LIVRE, événement. NIKOLAUS HARNONCOURT : Le baiser des muses / entretiens (Actes Sud)

9782330147396 baiser des muses nikolaus harnoncourt critique livre entretiens classiquenews actes sud CLIC de classiquenewsLIVRE, Ă©vĂ©nement. NIKOLAUS HARNONCOURT : Le baiser des muses / entretiens (Actes Sud). Sous le titre poĂ©tique du « Baiser des muses », Nikolaus Harnoncourt – dĂ©cĂ©dĂ© en 2016-, donne une dĂ©finition trĂšs juste et trĂšs personnelle de l’art. AprĂšs « La Parole musicale » / propos sur la musique romantique, Ă©ditĂ© en 2014, Actes Sud offre ici un cycle d’entretiens parus prĂ©cĂ©demment dans la presse spĂ©cialisĂ©e et qui synthĂ©tisent l’apport et la pensĂ©e d’un chef devenu lĂ©gendaire, violoncelliste d’abord (jusqu’en 1986) puis pilier de la rĂ©volution baroque, propre aux annĂ©es 1970 et surtout 1980. Plus qu’un interprĂšte soucieux d’authenticitĂ© et de facture historique, Harnoncourt prĂ©cise un geste et surtout une pensĂ©e qui le sous tend, conscient du sens, de la direction que doit prendre une interprĂ©tation au service de la partition originelle. Depuis les cantates de JS Bach avec Leonhardt, jusqu’à Monteverdi (trilogie fameuse Orfeo, Couronnement de PoppĂ©e / Retour d’Ulysse, mise en scĂšne par Ponnelle en 1975 Ă  Zurich) ou Bruckner sans Gershwin, le chef dĂ©fricheur explique sa conception des symphonies de Beethoven (lecture spectaculaire avec l’Orchestre de chambre d’Europe au dĂ©but des annĂ©es 1990), Brahms
 un compositeur occupe une place Ă  part dans son panthĂ©on, MOZART dont il a exprimĂ© comme peu le souffle de la grĂące comme de la gravitĂ© voire le gouffre de la dĂ©sespĂ©rance lucide dans ses propres lectures des opĂ©ras comme des symphonies (offrant mĂȘme de ces derniĂšres, une trilogie ultime (39, 40, 41, rĂ©unie sous le titre d’ « oratorio instrumental »)
 l’unitĂ© et le mystĂšre de chaque opus semblent avoir inspirĂ© ici une rĂ©flexion magistrale, laquelle aura marquĂ© de toute Ă©vidence depuis son activitĂ© Ă  Vienne principalement (crĂ©ation de son ensemble sur instruments d’époque Concentus Musicus Wien,dĂšs 1953 !), notre approche et notre comprĂ©hension du rĂ©pertoire, baroque comme classique et romantique. Le chef revient sur ses enregistrements (500), les notions de sĂ©curitĂ©, d’évolution, l’opĂ©ra, etc
 de sorte qu’en plus d’une analyse fine de la musique et des Ɠuvres abordĂ©es, le texte sous forme d’entretiens est truffĂ© d’anecdotes et de considĂ©rations originales parfois dĂ©capantes (Ă  propos par exemple de Berlioz !
). Passionnant.

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE, Ă©vĂ©nement. NIKOLAUS HARNONCOURT : Le baiser des muses / entretiens (Actes Sud) – 128 pages – 978-2-330-14739-6 – 17 euros (prix indicatif) – Parution : avril 2021 -
Plus d’infos sur la page dĂ©diĂ©e du site Actes Sud : https://www.actes-sud.fr/catalogue/nikolaus-harnoncourt-le-baiser-des-muses

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Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1, 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics)

CLIC_macaron_2014Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1,harnoncourt brahms 5 cd warner classics review critique cd classiquenews compte rendu critique cd 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics). Ce q’un baroqueux peut apporter dans la tenue des orchestres modernes et dans le rĂ©pertoire romantique
 Warner classics nous rĂ©gale le premier, parmi les labels classiques historiques Ă  cĂ©lĂ©brer l’hĂ©ritage du MaĂźtre regrettĂ© (dĂ©cĂ©dĂ© en mars 2016 : dĂ©cĂšs de Nikolaus Harnoncourt), en dĂ©voilant ce souci particulier sur le mĂ©tier romantique : avec les instrumentistes de l’Orchestre Philharmonique de Berlin (en 1996, 1997) et pour les Concertos pour piano avec ceux du Royal Concertgebouw Amsterdam (live de 1999, dans une prise de son idĂ©ale); voici 5 cd Ă©tapes majeures pour un Brahms symphonique et concertant, dĂ©poussiĂ©rĂ©. 5 cd pour Ă©valuer tout ce que peut apporter un chef historiquement informĂ©, et l’un des plus aguerris, libre, inventif, visionnaire en la matiĂšre, soit Nikolaus Harnoncourt au travail, dĂ©voilant de nouveaux trĂ©sors d’exĂ©cution et de rĂ©alisation souple, articulĂ©e, – avec les musiciens sur instruments modernes du Berliner Philharmoniker : la dĂ©marche est d’autant plus lĂ©gitime que s’agissant de Johannes, – dernier romantique, et si proche de Schumann, il s’agit d’une Ă©criture qui regardent toujours vers le passĂ©, Beethoven (son dieu) et au delĂ , bien avant, le raffinement inĂ©dit qu’apporte le chef Baroqueux, pionnier de la RĂ©volution sur instruments d’époque, et auteur d’un intĂ©grale Beethoven sur instruments d’époque (Orchestre de chambre d’Europe-, toujours indĂ©passĂ©e, chez Teldec) se rĂ©vĂšle porter d’une Ă©nergie affĂ»tĂ©e renouvelĂ©e, avec un rapport bois, cordes repensĂ© dan sel sens de la clartĂ© concertante (ce dĂšs le dĂ©but des variations sur un thĂšme de Joseph Haydn cd1). De mĂȘme le dĂ©but de la Symphonie n°1 portĂ©e pressĂ©e par un flux incandescent d’une urgence inĂ©luctable brille singuliĂšrement par l’équilibre instrumental et la balance nouvellement Ă©laborĂ©e qui met en avant les vents et les bois (flĂ»tes et hautbois), jaillissement de l’harmonie qui colore spĂ©cifiquement l’énergie vitale de cette entrĂ©e en matiĂšre qui rĂ©sonne et s’enfle avec en une sorte d’extase tragique
 (Live rĂ©alisĂ©e Ă  la Philharmonie de berlin en dĂ©cembre 1996). Tout est dit dans cette fabuleuse narration jamais dĂ©monstrative mais intĂ©rieure dont l’acuitĂ© des timbres, et une nouvelle motricitĂ© entre le pupitres soulignent la filiation beethovĂ©nienne qui structure de l’intĂ©rieur et de façon organique, les 4 Symphonies de Brahms. Toujours en 1996, les Symphonie 2 et l’Ouverture tragique (live de 1996) souligne ce travail spĂ©cifique sur la couleur et l’intensitĂ© des bois et des vents sur des cordes rĂ©solument transparentes : d’ailleurs, Harnoncourt a beaucoup travailler avec les instrumentistes la rĂ©solution des phrases en une seul tenue d’archet. L’agilitĂ© de la main droite a Ă©tĂ© un point fondamentale de cette approche rĂ©gĂ©nĂ©rative.
Eblouissant HarnoncourtUn an plus tard (cd 3, 1997), les mĂȘmes rĂ©alisent le dramatisme tellurique de la n°3 : le chant des bois et de cuivres sur la mer des cordes, cette intelligibilitĂ© des pupitres allĂšge considĂ©rablement l’allant de texture, fonde l’acuitĂ© d’une direction soucieuse d’articulation (clarinette, basson, hautbois
) et aussi d’élĂ©gance dans la tenue gĂ©nĂ©rale des cordes. La ligne de la clarinette (en dialogue avec le cor
) est particuliĂšrement soignĂ©e, prĂȘte vive d’une sensibilitĂ© suprĂȘme au timbre. L’AllĂ©gretto qui ouvre telle une aurore pleine de promesses et de plĂ©nitudes Ă©phĂ©mĂšres, l’admirable n°4 opus 98, confirme le raffinement instrumental qu’apporte la vision de Harnoncourt (mĂȘme dĂ©tail et vibration dans l’Andante moderato qui suit) quand l’Allegro giocoso est portĂ© au pieds de la lettre, vif, palpitant, d’une nervositĂ© rĂ©jouissante. Enfin le cd 4, ajoute le bĂ©nĂ©fice de ce geste aĂ©rĂ©, prĂ©cis, nerveux dans la forme concertante, celle du Concerto n°1 opus 15, taillĂ© comme un diamant vif argent ; oĂč l’ouverture est saisissante d’acuitĂ© expressive, un lever de rideau qui impressionne et bouleverse par sa sincĂ©ritĂ© ; d’autant que la prise de son est d’une richesse de restitution remarquable (jusqu’aux bruits des instruments, et des partitions que l’on feuillĂšte sur les pupitres !) : enregistrĂ© en dĂ©cembre 1999, Ă  Amsterdam avec le Concertgebouw d’Amsterdam, le geste d’Harnoncourt sĂ©duit par ses temps ralentis, la profondeur qui s’en dĂ©gage aussitĂŽt, une Ă©quilibre entre plĂ©nitude et urgence, langueur, dĂ©sespoir (Adagio); un bouillonnement et une tendresse mĂȘlĂ©s formant un superbe bain d’émotions et de sentiments qui dĂ©ferlent, affleurent, se dĂ©ploient avec un naturel irrĂ©sistible : l’orchestre ainsi dirigĂ© compose un tapis et un Ă©crin idĂ©al pour le piano certes sensible mais moins inspirĂ©, habitĂ© du soliste Rudolf Buchbinder (beaucoup moins nuancĂ© et suggestif que le chef). Ce que parvient Ă  rĂ©aliser le chef avec les instrumentistes reste saisissant. RĂ©ellement impressionnant. Dans le cd 5, le Concerto pour piano n°2 y cultive les mĂȘmes qualitĂ©s : vibration superlative de l’orchestre, d’une hauteur poĂ©tique irrĂ©sistible, d’un dramatisme attentif et contrastĂ©, auquel rĂ©pond le jeu parfois Ă©pais et percussion Ă  outrance du soliste. Harnoncourt chez Brahms fut captivant : ces 5 cd le dĂ©montrent sans rĂ©serve. Magistrale rĂ©vĂ©lation ou confirmation s’agissant du Baroqueux chez le plus romantique des Romantiques germaniques. Incontournable.

Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt. BRAHMS : Symphonies, Concertos pour pianos, Variations, Ouvertures. Berliner Philharmoniker (1996-1997), Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam (Live de 1999). 5 cd Warner classics. 0190295 975104. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

CD événement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical)

harnoncourt beethoven missa solemnis ete 2015 2 cd sony classical review presentation annonce CLASSIQUENEWS critique cdCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical). La Missa Solemnis de Beethoven : L’adieu Ă  la vie d’Harnoncourt. On connaĂźt Ă©videmment la rĂ©fĂ©rence de l’Ɠuvre, monument discographique indĂ©passable par sa fiĂšvre, sa poĂ©sie, son souffle collectif comme ses incises individuelles: la Missa Solemnis de Karajan enregistrĂ©e en 1985 (lĂ  aussi vĂ©ritable testament artistique du maĂźtre autrichien) qui reste le sommet de l’esthĂ©tique Karajan de l’enregistrement. Un autre immense chef qui nous a donc quittĂ© aprĂšs l’avoir livrĂ©e, Nikolaus Harnoncourt l’intrĂ©pide (nĂ© berlinois en 1929, dĂ©cĂ©dĂ© en mars 2016), nous offre sa propre vision de la Solemnis (dans cet album qui serait donc son dernier enregistrement chez Sony). Pour celui qui utilise les instruments d’Ă©poque pour non plus ressusciter les partitions du passĂ© mais bien les Ă©lectriser, le dĂ©fi de la Solemnis, arche morale et spirituelle est un but toujours ciblĂ©, un Graal. Or dĂšs 1954, la fondation de son propre ensemble Concentus Musicus Ă  Vienne indique dĂ©sormais la voie de la rĂ©surrection musicale. Jouer dans la joie. RecrĂ©er par la rhĂ©torique et l’Ă©loquence servie, le mouvement de l’Ă©change, l’expressivitĂ© mordante, titillante du dialogue… Non plus divertir, mais dĂ©ranger le public et les interprĂštes, et les secouer mĂȘme s’il le faut. La direction toute d’attĂ©nuation sidĂ©rante dans la rĂ©solution finale de cette Solemnis, au rebondissement conclusif digne d’un opĂ©ra, atteint un degrĂ© de cohĂ©rence et d’extrĂȘme fragilitĂ© Ă  couper le souffle. Harnoncourt y invite le silence et le mystĂšre, inscrivant la fine ciselure instrumentale et collective dans l’ombre. Le dernier accord en ce sens est inscrit dans le silence, comme une rĂ©vĂ©rence depuis le dĂ©but prĂ©sente, enfin exprimĂ©e. L’effet relĂšve du miracle.

 

 

 

 

EnregistrĂ©e live en juillet 2015, la Missa Solemnis comporte le dernier Harnoncourt Ă  son sommet…

Testament spirituel de Nikolaus Harnoncourt

 

Harnoncourt_maestro nikolaus harnoncourt johann strauss coffret 7 cd Warner classicsC’est ce que nous enseigne et diffuse ce dernier enregistrement dĂ©diĂ© Ă  Beethoven. Ainsi conclut Harnoncourt le dĂ©fricheur visionnaire. Son irrespect tous azimut, sa dĂ©testation des postures, ont aiguisĂ© un esprit expĂ©rimentateur, fonciĂšrement, viscĂ©ralement libre dont CLASSIQUENEWS a mesurĂ© par un CLIC de mai 2016, l’excellence poĂ©tique, dans les Symphonies de Beethoven (n°4 et n°5, CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016 : lire notre critique complĂšte des Symphonies de Beethoven par Nikolaus Harnoncourt) ; Ă  croire qu’aprĂšs Mozart, Harnoncourt au final n’a respirĂ© que par le gĂ©nie de Bonn aprĂšs avoir approfondi comme peu, la gravitĂ© innocente de Wolfgang. On sait que Beethoven fut une source d’immense admiration et peut-ĂȘtre l’origine de sa vocation musicale, dĂ©couvrant ce qu’en tirait FurtwĂ€ngler : le feu de la vie, la source primordial du dĂ©sir fraternel, la volontĂ© humaniste. Le dernier Harnoncourt a rebours de bien des lectures molles et consensuelles nous apporte la preuve des bienfaits de l’audace, de la critique ; l’illumination qui naĂźt de la rĂ©vĂ©lation : le maestro sait le monde ; son dĂ©faitisme et son pessimisme en ont tĂ©moignĂ©. Ils ont exprimĂ© une expĂ©rience de la vie humaine : tout n’est qu’un vide criant, nourri par la bĂȘtise et la barbarie ordinaire ; il n’y a que l’art qui puisse nous sortir de la pensĂ©e rĂ©aliste, hideuse, incontournable. On y retrouve le regard parfois exorbitĂ© du maĂźtre (nyctalope ?), d’une sincĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. Une clairvoyance dĂ©cuplĂ©e, dĂ©posĂ©e dans chacun de ses gestes, de ses phrases pour un orchestre miroir (rĂ©vĂ©lateur de ses propres visions, terreurs, espoirs). On s’y dĂ©lecte surtout de sa lecture fĂ©line et suave, Ă©ruptive, prĂȘte Ă  toutes les (re)dĂ©couvertes sur une partition dont le MaĂźtre ne cesse de rĂ©vĂ©ler l’ĂąpretĂ© expressive, la justesse poĂ©tique, la profonde humanitĂ©.

