 10 ans auparavant en 1905).

Cycle d’une rare cohĂ©rence poĂ©tique, les Six Humoresques (1917-1919) consultent les pages d’un livre de paysages d’une Ăąpre et pĂ©nĂ©trante beautĂ© : Sibelius y redouble d’exaltation et d’introspection, sachant varier les climats et soigner l’enchaĂźnement des 6 piĂšces dont la derniĂšre, la plus bouleversante, bascule en un rĂȘve intĂ©rieur.

 

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Nicholas Dautricourt, violon (DR)

 

 

 

La Valse triste de 1904 est contemporaine de la composition de la Symphonie n°3 en ut majeur : elle est emblĂ©matique de la rĂ©ception des oeuvres de Sibelius : au dĂ©part destinĂ©e comme musique de scĂšne Ă  la piĂšce Kuolema d’Arvid Jarnefeld, la force pudique de son irrĂ©pressible Ă©lan l’a immĂ©diatement distinguĂ©e et depuis le chef lĂ©gendaire Karajan, (celui mĂ©ditatif et le plus rentrĂ©, – qui aima l’enregistrer avec le Berliner Philharmoniker-), la piĂšce jouĂ©e dĂ©sormais de façon indĂ©pendante, fait partie des grands tubes des concerts symphoniques : elle touche par sa pudeur mesurĂ©e, et son intensitĂ© quasi spirituelle, construite sur le plan favori du compositeur : une croissance progressive du matĂ©riau sonore qui de fait, en sĂ©quence finale, exulte et s’embrase, pour revenir au murmure du dĂ©but. Un chef d’oeuvre dramatique, qui saisit aussi par sa science de l’instrumentation.

 

 

 

 

schumann robert clara essai Philippe andreAprĂšs l’entracte, la Symphonie n°1 «  Le Printemps » de Robert Schumann regarde du cĂŽtĂ© de l’exaltation juvĂ©nile d’un Mendelssohn. En 1841, Schumann est l’heureux Ă©poux de la pianiste Clara Wieck dont le pĂšre n’avait cessĂ© d’oeuvrer pour reporter la noce. ExaltĂ©e elle aussi, mais aussi d’un tendresse qui sait ĂȘtre recueillie et intensĂ©ment pudique (rĂȘverie du Larghetto), la premiĂšre Symphonie de Schumann est un feu ardent et lumineux, le premier essai – rĂ©ussi- du compositeur dans le format symphonique, lui qui n’avait jusque lĂ  que traiter en maĂźtre, les oeuvres pour piano et le lied (mĂ©lodie germanique). Et signe d’une filiation fraternelle prĂ©sente dans le choix du programme de ce concert, c’est Mendelssohn lui-mĂȘme au Gewandhaus de Leipzig, qui crĂ©e la partition le 31 mars 1841, dĂ©livrant cette joie spontanĂ©e, de fait printaniĂšre qui est la couleur gĂ©nĂ©rale de toute la Symphonie.

 

 

 

 

 

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP Théùtre Auditorium
Jeudi 12 novembre 2015, 20h30
Concert Mendelssohn, Sibelius, Schumann

 

 

Felix Mendelssohn : Les HĂ©brides op. 26 (ouverture)

Jean Sibelius :

Sérénade n°2 pour violon et orchestre en sol mineur op. 69,
Humoresques pour violon et orchestre
(Nicholas Dautricourt, violon)

Valse Triste op.44

Robert Schumann : Symphonie n° 1 en si bémol majeur op. 38 Le Printemps 

Orchestre Poitou-Charentes
Jean-François Verdier, direction

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CD, coffret. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd)

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd). D’emblĂ©e l’affiche promet le meilleur en effet : complĂ©ment au rĂ©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux annĂ©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et dĂ©jĂ  en majoritĂ© britanniques (preuve d’un engouement phĂ©nomĂ©nal pour Sibelius chez nos confrĂšres anglo-saxons dĂšs avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois aprĂšs la guerre ne s’est pas dĂ©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les annĂ©es 1950, a mĂȘme gagnĂ© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une intĂ©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super Ă©lĂ©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements lĂ©gendaires. Comme la fiĂšvre millimĂ©trĂ©e d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance (Monteux), d’un dramatisme dĂ©taillĂ© (Gibson), des autres sibĂ©liens qui sur le mĂ©tier symphonique Ă©laborĂ© par un gĂ©nie de l’Ă©criture orchestrale, font preuve d’une Ă©gale implication sidĂ©rante. Aux cĂŽtĂ©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement suprĂȘme au service de partitions captivantes il faut bien le reconnaĂźtre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux cĂŽtĂ©s de la richesse diverse des interprĂ©tations, l’indiscutable gĂ©nie de SĂ©belius, le plus grand symphoniste du XXĂš aprĂšs Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

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collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, vĂ©ritable fleuron inestimable des archives Decca, dĂ©voilent Ă  qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde prophĂ©tique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fiĂšvre, mais aussi une intensitĂ© de braise Ă  son orchestre (LSO), de surcroĂźt ici dans un traitement remastĂ©risĂ© : sens du dĂ©tail, sens de la construction, Ă©lan souverain, surtout fluiditĂ© organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sibĂ©lien comme une source rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute complĂ©mentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interprĂšte des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les annĂ©es 1950, soit 20 ans aprĂšs Kajanus, Anthony Collins partage la mĂȘme foi passionnĂ©e, cette profondeur et cette Ă©nergie Ă©ruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cƓur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de SibĂ©lius Ă©tait gĂ©nial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n°7 (1954) est un modĂšle de prĂ©cision, d’engagement, Ă  la fois dĂ©taillĂ© et ciselĂ© mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y dĂ©ploie reste inĂ©galĂ©e, d’une irrĂ©pressible attractivitĂ© par sa puissance et sa justesse. Des mouvements enchaĂźnĂ©s en un seul, le chef tisse une fresque portĂ©e peu Ă  peu Ă  sa tempĂ©rature de fusion pour que se libĂšre en fin de cycle (Ă  16mn, aprĂšs 19mn), la formule clĂ© : ni rĂ©pĂ©tition, ni redite, ni dĂ©veloppement abusif, tout l’art de l’Ă©loquence resserrĂ©e de Sibelius se concentre ici dans une direction Ă©conome, dĂ©taillĂ©, surexpressive et Ă©tonnamment juste.

Entiers, souverains dans leur compréhension fortement personnalisés, dans le sillon de Collins, les autres chefs accréditent chacun par la justesse de leur approche, ce coffret plus que recommandable : nécessaire pour qui veut écouter plusieurs propositions de caractÚre, à des années lumiÚres de la sonorité lisse et fade servie par les uns et les autres plus récents.

De Anthony Collins Ă  Sir Alexander Gibson...

