TOURS, Opéra. Le Barbier de Séville de ROSSINI de Pelly et Pionnier

babrier-pelly-rossini-tours-critique-trio-terzetto-acte-II-opera-critique-classiquenewsTOURS, Opéra. ROSSINI : Le Barbier de Séville : 29 janv – 2 fév 2020. Eblouissant Barbier de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier. jusqu’au 2 février 2020. On ne saurait souligner la réussite totale de cette production, pour certains, déjà vue (créée à Paris en 2017), mais à Tours réactivée sous la direction de Benjamin Pionnier et avec une distribution qui atteint l’idéal.

Rossini en 1816, à peine âgé de 25 ans, ouvre une nouvelle ère musicale avec ce Barbier sommet d’élégance et de pétillance et qui semble sublimer le genre buffa. La réalisation à l’Opéra de Tours en exprime toutes les facettes, tout en soulignant aussi la justesse de Laurent Pelly qui signe ici l’une de ses meilleures mises en scène rossiniennes. Directeur des lieux, le chef d’orchestre Benjamin Pionnier est bien inspiré de programmer ce spectacle en le proposant aux tourangeaux. Une manière inoubliable de fêter l’année nouvelle et de poursuivre la saison lyrique 2019 – 2020 à Tours.

LIRE NOTRE PRÉSENTATION du Barbier de Séville de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier à l’Opéra de Tours, jusqu’au 2 février 2020. Production événement

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Le BARBIER DE SÉVILLE à l’Opéra de Tours

TOURS, Opéra. Eblouissant Barbier de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier. jusqu’au 2 février 2020. On ne saurait souligner la réussite totale de cette production, pour certains, déjà vue (créée à Paris en 2017), mais à Tours réactivée sous la direction de Benjamin Pionnier et avec une distribution qui atteint l’idéal.

Rossini en 1816, à peine âgé de 25 ans, ouvre une nouvelle ère musicale avec ce Barbier sommet d’élégance et de pétillance et qui semble sublimer le genre buffa. La réalisation à l’Opéra de Tours en exprime toutes les facettes, tout en soulignant aussi la justesse de Laurent Pelly qui signe ici l’une de ses meilleures mises en scène rossiniennes. Directeur des lieux, le chef d’orchestre Benjamin Pionnier est bien inspiré de programmer ce spectacle en le proposant aux tourangeaux. Une manière inoubliable de fêter l’année nouvelle et de poursuivre la saison lyrique 2019 – 2020 à Tours.

 

 

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Dès l’Ouverture, légère et élégante en particulier dans sa seconde partie, – hommage au Mozart viennois tissé dans le raffinement et la subtilité des cordes, le souci de légèreté et de finesse s’affirme dans la direction du maestro.
Puis vient le miracle d’une mise en scène qui se dévoile peu à peu, limpide, facétieuse et aussi, elle même élégantissime dans ses déplacements, enchaînements et gestuelle en particulier les ensembles réglés au cordeau en une chorégraphie souvent réjouissante. Laurent Pelly nous ravit en ce qu’il respecte a contrario de beaucoup de ses confrères, la musique, rien que la musique…
Propre aux mises en scène intelligentes, on y détecte mille et une idées d’un Rossini non seulement divertissant surtout pertinent, profond déjà féministe en diable, d’une éloquence sincère, brillante, virtuose. On redécouvre la finesse d’une partition engagée sous la direction aérée et expressive de Benjamin Pionnier, pilote inspiré de ce spectacle aussi séduisant qu’énergique.
C’est bien la musique, son essence fluide, miraculeuse que l’on célèbre du début à la fin, jusque dans les références visuelles des décors où toute l’action et les personnages semblent surgir d’immenses rouleaux de partitions ; même Figaro y écrit la mélodie de la romance d’Almaviva sous le balcon de Rosina, sur une immense portée vierge…
Même la tempête du II souffle des notes noires, bourrasque emblématique désormais de la furia imaginative du compositeur génial.

 

 

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On s’y délecte de l’air moins connu de Rosina au début du II, fausse leçon de chant qui doit paraître vraie pour ne pas éveiller les soupçons du vieux Bartolo. Opera dans l’opéra, Rosina y chante le rondo extrait du drame « l’inutile precautiozione » dont le sujet même renvoie à l’action qui se joue devant nous ; mise en abime subtile car tour au long de l’ouvrage Rossini nous parle de musique, de chant, en un tourbillon dramatique qui semble synthétiser toutes les ficelles du genre.
De la frénésie insolente et mordante de Beaumarchais, Rossini n’a rien omis ni atténué: il exprime même l’audace et l’impertinence à leur comble dans une jubilation maîtrisée.

Production événement à l’Opéra de Tours. Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus… Direction musicale : Benjamin Pionnier / mise en scène : Laurent Pelly. 3 représentations événements à l’Opéra de Tours, les 29, 31 janvier puis 2 février 2020.

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Opéra de Toursboutonreservation
Mercredi 29 janvier 2020 – 20h00
Vendredi 31 janvier – 20h
Dimanche 2 février – 15h

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-barbier-de-seville

 

 

 

Direction musicale : Benjamin Pionnier

Mise en scène, décors et costumes : Laurent Pelly
Lumières : Joël Adam

Figaro : Guillaume Andrieux
Rosina : Anna Bonitatibus
Comte Almaviva : Patrick Kabongo
Bartolo : Michele Govi
Basilio : Guilhem Worms
Berta : Aurelia Legay
Fiorello : Nicholas Merryweather
Ambrogio et Notaire : Thomas Lonchampt

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours
 

Barbier de Séville éblouissant à l'Opéra de Tours

 

© Sandra Daveau : les solistes de la production mise en scène de Laurent Pelly, à l’Opéra de Tours jusqu’au 2 février 2020.

  

 

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classiquenews-opera-de-tours-barbier-pelly-pionnier-critique-opera-classiquenews-partition-anna-bonitatibusIVRESSE ET FINESSE ROSSINIENNES… Ainsi les ensembles rayonnent de légèreté, de finesse où les acteurs gazouillent, trépignent en un délicieux caquetage. La révélation y prend en particulier deux visages admirables de justesse : le terzetto à la fin du II associant Almaviva, Figaro, Rosina qui en réalité unit amoureusement Figaro et Rosina en leurs deux voix mêlées qui se répondent. Puis en un enchaînement que l’on voit rarement, l’air redoutable pour tout ténor “non piu resistere” – si peu chanté par les ténors actuels, dans lequel Almaviva signifie au vieux Bartolo la fin définitive de sa tyrannie crasse à l’égard de Rosina. Une fin de non recevoir pour l’égalité et la liberté des femmes. Restitué en situation, l’air prend une étonnante dimension défensive et libertaire ; il souligne cette intelligence et cette acuité irrésistible de Rossini.
Au mérite de Benjamin Pionnier revient le choix (excellent) des solistes ; au sein d’une distribution qui sait caractériser chaque profil, se distinguent surtout la formidable Rosina de la si rossinenne Anna Bonitatibus : d’une rare justesse d’intonation, la cantatrice italienne cisèle le profil de la jeune séquestrée, prête à tout pour s’émanciper et suivre ce comte dont elle a auparavant interroger la fortune. Une fieffée séductrice, très avisée ; palmes spéciales au ténor Patrick Kabongo au timbre clair, flexible, franc dont l’agilité rend naturel ce bel canto rossinien si difficile voire raide ailleurs. Sa prise de rôle est une réussite totale. Dans la mise en scène rien que musicale de Pelly, les interprètes se livrent avec finesse et s’en donnent à cœur joie, sans omettre des saillies bien trash de la part de la vieille servante Berta, souvent coupée ; les chœurs de l’Opéra de Tours sont excellents : précis, impliqués, vrais acteurs qui renforcent encore l’impact délirant de certaines scènes. Production événement.

