CD événement, critique. HANDEL : AGRIPPINA. DiDonato, Fagioli, Vistoli
 (3 cd ERATO, 2019)

didonato-joyce-agrippina-fagioli-pisaroni-orlinski-vistoli-lemieux-maxim-EMELYANYCHEV-il-pomo-doro-cd-opera-cd-review-opera-concert-orchestre-classiquenews-gd-formatCD Ă©vĂ©nement, critique. HANDEL : AGRIPPINA. DiDonato, Fagioli, Vistoli
 (3 cd ERATO, 2019). Pour portraiturer la figure de l’impĂ©ratrice Agrippine, Haendel et son librettiste Vincenzo Grimani n’écartent aucun des Ă©lĂ©ments de la riche biographie de Julie Agrippine, sƓur de Caligula : la 4Ăš Ă©pouse de Claude fait tout pour que le fils qu’elle a eu en premiĂšres noces d’Ahenobarbus, soit reconnu par l’empereur et lui succĂšde : NĂ©ron, pourtant dissolu, dĂ©cadent – effeminato (comme Eliogabalo, et tel que le dĂ©peint aussi Monteverdi au siĂšcle prĂ©cĂ©dent dans l’Incoronazione di Poppea), sera bien sacrĂ© divinitĂ© impĂ©riale (non sans faire assassiner sa mĂšre au comble de l’ingratitude : qu’importe dira l’ambitieuse politique qui dĂ©clara « qu’importe qu’il me tue, s’il devient empereur »  ). Au moins Agrippine n’avait aucun faux espoir.

La prĂ©sente lecture suit les recommandations et recherches du musicologue David Vickers (qui signe la captivante et trĂšs documentĂ©e notice de prĂ©sentation – Ă©ditĂ©e en français), soucieux de restaurer l’unitĂ© et la cohĂ©rence de la version originelle de l’opĂ©ra, tel qu’il fut crĂ©Ă© au Teatro Grimani di San Giovanni Grisostomo en 1709 Ă  Venise. L’action s’achĂšve avec le mariage entre Ottone et Poppea ; s’il perd (fugacement) la main de la jeune beautĂ©, NĂ©ron gagne la fonction impĂ©riale : il est nommĂ© par Claude, empereur, Ă  la grande joie d’Agrippine
 Ainsi, l’ambitieuse a triomphĂ© ; ses multiples manigances n’étaient pas vaines.
L’apport le plus crĂ©dible de la proposition est ici, la suite de ballet qui conclut l’action comme une apothĂ©ose, soit 5 danses dont la Passacaille finale, dĂ©rivĂ©es de la partition sur papier vĂ©nitien du prĂ©cĂ©dent opĂ©ra Rodrigo.

 

 

Nouvelle lecture d’Agrippina sommet italien de Haendel (Venise, 1709)

JOYCE DIDONATO,  ambitieuse & impérieuse

 

 

 

La diversitĂ© des accents, nuances, instrumentaux et vocaux, expriment vertiges et scintillements des affetti, autant de passions humaines qui sont au cƓur d’une partition surtout humaine et psychologique ; Haendel avant le Mozart de Lucio Silla, atteignant Ă  une comprĂ©hension hallucinante du coeur, de l’ñme, du dĂ©sir ; l’incohĂ©rence et la contradiction, la manipulation et la faiblesse sont les codes ordinaires des machinations Ă  l’Ɠuvre ; mĂȘme cynisme que chez Monteverdi dans l’Incoronazione di Poppea (opera de 1642 qui met en scĂšne le mĂȘme trio : Agrippine, NĂ©ron, PoppĂ©e), Haendel fustige en une urgence souvent Ă©lectrique, embrasĂ©e, la complexitĂ© sadique des uns, l’ivresse maso des autres, en un labyrinthe proche de la folie, en une urgence aussi qu’expriment parfaitement la tenue de chaque chanteur et l’engagement des instrumentistes : ici Claude et NĂ©ron sont faibles ; seule Agrippine impose sa dĂ©termination virile (mais elle aussi se montre bien fragile comme le prĂ©cise son grand air fantastique du II : « Pensieri, voi mi Tormenti » : la machiavĂ©lique se prĂ©sente en proie fragile, en victime). D’ailleurs Haendel dessine surtout des individualitĂ©s (plutĂŽt que des types interchangeables d’un ouvrage Ă  l’autre) ; il rĂ©ussit lĂ  oĂč Mozart en effet, Ă  rĂ©vĂ©ler les motivations rĂ©elles des ĂȘtres : pouvoir, dĂ©sir, argent
 pour y parvenir rien n’arrĂȘte l’ambition : Agrippine commande Ă  Pallante qu’elle sĂ©duit d’assassiner Narcisso et Ottone
 puis courtise Narcisso pour qu’il tue Pallante et Ottone (II).
Haendel invente littĂ©ralement des scĂšnes mythiques indissociables de l’histoire mĂȘme du genre opĂ©ra : le Baroque fabrique ici une scĂšne promise Ă  un grand avenir sur les planches, en particulier Ă  l’ñge romantique : comment ne pas songer Ă  l’air des bijoux de Marguerite du Faust de Gounod, en Ă©coutant « Vaghe perle », premier air qui dĂ©peint la badine et lĂ©gĂšre Poppea, ici premiĂšre coquette magnifique en sa vacuitĂ© profonde ?

Sur cet Ă©chiquier, oĂč l’ambition et les manigances flirtent avec folie et dĂ©sir de meurtre, triomphe Ă©videmment Agrippine, parce qu’elle est sans scrupule ni morale, et pourtant hantĂ©e par l’échec, ainsi que le dĂ©voile l’air sublime du II comme nous l’avons soulignĂ© (« Pensieri, voi mi tormentate ») : diva ardente et volubile, viscĂ©ralement ancrĂ©e dans la passion exacerbĂ©e, Joyce DiDonato souligne la louve et le dragon chez la mĂšre de NĂ©ron, avec les moyens vocaux et l’implication organique, requis. C’est elle qui rĂšgne incontestablement dans cet enregistrement, comme l’indique du reste le visuel de couverture : Agrippina / Joyce trĂšs Ă  l’aise, en majestĂ© sur le trĂŽne.
A ses pieds, tous les hommes sont soumis : NĂ©ron, en fils dĂ©vouĂ© et tout occupĂ© Ă  conquĂ©rir Poppea (plutĂŽt que le pouvoir) – au miel bavard, lascif (impeccable Franco Fagioli cependant plus vocal que textuel) ; l’époux Claude (non moins crĂ©dible Luca Pisaroni) ; acide et parfois serrĂ©, l’Ottone de Orlinski vacille dans sa caractĂ©risation au regard de sa petite voix
 le contre-tĂ©nor qui brille ici, reste le Narcisso de l’excellent Carlo Vistoli (dĂšs son premier air au I : « Volo pronto »), voix claire, assurĂ©e, d’une santĂ© conquĂ©rante : il donne corps et Ă©paisseur Ă  l’affranchi de Claude, et aurait tout autant lui aussi sĂ©duit en NĂ©ron.
Junon de luxe, deus ex macchina, Marie-Nicole Lemieux qui célÚbre en fin de drame, les amours (bientÎt contrariés) de Poppea et Ottone, complÚte un cast plutÎt fouillé et convaincant.
CLIC D'OR macaron 200Nos seules rĂ©serves vont Ă  la Poppea de la soprano Elsa BenoĂźt, aux vocalises trop imprĂ©cises, Ă  l’incarnation pas assez trouble et suave ; et aussi Ă  l’orchestre Il Pomo d’oro. Non que l’implication de l’excellent chef Maxim Emelyanychev ne déçoive, loin de lĂ  : articulĂ©, fougueux, impĂ©tueux mĂȘme ; mais il manque ostensiblement Ă  sa direction, Ă  son geste, l’élĂ©gance, la caresse des nuances voluptueuses que savait y dissĂ©miner avec grĂące John Eliot Gardiner dans une prĂ©cĂ©dente version, depuis inĂ©galĂ©e. Parfois dur, dĂšs l’ouverture, nerveux et sec, trop droit, Emelyanychev dĂ©ploie une palette expressive moins nuancĂ©e et moins riche que son ainĂ© britannique. Haendel exige le plus haut degrĂ© d’expressivitĂ©, comme de lĂącher prise et de subtilitĂ©. CaractĂ©risĂ©e et impĂ©rieuse, parce qu’elle exprime l’urgence de tempĂ©raments possĂ©dĂ©s par leur dĂ©sir, la lecture n’en reste pas moins trĂšs sĂ©duisante. Les nouvelles productions lyriques sont rares. Saluons Erato de nous proposer cette lecture baroque des plus intĂ©ressantes globalement. La production enrichit la discographie de l’ouvrage, l’un des mieux ficelĂ©s et des plus voluptueux de Haendel. C’est donc un CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2020.

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CD événement, critique. HANDEL : AGRIPPINA. DiDonato, Fagioli, Vistoli
 (3 cd ERATO, enregistrement réalisé en mai 2019)

HANDEL / HAENDEL : Agrippina (version originale de 1709)

Avec Joyce DiDonato, Carlo Vistoli, Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub JĂłzef OrliƄski, Marie-Nicole Lemieux…
Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev, direction – Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019 – 3 cd ERATO

LIRE aussi notre annonce présentation du coffret événement AGRIPPINA par Joyce DiDonato :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-handel-joyce-didonato-chante-agrippina-de-handel-3-cd-erato-mai-2019/

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TEASER VIDEO
Handel: Agrippina – Joyce DiDonato, Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub Józef OrliƄski


 

 

 

 

 

 

Joyce DiDonato brings the roguish charm of Handel’s leading lady to life in this sensational recording of Agrippina, with Il Pomo d’Oro and their chief conductor Maxim Emelyanychev. Alongside Joyce is a magnificent cast of established and rising stars that includes Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub JĂłzef OrliƄski, and Marie-Nicole Lemieux. “Agrippina feels like the most modern drama,” Joyce DiDonato told The Observer. “The story unfolds like rolling news today. And I keep saying, ‘This is genius. How did Handel know the human psyche so profoundly?’”

Discover / approfondir: https://w.lnk.to/agpLY

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LIRE aussi notre critique du cd Ă©vĂ©nement : SERSE de HAENDEL / Fagioli, Il Pomo d’Or / Maxim Emelyanychev

Handel fagioli serse haendel cd review critique cd par classiquenews opera baroque par classiquenews genaux aspromonte Serse-CoffretCD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017 – 3 cd DG Deutsche Grammophon, 2017). VoilĂ  une production prĂ©sentĂ©e en concert (Versailles, novembre 2017) et conçue pour la vocalitĂ  de Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre (il rempile sur les traces du crĂ©ateur du rĂŽle (Ă  Londres en 1738, Caffarelli, le castrat fĂ©tiche de Haendel) ; le contre-tĂ©nor argentin est portĂ©, dĂšs son air « « Ombra mai fu » », voire stimulĂ© par un orchestre Ă©lectrique et Ă©nergique, portĂ© par un chef prĂȘt Ă  en dĂ©coudre et qui de son clavecin, se lĂšve pour mieux magnĂ©tiser les instrumentistes de l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro : Maxim Emelyanychev. La fiĂšvre instillĂ©e, canalisĂ©e par le chef Ă©tait en soi, pendant les concerts, un spectacle total. Physiquement, en effets de mains et de pieds, accents de la tĂȘte et regards hallucinĂ©s, le maestro ne s’économise en rien.

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CD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019)

didonato-joyce-agrippina-fagioli-pisaroni-orlinski-vistoli-lemieux-maxim-EMELYANYCHEV-il-pomo-doro-cd-opera-cd-review-opera-concert-orchestre-classiquenews-gd-formatCD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019). EnregistrĂ©e en mai 2019, cette nouvelle lecture du premier chef d’Ɠuvre absolu du jeune Haendel, alors finissant son tour d’Italie et Ă©tabli Ă  Venise (l’opĂ©ra Agrippina est crĂ©Ă© au San Giovanni Grisostomo le 26 dĂ©c 1709), renouvelle notre connaissance de l’Ɠuvre, un accomplissement pour le Saxon qui s’y montre fin connaisseur de l’opĂ©ra seria auquel il apporte sa science des mĂ©lodies suaves, de l’élĂ©gance et aussi de l’expressivitĂ© tragique et impĂ©rieuse (s’agissant du rĂŽle d’Agrippine, la mĂšre autoritaire du jeune NĂ©ron). Pour l’une et l’autre, la version Ă©ditĂ©e par Erato rĂ©unit un superbe couple, caractĂ©risĂ©, fin, impliquĂ©, au verbe rageur : Joyce DiDonato en impĂ©riale dominatrice ; Franco Fagioli en Nerone, un rĂŽle que le contre-tĂ©nor argentin incarne Ă  merveille tant depuis son Eliogabalo de Cavalli (Palais Garnier, sep 2016 : lire notre compte rendu critique : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene-2/ ), son timbre acide et veloutĂ© Ă  la fois excelle Ă  exprimer l’essence des princes effĂ©minĂ©s, dĂ©cadents
 soumis Ă  l’empire des sens, portraiturĂ©s avant Haendel par 
 Monteverdi (l’Incoronazione di Poppea).
En « fosse », Fagioli retrouve d’ailleurs, le pĂ©taradant et trĂšs articulĂ© Maxim Emelyanychev et son ensemble sur instruments d’époque, Il Pomo d’Oro : une phalange prĂȘte Ă  en dĂ©coudre pour exprimer tous les vertiges de la passion haendĂ©lienne
 Contre-tĂ©nor, chef et instrumentistes avaient prĂ©cĂ©demment convaincu dans un Serse (1738), enregistrĂ© en 2017 pour DG : Lire ici notre critique du cd Serse par Franco Fagioli ( CLIC de CLASSIQUENEWS d’oct 2018 : http://www.classiquenews.com/cd-critique-handel-haendel-serse-1738-fagioli-genaux-emelyanychev-2017-3cd-deutsche-grammophon/ ).
Autour de ce couple promis Ă  devenir lĂ©gendaire, Erato regroupe un parterre idĂ©al qui joue lui aussi sur la finesse des caractĂ©risations de chaque profil : Elsa Benoit (suave et sobre Poppea), l’impeccable Narciso de Carlo Vistoli, comme l’Ottone de Jakub Jozef Orlinski, lequel ajoute son timbre acide et musical lui aussi pour cette prise en studio proche de l’idĂ©al. AprĂšs Monteverdi au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, et lui aussi phare de l’opĂ©ra vĂ©nitien, Haendel se hisse Ă  la plus haute marche de l’inspiration d’aprĂšs l’AntiquitĂ© romaine : le cynisme et la passion embrasent tout ; rien n’arrĂȘte l’ivresse des hauteurs et du pouvoir ; s’il deviennent fous et inhumains, tous les candidats tentĂ©s par la toute puissance s’emballent au delĂ  de toute mesure ; chaque politique ici libĂ©rĂ©, peut exprimer sa soif de puissance, de gloire, de sĂ©duction. Et au sommet de la partition s’inscrit en lettres d’or et chant souverain, l’air accompagnato, trĂšs dĂ©veloppĂ©, incisif, hallucinĂ© de la prima donna barocca, Joyce DiDonato, au I : “ Pensieri, voi mi tormentate (de plus de 6 mn : un air essentiel dans la partition), dans laquelle la mĂšre qui manipule, est hantĂ©e par ses propres craintes que tous ses stratagĂšmes n’Ă©chouent Ă  faire de son fils Nerone, l’empereur, successeur de Claude
 TraversĂ©e par les spasmes et les visions d’une fragilitĂ© inconnue jusque lĂ , l’ambitieuse semble mesurer tout ce qu’elle peut perdre et tout ce qu’elle engage dans cette course au pouvoir. La vipĂšre en chef voudrait nous faire croire qu’elle est pauvre victime. GĂ©nial Haendel ! Par sa cohĂ©rence et le relief ciselĂ© de chaque protagoniste de ce huis clos bien romain, s’impose dans la discographie. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

PARIS, TCE : Christophe Dumaux chante ORLANDO

handel-haendel-portrait-classiquenewsPARIS, TCE. Le 13 janv 2020. Haendel : ORLANDO. Le chef Francesco Corti dirige un Orlando (Haendel) concertant au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es (TCE). Le contre tĂ©nor dont les vocalises et la coloratoure rappelle ceux de Bartoli, Franco Fagioli devait assurer le rĂŽle-titre, c’est finalement le français Christophe Dumaux, autre leader lyrique qui relĂšve le dĂ©fi du personnage, amoureux et chevaleresque (ayant dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle Ă  Vienne entre autres
) ; aux cĂŽtĂ©s de plusieurs tempĂ©raments vocaux et dramatiques avĂ©rĂ©s : le Medoro de la puissante et suave Delphine Galou, la Dorinda amoureuse de Nuria Rial et Luca Pisaroni (le magicien Zoroastro), sans omettre Kathryn Lewek (Angelica). AprĂšs Vivaldi et ses fabuleux opĂ©ras sur le thĂšme des vertiges et de la folie amoureuses (Orlando Furioso), Haendel, champion de l’opĂ©ra seria Ă  Londres, dĂ©montre sa passion des affects humains et du thĂ©Ăątre des sentiments Ă©prouvĂ©s, contrariĂ©s, dĂ©munis ; sur les traces des chevaliers errants, abattus par le dragon amour, tels qu’ils ont Ă©tĂ© conçus et pensĂ© par L’Arioste et Le Tasse, le Saxon affirme une connaissance nuancĂ©e du cƓur humain, ses contradictions, ses faiblesses et ses dĂ©sirs.
Avec l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro, dirigĂ© par Francesco Corti.

PrĂ©sentation du drame par notre rĂ©dacteur Benjamin Ballifh :… “ HĂ©ros aux pieds d’argile. Avant nos Batman,  Spiderman,  Hulk ou Superman
. autant de vertueux sauveurs dont le cinĂ©ma ne cesse de dĂ©voiler les fĂȘlures sous la
 cuirasse, les figures de l’opĂ©ra ont elles aussi le teint pĂąle car sous le muscle et l’ambition se cachent des ĂȘtres de sang,  inquiets, fragiles d’une nouvelle humanitĂ© tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully,  Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel
 avant Siegfried de Wagner, hĂ©ros trop naĂŻf et si manipulable. Sur les traces de la source littĂ©raire celle transmise par L’Arioste au dĂ©but du XVIĂšme siĂšcle et qui inspire aussi Vivaldi,  voici le paladin fier vainqueur des sarasins,  en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frĂȘle face Ă  la toute puissance d’Eros. Un chevalier dĂ©risoire en somme, confrontĂ© au dragon du dĂ©sir. Mais impuissant et rongĂ© par la jalousie le pauvre hĂ©ros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquĂ©rant inflĂ©chir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symĂ©trique mais fĂ©minin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle AngĂ©lique.”

 

 

 

Orlando rene jacobs archiv-CDLIRE aussi notre critique complĂšte d’un rĂ©cent cd ORLANDO / RenĂ© Jacbos, version captivante qui rĂ©vĂšle entre autres aux cĂŽtĂ©s du rĂŽle titre, les personnages fĂ©minins clĂ©s : Dorinda et Angelica… https://www.classiquenews.com/cd-haendel-orlando-archiv-rene-jacobs-2013/ 

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PARIS, TCE. Lundi 13 janv 2020. Haendel : ORLANDO

RESERVEZ directement sur le site du théùtre TCE

https://www.theatrechampselysees.fr/la-saison/opera-en-concert-et-oratorio/orlando

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Distribution ORLANDO de Haendel
Christophe Dumaux : Orlando
Kathryn Lewek : Angelica
Delphine Galou : Medoro
Nuria Rial : Dorinda
Luca Pisaroni : Zoroastro
Francesco Corti, direction
Il Pomo d’Oro
Opéra chanté en italien, surtitré en français et en anglais

SAUL par Barrie KOSKY

handel-haendel-portrait-classiquenewsParis, ChĂątelet, Haendel : SAUL. B KOSKY, 21-31 janv 2020. Le roi SaĂŒl accueille avec jalousie le retour de David qui vient de terrasser Goliath. Ses deux filles et son fils ne le comprennent pas et le drame se noue autour de la folie meurtriĂšre dans laquelle SaĂŒl s’enferme. L’oratorio de Haendel est un drame biblique basĂ© sur le livre de Samuel, composĂ© en 1739 par Haendel au faĂźte de sa gloire en Angleterre : le Saxon a dĂ©sormais conquis son public tout en inventant un nouveau genre, prolongement rĂ©ussi de ses tentatives d’opĂ©ra italien : l’oratorio anglais. La production de Barrie Kosky, produite par le Festival de Glyndebourne en 2015, est haute en couleurs avec ses costumes Ă©tincelants se dĂ©tachant d’un fond noir et d’un sol recouvert de terre. A la tĂȘte de la Komische Oper de Berlin dont il est le directeur gĂ©nĂ©ral, Barrie Kosky revisite les Ɠuvres du rĂ©pertoire de maniĂšre vĂ©ritablement novatrice avec audace et intelligence. Sa « mise en scĂšne libre, inventive renouvelle la perception du drame haendĂ©lien. A voir de toute Ă©vidence.

SAUL-BARRIE-KOSKY-chatelet-annonce-opera-oratorio-critique-classqiuenews

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PARIS, Théùtre du Chùteletboutonreservation
Grande Salle
Les 21, 23, 25, 27, 29 et 31 janv 2020

https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

 

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SaĂŒl / Apparition Samuel : Christopher Purves
Merab : Karina Gauvin
Michal : Anna Devin
Jonathan : Benjamin Hulette
David : Christopher Ainslie
Le Grand PrĂȘtre / Doeg / Abner / un amalĂ©cite : Stuart Jackson
La sorciùre d’Endor : John Graham Hall
Danseurs
 Robin Gladwin, Ellyn Hebron, Merry Holden, Edd Mitton, Yasset Roldan, Gareth Mole
ChƓur du Chñtelet
Les Talens lyriques
Laurence Cummings, direction

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CD Ă©vĂ©nement, critique. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017)

critique-582-haendel-savall-le-messie-messiah-oratorio-hwv-56-savall-chapelle-royale-de-versailles-critique-review-critique-cd-opera-concert-classiquenews-alia-vox-dec-2019CD Ă©vĂ©nement, critique. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017) – enregistrĂ©e sous la voĂ»te de la chapelle royale de Versailles, cette lecture du Messie de Haendel, chef d’Ɠuvre incontestable du Saxon baroque dans le genre de l’oratorio anglais (1742), ravira les plus exigeants. Arguments de poids de cette production sous la direction du catalan Jordi Savall, parmi les solistes, le trĂšs subtil soprano de l’écossaise Rachel Redmond (habituĂ©e des Arts Flo et laurĂ©ate du Jardin des Voix), mais aussi le formidable baryton Matthias Winckhler, nuancĂ©, Ă©lĂ©gant, souple et naturel
 sans omettre le geste choral palpitant des chanteurs de la Capella Reial de Catalunya. Le Concert des Nations et son « concertino » Manfredo Kraemer assurent le relief et le souffle d’une partition irrĂ©sistible dans ses Ă©vocations naturalistes et spirituels.
La partition tel un miracle inespĂ©rĂ©, lumineux surgit aprĂšs l’annĂ©e noire 1737 quand le thĂ©Ăątre d’opĂ©ra qu’il avait fondĂ© fait faillite, que surmenĂ©, et trop productif, il est foudroyĂ© par une paralysie (du bras droit, en avril), que meurt le 20 nov, sa seule protectrice la plus fervente et amicale, la Reine Caroline (Ă©pouse de Georges II), honorĂ©e dans le sublime Funeral Anthem. Pourtant Haendel au fond du gouffre ressuscite. De ce traumatisme intime naĂźt un nouveau genre l’oratorio anglais dont il fait un Ă©crin spirituel d’une exceptionnelle intensitĂ©. La renaissance de Haendel passe ainsi : aprĂšs une cure de vapeur Ă  Aix la Chapelle, on le pensait fini, il enchaĂźne ressuscitĂ©, une nouvelle carriĂšre qui le mĂšne directement vers la gloire. Le Messie / The Messiah raconte cela surtout : la sublimation et le salut d’une Ăąme donnĂ©e pour perdue. Dont la partition du Messie exprime l’inflexible espoir, l’inaltĂ©rable foi en Dieu. Les textes des trois parties sont invitation Ă  la mĂ©ditation, dans la confrontation de ce qu’a rĂ©alisĂ© le Christ.