Sibelius : une tradition londonienne

NPG x129513; Sir Alexander Drummond Gibson by Sefton SamuelsCD11 : le top. Dans une prise magnifique (dĂ©taillĂ© et opulente de 1960), l’Ă©cossais Alexander Gibson (dĂ©cĂ©dĂ© en 1995) montre (avant Gergiev) la vitalitĂ© exubĂ©rante et mordorĂ©e des instrumentistes du LSO London symphony orchestra : vivifiant les vertiges et contrastes de la Symphonie n°5 il stupĂ©fait par sa direction souple et incisive. Houle ocĂ©ane et frĂ©missements Ă  la fois gorgĂ©s de vie et d’une puissance inquiĂ©tante, mais aussi baguette analytique oĂč scintillent tous les instruments en une course saisissante : la vision est Ă©lectrisante : Gibson est un sibĂ©lien de premiĂšre valeur. Plus olympien mais non moins dyonisiaque, Gibson semble 10 ans aprĂšs Collins, recueillir et rĂ©gĂ©nĂ©rer le flux organique et la transe lĂ©guĂ©e au mĂȘme orchestre par Anthony Collins. La science des climats intĂ©rieurs, la tension collective, surtout la construction et les Ă©quilibres sont remarquables… preuve qu’il y a bien une tradition organique et viscĂ©rale de l’interprĂ©tation sibĂ©lienne Ă  Londres. La dĂ©monstration est Ă©loquente et demeure l’enseignement le plus frappant de ce coffret anthologique. Dautant que la prise Decca de 1958 est Ă©blouissante : un modĂšle du genre, dĂ©taillant chaque pupitre, chaque instrument dans le respect des Ă©tagements naturels d’un orchestre en salle. Cuivres et cordes en Ă©tat de transe, lyrisme des bois et scintillement des vents sont Ă©poustouflants. A connaĂźtre en urgence. Gibson, Ă©galement trĂšs grand chef lyrique (il est devenu en 1957, l’annĂ©e qui prĂ©cĂšde cet enregistrement lĂ©gendaire, le plus jeune directeur du Sadler’s Wells Theatre), s’est taillĂ© une trĂšs solide rĂ©putation dans l’interprĂ©tation des rĂ©pertoires nordiques, Nielsen et Sibelius, mais c’est au service de ce dernier que sa direction Ă  la fois Ă©lĂ©gante et trĂšs dĂ©taillĂ©e comme intensĂ©ment dramatique suscite les honneurs. Les annĂ©es 1960 sont florissantes pour ce tempĂ©rament viril et d’une sensibilitĂ© rare : aprĂšs avoir fondĂ© l’OpĂ©ra d’Ecosse en 1962, il est anobli par la reine en 1967. HĂ©doniste certes, Ă  la façon d’un Bernstein qui paraĂźtrait presque plus dĂ©braillĂ© en comparaison, Gibson exprime l’Ă©quilibre des forces premiĂšres d’une nature rĂ©ellement indomptable oĂč par blocs entiers, il dĂ©place le curseur, imposant tour Ă  tour, l’harmonie des bois, la frĂ©nĂ©sie des cordes, l’ampleur hallucinante des cuivres (jusque dans leur dissonances vertigineuses), chacun affirmant au dessus des autres mais trĂšs sereinement sa propre Ă©nergie. Le troisiĂšme et dernier mouvement est d’une force et d’une limpiditĂ© inouĂŻe, exprimant ce dialogue sous-jacent entre toutes les parties, portĂ©s Ă  un degrĂ© d’intensitĂ© dansante (jusqu’au 7 accords finaux, taillĂ©s comme des gemmes). Rien que pour cette lecture, le coffret mĂ©rite toutes les palmes. Dautant que succĂšdent Ă  cette 5Ăšme exceptionnelle, les Suites Karela, Roi Christian II, et dans leur premiĂšre rĂ©alisation discographique : l’Intermezzo de pellĂ©as, la Valse triste, Finlandia.

monteux pierrePierre Monteux (cd 10) participe aussi au prestige sibĂ©lien du LSO dans une Symphonie n°2 (1952) Ă  tomber, rugueuse et Ăąpre d’une vitalitĂ© printaniĂšre et mordante quand il faut l’ĂȘtre ; animĂ©e, hallucinĂ©e, et pourtant sculptĂ©e comme peu autour de lui, avec un goĂ»t (français?), une Ă©lĂ©gance dĂ©taillĂ©e et analytique qui saisit. Ce dramatisme Ă©pique, cette vision scintillante se distinguent aussi nettement par son souffle et sa prĂ©cision, un goĂ»t et un style admirables. D’autant quen immense chef lyrique, Monteux sait aussi caractĂ©riser un climat, un Ă©pisode avec une rythmique organique trĂ©pidante (Vivacissimo du 3me mouvement jouĂ© trĂšs nerveux et vif, sans Ă©quivalent dans la discographie, contrastant avec le lento e suave, en un geste ample, fluide, vertigineux : la science de la direction est magistrale., et quelle sonoritĂ© des cuivres, aussi nobles et spectaculaires que sous la direction de Gibson.

Van Beinem avec le London Philharmoonic orchestra et le soliste Jan Damen offre une intĂ©ressante lecture du Concerto pour violon (1953) : beaucoup de fiĂšvre dans l’esprit de Collins mais dĂ©jĂ  la flamme s’est assagie.

rosbaud Hans-Rosbaud-350Hans Rosbaud Ă  la tĂȘte du Berliner Philharmoniker (1954, 1955, 1957, 1958) dans une esthĂ©tique plus compacte, nĂ©anmoins riche en sursauts et souci du dĂ©tail, montre combien Sibelius relĂšve de Wagner, Bruckner et des russes dont TchaĂŻkovski Ă©videmment, n’hĂ©sitant pas Ă  obtenir des tensions telluriques entre les pupitres de l’orchestre. De Finlandia, il fait surgir le monstre indomptable puis dansant en une transe assourdissante. Le geste reste viscĂ©ralement enflammĂ©.

L’heureux couplage prĂ©sente aussi les Ɠuvres chambristes dont le Quatuor Voces intimae qui rĂ©vĂšle au fond le vrai tempĂ©rament de Sibelius : celui d’un contemplatif introspectif, grave sans ĂȘtre dĂ©pressif (Griller Quartet, 1951).

tuxen erikSur le mĂȘme cd 6, la version de la Symphonie 5 opus 82 par Erik Tuxen et l’orchestre national symphonique de la Radio Danoise en 1952, est toute de finesse et de mystĂšre sensuel : preuve que dans les rivages nordiques proches, le massif sibĂ©lien, riche en paysage, inspire particuliĂšrement un chef visiblement habitĂ© par le souci et la conscience du gĂ©nial compositeur. Tuxen libĂšre la force sauvage et le feu printanier, – encore bien prĂ©sents au terme des 7 derniers accords-, une activitĂ© souterraine et primitive, ses Ă©clairs intimes comme sa furieuse Ă©nergie avec toujours un souci de l’Ă©quilibre et du relief des instruments qui s’avĂšre passionnant. Tuxen emporte avec une rage conquĂ©rante Finlandia en 1954 :geste vif, fusion lumineuse des instruments, surtout fiĂšvre collective, miroir emblĂšme de toute une nation qui se lĂšve et affirme son indĂ©pendance.

CD, compte rendu critique. Coffret Jean Sibelius : great performances. Symphonies, musiques de scÚne et poÚmes symphoniques: Alexander Gibson, Anthony Collins, Bertil Bokstedt, Charles Mackerras, Eduard Beinum, Hans Rosbaud, Pierre Monteux. London Symphony orchestra, Danish state radio symphony orchestra, Concert gebouw orchestra, Berliner Philharmoniker, London Proms symphony orchestra. Mélodies : Birgit Nilsson, Kirsten Flagstad. Enregistrements réalisés de 1950 à 1960 (11 cd Decca 478 8589). CLIC de classiquenews octobre 2015.

