mercredi 17 avril 2024

CRITIQUE CD. SIBELIUS : Symphonies n°3 et 4. Orchestre Métropolitain de Montréal. Yannick Nézet-Séguin, direction (1 cd ATMA Classique)

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Chef lyrique, Yannick Nézet-Séguin est surtout un bouillonnant orfèvre de la matière orchestrale ; il le montre aisément avec ses chers complices de Montréal. Instrumentistes et directeur musical s’accordent idéalement dans cette lecture sibélienne en tout point passionnante. D’autant qu’elle réunit deux des 7 symphonies parmi les moins « évidentes » du corpus sibélien. Les plus oraculaires. Économe (3 mouvements), d’un parfait équilibre sans divagation d’aucune sorte, la 3ème Symphonie de Sibelius (1907) exprime parfaitement ce souci de la forme tel que l’a toujours défendu Sibelius. Nézet-Séguin exploitant le brio très articulé de l’Orchestre Métropolitain, éclaire l’activité continue du flux orchestral dans sa légèreté texturée (et comme il est écrit, en effectif réduit) ; le chef saisit les impulsions chorégraphiques de l’écriture, ses plongées directes dans le massif naturel dont l’écriture évoque le tumulte, l’énergie première, la force primitive. D’une irrépressible majesté (I) ; comme inscrite dans l’ardente attente; entre ferveur et impatience (II) ; le dernier allegro semble réunir toutes les forces volcaniques et les équilibrer dans une vibration constante dont les musiciens montréalais soignent la lumineuse croissance, jusqu’au jaillissement final qui s’avère libérateur.

 

Yannick Nézet-Séguin, portrait ©Antoine Saito / ATMA Classique

 

 

C’est assurément la 4è qui convainc le plus par la transparence de la texture orchestrale, la clarté des intentions, la profondeur et la précision du geste, et surtout une saisissante compréhension de l’intranquillité énigmatique de Sibelius, alors en crise artistique. Nézet-Séguin souligne le raffinement et l’originalité de l’harmonie et de l’orchestration (l’une des plus personnelles au XXè) ; le chef mesure toute la profondeur chtonienne du début, sa gravitas saisissante puis fait surgir par vagues luminescentes (cordes filigranées) l’espoir d’une tendresse pudique infinie – l’ambivalence de ce premier mouvement (quasi adagio), l’un des plus mystérieux voire sybillin – comme des plus psychologiques de Sibelius, est idéalement exprimée.
L’ampleur conférée aux deux derniers mouvements III et IV est emblématique d’une interrogation suspendue qui sculpte la matière symphonique comme un questionnement toujours reformulé. Le mystère épaissit tout le flux du III (tempo largo, ici suivi à la lettre jusqu’au dernier murmure), telle une déploration très pudique (joué d’ailleurs pour les funérailles du compositeur) ; tandis que le IV.Allegro exprime une apparente respiration plus détendue et insouciante, cependant que les cuivres réguliers et majestueux rappellent à la gravitas du début. La concision du chef éblouit dans l’écriture très resserrée et plutôt synthétique d’un Sibelius qui se concentre autant que ses contemporains – aussi géniaux que lui sur le mode symphoniques, R Strauss ou Mahler, développent et construisent des cathédrales sonores. Sibelius se replie sur lui-même, dans une forme tourmentée, à la fois inquiète, intranquille et d’une éloquente concision. Où les bois et les cordes dessinent de longues traits graves voire lugubres comme les accents d’un chant dépressif qui saisit par sa justesse amère. Le chef captive tout du long et s’affirme ainsi grand sibélien. Nous suivrons avec attention cette intégrale en cours chez l’éditeur ATMA Classique.

 

 

 

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CRITIQUE CD. SIBELIUS : Symphonies n°3 et 4. Orchestre Métropolitain. Yannick Nézet-Séguin, direction (1 cd Atma – enregistré en juin 21 : n°3 / et fév 22 : n°4) / CLIC de CLASSIQUENEWS – Photos : ©Antoine Saito / ATMA Classique

Plus d’infos sur le site d’ATMA Classique : https://atmaclassique.com/panier/

 

 

 

VIDÉO teaser – cour extrait Symphonie n°4 / Allegro II:

 

 

 

 

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