 

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LIRE aussi notre présentation du Barbier de Séville, Pelly / Pionnier à l’Opéra de TOURS, les 29 et 31 janvier 2020, puis 2 février 2020.
http://www.classiquenews.com/opera-de-tours-le-barbier-de-seville-par-pelly-et-pionnier/

 

 

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VOIR aussi notre REPORTAGE VIDEO Le Barbier de Séville à l’Opéra de TOURS par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier avec Anna Bonitatibus et Patrick Kabongo :

 

 

REPORTAGE ROSSINI à l’OPERA DE TOURS : Le Barbier de Séville par Pelly et Pionnier (janv, fév 2020) from Classiquenews Classiquenews on Vimeo.

 

 

 

Opéra de Tours : Le Barbier de Séville par Pelly et Pionnier

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigTOURS, Opéra. 29 janv – 2 fév 2020. ROSSINI : Le Barbier de Séville. Rossini, après avoir traité le genre seria, s’affirme réellement dans la veine du melodramma buffo (et en deux actes) comme l’atteste la réussite triomphale de son Barbier de Séville, d’après Beaumarchais, créé au Teatro Argentina de Rome, en février 1816. Fin lui aussi, mordant et d’une facétie irrésistible par sa verve toute en subtilité, le compositeur se montre à la hauteur du drame de Beaumarchais : il réussit musicalement dans les ensembles (fin d’actes) et aussi dans le profil racé, plein de caractère de la jeune séquestrée, Rosine : piquante, déterminée, une beauté pleine de charme… Comment le jeune comte Almaviva réusira-t-il à libérer la belle Rosina des griffes de son tuteur âgé (Bartolo) qui a décidé de séquestrer la jeune femme pour mieux l’asservir puis l’épouser ? Grâce à la complicité du factotum de Séville, Figaro, jeune âme aussi conquérante et positive… leur duo, tout en facétie et ingéniosité, est l’agent de libération. Rossini… féministe ? Deux hommes redoublent de saine entente, de jubilante inventivité pour émanciper la prisonnière. Leurs talents qui allie grâce, jeunesse, astuces s’entend dans la musique du jeune Rossini (24 ans), dont l’orchestration et le génie mélodique exprime une même pétillance. Ici c’est l’insolence et l’esprit de conquête d’une jeunesse sûre d’elle qui s’affirme contre le vieil ordre. Rossini met en musique l’épisode inspiré de Beaumarchais et qui précède ce que Mozart avant lui avait mis en musique avec la complicité de Da Ponte, Les Noces de Figaro : après l’élan du désir naissant lié à la libération de la belle séquestrée, Almaviva, tyran domestique harcèle la servante Suzanne et délaisse Rosina, devenue comtesse négligée… Pour l’heure en 1816, retentit la formidable rire et la finesse d’un Rossini d’une précoce maturité.

Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus… Direction musicale : Benjamin Pionnier / mise en scène : Laurent Pelly.
3 représentations événements à l’Opéra de Tours, les 29, 31 janvier puis 2 février 2020.

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Opéra de Toursboutonreservation
Mercredi 29 janvier 2020 – 20h00
Vendredi 31 janvier – 20h
Dimanche 2 f̩vrier Р15h

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-barbier-de-seville

 

 

 

 

Direction musicale : Benjamin Pionnier

Mise en scène, décors et costumes : Laurent Pelly
Lumières : Joël Adam

Figaro : Guillaume Andrieux
Rosina : Anna Bonitatibus
Comte Almaviva : Patrick Kabongo
Bartolo : Michele Govi
Basilio : Guilhem Worms
Berta : Aurelia Legay
Fiorello : Nicholas Merryweather
Ambrogio et Notaire : Thomas Lonchampt

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours

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Melodramma buffo en deux actes
Livret de Cesare Sterbini d’après Le Barbier de Séville de Beaumarchais
Créé au Teatro Argentina de Rome le 20 février 1816

Coproduction Th̢̩tre des Champs-Elys̩es РOp̩ra National de Bordeaux -
Op̩ra de Marseille РTh̢̩tres de la Ville de Luxembourg РOp̩ra de Tours РStattheater Klagenfurt

Durée : environ 2h30 avec entracte

Conférence gratuite
Samedi 25 janvier – 14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Entr̩e gratuite Рr̩servation recommand̩e
places limitées

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

 

 

 


Après PAISIELLO, Le Barbier de ROSSINI…

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barbier-de-seville-rossini-opera-de-tours-pelly-pionnier-classiquenews-opera-annonce-critique-classiquenews34 ans avant l’opéra de Rossini, en sept 1782, Paisiello, alors auteurs en vogue, crée au Théâtre de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et à la demande de sa protectrice Catherine II, Il barbiere di Siviglia, ovvero La precauzione inutile. Inspiré de Beaumarchais, le dramma giocoso suscite un succès immédiat. Car Paisiello trouve l’écho musical juste à la verve et l’impertinence de l’écrivain français. C’était compté sans le Barbier du jeune Rossini, de 1816. A peine âgé de 25 ans, Rossini baptise d’abord sa partition « Almaviva » du nom du Comte, complice de Figaro, – précaution respectueuse pour Paisiello pour ne pas créer de confusion entre les deux ouvrages. La première le 20 février 1816 au Teatro Argentina de Rome, est un fiasco.
Tout dans la musique de Rossini indique a volonté de rompre avec l’ancien monde et le style ancien : quand Rosina, belle séquestrée par son tuteur Bartolo qui veut l’épouser, chante le rondo de l’opéra factice, L’Inutil precauzione, la jeune femme revendique à la barbe de son géolier, et en présence d’Almaviva déguié en prof de musique, sa liberté et son désir d’émancipation (leçon de chant à l’acte II, scène 3). Ridiculisé le vieux barbon, use de stratagèmes éculés (inutiles précautions comme le clame Rosina de facto) : il ne peut empêcher les deux amants, Rosina et Almaviva, de se marier, grâce aussi à l’intervention de l’astucieux Figaro. Le Comte Almaviva, d’abord déguisé sous son nom de Lindoro, et aussi du professeur de musique comme on l’a vu, peut dérober à Bartolo, la fiancée qu’il s’est choisie.
La séquestration qu’impose Bartolo est bien celle d’un monde autoritaire et phalo, voire misogyne que Rossini exacerbe par sa musique pétillante. La puissance et l’imagination de l’écriture montrent l’audace d’un Rossini qui synthétise alors tous les opéras buffas napolitains précédents; en extrait l’essence de liberté et de sédition, sans omettre le miel d’une séduction irrésistible qui passe par l’amplification de la partie dévolue au chœur, comme le raffinement de son orchestration.
Héros de cette énergie révolutionnaire, Figaro chante dès le début son Largo al factotum… air démesuré, libre, délirant, … inouï en vérité, car jamais entendu auparavant. Figaro c’est Bacchus ou Mercure : un être hors normes, un génie de l’action intelligente dont les malices et les astuces emportent toute l’action, et la précipitent même pour le dénouement de la situation qui contraint Rosina. Le jeune comte Almaviva s’allie à ce personnage haut en couleurs, et profite de l’intelligence de Figaro. De son côté, la vielle servante Berta, du fait de son âge, est prête à « crever » hors de ce mouvement libertaire : un beau contraste avec le Figaro libre et brillant. Elle fustige le danger de la liberté, agent du chaos : le final du Ier acte est dans ce sens aussi orgiaque et frénétique que l’opéra précédent L’Italienne à Alger (1813 : présentée en février 2019 à l’Opéra de Tours). Comme dans les Noces de Figaro de Mozart, Rossini imagine alors dans un tutti assourdissant par son brio, chaque personnage réfléchissant à haute voix sur sa situation personnelle, empêchée, contrainte, atteinte…