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics

sibelius warner historical recordings 1928 1945 warner box 7 cd coffret critique review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics). Des gravures “historiques”, – soit les premiĂšres dans l’histoire du microsillon, celles par exemple de Robert Kajanus (avec le London Symphony orchestra en juin 1932 (Symphonies 3 et 5, d’une irrĂ©pressible tension complĂ©tĂ©e par un grande subtilitĂ© expressive, en particulier cette Ă©coute de l’urgence intĂ©rieure, cette dĂ©termination lyrique et parfois avant Bernstein, Ă©chevelĂ©e, dĂ©lirante mais si juste, et ce souci du lien organique structurant les parties entre elles), surgit une leçon d’interprĂ©tation qui fait tout l’intĂ©rĂȘt du prĂ©sent coffret de 7cd Ă©ditĂ© par Warner et qui pour la plupart regroupe des chefs travaillant Ă©videmment Ă  Londres et que Sibelus a pu connaĂźtre, et dont il a pu pour certains, valider leur propre approche. C’est Ă©videmment le cas de Robert Kajanus dĂ©cĂ©dĂ© en 1933 qui est d’autant plus exemplaire parmi les pionniers et dĂ©fenseurs de la premiĂšre heure sibĂ©lienne, qu’il a crĂ©Ă© nombre de ses Ɠuvres, ou les a fait connaĂźtre en Europe hors de Finlande avec la complicitĂ© du MaĂźtre. Compositeur lui aussi, Ă©galement auteur d’un Symphonie Kullervo (comme la piĂšce de Sibelius), Kajanus entre 1890 et jusqu’Ă  sa mort, ne cesse de faire connaĂźtre les Ɠuvres de son compatriote : Kajanus dirige le premier orchestre symphonique d’Helsinki au dĂ©but des annĂ©es 1880 puis joue (entre autres) les oeuvres de Sibelius Ă  Paris pour l’expo Universelle de 1900 (Symphonie n°1, Suite du roi Christian II, Le cygne de Tuonela, Finlandia et Le retour de LemminkĂ€inen… soit une synthĂšse de l’univers sibĂ©lien. C’est cependant un Ă©clairage sur son engagement sibĂ©lien des annĂ©es 1930 que Warner met ici en lumiĂšre.

 

 

 

 

 

 

Kajanus, Boult, Beecham, Stokowski, Koussevitzky…

Les premiers Sibéliens à Londres autour de 1930

 

 

Pour Warner, Kajanus enregistre dans les annĂ©es 1930, soit quelques annĂ©es avant sa mort, les Symphonies 1, 3 (cd1), surtout 3 (Ă©poustouflante de vivacitĂ© subtile) et 5 (d’une fraĂźcheur Ă©ruptive rafraĂźchissante ; Symphonies 3 et 5 sont dans le cd2). Et dans le studio rĂšgne dĂ©jĂ  un certain Walter Legge, futur grand producteur et mari de la Schwarzkopf… Kajanus fixe aussi pour la SociĂ©tĂ© SibĂ©lius et Warner, l’Ă©blouissante musique de scĂšne, trĂšs allusive et orientalisante (Solitude, Nocturne) : Alexander Feast – la banquet d’Alexandre, d’aprĂšs la piĂšce de Hjalmar ProcopĂ© (Suite opus 51, cd3, juin 1932).

A la suite de l’indĂ©fectible Ă©nergie du pionnier Kajanus, les chefs de l’intelligentsia londonienne s’emparent du miracle symphonique sibĂ©lien au point de l’inscrire au programme ordinaire des Prom’s, assurant ainsi une renommĂ©e croissante pour Sibelius dont il font un maĂźtre absolu du langage symphonique : ainsi les chefs ici d’un geste captivant : Sir Adrian Boult (coupes vive et tranchante des OcĂ©anides opus 55, cd3, janvier 1936, conçus comme une vaste chevauchĂ©e haletante d’une gravitĂ© irrĂ©sistible), Thomas Beecham (Concerto pour violon avec Jasha Heiffetz en 1935, Symphonie n°4 de 1937, Finlandia en 1938, avec le London Philharmonia orchestra), ou Serge Koussevitzky (Symphonie n°7 gonflĂ©e Ă  bloc, d’un souffle prenant en 1933 avec le BBC SO) et Leopold Stokowski…

Autres fleurons propres au tournant des annĂ©es 1930 – suractivitĂ© des studios louĂ©s par la Warner soucieuse de fixer les grands interprĂštes sibĂ©liens d’alors : le Quatuor opus 56 par le Budapest String Quartet (aoĂ»t 1933, cd7) : qui plonge dans des abysses de profondeur intime et Ă©nigmatique : Ă  connaĂźtre Ă©videmment;

Le coffret Warner tĂ©moigne d’un engouement sans prĂ©cĂ©dent pour les Ɠuvres orchestrales et vocales de Sibelius autour de 1930 ; les chefs londoniens se sont alros emparĂ©s du mythe encore vivant, rĂ©vĂ©lant sous sa langue si originale, un souffle Ă  la fois panthĂ©iste et une vision esthĂ©tique et poĂ©tique qui rappelle par la modernitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de sa construction, Beethoven lui-mĂȘme.

 

 

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics).

 

 

CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2Ăšme symphonie, LemminkaĂŻnen (ONBA, Paul Daniel, 2015, 1 cd ONBA Live, Actes Sud)

sibelius symphonie 2 retour de Lemminkainen onba bordeaux paul daniel direction actes sud musicales_cd_review_critique_compte rendu CLASSIQUENEWS cd review critique cd octobre 2015CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2Ăšme symphonie, LemminkaĂŻnen (ONBA, Paul Daniel, 2015, 1 cd ONBA Live, Actes Sud). Suite de la collection initiĂ©e par l’Orchestre de Bordeaux et Actes Sud : un cycle de live dĂ©voilant la performance de la phalange bordelaise souvent Ă  l’Auditorium local dans des programmes destinĂ©s Ă  rassembler l’audience des mĂ©lomanes locaux ou cĂ©lĂ©brer des anniversaires incontournables. Evidemment pour les 150 ans de la naissance du plus grand symphoniste europĂ©en au XIXĂšme avec Mahler s’entend, et pour la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš, l’ONBA et son chef Paul Daniel (depuis septembre 2013) se devaient de lire l’ardente vivacitĂ© de Sibelius dans un programme de fait trĂšs accessible : les milles sĂ©ductions de la Symphonie n°2, composĂ© en 1902 au moment oĂč Mahler rĂ©dige sa 5Ăšme, amoureuse et si sensuelle- ; la Symphonie n°2 de Sibelius est une vaste fresque panthĂ©iste, d’un souffle irrĂ©pressible et irrĂ©sistible, ont Ă©tĂ© auparavant compris et magnifiquement servis par Bernstein le bacchique, ou Karajan l’Olympien. Ce dernier servi lui-mĂȘme par une prise de son exemplaire (voir chez ses enregistrements chez DG rĂ©cemment rĂ©Ă©ditĂ©s dans le coffret Edition Sibelius 2015, CLIC de classiquenews d’octobre 2015), Ă©crase la discographie d’autant qu’ici l’ingĂ©nieur du son prĂ©fĂšre lisser et fusionner toutes les aspĂ©ritĂ©s de la partition, propre Ă  la recherche de couleurs d’un SibĂ©lius en communion Ă©troite avec les moindres frĂ©missements de la nature, nature matricielle, nature irrĂ©ductible Ă  toute expression qui la caricaturerait : entre l’organique dĂ©bridĂ© de Bernstein, et le contrĂŽle hĂ©doniste et si dĂ©taillĂ©, -palpitant- d’un Karajan, Paul Daniel s’appuie sur l’Ă©quilibre et la grande cohĂ©rence d’une sonoritĂ© solaire, avec un souci permanent des Ă©quilibres au point de gommer (comme la prise de son) les Ă©tagements sonores, la vitalitĂ© des contrastes entres les sĂ©quences et malgrĂ© la trĂšs grande caractĂ©risation de chaque pupitre.