Ă  Versailles,
Majesté et méditation du Messie
par Jordi Savall

A Versailles, Jordi Savall offre une lecture pleine de panache et de ferveur, selon l’expĂ©rience personnelle de Haendel Ă  l’époque de la composition de la partition du Messie. Le chef catalan en construit l’architecture mĂ©ditative, telle la confession sincĂšre d’un homme miraculĂ© qui rend grĂące et remercie dans la joie.  Jordi Savall souligne la profondeur des textes qui citent et Ă©voquent la grandeur morale du Christ sans le portraiturer directement mais l’exposent continument comme source d’admiration. Le chƓur participe intensĂ©ment Ă  la suggestion et les solistes soulignent la nĂ©cessitĂ© de mĂ©diter cet exemple de vertu inlfexible et de volontĂ© tragique.

Passons sur les petites faiblesses de cette lecture globalement superlative (en rĂ©alitĂ© qui concernent 2 solistes Ă©reintĂ©s). Le tĂ©nor Nicholas Mulroy plafonne ; voix fatiguĂ© et trop lisse, il n’empĂȘche pas son medium d’ĂȘtre voilĂ©, ce qui l’écarte d’une rĂ©elle brillance du timbre (en particulier dans la seconde partie oĂč le tĂ©nor est le plus sollicitĂ© ; ses airs manifestent l’autoritĂ© belliqueuse divine ; le timbre est sans aucun Ă©clat ; dommage). MĂȘme triste constat pour un Damien Guillon en déça de ce que nous connaissons : voix faible et intensitĂ© comme justesse en fragilitĂ©. C’était pour le chanteur français, un soir sans Ăąme ni Ă©clat.

Par contre le choeur final de la partie centrale (II) « Allelujah » confirme l’excellente tenue des choristes ; aussi racĂ©s, exaltĂ©s, dramatiques mais sans Ă©paisseur, dĂ©taillĂ©s, articulĂ©s que les chanteurs des Arts Flo : c’est dire. Dans cette conclusion de la seconde partie,- la plus virtuose et Ă©clatante, Ă  la fois majestueuse et volontaire de Haendel (rappelant Zadok), le collectif choral se montre nerveux ; il confirme l’excellente prĂ©paration de la Cappela Real de Catalunya et une Ă©vidente intelligence haendĂ©lienne. AssociĂ© Ă  l’orchestre et aux autres solistes, le chƓur ainsi convaincant, demeure le pilier de cette lecture sur le vif. La vivacitĂ© de chaque pupitre renforce la clartĂ© de la polyphonie (fugue finale), ainsi que le geste dramatique de chaque section chorale. Voici un chant habitĂ©, incarnĂ© : celui des fervents illuminĂ©s Ă  la fin, et auparavant chƓur des anges, des brebis Ă©garĂ©es, chƓur de haine, de violence, selon l’exhortation des solistes et les Ă©pisodes bibliques qu’ils Ă©voquent ; la justesse expressive des choristes est indiscutable ; elle rĂ©ussit Ă  dĂ©ployer le souffle spirituel et l’ardente aspiration dans l’espĂ©rance.  Le choeur, la soprano, la basse associĂ© au geste impĂ©tueux, Ă©clatant mais nuancĂ© de l’orchestre rĂ©alisent un sans faute.

La prĂ©sence rayonnante, son angĂ©lisme pour le coup lui aussi, lumineux et sĂ»r de Rachel Redmond, son Ă©mission naturelle, sa couleur tendre et dĂ©terminĂ©e, reste le second pilier de cette lecture ; son air de ferveur apaisĂ© et accomplie, (d’aprĂšs Job), « I know that my Redeemer  » qui ouvre les lumiĂšres de la Partie III – Ă©voquant surtout la RĂ©surrection, atteste de cette certitude de Haendel, ce miraculĂ© terrassĂ©, Ă  jamais confirmĂ©. La succession de ces deux sĂ©quences – chƓur exultant, soprano en lĂ©vitation-, demeure trĂšs convaincant.
MĂȘme tenue exemplaire, autant dramatique qu’inspirĂ©e, du baryton Matthias Winckhler qui affirme tout autant une suretĂ© naturelle, ronde et magnifiquement timbrĂ©e – expression du fervent touchĂ© par la grĂące qu’il reçoit peu Ă  peu (son dernier air solo avec trompette « the trumpet shall sound » rayonne littĂ©ralement, Ă  la fois sobre, flexible, libre).
CLIC_macaron_2014D’ailleurs, toute la troisiĂšme partie, confirmation du miracle de la RĂ©surrection et de la dĂ©faite de la mort – grĂące aux airs pour soprano, pour basse (avec trompette) et dans le duo tĂ©nor / alto, exprime la profondeur et l’activitĂ© de la mĂ©ditation Ă  laquelle Haendel nous invite : il a vu comme une rĂ©vĂ©lation, – aprĂšs sa guĂ©rison miraculeuse, Dieu dans le ciel dans une vision spectaculaire et Ă©blouissante ; ce tĂ©moigne nous est offert Ă  travers la musique, vivante, fragile, vibrante sous la direction trĂšs fraternelle de Jordi Savall. Magnifique lecture qui mĂ©rite bien cet enregistrement mĂ©morable. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Redmond, Winckhler, Capella Real de Catalunya
 Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, Versailles dĂ©c 2017)  -   CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

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Approfondir 

visiter le site du baryton mozartien / haendélien :
https://www.matthiaswinckhler.de/en/oper

celui de la soprano Rachel Redmond
http://rachelredmondsoprano.com/fr/accueil/

voir Rachel Redmond dans le Messie de Haendel,
autre production 2015  -  Le Concert d’Anvers
/ Bart Van Reyn
https://www.youtube.com/watch?time_continue=834&v=xSWreIkLM3E&feature=emb_logo

CD Ă©vĂ©nement, annonce. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017)

critique-582-haendel-savall-le-messie-messiah-oratorio-hwv-56-savall-chapelle-royale-de-versailles-critique-review-critique-cd-opera-concert-classiquenews-alia-vox-dec-2019CD Ă©vĂ©nement, annonce. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017) - enregistrĂ©e sous la voĂ»te de la chapelle royale de Versailles, cette lecture du Messie de Haendel, chef d’Ɠuvre incontestable du Saxon baroque dans le genre de l’oratorio anglais (1742), ravira les plus exigeants. Arguments de poids de cette production sous la direction du catalan Jordi Savall, parmi les solistes, le trĂšs subtil soprano de l’écossaise Rachel Redmond (habituĂ©e des Arts Flo et laurĂ©ate du Jardin des Voix), mais aussi Damien Guillon ou encore Matthias Winckhler
 sans omettre le test choral palpitant de la Capella Reial de Catalunya. Le Concert des Nations et son « concertino » Manfredo Kraemer assure le relief et le souffle d’une partition irrĂ©sistible dans ses Ă©vocations naturelles ou mystiques.
La partition telle un miracle inespĂ©rĂ©, lumineux surgit aprĂšs l’annĂ©e noire 1737 quand le thĂ©Ăątre d’opĂ©ra qu’il avait fondĂ© fait faillite, que surmenĂ©, et trop productif, il est foudroyĂ© par une paralysie (du bras droit, en avril), que meurt le 20 nov, sa seule protectrice la plus fervente et amicale, la Reine Caroline (Ă©pouse de Georges II), honorĂ©e dans le sublime Funeral Anthem. De ce traumatisme intime naĂźt un nouveau genre l’oratorio anglais dont il fait un Ă©crin spirituel d’une exceptionnelle intensitĂ©. La renaissance de Haendel passe ainsi : aprĂšs une cure de vapeur Ă  Aix la Chapelle, on le pensait fini, il enchaĂźne ressuscitĂ©, une nouvelle carriĂšre qui le mĂšne directement vers la gloire. Le Messie / The Messiah raconte cela surtout : la sublimation et le salut d’une Ăąme donnĂ©e pour perdue.
CLIC D'OR macaron 200A Versailles, Jordi Savall offre une lecture pleine de panache et de ferveur, selon l’expĂ©rience personnelle de Haendel Ă  l’époque de la composition de la partition du Messie, comme la confession sincĂšre d’un homme miraculĂ© qui rend grĂące et remercie dans la joie. Grande critique Ă  venir dans la mag cd dvd livre de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017)  -   CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. JAKUB JOZEF ORLINSKI : FACE D’AMORE (1 cd ERATO)

Facce-d-Amore jakub jozef orlinski il pomo d oro cd reviex critique cd opera concert annonce classiquenews cd baroque chant baroque critique classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. JAKUB JOZEF ORLINSKI : FACE D’AMORE (1 cd ERATO) – Un an aprĂšs son premier album en solo, dĂ©diĂ© Ă  une collection de piĂšces lyriques exclusivement sacrĂ©es (Anima Sacra), le contretĂ©nor polonais Jakub Jozef Orlinski nous revient avec Facce d’Amore, recueil de piĂšces lyriques uniquement profanes cette fois, autant de facettes de l’amour : languissant (chez les compositeurs du XVII), plus dĂ©monstratif et rĂ©voltĂ© au XVIIIĂš oĂč rayonne l’écriture juste et efficace, directe de Haendel. Le soliste et le chef ajoute plusieurs « premiĂšres mondiales «  qui rĂ©vĂšlent des tempĂ©raments inouis dont celui entre autres d’un certain Giovanni Antonio Boretti ; sont ainsi rĂ©alisĂ©s deux superbes extraits de ses opĂ©ras Eliogabalo et Claudio Cesare. Puissance langoureuse, relief du texte, suavitĂ© bondissante du continuo attestent d’un auteur injustement mĂ©connu. Sur les traces de la Bartoli qui avait su ressuscitĂ© les opĂ©ras de Vivaldi en son heure, le dĂ©fricheur Orlinski semble douĂ© de la mĂȘme juste intuition exhumatrice. Par ses aspĂ©ritĂ©s expressives, une ligne de chant toujours investie et trĂšs incarnĂ©e ayant le souci du texte, le programme ainsi dĂ©fendu mĂ©rite le meilleur accueil. CD Ă©vĂ©nement. Prochaine grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews de dĂ©cembre 2019.

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. JAKUB JOZEF ORLINSKI : FACE D’AMORE (1 cd ERATO) – Jakub Jozef Orlinski, contre tĂ©nor – Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev

GLORY : Haendel majestueux, royal par Le Palais Royal

handel-haendel-portrait-classiquenewsSEINE MUSICALE, le 30 nov, 20h30. GLORY, Le Palais Royal. Voici un Haendel officiel, serviteur du prestige monarchique de la Cour de Georges II ; Ă  la fois virtuose, festif et brillant. Jean-Philippe Sarcos et son orchestre sur instruments d’époque, aprĂšs avoir fait paraĂźtre un album discographique plein de nerf et d’énergie (cd ” le temps des hĂ©ros “, Mozart et Beethoven, album Ă©lu “CLIC de CLASSIQUENEWS“), interrogent la facilitĂ© de Haendel pour la veine cĂ©lĂ©brative voire solennelle : les 4 Coronation Anthems et le Te Deum de Dettingen, HWV 283, partitions majestueuses et sacrĂ©es, sollicitent un choeur expĂ©rimentĂ©, des solistes de premier plan et un orchestre contrastĂ© oĂč perce le chant cĂ©rĂ©moniel des trompettes, timbales
 autant de signes d’une activitĂ© glorieuse. Au sein des Coronation Anthems, liĂ©s dĂ©finitivement au prestige de la monarchie britannique, rayonne le sublime Zadok the Priest, crĂ©Ă© en 1727, pour le couronnement de Georges II et de la reine Caroline ; Zadok, claire rĂ©fĂ©rence au sacre du Roi Salomon, est chantĂ© depuis lors pour chaque couronnement Ă  Westminster Abbey, dont le couronnement de la reine Elisabeth II. A la crĂ©ation les Anthems Ă©taient composĂ©s pour 200 musiciens dans la vaste Abbaye de Westminster, avec l’Ă©clat spĂ©cifique des instruments choisis : 2 hautbois, 2 bassons, 3 trompettes…
Le Te Deum de Dettingen, composĂ© en 1743, un an aprĂšs la crĂ©ation triomphale de son oratorio anglais Le Messie (1742), reste l’ultime partition cĂ©rĂ©monielle de Haendel. SaluĂ© comme le compositeur le plus mĂ©ritant d’Angleterre, attachĂ© Ă  la pompe et au dĂ©corum de la Cour anglaise, Haendel, le plus britannique des saxons, fusionne virtuositĂ© italienne et profondeur digne de son prĂ©dĂ©cesseur Purcell. L’écriture pour le chƓur manifeste ce goĂ»t particulier du compositeur pour la grandeur et pour la profondeur : une Ă©quation dĂ©licate que peu d’interprĂštes arrivent Ă  exprimer

Bien que peu enclin Ă  la guerre comme Ă  l’encouragement des troupes, Georges II, sexagĂ©naire, (portrait ci dessous) sur le champ de bataille se rĂ©vĂšle d’une ardeur inespĂ©rĂ©e et triomphante : Ă  Dettingen, alors contre les français, le cheval du souverain s’emballe, devient incontrĂŽlable et galope face Ă  l’ennemi ; les soldats anglais dĂ©couvrant le courage imprĂ©vu de leur roi, le suivent avec ardeur et remporte la victoire.

 

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RESERVEZ VOTRE PLACE pour ce concert BAROQUE Ă  la Seine Musicale :boutonreservation
Samedi 30 nov 2019, 20h30
Auditorium de la Seine Musicale

 

 

 

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PROGRAMME

 

 

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Coronation Anthems :‹– Zadok the Priest, HWV 258 (5â€Č)
– Let thy hand be strengthened, HWV 259 (10â€Č)
– The King shall rejoice, HWV 260 (10â€Č)
– My heart is inditing, HWV 261 (10â€Č)

Te Deum de Dettingen, HWV 283 (40â€Č)

 

 

 

DISTRIBUTION
Carlo Vistoli, contre-ténor
Mathias Vidal, ténor
Aimery LefĂšvre, basse
Le Palais royal, chƓur et orchestre sur instruments d’époque
26 instrumentistes, 29 chanteurs.
Direction musicale : Jean-Philippe Sarcos
Durée : 1h15

 

 

 

En LIRE PLUS sur le site du Palais Royal / Jean-Philippe Sarcos :

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, oratorio. VERSAILLES, Chapelle royale, le 24 nov 2019. HAENDEL : La Resurrezione. Les nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin.

handel-haendel-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, oratorio. VERSAILLES, Chapelle royale, le 24 nov 2019. HAENDEL : La Resurrezione. Les nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin. Les Nouveaux CaractĂšres sous la direction de leur chef fondateur SĂ©bastien d’HĂ©rin donnent cet aprĂšs midi la premiĂšre de leur lecture d’un oratorio flamboyant mais dramatiquement saisissant : La Resurrezione de Haendel (1708), alors que le Saxon encore jeune achĂšve son tour d’Italie, dĂ©couvrant Ă  Rome (1706 – 1710), et le genre de l’oratorio et l’expressivitĂ© virtuose de la ferveur italienne.
Il en dĂ©coule un drame sacrĂ© d’une Ă©tonnante puissance, liĂ© certes Ă  la musique, mais aussi au texte d’un lettrĂ© romain, particuliĂšrement inspirĂ© par le sujet du mystĂšre et du miracle de la RĂ©surrection ; chaque tĂ©moins du Miracle exprimant sa sidĂ©ration et sa compassion admirable Ă  mesure que le Diable se rĂ©jouit au contraire de la mort du Sauveur dont il doute de la nature divine et salvatrice.
Haendel reprend ici la tradition des oratorios du XVIIĂš, des Sepolcri, de tous les oratorios qui organisent l’expansion du drame musical Ă  partir des personnages clĂ©s que sont la Vierge, Marie-Madeleine, Jean
 chacun de leur air cristallise l’émotion ressentie et l’intensitĂ© de leur foi revivifiĂ©e.
SĂ©bastien d’HĂ©rin rĂ©active Ă  son tour la puissance dramatique de la partition, dans l’énergie et d’indiscutables rebonds dramatiques, se rappelant trĂšs probablement les plus de 40 musiciens (jusqu’à 47 !) qui sous la direction de Corelli assurĂšrent la crĂ©ation du drame allĂ©gorique au Palais Bonelli (propriĂ©tĂ© du commanditaire le Prince Francesco Maria Ruspoli).

Versailles réussit un coup de maßtre
en associant au décor de la Chapelle royale,
l’oratorio romain La Resurrezione de Haendel
superbement dĂ©fendu par SĂ©bastien d’HĂ©rin et ses Nouveaux CaractĂšres…

Haendel joue avec un instrumentarium minutieusement choisi (comme JS BACH dans ses Passions) et SĂ©bastien d’HĂ©rin dĂ©montre une rĂ©elle sensibilitĂ© pour les timbres, veillant Ă  la tenue des trompettes, hautbois, thĂ©orbe, viole de gambe, sans omettre le concert de flĂ»tes (Marie Madeleine ; ou la flĂ»te solo pour Jean) qui marquent de façon spĂ©cifique, le caractĂšre de chaque intervention magnifiquement incarnĂ©e. D’autant que le choix des solistes accrĂ©dite la valeur de l’approche, dĂ©sormais emblĂ©matique du travail de SĂ©bastien d’HĂ©rin, dans la caractĂ©risation des personnages sacrĂ©s, dans l’explicitation graduelle et argumentĂ©e du drame, l’un des plus aboutis, des plus riches mĂ©lodiquement, et des mieux conçus par son architecture dramatique. On y relĂšve par exemple le final de la premiĂšre partie qui deviendra cette fameuse bourrĂ©e de la Water Music ; de mĂȘme que la conception impressionnantes des Ă©vocations confiĂ©es en particulier aux cordes, au souffle Ă©pique (entre autres, air pour Jean : “Cosi la tortorella” qui oppose la certitude ailĂ©e de la colombe aux plongeons tĂ©nĂ©breux du faucon prĂȘt Ă  la chasser et fondre sur elle…), annonçant les grands oratorios de la maturitĂ©, ceux anglais de la dĂ©cennie 1740 (auxquels appartient Le Messie). SĂ©bastien d’HĂ©rin n’omet ni les vertiges d’une foi Ă©clatante, ni la sincĂ©ritĂ© de chaque protagoniste dont sobre et percutant, le soprano direct de Caroline Mutel (Marie-Madeleine), comme l’aplomb textuel de la basse FrĂ©dĂ©ric Caton (Lucifer). En Delphine Galou que nous avions il y a quelques annĂ©es dĂ©couverte dans le Viol de LucrĂšce de Britten Ă  Nantes, Marie-Cleophas gagne un relief Ă©vident, une prĂ©sence indĂ©niable grĂące Ă  sa persuasion mĂ©lismatique et son sens du texte. Les nouveaux CaractĂšres n’en sont pas Ă  leur premier concert dans le chĂąteau de Louis XIV : ils y ont ressuscitĂ© Le Devin du village de Rousseau, ou L’Europe Galante de Campra
 avec ce mĂȘme souci de prĂ©cision et de vraisemblance expressive.

 

 

 

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Les auditeurs de la Chapelle royale de Versailles savent l’acoustique si particuliĂšre du lieu historique. Le jour de PĂąques 1708, c’est la diva Durastanti qui chantait Madeleine tandis que deux castrats rĂ©alisaient les deux parties de soprano. A Versailles, sous la voĂ»te peinte et son sujet du Christ ressuscitĂ© (par le nĂ©ovĂ©nitien et grand coloriste La Fosse), la musique de Haendel a su Ă©mouvoir et toucher l’audience en une expĂ©rience unique qui se produit comme rarement quand le geste musical, le thĂšme du drame, collent idĂ©alement Ă  l’écrin patrimonial qui les accueille (La Fosse peint sa RĂ©surrection Ă  la mĂȘme Ă©poque que Haendel soit de 1708 Ă  1710 : magistrale convergence !). Superbe production qui atteste de la grande maturitĂ© artistique de l’ensemble fondĂ© par SĂ©bastien d’HĂ©rin : Les Nouveaux CaractĂšres. A suivre.

 

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COMPTE-RENDU, critique, oratorio. VERSAILLES, Chapelle royale, le 24 nov 2019. HAENDEL : La Resurrezione. Les nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin.

Jeanine De Bique, soprano (l’Ange)
Caroline Mutel, soprano (Marie-Madeleine)
Delphine Galou, contralto (Marie-Cleophas)
Hugo Hymas, ténor (Jean)
Frédéric Caton, basse (Lucifer)

Les Nouveaux CaractĂšres
SĂ©bastien d’HĂ©rin, direction musicale

 

 

 

 

Les Nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin Ă  VERSAILLES :

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rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.

campra europe galante cd herin les nouveaux caracteres cd critique review cd la critique cd par classiquenewsCD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles). Campra dut-il dĂ©camper ? Le 24 oc 1697, le compositeur employĂ© de l’ArchevĂšque de Paris, n’avait pas souhaitĂ© voir mentionnĂ© son nom sur les affiches et le livret car son patron n’aurait pas vu d’un bon Ɠil la conception d’un ouvrage Ă  la sensualitĂ© et aux rĂ©fĂ©rences Ă©rotiques scandaleuses
 Dans les faits, Campra revendiquera officiellement la paternitĂ© de l’Europe Galante, puis du Carnaval de Venise de 1699, aprĂšs s’ĂȘtre libĂ©rĂ© de ses engagements d’avec l’ArchevĂȘchĂ© de Paris en octobre 1700. Le Ballet selon la terminologie du XVIIĂš (et non pas « opĂ©ra-ballet » comme il est dit aujourd’hui par les musicologues), sĂ©duit immĂ©diatement par la sensualitĂ© sĂ©duisante de son Ă©criture, la fine caractĂ©risation des actes selon le lieu concernĂ© et le style « ethnographique » Ă©voquĂ©.

 

 

 

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Le Messie de HAENDEL au Québec

messie-haendel-festival-classica-marc-boucher-baryton-noel-2019-annonce-concert-evenemnt-classiquenewsFESTIVAL CLASSICA. QUEBEC, HAENDEL : LE MESSIE : 3 – 8 dĂ©c 2019. CĂ©lĂ©brer la magie de NoĂ«l avec l’oratorio le plus saisissant de Georg Friedrich Haendel. VoilĂ  une invitation qui ne se refuse pas. A la fois dramatique comme un opĂ©ra, Le Messie est une partition de maturitĂ©, emblĂ©matique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais et qui a le souci d’une vĂ©ritable intention spirituelle, permettant de mĂ©diter sur les thĂšmes de la Passion, de la RĂ©surrection…

Premier acteur de la vie musicale classique au QuĂ©bec, le Festival Classica s’associe Ă   L’Harmonie des saisons pour une nouvelle lecture du Messie de Haendel du 3 au 8 dĂ©cembre 2019, soit 6 concerts en tournĂ©e, en MontĂ©rĂ©gie ; poursuivant ainsi une nouvelle aventure automnale amorcĂ©e en 2017 ; les musiciens chanteurs et instrumentistes se retrouvent dans cette mĂȘme Ɠuvre phare du temps des fĂȘtes jouĂ©e sur instruments d’époque. Le chef Eric Milnes dirige les musiciens et chanteurs directement du clavecin, comme le fit Haendel Ă  son Ă©poque.