 

LAURENT PELLY
La musique pilote l’action…

Mais ici les plus délurés et les plus fantaisistes sont vocalement les mieux caractérisés ; cette passion de la virtuosité porte l’intelligence et l’impertinence de Rossini lui-même, alors maître de son art. Dans cette émulation d’une jeunesse volubile : où perce l’acuité savoureuse du trio Rosina / Landoro,Almaviva / Figaro, soit le futur trio romantique principal chez Verdi (soprano, ténor, baryton)-, se distingue d’autant mieux la vieillesse bilieuse de l’infect Bartolo.

Le metteur en scène Laurent Pelly aime les ressources théâtrales des partitions lyriques : il sait en extraire les rebonds, la drôlerie, l’intelligence active. Ce discernement fait la saveur de ses lectures des opéras des faiseurs de comédies, génies reconnus tels Offenbach, Rossini… La verve et l’imagination l’inspirent. C’est le cas des ouvrages giocosos de Rossini. Pelly suit la tempête musicale qui imprime à l’action ses accents et ses jalons dramatiques.
Il imagine alors un décor fait de partitions où les acteurs habillés de noir incarnent les notes sur les mesures… pour autant la musique n’inféode pas le théâtre car le metteur en scène recherche un équilibre entre les deux. Derrière la virtuosité, Pelly traque et révèle la facétie voire le poésie des situations. Chaque profil est affiné selon sa sensibilité propre : FIgaro est un gangster sympathique qui tire les ficelles de chaque rencontre / confrontation ; Almaviva, un doux amoureux ; … Souvent Pelly revient à la source du livret et préfère tel aria plutôt qu’un autre, surtout si l’habitude est de le couper. Ainsi l’air terrible de la vieille Berta. La virtuosité des airs dans les finales en particulier dévoile en réalité un drame intime que Pelly entend rendre manifeste. Il y a donc de la profondeur et de l’intime dans ce qui paraît ailleurs bien souvent comme agile et artificiel.
Première vertu, et si appréciée chez lui : le respect de la partition originale « Je suis un artisan au service de l’œuvre. Je n’ai pas de concept à faire entrer au forceps, c’est l’œuvre qui commande «  rappelle-t-il. Toujours dans le respect de l’œuvre, faciliter et expliciter le jeu de l’acteur chanteur. Année buffa assoluta en 2017 pour Pelly qui cette année là, livre sa vision de Viva la mamma de Donizetti à Lyon et met en scène Le Barbier de Séville de Rossini au TCE Paris. L’Opéra de Tours a bien raison de présenter aux tourangeaux, l’une des mises en scène de Laurent Pelly les plus astucieuses et les plus rythmées.

COMPTE-RENDU, opéra, critique. MARSEILLE, Opéra, le 3 janv 2020. OFFENBACH : Barbe Bleue. Pelly

COMPTE-RENDU, opéra, critique. MARSEILLE, Opéra, le 3 janv 2020. OFFENBACH : Barbe Bleue. Laurent Pelly. Pas la veuve, Barbe-bleue, mais le veuf joyeux comme il se définit lui-même : « O gué, jamais veuf ne fut plus gai ! » mais étrange mono-manique du mariage qui semble ne pouvoir accéder à la femme que dans le cadre de l’institution matrimoniale.

 

 

 

Monogame en série

thumbnail_3 P1200061  photo Christian DRESSE 2019 

 

Comme Don Juan, épouseur à toutes mains, que j’ai défini ailleurs comme un serial monogame, Barbe-bleue, même pas polygame, s’il les cumule, n’a jamais qu’une femme à la fois, « Una a la volta, per carità ! », dirait Figaro : à chaque coup, on ne sait si c’est l’amour avec un grand A, en tous les cas, sûrement pas avec un grand tas. Même s’il a de la culture picturale (« C’est un Rubens ! », apprécie-t-il Boulotte), il ne cultive pas un harem, ne sait pas jouir des collections avec le plaisir comparatif, ni de celui de la séduction donjuanesque, ni même, pervers, du viol : Barbe-bleu mande un émissaire pour lui choisir une femme en bonne et due forme légale, vite informée létale pour la belle, consumée dès que consommée. Il ne jouit donc, ou guère, apparemment, ni de la femme, ni du mariage mais du veuvage, comme il le chante et danse : mais ne supporte pas le vide de la viduité. Qu’il faut vite combler, comme une fosse, commune pour ses épouses.

 

 

 

Actualités et actuel : féminicide

 