 

 

Pourtant en verve et dĂ©taillĂ©, le chef Paul Daniel n’est pas un sibĂ©lien

Sibelius solennel, clinquant, dénaturé

ONBA_Paul-Daniel-Nicolas-Joubard-4--708x350Cependant, son Sibelius sonne solennel et pafois grandiose, quant les plus grands chefs sibĂ©liens sont restĂ©s organiques et frĂ©missants. C’est un Sibelius plus wagnĂ©risĂ© que proche de Tchaikovski (rĂ©fĂ©rence trĂšs prĂ©sente dans cette seconde symphonie). Le Sibelius de Daniel est ressenti et restituĂ©e comme une ascĂšse nettoyĂ©e de ses doutes, vertiges, gouffres pourtant inscrits et prĂ©sents dans la partition. Classique dans ses dĂ©veloppements et sa comprĂ©hension, Daniel s’entend Ă  gommer les Ă©carts qui contredise son souci d’Ă©quilibre, or la Symphonie n°2 (Allegretto) est un condensĂ© de toute la dĂ©marche esthĂ©tique de Sibelius, tiraillĂ© dans la croissance organique de la forme, entre organisation et dĂ©structuration, implosion et reconstruction : tout l’Ă©difice se nourrit de ses deux forces antinomiques mais indissociables et complĂ©mentaires. Le second mouvement tempo andante soufre d’une asthĂ©nie fonciĂšre, attĂ©nuation qui finit par lisser tous les plans et rĂ©duire les sĂ©quences pourtant nettement contrastĂ©es en une continuitĂ© dĂ©vitalisĂ©e : c’est le mouvement le plus contestable de cette approche certes originale mais qui frĂŽle le contresens. L’aspiration finale de ce 2Ăš mouvement est comme dĂ©vitalisĂ©e, son effet irrĂ©pressible et viscĂ©ral d’aspiration (11’34), totalement gommĂ©, quel dommage. Trop lisse, trop conforme, trop rond dans son approche, nous voulons citer le dĂ©sir de rugositĂ© et de force primitive d’un Sibelius qui s’adressant Ă  son Ă©lĂšve Bengt von Törne, et dĂ©signant comme illustration de sa dĂ©monstration des rochers de granit : “Quand nous les voyons, nous savons pourquoi nous capables de traiter l’orchestre comme nous le faisons”. DĂ©claration qui vaut intention esthĂ©tique pour toutes ses symphonies et qui est justement citĂ© dans la notice du livre cd. Epars, Ă©clatĂ©, fractionnĂ©, diluĂ©, la chef ne parvient pas Ă  maintenir un fil centralisateur dans le dĂ©roulement confus et pour le coup dĂ©sorganisĂ© du 3Ăšme mouvement vivacissimo, pour le coup totalement dĂ©cousu. Ici le chef hors sujet semble assembler les Ă©pisodes sans en comprendre l’enchaĂźnement ni la structure inhĂ©rente et souterraine : la logique sibĂ©lienne, organique, Ă  la fois Ă©clatĂ©e mais unitaire, lui Ă©chappe dĂ©finitivement. Le cycle est rĂ©duit Ă  une succession polie, plutĂŽt terne, oĂč le sens profond qui naĂźt des contrastes enchaĂźnĂ©s est absent. La formidable continuitĂ© avec le dernier mouvement et sa fanfare incandescente sont tout autant amollis, sans nerf, attĂ©nuĂ©, et sur un tempo dĂ©pressif : quel manque de passion (au sens oĂč l’entendait Benrstein : Ă©coutez en urgence ce que le chef amĂ©ricain, Ă©perdu, ivre, Ă©chevelĂ© fait autrement entendre). Que ce Sibelius sonne mesurĂ©, assagi, dĂ©vitalisĂ©. Paul Daniel n’est pas sibĂ©lien. Le geste est clair, articulĂ©, Ă©quilibrĂ© mais tellement timorĂ© : l’assemblage ne prend pas. Manque de vision globale de souffle prenant, incandescent, fulgurant. Le chef passe manifestement Ă  cĂŽtĂ©, dans un finale rien que dĂ©monstratif et grandiloquent, en dĂ©finitive lourd et presque racoleur, sans aucune fiĂšvre. Quelle dĂ©ception et quelle incomprĂ©hension profonde de l’Ă©criture sibĂ©lienne.

 

 

Bon couplage que d’associer ici Ă  la Symphonie n°2, Le retour de LemminkaĂŻnen (1896) opus 22 de plus de 7mn, lui-mĂȘme Ă©pisode final de son cycle LemminkaĂŻnen, qui est une partition passionnante en ce qu’elle permet d’entendre l’assemblage progressif en une totalitĂ© organique Ă  partir d’Ă©lĂ©ments Ă©pars exposĂ©s au prĂ©alable comme prĂ©supposĂ©s. La construction du drame et son dĂ©roulement Ă©vitent toute redite, le point culminant sur le plan de l’expression correspond au final : ici doit se rĂ©aliser la reconstruction salvatrice du hĂ©ros qui a Ă©chappĂ© Ă  la mort et la rĂ©unification de son propre corps dit sa rĂ©surrection et sa victoire finale (Ă  la maniĂšre du mythe Ă©gyptien d’Osiris, dieu des morts qui ayant ressuscitĂ© comme le Christ est aussi dieu de la RĂ©surrection). Saisi comme le chant d’une chevauchĂ©e, ou comme l’Ă©veil d’un printemps, frĂ©missant grĂące Ă  l’acuitĂ© des instrumentistes, Daniel semble trouver une plus juste vision ici, mais hĂ©las, l’enchaĂźnement des Ă©pisodes confine Ă  la fraction : tout est magnifiquement dĂ©taillĂ© et caractĂ©risĂ© comme une mosaĂŻque de sĂ©quences Ă©parses. Mais la vision unitaire et fĂ©dĂ©ratrice qui fusionne les Ă©lĂ©ments en une totalitĂ© mouvante et indivisible… ? Dans l’Ă©noncĂ© dĂ©taillĂ©, le geste est sĂ©ducteur.Mais dans la continuitĂ©, la vision ne laisse pas de nous laisser dubitatif, dans une prise de son qui noie les Ă©tagements des pupitres. Etrange vision oĂč Sibelius sort plus dĂ©naturĂ© que grandi. Et ces tutti conclusifs rien que ronflants et dĂ©monstratifs. A bannir malheureusement. PrĂ©fĂ©rez nettement les approches autrement plus captivantes et justes de Bernstein et Karajan, toutes rĂ©Ă©ditĂ©es Ă  prix compĂ©titif pour l’anniversaire Sibelius 2015.

 

 

 

sibelius symphonie 2 retour de Lemminkainen onba bordeaux paul daniel direction actes sud musicales_cd_review_critique_compte rendu CLASSIQUENEWS cd review critique cd octobre 2015CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2Ăšme symphonie, Le retour de LemminkaĂŻnen. Orchestre national de Bordeaux. Paul Daniel, direction. Live enregsitrement rĂ©alisĂ© Ă  Bordeaux en avril 2015. Collection ONBA Live, Musicales Actes Sud, parution : octobre, 2015 / 13,0 x 18,0 / 56 pages. ISBN 314-9-02807-012-5. Prix indicatif : 18, 62€

 

 

CD. Coffret événement, compte rendu critique. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical.