Mélisande Corriveau
Direction artistique

Magali Simard-GaldÚs
Soliste, soprano

Florence Bourget
Soliste, mezzo-soprano

Emmanuel Hasler
Soliste, ténor

Marc Boucher
Soliste, baryton

SAINT-LAMBERT
Mardi 3 décembre 2019, 19 h 30
Paroisse catholique de Saint-Lambert
RESERVEZ ici
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4878

GRANBY
Mercredi 4 décembre 2019, 19 h 30
Église Sainte-Famille
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4874

VAUDREUIL-DORION
Jeudi 5 décembre 2019, 19 h 30
Église Saint-Michel
https://www.trestler.qc.ca/content/concert-bénéfice-de-noël#top-menu

SAINT-BENOÎT-DU-LAC
Samedi 7 décembre 2019, 14 h
Abbaye de Saint-BenoĂźt-du-Lac
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4872

REPENTIGNY
Dimanche 8 décembre 2019, 15 h
Église de la Purification
https://hector-charland.com/programmation/le-messie-de-haendel/

BOUCHERVILLE
Dimanche 8 décembre, 19 h 30
Église Sainte-Famille
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4871

 

 

Pour toute information
Le Messie de Haendel, Saint-Lambert
nhoude@festivalclassica.com
(450) 912-0868

 

DUBLIN, 1742…

handel haendel portrait vignette dossier handel haendel 2016 496px-George_Frideric_Handel_by_Balthasar_DennerIncontestablement, l’oratorio en anglais Le Messie (1742) marque le triomphe des efforts de Georg Friedrich Handel (1685-1759) dans le genre de l’opĂ©ra sacrĂ©. Certes pas de mise en scĂšne, mais le souffle dramatique des chƓurs, le raffinement de l’orchestre et surtout la beautĂ© mĂ©lodique des airs, solos et duos, incarnent un Ăąge d’or lyrique en langue anglaise, qui tout en prolongeant le travail du compositeur saxon Ă  Londres aprĂšs ses tentatives (malheureuses) pour perpĂ©tuer l’opĂ©ra seria italien, parvient Ă  crĂ©er de toute piĂšce, un nouveau genre en Angleterre, l’oratorio anglais. Depuis Trevor Pinnock en 1988, il n’y a guĂšre d’interprĂštes aujourd’hui qui rĂ©ussise cette alliance rare de l’intelligibilitĂ©, de la subtilitĂ© et de la nervositĂ© expressive, tout en restituant aussi cette Ă©lĂ©gance du geste et de l’intonation qui fonde la singularitĂ© du style haendĂ©lien. AprĂšs La Resurrezzione (1708), Esther (1720), Deborah (1733), Athalia (1733), saul (1739), Israel en Egypte (1739), Le Messie est avant Londres un triomphe irlandais


DUBLIN, 1742. LONDRES, 1750
 Le Messie Ă©voque le succĂšs de Haendel, hors de Londres, en particulier Ă  Dublin, rĂ©pondant Ă  l’invitation du Lord Lieutenant d’Irlande : crĂ©Ă© en avril 1742, Le Messie suscite un triomphe immense (prĂšs de 700 spectateurs dĂšs sa crĂ©ation). A Londres, les spectateurs furent plus rĂ©servĂ©s, hostiles mĂȘmes, choquĂ©s d’écouter des textes sacrĂ©s au thĂ©Ăątre.
Il fallut attendre 1750 pour que Le Messie s’impose Ă  Londres quand Handel, reprenant la vocation altruiste de ses concerts, imagina de le donner au Foundling Hospital au profit des nĂ©cessiteux de Londres. Enrichie de hautbois et de bassons, la partition devait connaĂźtre une faveur croissante au point d’ĂȘtre jouĂ©e devant une salle comble, chaque annĂ©e.

PrĂ©mices, Passion, RĂ©surrection
 Dans la premiĂšre partie, les ProphĂštes annoncent l’arrivĂ©e du Messie, figure du sauveur, lumiĂšre du monde en une succession d’airs, hymnes, priĂšres d’une joie Ă©perdue
 tandis que le choeur, plus inspirĂ© et mystique que prĂ©cĂ©demment, en exprimant son omnipotence, glorifie Dieu.

La seconde partie s’interroge sur le sens de la Passion ; puis la troisiĂšme et courte derniĂšre partie, se concentre surtout sur le sens de la RĂ©surrection. ElĂ©gantissime, inspirĂ©, plein d’espoir et de tendresse lumineuse, Haendel Ă  la diffĂ©rence des Passions de Bach, plus Ăąpre (Saint-Jean) ou fraternel et dĂ©ploratif (Saint-Matthieu) explore une ferveur des plus Ă©tincelantes oĂč les promesses du pardon envoĂ»tent l’auditeur Ă  force de nobles et trĂšs humaines priĂšres. Architecte inspirĂ©, il sait ciseler la dĂ©licate modĂ©nature entre choeurs mĂ©ditatifs, airs solos, parure orchestrale de plus en plus raffinĂ©e et inspirĂ©e. Avec Haendel, l’oratorio anglais devient poĂ©sie musicale.

LIRE aussi notre dossier spécial les oratorios de Haendel:
http://www.classiquenews.com/hanendel-handel-les-oratorios/

Compte-rendu critique. Opéra. INNSBRUCK, HAENDEL, Ottone, 22 août 2019. Orchestre Accademia La Chimera, Fabrizio Ventura.

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. INNSBRUCK, HAENDEL, Ottone, 22 aoĂ»t 2019. Orchestre Accademia La Chimera, Fabrizio Ventura. AprĂšs trois productions « jeune » d’un trĂšs haut niveau, cette nouvelle production d’Ottone déçoit un peu sur le plan scĂ©nique, mais rĂ©vĂšle une belle galerie de chanteurs trĂšs prometteurs. En raison du mauvais temps
 qui finalement Ă©tait plutĂŽt beau, le concert a dĂ» se replier dans la nouvelle salle de la Hausmusik, Ă  l’acoustique un peu sĂšche. Comme souvent, dans ces productions destinĂ©es aux laurĂ©ats du Concours Cesti, la mise en scĂšne vise Ă  l’efficacitĂ© et Ă  la concentration dramatique avec une grande Ă©conomie de moyens. Dans cet opĂ©ra superbe de Haendel, le premier composĂ© pour le King’s Theater, saturĂ© de considĂ©rations politiques, la lecture de l’actrice et metteuse en scĂšne de thĂ©Ăątre Anna Magdalena Fitzi, est allĂ©e Ă  l’essentiel, en gommant notamment les rĂ©fĂ©rences au contexte politique (la conquĂȘte de l’Italie par un souverain allemand) ; exit ainsi les scĂšnes spectaculaires et pittoresques de la bataille du premier acte, dans les jardins nocturnes au bord du Tibre, dans la prison, au second acte, ou la scĂšne de la tempĂȘte du 3e.

 

 

Ottone en demi-teintes

 

 

Ottone 3152Les dĂ©cors et les costumes sobres et Ă©lĂ©gants de Bettina Munzer renvoient davantage Ă  un huis-clos presque abstrait et atemporel, une sorte d’hĂŽtel lorgnant davantage vers un sommet de dirigeants du G7 que d’une confrontation entre souverains du Bas-Empire. À cela s’ajoutent trois figurants, un barman et deux policiers gardes du corps, qui accompagnent de leurs dĂ©placements le dĂ©roulement plein de pĂ©ripĂ©ties de l’intrigue. Sur scĂšne, une simple bĂątisse blanche Ă  trois Ă©tages, dont le niveau infĂ©rieur est constituĂ© d’arcades permettant d’entrevoir la circulation des personnages Ă  l’arriĂšre-plan de la scĂšne ; quelques fauteuils sur le cĂŽtĂ©, une table au centre oĂč le repas est servi, et l’arrivĂ©e des protagonistes avec leurs bagages, achĂšvent de planter le dĂ©cor. Cette transposition efficace mais guĂšre originale, aurait pu davantage fonctionner si la partition n’avait pas Ă©tĂ© autant amputĂ©e dans ses rĂ©citatifs, qui seuls, dans le dramma per musica des 17e et 18e siĂšcles, permettent Ă  l’action d’avancer. On perd ainsi en clartĂ© et lisibilitĂ© ce qu’on gagne en concentration musicale, mais la cohĂ©rence de la dramaturgie s’en ressent.
Heureusement, sur scĂšne, la distribution, extrĂȘmement homogĂšne, compense largement ces dĂ©fauts de mĂ©canique thĂ©Ăątrale. Dans le rĂŽle-titre, la mezzo Marie Seidler incarne Ă  merveille le souverain allemand, tiraillĂ© entre l’optimisme de sa rĂ©cente victoire militaire et l’incapacitĂ© manifeste Ă  maĂźtriser ses affects. Voix sonore, d’une belle amplitude, Ă  l’élocution irrĂ©prochable, la chanteuse allemande campe un souverain tour Ă  tour langoureux (« Ritorna, o dolce amore ») et dĂ©pitĂ© (« Dopo l’orrore »), Ă©pris d’une Teofane qui ne le connaĂźt qu’à travers un portrait. La princesse impĂ©riale, vĂ©ritable moteur de l’intrigue, a les traits de la soprano française Mariamelle Lamagat, 3e prix au Concours Cesti 2018. Nous avions assistĂ© Ă  ce concours et sa prestation ne nous avait pas pleinement convaincu, malgrĂ© une voix solidement charpentĂ©e, mais qui privilĂ©giait davantage la performance vocale que la clartĂ© de l’élocution, dĂ©faut perceptible Ă  nouveau dans cette production. En revanche, la jeune mezzo Valentina Stadler, en Gismonda, veuve du tyran Berengario, impressionne par sa puissance vocale et son autoritĂ© qu’elle manifeste dĂšs son air d’entrĂ©e (« La speranza Ăš giunta in porto »). En Matilda, sans doute le personnage le plus touchant de l’opĂ©ra, l’autre mezzo, bolivienne, Angelica Monje Torrez, est encore plus convaincante, par la chaleur et le moelleux de son timbre, et les multiples nuances qu’elle apporte dans le phrasĂ©, tant dans la dĂ©clamation des rĂ©citatifs que dans les termes pathĂ©tiquement chargĂ©s des arias (« Diresti poi cosÏ » au premier acte, en est un exemple Ă©loquent). Les deux autres voix masculines n’appellent que des Ă©loges, aussi bien le contre-tĂ©nor espagnol Alberto MoguĂ©lez Rouco, voix fine et acidulĂ©e, mais non sans un abattage certain qui sied bien au personnage falot d’Adelberto (son chant Ă©merveille dans les airs Ă©lĂ©giaques : « Bel labbro » ou de colĂšre : « Tu puoi straziarmi »), que la magnifique basse allemande Yannick Debus, corsaire qui ne rĂ©vĂšlera qu’in fine son identitĂ© royale. Ses graves caverneux (« Al minacciar del vento »), sa diction impeccable (« No, non temere »), et sa prĂ©sence trĂšs expressive sur scĂšne, ont Ă©tĂ© l’une des rĂ©vĂ©lations de cette soirĂ©e.
Dans la fosse (qui n’en est pas une, l’orchestre se situant au mĂȘme niveau que les chanteurs), Fabrizio Ventura dirige sa phalange de La Chimera – bien rĂ©duite eu Ă©gard Ă  l’orchestre opulent du King’s Theater – avec prĂ©cision et intelligence, confĂ©rant un bel Ă©quilibre entre les voix et les instrumentistes.

 

 

 Ottone-innsbruck-handel-critique-opera-review-classiquenews

 

 

 

 

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Compte-rendu opĂ©ra. Innsbruck, Festwochen der Alten Musik, Georg Friedrich Haendel, Ottone, 22 aoĂ»t 2019. Marie Seidler (Ottone), Mariamielle Lamagat (Teofane), Valentina Stadler (Gismonda), Alberto MiguĂ©lez Rouco (Adelberto), Angelica Monje Torrez (Matilda), Yannick Debus (Emireno), Anna Magdalena Fitzi (mise en scĂšne), Bettina Munzer (dĂ©cors et costumes), Accademia La Chimera, Fabrizio Ventura (direction) – Illustrations : Mariamielle Lamagat © Rupert Larl / Marie Seidler, Alberto MiguĂ©lez Rouco© Rupert Larl.

 

 

 

 

Le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU et MAX EMANUEL CENCIC, 11 juil 2019 (Wigmore Hall, UK)

LE CONCERT DE L’HOSTEL DIEU et MAX EMANUEL CENCIC en tournĂ©e. Le 11 juil 2019 Ă  Wigmore Hall. Franck Emmanuel COMTE poursuit sa formidable odyssĂ©e baroque avec ses instrumentistes du Concert de l’HOSTEL DIEU : aprĂšs avoir publier un nouveau cd dĂ©diĂ© Ă  l’Ă©mulation crĂ©ative entre Porpora et Handel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, chef et musiciens Ɠuvrent en complicitĂ© avec le contre-tĂ©nor Max Emanuel Cencic dans un rĂ©cital inĂ©dit intitulĂ© “Orlando”, claire rĂ©fĂ©rence aux vertiges sentimentaux du chevalier Roland, en proie aux tourments et brĂ»lures de l’amour jaloux et de la folie naissante…

cencic-emanuel-porpora-arias-decca-cd-presentation-and-review-cd-critique-par-classiquenewsLe Concert de l’Hostel Dieu annonce  sa premiĂšre collaboration avec Max Emanuel Cencic dans un programme conçu « sur mesure » pour le contre-tĂ©nor croate : « Orlando », un portrait en trois dimensions mis en musique par Handel, Vivaldi, Porpora, soit les plus grands maĂźtres de l’opera seria italien, Ă  la fois virtuose et expressionniste. Le titre rappelle le livre Ă  la fois futuriste et fantastique de Virginia Woolf dont le hĂ©ros change de sexe Ă  travers les Ăąges
 couleur trouble qui renvoie surtout au timbre si particulier du contre-tĂ©nor qui joue souvent Ă  revĂȘtir travestissements et figures de l’ambivalence
  Concerts au festival de Froville et au trĂšs select Wigmore Hall Ă  Londres.

> Pour en savoir plus cliquez ICI

http://www.concert-hosteldieu.com/diffusion/baroque-et-18eme/orlando-recital-cencic/

7 juillet 2019

Festival de Froville (54)

11 juillet 2019

Wigmore Hall (UK)

 

 

PROGRAMME & PRÉSENTATION

Extraits d’opĂ©ra d’Antonio Vivaldi (Orlando furioso), Georg Friedrich HĂ€ndel (Orlando furioso, Rinaldo) et Nicola Porpora (Angelica e Medoro). Orlando furioso est considĂ©rĂ© comme le rĂ©sumĂ© et le joyau de toute la littĂ©rature Ă©pique. L’action de ce roman de chevalerie met en scĂšne le hĂ©ros Roland qui accomplit mille exploits. ImaginĂ© par le poĂšte de la Renaissance Ludovico Ariosto, dit l’Arioste, Orlando furioso a Ă©tĂ© Ă©crit dans le dialecte de Ferrare puis adaptĂ© en toscan. L’action a pour toile de fond la guerre que mĂšne Charlemagne contre les Sarrasins.

Deux siĂšcles plus tard, le poĂšme Ă©pique devient le point commun et une source d’inspiration majeure des trois « gĂ©ants » du style baroque : Handel, Vivaldi et Porpora. Chacun compose un opĂ©ra sur le sujet. AgencĂ© sur mesure pour les caractĂ©ristiques vocales et le charisme de Max Emanuel Cencic, le nouveau programme du Concert de l’Hostel Dieu a pour fil conducteur le personnage d’Orlando, ses actions romanesques, sa rencontre avec la guerriĂšre Bradamante et la magicienne Alcina, ses Ă©lans amoureux, mais aussi sa folie
 Un rĂ©cital brillant et expressif Ă  la hauteur du souffle Ă©pique du poĂšme de l’Arioste et du talent du contre-tĂ©nor. Ici la passion amoureuse vainc le hĂ©ros guerrier : sur l’échiquier sentimental ce dernier perd la raison


 

 

 

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DERNIR CD : « DUEL »

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsL’enregistrement paru chez Arcana/Outhere et qui gagne son relief musical de la confrontation entre les Ă©critures lyriques de Porpora et de handel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, bĂ©nĂ©ficie de la complicitĂ© entre le somptueux et ardent mezzo de la jeune Giuseppina Bridelli et de Franck-Emmanuel Comte, et ses instrumentistes du Concert de L’Hostel Dieu. Le cd DUEL paru en avril 2019 a reçu le CLIC de CLASSIQUENEWS. Le programme Duel poursuit sa tournĂ©e aprĂšs un concert au HĂ€ndel-Festpiel de Halle il est aussi Ă  Saint-Donat le 11 aoĂ»t pour la clĂŽture du Festival Bach.

https://www.youtube.com/watch?v=5RWzXj5y6Nw

Duel: Porpora and Handel in London by Giuseppina Bridelli, Le Concert de l’Hostel Dieu & F-E Comte

 

 

LIRE notre critique du cd DUEL : Porpora versus Handel par Giuseppina Bridelli et Franck-Emanuel COMTE : Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 

 

 

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TOUTES LES INFOS, LES DATES DES CONCERTS sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL-DIEU

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 

 

COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE, Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : SaĂŒl. Zasso, Watson
LG Alarcon

Les oratorios de HaendelCOMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : SaĂŒl. Leonardo Garcia Alarcon
 Beaune poursuit avec bonheur son cycle Haendel, ce qui nous vaut, pour cette 37Ăšme Ă©dition, SaĂŒl, le Dixit Dominus, et Serse. 48h aprĂšs Namur, le Festival nous offre ce chef d’oeuvre sous la direction de Leonardo Garcia AlarcĂČn. Ecrit juste aprĂšs Serse, que le festival produira le 19 juillet, c’est un oratorio, certes, par la volontĂ© du compositeur de poursuivre ses succĂšs en passant par l’église, mais certainement plus proche de la scĂšne qu’on ne feint gĂ©nĂ©ralement de reconnaĂźtre. Tel n’est pas le cas de Leonardo Garcia Alarcon, car ne manquent que les dĂ©cors et un metteur en scĂšne, tant tous sont habitĂ©s par leur personnage, pour en faire un vĂ©ritable opĂ©ra.

 

 

A BEAUNE, UN SAUL INCANDESCENT

Chacun connaĂźt l’histoire de David, de sa victoire sur Goliath, de l’amour de Jonathan, de la haine de SaĂŒl, auquel il succĂ©dera. Habilement, le librettiste a ajoutĂ© une figure fĂ©minine au texte biblique, Merab, dont il fait la sƓur aĂźnĂ©e de Michal, fille de SaĂŒl, que le roi veut unir Ă  David. A la jalousie fĂ©roce du souverain Ă  son endroit s’ajoutent donc la relation de David Ă  Jonathan, mais aussi les sentiments amoureux des jeunes femmes.
L’ouvrage est l’un des plus ambitieux, des plus aboutis, du compositeur. Renonçant Ă  l’opĂ©ra italien pour l’oratorio dramatique, il fait de ce dernier un opĂ©ra biblique d’une force expressive singuliĂšre. Si l’ouverture en donne le ton, les riches et majestueux anthems qui ouvrent et ferment l’ouvrage encadrent l’action. Celle-ci culmine Ă  la troisiĂšme scĂšne du premier acte, lorsque SaĂŒl laisse libre cours Ă  sa haine Ă  l’endroit de David, rentrĂ© vainqueur. L’autre sommet se situe, symĂ©triquement, lorsqu’il consulte la sorciĂšre d’Endor, qui va faire apparaĂźtre Samuel, lequel rĂ©vĂ©lera au roi sa destinĂ©e funeste. Le chef a choisi de ne conserver qu’un entracte, qu’il a placĂ© judicieusement entre les deux duos que partagent David et Mikal, la seconde partie Ă©tant ouverte par une ample symphonie avec l’orgue concertant. Quelques menues coupures n’altĂšrent pas l’Ɠuvre.
Dominant tout l’ouvrage, Christian Immler est SaĂŒl, qu’il vit avec une intensitĂ© singuliĂšre. Tout est lĂ  pour ce rĂŽle pĂ©rilleux, oĂč le roi, imbu de son pouvoir, jaloux, rageur, calculateur, sombre dans une folie meurtriĂšre : voix sonore dans tous les registres, bien timbrĂ©e, projetĂ©e Ă  souhait. Son engagement dramatique est exemplaire. Qu’attend un producteur pour le mettre en scĂšne ? En pleine possession de ses moyens, Lawrence Zasso incarne magistralement David. La voix est puissante, chargĂ© de sĂ©duction, souple et expressive, y compris jusqu’à son accĂšs de violence oĂč il fait exĂ©cuter le messager funeste. DĂšs son O godlike youth, Ruby Hughes impose cette figure attachante de Michal, fraĂźche, aimante mais aussi rĂ©solue. Merab, son aĂźnĂ©e est ici complexe, impressionnante d’autoritĂ©, passant de l’orgueil Ă  la compassion, Katherine Watson, dans son rĂ©pertoire d’élection comme dans sa langue, donne chair Ă  son personnage. Samuel Boden incarne avec justesse, ardeur et conviction la figure attachante de Jonathan. Ses accompagnati, ses nombreux rĂ©cits, puis son air Sin not, o King, suivi de From cities storm’d sont autant de bonheurs. Les autres rĂŽles sont dĂ©volus aux artistes du chƓur, en tous points remarquables, de la soprano solo Ă  laquelle est confiĂ© le premier air (An infant rais’d) au Grand-prĂȘtre. Une mention spĂ©ciale pour la sorciĂšre d’Endor dont le timbre si surprenant, au service d’un rĂ©cit et d’une invocation stupĂ©fiante, ne laisse aucune ambigĂŒitĂ© Ă  son caractĂšre malĂ©fique, surnaturel. Le ChƓur de chambre de Namur, dont on connaĂźt l’excellence, se joue de toutes les difficultĂ©s de la partition pour une expression qui participe de la force de ce chef d’Ɠuvre.
L’orchestre, seul (pour six interventions dont la cĂ©lĂšbre marche funĂšbre) ou partenaire des solistes et du chƓur, est Ă©galement remarquable par ses qualitĂ©s collectives, comme celles de chacun de ses musiciens. Le Millenium Orchestra nous offre ainsi des passages concertants oĂč les solistes (orgue, flĂ»te, harpe, violoncelle, bassons) se situent au meilleur niveau.
Leonardo Garcia Alarcon ne fait qu’un avec ses interprĂštes, et l’on perçoit de façon constante cette communion qui nous vaut cette rĂ©ussite incontestable. La direction est claire, expressive, prĂ©cise, attentive Ă  chacun et Ă  tous : un modĂšle. Le public, enthousiaste, leur rĂ©serve un triomphe

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : SaĂŒl. Leonardo Garcia Alarcon – Christian Immler, Lawrence Zasso, Samuel Boden, Katherine Watson, Ruby Hugues. Illustrations : © Jean-Claude Cottier

 

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les annĂ©es 1730 marquent l’essor du seria italien Ă  Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une Ă©mulation inĂ©dite entre deux crĂ©ateurs, d’un thĂ©Ăątre Ă  l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goĂ»ts, deux esthĂ©tiques
 Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon prĂ©sentent simultanĂ©ment Ă  Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit dĂ©fricheur et d’estime rĂ©ciproque, dont tĂ©moignent leurs opĂ©ras « italiens », goĂ»tĂ©s par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprĂštes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel Ă©tait trĂšs admirĂ© de Porpora
 dont les cantates opus 1 Ă©taient bien connues et plutĂŽt trĂšs apprĂ©ciĂ©es de Haendel. Estime rĂ©ciproque avĂ©rĂ©e vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des Ă©critures, surtout leur plasticitĂ© expressive et leur essence dramatique.