Après Orphée aux Enfers (1858), La Belle Hélène (1864), et la même année que La Vie parisienne (1866) ce Barbe-Bleue d’Offenbach, Meilhac et Halévy, est tiré du conte de Perrault mais tiré, sinon par les cheveux, par sa pilosité abondante vers les sommets du burlesque qui décoiffe sans raser. Mais, par ces sombres et tristes temps de harcèlement sexuel, de violences faites aux femmes, de féminicide, de révolte féminine enfin de @metoo, ce Barbe-Bleue, parodiant et détournant le conte éponyme de Perrault, non seulement n’a pas perdu un poil de sa vive verve satirique d’autrefois mais recouvre une vivante veine dans notre actualité.
Dans une lumière blême (Joël Adam), le rideau se lève sur un livide décor guère décoratif de Chantal Thomas qui défrise les fées des contes : pas de cadre bucolique,  pas de chaumière et deux cœurs de la pastorale où deux étourdis tourtereaux, sur un air de bergerette XVIIIesiècle, n’effeuillant même pas la marguerite, se content fleurette, même si Fleurette, la délicieuse et délicate Jennifer Courcier ne s’en laisse pas conter par l’agile et habile Saphir, l’élégant Jérémy Duffau à la mèche folle en salopette, guère salopée, de travail de prince travesti. Mais la rudesse rurale d’un hangar en tôle au lieu d’un agreste toit de chaume et, s’il y a de la paille, c’est en ballots et, en tas, du fumier, du purin où s’embourbe le pied. Du pauvre linge étendu, une bicyclette, une niche délabrée désertée de chien, un abris-bus guère abritant d’un lieu en déshérence, par le comte Barbe-bleue laissé pour compte, qui y cherche pourtant le sien, les siennes, ses proies, après avoir envoyé en préliminaire mission de chasse à la vierge, à la rosière, son frêle mandataire tourmenté Popolani, en imperméable, perméable par le bas à sa blouse blanche d’officiant médical occulte de la clandestine morgue comtale.
Allures et figures de dégénérés par la consanguinité sans doute, une rustaude population rustique, aux ternes costumes de rustres mal payés, ne payant pas de mine, aux trognes renfrognées, aux gestes à l’unanimisme saccadé de pauvre culture mécanique agricole. Atmosphère de poisse, poissarde de malaise rural, d’occultes drames, alourdie des manchettes placardées de journaux à sensation, sur cinq colonnes, tronquées à nos yeux pour que l’angoisse soit plus grande qui, évoquant des disparitions mystérieuses de femmes, planent, pèsent et plombent le moral.
En somptueuse et silencieuse limousine (mode actuelle des scènes devenues vraies garages), marque Jaguar pour le prédateur, longue et noire comme un corbillard, manteau de cuir noir, œil charbonneux et raides cheveux aile de corbeau funèbre, gominés de danseur de tango sur barbe taillée bleuissante, déboule Barbe-Bleue. Commence son lamento éploré, son récitatif accompagné d’opéra tragique entre Gluck et Verdi, sur les malheureux accidents répétés qui lui arrachent successivement ses femmes et, après une cadence cascadante, hoquetante, virtuose, une puissante envolée lyrique  aux aigus éclatants et tranchants comme des lames, le voilà tout guilleret, « o gué !, le veuf le plus gai » et dansant avec une souplesse étonnante et détonante par rapport à son corps massif : loin de détonner en passant avec naturel du parlé au chanté (exercice dont on ne souligne jamais assez la difficulté et le danger pour la voix), en rien laconique, Florian Laconi déploie une généreuse prolixité vocale de ténor lumineux dans l’aigu, sombrant dans des graves sépulcraux (« Je suis Barbe-bleue »), repris par le chœur frissonnant (Emmanuel Trenque) dans une admirable unanimité d’automates entre le respect et la crainte.
La rosière couronnée, l’affaire enlevée, c’est l’élèvement, l’élévation et l’enlèvement, sur une remorque de tracteur, de la belle Boulotte au rang d’épouse, sur l’ironique refrain à l’orchestre : « Il pleut, il pleut, bergère ». Barbe-bleue proclamera en haut lieu sa révolution : le prince épouse la bergère à la barbe des nobles aïeux.

 

 

 

La barbante barbe

 

 

 

 

On n’y songe pas forcément en se rasant tous les jours, ou en ne se rasant pas selon la rasante mode actuelle qui transforme les jeunes gens en visages pâles ou sales, la barbe ne fait pas le mâle. Elle le défait plutôt : trop affirmer la virilité, c’est l’infirmer puisque cela prouve qu’elle n’allait pas de soi, mais de poils et si c’est affaire de poils, elle ne tient pas à grand-chose. Dans un pamphlet ancien, je me demandais ce qui poussait les hommes jeunes à laisser pousser leurs poils, à passer pour des barbons, avec tout ce que connote la barbe de barbant, barbifiant. Doutent-ils de leur masculinité au point de se rassurer, comme des adolescents, par le poil au menton ? On n’affiche jamais de signe sexuel que ce qui manque à sa place, comme dit Lacan. Mais sans être psy, on vous dira, machos barbus, que loin d’affirmer la virilité, la moustache laisse inconsciemment parler la féminité : elle transforme la masculine bouche en sexe féminin, en sourire non vertical, mais horizontal.
Sur la foi foisonnante de cette barbe, on prête voracité sexuelle et férocité à Barbe-Bleue. Mais on pourrait se demander si, en fait, il n’épouse et tue ses femmes que pour trouver celle qui lui permettra enfin d’éveiller ou réveiller une libido défaillante, de dissiper les angoisses de l’épouseur à toutes mains, auquel il manque la troisième main, disons le membre essentiel de la réalisation sexuelle. On comprend ainsi le sursaut de désir qui le secoue à la vue de la bien roulée Boulotte à boulotter : « Un Rubens ! », donc, s’écrie et s’extasie le connaisseur en esthétique mais non éthique en découvrant la pas étique ni pathétique, mais la plus allurée et délurée des bergères, incarnée en belle et bonne chair et voix par la pulpeuse sinon palpable Héloïse Mas, pas morne plaine paysanne comme les autres mais saine et plantureuse plante pleine en ronde-bosse, bel abattage et beaux abattis, irrésistible Bernadette Laffont campagnarde, propre à vivifier un mort. Mais notre Barbe-bleue est peut-être frappé par le syndrome de Stendhal qui avouait rester sans arme virile face à une femme trop belle et trop désirée.
En tous les cas, intronisée comtesse dans le somptueux palais, Boulotte, boule follette dans le raide jeu de quilles de la cour, timbre voluptueux et langue bien pendue de Madame Sans Gêne, gêne aussitôt son époux. Qui, lui préférant la princesse Hermia qui se marie, manie du mariage, aspire aussitôt à épouser cette dernière et voue sa femme à la morgue où sont méthodiquement rangées en leur tiroir réfrigéré ses précédentes moitiés. Se mettant à table (d’autopsie), scène terrifiante, Barbe-Bleue vante avec fierté à Boulotte son palmarès conjugal et mortuaire, ce caveau de famille, et lui montre, ricanant de sadisme, le casier à son nom qui lui est déjà destiné. Il commet le soin de la tuer à son médecin spécialisé affecté à (par) ce service.