Harnoncourt au sommet !Voici donc le testament artistique (et sacrĂ©) du MaĂźtre Harnoncourt, enregistrĂ© sur le vif lors du dernier festival Styriarte fondĂ© par le chef Ă  Graz (Autriche), en juillet 2015. On y retrouve le mĂȘme pouvoir sidĂ©rant dĂ©tectĂ© dans ses derniĂšres Symphonies de Beethoven (4 et 5), complĂ©ment de la Solemnis, composant un dernier tĂ©moignage avant sa mort. Le souffle, la grandeur, une Ă©loquence ciselĂ©e qui ralentit volontiers les tempi, laisse s’Ă©panouir le sentiment collectif d’une pleine conscience, comme le relief des instruments anciens (flĂ»te, cors, hautbois) attestent Ă©videmment d’une rĂ©flexion sur la partition menĂ©e depuis des dĂ©cennies. AbordĂ©e dĂšs 1988, au moment de son premier Fidelio Ă  Hambourg, la Solemnis est une cathĂ©drale impressionnante dont le maestro restitue et soigne constamment l’esprit de clartĂ©, et aussi la sĂ©rĂ©nitĂ© “impĂ©nĂ©trable” (ce choeur fraternel semble nous renvoyer le miracle d’une humanitĂ© enfin rĂ©conciliĂ©e, plus irrĂ©elle que possible). Les sĂ©quences solistes et choeurs sont bouleversantes : cf l’”Amen” du finale de l’Et resurrexit ; traitĂ©es avec une tendresse intĂ©rieure nouvelle.

Eblouissant HarnoncourtL’oeuvre Ă©crite pour l’Ă©lĂ©vation d’un ascendant du chef lui-mĂȘme, l’archiduc Rodolphe d’Autriche (un ancien Ă©lĂšve de Beethoven) au titre d’ArchevĂȘque d’Olomouc, est conçue sur un long terme de 1817 Ă  1823. Sa grandeur n’Ă©carte pas son profond et grave questionnement : la concentration recueillie des solistes (dĂ©but du Sanctus); l’approfondissement spectaculaire et d’une majestĂ© qui reste secrĂšte dans le mystĂšre d’une rĂ©vĂ©lation silencieuse du Praeludium et du bouleversant Benedictus qui lui succĂšde, traduisent cette humanisme d’un Beethoven qui parle au cƓur, — instant de suspension ultime, oĂč comme si Ă  l’orchestre murmurant, caressant, il s’agissait des eaux qui se retirent pour dĂ©couvrir / envisager un monde nouveau ; le compositeur / le chef exprime(nt) sa/leur plus touchante priĂšre dans l’Ă©noncĂ© du violon solo (dialoguant avec les bois veloutĂ©s et suaves – basson, clarinette…, puis les solistes et le choeur) : priĂšre pour une humanitĂ© libĂ©rĂ©e de ses entraves. Le quatuor vocal rĂ©unit par Harnoncourt est irrĂ©sistible (la basse et ses phrasĂ©s : Ruben Drole saisit) : voilĂ  qui nous parle d’humanitĂ©, que d’humanitĂ©, en une effusion d’une sensibilitĂ© adoucie, rassĂ©rĂ©nĂ©e… Ă  pleurer.
Ce testament de Nikolaus Harnoncourt est un Ă©vĂ©nement, incontournable Ă  Ă©couter, mesurer, comprendre ; d’une vĂ©ritĂ© sincĂšre qui est souvent le propre des ultimes tĂ©moignages des maestros en leur fin sublime et dĂ©clinante (LIRE ici l’enregistrement sur le vif de la Symphonie n°9 de Bruckner par Claudio abbado avec l’Orchestre du festival de Lucerne, captĂ©e en aoĂ»t 2013 quelques mois avant sa disparition, publiĂ© par DG en 2015, elle aussi gravure superlative couronnĂ©e par le CLIC de CLASSIQUENEWS). La profonde acuitĂ© des accents, l’Ă©quilibre, la transparence et la clartĂ©, l’Ă©loquence chambriste de cette lecture saisissent. Harnoncourt est un architecte qui construit une dramaturgie d’une cohĂ©rence absolue : la derniĂšre sĂ©quence Dona nobis, imprĂ©cation Ă©noncĂ©e par la basse et le choeur d’une attĂ©nuation grave, inspirĂ©e par le renoncement en une couleur wagnĂ©rienne- Ă©tend dans sa premiĂšre phase, une langueur de sĂ©pulcre. Sans omettre l’unitĂ© recueillie, tendre et sereine du choeur et des solistes d’un bout Ă  l’autre, le crĂ©pitement permanent du geste, la quĂȘte de vĂ©ritĂ© dans la sincĂ©ritĂ© (quel style et quelle intonation chez les solistes ainsi “accordĂ©s”), la concentration continue frappent et singularisent une lecture qui deviendra lĂ©gendaire Ă  n’en pas douter (finale portĂ© par une espĂ©rance d’une sincĂ©ritĂ© retenue, pudique, franche). La vĂ©ritĂ© est beautĂ© : elle naĂźt du risque assumĂ©e, portĂ©e avec une grĂące inouĂŻe, sous la direction d’un chef qui donne tout.. puis s’enfonce dans le mystĂšre. Bouleversant. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

 

 

CLIC_macaron_2014CD événement, compte rendu critique : Beethoven, Missa Solemnis opus 123 (1823). Laura Aikin, Bernarda Fink, Johannes Chum, Ruben Noble. Arnold Schoenberg Chor, Concentus Musicus Wien. Nikolaus Harnoncourt, direction. 1 cd Sony classical. Enregistré à Graz (Autriche) en juillet 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM

 

LIRE aussi les derniĂšres Symphonies de Mozart, n°39,41 et 41, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (Sony classical, 2014)

Nikolaus Harnoncourt s’est Ă©teint samedi 5 mars 2016

harnoncourt nikolausDECES. Le chef d’orchestre autrichien Nikolaus Harnoncourt, au moment de ses 86 ans, avait mis fin Ă  sa carriĂšre en dĂ©cembre dernier. Le maestro dĂ©fricheur, pilier de la rĂ©volution baroqueuse apportant un regard neuf sur les Ɠuvres et la façon de les interprĂ©ter nous a quittĂ© samedi 5 mars 2016. Dans un prochain article, CLASSIQUENEWS retracera l’itinĂ©raire et surtout l’apport d’une direction affĂ»tĂ©e, critique, et pourtant gourmande et d’une exceptionnelle activitĂ© expressive : chez Monteverdi, surtout Mozart et rĂ©cemment Beethoven… (qu’il devait dirigĂ© Ă  Salzbourg cet Ă©tĂ©, pour la 9Ăšme Symphonie aprĂšs avoir publiĂ© en janvier les Symphonies 4 et 5 :”CLIC de CLASSIQUENEWS” de fĂ©vrier 2016).  Voici notre communiquĂ© au moment de l’annonce de sa retraite en dĂ©cembre 2015. Le chef inoubliable se sera Ă©teint trois mois plus tard.