En choisissant la soliste Giuseppina Bridelli, la rĂ©alisation insiste aussi sur l’articulation saisissante du texte, dans ses Ă©claircissements vocaux propres : la jeune diva proposant mĂȘme sa propre rĂ©solution des vocalises, selon le tĂ©moigne de contemporains qui au XVIIIĂš ont laissĂ© des Ă©crits sur le chant des castrats 
 napolitains Ă©videmment, pour lesquels ont composĂ© Porpora comme Handel (cf variations da capo et section B pour Scherza infida d’Ariodante de Handel : superbe rĂ©vĂ©lation du programme).
En 1733, Handel qui rĂšgne sur la scĂšne lyrique londonienne doit subir la concurrence de l’Opera of Nobility qui invite Porpora. Le Prince de Galles Frederick souhaite mettre Ă  l’affiche les plus grands chanteurs d’alors Francesca Cuzzoni, Senesino, Antonio Montagnana, et bien sĂ»r Farinelli, dans des piĂšces composĂ©es directement par les Italiens, surtout Napolitains
 d’oĂč Porpora. DĂšs lors une rivalitĂ©, souvent exacerbĂ©e par les medias de l’époque, s’impose aux deux compositeurs ; Handel allant mĂȘme jusqu’à dĂ©montrer son ouverture stylistique en intĂ©grant des ballets français, avec le concours de la ballerine vedette Marie SallĂ© (cf les ballets ici jouĂ©s de l’acte II d’Ariodante).
PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenewsDramatique et d’une Ă©tonnante sensibilitĂ© orchestrale, Handel varie ses effets comme dans Alcina (Sta nell’ircana pietrosa tana) oĂč Ruggiero en chasseur hĂ©sitant (alors chantĂ© par Carestini) brille par sa virtuositĂ© technique, une flexibilitĂ© vocale dont Giuseppina Bridelli transmet le feu et l’énergie expressive. Assurent alors pour sa performance incarnĂ©e, habitĂ©e, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu. C’est pour le chef et l’orchestre un retour Ă©loquent aux sources de l’opĂ©ra baroque, une maniĂšre de revisiter ce qu’ils connaissaient dĂ©jĂ , et qu’ils rĂ©investissent avec feu et vĂ©ritĂ©.

 
 
 

LONDRES, 1733

Handel / Porpora : essor du verbe incarné
Giuseppina Bridelli et Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 
 
 

Le grand succĂšs de ses annĂ©es pour Porpora demeure Polifemo (Ă©crit simultanĂ©ment Ă  Ariodante de Handel) qui regroupe les divos et divas d’alors : Cuzzoni, Mantagnana, Farinelli, Senesino, Francesca Bertolli, Maria Segatti. Giuseppini Bridelli en chante l’air de Calypso, amoureuse Ă©perdue et admiratrice lumineuse d’Ulysse dont elle raconte alors l’exploit sur le cyclope gĂ©ant PolyphĂšme (Il gioir qualor s’aspetta, plage 10). Tout l’art de la jeune mezzo sait y fusionner la chair agile, ductile de sa technique et la justesse de ses intonations, celles d’un chant clair et explicite, qui suit avec intelligence et variations de nuances, le sens du texte (l’attente et l’espĂ©rance alimentent l’ardeur du dĂ©sir).
Mais l’échec global de la venue de Porpora Ă  Londres tient aux limites de la langue italienne : les rĂ©citatifs fussent-ils aussi ciselĂ©s que ceux de David dans l’oratorio (unique) David e Bersabea, ne suffirent pas Ă  convaincre l’audience londonienne, trop volage ; on sait avec quel talent Handel recompose totalement son style en adoptant des recitatifs plus courts et en anglais. Le sens du verbe incarnĂ© dĂ©fendu par Giuseppina Bridelli, la souple ardeur du continuo comme sculptĂ©, nerveux, mordant, bondissant par Franck-Emmanuel Comte rĂ©ussissent pourtant une superbe scĂšne amoureuse (David exprime son amour naissant pour BethsabĂ©e qu’il rencontre alors). Entre Ă©moi et ravissement, le travail sur le texte et les couleurs de l’orchestre tĂ©moignent d’une vision et d’une conception trĂšs fouillĂ©es de la part des instrumentistes et du chef du Concert d’Hostel Dieu.

CLIC_macaron_2014On ne cesse de pesner, du dĂ©but Ă  la fin de ce programme, qu’ils ont eu bien raison de revenir aux fondamentaux du Baroque lyrique, le thĂ©Ăątre Ă  la fois linguistique et coloratoure de Handel. L’intonation poĂ©tique sert avant tout le sens de la situation dramatique et la direction du texte : la franchise du chef de ce point de vue, son efficacitĂ© et sa poĂ©sie soulignent aussi chez Handel comme chez Porpora, Ă  travers les exemples que nous avons mis en avant, tout ce qui caractĂ©rise et distingue l’un par rapport Ă  l’autre. Entre un Handel obligĂ© au renouvellement, et un Porpora ductile, naturellement agile mais contraint lui aussi Ă  une nouvelle exigence dramatique et vocale, nous tenons dans ce rĂ©cital lyrique, une claire Ă©vocation d’un Ăąge d’or du seria italien Ă  Londres. Magistrale rĂ©alisation pour un sujet original, idĂ©alement explicitĂ©. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cd DUEL / PORPORA vs HANDEL – Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-duel-porpora-and-handel-in-london-le-concert-de-lhostal-dieu-franck-emmanuel-comte-1cd-arcana-2018/

 
 
 
 
 
 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018). Dans les faits, la rivalitĂ© entre les compagnies d’opĂ©ra dirigĂ©es par Handel et Porpora Ă  Londres (1734-1737) s’expose outrageusement. La rĂ©alitĂ© est autres, car sur le plan strictement musical, il est plus appropriĂ© de parler d’estime rĂ©ciproque car chacun d’eux admirait la musique de l’autre. Leur rivalitĂ© produit des effets artistiques majeurs : les opĂ©ras nouveaux Ariodante de Handel et Polifemo de Porpora sont des sommets lyriques (mĂȘme si le second est moins jouĂ© que le premier
). Les compositeurs rivalisent de trouvailles et de nouvelles formes pour renouveler le genre et sĂ©duire le public londonien. Chacun peut s’appuyer sur le talent des chanteurs de sa troupe dont les fameux castrats (Farinelli, Senesino, Carestini
).

Le nouvel enregistrement du Concert de l’Hostel Dieu, dirigĂ© par Franck-Emmanuel Comte Ă©voque les mĂ©andres et les apports d’une relation intellectuelle et artistique complexe : plus qu’un duel, l’équation Handel / Porpora prĂ©cise une Ă©tonnante Ă©mulation qui a profitĂ© Ă  l’expressivitĂ© du genre lyrique; les interprĂštes proposent plusieurs exemples Ă©loquents de chaque style (restituant aussi la vocalisation d’époque dans les reprises) ; offrent un tour d’horizon Ă©loquent et superbement caractĂ©risĂ© de l’art vocal et lyrique au dĂ©but du XVIIIĂš dans le genre seria. Chef et instrumentistes s’associent au mezzo-soprano ductile, expressif, articulĂ© de Giuseppina Bridelli qui relĂšve les dĂ©fis de partitions aussi intenses dramatiquement que virtuoses sur le plan technique. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

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Tracklisting :

George Frideric Handel (1685-1759)
1. Sta nell’ircana pietrosa tana – Alcina HWV 34 (London, 1735)
Nicola Porpora (1686-1768)
2. Nume che reggi ’l mare – Arianna in Naxo (London, 1733 )
3. Dolce Ăš su queste alte mie logge a sera – David e Bersabea (London, 1734)
4. Fu del braccio onnipotente – David e Bersabea (London, 1734)
5-7. Ouverture – Polifemo (London, 1735)
8. A questa man verrĂ  – Calcante e Achille (London, 1735)
George Frideric Handel
9. Scherza infida – Ariodante HWV 33 (London, 1735)
Nicola Porpora
10. Il gioir qualor s’aspetta – Polifemo (London, 1735)
George Frideric Handel
11-14. Suite de ballet – Ariodante HWV 33
Nicola Porpora
15. Alza al soglio i guardi – Mitridate (London, 1736)
George Frideric Handel
16. Inumano fratel, barbara madre – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
17. Stille amare, giĂ  vi sento – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
18. Quando piomba improvvisa saetta – Catone in Utica HWV A7 (London, 1732)

 

 

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DUEL : PORPORA ET HANDEL À LONDRES
Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano
LE CONCERT DE L’HOSTEL DIEU
Franck-Emmanuel Comte, direction
1 CD ARCANA – A 461 – 1 CD TT : 1h05mn

 

 

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LA VIDEO du cd DUEL

https://youtu.be/5RWzXj5y6Nw

 

 

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CONCERTS 2019
Duel, Handel vs Porpora :

Felicia Blumental International Festival, Tel Aviv (30 mars) I
Salle MoliĂšre, Lyon (7 avril) |
Handel Festival, Londres (8 avril) |
Handel-Festspiele, Halle (9 juin)
Festival Bach de Saint-Donat (11 août)

Folia : Theaterhaus, Stuttgart (2-3 juillet) |

Festival 1001 Notes en Limousin, Zenith de Limoges (20 juillet)
Sinfonia en Périgord, Périgueux (24 août)

 

 

+ d’infos sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU

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DUEL : Handel / Porpora par Le Concert de l’HOSTEL DIEU

Nicola_Antonio_PorporaLYON, CHD: DUEL, Handel / Porpora. 7 avril 2019. La Salle MoliĂšre Ă  Lyon affiche un programme prometteur, dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra italien en Angleterre oĂč s’affrontent deux compositeurs renommĂ©s de la scĂšne lyrique. S’ils sont Ă  Londres, redoutables rivaux, prĂȘts Ă  dĂ©montrer la virtuositĂ© et l’expressivitĂ© juste de leur Ă©criture respective, le plus italien des compositeurs germaniques du XVIIIĂš, le saxon Handel, et son contemporain le plus europĂ©en des compositeurs Napolitains, Porpora (portrait ci contre), s’associent dans ce rĂ©cital Ă  deux visages, mais grĂące au geste du Concert de l’Hostel-Dieu, en une joute des plus apaisĂ©es.

 

 

Handel ou Porpora ?
LONDRES, temple de l’opĂ©ra italien
.

 

 

LE CONCERT DE L'HOSTEL-DIEU : DUEL Porpora / Handel

 

 

haendel handel londres oratorio anglaisAinsi : « En janvier 1733, souhaitant contrer l’hĂ©gĂ©monie haendĂ©lienne de la Royal Academy of music, un groupe d’investisseurs issu de la noblesse londonienne crĂ©e L’Opera of the Nobility, et choisissent le « maĂźtre des castrats », Nicolo Porpora, mentor des Farinelli, Senesino, Porporino. Les londoniens se passionnent depuis longtemps pour l’opĂ©ra italien, en particulier napolitain, et ses voix agiles, virtuoses, expressives, oĂč la vocalise de plus en plus vite et de plus en plus aiguĂ«, exprime vertiges et palpitation de l’ñme humaine. Le public entre les deux thĂ©Ăątres, applaudit alors les plus grands ouvrages jamais composĂ©s dans l’histoire de l’opĂ©ra italien au XVIIIĂš dont le Polifemo de Porpora ou Ariodante d’Handel (portrait ci contre).
Soucieux de porter le chant expressif et tragique de la mezzo Giuseppina Bridelli, les instrumentistes du Concert de l’Hostel-Dieu ressuscitent ainsi les heures les plus intenses de l’opĂ©ra italien Ă  Londres, dans les annĂ©es 1730
 Le programme est l’objet d’une tournĂ©e internationale et aussi d’un nouveau cd de l’ensemble (parution annoncĂ©e le 12 avril 2019.

 

 CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 

 

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G.-F. Handel : arias et instrumentaux extraits des opéras Alcina, Ariodante, Tolomeo, Cantone in utica

N. Porpora : arias et ouvertures extraits des opéras Polifemo, Mitridate, Arianna in Naxo, David e Bersabea

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Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano

‹Le Concert de l’Hostel Dieu,
Reynier Guerrero, premier violon
Franck-Emmanuel Comte, direction‹ / Stefano Aresi, musicologue

 

 

PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenews

 

 

 

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30 mars 2019
Felicia Blumental International Festival de Tel Aviv (Israël)

7 avril 2019
Salle MoliĂšre Ă  Lyon (69)

8 avril 2019
London Handel Festival (UK)

12 avril 2019
Sortie du disque (Arcana/Outhere)

9 juin 2019‹ : HĂ€ndel-Festspiele Ă  Halle (Allemagne)

11 août 2019
Festival Bach de Saint-Donat (26)

 

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PrĂ©sentation et enjeux du programme DUEL : PORPORA vs HANDEL par le Concert de l’HOSTEL-DIEU. Franck-Emmanuel COMTE et les instrumentistes du Concert de l’Hostel-Dieu reviennent Ă  leurs premiĂšres amours, l’éloquence dramatique de Haendel, prĂ©sentĂ©e donc en concert avec la complicitĂ© de l’étonnante mezzo soprano italienne Giuseppina BRIDELLI, mais aussi en studio, puisque parallĂšlement Ă  la tournĂ©e des concerts, musiciens et chefs ont enregistrĂ© le programme et sortent le disque prĂ©vu ce 12 avril 2019.
Les airs d’oratorios et d’opĂ©ra de Haendel lancent un dĂ©fi Ă  tout ensemble de musique baroque : il y faut de la prĂ©cision, des nuances, un Ă©quilibre idĂ©al entre voix et instruments, de la finesse expressive comme de la profondeur. Autant de qualitĂ©s qui distinguent le gĂ©nie de Haendel de tous les autres. C’est aussi pour Franck-Emmanuel Comte, le prolongement de son travail comme directeur du Concours de Froville dont la mission est l’émergence des jeunes chanteurs baroques. LaurĂ©ate du Concours, Giuseppina BRIDELLI retrouve ainsi les instrumentistes du CHD Concert de l’Hostel-Dieu et enregistre avec eux un premier disque Haendel qui sera suivi d’autres opus (dont le prochain avec la soprano Sophie Junker), car Haendel reste un pilier dans le rĂ©pertoire de l’ensemble fondĂ© par Franck-Emmanuel Comte.

VOCALITA et ORNEMENTS DE HAENDEL

handel-haendel-portrait-classiquenewsCe premier programme Haendel, au disque comme au concert permet de dĂ©couvrir les qualitĂ©s de la voix de la soliste (qu’il s’agisse d’airs fameux comme « Scherza infida » d’Ariodante) : voix longue et flexible, agile et colorĂ©e sur toute la tessiture, taillĂ© pour des incarnations dramatiques, tragiques ou implorantes comme Haendel a su les concevoir. De quoi promettre un relecture du texte dans la subtilitĂ© et la sensibilitĂ©. Chanteuse et chef ont particuliĂšrement travaillĂ© sur les reprises des da capo pour certains airs dont la notation des vocalises a Ă©tĂ© notĂ©e depuis l’époque de Haendel : il s’agira de redĂ©couvrir ainsi les ornements tels qu’ils auraient pu ĂȘtre rĂ©alisĂ©s du vivant de Haendel selon la technique de ses chanteurs.

 

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Plus d’infos sur le site du CHD Concert de l’HOSTEL-DIEU
http://www.concert-hosteldieu.com/diffusion/baroque-et-18eme/duel-porpora-handel/

VIDEO Handel versus Porpora
https://www.youtube.com/watch?v=HJy7jckJw18

 

 

CRITIQUE DU CD HANDEL PORPORA / DUEL – CLIC DE CLASSIQUENEWS

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les annĂ©es 1730 marquent l’essor du seria italien Ă  Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une Ă©mulation inĂ©dite entre deux crĂ©ateurs, d’un thĂ©Ăątre Ă  l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goĂ»ts, deux esthĂ©tiques
 Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon prĂ©sentent simultanĂ©ment Ă  Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit dĂ©fricheur et d’estime rĂ©ciproque, dont tĂ©moignent leurs opĂ©ras « italiens », goĂ»tĂ©s par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprĂštes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel Ă©tait trĂšs admirĂ© de Porpora
 dont les cantates opus 1 Ă©taient bien connues et plutĂŽt trĂšs apprĂ©ciĂ©es de Haendel. Estime rĂ©ciproque avĂ©rĂ©e vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des Ă©critures, surtout leur plasticitĂ© expressive et leur essence dramatique. LIRE notre critique complĂšte DUEL / Handel, Porpora par Le Concert de l’HOSTEL-DIEU, Giuseppina Bridelli

LYON, Concert Hostel-Dieu: DUEL, Handel / Porpora.

Nicola_Antonio_PorporaLYON, CHD: DUEL, Handel / Porpora. 7 avril 2019. La Salle MoliĂšre Ă  Lyon affiche un programme prometteur, dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra italien en Angleterre oĂč s’affrontent deux compositeurs renommĂ©s de la scĂšne lyrique. S’ils sont Ă  Londres, redoutables rivaux, prĂȘts Ă  dĂ©montrer la virtuositĂ© et l’expressivitĂ© juste de leur Ă©criture respective, le plus italien des compositeurs germaniques du XVIIIĂš, le saxon Handel, et son contemporain le plus europĂ©en des compositeurs Napolitains, Porpora (portrait ci contre), s’associent dans ce rĂ©cital Ă  deux visages, mais grĂące au geste du Concert de l’Hostel-Dieu, en une joute des plus apaisĂ©es.

 

 

Handel ou Porpora ?
LONDRES, temple de l’opĂ©ra italien
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LE CONCERT DE L'HOSTEL-DIEU : DUEL Porpora / Handel

 

 

haendel handel londres oratorio anglaisAinsi : « En janvier 1733, souhaitant contrer l’hĂ©gĂ©monie haendĂ©lienne de la Royal Academy of music, un groupe d’investisseurs issu de la noblesse londonienne crĂ©e L’Opera of the Nobility, et choisissent le « maĂźtre des castrats », Nicolo Porpora, mentor des Farinelli, Senesino, Porporino. Les londoniens se passionnent depuis longtemps pour l’opĂ©ra italien, en particulier napolitain, et ses voix agiles, virtuoses, expressives, oĂč la vocalise de plus en plus vite et de plus en plus aiguĂ«, exprime vertiges et palpitation de l’ñme humaine. Le public entre les deux thĂ©Ăątres, applaudit alors les plus grands ouvrages jamais composĂ©s dans l’histoire de l’opĂ©ra italien au XVIIIĂš dont le Polifemo de Porpora ou Ariodante d’Handel (portrait ci contre).
Soucieux de porter le chant expressif et tragique de la mezzo Giuseppina Bridelli, les instrumentistes du Concert de l’Hostel-Dieu ressuscitent ainsi les heures les plus intenses de l’opĂ©ra italien Ă  Londres, dans les annĂ©es 1730
 Le programme est l’objet d’une tournĂ©e internationale et aussi d’un nouveau cd de l’ensemble (parution annoncĂ©e le 12 avril 2019.

 

 CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 

 

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G.-F. Handel : arias et instrumentaux extraits des opéras Alcina, Ariodante, Tolomeo, Cantone in utica

N. Porpora : arias et ouvertures extraits des opéras Polifemo, Mitridate, Arianna in Naxo, David e Bersabea

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Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano

‹Le Concert de l’Hostel Dieu,
Reynier Guerrero, premier violon
Franck-Emmanuel Comte, direction‹ / Stefano Aresi, musicologue

 

 

PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenews

 

 

 

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30 mars 2019
Felicia Blumental International Festival de Tel Aviv (Israël)

7 avril 2019
Salle MoliĂšre Ă  Lyon (69)

8 avril 2019
London Handel Festival (UK)

12 avril 2019
Sortie du disque (Arcana/Outhere)

9 juin 2019‹ : HĂ€ndel-Festspiele Ă  Halle (Allemagne)

11 août 2019
Festival Bach de Saint-Donat (26)

 

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PrĂ©sentation et enjeux du programme DUEL : PORPORA vs HANDEL par le Concert de l’HOSTEL-DIEU. Franck-Emmanuel COMTE et les instrumentistes du Concert de l’Hostel-Dieu reviennent Ă  leurs premiĂšres amours, l’éloquence dramatique de Haendel, prĂ©sentĂ©e donc en concert avec la complicitĂ© de l’étonnante mezzo soprano italienne Giuseppina BRIDELLI, mais aussi en studio, puisque parallĂšlement Ă  la tournĂ©e des concerts, musiciens et chefs ont enregistrĂ© le programme et sortent le disque prĂ©vu ce 12 avril 2019.
Les airs d’oratorios et d’opĂ©ra de Haendel lancent un dĂ©fi Ă  tout ensemble de musique baroque : il y faut de la prĂ©cision, des nuances, un Ă©quilibre idĂ©al entre voix et instruments, de la finesse expressive comme de la profondeur. Autant de qualitĂ©s qui distinguent le gĂ©nie de Haendel de tous les autres. C’est aussi pour Franck-Emmanuel Comte, le prolongement de son travail comme directeur du Concours de Froville dont la mission est l’émergence des jeunes chanteurs baroques. LaurĂ©ate du Concours, Giuseppina BRIDELLI retrouve ainsi les instrumentistes du CHD Concert de l’Hostel-Dieu et enregistre avec eux un premier disque Haendel qui sera suivi d’autres opus (dont le prochain avec la soprano Sophie Junker), car Haendel reste un pilier dans le rĂ©pertoire de l’ensemble fondĂ© par Franck-Emmanuel Comte.

VOCALITA et ORNEMENTS DE HAENDEL

handel-haendel-portrait-classiquenewsCe premier programme Haendel, au disque comme au concert permet de dĂ©couvrir les qualitĂ©s de la voix de la soliste (qu’il s’agisse d’airs fameux comme « Scherza infida » d’Ariodante) : voix longue et flexible, agile et colorĂ©e sur toute la tessiture, taillĂ© pour des incarnations dramatiques, tragiques ou implorantes comme Haendel a su les concevoir. De quoi promettre un relecture du texte dans la subtilitĂ© et la sensibilitĂ©. Chanteuse et chef ont particuliĂšrement travaillĂ© sur les reprises des da capo pour certains airs dont la notation des vocalises a Ă©tĂ© notĂ©e depuis l’époque de Haendel : il s’agira de redĂ©couvrir ainsi les ornements tels qu’ils auraient pu ĂȘtre rĂ©alisĂ©s du vivant de Haendel selon la technique de ses chanteurs.