Bernstein sibelius  remasterised edition the symphonies 7 cd sony classical compte rendu critique cd classiquenews juin 2015 sony88875026142CD. Coffret Ă©vĂ©nement. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical. Leonard Bernstein, – comme c’est le cas de Mahler, est le premier chef Ă  s’intĂ©resser spĂ©cifiquement aux Symphonies de Sibelius : voici rĂ©Ă©ditĂ© en version remastĂ©risĂ©e, le cycle des 7 Symphonies du compositeur finnois, premiĂšre intĂ©grale enregistrĂ©e au disque par le maestro quadragĂ©naire (Bernstein est nĂ© en 1918). Depuis Anthony Collins dans les annĂ©es 1950, et surtout Serge Koussevitsky pionnier et crĂ©ateur pour Sibelius, il n’existait pas de cycles symphoniques dĂ©diĂ©s aux Symphonies de Sibelius, en particulier de corpus spĂ©cifiquement enregistrĂ©. L’épopĂ©e visionnaire et fondatrice de Leonard Bernstein pour l’intĂ©grale des Symphonies de Sibelius, en complicitĂ© avec le Philharmonic de New York, remonte Ă  mars 1960 (7Ăšme) et jusqu’à mai 1967 (6Ăšme). C’est la premiĂšre intĂ©grale de l’histoire du disque.

Leonard-bernstein-1960En vĂ©ritĂ©, la connaissance de Bernstein et son amour pour le Finnois remontent Ă  beaucoup plus loin. Assistant Ă  Tanglewood du mĂȘme Koussevitzky, le jeune Bernstein des annĂ©es 1940 apprend auprĂšs de son maĂźtre, une maĂźtrise orchestrale inĂ©dite et aussi un goĂ»t spĂ©cifique pour les symphonistes du XXĂš. Ecartant Richard Strauss, il s’engage logiquement pour Gustav Mahler (prolongeant l’oeuvre de Bruno Walter) et surtout se passionne avec un zĂšle d’une juvĂ©nile ardeur pour le catalogue sibĂ©lien. Les 7 Symphonies de ce coffret en tĂ©moignent, de surcroĂźt dans une prise de son remastĂ©risĂ©e qui dĂ©voile tout ce travail sur l’équilibrage des pupitres et le choix des tempo, d’un mouvement Ă  l’autre, d’une symphonie Ă  l’autre. DĂšs 1960, dans la 7Ăšme, Bernstein opte pour une vision Ă©lastique et versatile des tempo selon les mouvements : ralentissant volontiers pour mieux accuser la profondeur poĂ©tique des atmosphĂšres (comme dans l’Adagio Ă©tirĂ© de la 2Ăšme ; introspection Ă©tale – trop?-, dans le Finale de la 4Ăšme de 1909), tout en assurant la continuitĂ© et le jeu des correspondances organiques d’une sĂ©quence Ă  l’autre. Bernstein assure la vision de l’architecte tout en ciselant des dĂ©tails d’ornementation ou d’orchestration saisissant de finesse.
Cette 7Úme, synthÚse de toute la pensée symphonique et musicale de Sibelius, reste le testament le mieux affiné de Bernstein, plus proche des tempo -lents- de son mentor Koussevitzky-, rompant avec la rapidité voulue par Sibelius et que respecte Beecham par exemple.

Bernstein : le legs Sibelius remastĂ©risĂ©Plus instinctive et sentimentale, moins intellectuelle et analytique (comme cela peut ĂȘtre le cas d’un Rattle), la passion de Bernstein pour Sibelius rĂ©vĂšle des trĂ©sors d’invention instrumentale, d’autant plus passionnants que le traitement remastĂ©risĂ© des bandes de 1960 Ă  1967 nettoyĂ©es (restituĂ©es dans leur prise originelle soit 24 bit / 96 khz), souligne ce travail particulier sur les combinaisons de timbres, couleurs, caractĂšres et climats enchaĂźnĂ©s (les bois clarinettes, bassons et hautbois, le tapis des cordes, les cuivres aussi
 gagnent en particulier un relief particulier) qui nous placent au cƓur du fourneau orchestral, comme si nous Ă©tions au cƓur du cyclone, dans la matrice Ă  la fois euphorique et palpitante de la matiĂšre sonore (expression du fatum dans l’ample Andante de la IIĂš, ou questionnement perpĂ©tuel du Finale de la 6Ăšme, Ă  la fois accomplissement et ouverture baignĂ©es de mystĂšre : la clĂ© des symphonies de Sibelius ne serait-elle pas dans leurs derniĂšres mesures, toutes Ă©noncĂ©s comme des Ă©nigmes?).

CLIC_macaron_2014Aujourd’hui le geste de Bernstein Ă  la tĂȘte du Philharmonic de New York outre qu’il montre la souplesse transparente dont est capable la phalange amĂ©ricaine, insiste sur la problĂ©matique clĂ© de l’oeuvre sibĂ©lien : le rapport du dĂ©veloppement de la forme rapportĂ© Ă  son expressivitĂ©. Adepte de la synthĂšse voire de la litote, Sibelius n’a cessĂ© d’interroger le sens mĂȘme du dĂ©veloppement symphonique : que dire et dans quel discours, dans quel « programme », de quelle façon, selon quel « plan » ? A la fois musique pure et aussi climats musicaux que l’on ne saurait dĂ©tacher d’un Ă©vident panthĂ©isme, chaque Symphonie de Sibelius recueille et prolonge l’enseignement des grands maĂźtres qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, Tchaikovski, Mahler, Brahms
 C’est un laboratoire qui renouvelle totalement les choix du vocabulaire instrumental et l’architecture structurelle de chacune des piĂšces symphoniques. Des classiques premiĂšres Ă  la suprĂȘme synthĂšse : cette 7Ăšme aux mouvements fondus, enchaĂźnĂ©s, en un flux permanent de moins de 
23 mn prĂ©cisĂ©ment (sous sa baguette).
L’ivresse dionysiaque que Bernstein est le seul Ă  Ă©panouir chez Sibelius, avec cette acuitĂ© et cette sensualitĂ© dĂ©bridĂ©e, Ă©tonne toujours aujourd’hui. C’est le fruit manifeste d’une complicitĂ© Ă©vidente entre un chef et son orchestre, entre un interprĂšte et un monde sonore, en totale affinitĂ©. Une identification du chef au compositeur que l’on retrouve par exemple chez Karajan, s’agissant des Symphonies de Beethoven ou de Tchaikovski. Le legs discographique de Bernstein chez Sibelius est d’autant plus prĂ©cieux que Karajan n’eut jamais le dĂ©sir ni l’inspiration d’enregistrer les Symphonies de Sibelius (Ă  l’exception de Finlandia, le cygne de Tuonela, la Valse triste et Tapiola, en fĂ©vrier 1984 avec le Berliner Phil. : LIRE notre critique du coffret Karajan, les annĂ©es 1980 chez Deutsche Grammophon).

bernstein-350-539-home-mag-cd-symphonies-de-sibelius-Le coffret Sony classical 2015 comprend outre les 7 Symphonies, le Concert pour violon avec le violoniste français Zino Francescati (New York, 1963), ou d’autres morceaux indĂ©modables nĂ©s du gĂ©nie de Sibelius : La Valse triste, Le Cygne de Tuonela, Finlandia, La Fille de Pohjola, Luonnotar (soprano soliste : Phyllis Curtin), et proche du monde sibĂ©lien, l’univers onirique / Ă©pique de son confrĂšre norvĂ©gien, Grieg (Suites de Peer Gynt).
Il faut absolument Ă©couter lcomme un choix prioritaire le cd 5, rĂ©unissant comme en un Ă©cart rĂ©capitulatif les 6Ăšme de 1967, et 7Ăšme de 1960. La clartĂ© scintillante qui Ă©blouit le flux continu de la 6Ăšme, la rĂ© mineur (la plus autobiographique probablement, comme l’est aussi celle de Mahler) dĂšs son amorce allegro, d’un Ă©panouissement sonore rarement exprimĂ© avec autant de plĂ©nitude, semĂ© d’éclairs dramatiques, captive : le final du premier mouvement s’achĂšve comme une question sans rĂ©ponse. L’hĂ©donisme sensuel, la vitalitĂ© et l’hypersensibilitĂ© de la direction font merveille dans une symphonie qui est l’expression mĂȘme de l’ñme et de la sensibilitĂ©. EnchaĂźnĂ©e avec le 7Ăšme et pourtant distante de 7 annĂ©es, la 7Ăšme touche par son Ă©conomie, l’incandescence de sa matiĂšre sonore portĂ©e Ă  la fusion : Bernstein nous offre un mĂ©tal d’une puretĂ© absolue, faisant couler la riche texture sibĂ©lienne gorgĂ©e de ce soleil Ă©blouissant dont il a le secret dans cette gravure mythique de 1960 : l’amorce de son cycle discographique oĂč prĂ©servant la fine cohĂ©rence structurelle de la Symphonie en un seul mouvement, la versatilitĂ© rythmique, le raffinement agogique, saisissent du dĂ©but Ă  la fin. Un must absolu.