Dans un communiquĂ© diffusĂ© par le bureau du festival Styriate qu’il a crĂ©Ă© Ă  Graz (Autriche), le pionnier de la rĂ©volution baroque et l’interprĂšte le plus inspirĂ© et le plus audacieux des rĂ©pertoires des XVIIĂš et XVIIIĂš (avec William Christie), Nikolaus Harnoncourt (nĂ© Comte Ă  Berlin en dĂ©cembre 1929), confirme sa dĂ©cision de se retirer des salles de concerts et des studios d’enregistrement.  AffĂ»tĂ©, sans a priori, en quĂȘte de nouveaux mondes musicaux, rĂ©vĂ©lant la puissante magie des timbres sur instruments d’époque, Nikolaus Harnoncourt a rĂ©volutionnĂ© l’interprĂ©tation des rĂ©pertoires (pilotant entre autres, son ensemble spĂ©cialisĂ© Concentus Musicus de Vienne) avec une acuitĂ© expĂ©rimentale et dĂ©fricheuse qui va du XVIĂš aux romantiques et aux modernes du XXĂšme siĂšcle.

DĂ©fricheur et pionnier, Harnoncourt met fin Ă  sa carriĂšreSes rĂ©cents enregistrements parus chez Sony classical dont un inoubliable geste intĂ©rieur, spirituel dĂ©diĂ© aux 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (triptyque conçu comme un “oratorio instrumental”),  confirment une vision unique et personnelle dont les qualitĂ©s sont toujours restĂ©es sobriĂ©tĂ©, vĂ©ritĂ©, analyse, profondeur. Son Mozart, Ă©clairĂ© aussi Ă  Salzbourg – Les Noces, Don Giovanni, Cosi, Ă©blouissants par leur noirceur et leur sincĂ©ritĂ© humaine-, est son offrande la plus bouleversante. Bonne retraite maestro.

 

 

 

 

Les derniers cd Mozart de Nikolaus Harnoncourt

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e
), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation particuliĂšrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

 

 

mais aussi….

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics)

Johann-Strauss-II-par-Nikolaus-Harnoncourt_Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics) coffret boxCD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics). Harnoncourt s’est expliquĂ© longuement sur le sujet : nĂ© allemand mais viennois jusqu’au bout de la baguette, le chef berlinois, 85 ans en 2015, porte en lui cette Ă©lĂ©gance autrichienne, fine combinaison entre Ă©lĂ©gance et danses populaires, raffinement et 
 rusticitĂ©. InspirĂ© par les mĂ©lodies de la rue comme les danses traditionnelles, Johann II Strauss (1825-1899), roi de la valse, s’inscrit dans la tradition d’un Schubert, et avant lui de Haydn et de Mozart. Le maestro si convaincant chez Monteverdi et nombre de compositeurs baroques dont il aura renouvelĂ© l’approche avec ses musiciens du Concentus Musicus,- mais aussi Mozart ou Beethoven : Harnoncourt depuis toujours dĂ©fend un Strauss concrĂštement
 rustique et Ă©lĂ©gantissime.

 

 

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement Ă  ce qui est indiquĂ©, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques
 A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique
 ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernitĂ© et sa sensibilitĂ© visionnaire ne peuvent selon nous ĂȘtre rangĂ©es dans aucune case
 trĂȘve d’observations de dĂ©tail : car c’est bien de plusieurs textes dĂ©cisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus Ă  propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et mĂȘme Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais cachĂ© qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacrĂ© des discours et prĂ©sentations trĂšs dĂ©taillĂ©s, surtout trĂšs militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois derniĂšres : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur rĂ©sonne comme une dĂ©flagration, par sa sonoritĂ© inĂ©dite et inclassable qui fait imploser la forme elle-mĂȘme et le tissu mĂ©lodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigĂ© les opĂ©ras majeurs Ă  Salzbourg) n’a Ă©tĂ© ici plus argumentĂ©, mieux inspirĂ©, dans un texte rĂ©digĂ© pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions Ă  la pratique le lecteur se reportera Ă  l’excellent double cd Ă©ditĂ© simultanĂ©ment chez Sony classical, dĂ©diĂ© justement au 3 derniĂšres Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

 

 

Nikolaus Harnoncourt s’est Ă©teint samedi 5 mars 2016

harnoncourt nikolausDECES. Le chef d’orchestre autrichien Nikolaus Harnoncourt, au moment de ses 86 ans, avait mis fin Ă  sa carriĂšre en dĂ©cembre dernier. Le maestro dĂ©fricheur, pilier de la rĂ©volution baroqueuse apportant un regard neuf sur les Ɠuvres et la façon de les interprĂ©ter nous a quittĂ© samedi 5 mars 2016. Dans un prochain article, CLASSIQUENEWS retracera l’itinĂ©raire et surtout l’apport d’une direction affĂ»tĂ©e, critique, et pourtant gourmande et d’une exceptionnelle activitĂ© : chez Monteverdi, surtout Mozart et rĂ©cemment Beethoven… Voici notre communiquĂ© au moment de l’annonce de sa retraite en dĂ©cembre 2015. Le chef inoubliable se sera Ă©teint trois mois plus tard.

Dans un communiquĂ© diffusĂ© par le bureau du festival Styriate qu’il a crĂ©Ă© Ă  Graz (Autriche), le pionnier de la rĂ©volution baroque et l’interprĂšte le plus inspirĂ© et le plus audacieux des rĂ©pertoires des XVIIĂš et XVIIIĂš (avec William Christie), Nikolaus Harnoncourt (nĂ© Comte Ă  Berlin en dĂ©cembre 1929), confirme sa dĂ©cision de se retirer des salles de concerts et des studios d’enregistrement.  AffĂ»tĂ©, sans a priori, en quĂȘte de nouveaux mondes musicaux, rĂ©vĂ©lant la puissante magie des timbres sur instruments d’époque, Nikolaus Harnoncourt a rĂ©volutionnĂ© l’interprĂ©tation des rĂ©pertoires (pilotant entre autres, son ensemble spĂ©cialisĂ© Concentus Musicus de Vienne) avec une acuitĂ© expĂ©rimentale et dĂ©fricheuse qui va du XVIĂš aux romantiques et aux modernes du XXĂšme siĂšcle.

DĂ©fricheur et pionnier, Harnoncourt met fin Ă  sa carriĂšreSes rĂ©cents enregistrements parus chez Sony classical dont un inoubliable geste intĂ©rieur, spirituel dĂ©diĂ© aux 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (triptyque conçu comme un “oratorio instrumental”),  confirment une vision unique et personnelle dont les qualitĂ©s sont toujours restĂ©es sobriĂ©tĂ©, vĂ©ritĂ©, analyse, profondeur. Son Mozart, Ă©clairĂ© aussi Ă  Salzbourg – Les Noces, Don Giovanni, Cosi, Ă©blouissants par leur noirceur et leur sincĂ©ritĂ© humaine-, est son offrande la plus bouleversante. Bonne retraite maestro.

 

 

 

 

Les derniers cd Mozart de Nikolaus Harnoncourt

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e
), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation particuliĂšrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

 

 

mais aussi….