 

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Plus d’infos sur le site du CHD Concert de l’HOSTEL-DIEU
http://www.concert-hosteldieu.com/diffusion/baroque-et-18eme/duel-porpora-handel/

VIDEO Handel versus Porpora
https://www.youtube.com/watch?v=HJy7jckJw18

 

 

CRITIQUE DU CD HANDEL PORPORA / DUEL – CLIC DE CLASSIQUENEWS

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les annĂ©es 1730 marquent l’essor du seria italien Ă  Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une Ă©mulation inĂ©dite entre deux crĂ©ateurs, d’un thĂ©Ăątre Ă  l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goĂ»ts, deux esthĂ©tiques
 Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon prĂ©sentent simultanĂ©ment Ă  Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit dĂ©fricheur et d’estime rĂ©ciproque, dont tĂ©moignent leurs opĂ©ras « italiens », goĂ»tĂ©s par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprĂštes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel Ă©tait trĂšs admirĂ© de Porpora
 dont les cantates opus 1 Ă©taient bien connues et plutĂŽt trĂšs apprĂ©ciĂ©es de Haendel. Estime rĂ©ciproque avĂ©rĂ©e vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des Ă©critures, surtout leur plasticitĂ© expressive et leur essence dramatique. LIRE notre critique complĂšte DUEL / Handel, Porpora par Le Concert de l’HOSTEL-DIEU, Giuseppina Bridelli

CD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque)

Atalanta-web-cover cd critique cd review McGegan clic de classiquenewsCD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque). Quel rafraĂźchissement stimulant apporte aujourd’hui le collectif rĂ©uni et portĂ© par le chef Nicholas McGegan, en Californie (Berkeley), lequel inspirant ses troupes outre-Atlantiques du Philharmonia Baroque (orchestre et chƓur), s’ingĂ©nie Ă  dĂ©fendre une vision gorgĂ©e de verve et de franche sincĂ©ritĂ©, Ă  mille lieues des directions franco-françoises, souvent trop cĂ©rĂ©brales et corsetĂ©es qui ont oubliĂ©es depuis des dĂ©cennies de dictat en tous genres, l’esprit du Baroque : son caractĂšre certes discursif mais surtout improvisĂ©. La libertĂ© du geste telle qu’elle est aujourd’hui dĂ©fendue par McGegan incarne une direction pour nous salutaire dans l’interprĂ©tation baroque, d’autant que depuis les annĂ©es 1990/2000, nombre de chefs autoproclamĂ©s experts en la matiĂšre, distille chacun un systĂšme et un type directionnel bien identifiable et parfaitement mĂ©canisĂ©. Faisant oubliĂ©, la caractĂšre essentiel de la rĂ©volution baroqueuse dĂ©fendue depuis les annĂ©es 1970, l’audace, le risque, l’expressionnisme. A croire que l’intensitĂ© dĂ©fricheuse des Harnoncourt et Malgoire, puis Jacobs et Goebel, 
 est devenue lettre morte.

 

 

Nicholas McGegan :
le souffle nouveau, revivifiant du Baroque
venu de Californie

 

 

Rien de tel avec le Britannique McGegan qui grĂące Ă  une politique avisĂ©e de publications discographiques, entretient la mĂ©moire de son approche avec un discernement et une activitĂ© constante que beaucoup peuvent lui envier. D’emblĂ©e, c’est la preuve de la vitalitĂ© du courant et de l’interprĂ©tation baroque en CALIFORNIE…
Voyez cette ATALANTA enregistrée à Berkeley (Californie), en septembre 2005.

haendel handel classiquenewsPASTORALE AMOUREUSE... La partition a Ă©tĂ© rarement jouĂ©e et cette rĂ©surrection complĂšte, trĂšs historiĂ©e, fait tout le mĂ©rite du chef. CrĂ©Ă©e le 12 mai 1736 – avec feu d’artifice final, pour cĂ©lĂ©brer les noces du Prince de Galles et de la princesse Augusta de Saxe-Gotha, l’Ɠuvre est ici enregistrĂ©e sur le vif et comme « chauffĂ©e », aprĂšs une sĂ©rie de reprĂ©sentations scĂ©niques donnĂ©es auparavant au Göttingen Handel Festival. McGegan officie avec un instinct vĂ©ritable, une intuition de l’instant qui aiguise l’acuitĂ© des accents et rĂ©ussit la caractĂ©risation des personnages de cette Arcadie lyrique. SĂ©duire une beautĂ© glaçante est un dĂ©fi souvent relevĂ© qui honore d’autant mieux celui qui sort victorieux ; ainsi l’histoire lĂ©guĂ©e par la mythologie grecque, celle d’Atalante, qui au prĂ©alable dĂ©daigne les avances du beau MĂ©lĂ©agre (le frĂšre de DĂ©janire), prĂ©fĂ©rant les plaisirs de la chasse aux dĂ©lices plus subtils de l’amour
 Mais voilĂ , pendant la chasse du monstrueux sanglier de Calydon, Atalante et MĂ©lĂ©agre croisent leurs regards.
En maĂźtre des passions humaines, chasseur / rĂ©vĂ©lateur du sentiment enfoui, HaĂ«ndel sait dĂ©velopper le vertige profond, en particulier celui qui inspire Ă  Atalante (trĂšs convaincante Dominique Labelle) son grand monologue du II (« ‘Lassa! ch’io t’ho perduta »), oĂč la jeune chasseresse exprime son trouble et ses tiraillements car elle comprend qu’elle se ment Ă  elle-mĂȘme, foudroyĂ©e en vĂ©ritĂ© par le jeune MĂ©lĂ©agre. Il est vrai que face au MĂ©lĂ©agre, toute tendresse et sĂ©duction de la seconde soprano, Susanne RydĂ©n, tout cƓur ne saurait demeurer de pierre
 l’optimisme lumineux du timbre renforce l’attractivitĂ© du jeune guerrier.
Aux cĂŽtĂ©s des amoureux principaux, l’assemblĂ©e des bergers tel Aminta (excellent Michael Slattery) et son aimĂ©e Irene (superbe air, plein de juvĂ©nile ardeur : « Come alla tortorella », parfaite et sensuelle CĂ©cile van de Sant) enrichit la partition d’une myriade d’émotions vraies dont Haendel a le secret.

CLIC_macaron_2014Le Philharmonia Baroque Orchestra dĂ©montre d’étonnantes affinitĂ©s dans l’art d’ornementer et de caractĂ©riser, selon le souci de fluiditĂ© et d’éloquence, de dramastisme et d’élĂ©gance, souhaitĂ© manifestement par le chef. VoilĂ  qui surclasse Ă©videmment sa premiĂšre approche de l’oeuvre de Haendel, qui remonte Ă  1984 avec une Ă©quipe bien moins engagĂ©e et ciselĂ©e.

 

 

Atalanta-web-cover-cd-critique-cd-review-McGegan-clic-de-classiquenews-582

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CD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque)

Distribution
Dominique Labelle, soprano
Susanne Ryden, soprano
Cecile van de Sant, mezzo-soprano
Michael Slattery, tenor
Philip Cutlip, baritone
Corey McKern, baritone
Philharmonia Chorale – Bruce Lamott, director
Philharmonia Baroque Orchestra
Nicholas McGegan, conductor
Philharmonia Baroque Productionsℱ

Achetez ce cd édité par le label fondé par Nicholas McGEGAN
https://philharmonia.org/product/handel-atalanta-2/

 

 

 

Coffret cd événement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd)

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423Coffret cd Ă©vĂ©nement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd). Decca cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du Haendel londonien qui aprĂšs avoir tentĂ© (vainement) d’affirmer l’opĂ©ra seria italien, invente l’oratorio en langue anglaise. Sobre (en rouge avec fine quadrature jaune/or), le coffret de 41 cd regroupe 16 opus ou oratorios qui retracent chacun les jalons de la formidable aventure de l’opĂ©ra anglais version Handel : le Saxon en devenant plus britannique que les londoniens, abandonne toute ambition lyrique en italien, et invente un nouveau genre, l’oratorio anglais. Pour dĂ©fendre son Ă©criture, les chefs Sir John Eliot Gardiner, Trevor Pinnock, Christopher Hogwood, Marc Minkowski et Harry Christophers. Avec entre autres les oratorios :  La Resurrezione, La Messe du Couronnement, Acis et GalatĂ©e, Judas MacchabĂ©e, Salomon, Saul, Israel en Egypte, incarnĂ©s par les solistes Emma Kirkby, Joan Sutherland, Anne Sofie von Otter, Andreas Scholl, Anthony Rolfe Johnson, Arleen Auger. Soit plusieurs gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes, relevant ou non de la pratique baroqueuse, historiquement informĂ©e. Mais jouer des instruments d’Ă©poque ne fait pas tout : car comme Ă ’opĂ©ra, l’Ă©criture handĂ©lienne, parmi les plus dramatiques qui soient, exige des voix Ă  tempĂ©raments, de vĂ©ritables personnalitĂ©s vocales…

haendel handel georg-friedrich-haendel_1_jpg_240x240_crop_upscale_q9530 ANS D’INTERPRETATION BAROQUE… L’éventail interprĂ©tatif est vaste et rend compte de plusieurs dĂ©cennies de styles variĂ©s selon les nationalitĂ©s du chef et des musiciens. Judas Maccabaeus est le plus ancien enregistrement : 1977, -sous la direction de Charles Mackerras (avec la crĂšme du chant anglais dont Felicity Palmer, Janet Baker, John Shirley Quirck) et l’ECO English Chamber Orchestra, sur instruments modernes. Lui succĂšdent par ordre chronologique de rĂ©alisation : Acis et GalatĂ©e (1978); La Resurrezione (1982), Esther (1985), Athalia (1986), le Messie et Alexander’s Feast (1988), Jephtha (1989), Saul et Belshazzar (1991), Semele (1993), Israel in Egypt, Coronation Anthems (1995), Solomon (1999), Theodora (2000), enfin Hercules (2002), donc le plus rĂ©cent, par Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski (avec Paul Groves, Anne Sofie von Otter
). Pour chacun, le style oratorien ne doit rien sacrifier Ă  l’éloquence du drame, ni Ă  la fiĂšvre Ă©pique, sans omettre Ă©videmment le souffle de la priĂšre spirituelle voire mystique.  Les plus engagĂ©s en nombre de rĂ©alisations sont ici Hogwood, Pinnock et surtout Gardiner.

 

 

Parution : début juillet 2016. Prochaine critique complÚte du coffret HANDEL / The great oratorios 41 cd Decca, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/handel-the-great-oratorios/#DiPUlsYVkgjVIRWQ.99

Haendel : Bellezza contre le temps et la désillusion

nattier-haendel-handel-portrait-jean-marc-nattier-portrait-of-francis-greville,-baron-brooke,-later-1st-earl-of-warwick-(1719-1773)France Musique. Mercredi 6 juillet 2016, 22h. Handel : Il trionfo del tempo e del disinganno. Le jeune Haendel romain, vedette du festival d’Aix 2016. L’oratorio en deux parties que le jeune Haendel – ĂągĂ© de 22 ans, livre en Italie en 1707 est une personnalitĂ© europĂ©enne venu Ă  Rome enrichir sa propre expĂ©rience et aussi dĂ©montrer combien il maĂźtrise au dĂ©but du XVIIIĂš, la langue sensuelle et conquĂ©rante de la Contre RĂ©forme. Sur le livret du Cardinal Benedetto Pamphili, Il Trionfo est une succession d’airs Ă©lectriques, exigeant des solistes une habilitĂ© virtuose exceptionnelle, entre expressivitĂ© dramatique, et subtilitĂ© d’intonation. Soit de vrais chanteurs d’opĂ©ras. C’est une annonce directe de ce que fera le gĂ©nie saxon, plus tard Ă  Londres, aprĂšs avoir Ă©chouĂ© Ă  affirmer son mĂ©tier dans le genre de l’opĂ©ra sedia : Il trionfo dĂ©signe cet oratorio anglais bientĂŽt Ă  naĂźtre et remarquablement dĂ©ployĂ© dĂšs la fin des annĂ©es 1730. Mais ici, Ă  Rome, le jeune compositeur apprend et perfectionne sa langue dramatique et poĂ©tique.

 

 

haendel handel classiquenewsBEAUTE / BELLEZZA s’enivre d’elle mĂȘme
 4 personnages allĂ©gories se confrontent, exprimant les diverses Ă©lans et dĂ©sirs de l’ñme humaine; Bellezza (beautĂ©), Piacere (Plaisir), Disinganno (dĂ©sillusion) et Tempo (Temps), tous imposent Ă  l’homme les limites et les mirages d’une vie d’insouciance ; sans conscience ni morale, sans valeurs ni sagesse, une vie humaine est vaine, creuse, fĂ»t-elle belle, hĂ©doniste. Le temps rattrape vite les Ă©lans du plaisir. Tout n’a qu’un temps et passe et s’efface. L’appel est lancĂ© : l’ñme doit ĂȘtre responsable. Ainsi la BeautĂ© s’enivre d’elle-mĂȘme… Si le sujet est sĂ©rieux et hautement moral, la forme musicale Ă©poustoufle par son raffinement, sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance, l’invention des mĂ©lodies, la finesse et la subtilitĂ© de la langue orchestrale. Jamais le gĂ©nie haendĂ©lien n’aura Ă©tĂ© aussi imaginatif, contrastĂ©, sensuel et nerveux : le compositeur rĂ©utilisera d’ailleurs nombre de ses airs dans ses opĂ©ras futurs. Aix propose une version mise en scĂšne par le polonais dĂ©jantĂ©, souvent provocateur, en tout cas dĂ©calĂ©, Krzysztof Warlikowski. La distribution elle suscite une adhĂ©sion immĂ©diate :

Bellezza : Sabine Devieilhe*
Piacere : Franco Fagioli
Disinganno : Sara Mingardo
Tempo : Michael Spyres

Tous sont conduits par Emmanuelle Haim, Ă  la tĂȘte de son ensemble Le Concert d’AstrĂ©e.

 

 

 

A l’affiche du festival d’Aix 2016 : les 1er, 4, 6, 9, 12 et 14 juillet 2016 / ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©, 22h. VISITER le site du festival d’Aix en Provence 2016

 

 

logo_france_musique_DETOUREDIFFUSION : en direct sur France Musique et France 2, le 6 juillet 2016 Ă  22h. Voici l’un des temps forts du festival d’Aix en Provence 2016, et non sans raison mais de façon confidentiel, la place du Baroque Ă  Aix. Il reste dommage que les grands crĂ©ateurs baroques lyriques, français ou italiens aient depuis des dĂ©cennies – depuis la direction de Bernard Foccroule prĂ©cisĂ©ment, quittĂ© le plateau de l’ArchevĂȘchĂ©. On se souvient des Orfeo ou Dido qui avaient pourtant enchantĂ© les soirs Ă©toilĂ©s du festival. Qu’en sera-t-il avec le nouveau directeur Pierre Audi ?

 

 

Illustration : Ă©vocation du jeune Haendel / Handel Ă  Rome / Portrait de jeune homme Baron Brooke par Nattier (DR)

 

L’Orlando de William Christie Ă  Zurich

OPERA DE ZURICH : reprise d'Orlando de handel version BILLZURICH. Orlando de Handel par William Christie, jusqu’au 25 mai 2016. Bill retrouve son cher orchestre suisse Ă  Zurich, La Scintilla, fleuron des phalanges sur instruments d’Ă©poque, une Rolls instrumentale qui lui permet de ciseler et insuffler Ă  sa propre lecture de Haendel, le nerf, l’Ă©lĂ©gance, le sens dramatique dont il dĂ©tient seul le secret. Au coeur d’Orlando, rgĂšne sans partage la lyre dĂ©lirante, hallucinĂ©e inspirĂ© de L’Arioste : errance et folie du chevalier amoureux Roland dans une forĂȘt devenue labyrinthe aux Ă©preuves pour un dĂ©voilement voire une rĂ©vĂ©lation finale qui le libĂ©rera totalement de ses entraves personnelles.

CrĂ©Ă© le 27 janvier 1733 Ă  Londres, Orlando (crĂ©Ă© par le castrat vedette de Haendel, Il Senesino) met en scĂšne le cheminement des cƓurs entre raison et passion. La production reprise Ă  Zurich est dĂ©jĂ  ancienne : la vision scĂ©nographiĂ©e et visuelle de Jens-Daniel Herzog enferme le pastoralisme permanent et les rĂ©fĂ©rences au milieu sylvestre et arboricole dans un lieu fermĂ©, asphyxiant, un hĂŽpital des annĂ©es 1920. La bergĂšre Dorinda devient infirmiĂšre, juste transposition qui convient au caractĂšre, car elle soigne de facto les Ăąmes chancelantes et perdues. Le mage Zoroastro est Ă©videmment un mĂ©decin, guĂ©risseur vraisemblable et impressionnant au vrai charisme. Enfin Orlando, victime de l’amour, est la proie manifeste d’un dĂ©rĂšglement des sens, un ĂȘtre dĂ©truit par la passion qui le submerge et le ronge…
En filigrane, un couple principal – ainsi prĂ©sentĂ©, la reine Angelica et le prince Medoro s’aime et se dĂ©chire, alors qu’ils sont respectivement aimĂ©s simultanĂ©ment par Orlando et Dorinda…
La tradition lyrique s’est habituĂ© Ă  distribuer le rĂŽle titre Ă  un alto voire contralto (par exemple la contralto Marijana Mijanovic dans le dvd qui existe de cette production) ; en 2016, c’est plutĂŽt un haute contre, ici Bejun Mehta, voire aigre et peu nuancĂ© qui exĂ©cute systĂ©matiquement ses parties sans guĂšre varier, colorer, affiner ; c’est du moins le reproche Ă©mis Ă  l’Ă©coute de son interprĂ©tation sous la baguette de RenĂ© Jacobs dans un coffret cd rĂ©cent Ă©ditĂ© par Archiv (2013). Pourtant l’opĂ©ra, surtout psychologique, comporte une scĂšne fameuse, celle de la folie d’Orlando Ă  la fin du II,

christie_625HĂ©ros aux pieds d’argile. Avant nos Batman,  Spiderman,  Hulk ou Superman
. autant de vertueux sauveurs dont le cinĂ©ma ne cesse de dĂ©voiler les fĂȘlures sous la
 cuirasse, les figures de l’opĂ©ra ont elles aussi le teint pĂąle car sous le muscle et l’ambition se cachent des ĂȘtres de sang,  inquiets, fragiles d’une nouvelle humanitĂ© tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully,  Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel
 avant Siegfried de Wagner, hĂ©ros trop naĂŻf et si manipulable. Sur les traces de la source littĂ©raire celle transmise par L’Arioste au dĂ©but du XVIĂšme siĂšcle et qui inspire aussi Vivaldi,  voici le paladin fier vainqueur des sarasins,  en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frĂȘle face Ă  la toute puissance d’Eros. Un chevalier dĂ©risoire en somme, confrontĂ© au dragon du dĂ©sir. 

Mais impuissant et rongĂ© par la jalousie le pauvre hĂ©ros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquĂ©rant inflĂ©chir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symĂ©trique mais fĂ©minin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle AngĂ©lique.

Passionanntes Angelica et Dorinda
La musique exprime le souffle des hĂ©ros impuissants, la toute puissance de l’amour, sait pourtant s’alanguir en vagues et dĂ©ferlantes pastorales (l’orchestre est somptueux en poĂ©sie et teintes du bocages), annonce comme Rameau quand il nous parle d’amour (Les Indes Galantes), cet essor futur du sentiment, nuançant en bien des points les figures un rien compassĂ©es et mĂ©caniques du sĂ©ria napolitains.  GorgĂ© d’une saine vitalitĂ©, William Christie connaĂźt son Haendel comme peu… le maestro, fondateur des Arts Florissants en 1979, reste indĂ©passable par le sentiment et l’alanguissement.

DORINDA, un personnage captivant. D’une juvĂ©nilitĂ© incandescente, pleine d’expressivitĂ© ardente et naturelle : un modĂšle d’élocation dramatique qui rĂ©Ă©claire le rĂŽle de Dorinda, en fait bien cette sƓur en douleur de l’impuissant Paladin devenu fou. Les grandes lectures savent Ă©clairer et souligner le profil fĂ©minin, vĂ©ritable double opposĂ© du sombre Orlando. Les chefs haendĂ©liens savent fouiller le relief et l’activitĂ© Ă©motionnelle de leur orchestre. Exprimer les teintes mordorĂ©es voire tĂ©nĂ©bristes des situations en droite ligne du roman de l’Arioste entre l’illusion de l’amour, la sincĂ©ritĂ© du cƓur, la folie de la jalousie : de fait, l’orlando de Haendel est contemporain du choc orchestrĂ© par Rameau son contemporain (Hippolyte et Aricie, 1733), et de 20 ans plus tardif que les sommets lyriques prĂ©cĂ©dents signĂ©s Vivaldi Ă  Venise
  Aucun doute cet Orlando de Haendel touche autant qu’Alcina, par la justesse du regard psychologique. Des ĂȘtres de chair et de sang paraisse ici, loin des archĂ©types baroques..

Orlando de Haendel Ă  l’OpĂ©ra de Zurich
William Christie
JD Herzog (reprise)
Les 13, 16, 20, 22 et 24 mai 2016
Avec B. Mehta, Fuchs, Galou, Breiwick, Conner

Orlando : Bejun Mehta
Angelica : Julie Fuchs
Medoro : Delphine Galou
Dorinda : Deanna Breiwick
Zoroastro : Scott Conner

RĂ©servez

http://www.opernhaus.ch/vorstellung/detail/orlando-16-05-2016-17573/

CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ©s par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs rĂ©unie / recomposĂ©e pour chaque projet / ouvrage lyrique : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani : en un album choc intitulĂ© non sans esprit de provoc “Mission”), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant) Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais pu depuis, Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier par le prince barbare prince Hermann Arminius, commandant des 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au-delĂ  du Rhin.
L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo, le romain dĂ©fait, est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui peine Ă  goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.
Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano cĂ©lĂ©brĂ©e alors, Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de se produire comme chanteur pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi dans ses futurs oratorios.

Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero… Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu… Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle.
A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂšrent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant.
Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau genre de l’oratorio anglais (en anglais Ă©videmment et non plus en italien), format inĂ©dit, promis Ă  de nombreux triomphes.

cencic Arminio-Cencic-1024x680LA CRITIQUE DU CD ARMINIO DE HAENDEL PAR MAX EMANUEL CENCIC. InterprĂ©tation d’Arminio. Ecartons d’emblĂ©e le maillon faible du plateau vocal globalement Ă©quilibrĂ© et homogĂšne : le Sigismondo de la haute-contre Vince Yi : timbre clair certes mais le plus souvent aigre et trop mĂ©tallisĂ©, avec une rĂ©guliĂšre et persistante incomprĂ©henion au texte italien, dĂ©duite de ses respirations instables, des ses phrasĂ©s discutables (comprend-t-il rĂ©ellement ce qu’il chante?).
D’autant que le sopraniste faiblit sur la durĂ©e et dans le dĂ©roulement de l’action, sans aucune nuance dans l’Ă©mission ; il claironne rĂ©vĂ©lant de grandes failles dans ses rĂ©citatifs si peu colorĂ©s, comme expĂ©diĂ©s avec toujours la mĂȘme intonation, projetant avec intensitĂ© mais artifice tous ses airs, tel un instrument sans Ăąme. Tout cela contredit le travail des autres chanteurs dans le sens de la caractĂ©risation des passions.

En Arminio, rĂ©flĂ©chi, intĂ©rieur et souvent profond, Ă©videmment Max Emanuel Cencic se taille la part du lion, incarnant idĂ©alement la figure de l’hĂ©roĂŻsme et du stoicisme, prĂȘt Ă  se sacrifier pour la cause morale dont il est serviteur jusqu’au dĂ©nouement du drame. L’alto sĂ©duit toujours par la justesse de son intonation, mĂȘlant idĂ©alement tendresse grave, contredite ensuite par un indĂ©fectible esprit de revanche et de fiĂšre dĂ©termination (“Ritorno alle ritorte” qui ouvre le III).

MĂȘme sur un bon niveau vocal, la voix parfois poussĂ©e de la soprano Layla Claire (Tusnelda, Ă©pouse d’Arminio et fille de SĂ©geste) peine Ă  trouver une teinte affirmĂ©e dans le personnage tout autant loyal que celui de son Ă©poux Arminio. De toute Ă©vidence l’opĂ©ra de Haendel prend parti pour les Barbares… qui n’ont de barbare que leur (fausse) rĂ©putation, tant les Germains ici surclassent en grandeur morale leur rivaux romains.