 

 

thumbnail_2  P1190969  photo Christian DRESSE 2019

 

 

Popolani, en imper mastic trop court, silhouette de détective inachevé tombé des faits divers criminels des journaux, sous lequel pointe le médecin appointé aux basses œuvres du comte, c’est l’excellent Guillaume Andrieux, modeste petit moustachu, apparemment souffreteux, souffre-douleur souffrant mal les caprices cruels du maître. Mais, à la barbe de Barbe-Bleue, l’avisé Popolani, y retrouvant les couleurs qu’il perd dans la morgue, sans morgue aucune, s’y retrouve en menus plaisirs avec ces dames reconnaissantes, qu’il a endormies et non empoisonnées ! Bref, le petit homme célibataire cocufie le multiple marié, on dirait post-mortem si ces belles n’étaient grâce à lui bel et bien vivantes.
Et c’est le beau défilé chantant de ces beautés chorales sorties du placard, du rancart sans rancard, poulettes mises non au frigo mais au chaud du bordel personnel ou du poulailler par l’homme de l’ombre Popolani qui, sans être le coq du village, est un coq en pâte dans son caveau sépulcral ! Il a sa revanche et offre aux femmes maltraitées la vengeance contre le brutal barbu : « @metoo » peuvent-elles chanter, pardon, ‘Moi aussi’, chacune y allant de son couplet sur le temps que dura sa romance conjugale avec Barbe-Bleue. S’il les a eues une à une entre les bras, il les aura toutes sur le dos ! Brûlante actualité.
Des basses fosses du château du comte, on repasse aux fausses risettes et vraies bassesses de la cour, de la basse-cour tant le revêche roi Bobèche fait baisser l’échine souple de ses courtisans, rangés en rang d’oignons de légumes en série par le comte Oscar, féru d’étiquette (s) qu’on dirait marchande tant ces gens-là sont prêts à se vendre, tournant au doigt et à l’œil du protocole infligé sadiquement. C’est l’occasion, pour Francis Dudziak, aux mines d’enquêteur espion, sanglé dans sa gabardine au premier acte, d’un superbe numéro éclatant de vitalité ironique dans ses couplets sur le bon courtisan, l’air le plus célèbre de l’œuvre.Satire de toute cour, certes, mais il serait un peu court de n’y voir pas des pointes aux fastes impériaux extravagants de celle de Napoléon III et d’Eugénie de Montijo, monarques parvenus d’une gloire usurpée.
Certes, nous avons perdu des codes, des clés des pamphlets d’une œuvre trop ancrée dans son temps, par ailleurs bien contrôlée par la censure. Ce grand et clair salon du palais, fauteuils et canapé rococo pour parois déjà néo-classiques, n’est pas dans le style Napoléon III, cossu et rebondi, aux rouges et violets caractéristiques, aux lourds brocarts et velours. Mais, sans vendre la mèche, dans les scènes de ménage entre le roi Bobèche rageur exécuteur des galants de sa femme (chauve ébouriffant, décoiffant, ricanant Antoine Normand) et sa guère clémente Clémentine de femme, Cécile Galois, voix royale, plutôt impériale et impérieuse, majestueuse sur canapé trônant, tiare en tête chez les tarés, dans ce couple aigri, en guerre, il n’est pas interdit de voir la mésentente cachée du couple impérial, par plaisante inversion —sinon sexuelle— de sexe : ici, c’est elle l’infidèle, contrairement à Eugénie, puritaine et glaciale, tandis que Napoléon III, à l’inverse, avait un appétit sexuel bien connu, priape impérieux plus qu’impérial visiblement ému sous l’étroite culotte (on ne portait pas de discrets pantalons) à la moindre vue d’un jupon, à la vue de tous, de toute la cour, ce qui lui valut nombre de sobriquets sexuels.
Mais c’est aussi d’autres palais d’aujourd’hui, avec leurs scandales jamais secrets grâce à la presse people, à romance et scandale, qui orne des murs qui ont des oreilles et des yeux pour la joie des paparazzi, avec, sur le couplet détourné du cartel de Robert le Diablede Meyerbeer, le défi chevaleresque en duel du Prince charmant au burlesque Barbe-bleue perfide.
À la tête de l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille, Nader Abbassi, dont on sent la jubilation, mène son monde tambour battant, battue souple et précise, dans la respiration vive de la musique sans jamais la presser ni en oppresser les chanteurs sous prétexte de comique. Et le dira-t-on jamais assez ? L’équilibre exact entre la parole et le chant sans qu’on sente de longueur et l’aisance de tous ces acteurs chanteurs à passer de l’une à l’autre.
Subtile et utile mise en scène de Laurent Pelly, qui règle son compte au conte en en soulignant, révélant, sous l’irrésistible drôlerie de l’œuvre bouffe, la noirceur de sa matière, réglée en mouvements et jeu comme une partition de musique. Un Barbe-Bleue au poil, pas barbant, poilant, désopilant, etc.

 

 

thumbnail_6 8palais P1200245  photo Christian DRESSE 2019 (1)

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. Opéra de Marseille, le 3 janvier 2020. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Laurent Pelly.

 

 

 

LE VEUF JOYEUX OU LE SERIAL MONOGAME
BARBE-BLEUE
Opéra-bouffe (1866) de Jacques Offenbach
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy

A l’affiche de l’Opéra de Marseille,
Les 28, 29, 31 décembre 2019, 3 et 5 janvier 2020

Coproduction Opéra de Marseille / Opéra National de Lyon


Assistante à la direction musicale : Clelia CAFIERO
Mise en scène et costumes : Laurent PELLY
Adaptation des dialogues : Agathe MÉLINAND
Décors : Chantal THOMAS
Lumières : Joël ADAM
Collaborateur à la mise en scène : Christian RÄTH
Collaborateur aux costumes : Jean-Jacques DELMOTTE

Boulotte : Héloïse MAS
Princesse Hermia, Fleurette : Jennifer COURCIER
Reine Clémentine : Cécile GALOIS
Barbe-Bleue : Florian LACONI
Popolani : Guillaume ANDRIEUX
Prince Saphir : Jérémy DUFFAU
Comte Oscar : Francis DUDZIAK
Roi Bobèche : Antoine NORMAND

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale : Nader ABBASSI

Photos Christian Dresse

Boulotte et le prédateur (Mas, Laconi) ;
Popolani et Oscar (Andrieux, Dudziak);
Madame Sans-Gêne à la cour du roi Bobèche (Laconi, Mas, Gallois, Normand)

COMPTE-RENDU, critique, opéra. LYON, le 13 déc 2019. OFFENBACH, Le Roi Carotte. Orchestre et chœur de l’opéra de Lyon, Adrien Perruchon.  

le-roi-carotteCOMPTE-RENDU, critique, opéra. LYON, le 13 déc 2019. OFFENBACH, Le Roi Carotte. Orchestre et chœur de l’opéra de Lyon, Adrien Perruchon. Reprise très attendue de la magnifique production donnée à Lyon en 2015. Avec une distribution légèrement modifiée, la magie opère toujours autant. Une des grandes réussites offenbachiennes de ces dernières années. Sur scène, des décors à la fois sobres et monumentaux de Chantal Thomas, compensés par une richesse des costumes et des accessoires (cagettes, panier à salade, presse-purée, Vésuve en miniature…), qui finiront par susciter un véritable enchantement visuel. On se délecte toujours autant de cette parodie de conte de fées inspirée au départ par un conte d’Hoffmann, décidément attaché à Offenbach. Mais le génie parodique du compositeur nous éloigne assez vite de l’univers fantastique, parfois inquiétant, de l’écrivain allemand. Et les mésaventures du Roi Fridolin (épris d’une Cunégonde qui ne reconnaît pas de suite le prince déguisé en étudiant), qui rencontre sur son chemin la méchante fée Coloquinte, nous valent une jardinière destitution royale, Fridolin se retrouvant supplanté sur le trône par une carotte tyrannique et sa cour composée de navets, betteraves et radis du plus bel effet.

 

 

 

On est fane !