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics)

Johann-Strauss-II-par-Nikolaus-Harnoncourt_Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics) coffret boxCD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics). Harnoncourt s’est expliquĂ© longuement sur le sujet : nĂ© allemand mais viennois jusqu’au bout de la baguette, le chef berlinois, 85 ans en 2015, porte en lui cette Ă©lĂ©gance autrichienne, fine combinaison entre Ă©lĂ©gance et danses populaires, raffinement et 
 rusticitĂ©. InspirĂ© par les mĂ©lodies de la rue comme les danses traditionnelles, Johann II Strauss (1825-1899), roi de la valse, s’inscrit dans la tradition d’un Schubert, et avant lui de Haydn et de Mozart. Le maestro si convaincant chez Monteverdi et nombre de compositeurs baroques dont il aura renouvelĂ© l’approche avec ses musiciens du Concentus Musicus,- mais aussi Mozart ou Beethoven : Harnoncourt depuis toujours dĂ©fend un Strauss concrĂštement
 rustique et Ă©lĂ©gantissime.

 

 

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement Ă  ce qui est indiquĂ©, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques
 A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique
 ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernitĂ© et sa sensibilitĂ© visionnaire ne peuvent selon nous ĂȘtre rangĂ©es dans aucune case
 trĂȘve d’observations de dĂ©tail : car c’est bien de plusieurs textes dĂ©cisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus Ă  propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et mĂȘme Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais cachĂ© qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacrĂ© des discours et prĂ©sentations trĂšs dĂ©taillĂ©s, surtout trĂšs militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois derniĂšres : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur rĂ©sonne comme une dĂ©flagration, par sa sonoritĂ© inĂ©dite et inclassable qui fait imploser la forme elle-mĂȘme et le tissu mĂ©lodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigĂ© les opĂ©ras majeurs Ă  Salzbourg) n’a Ă©tĂ© ici plus argumentĂ©, mieux inspirĂ©, dans un texte rĂ©digĂ© pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions Ă  la pratique le lecteur se reportera Ă  l’excellent double cd Ă©ditĂ© simultanĂ©ment chez Sony classical, dĂ©diĂ© justement au 3 derniĂšres Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

 

 

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics)

Johann-Strauss-II-par-Nikolaus-Harnoncourt_Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics) coffret boxCD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics). Harnoncourt s’est expliquĂ© longuement sur le sujet : nĂ© allemand mais viennois jusqu’au bout de la baguette, le chef berlinois, 85 ans en 2015, porte en lui cette Ă©lĂ©gance autrichienne, fine combinaison entre Ă©lĂ©gance et danses populaires, raffinement et 
 rusticitĂ©. InspirĂ© par les mĂ©lodies de la rue comme les danses traditionnelles, Johann II Strauss (1825-1899), roi de la valse, s’inscrit dans la tradition d’un Schubert, et avant lui de Haydn et de Mozart. Le maestro si convaincant chez Monteverdi et nombre de compositeurs baroques dont il aura renouvelĂ© l’approche avec ses musiciens du Concentus Musicus,- mais aussi Mozart ou Beethoven : Harnoncourt depuis toujours dĂ©fend un Strauss concrĂštement
 rustique et Ă©lĂ©gantissime.

Nouvelle Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de ToursC’est toute la valeur du coffret de 7cd Warner : premier hommage Ă  celui qui reste Ă  plus de 80 ans, d’une audace et d’une exigence absolues, infiniment plus visionnaire encore que bon nombre de ses hĂ©ritiers et disciples, « suiveurs » de la 2,3Ăš et 4Ăš gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes. Les Gustav Leonhardt et Frans BrĂŒggen sont partis ; reste Harnoncourt (et ses cadets parmi lesquels le plus actif William Christie), vĂ©ritables dĂ©tenteurs d’un regard sans concession, – et depuis plus de 30 ans-, argumentĂ©, original, lĂ©gitime et constamment critique sur les rĂ©pertoires choisis. Harnoncourt, Christie n’incarnent pas seulement une sonoritĂ©, un hĂ©ritage musical fabuleux, ils transmettent aussi une esthĂ©tique et un mode de travail dĂ©sormais inĂ©vitable, dont la justesse devrait mieux inspirer la plupart des orchestres modernes (si routiniers, si pĂ©pĂšres et sans surprise
).

Le coffret rĂ©unit deux opĂ©ras-opĂ©rettes : l’ineffable et si subtile Chauve souris enregistrĂ©e ici au Concertgebouw d’Amsterdam en juin 1987 (et donc avec l’orchestre local du royal Concertgebouw : Die Fledermaus, avec Gruberova, dĂ©lectable comtesse hongroise et Ă  la ville Madame Eisenstein, soit Rosalinde ; Barbara Bonney en AdĂšle / Olga
 dĂ©licieusement insolente ; surtout Lipovsek en Orlofsky dĂ©pressif, suavement androgyne) ; Le baron Tzigane enregistrĂ© au Konzerthaus de Vienne en avril 1994 Ă  la tĂȘte du Wiener Symphoniker (Der Zigeunerbaron) soit les 4 premiers cd ; suivent un important legs symphonique de danses : valses, polkas, galops, poĂšme symphonique dont Le beau Danube bleu (cd5 : Nikolaus Harnoncourt y dirige le royal Concertgebouw d’Amsterdam : ouvertures du Baron Tzigane et de La Chauve souris, valses diverses
 – Concertgebouw d’Amsterdam, mai 1986 et juin 1987).

Harnoncourt_maestro nikolaus harnoncourt johann strauss coffret 7 cd Warner classicsLes deux derniers cd comprennent deux programmes plus rĂ©cents encore : « Johann Strauss Ă  Berlin » (live captĂ© avec le Philharmonique de Berlin en septembre 1998) et le dorĂ©navant lĂ©gendaire concert du Nouvel An au Konzerthaus de Vienne 2001, moment heureux d’une incontestable plĂ©nitude orchestrale : cycle de danses et valses de Johann II, complĂ©tĂ© par la Marche de Radetsky (signĂ© par le pĂšre Johann I), et Die Schönbrunner de Joseph Lanner (de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Johann pĂšre
 ). Outre l’affinitĂ© d’Harnoncourt avec l’élĂ©gance et la nostalgie johannesque, le programme Ă  Vienne dĂ©voile aussi le gĂ©nie de l’autre Strauss, frĂšre cadet de Johann II, Josef qui malgrĂ© sa passion de la mĂ©canique et qui voulait ĂȘtre ingĂ©nieur, suivit les pas de aĂźnĂ©, affirmant une inspiration aussi puissante, originale et raffinĂ©e que celle de son frĂšre (Halekin Polka, Dorfschwalben aux Österreich)

La rĂ©alisation est digne d’intĂ©rĂȘt voire indispensable : rien ne saurait remplacer Harnoncourt dans un rĂ©pertoire qu’il sert avec une sanguinitĂ© suave d’un raffinement contagieux : Ă©videmment La Chauve souris de 1987, Baron Tzigane de 1994, et le dernier cd, comprenant Strauss abordĂ© avec le Philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel 2001
 sont les perles d’une sĂ©lection trĂšs conviancante
 voire irrĂ©sistible. Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics).

 

 

 

 logos warner classics eratoCD 1 & 2 : Johann Strauss II : Die Fledermaus (La chauve-souris) : Werner Hollweg – Edita Gruberova – Christian Boesch – Marjana LipovĆĄek – Josef Protschka – Anton Scharinger – Waldemar Kmentt – Barbara Bonney – Elisabeth von Magnus. Chorus off De Nederlandse Opera – Orchestre du Royal Concertgebouw.

CD 3 & 4 : Johann Strauss II : Der Zigeunerbaron (Le Baron tzigane) : Herbert Lippert – Pamela Coburn – Rudolf Schasching – Julia Hamari – Wolfgang Holzmair – Christiane Oelze – Elisabeth von Magnus – Hans-JĂŒrgen Lazar – JĂŒrgen Flimm – Robert FlorianschĂŒtz. Arnold Schoenberg Chor – Wiener Symphoniker.