Plus convaincant le Varo du tĂ©nor hĂ©roĂŻque Juan Sancho : il campe un romain colonisateur et conquĂ©rant par une voix claire et mĂ©tallique, idĂ©ale dans son air avec cor : “Mira il ciel”  (au III) ; la Ramise de l’alto fĂ©minin, cuivrĂ©e, incarnĂ©e de Ruxandra Donose s’affirme nettement (Voglio seguir) mĂȘme si l’on eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© articulation plus prĂ©cise et percutante.
De toute Ă©vidence, l’ouvrage fait l’apothĂ©ose des Germains, outrageusement dĂ©nigrĂ©s et finalement consolidĂ©s dans leur indĂ©fectible sens de l’honneur ; tout converge et prĂ©pare au duo final des Ă©poux enfin libĂ©rĂ©s, rĂ©confortĂ©s (aprĂšs la mort expĂ©diĂ©e de Vero) : duetto final d’Arminio et Tusnelda qui rĂ©alise le lieto finale, dĂ©nouement heureux de mise dans tout seria. Le tenue orchestrale d’Armonia Atenea, conduit par George Petrou confirme sa rĂ©putation : alliant nervositĂ© et fluiditĂ©, acuitĂ© et accent d’un continuo, vĂ©ritable acteur plutĂŽt qui suiveur. Belle rĂ©alisation rĂ©vĂ©lant un inĂ©dit de Haendel. La production Ă©tait l’Ă©vĂ©nement du dernier festival Haendel de Karlsruhe (fĂ©vrier 2016) : on souhaite Ă  l’Ă©vĂ©nement allemand bien d’autres rĂ©surrections dĂ©fendues par un engagement aussi partagĂ© (hormis les solistes nettement moins convaincants que leur partenaires). MalgrĂ© ces (petites) rĂ©serves, la prĂ©sente rĂ©surrection mĂ©rite le meilleur accueil.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Haendel : Arminio HWV 36, recrĂ©ation. Max Emanuel Cencic (Arminio), Juan Sancho (Varo), Ruxandra Donose (Ramise), Layla Claire (Tusnelda), Xavier Sabata (Tullio)… Armonia Atenea. George Petrou, direction; EnregistrĂ© en septembre 2015 Ă  AthĂšnes — 2 cd Decca 478 8764. CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2016.

CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opĂ©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ© par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant)Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au delĂ  du Rhin. L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain dĂ©fait est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero…  Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle. A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂ©rent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant. Toutes les sĂ©quences pointent finalement vers le duo des Ă©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidĂ©litĂ© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau de l’oratorio anglais promis Ă  de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscitĂ© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel Ă  Karlsruhe, le 13 fĂ©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scĂšne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la RĂ©volution et de l’Ă©poque nĂ©opolĂ©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.

Haendel, handel MessiePeut-ĂȘtre que la raison du succĂšs est plus simple qu’il n’y paraĂźt. MĂȘme si les affiches mettaient en avant les deux principaux chanteurs davantage que l’ouvrage, force est de constater que le succĂšs rencontrĂ© par ce concert avec une Halle-aux-Grains pleine Ă  craquer est plein d’enseignements. Non, le public n’a pas besoin d’ĂȘtre distrait par une mise en scĂšne pour Ă©couter trois heures et demi de musique. Quand on sait la laideur ou la bĂȘtise de certaines mises en scĂšne, il convient de dire combien cette Alcina en version de concert a Ă©tĂ© thĂ©Ăątrale. Une Ă©quipe de chanteurs cooptĂ©s et au service d’une des plus belles partitions d’un gĂ©nie baroque arrive avec des regards, des dĂ©placements sobres, des gestes esquissĂ©s Ă  faire comprendre des sentiments ou des situations complexes. Les laisser s‘exprimer est bien prĂ©fĂ©rable Ă  certaines directions d’acteurs alambiquĂ©es. Nous tenons peut-ĂȘtre lĂ , la recette de l’émotion lyrique du moins tant que le rĂŽle des metteurs en scĂšnes sera si disproportionnĂ©.

 

 

 

Immense Alcina, de passion et d’Ă©motions….

 

 

Parfaitement Ă  l’aise sur scĂšne chaque chanteur a su insuffler tant dans les rĂ©citatifs que dans les airs toute la force des personnages, s’appuyant souvent par un regard vers les instrumentistes les accompagnant. L’orchestre plutĂŽt chambriste a fait preuve d’une virtuositĂ© parfaite et d’un engagement rĂ©confortant. La direction d’Ottavio Dantone est prĂ©cise et souple, laissant une large part aux respirations si essentielles et mĂȘme au silence. Le dosage entre orchestre complet, quatuor Ă  cordes, ou basse continue durant les airs da capo a permis une belle aĂ©ration pleine de vie. Proche des musiciens comme des chanteurs, Ottavio Dantone passe de la direction au clavecin avec une aisance confondante et une naturel total. Il obtient de son orchestre de belles nuances, des couleurs variĂ©es permettant au chant de se dĂ©velopper dans un Ă©crin magnifique.

Nous parlerons du chant tant cette Ă©quipe est soudĂ©e dans un art du bel canto au sommet. Chacun,  et mĂȘme dans les plus petits rĂŽles, a Ă©tĂ© magistral. Ainsi la voix ronde et homogĂšne de Hasnaa Bennani a donnĂ© au jeune Roberto toute la flamme de sa fraĂźche jeunesse, puis aborde un «  Barbara » Ă  l’acte 3 plein d’énergie. Christian Senn en Melisso a su camper avec vitalitĂ© le mentor qui cherche a remettre chacun Ă  sa place. La beautĂ© du timbre, la conviction de l’expression sont celles qui conviennent Ă  ce personnage positif. Le tĂ©nor Anicio Zorza Giustiniani arrive dans un rĂŽle un peu ingrat, Ă  en dessiner plusieurs facettes. Le timbre est dĂ©licieusement chaud et sa capacitĂ© Ă  vocaliser Ă  pleine voix, avec des fioritures incroyables dans les reprises, est du grand art. Les longues phrases, les lignes parfaitement galbĂ©es forment un art du chant assez inhabituel pour un tĂ©nor. La prĂ©cision des rĂ©citatifs donne de la force au personnage habituellement moins prĂ©sent. Sa coquette amoureuse est incarnĂ©e par la pulpeuse Emöke Barath qui allie des qualitĂ©s vocales rares en terme de beautĂ© et chaleur du timbre de soprano aigu et des capacitĂ©s d’alanguissement de haute sĂ©duction. La finesse du jeux, le charme des regards,  associĂ©s a une grande musicalitĂ© , tout permet de prĂ©dire Ă  cette jeune chanteuse une trĂšs belle carriĂšre.

Le rĂŽle de Bradamante mĂȘme au thĂ©Ăątre est souvent sacrifiĂ© en raison de son ton moralisateur. Ce soir la belle mezzo soprano Delphine Gailloux avec des geste Ă©lĂ©gants et fluides, mais surtout l’humour qu’elle sait y mettre, prend une dimension bien plus sympathique qu’au thĂ©Ăątre. Quel timbre de bronze, quelle ligne de chant ; quelle assurance dans les vocalises de colĂšres comme de passion !

Pour finir, nous devons  mettre en vedette deux chanteurs d‘exception. Philippe Jaroussky est le chouchou de toute une partie du public. Il est un musicien hors pairs qui a un chic dans ce qu’il fait tout Ă  fait inimitable. Vocalement nous n’avons pas toujours Ă©tĂ© adepte d’un son trop systĂ©matiquement angĂ©lique. Le travail sur l’incarnation de la voix est trĂšs intĂ©ressant et donne aujourd’hui au personnage de Ruggierro la dimension charnelle qui lui revient. Le timbre est plus chaud et plus prenant mais la voix reste aĂ©rienne. La ligne de chant est prodigieuse d’apesanteur. Les longues notes tenues en voix filĂ©e et  prolongĂ©e par une reprise sans respiration sont un prodige vocal rare et d’une belle puissance expressive. Une telle longueur de souffle est prodigieuse. L’air « Verdi prati » est un moment de pur dĂ©lice. Mais c’est peut ĂȘtre l’air « Sta nell’Ircana » avec les deux cors qui montre le mieux l’extraordinaire musicalitĂ© du contre tĂ©nor. Sans avoir la vaillance requise, il arrive avec une dose d’humour Ă  faire de cette aventure de couleurs, car les cors font ici leur unique apparition, un moment intense.

Mais Alcina ne serait pas un moment magique sans une grande Alcina. Si Inga Kalyna sauve cette production (Sonya Yoncheva Ă©tait originellement attendue) nous ne pouvions rĂȘver Alcina plus convaincante abolissant par la perfection de sont art, la temporalitĂ© et la notion de beautĂ© par une sĂ©duction du chant irrĂ©sistible. La voix est riche, pleines d’ harmoniques sombres mais dans une lumiĂšre de timbre irradiante. Les phrasĂ©s sont admirables d’élĂ©gance et de subtilitĂ©. Les moments d â€˜Ă©motions sont musicalement accomplis ; tant de colĂšre, de douleur avec cette maĂźtrise vocale sur toute la tessiture est rare. La souffrance de la sorciĂšre amoureuse est un moment absolument fascinant. Le grand air « Ah mio cor » est chantĂ© avec toute son Ăąme. Sons filĂ©s, nuances creusĂ©es entre pianissimi blafards et forte flamboyants prouvent une maĂźtrise vocale absolue. La magie de son art du chant personnifie le rĂŽle. Du point de vue technique, cette maestriĂ  vocale lui permet outre une parfaite maitrise du vibrato, un usage des sons filĂ©s : piano, forte, piano et Ă  nouveau forte que je n’avais jamais entendue avec cette puissance vocale. Et il est peu de dire qu’aucune vocalise ne semble n’ĂȘtre autre chose qu’une Ă©vidence pour cette voix Ă  l’agilitĂ© diabolique.

Grande habituĂ©e du rĂŽle, elle le chante sans partition et le joue de tout son corps avec sobriĂ©tĂ©. Une soirĂ©e d’opĂ©ra exceptionnelle que nous devons aux Grands InterprĂštes. Merci Ă  ces artistes si soudĂ©s et si engagĂ©s Ă  rendre justice Ă  une superbe partition.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.

Acis et Galatée à Clermont-Ferrand

Haendel handel oratorio opera baroqueCLERMONT-FERRAND. Haendel : Acis et GalatĂ©e, les 4 et 6 fĂ©vrier 2016. CrĂ©Ă©e Ă  Avignon en octobre 2015, voici dans la ville qui a sĂ©lectionnĂ© les chanteurs solistes de cette nouvelle production, Acis et GalatĂ©e de Haendel, pastorale tragique et sanglante qui nĂ©cessite un chant articulĂ© ciselĂ© et un orchestre sur instruments anciens, bondissant, dramatique, habitĂ©. CLASSIQUENEWS Ă©tait prĂ©sent lors du dernier concours de chant lyrique de Clermont-Ferrand en octobre 2015 (VOIR notre reportage vidĂ©o 24Ăšme Concours international de chant lyrique de Clermont-Ferrand ; entretien avec Damien Guillon, directeur musical de la production, Ă  propos de la distribution Ă  constituer dans Acis et GalatĂ©e ; entretien avec le baryton laurĂ©at Edward Grint, distinguĂ© pour chanter PolyphĂšme) oĂč entre autres une partie de la distribution Ă©tait sĂ©lectionnĂ©e au cours de la Finale : ainsi on Ă©tĂ© choisis, les chanteurs Patrick Kilbride, dans le rĂŽle de Damon, et Eg-dward Grint, dans le rĂŽle de Polyphemus. A leurs cĂŽtĂ© c’est l’excellent Cyril Auvity qui chante Acis (avec Katherine Crompton en Galatea).

L’opĂ©ra Acis et GalatĂ©e de Haendel prĂ©sentĂ© par l’OpĂ©ra de Clermont-Ferrand :

clermont ferrand opera acis galatee large_acis_and_galatea“Conte cruel pour bergĂšre dĂ©vergondĂ©e. Un homme aime une femme. Mais un autre homme aime la mĂȘme femme. Et c’est le drame ! Autrement : un jeune homme pauvre aime une jeune femme pauvre mais belle (jusqu’ici pas de lutte des classes !) mais un vieil homme riche, puissant et surtout laid aime aussi le tendron. Et c’est le drame ! Mais au-delĂ  de la fable, Haendel et Ovide nous disent que la femme dĂ©sirante a de bien dangereux pouvoirs
 Et quand Ovide est lĂ , Shakespeare n’est jamais trĂšs loin tant ses mots s’installĂšrent en lui, fascinĂ© qu’il fut par son artifice fantastique, sa merveilleuse thĂ©ĂątralitĂ© et une sexualitĂ© omniprĂ©sente. Car Shakespeare Ă©tait portĂ© sur le sexe, indubitablement et Les MĂ©tamorphoses fut son livre d’or. Un hommage thĂ©Ăątral donc mais Ă©galement musical grĂące Ă  Haendel qui donna ses lettres de noblesse Ă  l’opĂ©ra anglais. Avec Damien Guillon et Anne-Laure LiĂ©geois, William Shakespeare sera Ă  la fĂȘte !”

 

 

 

boutonreservationACIS AND GALATEA de Georg Friedrich Haendel (1718)
Ă  l’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Clermont Ferrand
Jeudi 4 février 2016, 20h
Samedi 6 février 2016, 15h

Cyril Auvity, Acis
Katherine Crompton, Galatea
Patrick Kilbride, Damon
Edward Grint, Polyphemus
Emilie Nicot, Choriste

Ensemble musical Le Banquet CĂ©leste
Damien Guillon, direction musicale
Anne-Laure Liégeois, Mise en scÚne et scénographie

 

 

 

Haendel à Clermont-Ferrand : les 4 et 6 février 2016

 

 

Illustration : © Ludovic Combe – crĂ©ation Ă  Avignon (au premier plan, Edward Grint. Au second plan : de G Ă  D : Cyril Auvity et Patrick Kilbride)

 

 

Nouvel Alcina Ă  GenĂšve

Haendel handel oratorio opera baroqueGenĂšve, Gd ThĂ©Ăątre.Haendel : Alcina. 15-29 fĂ©vrier 2016. Le Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve (en rĂ©alitĂ© le cadre intimiste du thĂ©Ăątre de bois de l’OpĂ©ra des Nations) accueille une nouvelle production d’Alcina de Haendel, chef d’oeuvre absolu inspirĂ© de la poĂ©sie noire et tragique de L’Arioste, oĂč la passion amoureuse conduit chevaliers et magiciennes aux bords de la folie solitaire, destructrice. Chacun ici fait l’expĂ©rience de l’impuissance, mĂȘme l’enchanteresse Alcina qui malgrĂ© ses pouvoirs, n’est pas la souveraine manipulatrice que l’on pourrait croire : son empire est celui de l’artifice et de l’illusion et gare au moment oĂč en un Ă©clair de pleine conscience, les masques tombent et la magicienne mesure la rĂ©alitĂ© dĂ©risoire de son pouvoir. Avant les Armide et les MĂ©dĂ©e de la pĂ©riode des LumiĂšres et des Romantiques, Haendel s’intĂ©resse au personnage central d’Alcina dont il fait une figure de femme surtout humaine, troublante, attachante, et formidablement dĂ©chirante. Peu Ă  peu, la magicienne humanisĂ©, sombre dans le noir de l’amertume, la rancoeur sourde d’une Ăąme blessĂ©e, dĂ©truite, dĂ©vastĂ©e. Car Renaud qu’elle aime et qu’elle a ensorcelĂ© pour qu’il l’aime en retour, en reprenant ses esprits (grĂące Ă  ses amis chevaliers et Ă  sa premiĂšre compagne venue le recherche : Bradamante), comprend qu’il a Ă©tĂ© trompĂ© ; il n’aime pas Alcina et le lui fait savoir sans mĂ©nagement. Terrible et effrayant, l’abĂźme qui se prĂ©sente alors Ă  la souveraine impuissante. Qui n’a pas su se faire aimer pour elle mĂȘme. Qui se fait aimer par magie. Mais pour si peu de temps. Les airs d’Alcina sont d’une effrayante et captivante vĂ©ritĂ© : ils mettent peu Ă  peu Ă  nu, l’Ăąme dĂ©chirĂ©e et soumise de la magicienne. Remarquable de subtile effusion, d’une vĂ©ritĂ© inouĂŻe Ă  son Ă©poque, l’Ă©criture de Haendel, en vĂ©ritable mĂ©decin des Ăąmes, grand connaisseur du sentiment humain, Ă©blouit par l’Ă©lĂ©gance d’une action fantastique qui se montre cruellement humaine.

 

 

 

boutonreservationGenÚve, Opéra des Nations
Haendel : Alcina 8 représentations
Les 15,17,19,21, 23, 25,27 et 29 février 2016
Nouvelle production
Leonardo Garcia Alarcon, direction
David Bösch, mise en scÚne
Avec Nicole Cabell, Monica Bacelli, Siobhan Stagg, Kristina Hammarström, Michael Adams… L’OpĂ©ra des Nations
La Cappella Mediterranea (continuo)

Dramma per musica en 3 actes de Georg Friedrich Haendel.‹Livret anonyme d’aprĂšs celui d’Antonio Fanzaglia pour l’opĂ©ra L’Isola d’Alcina de Riccardo Broschi, lui-mĂȘme inspirĂ© de l’Orlando furioso de L’Arioste.‹CrĂ©Ă© le 16 avril 1735 Ă  Londres, au Covent Garden Theatre.

ChantĂ© en italien avec surtitres en anglais et français ‹Billets de Fr. 44.- Ă  Fr. 199.- / Location dĂšs le 31 aoĂ»t 2015 Ă  10h

 

 

ConfĂ©rence de prĂ©sentation de l’opĂ©ra Alcina
Mercredi 10 fĂ©vrier 2016, 18h15 au ThĂ©Ăątre de l’EspĂ©rance
Diffusion sur Espace 2, samedi 2 avril 2016, 20h.

 

 

 

Partenope de Haendel Ă  Paris et Ă  Madrid

Haendel handel oratorio opera baroquePARIS, MADRID. Partenope de Haendel, les 13 puis 23 janvier 2016. Au TCE Ă  Paris le 13 janvier puis Ă  Madrid (Auditorio nacional de Musica) le 23 janvier 2016, l’opĂ©ra de 1730, Partenope de Georg Friedrich Handel tient le hait de l’affiche dans la distribution du rĂ©cent enregistrement dirigĂ© par l’excellent Riccardo Minasi. Les vertus de ce disque exemplaire dramatiquement aurait-il conquis a posteriori les directeurs de salles ? Force est de cosntater que le cast, homogĂšne et d’une vive caractĂ©risation, aussi subtile qu’intense et passionnĂ©e (combinaison primordiale chez Haendel) dĂ©fend ici la partition avec un engagement exceptionnel ; ce qui rend justice Ă  une partition peu jouĂ©e du Saxon. Voici ce qu’en Ă©crit notre rĂ©dacteur Benjamin Ballif, responsable de la critique dĂ©veloppĂ© de l’enregistrement de paru chez Erato en novembre 2015 :

Handel-Haendel-partenope-erato-il-pomo-d-oro-riccardo-Minasi-gauvin-jaroussky-barath-cd-review-critique-CLIC-CLASSIQUENEWS-novembre-2015-JAROUSSKY---Haendel-Partenope---Gauvin-Ainsley“… AprĂšs une premiĂšre pĂ©riode au King’s Theatre, assez chaotique (1719-1728), conclu par le dĂ©part de la troupe de chanteurs italiens pourtant stupĂ©fiante (dont le castrat vedette Senesino, et les prime donne Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni), tous retournant Ă  Venise pour ne jamais plus remettre les pieds Ă  Londres, Haendel rĂ©ussit un tour de force en convaincant les nobles anglais, soutiens de l’entreprise lyrique (Royal Academy of Music) de le reconduire pour 5 annĂ©es, Ă  partir de janvier 1729 afin de lui offrir un confort de travail et le moyen de construire dans la durĂ©e, une vraie programmation d’opĂ©ra italien Ă  Londres : aprĂšs avoir en vain sensibilisĂ© Farinelli pour participer Ă  sa nouvelle Ă©quipe, Haendel regroupe de nouvelles personnalitĂ©s chantantes, vrais tempĂ©raments autant chanteurs qu’acteurs, mais de nouveaux solistes : Francesca Bertolli, contralto (Armindo), la soprano Anna Maria Strada del Po (Partenope), Antonio Bernacchi (castrat : Arsace), Antonio Margherita Merighi (Rosmira)
 Ainsi naĂźt le chef d’oeuvre mĂ©sestimĂ© aujourd’hui, Partenope, crĂ©Ă© le 24 fĂ©vrier 1730 au King’s Theatre. L’enjeu est de taille pour le compositeur qui vient d’essuyer un premier revers avec son premier ouvrage composĂ© pour la nouvelle Ă©quipe Lotario (crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1729 et vite mis au placard au regard de son peu de succĂšs).
L’enregistrement dirigĂ© par Riccardo Minasi, directeur musical si sĂ©duisant de l’excellent ensemble Il Pomo d’Oro (un titre : la Pomme d’or, en rĂ©fĂ©rence au chef d’oeuvre absolu signĂ© par Cesti pour la Cour d’Innsbruck au XVIIĂš) a le mĂ©rite d’exprimer ce nouveau feu bouillonnant d’un Haendel quinquagĂ©naire, plein d’entrain, dont l’objectif est au dĂ©but d’un nouveau cycle musical oĂč il peut enfin travailler en sĂ©curitĂ© comme salariĂ© de la Royal Academy, la reconquĂȘte d’une forte audience amatrice d’opĂ©ra seria.
antiquite-deesse-grece-renaissance-athena-294Partenope malgrĂ© son titre qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  la fondation de la ville de Naples a trĂšs peu Ă  voir avec la Fable mythologique propres aux aventures d’Ulysse de retour Ă  Ithaque (l’une des sirĂšnes qui souhaitait le charmer, se jette dans la mer et Ă©choue sur le rivage de la futur Naples donnant son nom Ă  la fiĂšre citĂ©) : ici, le librettiste, membre de l’Arcadia romaine, acadĂ©mie poĂ©tique : Silvio Stampiglia dans le sillon des poĂštes pessimistes et satiriques tel le VĂ©nitien Busenello (esprit libertin volontiers cynique et sensuel), transpose l’intrigue napolitaine dans un thĂ©Ăątre sentimental, vĂ©ritable marivaudage avant l’heure oĂč la reine Partenope est le centre des attentions de trois soupirants : Arsace, prince de Corinthe et favori en titre ; Armindo, prince de Rhodes, trop timide pour titiller la curiositĂ© de la Souveraine bien qu’elle ne soit pas insensible Ă  son charme tendrement viril ; enfin, Emilio (seul tĂ©nor), prince de Cumes qui est finalement humiliĂ© en Ă©tant dĂ©fait lors d’une bataille expĂ©ditive. L’arrivĂ©e de Rosmira, ancienne maĂźtresse d’Arsace, devenu ici jeune armĂ©nien EurimĂšne, bouscoule les positions de cet Ă©chiquier amoureux : Ă  son contact (entre haine vengeresse et regain amoureux), Arsace se rend compte qu’il est toujours Ă©pris de Rosmira ; les deux finiront par s’avouer leur indĂ©fectible lien et Partenope convolera finalement avec le jeune Armindo.
Haendel regorge d’inventive inspiration pour exprimer surtout les vertiges Ă©motionnels nĂ©s du choc entre le favori en titre (Arsace) et la passion contradictoire Ă  son Ă©gard de son ex : Rosmira, passionnant personnage, cƓur racinien Ă  l’opĂ©ra dont chaque air, comme c’est le cas d’Arsace, accumule en les nuançant, chaque jalon sentimental Ă  travers les 3 actes d’un drame surtout psychologique.”

LIRE la critique complÚte et développée de Partenope de Haendel par Riccardo Minasi (3 cd Erato)

Le coffret a été récompensé par le CLIC de classiquenews en novembre 2015.