 

 

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Les costumes des légumes sont ébouriffants à souhait, à la fois grotesques et réalistes, et la pauvre carotte, après une fabuleuse épopée à Pompéi où l’on suit Fridolin et son bon génie Robin-Luron à la recherche de l’anneau de Salomon, censé annihiler les pouvoirs de la sorcière, et un non moins fabuleux défilé d’insectes (fourmis, abeilles, mouches, bourdons, cigales), source d’un nouvel enchantement, finira mouliné dans un presse-purée géant.
Si les moyens mis en œuvre ne peuvent rivaliser avec la scénographie proprement hollywoodienne de l’époque (la version originale en 4 actes avoisinait les 6 heures), la lecture de Laurent Pelly, qui signe également les magnifiques costumes, n’en est pas moins fascinante et théâtralement convaincante. Si l’on peut regretter comme toujours, dans l’adaptation habile d’Agathe Mélinand, certaines vulgarités inutiles, il faut avouer que cela fonctionne plutôt bien, aidé par les lumières efficaces de Joël Adam (comme dans l’éruption hilarante du Vésuve ou l’apparition des tubercules à la fin du 2e tableau du premier acte, à la puissance dramatique proprement saisissante).

Dans le rôle-titre, Christophe Mortagne est toujours diablement hallucinant de présence ; sa voix souple de ténor lui permet de passer d’un langage quasi onomatopéique à un discours plus délié, mais jamais vraiment humain. Yann Beuron reprend également le rôle du pauvre Roi Fridolin XXIV ; habitué des rôles offenbachiens, son abattage est sans faille, élocution et qualités d’acteur en prime. La sorcière Coloquinte trouve une très belle incarnation avec Lydie Pruvot, merveilleuse actrice, à la voix bien projetée. En Cunégonde, Catherine Trottmann (qui succède à Antoinette Dennefeld) révèle un timbre chaud, rond, ample, même si pas toujours bien projeté, mais son incroyable présence scénique nous fait oublier cette légère réserve. Figure fluette et androgyne, Julie Boulianne campe un excellent Robin-Luron, voix tonique et diction impeccable, qui parviendra à délivrer Rosée du soir, superbement défendue par Chloé Briot qui finira par épouser le prince, occasion pour elle de se libérer vocalement, alors que ses aigus semblaient au départ quelque peu engoncés. Les autres rôles ne méritent que des éloges : Christophe Gay, voix grave et inquiétante dans le rôle de Truck (jadis défendu par Boris Grappe qui reprend magnifiquement Pipertrunck dévolu en 2015 à Jean-Sébastien Bou).
Mention spéciale aux chœurs maison, toujours superbes d’éloquence et de présence, préparés par le chef « étoilé » Roberto Balistreri, tandis que dans la fosse, la phalange lyonnaise bénéficie de la direction épicée d’Adrien Perruchon qui fait de cet opéra ratatouille un délice survitaminé pour les palais les plus gourmands.

 

 

 

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Compte-rendu. Lyon, Opéra de Lyon, Offenbach, Le roi Carotte, 13 décembre 2019. Christophe Mortagne (Le Roi Carotte), Julie Boulianne (Robin-Luron), Yann Beuron (Fridolin), Christophe Gay (Truck), Boris Grappe (Pipertrunck), Chloé Briot (Rosée du soir), Catherine Trottmann (Cunégonde), Lydie Pruvot (Coloquinte), Grégoire Mour (Maréchal Trac), Florent Karrer (Dagobert/Psitt), Igor Mostovoï (Comte Schopp), Louis De Lavignière (Baron Koffre), Laurent Pelly (Mise en scène et costumes), Agathe Mélinand (Adaptation des dialogues), Chantal Thomas (Décors), Joël Adam (Lumières), Jean-Jacques Delmotte (Collaboration aux costumes), Christian Räth (Collaboration à la mise en scène), Roberto Balistreri (Chef des chœurs), Orchestre et chœur de l’Opéra de Lyon, Adrien Perruchon (direction). Illustrations : © service de presse de l’Opéra Nat de Lyon.

 

 

 
 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chœur de l’opéra de Lyon, Michele Spotti

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, critique, opéra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chœur de l’opéra de Lyon, Michele Spotti. La collaboration entre Laurent Pelly et Offenbach est désormais une valeur sûre. Cette production qui clôt la saison lyonnaise, s’inscrit avec bonheur dans le sillon qui a vu les succès de la Belle Hélène ou d’Orphée aux enfers et de huit autres merveilles du « Petit Mozart des Champs-Elysées ». Tout est marqué du sceau de l’excellence, de la distribution, aux décors, au jeu d’acteurs, et à la musique virevoltante, qui nous permet de découvrir une partition trop rarement donnée.

 

 

 

BARBE-BLEUE désopoilant !

 

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Illustration : © Stofleth / Opéra de Lyon 2019

 

 

La scénographie est d’abord un régal pour les yeux. Malgré une transposition moderne sans outrance, avec des clins d’œil à la presse à scandale et aux émissions de télé-réalité, l’esprit parodique est parfaitement conservé, qui joue sur l’opposition entre une certaine ruralité (la chaumière, le tracteur et le foin, la vie paysanne en général, superbement restituée) et les ors des palais du pouvoir (le faste des festivités du dernier acte, avec un couple royal irrésistible de drôlerie). Le décalage caustique est constamment présent, et pour une fois, les dialogues ont été à peine raccourcis et très peu réécrits. Le conte horrifique de Perrault sert ici de toile de fond pour une lecture d’une drôlerie constante, magnifiée par un rythme endiablé, tant musical que scénique.

Tout y est, du couple de jeunes premiers (le prince Saphir et Fleurette, fille du roi, qui se comptent… fleurette), la jeune paysanne nymphomane, Boulotte, comparée à une « Rubens », qui tapera dans l’œil de Barbe-Bleue et l’emmènera dans sa jaguar noire, avant qu’il ne tombe sous le charme de Fleurette et ne prépare, avec l’aide de son fidèle alchimiste Popolani, un plan diabolique, dans le sous-sol macabre de son château, pour supprimer Boulotte. Mais ce sera sans compter sur les cinq femmes de Barbe-Bleue qui n’étaient qu’endormies et qui interviendront, déguisées en bohémiennes, lors d’un bal mémorable au Palais royal.