CD 5 : Johann Strauss II : Ouverture du ‘Baron tzigane’ – Kreuzfidel – Leichtes Blut – Histoires de la forĂȘt viennoise – Marche Ă©gyptienne – Wiener Bonbons – Pizzicato-Polka – Unter Donner und Blitz – Le Beau Danube bleu – Ouverture de ‘La chauve-souris’
Orchestre du Royal Concertgebouw, Amsterdam.


CD 6 : Johann Strauss II : Kaiserwalzer – Ouverture de ‘Une nuit Ă  Venise’ – Die Tauben von San Marco – Voix du printemps – Ouverture de ‘La chauve-souris’ – Seid umschlungen, Millionen – Lob der Frauen – Simplicius-Walzer – Tritsch-Tratsch polka – Kaiser Franz Josef I. Rettungs-Jubel Marsch
Berliner Philharmoniker


CD 7 : Concert du Nouvel an 2001 (Vienne)
Johann Strauss I : Marche de Radetzky. Joseph Lanner : Die Schönbrunner – JĂ€gers Lust – Steyerische TĂ€nze. Johann Strauss II : MorgenblĂ€tter – Elektro-magnetische Polka – Electrofor – Ouverture de ‘Une nuit Ă  Venise’ – Harlekin-Polka – Dorfschwalben aus Österreich – VergnĂŒgungszug – Seid umschlungen, Millionen – Der Kobold – Luzifer-Polka
Wiener Philharmoniker. Coffret 7CD 0825646222391

DVD. Mozart : La flûte enchantée (Harnoncourt, Salzbourg 2012)

Die-Zauberflote-Sony-BD_155x225DVD. Mozart : La flĂ»te enchantĂ©e (Harnoncourt, Salzbourg 2012). Confirmation : Nikolaus Harnoncourt est un immense mozartien. Il n’a cessĂ© de le montrer Ă  
 Salzbourg. Cette FlĂ»te en donne une nouvelle preuve tant par sa profondeur, son humanitĂ©, sa joie thĂ©Ăątrale aussi car il s’agit d’un opĂ©ra populaire dans la meillure acceptation du terme : accessible, enchanteur, oĂč le charme et l’innocence font mouche. Le Tamino de Bernard Richter convainc dans une production qui rejoint les meilleures rĂ©alisations salzbourgeoises : pari rĂ©ussi donc pour l’ouverture du festival 2012. SimultanĂ©ment Ă  la sortie de ce dvd miraculeux, Sony classical Ă©dite aussi une maniĂšre de testament musical et mozartien : les 3 derniĂšres Symphonies conçues comme un « oratorio instrumental ». Lire notre critique des 3 derniĂšres symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt, CLIC de classiquenews.

Divin Harnoncourt

Kleiter-Richter-Zauberflote-SalzburgDavantage que la rĂ©alisation scĂ©nique, c’est essentiellement l’interprĂ©tation musicale qui force l’admiration. Nikolaus Harnoncourt renouvelle le scintillement instrumental, souligne des combinaisons, des accents, rend compte d’une richesse d’écriture inouĂŻ que le chef rĂ©gĂ©nĂšre avec un appĂ©tit de premier venu, d’autant que la maestro pĂ©tillant et profond peut compter sur la complicitĂ© superlative des instrumentistes de son orchestre sur instruments anciens : le Concentus Musicus de Vienne, fondĂ© en 1953-, modĂšle des ensembles baroques : le sens des phrasĂ©s, la prĂ©cisions des attaques comme des ornements, le timbre, la couleur, le format original du son
 tout Ɠuvre Ă  un nouveau spectre musical, plus caractĂ©risĂ©, plus nuancĂ© ; certes moins puissant mais d’une teinte rare qui produit de nouvelles sonoritĂ©s. Alexander Pereira a rĂ©ussi Ă  obtenir le retour du grand Nikolaus Ă  Salzbourg car leur relation de travail remonte Ă  Zurich quand le directeur du Festival Ă©tait directeur de l’OpĂ©ra. RĂ©investie par de tels orfĂšvres (et mĂȘme des vĂ©tĂ©rans de la pratique « historiquement informĂ©e », rĂ©actualisant les coups d’archet entre autres-, Alice Harnoncourt, Ă©pouse de Nikolaus est comme lui 
 octogĂ©naire-, la partition Ă©blouit de nouveaux feux, frappant dans l’interaction entre musique et situations, par l’intelligence de l’écriture mozartienne. Harnoncourt s’entend Ă  merveille Ă  exprimer la part si humaine d’un Mozart touchĂ© par la grĂące, Ă©mu aussi, surtout face au destin autant tragique que comique de ses personnages (Pamina, Papageno ne vont-ils pas tentĂ© de sa donner la mort par dĂ©pit existentiel ?)


Et le plateau vocal ? Bon Sarastro de Georg Zeppenfeld ; donc le Tamino (ardent, de plus en plus lumineux) de Bernard Richter, la Pamina de Julia Kleiter hĂ©las tendue dans les aigus. Le Papageno de Markus Werba apporte une contribution sans dĂ©faillance, un peu raide (la Papagena est immĂ©diatement mieux chantante, plus naturelle et exaltĂ©e), et la Reine de la nuit de Mandy Friedrich trĂšs engagĂ©e dĂ©livre un portrait Ă©ruptif d’une mĂšre honteusement manipulatrice.

Schwarz-Kleiter-Richter-WerbaSur les planches, Jens-Daniel Her­zog accumule des idĂ©es sans beaucoup de cohĂ©rence ni d’esthĂ©tisme : son approche thĂ©Ăątrale relĂšve de l’atelier expĂ©rimental, un bazar illustrĂ© qui combine par fragments des sĂ©quences et des visuels plutĂŽt Ă©clectiques. Se fondant sur la volontĂ© de Mozart de dĂ©velopper un opĂ©ra populaire, le scĂ©nographe garde un Ɠil rĂ©ducteur sur le fil de l’histoire, schĂ©matisant Ă  l’extrĂȘme une histoire plus complexe entre le bien et le mal sur la manipulation au nom d’un idĂ©al, oĂč les vieilles haines gĂ©nĂ©rationnelles – Sarastro et sa secte (ici satanique) et la Reine de la nuit-, s’affrontent, sacrifiant leurs enfants dans un labyrinthe dĂ©senchantĂ©, sans issue. La musique comme le sens du conte maçonnique expriment une toute autre rĂ©alitĂ© que cette lecture prosaĂŻque et linĂ©aire aux costumes laids (palmes de l’horreur pour les blouses et les uniformes en cosmonautes des prĂȘtres de la fratrie de Sarastro ; passons par ailleurs, l’option des 3 garçons vieillis artificiellement, – ne sont-ils pas de vrais sages, guides utiles dans l’initiation de Tamino). Tout cela manque et d’humour lĂ©ger et d’onirisme enchanteur. S’il n’était la musique divinement dirigĂ©e, le spectacle d’ouverture de Salzbourg 2012 manquerait singuliĂšrement de poĂ©sie visuelle, d’enchantement. AprĂšs tout ne s’agit-il pas de la FlĂ»te d’enchantĂ©e ?

Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scÚne de Jens-Daniel Herzog et sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, festival de Salzbourg 2012.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opĂ©ra en deux actes KV 620 (1791). Livret d’Emanuel Schikaneder d’aprĂšs Lulu ou la FlĂ»te enchantĂ©e d’August Jacob Liebeskind

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Concentus Musicus Wien
Nikolaus Harnoncourt, direction
Jens-Daniel Herzog, mise en scĂšne
décors & costumes : Mathis Neidhardt
Ă©clairages : Stefan Bolliger
prĂ©paration des chƓurs : Ernst Raffelsberger
Avec Georg Zeppenfeld (Sarastro), Bernard Richter (Tamino), Mandy Fredrich (Königin der Nacht), Julia Kleiter (Pamina), Sandra Trattnigg (Erste Dame), Anja Schlosser (Zweite Dame), Wiebke Lehmkuhl (Dritte Dame), Tölzer Knaben (Drei Knaben), Markus Werba (Papageno), Elisabeth Schwarz (Papagena), Rudolf Schasching (Manostatos), Martin Gantner (Sprecher), Lucian Krasznec (Erster Geharnischter / Erster Priester), Andreas Hörl (Zweiter Geharnischter). 2 dvd Sony classical. Parution : octobre 2014.

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement Ă  ce qui est indiquĂ©, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques
 A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique
 ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernitĂ© et sa sensibilitĂ© visionnaire ne peuvent selon nous ĂȘtre rangĂ©es dans aucune case
 trĂȘve d’observations de dĂ©tail : car c’est bien de plusieurs textes dĂ©cisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus Ă  propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et mĂȘme Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais cachĂ© qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacrĂ© des discours et prĂ©sentations trĂšs dĂ©taillĂ©s, surtout trĂšs militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois derniĂšres : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur rĂ©sonne comme une dĂ©flagration, par sa sonoritĂ© inĂ©dite et inclassable qui fait imploser la forme elle-mĂȘme et le tissu mĂ©lodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigĂ© les opĂ©ras majeurs Ă  Salzbourg) n’a Ă©tĂ© ici plus argumentĂ©, mieux inspirĂ©, dans un texte rĂ©digĂ© pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions Ă  la pratique le lecteur se reportera Ă  l’excellent double cd Ă©ditĂ© simultanĂ©ment chez Sony classical, dĂ©diĂ© justement au 3 derniĂšres Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

CLIC_macaron_2014Au-delĂ  de l’exercice hommage (lĂ©gitime), Harnoncourt argumente en faveur du sens profond de l’art dont les grandes Ɠuvres doivent demeurĂ©es accessibles et vivantes pour le plus grand nombre. Ainsi se prĂ©cisent les valeurs d’un chef « exemplaire » qui repousse toujours plus loin l’exercice collectif (chef et orchestre) de la musique, comme une expĂ©rience humaniste et spirituelle Ă  partager avec les publics. . A travers les textes de confĂ©rence et de prĂ©sentation liĂ©s aux Ă©ditions du festival Styriarte, mais aussi grĂące Ă  l’apport de plusieurs entretiens traduits, le chef Harnoncourt aborde des thĂšmes variĂ©s (De Beethoven Ă  Berg, 1990 ; la rhĂ©torique musicale chez Beethoven, la Missa Solemnis (Salzbourg 1992), les contrastes de Schubert redĂ©couverts
 Ainsi se profile aussi une connaissance aiguĂ« de ce qu’est une certaine musique autrichienne typiquement viennoise, de Schubert Ă  Johann Strauss (en passant par Bruckner) : une maniĂšre d’écrire la musique et aussi un regard sur la vie oĂč se mĂȘle musique populaire (danses traditionnelles), Ă©lĂ©gance, nostalgie
 Pour comprendre une Ă©criture, il faut Ă©videmment revenir Ă  ses origines et connaĂźtre absolument le manuscrit autographe : avant l’édition qui est la variation rĂ©ductrice et tronquĂ©e, les notes manuscrites du compositeurs offrent un champs polysĂ©mantique d’une richesse inouĂŻe :la preuve en est donnĂ©e chez Bruckner et aussi ici chez Bizet dont la Carmen prĂ©sente une palette exceptionnellement dĂ©taillĂ©e de nuances et d’indications dynamiques (hauteur, intensitĂ©, durĂ©e, caractĂšre de la note ou de la phrase
).  Ailleurs pour Harnoncourt, Genoveva de Schumann est un sommet dans le genre opĂ©ra psychologique et mental, et Aida de Verdi, de la pure musique de chambre, 
 mĂȘme Brahms y paraĂźt tel « un vieux garçon usé ».  L’esprit de Nikolaus Harnoncourt n’a jamais cessĂ© d’ĂȘtre depuis ses dĂ©buts comme pionniers des relectures baroqueuses sur instruments anciens, d’une verve neuve, en dĂ©fricheur et en rĂ©volutionnaire : depuis 60 ans de pratique musicale, il ne cesse de nous ouvrir des horizons originaux et passionnants sur les Ɠuvres. Un modĂšle et une personnalitĂ© Ă  part
 en ses temps de standardisation et de fadeur. Lecture indispensable.

Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale. SĂ©lection de textes, confĂ©rences, entretiens, traduits de l’allemand par Sylvain Fort.  Actes Sud Beaux Arts, Hors collection. Septembre, 2014 / 10 x 19 / 240 pages. ISBN 978-2-330-03407-8. Prix indicatif : 22, 00€

CD. Mozart : 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e
), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation particuliĂšrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

 

CLIC_macaron_2014La souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien
 qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40 en sol mineur, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes
 Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂč propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une trĂšs courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂȘme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siĂšcle suivant


 

Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle
A ce degrĂ© d’approfondissement, il partage une acuitĂ© artistique avec son pair en France, William Christie. En soulignant que la 40Ăšme ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39Ăšme dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique puis harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂźne aprĂšs lui, semble en dĂ©couler naturellement
 RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart.

 

 

harnoncourt nikolaus

 

 

 

Au centre du triptyque, la Symphonie centrale, la fameuse et irrĂ©sistible K550 en sol mineur (enregistrĂ©e en dĂ©cembre 2012), est l’axe le plus prenant et le plus saisissant du cyle mozartien. Le sol mineur est la tonalitĂ© de la mort et de la tristesse… Dans le premier mouvement, Harnoncourt soigne la morsure des cors, l’ivresse de la construction façonnĂ©e comme une course Ă  l’abĂźme… Du second mouvement (andante), il Ă©claire l’ombre caressante et plus mystĂ©rieuse d’une rĂȘverie … (superbe horizon des cordes Ă©vanescentes et concrĂštes Ă  la fois). Le travail sur le murmure colorĂ© des bois (chant ciselĂ© de la clarinette) est exceptionnel. Sa claire diction et les multiples Ă©clairs de lumiĂšre telle la succession d’aubes d’une sereine espĂ©rance sont d’un ton dĂ©jĂ … beethovĂ©nien.  Dans le IIIĂš mouvement, l’Ă©loquence de l’harmonie instrumentale se montre poussĂ©e Ă  l’extrĂȘme : rondeur et fruitĂ© des bois, Ă©clat nuancĂ© des vents : c’est un idĂ©al pastoral (cors profonds et caressants) qui annonce lĂ  encore tellement le grand Ludwig. Plus incisif encore, au bord de l’implosion, l’Allegro assai du IV se montre mordant et comme aspirĂ© par une irrĂ©pressible force d’engloutissement. Et pourtant dans cette machine Ă  coupe, l’Ă©criture exacerbĂ©e semble Ă©manciper la forme jusqu’Ă  sa dĂ©sintĂ©gration, Harnoncourt sait encore cultiver l’incomparabale nostalgie et la suave tendresse dont il a le secret. Le rĂ©sultat final est un Ă©tourdissement qui rĂ©clame Ă©videmment la rĂ©solution apportĂ© par l’ut  majeur de la 41Ăš, jupitĂ©rienne… vaste architecture de reconstruction progressive, particuliĂšrement bienvenue aprĂšs l’activitĂ© inouĂŻe de la K550; quand il parle de cette opus axial et dĂ©cisif dans l’Ă©claircissement de la passion mozartienne, Harnoncourt indique ouvertement le gĂ©nie divin de Wolfgang… ce qui justifie donc l’usage du terme d’oratorio pour l’ensemble du cycle.
On savait que les trois derniĂšres Symphonies Ă©taient liĂ©es par une secrĂšte cohĂ©rence : Harnoncourt nous en  dĂ©voile toute la magie interne, le flux organique, le jeu des rĂ©ponses de l’une Ă  l’autre. Mais Ă  travers sa sensibilitĂ© et sa justesse poĂ©tique, c’est essentiellement la sincĂ©ritĂ© de Mozart et sa modernitĂ© qui se dĂ©voilent sans fards en une prodigieuse rĂ©alisation.La Seul K 550 en donne une irrĂ©sistible illustration.