Plurielle et gĂ©nĂ©reuse, d’un fini instrumental exceptionnel admirablement servi par la nouvelle prise de son nettoyĂ©e dans cette rĂ©Ă©dition 2015, la vision de Bernstein sort rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, bouillonnante et dansante, d’une ivresse atmosphĂ©rique, souvent irrĂ©sistible. Chez Sibelius, Bernstein fait chanter les plus profondes aspirations de l’ñme.

CD, coffret, compte rendu critique. Bernstein : Sibelius. Remastered edition, The Symphonies. 7 cd Sony classical. CLIC de classiquenews.
LIRE aussi notre grand dossier Sibelius 2015.

Track listing / programme du coffret Sibelius par Bernstein 2015 :

Bruch: Violin Concerto No. 1 in G minor, Op. 26
Grieg: Peer Gynt Suite No. 1, Op. 46, Peer Gynt Suite No. 2, Op. 55
Sibelius: intégrale des Symphonies n°1 à 7.
Violin Concerto in D minor, Op. 47
Zino Francescatti (violin)
Valse Triste, Op. 44 No. 1
LemminkÀinen Suite, Op. 22: The Swan of Tuonela (No. 2)
Finlandia, Op. 26. Luonnotar, Op. 70 (Text: Kalevala)
Phyllis Curtin (soprano)

Concerto pour violon de Sibelius

logo_francemusiquesibelius vieuxFrance Musique. Dimanche 14 juin 2015, 20h30. Jean Sibelius: Concerto pour violon et orchestre en rĂ© mineur op.47. Le Concerto pour violon de Sibelius en rĂ© majeur est assurĂ©ment son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposĂ© naturellement auprĂšs du public. L’opus 47 en rĂ© majeur fut composĂ© en 1903 et, aprĂšs rĂ©vision, crĂ©Ă© sous la direction de Richard Strauss en 1905 Ă  Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “AĂŻnola”, Ă  Jarvenpaa, en pleine forĂȘt, Ă  30km d’Helsinki. Un lieu Ă©tonnamment prĂ©servĂ© de nos jours, qui dĂ©voile l’antre secret d’un auteur qui aima cultiver des rĂ©sonances privilĂ©giĂ©es avec le motif naturel.

Longtemps minimisĂ© en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa nĂ©anmoins en raison des difficultĂ©s techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuositĂ© exigeante, le Concerto de Sibelius demande tout autant, concentration, intĂ©rioritĂ©, Ă©conomie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualitĂ©s qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es grĂące Ă  la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille.

D’une incontestable inspiration lyrique nĂ©o-romantique, la partition dĂ©veloppe une forme libre, rhapsodique, mĂȘme si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. MĂȘme si l’inspiration naturelle, panthĂ©iste, du compositeur s’exprime avec clartĂ©, en particulier d’aprĂšs le motif naturel des forĂȘts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxiĂšme mouvement pourrait convoquer les impressions mĂ©diterranĂ©ennes vĂ©cues pendant son sĂ©jour en Italie.

Dans sa version révisée de 1905, la partition saisit par sa force lyrique, son hyper virtuosité, mesurée, jamais gratuite
 une plongée romantique particuliÚrement engageante que le soliste doit traiter avec une tension remarquable dans les premiers et seconds mouvements; avec clarté structurelle aussi dans le dernier: un jeu tout en nuances et une élégance suggestive tirent le Concerto sibélien vers ses sommets allusifs et intérieurs. Assurément un sommet de la musique du début du XXÚme siÚcle et la preuve éloquente du génie de Sibelius dont 2015 marque le 150Úme anniversaire de la naissance.

LIRE aussi notre dossier spécial SIBELIUS 2015 : 150Úme anniversaire de la naissance

7Ăšme de Sibelius en direct de Radio France

Le Concerto pour violon de SibeliusFrance Musique. Sibelius : Symphonie n°7. Vendredi 24 avril 2015,20h. En direct de Radio France, concert Sibelius Ă  l’occasion de l’anniversaire 2015 qui marque le centenaire du compositeur finnois, trĂ©sor national et gĂ©nie orchestral du XXĂšme. C’est aussi l’engagement du nouveau directeur musical du Philharmonique de Radio France, Mikko Franck, lui-mĂȘme particuliĂšrement investi par le rĂ©pertoire finlandais. Le maestro, l’une des plus fines baguettes actuelles, rend ce direct parisien, incontournable.

Testament orchestral. CrĂ©Ă©e Ă  Stockholm dĂšs le 24 mars 1924, la derniĂšre symphonie de Sibelius ne sera entendue du public finlandais qu’en 1927. En un seul mouvement, elle pourrait s’apparenter Ă  une fantaisie symphonique, mais son dĂ©veloppement d’une irrĂ©pressible croissance organique, traversĂ©e par un souffle depuis son dĂ©but, porte les ultimes recherches du compositeur, qui fusionne tous les mouvements en un seul. Et de façon gĂ©nial. La hauteur de l’inspiration qui s’y dĂ©ploie, de façon noble et sereine, a conduit le chef Serge Koussevitsky Ă  nommer Sibelius, le Parsifal Finlandais. Le sentiment de majestĂ© est induit par les trombones, instruments phares de la partition. C’est une Ă©lĂ©vation progressive, continue qui traverse au-dessus des cimes, nuages, Ă©pisodes plus sombres et dĂ©sĂ©quilibrĂ©s, puis se rĂ©alise dans la pleine sĂ©rĂ©nitĂ©.
Sibelius y conçoit une orchestration des plus fines (flĂ»tes, hautbois, bassons
). Porteuse de visions et d’illuminations personnelles, la partition devait ĂȘtre suivie d’une huitiĂšme Symphonie. Mais le
compositeur détruira les amorces de la nouvelle construction, pour ne laisser en guise de testament musical, que sa septiÚme et donc derniÚre Symphonie n°7.

logo_francemusiqueFrance Musique. Sibelius : Symphonie n°7. Vendredi 24 avril 2015,20h. Sibelius : Le Roi Christian II, Concerto pour violon, En Saga, Symphonie n°7. Alina Pogotskina, violon. Philharmonique de Radio France. Mikko Franck, direction.