Malgré une forme en demi-teintes, Yann Beuron est magistral dans le rôle-titre, au look de Kim le coréen, nuque rasée, blouson en cuir et barbe bleutée. Sa présence scénique, qu’on avait pu déjà observer avec bonheur la saison dernière dans le Roi Carotte, fait toujours merveille. Et s’il peine parfois dans le registre aigu, sa prestation compense toutes les faiblesses dues à son état.
Carl Ghazarossian est un prince Saphir idéal, dont le timbre, bien projeté, a des accents parfois stridents qui lui confèrent un côté niais non dénué de charme ; la Fleurette au timbre fruité de Jennifer Courcier lui donne habilement la réplique. Dans le rôle exigeant de Boulotte, la mezzo très en verve d’Héloïse Mas émerveille par la puissance de son timbre et son jeu de scène sans temps mort ; dès son air d’entrée (« Y’ a des bergèr’s dans le village ») elle donne parfaitement le ton. Le Popolani de Christophe Gay mérite également tous les éloges, et dans la voix, comme dans son jeu, on devine la duplicité de ce serviteur de l’ogre, grâce à qui les femmes de Barbe-Bleue auront la vie sauve. Le couple royal est superbement agencé, le Roi Bobèche a les traits goguenards et ridicules de Christophe Mortagne, couronne de travers et démarche dégingandée, voix flûtée délicieusement surannée, qui trouve en Aline Martin une Reine Clémentine non moins irrésistible, dont l’apparent maintien altier ne trompe personne et fait en revanche rire toute l’assistance. Dans les rôles plus marginaux du comte Oscar et d’Alvarez, Thibault de Damas et Dominique Beneforti tirent parfaitement leur épingle du jeu, de même que les cinq femmes de Barbe-Bleue (superbe apparition dans leur couche lors du dernier tableau du IIe acte).
Il faut enfin rendre hommage à la direction à la fois précise et souple du jeune chef italien Michele Spotti, qui met magnifiquement en valeur les subtilités de la musique d’Offenbach (superbes préludes du 2e acte, avec ses miaulements caractéristiques, ainsi que du 3e acte avec ses leitmotive entêtants). Les forces et les chœurs de l’Opéra de Lyon sont une fois de plus excellents ; on ne pouvait décidément faire un meilleur choix pour fêter le bicentenaire du compositeur.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. LYON, Opéra de Lyon, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Yann Beuron (Barbe-Bleue), Carl Ghazarossian (Prince Saphir), Jennifer Courcier (Fleurette), Héloïse Mas (Boulotte), Christophe Gay (Popolani), Thibault de Damas (Comte Oscar), Christophe Mortagne (Roi Bobèche), Aline Martin (Reine Clémentine), Dominique Beneforti (Alvarez), Sharona Aplebaum  (Héloïse), Marie-Eve Gouin (Eléonore), Alexandra Guérinot (Isaure), Pascale Obrecht (Rosalinde), Sabine Hwang-chorier (Blanche), Laurent Pelly (Mise en scène et costumes), Agathe Mélinand (Adaptation des dialogues), Chantal Thomas (Décors), Joël Adam (Lumières), Jean-Jacques Delmotte (Collaboration aux costumes), Christian Räth (Collaboration à la mise en scène), Karine Locatelli (Cheffe des chœurs), Orchestre et chœur de l’Opéra de Lyon, Michele Spotti (direction).

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigCOMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud. Il est des œuvres que l’on ne présente pas, que l’on se plairait presque à dire que c’est inutile de les revoir ou les retrouver du fait qu’elles sont les fondations du répertoire lyrique universel. L’inévitable Barbiere di Siviglia / Le Barbier de Séville de Rossini, qui a réussi le pari de la postérité face à son illustre prédécesseur signé Paisiello, et que dire ce celui de Morlacchi hélas voué à l’oubli. Mais si un tel poncif opératique semble ne garder aucune surprise pour nous, il est stupéfiant quand l’on redécouvre une œuvre telle, grâce au travail d’une équipe artistique !

 

 
 
 

Nouveau Barbier à Bordeaux par un Pelly le plus inspiré
LAURENT il magnifico !

 
 
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Coproduction impressionnante entre le Théâtre des Champs-Elysées, l’Opéra National de Bordeaux, les Opéras de Marseille et de Tours, les Théâtres de la ville de Luxembourg et le Stadttheater de Klagenfurt, cette réalisation réussie voyage d’un bout à l’autre de la France et offre à son cast souvent des prises de rôle. Si bien le premier cast a offert au public Le Figaro puissant de Florian Sempey et le Bartolo idéal de Carlo Lepore, le deuxième cast possède une énergie et une fraîcheur qui convient plus à Rossini et à son Barbier.

Dépoussiérer un “classique” est une affaire délicate, il suffit d’avoir l’imagination débordante de Laurent Pelly. Finis les décors débordant d’ocres style pizzeria du Port d’Hyeres, les personnages telles des noires ou des blanches évoluent sur d’immenses feuillets de papier à musique et la portée devient tour à tour balcon, prison et rideau, une magnifique idée pour présenter l’ambiguïté des situations. Laurent Pelly développe dans ce Barbiere, le meilleur de son talent.

 

 

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Face à cette mise en scène, en fosse l’extraordinaire Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine allie une richesse fabuleuse de couleurs et des timbres d’une justesse fascinante. Il faut reconnaître que c’est l’un des meilleurs orchestres de France. Grâce à l’aplomb des musiciens, on redécouvre des bijoux dans la partition de Rossini que l’on croyait connaître. Évidemment c’est aussi la direction vive et spirituelle de Marc Leroy-Calatayud qui imprime une belle énergie dans les tempi et une battue claire et raffinée. Son enthousiasme communicatif nous séduit, un talent à suivre absolument. Si Marc Leroy-Calatayud réussit avec simplicité à polir une des partitions les plus jouées au monde, vite qu’on lui donne des raretés pour qu’il leur donne un souffle nouveau !

Cependant, la fosse surélevée n’aide aucunement à la balance entre les chanteurs et la salle. Souvent on entend davantage l’orchestre et c’est bien dommage, surtout pour un cast de jeunes solistes.

Or, nous retrouvons une belle équipe, dont certains profils se détachent nettement. Adele Charvet est une Rosine idéale. Tour à tour garçon manqué et femme de poigne, elle sait jouer son rôle à merveille avec une voix dont les graves de velours nous enveloppent dans une ravissante pelisse d’une musicalité inégalable.
De la même sorte, Anas Seguin campe un Figaro tout en finesse et avec l’énergie picaresque qui sied à merveille au rôle. Sa voix au timbre riche et brillant nous offre un « Largo al factotum » d’anthologie. Un immense artiste à suivre.
Le Basilio de Dimitri Timoshenko a un timbre aux beaux graves mais reste quelque peu timide notamment dans l’inénarrable air de la calomnie.
Nous retrouvons au début de l’opéra le Fiorello de Romain Dayez, qui a la voix et l’énergie pour être un Basilio d’exception. Souhaitons l’entendre bientôt dans un rôle qui nous offre toute l’entendue de sa musicalité.
Dans le petit rôle de Berta, Julie Pasturaud est incroyable. Le seul air du personnage, qui, habituellement est anecdotique, est une petite merveille dans son interprétation. La voix est belle, colorée dans toute son étendue. Vivement une prochaine rencontre avec ce talent.
Dans les rôles de pantomime d’Ambrogio et du Notaire, le comédien Aubert Fenoy excelle dans l’art de faire rire sans artifices. Ses interventions sont remarquées, notamment à l’entracte. La subtilité de son jeu nous rappelle dans la précision de son geste, le comique naturel de Charles Chaplin.