Paris, TCE Théùtre des Champs Elysées
Le 13 janvier 2016, 19h30

Madrid, Auditorio nacional de Musica
Le 23 janvier 2016, 20h

CD. Compte rendu critique. Handel / Haendel : Partenope, 1730. Karina Gauvin, Philippe Jaroussky, Teresa Iervolino… Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction.

Handel-Haendel-partenope-erato-il-pomo-d-oro-riccardo-Minasi-gauvin-jaroussky-barath-cd-review-critique-CLIC-CLASSIQUENEWS-novembre-2015-JAROUSSKY---Haendel-Partenope---Gauvin-AinsleyCD. Compte rendu critique. Handel / Haendel : Partenope, 1730. Karina Gauvin, Philippe Jaroussky, Teresa Iervolino… Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction (3 cd Erato). AprĂšs une premiĂšre pĂ©riode au King’s Theatre, assez chaotique (1719-1728), conclu par le dĂ©part de la troupe de chanteurs italiens pourtant stupĂ©fiante (dont le castrat vedette Senesino, et les prime donne Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni), tous retournant Ă  Venise pour ne jamais plus remettre les pieds Ă  Londres, Haendel rĂ©ussit un tour de force en convaincant les nobles anglais, soutiens de l’entreprise lyrique (Royal Academy of Music) de le reconduire pour 5 annĂ©es, Ă  partir de janvier 1729 afin de lui offrir un confort de travail et le moyen de construire dans la durĂ©e, une vraie programmation d’opĂ©ra italien Ă  Londres : aprĂšs avoir en vain sensibilisĂ© Farinelli pour participer Ă  sa nouvelle Ă©quipe, Haendel regroupe de nouvelles personnalitĂ©s chantantes, vrais tempĂ©raments autant chanteurs qu’acteurs, mais de nouveaux solistes : Francesca Bertolli, contralto (Armindo), la soprano Anna Maria Strada del Po (Partenope), Antonio Bernacchi (castrat : Arsace), Antonio Margherita Merighi (Rosmira)… Ainsi naĂźt le chef d’oeuvre mĂ©sestimĂ© aujourd’hui, Partenope, crĂ©Ă© le 24 fĂ©vrier 1730 au King’s Theatre. L’enjeu est de taille pour le compositeur qui vient d’essuyer un premier revers avec son premier ouvrage composĂ© pour la nouvelle Ă©quipe Lotario (crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1729 et vite mis au placard au regard de son peu de succĂšs).
L’enregistrement dirigĂ© par Riccardo Minasi, directeur musical si sĂ©duisant de l’excellent ensemble Il Pomo d’Oro (un titre : la Pomme d’or, en rĂ©fĂ©rence au chef d’oeuvre absolu signĂ© par Cesti pour la Cour d’Innsbruck au XVIIĂš) a le mĂ©rite d’exprimer ce nouveau feu bouillonnant d’un Haendel quinquagĂ©naire, plein d’entrain, dont l’objectif est au dĂ©but d’un nouveau cycle musical oĂč il peut enfin travailler en sĂ©curitĂ© comme salariĂ© de la Royal Academy, la reconquĂȘte d’une forte audience amatrice d’opĂ©ra seria.
CLIC_macaron_2014Partenope malgrĂ© son titre qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  la fondation de la ville de Naples a trĂšs peu Ă  voir avec la Fable mythologique propres aux aventures d’Ulysse de retour Ă  Ithaque (l’une des sirĂšnes qui souhaitait le charmer, se jette dans la mer et Ă©choue sur le rivage de la futur Naples donnant son nom Ă  la fiĂšre citĂ©) : ici, le librettiste, membre de l’Arcadia romaine, acadĂ©mie poĂ©tique : Silvio Stampiglia dans le sillon des poĂštes pessimistes et satiriques tel le VĂ©nitien Busenello (esprit libertin volontiers cynique et sensuel), transpose l’intrigue napolitaine dans un thĂ©Ăątre sentimental, vĂ©ritable marivaudage avant l’heure oĂč la reine Partenope est le centre des attentions de trois soupirants : Arsace, prince de Corinthe et favori en titre ; Armindo, prince de Rhodes, trop timide pour titiller la curiositĂ© de la Souveraine bien qu’elle ne soit pas insensible Ă  son charme tendrement viril ; enfin, Emilio (seul tĂ©nor), prince de Cumes qui est finalement humiliĂ© en Ă©tant dĂ©fait lors d’une bataille expĂ©ditive. L’arrivĂ©e de Rosmira, ancienne maĂźtresse d’Arsace, devenu ici jeune armĂ©nien EurimĂšne, bouscoule les positions de cet Ă©chiquier amoureux : Ă  son contact (entre haine vengeresse et regain amoureux), Arsace se rend compte qu’il est toujours Ă©pris de Rosmira ; les deux finiront par s’avouer leur indĂ©fectible lien et Partenope convolera finalement avec le jeune Armindo.
Haendel regorge d’inventive inspiration pour exprimer surtout les vertiges Ă©motionnels nĂ©s du choc entre le favori en titre (Arsace) et la passion contradictoire Ă  son Ă©gard de son ex : Rosmira, passionnant personnage, cƓur racinien Ă  l’opĂ©ra dont chaque air, comme c’est le cas d’Arsace, accumule en les nuançant, chaque jalon sentimental Ă  travers les 3 actes d’un drame surtout psychologique. La partition du dernier acte est la plus emblĂ©matique de cette vision intimiste des passions humaines, oĂč s’affirme le gĂ©nie de Haendel apte Ă  concilier drame et tourments intĂ©rieurs.
Le cast rĂ©unit ici est exemplaire, d’autant que la caractĂ©risation subtile dĂ©fendue par l’ensemble de Riccardo Minasi apporte un raffinement Ă©lĂ©gantissime qui s’inscrit dans le sillon d’un William Christie, pilier de l’interprĂ©tation haendĂ©lienne : c’est dire le style et la tenue ainsi dĂ©fendus. Aucun des airs, aucun des Ă©pisodes ne faiblit et chaque sĂ©quence, prise comme unitĂ© singuliĂšre, est spĂ©cifiquement conçue comme le reflet prĂ©cis d’un nouveau sentiment, surgissant Ă  un moment clĂ© de la situation concernĂ©e.
L’enchaĂźnement des premiĂšres sĂ©quences de l’acte III rĂ©vĂšle ce travail superlatif rĂ©alisĂ© par les interprĂštes, chanteurs et instrumentistes :
VĂ©ritable dĂ©fi et sommet de contrastes oĂč elle s’adresse Ă  ses deux soupirants chacun suscitant un sentiment prĂ©cisĂ©ment contraire : tendresse pour Armindo ; nouvelle haine pour Arsace : l’air “Spera e godi, oh mio tesoro” (cd3, plage7) impose l’excellente Partenope de Karina Gauvin, aux vertiges passionnels contrastĂ©s, dont la flexibilitĂ© Ă  passer d’un sentiment l’autre, d’autant plus qu’elle respecte l’articulation projetĂ©e du texte, confirme son Ă©loquente incarnation d’une souveraine toujours fiĂšre et digne, vraie arbitre de la situation sentimentale.
Dans son air hĂ©roĂŻque et de sagesse, “la speme ti consoli” (plage9), le (seul) tĂ©nor du plateau, John Mark Ainsley confirme une belle endurance vocale, combinant Ă©lĂ©gance et espĂ©rance.

Il Pomo d’oro restitue la passion palpitante du Haendel le mieux conquĂ©rant Ă  Londres d’une nouvelle audience pour l’opĂ©ra italien

Feu haendélien des années 1730

antiquite-deesse-grece-renaissance-athena-294Parfaitement employĂ© au regard de son caractĂšre et de son format vocal, le contre tĂ©nor Philippe Jaroussky compose un Arsace totalement convaincant dont chaque air nuance le tempĂ©rament Ă©pris d’un amant officiel (favori de Partenope) rattrapĂ© par son premier amour (pour Rosmira) ; chacun des tableaux qui rĂ©vĂšlent peu Ă  peu sa lente implosion intĂ©rieure, Ă©claire l’inclination naturelle de son caractĂšre pour la tendresse : langueur murmurĂ©e, douceur extatique idĂ©ale pour sa voix peu puissante qui tient la note dans le medium riche et onctueux pour “Ch’io parta” (plage11), climat de langueur et de renoncement d’une Ăąme atteinte magnifiquement approfondie encore dans la suite des plages 16 et 17 (“Ma quai note di mesti lamenti“), c’est Ă  dire le tableau du sommeil oĂč Ă©blouit la juste coloration instrumentale – flĂ»te, thĂ©orbe, cordes : vĂ©ritable palpitation introspective d’une grave sincĂ©ritĂ©, … notons l’exceptionnelle profondeur du geste du chef et de ses instrumentistes dans l’expression de cette mise en sommeil qui marque une pause sereine dans un tempĂȘte affective Ă©reintante.
Lui donne la rĂ©plique, la non moins nuancĂ©e Rosmira de la mezzo italienne Teresa Iervolino, aux graves droits et affirmĂ©s qui toujours proche du texte exprime parfaitement l’agitation et les vertiges contradictoires d’une amoureuse en reconquĂȘte (plage 13 : superbe air “Quel volto mi piace“) qui malgrĂ© son ressentiment, n’espĂšre qu’une chose, retrouver l’amour d’Arsace. Le violon solo agile et subtile y exprime prĂ©cisĂ©ment l’Ă©moi et la panique Ă©motionnelle d’une Ăąme tiraillĂ©e entre vengeance et tendresse pour celui qui l’a quittĂ© mais qu’elle aime toujours : la mezzo affirme contrĂŽle et de superbes couleurs : elle est parfaite dans le rĂŽle travesti de Rosmira / EurimĂšne.
On reste moins convaincu par l’approche de la soprano Emöke Barath, certes dotĂ©e d’un joli timbre mais qui chantonne et papillonne sans consistance, sans vraiment comprendre le caractĂšre de son personnage (douceur tendre d’Armindo, futur Ă©poux de Partenope).
Ses rĂ©serves mises Ă  part, voilĂ  donc ce Haendel palpitant, extatique, rĂȘveur, exaltĂ©, passionnĂ©, vrai poĂšte dramaturge dans un excellent coffret, dĂ©fendu avec une passion raffinĂ©e par un collectif trĂšs attentif au feu haendĂ©lien, si typique au dĂ©but des annĂ©es 1730 Ă  Londres. Aujourd’hui, les intĂ©grales d’opĂ©ras sont rares : alors ne boudons pas notre plaisir. CLIC de classiquenews de novembre 2015.

 

 

 

 

Handel-Haendel-partenope-erato-il-pomo-d-oro-riccardo-Minasi-gauvin-jaroussky-barath-cd-review-critique-CLIC-CLASSIQUENEWS-novembre-2015-JAROUSSKY---Haendel-Partenope---Gauvin-AinsleyCD. Compte rendu critique. Handel / Haendel : Partenope, 1730. Karina Gauvin, Philippe Jaroussky, Teresa Iervolino… Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction (3 cd Erato). Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Lonigo, Italie, en fĂ©vrier 2015 – 3 cd ERATO, 0825646090075 – CLIC de classiquenews de novembre 2015

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction. Grand retour de Theodora, l’oratorio du silence et de la lenteur, au TCE Ă  Paris, sublimĂ© par le geste concentrĂ©, noble et introspectif de William Christie Ă  la tĂȘte de ses troupes des Arts Florissants. C’est un comble mĂ©ritant en effet que l’oratorio, forme abstraite et spirituelle, de surcroĂźt celui qui est le plus allĂ©gorique, ne nĂ©cessitant doncpas de mise en scĂšne, soit ici scĂ©nographie : pas facile de rendre dramatique, une partition qui l’est dĂ©jĂ  par la seule musique, ses contrastes et Ă©pisodes enchaĂźnĂ©s. Hymne fraternel pour la tolĂ©rance, contre l’oppression sous toute ses formes, Theodora malgrĂ© son sujet chrĂ©tien est une fresque saisissante qui dĂ©passe l’anecdote pour atteindre Ă  l’universel. C’est toute la comprĂ©hension profonde et subtilement intĂ©rieure qu’apporte William Christie dont on ne cessera jamais de remarquer cet Ă©quilibre souverainentre l’élĂ©gance de la forme et la profondeur de chaque inflexion. Ce poli formel, cette perfection de l’intonation dont de ses Haendel, des rĂ©fĂ©rences absolues (ses rĂ©cents enregistrements d’un autre oratorio Belshaazar, qui inaugurait son propre label, puis Musiques pour les FunĂ©railles de la Reine Caroline ont confirmĂ© une affinitĂ© viscĂ©rale entre le chef et le compositeur saxon. Les 2 cd ont Ă©tĂ© Ă©lus CLIC de classiquenews Ă  juste titre.

 

 

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AprĂšs Glyndebourne en 1996, William Christie reprend Theodora Ă  Paris

Magie haendélienne au TCE

 

 

Le metteur en scĂšne Stephen Langridge a le mĂ©rite de travailler la clartĂ© de l’action ; des soldats d’une Ă©poque et d’un lieu indĂ©fini oppriment un peuple de croyants (qui peuvent ĂȘtre aussi de toute Ă©poque et de tout continent) : ce n’est donc pas un narration restituĂ©e dans son milieu et dans son histoire qui importe ici mais la violence et la barbarie de la situation qui prime sur le reste (les spectateurs sont confrontĂ©s Ă  des scĂšnes allusives cependant trĂšs fortes : exĂ©cution, prostitution obligĂ©e dont celle de la chrĂ©tienne Theodora
 emblĂšmes ordinaires d’un pouvoir totalitaire qui exerce la terreur).
Ainsi l’oratorio de 1749 gagne une grandeur symbolique Ă©vidente ; et dans une scĂšne Ă©purĂ©e, la force psychologique des protagoniste est particuliĂšrement mise en avant, d’autant que William Christie a le secret de leur caractĂ©risation. Le chef s’entend Ă  merveille Ă  exprimer la gravitĂ© digne du dernier Haendel, celui qui aux portes de la mort et de la nuit (Ă  cause de sa cĂ©citĂ© grandissante) s’économise et cible l’essentiel.
Si l’on attendait le sopraniste Philippe Jaroussky en Didyme (honnĂȘte il est vrai mais pas mĂ©morable : trop lisse, trop plastiquement poseur), c’est surtout Katherine Watson, partenaire familiĂšre de Wiliam Christie (elle a dĂ©jĂ  chantĂ© Ă  son festival vendĂ©en de ThirĂ© : Dans les Jardins de William Christie), qui captive par sa trĂšs fine prĂ©sence, offrant au caractĂšre de Theodora, la puissance calme et serine des Ă©lus : certitude intĂ©rieure, d’une inaltĂ©rable conviction servie par un tempĂ©rament extĂ©rieur entre maĂźtrise et sensibilitĂ© (les dĂ©tracteurs diront froideur et rigiditĂ© anglosaxonne). Le style est parfait et la langue, idĂ©alement articulĂ©e. Les voix graves, StĂ©phanie d’Oustrac en IrĂšne (embrasĂ©e) et Callum Thorpe (hier laurĂ©at d’un prĂ©cĂ©dent Jardin des voix) en Valens (gouverneur dictateur juvĂ©nil, un parfait « effeminato », pervers/autoritaire Ă  la façon du Nerone de Monteverdi et Busenello), tempĂšrent cette fresque angĂ©lique et profonde, de teintes plus Ăąpres et dĂ©chirantes ; inquiet et tiraillĂ©, le compagnon de Didymus, et comme lui soldat romain, trouve en Kresimir Spicer, un ĂȘtre palpitant Ă  l’ñme ardente et en dĂ©sĂ©quilibre (quoique parfois une rien retenu, presque naĂźt et trop candide). Remarquables figures.

 

 

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A la ligne noble et mordante des solistes rĂ©pond la masse ciselĂ©e du choeur, l’un des plus mĂ©ditatifs et spirituels de Haendel (chrĂ©tiens inspirĂ©s, hallucinĂ©s ; romains quoiqu’ils en disent, admirateurs d’une telle passion), grĂące Ă  la direction ample, mesurĂ©e, structurelle d’un Christie, expert en la matiĂšre. Souvent le chef peste contre la rĂ©action bruyante du public, mais il est soucieux de la tension continue et de la fluiditĂ© de son incroyable mĂ©canique musicale. Les spectateurs oublieraient-ils qu’ils assistent Ă  un oratorio, et non un opĂ©ra ? On se souvient d’une Susanna inoubliable Ă  Ambronay et d’une Theodora dĂ©jĂ  lĂ©gendaire il y a 20 ans Ă  Glyndebourne (1996, scĂ©nographiĂ©e alors par Peter Sellars avec les torches incandescentes Lorraine Hunt et Richard Croft) : cette Theodora parisienne, grĂące Ă  la magie envoĂ»tante d’un Christie plus handĂ©lien que jamais, – et inĂ©galĂ© dans ce rĂ©pertoire : entre finesse et spiritualitĂ©-, est en passe de renouveler le prodige, tout au moins sur le plan instrumental et choral.

 

 

 

Theodora de Haendel par William Christie, à l’affiche du TCE à Paris, les 16, 18 et 20 octobre 2015.

 

 

INTERNET. Theodora de Haendel par William Christie

arte_logo_2013Internet. “Theodora” de Haendel, vendredi  16 octobre, 20h, en direct du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es sur ARTE Concert ; Ă  voir depuis le lien suivant, en direct puis pendant plusieurs mois :

http://concert.arte.tv/fr/theodora-de-haendel-au-theatre-des-champs-elysees

 

L’oratorio mis en scĂšne, sera diffusĂ© Ă  l’antenne d’Arte, courant 2016. Nouvelle production dirigĂ©e par William Christie et Les Arts Florissants. Avec Philippe Jaroussky et Katherine Watson
 dans les deux rĂŽles principaux, Dydimus et Theodora, amants chrĂ©tiens, unis jusque dans la mort…

William Christie,  direction
Stephen Langridge,  mise en scÚne
Philippe Giraudeau,  chorégraphie
Alison Chitty,  décors et costumes
Fabrice Kebour,  lumiÚres

Katherine Watson, Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac, IrĂšne
Philippe Jaroussky, Dydime
Kresimir Spicer, Septime
Callum Thorpe, Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de l’oratorio Theodora de Haendel par William Christie, grand spĂ©cialiste de Haendel et connaisseur de l’oratorio Theodora.

 

 

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral
 Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre. EN LIRE +

 

 

William Christie reprend Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chƓurs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant trĂšs orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂȘtres, Ă  la souffrance des Ăąmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂȘter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂȘme converti secrĂȘtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂȘtĂ©e pour ĂȘtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’Ăąme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scĂšne 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grĂące Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonniĂšre, IrĂšne, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂȘtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂȘt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chƓur des chrĂ©tiens cĂ©lĂšbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scÚne : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scÚne
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumiÚres

Katherine Watson Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac IrĂšne
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans aprĂšs son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂŽle titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂȘte son somptueux timbre Ăąpre et chaud au personnage d’IrĂšne (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂźtrise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. AprĂšs le succĂšs de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succĂšs Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grĂące Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du thĂ©Ăątre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chƓurs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂŽle titre signe l’un de ses derniers rĂŽles parmi les plus habitĂ©s. DĂšs son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractĂšre Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂŽle fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grĂące Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂȘtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’IrĂšne de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. EmblĂšme d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂȘme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du trĂšs grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprĂšte princier.

 

 

 

William Christie relit Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chƓurs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant trĂšs orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂȘtres, Ă  la souffrance des Ăąmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂȘter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂȘme converti secrĂȘtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂȘtĂ©e pour ĂȘtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’Ăąme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scĂšne 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grĂące Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonniĂšre, IrĂšne, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂȘtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂȘt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chƓur des chrĂ©tiens cĂ©lĂšbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scÚne : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scÚne
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumiÚres

Katherine Watson Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac IrĂšne
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans aprĂšs son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂŽle titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂȘte son somptueux timbre Ăąpre et chaud au personnage d’IrĂšne (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂźtrise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. AprĂšs le succĂšs de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succĂšs Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grĂące Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du thĂ©Ăątre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chƓurs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂŽle titre signe l’un de ses derniers rĂŽles parmi les plus habitĂ©s. DĂšs son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractĂšre Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂŽle fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grĂące Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂȘtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’IrĂšne de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. EmblĂšme d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂȘme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du trĂšs grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprĂšte princier.

 

 

 

Compte rendu, opéra. Halle, Goethe Theater de Bad-LauchstÀdt, samedi 6 juin 2015, 14h. Haendel : Alessandro. Cencic, Staskiewicz. George Petrou, direction. Lucinda Childs, mis en scÚne.

haendel_handel_costume_portraitIl y a parfois dans l’histoire humaine des instants cocasses.  Alexandre le Grand, au-delĂ  de sa dimension hollywoodienne, est un personnage qui a sĂ©duit politiquement et sensuellement, crĂ©ant une lĂ©gende. Dans les Ă©pisodes de sa conquĂȘte de l’Asie Centrale, il y a celui du siĂšge d’Oxidraca et de son second mariage avec la mystĂ©rieuse et sensuelle Roxane, princesse de Bactriane. Alexandre le Grand ayant Ă©pousĂ© les coutumes orientales, impose aussi Ă  son entourage la polygamie.  Outre la nature sociĂ©tale complexe de ces changements, la multiplication des conjoints peut causer quelques dĂ©sagrĂ©ments.

Alexandros polygamos !

Entrer dans l’univers HĂ€ndelien Ă  Halle est parfois un long saut dans le temps. Surtout quand, Ă  quelques kilomĂštres se situe un des hauts lieux secrets de la musique : le ThĂ©Ăątre Goethe de Bad-LauchstĂ€dt.  La ville balnĂ©aire pluri-sĂ©culaire a Ă©tĂ© au cƓur des cĂ©lĂ©brations autour de HĂ€ndel et notamment son thĂ©Ăątre. Cette salle trĂšs ancienne a Ă©tĂ© construite et dirigĂ©e par le grand Ă©crivain Johann Wolfgang Goethe. Ce lieu est magique, encore dans son jus nĂ©o-classique et aussi c’est le lieu oĂč le jeune Wagner dĂ©buta en tant que chef d’orchestre avec un Don Giovanni, curieux et quelque peu ironique. C’est le Goethe theater qui accueillit les dĂ©boires d’Alessandro de HĂ€ndel. Cet opĂ©ra dont la composition date du pinacle opĂ©ratique de HĂ€ndel quand il employait les plus grands interprĂštes de son temps. Mettre sur une mĂȘme scĂšne en 1728 la Cuzzoni, la Bordoni et Senesino ce serait comme si Peter Eötvös crĂ©ait un opĂ©ra avec la Netrebko, la Georghiu et Fagioli, de quoi provoquer des remous ! Et c’est le parti pris du star system qui a inspirĂ© la mise en scĂšne de Lucinda Childs, cinĂ©matographique et quelque peu dĂ©corative.  Tous les arguments du livret sont glosĂ©s et saupoudrĂ©s ça et lĂ  de paillettes, sans une rĂ©elle volontĂ© de donner Ă  l’argumentaire autre chose que ce qu’il dit dĂ©jĂ . Cet Alessandro demeure une fable superficielle, de la « tĂ©lĂ©-rĂ©alité » scĂ©nique, pas plus et pas moins.

Et bien la part belle est aux chanteurs plus qu’à l’orchestre. George Petrou et Armonia Atenea, dont la carriĂšre explose depuis cette rĂ©cente dĂ©cennie apportent un peu de lĂ©gĂšretĂ© Ă  la partition riche en rebondissements de HĂ€ndel. Les couleurs sont chatoyantes, les tempi souvent trop rapides, mais la pĂąte est lĂ . MalgrĂ© quelques dĂ©fauts significatifs de justesse et de dĂ©parts, l’orchestre baroque grec demeure correct.