Concerto pour violon de Sibelius

logo_francemusiquesibelius vieuxFrance Musique. Dimanche 5 avril 2015, 20h30. Jean Sibelius: Concerto pour violon et orchestre en rĂ© mineur op.47. Le Concerto pour violon de Sibelius en rĂ© majeur est assurĂ©ment son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposĂ© naturellement auprĂšs du public. L’opus 47 en rĂ© majeur fut composĂ© en 1903 et, aprĂšs rĂ©vision, crĂ©Ă© sous la direction de Richard Strauss en 1905 Ă  Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “AĂŻnola”, Ă  Jarvenpaa, en pleine forĂȘt, Ă  30km d’Helsinki. Un lieu Ă©tonnamment prĂ©servĂ© de nos jours, qui dĂ©voile l’antre secret d’un auteur qui aima cultiver des rĂ©sonances privilĂ©giĂ©es avec le motif naturel.

Longtemps minimisĂ© en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa nĂ©anmoins en raison des difficultĂ©s techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuositĂ© exigeante, le Concerto de Sibelius demande tout autant, concentration, intĂ©rioritĂ©, Ă©conomie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualitĂ©s qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es grĂące Ă  la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille.

D’une incontestable inspiration lyrique nĂ©o-romantique, la partition dĂ©veloppe une forme libre, rhapsodique, mĂȘme si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. MĂȘme si l’inspiration naturelle, panthĂ©iste, du compositeur s’exprime avec clartĂ©, en particulier d’aprĂšs le motif naturel des forĂȘts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxiĂšme mouvement pourrait convoquer les impressions mĂ©diterranĂ©ennes vĂ©cues pendant son sĂ©jour en Italie.

Dans sa version révisée de 1905, la partition saisit par sa force lyrique, son hyper virtuosité, mesurée, jamais gratuite
 une plongée romantique particuliÚrement engageante que le soliste doit traiter avec une tension remarquable dans les premiers et seconds mouvements; avec clarté structurelle aussi dans le dernier: un jeu tout en nuances et une élégance suggestive tirent le Concerto sibélien vers ses sommets allusifs et intérieurs. Assurément un sommet de la musique du début du XXÚme siÚcle et la preuve éloquente du génie de Sibelius dont 2015 marque le 150Úme anniversaire de la naissance.

LIRE aussi notre dossier spécial SIBELIUS 2015 : 150Úme anniversaire de la naissance

LIVRES. Sibelius, les cygnes et le silence par Richard Millet (Gallimard)

sibelius  richard millet gallimard essai musiqueLIVRES. Sibelius, les cygnes et le silence par Richard Millet (Gallimard). L’intĂ©rĂȘt du livre Ă©ditĂ© par Gallimard pourrait se mesurer Ă  l’énoncĂ© de deux interrogations que nous avons relevĂ©es : «  Pourquoi un si grand pianiste s’obstine-t-il Ă  composer ? », «  Pour qui vais-je Ă  prĂ©sent composer ? ».  Deux questions essentielles redevables Ă  la pensĂ©e et au travail du plus grand compositeur finlandais du XXĂšme siĂšcle. La premiĂšre concerne Busoni et Ă©pingle l’ivresse illusoire dans une vie de crĂ©ateur de la pure virtuositĂ© voire de l’ambition formelle creuse
 la seconde dĂ©voile le compagnon d’une vie, le catalyseur et le soutien qui dans l’ombre a fait que Sibelius compose comme il a composĂ©, le baron Axel Carpelan que l’auteur tire de l’oubli avec une finesse de trait aussi Ă©vocatrice et sensible que l’ensemble de son texte. A travers l’évocation en Ă©pisodes et sĂ©quences combinĂ©es – ce n’est pas un essai continu ni une biographie dĂ©guisĂ©e- de la vie et surtout de la pensĂ©e SibĂ©lienne, Richard Millet approche par fragments, le secret de Sibelius : son exigence et son silence. Le compositeur retirĂ© dans sa villa d’Ainola, sublime maison nichĂ©e au coeur du massif arborĂ© au bord d’un lac miroitant Ă  toute heure de la journĂ©e, qui s’est laissĂ© pĂ©nĂ©trĂ© par le souffle des lĂ©gendes nordiques du Kalevala, eut le gĂ©nie de livrer Ă  son pays, ses Symphonies inclassables dont l’ardente Ă©nergie intĂ©rieure expriment plus qu’un Ă©lan et une finalitĂ© nationalistes : la claire volontĂ© d’égaler les plus grands, Beethoven, Brahms, Schumann et dĂ©jĂ  ses contemporains, Bruckner, Mahler, Strauss : ĂȘtre un symphoniste capable d’une nouvelle libertĂ© esthĂ©tique et poĂ©tique qui pense Ă  la place de l’homme dans l’univers, aux phĂ©nomĂšnes de la nature, au sens de la vie


Sibelius : l’immensitĂ©, les cygnes, le silence

On comprend aussitĂŽt qu’on aurait tort de rĂ©duire la crĂ©ation de Sibelius Ă  un unique fait patriotique et dont tĂ©moigne il est vrai Finlandia. Le vrai propos du livre est le tĂ©moignage et l’hommage d’un mĂ©lomane, qui a Ă©coutĂ© et compris de l’intĂ©rieur la musique de Sibelius, lui restituant la force de son gĂ©nie, la justesse de ses visions, l’évidence de son silence pendant les 30 derniĂšres annĂ©es de sa vie, lui qui avait finalement tout dit.  Sibelius comme en cela le Mahler des 6Ăš et 7Ăš Symphonies, cĂ©lĂšbre le tumulte recrĂ©ateur de la nature, sans le raconter, il l’exprime. un bouillonnement fĂ©cond qui exalte la sensibilitĂ© de l’homme taillĂ© comme un viking.

sibelius jeune homme romantiqueLa parallĂšle avec Faulkner, mĂȘme aspiration et culte des immensitĂ©s naturelles, des failles infinies dans le ciel – que seul le vol des cygnes blancs ou des grues peuvent rĂ©ellement mesurer- est juste. Comme les chapitres destinĂ©s Ă  retracer les rapports (subtilement entretenus Ă  distance) avec ses contemporains et confrĂšres, apportent des Ă©clairages opportuns dans le portrait du grand solitaire : un ours reliĂ© Ă  la mĂšre nature plutĂŽt qu’aux illusions de la ville riche en beuverie collective. L’auteur tire vers le haut cet idĂ©al artistique devenu Ă©thique quotidienne Ă  Ainola. Sa vision est fine, intransigeante voire dĂ©valorisante pour nombre de musiciens contemporains ou proches (Nielsen s’en prend plein les dents), mais la sincĂ©ritĂ© du ton qui conserve intacte sa pure admiration, ne dĂ©vie pas d’un pouce : Sibelius est un dieu de la musique, aussi gĂ©nial et bouleversant que Leonardo pour les arts graphiques et la peinture : au nombre restreint d’opus se mesure la hauteur d’un Ɠuvre qui frappe par sa qualitĂ©, sa densitĂ©, sa dĂ©fiance Ă  toute rĂ©pĂ©tition. Les nĂ©ophytes comprendront combien le compositeur fut un idĂ©aliste d’une inflexible intĂ©gritĂ© (y compris vis Ă  vis des Russes comme des nazis – contrairement Ă  Knut Hamsun, lui aussi bien Ă©pinglĂ©) ; un crĂ©ateur un vrai qui se donna tous les moyens en une temporalitĂ© pensĂ©e et rĂ©flĂ©chie pour rĂ©aliser son oeuvre. Nous restent les Ă©popĂ©es inspirĂ©es des lĂ©gendes scandinaves, surtout les 7 Symphonies, toutes une Ă  une, magnifiquement prĂ©sentĂ©es (enjeux Ă  la clĂ©) : la 8Ăšme Ă©tant celle sublime du silence enfin retrouvĂ©. Les sibĂ©riens -comme nous- se dĂ©lecteront d’un hommage personnel indiscutablement sincĂšre. Donc convaincant.