Hélas, nous ne pouvions pas passer outre Elgan Llyr Thomas qui offre à Almaviva une incarnation tout juste physique. Si certaines couleurs semblent belles, l’émission est très diminuée par un souffle inégal. Ce qui est dommage c’est que toutes les vocalises manquent de naturel et de légèreté. C’est bien dommage pour un rôle aussi important. De même, le Bartolo de Thibault de Damas reste vocalement assez peu investi alors que théâtralement il se révèle un interprète intéressant.

En somme nous saluons la belle scénographie imaginée par Laurent Pelly et son équipe et les étoiles montantes de cette distribution, gageons que leur avenir est pavé de productions qui nous offriront leur éclat et l’étendue de leur talent.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, Grand Théâtre, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbier di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud.
Gioachino Rossini РIl Barbiere di Siviglia / Le Barbier de S̩ville
 
Conte Almaviva – Elgan Llyr Thomas
Rosina РAd̬le Charvet
Figaro – Anas Seguin
Don Bartolo – Thibault de Damas
Don Basilio – Mikhail Timoshenko
Berta – Julie Pasturaud
Fiorello – Romain Dayez
Ambrogio / Notario – Aubert Fenoy
Un Ufficiale – Loïck Cassin

Choeur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux-Aquitaine
Direction: Marc Leroy-Calatayud
Mise en scène: Laurent Pelly

 
 
Illustrations : © Maitetxu Etchevarria / Opéra National de Bordeaux 2019

 
 

Compte-rendu : Paris. Opéra National de Paris (Palais Garnier), le 23 mai 2013. Haendel : Giulio Cesare in Egitto. Lawrence Zazzo, Sandrine Piau, … Concert d’Astrée. Emmanuelle Haïm, direction. Laurent Pelly, mise en scène.

haendel_portrait_perruqueL’Opéra National de Paris accueille l’Orchestre et Choeur du Concert d’Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm, pour la reprise de leur production de Giulio Cesare de Haendel de 2011 dans la mise en scène signée Laurent Pelly.

Giulio Cesare a une place spéciale dans la production lyrique du Caro Sassone. Il s’agît de l’un des plus riches exemples de caractérisation musicale dans tout le répertoire. La partition est une des plus somptueuses et originales de la plume du compositeur. L’écriture vocale est virtuose, d’une abondance mélodique enivrante. Le Concert d’Astrée sous la sévère et précise d’Emmanuelle Haïm se révèle très convaincant (effet de la rbague d’aisance contagieuse …). Non seulement il soutien les chanteurs avec maestria, mais se distingue aussi de façon surprenante à plusieurs moments de la ptte eprise : les musiciens et leur chef reprennent la production déjà vue avec plusrésentation, et non seulement lors des intermèdes purement instrumentaux. L’orchestre se montre dramatique, noble et maestoso pendant les airs de Cornélie, d’une dignité royale et d’un entrain presque romantique lors de l’air de Sextus “L’angue offeso mai riposa”, parfois agité, parfois larmoyant, toujours excellent. Les ritournelles sont d’un entrain souvent singulier et les solos de flûte, violon et cor, vraiment impressionnants. 

Un éventail brillant de sentiments

 

Comme la distribution des chanteurs d’ailleurs. Si le livret peut paraître risible, les chanteurs sont très engagés et donnent vie aux personnages avec les moyens dont ils disposent. Dans ce sens les rôles de César et de Cléopâtre, tenus par Lawrence Zazzo et Sandrine Piau respectivement, sont les vedettes incontestables, pourtant accompagnés d’une équipe de grande qualité. Le Jules César de Lawrence Zazzo est progressif. Si au tout début, il semble plutôt affecté voire superflu, au cours des 4 heures de spectacle, il arrive à dessiner un portrait fantastique et complexe du héros romain, qui, malgré l’abondance mélodique, n’a pas la musique la plus individuelle de l’oeuvre. Il est ainsi le héros à la coloratura parfaite et savoureuse. Ses moments les plus intenses sont les récitatifs accompagnés, mais le souvenir plus vif que nous avons de sa prestation est sans doute son énergie et cet investissement indiscutable dans ses vocalises pleines de caractère et sa musicalité. L’interprète se révèle même irrésistible dans son court air guerrier à la fin du 2e acte “Alla’po dell’armi”.

Sandrine Piau est une Cléopâtre encore plus irrésistible! Sa prestation est piquante à l’extrême. Tous ses airs chatouillent et caressent les oreilles. De plus, sa silhouette s’accorde parfaitement au personnage séducteur. Son air du 2e acte : “V’adoro pupille” avec un orchestre des muses sur scène et l’un des sommets esthétiques et érotiques de l’oeuvre. Mais nous avons droit lors du même acte à un autre sommet de beauté cette fois-ci presque spirituelle lors de son air “Se pietà di me non senti” qui n’est pas sans rappeler Bach. Également investie dans les  duos, la soprano réussit tout autant son air de bravoure à la fin de l’opéra :  ”Da tempeste il legno infrango” est la cérise de virtuosité sur le délicieux gâteau d’une performance indiscutable.

Le personnage le plus dramatique, Cornélie, est vivement défendu  par la mezzo-soprano Verduhi Abrahamyan (nous avons toujours des excellents souvenirs de sa Néris dans la Medea de Cherubini ainsi que de sa Pauline dans la Dame de Piques de Tchaikovsky). Elle est noble et fière dans sa souffrance et le duo final du 1er acte : “Son nata a lagrimar”,  est magnifique : il suscite une vague de forts applaudissements et des bravos justifies.  Le Sextus de Katherine Deshayes paraît malheureusement en retrait. Son personnage n’a que des airs de vengeance (à l’exception du duo d’adieux avec Cornélie), et ils sont tous dans sa tessiture. Ce qui aura pu être une excellente occasion pour elle n’est qu’une interprétation correcte mais peu mémorable. Christophe Dumaux dans le rôle de Ptolomée est, au contraire, un chanteur que nous avons du mal à oublier (excellent Disenganno dans Il Trionfo de février 2013).  Virtuosité vocale, sincère investissement, avec un sens aigu du théâtre, font de lui un méchant plutôt attirant!  Paul Gay et Dominique Visse sont tous les deux excellents en Achillas et Nirénus respectivement, d’ailleurs comme Jean-Gabriel Saint-Martin dans le rôle de Curio (beau Guglielmo dans Cosí fan Tutte à Saint Quentin en avril 2013).

La mise en scène de Laurent Pelly n’est pas pour tous les goûts, mais elle ne nuit pas à  l’oeuvre. Au contraire, sa transposition de l’action dans un Musée du Caire imaginé est plutôt sympathique.  Comme le fait qu’il intègre le 18e siècle dans sa vision. Dans ce sens, le concert des muses habillées en costumes baroques avec divers clins d’oeil à la Rome antique (le choeur des bustes entre autres!) affirment une belle humeur et une imagination plutôt libérée. La reprise de la production est au final un festival pour tous les sens et l’éventail des sentiments et d’affects est certainement présenté avec candeur et noblesse. Au final, une production recommandable à voir et écouter au Palais Garnier, encore le 31 mai ainsi que les 4, 6, 9, 11, 14, 16 et 18 juin 2013.