Ainsi, la seule Symphonie en sol et l’Ă©coute des morceaux les plus introspectifs (Andante et son questionnement fondamental et profond) puis du Finale (en forme de tourbillon irrĂ©solu) confirme, entre classicisme et romantisme, l’Ă©tonnante modernitĂ© de Wolfgang : un explorateur visionnaire, un gĂ©nie dĂ©finitivement inclassable qui en 1788 ose l’inouĂŻe, permet Ă  tous les autres grands compositeurs aprĂšs lui de poursuivre la grande histoire symphonique. Il ne s’agit pas seulement d’un jeu formel mais bien de traits singuliers aux rĂ©sonances de l’ombre oĂč Mozart pose continument la question du sens de la musique et des moyens propres au discours musical. Le dernier mouvement fait apparaĂźtre l’extĂ©nuation de la mĂ©lodie puis l’implosion du cadre harmonique. Jamais aucun symphoniste n’a Ă©tĂ© si loin dans le dĂ©veloppement de la forme … une sorte de mise Ă  plat du mĂ©tier Ă  laquelle Harnoncourt apporte un souci des timbres,  de chaque intention instrumentale veillant autant au relief qu’Ă  l’Ă©quilibre des combinaisons entre pupitres.

La fuite en avant ou la course Ă  l’abĂźme qui impose son rythme et son oeuvre de dĂ©mantĂšlement laisse en fin de parcours l’auditeur littĂ©ralement dĂ©boussolĂ© : Mozart ouvre des perspectives jamais explorĂ©es avant lui… l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e des instruments montre Ă  quel degrĂ© de maturitĂ© linguistique le chef autrichien a conduit ses instrumentistes, proposant des sonoritĂ©s jubilatoires inoubliables oĂč cuivres, vents et bois caressants et remarquablement loquaces prĂ©parent Ă  tous les langages et toutes les syntaxes des symphonistes aprĂšs Mozart dont Ă  Vienne, Ă©videmment Beethoven et Schubert.

Autant la sol mineur dĂ©route par sa palpitation envoĂ»tante fondamentalement irrĂ©solue,  autant dĂšs son entrĂ©e magistrale par son allegro vivace,  la Jupiter affirme sa souveraine quiĂ©tude balisĂ©e Ă  laquelle Harnoncourt apporte de superbe respirations sur un tempo plutĂŽt (lui aussi) serein. Le Cantabile qui suit affirme mais sur le ton d’une tendresse franche, le sentiment de plĂ©nitude avec des pupitres (bois et vents) d’une fusion magique. Mozart n’Ă©vite pas quelques lueurs plus inquiĂ©tantes,  tentation de l’abĂźme bientĂŽt effacĂ©e/attĂ©nuĂ©e par la somptuositĂ© discursive de l’orchestre aux teintes et nuances d’une diversitĂ© Ă©tonnante. Mais on sent bien que la dynamique jaillissante et millimĂ©trĂ©e, les mille nuances expressives et les mille couleurs qu’apporte Harnoncourt profite de sa connaissance trĂšs poussĂ©e de la vie et de l’écriture mozartiennes : Harnoncourt a en mĂ©moire, l’expĂ©rience de Mozart dans l’oratorio haendelien et dans celui des grands compositeurs contemporains, en particulier CPE Bah dont il dirige l’oratorio La RĂ©surrection et l’Ascension de JĂ©sus, au printemps 1788 soit juste avant de composer le triptyque qui nous occupe : scintillement instrumental,  raffinement orchestral,  combinaisons jubilaire des solistes de chaque pupitre. … l’idĂ©e d’un rapprochement entre l’Ă©criture hautement inspirĂ©e du fils Bach est Ă©videmment tentante. Qu’il soit ou nom fondamentalement inspirĂ© par un sujet sacrĂ© fondant sa religiositĂ© expliquant sous la plume de Harnoncourt l’usage du terme « oratorio » 
, l’Ă©loquence trĂšs individualisĂ©e de chaque instrument ou de chaque pupitre rappelle Ă©videmment par leur jeu concertant en dialogue permanent,  l’arĂšne continue d’un vrai drame instrumental – nous ne dirions pas oratorio mais plutĂŽt en premiĂšre choix, opĂ©ra instrumental-, dont la souffle et comme le discours nous parlent constamment. La pulsation rayonnante du finale de la 41 (Jupiter) en marque la victoire finale, le point d’accomplissement,  et dans le cycle tripartite,  la rĂ©solution spectaculaire tournĂ©e vers la lumiĂšre… comme le final de La FlĂ»te enchantĂ©e ou encore par son entrain d’une irrĂ©pressible activitĂ©,  le tourbillon conclusif des Noces. On y retrouve le mĂȘme sentiment : mĂȘme si cette fin rĂ©tablit l’Ă©quilibre qui a vacillĂ©,  on sent nettement que la machine peut repartir affirmant toujours et encore l’oeuvre refondatrice d’un Mozart lumineux et bĂątisseur. La vision est supĂ©rieurement approfondie,  superbement rĂ©alisĂ©e. On savait Harnoncourt immense Mozartien comme l’ont Ă©tĂ© hier Erich Kleiber ou Karl Böhm, ou Karajan, Giulini, Abbado
 La trilogie symphonique pourrait bien ĂȘtre le point central de son testament artistique et musical.  Double cd magistral. Un accomplissement de tout l’Ă©difice dĂ©jĂ  abondamment documentĂ© du Harnoncourt mozartien chez Sony classical.

 

 

CD. Mozart : 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical).

CD, annonce. Mozart : les 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 1 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD, annonce. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 1 cd Sony classical). Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, le plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres, suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews) ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

harnoncourt nikolausLa souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien
 qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes
 Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂč propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une trĂšs courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂȘme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siĂšcle suivant
 Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle
 qui partage une acuitĂ© artistique avec pair en France, William Christie, comme si dans leurs deux cas, les annĂ©es et l’expĂ©rience stimulaient davantage l’activitĂ© de deux cerveaux dĂ©fricheurs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)En soulignant que la 40Ăšme ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39Ăšme dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique et harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Triptyque orchestral d’une invention inĂ©dite Ă  son Ă©poque, les 3 Symphonies rĂ©vĂšlent ainsi un plan d’une rare cohĂ©rence : la 39Ăšme emporte par son ardeur juvĂ©nile, printaniĂšre ; la 40Ăšme frappe par sa conscience aiguisĂ©e, ses interrogations parfois paniques auxquelles la 41Ăšme rĂ©pond dans la lumiĂšre. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂźne aprĂšs lui, semble en dĂ©couler naturellement
 RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart. Prochaine critique complĂšte des 3 derniĂšres Symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt et le Concentus Musicus de Vienne dans le mag cd de classiquenews. Elu « CLIC » de classiquenews de septembre 2014.