Richard Millet, Sibelius, les cygnes et le silence, Gallimard, octobre 2014, 144 p., 14,90 € . ISBN 978 2 07 014563 8.

Saintes, Abbatiale. Concert Sibelius, Dvorak. Tedi Papavrami, le 12 octobre 2014, 15h30.

ONPL-400x266Saintes, Abbatiale. Concert Sibelius, Dvorak. Tedi Papavrami, le 12 octobre 2014, 15h30. Saintes : nouvelle expĂ©rience symphonique ? Peu Ă  peu, au fil d’une programmation musicale qui investit le lieu tout au long de l’annĂ©e, l’Abbatiale de l’Abbaye aux Dames Ă  Saintes confirme son rayonnement comme place symphonique : la voĂ»te sacrĂ©e se fait temple de l’expĂ©rience orchestrale ; quand il ne s’agit pas des formations sur instruments d’Ă©poque (Symphonies des LumiĂšres, Orchestre des Champs ElysĂ©es…), la CitĂ© musicale accueille aussi des orchestres reconnus pour leur approche approfondie du rĂ©pertoire. En tĂ©moigne ce nouveau rv dimanche 12 octobre 2014 Ă  15h30, dĂ©diĂ© Ă  Smetana, Sibelius et Dvorak, intitulĂ© “Symphonie Slave”, bien que Sibelius incarne tel un pur joyau nordique, la vitalitĂ© de l’Ă©criture finnoise en matiĂšre de symphonisme ardent, original, irrĂ©sistible : son Concerto pour violon, chef d’oeuvre du genre par son introspection expressive et sa puretĂ© d’inspiration (qui confine Ă  l’Ă©pure) est ici dĂ©fendu par l’excellent violoniste Tedi Papavrami. Il est accompagnĂ© par l’Orchestre national des Pays de la Loire qui fait sa premiĂšre entrĂ©e sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames.

L’ouverture de La FiancĂ©e vendue de Smetana est un vrai dĂ©fi pour l’interprĂšte ; on se souvient avec quel souci de l’expressivitĂ© raffinĂ©e et trĂ©pidante, un Karel Ancerl ou un Carlos Kleiber dirigeaient ce morceau symphonique aussi riche que tout un opĂ©ra, dĂ©voilant chacun des trĂ©sors d’invention suggestive. CrĂ©Ă© en mai 1886 Ă  Prague, l’opĂ©ra confirme le tempĂ©rament lyrique de l’auteur ; annonçant l’esprit lĂ©ger d’une comĂ©die irrĂ©sistible, l’ouverture, dĂ©veloppĂ©e dans l’esprit d’une vĂ©ritable kermesse tchĂšque, redouble de nervositĂ© villageoise, fourmille en accents et surenchĂšre rythmique qui en font un morceau de choix pour tout orchestre. Ce n’est pas un lever de rideau mais bien un poĂšme symphonique d’une profondeur inouĂŻe, rĂ©clamant de tous les musiciens, une maĂźtrise absolue des dynamiques comme de la vitalitĂ© rythmique. Nerf, Ă©lĂ©gance et profondeur : le cocktail requis n’est pas Ă©vident ; il rĂ©vĂšle de toute Ă©vidence les qualitĂ©s (ou les limites) de toute formation…

Le Concerto pour violon de Sibelius
Sibelius_portraitEn rĂ© majeur, le Concerto pour violon de Jean Sibelius est assurĂ©ment son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposĂ© naturellement auprĂšs du public. L’opus 46 en rĂ© majeur fut composĂ© en 1903 et, aprĂšs rĂ©vision, crĂ©Ă© sous la direction de Richard Strauss en 1905 Ă  Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “AĂŻnola”, Ă  Jarvenpaa, en pleine forĂȘt, Ă  30km d’Helsinki. FidĂšle Ă  son Ă©crtiure et son inspiration de plus en plus exigeante, Sibeliu s’y laisse pĂ©nĂ©trĂ© par le mystĂšre de la Nature, sublimĂ© en une rĂ©flexion perpĂ©tuelle sur la forme. Longtemps minimisĂ© en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa nĂ©anmoins en raison des difficultĂ©s techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuositĂ© exigente, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intĂ©rioritĂ©, Ă©conomie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualitĂ©s qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es grĂące Ă  la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique nĂ©o-romantique, la partition dĂ©veloppe une forme libre, rhapsodique, mĂȘme si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. MĂȘme si l’inspiration naturelle, panthĂ©iste, du compositeur s’exprime avec clartĂ©, en particulier d’aprĂšs le motif naturel des forĂȘts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxiĂšme mouvement pourrait convoquer les impressions mĂ©diterranĂ©ennes vĂ©cues pendant son sĂ©jour en Italie. A la sublime sensation du motif forestier, Sibelius ajoute la chaleur parfois brĂ»lante du clair soleil mĂ©diterranĂ©en.

Dvorak : Symphonie n°7
En rĂ© mineur comme la 4Ăšme, mais d’un tout autre format, – d’oĂč son appellation de “grande symphonie en rĂ©”, la 7Ăšme de Dvorak est le fruit d’une promesse du compositeur faite Ă  la Royal Philharmonic Society de Londres au moment oĂč il en avait Ă©tĂ© nommĂ© membre d’honneur. Ecrite en 4 mois Ă  partir de dĂ©cembre 1884, la 7Ăšme affirme le gĂ©nie du symphoniste alors trĂšs influencĂ© par Wagner et par son ami Brahms dont la 3Ăšme Symphonie venait d’ĂȘtre triomphalement crĂ©Ă©e. C’est Hans von Bulow qui en assura l’interprĂ©tation la plus convaincante, enthousiasmant Dvorak au comble de la satisfaction : il Ă©crit sur le manuscrit un hommage sensible Ă  l’adresse du chef d’orchestre : “Gloire! Tu as donnĂ© vie Ă  cette Ɠuvre”. De fait avant la fameuse 8ĂšĂče Nouveau Monde”, la 7Ăšme impose l’ampleur et la maturitĂ© du gĂ©nie symphonique de Dvorak en particulier dans la succession des deux premiers mouvements.

dvorak antoninDĂšs l’Allegro maestoso d’ouverture, l’auditeur y retrouve tout ce qui fonde l’intense expressivitĂ© de l’Ă©criture dvorakienne : lugubre et profonde introduction (qui valut Ă  l’auteur plusieurs rĂ©Ă©critures) puis fougue irrĂ©sistible : la vitalitĂ© de Dvorak s’exprime aussi par une Ă©tonnante et saisissante fluiditĂ© entre les mĂ©lodies exposĂ©es dont celle introduite par flĂ»tes et clarinettes, citation Ă  peine voilĂ©e de Brahms (Concerto pour piano n°2). Le 2Ăš mouvement (Poco Adagio) est le sommet de la partition par son Ă©lĂ©vation spirituelle (choral d’ouverture exposĂ© par les bois), son recueillement et ses langueurs suggestives trĂšs proches cette fois de l’esprit tristanesque dĂ©fendu par Wagner. Dvorak mĂȘle trĂšs habilement rĂ©fĂ©rences brahmsiennes et wagnĂ©riennes.

Saintes, Abbatiale
dimanche 12 octobre 2014, 15h30

Bedrich Smetana‹ : Ouverture de La fiancĂ©e vendue
Jean Sibelius : ‹Concerto pour violon
Anton Dvoƙak : ‹Symphonie n°7

Tedi Papavrami, violon (Stradivarius Le Reynier)
Orchestre national des Pays de la Loire
Vassilis Christopoulos, direction

Tarifs : de 8 à 32 €
Durée du concert : 1h15

Informations et achat en ligne

 

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