Parmi les chanteurs nous devons mettre en avant tout d’abord les deux mĂ©gĂšres qui persĂ©cutent Ă  tort et Ă  raison le jeune Alessandro.  Dans le rĂŽle dĂ©volu Ă  Bordoni Ă  la crĂ©ation, Rossane, c’est une merveilleuse Blandine Staskiewicz qui relĂšve le dĂ©fi grĂące Ă  une tenue lyrique parfaite. Avec un sens incroyable du thĂ©Ăątre et du chant elle est idĂ©ale dans le rĂŽle de la diva du cinĂ©ma hollywoodien. Une sorte d’incarnation de Mae West ou de Greta Garbo aux coloratures stratosphĂ©riques ! Nous sommes heureux d’entendre une voix Française dĂ©fendre HĂ€ndel dans sa patrie.

Face Ă  elle, un peu moins assurĂ©e, la Lisaura de Dilyara Idrisova est plus terne. AffublĂ©e d’airs tout aussi formidables que sa rivale, malheureusement elle n’arrive pas Ă  saisir la portĂ©e dramatique du rĂŽle et le faire vivre avec la mĂȘme force que Blandine Staskiewicz.

Assurant la part belle dans le rĂŽle titre, Max-Emmanuel Cencic est un Alessandro dĂ©sopilant, excellent comĂ©dien et vif dans l’interprĂ©tation surprenante de ce rĂŽle dans la conception de Lucinda Childs. Musicalement il dĂ©passe largement toute incarnation passĂ©e, dans la tessiture de Senesino il est Ă  son apothĂ©ose.

Une autre voix formidable est celle de Xavier Sabata, formidable Tassilo, notamment dans le truchement de l’air « Da un breve riposo ».  Pour nous c’est une des meilleures voix de contre-tĂ©nor de notre Ă©poque !

Le trio masculin composé par Juan Sancho, Vasily Khoroshev et Pavel Kudinov est correct sans laisser un souvenir impérissable.

En somme, sous une chaleur caniculaire, cet Alessandro a permis Ă  ce chef d’Ɠuvre de rester dans la mĂ©moire du XXIĂšme siĂšcle malgrĂ© les accrocs et les libertĂ©s prises par Lucinda Childs. Dans cette production, Alessandro est un best-seller, un succĂšs du box office, pas plus pas moins.

Alessandro – Max-Emmanuel Cencic – contre-tĂ©no
Rossane – Blandine Staskiewicz – mezzo-soprano
Lisaura – Dilyara Idrisova – soprano
Tassile – Xavier Sabata – contre-tĂ©nor
Clito – Pavel Kudinov – Basse
Leonato – Juan Sancho – tĂ©nor
Cleone – Vasily Khoroshev – Alto

Mise-en-scùne – Lucinda Childs
DĂ©cors et costumes – Paris Mexis
ChorĂ©graphie – Bruno Benne

ARMONIA ATENEA
George Petrou, direction

Compte rendu, opéra. Halle, Goethe Theater de Bad-LauchstÀdt, samedi 6 juin 2015, 14h. Haendel : Alessandro.  Cencic, Staskiewicz. George Petrou, direction. Lucinda Childs, mis en scÚne.

Compte rendu, opéra. Halle (Allemagne). Festival HÀndel. Le 5 juin 2015. Haendel / Handel : Lucio Silla. Romelia Lichtenstein, Antigone Papoulkas 
 Enrico Onofri, direction. Stephen Lawless, mise en scÚne.

HAENDEL CLASSIQUENEWS handel_-_fr_gesellschaftLe cƓur de l’Allemagne est le creuset de la musique baroque. Des villes comme Eisenach, Magdeburg, Leipzig et Halle ont portĂ© dans leur sein les plus grands compositeurs de la gĂ©nĂ©ration 1680 et mĂȘme d’autres tels que Reichardt qui a contribuĂ© au Sturm und drang. A la convergence des villes, Halle est un centre intellectuel mĂ©connu mais passionnant. Surtout Ă©voquĂ©e dans les programmations par le cĂ©lĂšbre Georg Friedrich HĂ€ndel, la ville qui le vit naĂźtre et grandir est le siĂšge d’un des plus grands festivals consacrĂ©s au compositeur du Messie. Sise dans sa maison natale, la Fondation HĂ€ndel regroupe Ă  la fois un musĂ©e, des Ă©ditions musicales et scientifiques, un centre de recherche, deux salles de concert et de confĂ©rences, un musĂ©e d’instruments musicaux. La belle « Maison jaune » de Halle est aussi un charmant lieu de rencontre avant les concerts qui ont lieu dans toute la ville. Pendant quasiment tout un mois,  Halle et sa rĂ©gion rayonnent Ă  l’unisson de « vaillants Halle-lujahs ! ».

 

 

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Lucio Silla de Haendel au festival de Halle 2015
HALLE-LUJAH !
LA CADUTA DEGLI DEI

Faire revenir un des opĂ©ras privĂ©s de HĂ€ndel est un pari. Comme dans tout pari, le risque n’est pas dans le hasard de la mise mais dans le moment et les numĂ©ros sur lesquels ont parie. En effet Lucio Silla est l’un des rares opĂ©ras de HĂ€ndel qui ne bĂ©nĂ©ficie pas vraiment de la sollicitude publique. Ce mystĂ©rieux opus lyrique est vraisemblablement une commande du richissime Lord Burlington (aucun lien avec la marque de chaussettes !) et a Ă©tĂ© dĂ©diĂ©e Ă©tonnamment au duc d’Aumont, ambassadeur du dĂ©clinant roi Louis XIV Ă  Londres. En 1713, la Guerre de Succession d’Espagne faisait encore rage et le Roi-Soleil vivait un crĂ©puscule plus que terni par quasiment 15 ans de conflit et des catastrophes naturelles.  Il est Ă©tonnant d’ailleurs, que le livret, portant sur un des tyrans les plus sanguinaires de Rome, puisse ĂȘtre sans ambigĂŒitĂ© pour le monarque Bourbon. Quoi qu’il en soit, Lucio Silla demeure un ouvrage teintĂ© d’ombres.

Et pourtant, l’Ɠuvre est d’une richesse passionnante. La palette HĂ€ndelienne est active dans toutes les mises en situation dramatiques, elle devient parfois beaucoup plus proche de l’école lyrique Hambourgeoise que de l’arcadisme italien.  Nous remarquons notamment l’efficacitĂ© des rĂ©cits et des airs d’une inventivitĂ© gĂ©niale.

onofri-enrico-maestro-Ce Lucio Silla, histoire politique et mouvementĂ©e a dĂ©jĂ  une intrigue d’une noirceur suffisante pour ajouter des gags Ă  la Visconti dans Les DamnĂ©s. La mise-en-scĂšne de Stephen Lawless est une lecture au papier calque sur l’intrigue, nous sommes déçus du manque de parti pris, du dĂ©faut d’appropriation  de l’histoire pour lui donner des nouveaux reliefs, pourtant prĂ©sents tant dans le livret que dans la musique.  On dirait que Stephen Lawless manquait d’imagination et s’est contentĂ© de construire une vision cinĂ©matographique, une glose ennuyeuse avec des clins d’Ɠil aux dictatures
 un rĂ©sultat qui ne laisse pas un souvenir impĂ©rissable. Et pourtant l’affiche Ă©tait belle.  La palme dĂ©finitivement revient Ă  l’extraordinaire Enrico Onofri ! Avec une souplesse et une hardiesse formidable, il engage cette partition dans une rĂ©alisation subtile, Ă©quilibrĂ©e et dĂ©bordante de nuances.  Il rĂ©ussit Ă  galvaniser l’excellent HĂ€ndelfestspielorchester Halle et nous offre une vĂ©ritable recrĂ©ation que nous espĂ©rons, un jour en CD plus qu’en DVD.

CĂŽtĂ© voix c’est bien plus inĂ©gal malheureusement. Le Silla caricaturĂ© par Filippo Mineccia qui demeure dans son registre sans apporter plus de plaisir ni de surprises. La voix est agile, techniquement correcte, mais sans plus. Peut-ĂȘtre qu’avec une autre mise-en-scĂšne, Filippo Mineccia aurait pu nous offrir toute l’étendue d’une voix qui semble receler des promesses. Aux antipodes, l’extraordinaire Metella de Romelia Lichtenstein est une merveille Ă  chaque note.  Cette magnifique interprĂšte est purement formidable dans l’émotion, dans la puissance et les nuances. Elle nous offre des trĂšs beaux moments d’art lyrique et nous la plaçons sans hĂ©siter dans le panthĂ©on des grandes HĂ€ndeliennes avec Ann Hallenberg, Rosemary Joshua, RenĂ©e Fleming et Sarah Connolly.

 

 

Papoulkas-Antigone-02

 

 

Mais le plus dĂ©cevant, c’est Jeffrey Kim en Lepido.  Nous dĂ©couvrons ici ce sopraniste d’ascendance corĂ©enne.  Raide dans l’interprĂ©tation vocale et dramatique, son timbre est mĂ©tallique et sans rĂ©el intĂ©rĂȘt. Nous sommes surpris par l’emphase exagĂ©rĂ©e de ses ornements et de son Ă©mission, c’est contreproductif tant pour la partition que pour le drame. Dans la mĂȘme veine, les soprani Ines Lex et Eva BauchmĂŒller n’ont pas rĂ©ussi a Ă©mouvoir avec simplicitĂ©. C’est aussi le cas de la basse Ulrich Burdack. Cependant, dans le rĂŽle de Claudio, la splendide Antigone Papoulkas (- NDLR : mezzo munichoise ; portrait ci contre -), a Ă©merveillĂ© nos sens avec ses coloratures et un sens rĂ©el du thĂ©Ăątre et de la musique. Son « Senti bel idol moi » d’anthologie, malgrĂ© un vibrato parfois un peu trop prĂ©sent, rend le personnage de Claudio trĂšs attachant.

Halle est une fĂȘte, un lieu de toutes les surprises, malgrĂ© un pari risquĂ©, le risque valait largement la peine, Lucio Silla est revenu des limbes et, on l’espĂšre restera dĂ©sormais parmi nous !

Lucio Silla de Haendel au Festival Halle 2015
Lucio Silla – Filippo Mineccia – contretĂ©nor
Metella – Romelia Lichtenstein – soprano
Lepido – Jeffrey Kim – contretĂ©nor (sopraniste)
Flavia – Ines Lex – soprano
Claudio – Antigone Papoulkas – mezzo-soprano
Celia – Eva BauchmĂŒller – soprano
Scabro / Il dio di guerra – Ulrich Burdack – basse
Mise-en-scùne – Stephen Lawless
DĂ©cors et costumes – Franck Philip SchlĂ¶ĂŸmann
VidĂ©o – Anke Tornow
Dramaturgie – AndrĂ© Meyer

HĂ€ndelfestspielorchester Halle
Dir. Enrico Onofri

Compte rendu, opĂ©ra. Halle (Allemagne). Festival HĂ€ndel. Le 5 juin 2015.  Haendel / Handel : Lucio Silla. Romelia Lichtenstein, Antigone Papoulkas 
 Enrico Onofri, direction. Stephen Lawless, mise en scĂšne.

 

 

Le Messie de Haendel

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaFrance Musique. Handel : Le Messie. Jeudi 20 aoĂ»t 2015, 20h. Le Messie de Haendel. Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection aprĂšs la mort, mais comme un oratorio, la lumiĂšre de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et thĂ©Ăątral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’étĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’élĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture
), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chƓurs (trĂšs prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂč les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’épanouissement individuel portĂ© par l’esprit de compassion et de fraternitĂ© fervente que leur inspire le Sacrifice
 CrĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez dramatique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.
La progression dramaturgique du cycle est scindĂ©e en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’ñme chrĂ©tienne compatissante
 Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂȘme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer alors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

logo_france_musique_DETOUREHaendel (1685-1759) : Messiah HWV 56, 1742. France Musique, jeudi 20 août 2015, 20h. Rosemary Joshua, Patricia bardon, Topi Lehtipuu, Neal Davies. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction.

Alcina de Haendel depuis Aix 2015

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence, voici le grand opĂ©ra sedia façon Haendel : Alcina crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden de Londres, soit en pleine esthĂ©tique rococo. Un soin raffinĂ© dans les airs, un sens dramatique puissant soulignant la force envoĂ»tante du drame Ă  la fois fantastique, onirique et tragique, toujours intensĂ©ment psychologique qui Ă©treint les pauvres cƓurs des amants Ă©prouvĂ©s. InspirĂ© par L’Arioste et son labyrinthe des sentiments contrariĂ©s, dĂ©munis, impuissants et donc en souffrance, Alcina renoue avec les magiciennes amoureuses dĂ©jĂ  abordĂ©es dans les opĂ©ras antĂ©rieurs : Rinaldo, Teseo, Amadigi. Ici, bien avant l’Armide dans Reanud de Sacchini (1783 : chef d’oeuvre post gauchiste sous le rĂšgne de Louis XVI Ă  l’époque des LumiĂšres oĂč Armide dĂ©sespĂšre, se dĂ©chire entre haine et amour Ă  l’endroit du beau Renaud), ici, Alcina sous les doigts de l’orfĂšvre enchanteur Haendel, atteint plusieurs sommets de l’alanguissement impuissant voire suicidaire ; ses airs sont les plus poignants (Ah mio cor, au II ; puis Mi restano le lagrime au III) : plaintes dĂ©chirantes d’une amoureuse mise Ă  nu que l’écriture prĂ©cise et souple, profonde et juste de Haendel rend prĂ©figuratrice des grandes hĂ©roĂŻnes mozartiennes et mĂȘme romantiques. En cela, Alcina annonce dans l’oeuvre haendĂ©lien, Rodelinda, et mĂȘme les gouffres amĂšres de Cleopatra prisonniĂšre. Dans le rĂŽle de Roger, le fier castrat Carestini, divino vedette de l’écurie Haendel Ă  Londres, assure les virtuositĂ©s aimables mais non moins profondes d’un guerrier dĂ©licat. Quand Bradamante (pour voix d’alto car la fiancĂ©e de Ruggiero/Roger est travestie en homme) est le troisiĂšme pilier du trio vedette : dĂ©termination, virilitĂ© mĂȘme, autant de qualitĂ©s qui percent si peu chez Roger (c’est d’ailleurs pour cela que le tendre lascif, un rien soumis, se laisse sĂ©duire par la magicienne).

Jamais Haendel ne fut mieux inspirĂ© qu’en s’inspirant de L’Arioste

Alcina : jeu de dupes, puissante illusion

Superbe allĂ©gorie de la confusion et des vertiges de l’amour, Alcina demeure le meilleur seria de Haendel, surclassant mĂȘme Orlando de 1733 (Lire notre critique du cd Orlando de Haendel par RenĂ© Jacobs), et son Ariodante, Ă©galement crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden, mais avant Alcina. La gĂ©ographie Ă©motionnelle qu’y peint Haendel montre sa fine connaissance du coeur humain, de la folie et des passions dĂ©risoires. C’est Ă©videmment un Ă©cho fraternel Ă  l’Orlando furioso de Vivaldi (1714 : Lire notre critique du cd Orlando Furioso de Vivaldi; Lire aussi notre critique du dvd Orlando Furioso de Vivaldi par Jean-Christophe Spinosi, 2011 : et aussi notre compte rendu critique de la production d’Orlando Furioso de Vivaldi par Spinosi Ă  l’OpĂ©ra de Nice).

Haendel, handel MessieAprĂšs Vivaldi – dont il faudra bien un jour rĂ©habiliter dĂ©finitivement le gĂ©nie dramatique et lyrique sur les scĂšnes d’opĂ©ra, peu de compositeurs ont Ă©tĂ© aussi bien inspirĂ©s que Haendel d’aprĂšs le manĂšge enchantĂ© et amer dessinĂ© par L’Arioste. Alcina qui puise son sujet te ses dĂ©veloppements magiques dans l’Orlando Furioso justement (chants VI,VII et VIII) plonge en pleine exacerbation onirique et cynique du dĂ©sir et de l’amour. Roger se perd dans une rĂ©alitĂ© qui vacille, face Ă  Alcina, face Ă  Bradamnte – qu’il prend pour Alcina dĂ©guisĂ©e
 Mais la plus grande victime dans ce jeu d’envoĂ»tements factices et d’enchantements cruels demeure la magicienne elle-mĂȘme qui amoureuse, perd tous ses pouvoirs quand elle est dĂ©masquĂ©e : rien ne peut s’opposer au dĂ©part de Roger/Ruggiero quand il dĂ©cide de quitter l’üle magique. Ainsi la fĂ©e manipulatrice Alcina, et sa soue Morgana, vraie double hypnotique et mystĂ©rieux, doivent fuir honteusement en fin d’action, et le palais d’Alicia comme celui d’Armide (voir les opĂ©ras de Lully ou de Jommelli, s’écroule comme la fin d’une puissante illusion). L’Arioste aime Ă  tromper ses hĂ©ros car le propre de l’amour sont les illusions dans lesquelles le coeur amoureux se complaĂźt Ă  se perdre
 Si le plateau des solistes se rĂ©vĂšle Ă  la hauteur des enjeux et des situations conçus par Haendel, le spectacle peut ĂȘtre total. De fait la prĂ©sence dans le cast aixois de Patricia Petibon en Alcina et de Anna Prohaska en Morgana promet bien des moments 
 magiques ? On reste plus rĂ©servĂ© sur le Ruggiero de P. Jaroussky dont l’usure de la voix rĂ©cente et le maniĂ©risme croissant devraient dĂ©cevoir ou tout au moins rĂ©duire la profondeur trouble et contradictoire du personnage de Roger. Quoiqu’il en soit, Ă  ne pas manquer.

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arte_logo_2013ARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence.
DIRECTION MUSICALE : ANDREA MARCON
MISE EN SCÈNE : KATIE MITCHELL

ALCINA : PATRICIA PETIBON,
RUGGIERO: PHILIPPE JAROUSSKY,
MORGANA : ANNA PROHASKA,
BRADAMANTE : KATARINA BRADÍC
ORCHESTRE : FREIBURGER BAROCKORCHESTER

Compte-rendu, opĂ©ra. Bruxelles. ThĂ©Ăątre Royal de La Monnaie. Le 8 fĂ©vrier 2015. Georg Friedrich Haendel : Tamerlano. Christophe Dumaux, Jeremy Ovenden, Sophie KarthĂ€user, Delphine Galou, Ann Hallenberg, Nathan Berg, Caroline d’Haese. Pierre Audi, mise en scĂšne. Christophe Rousset, direction.

Les opĂ©ras de Haendel ont subi, plus que tout autre compositeur, la fantaisie trop souvent gratuite des metteurs en scĂšne. Quel plaisir d’assister enfin – dans le magnifique Ă©crin que constitue le ThĂ©Ăątre Royal de La Monnaie – Ă  une reprĂ©sentation oĂč la rĂ©alisation rejette l’anecdotique et les trop dĂ©risoires « tics » du Regietheater pour se mettre au service de l’intrigue, de la vĂ©ritĂ© psychologique, et bien entendu de la musique, ce avec la plus grande Ă©conomie de moyens.

haendel_handel_costume_portraitCela, la superbe mise en scĂšne de Pierre Audi Ă  Bruxelles vient de le rappeler : ici, pas de transposition dans le temps, ni de lieu, pas de tanks sur le plateau ni de tĂ©lĂ©phones portables, mais une proposition scĂ©nique dĂ©pouillĂ©e, avec comme seul cadre une enfilade de cinq arcades grises aux contours dorĂ©s, qui s’achĂšve par une paroi Ă  l’identique. Toute l’attention se concentre sur les protagonistes du drame (magnifiquement habillĂ©s par Patrick Kinmonth) : leur gestuelle expressive, les postures expressionnistes, voire torturĂ©es, et rĂ©vĂ©latrices des sentiments, des rapports et des tensions. Tout est ici mis au service de la vĂ©ritĂ© psychologique et de l’agencement dramatique, particuliĂšrement sensible dans une deuxiĂšme partie de l’opĂ©ra qui tient le public en haleine. A tel point que nous n’avons guĂšre de souvenir de reprĂ©sentation d’opĂ©ra de Haendel d’une telle puissance…

 

 

 

Exquise Asteria de Sophie KarthÀuser

 

Tamerlano2Il faut dire que le tĂ©nor britannique Jeremy Ovenden, qui incarne Bajazet, le sultan turc vaincu et vrai hĂ©ros de l’opĂ©ra, offre une composition saisissante de son personnage ; il compense par l’intensitĂ© dramatique, les limites des moyens, comme lorsqu’il maudit sa fille, ou Ă  la fin de l’ouvrage, dans la grande scĂšne oĂč, littĂ©ralement possĂ©dĂ©, il campe un Bajazet sombrant dans la fureur et la dĂ©raison, vĂ©hĂ©mence qu’interrompent soudain, murmurĂ©s de cette voix blessĂ©e, ses douloureux Ă©lans de tendresse vers Asteria. La force de cette interprĂ©tation ne doit pas faire oublier que toute la distribution est du plus haut niveau, Ă  commencer par Sophie KarthĂ€user : toute de simplicitĂ© et de naturel, avec son legato, les couleurs subtiles de son timbre, une ligne vocale parfaitement souple (et quels rĂ©citatifs expressifs !) ; la soprano belge est la plus exquise et la plus touchante des Asteria (sublime aria avec Andronico ou encore l’accompagnato et arioso « Padre amante… Folle sei »). Le contre-tĂ©nor français Christophe Dumaux est tout aussi remarquable en Tamerlano, un rĂŽle difficile car, si l’empereur des Tatares est le tyran victorieux, il ne contrĂŽle en rien ce drame : tout lui Ă©chappe. Le jeune contre-tĂ©nor est formidable d’arrogance et son grand air en feu d’artifice vocal « Ah, dispette d’un volto ingrato », est lancĂ© avec un insolent panache. La mezzo suĂ©doise Ann Hallenberg (Irene) confĂšre au personnage de la soupirante dĂ©laissĂ©e par Bajazet une place plus importante que prĂ©vue, grĂące Ă  une aisance scĂ©nique et un rayonnement vocal hors du commun. Andronico est un rĂŽle important, dont la puissance Ă  faire Ă©voluer et basculer l’intrigue l’emporte sur la prestation vocale requise : la talentueuse alto française Delphine Galou sĂ©duit, avec son timbre veloutĂ© et son phrasĂ© sensible, mais la voix manque nĂ©anmoins de projection et de volume. Enfin, habituĂ© des grandes basses de l’opĂ©ra baroque, Nathan Berg continue Ă  affiner un art dans lequel le timbre gagne en mobilitĂ©, en ligne de chant, en couleurs et en expressivitĂ©.

Christophe Rousset – Ă  la tĂȘte de ses Talens Lyrique – n’est pas seulement un maĂźtre d’Ɠuvre attentif, il est vĂ©ritablement inspirĂ© par la musique, et offre une lecture du chef d’Ɠuvre de Haendel d’un engagement et d’une expressivitĂ© rares.  A l’arrivĂ©e, un spectacle d’une aristocratique beautĂ©, celle-lĂ  mĂȘme dont l’opĂ©ra de Haendel cĂ©lĂšbre l’apothĂ©ose.

Compte-rendu, opĂ©ra. Bruxelles. ThĂ©Ăątre Royal de La Monnaie. Le 8 fĂ©vrier 2015. Georg Friedrich Haendel : Tamerlano. Christophe Dumaux, Jeremy Ovenden, Sophie KarthĂ€user, Delphine Galou, Ann Hallenberg, Nathan Berg, Caroline d’Haese. Pierre Audi, mise en scĂšne. Christophe Rousset, direction.

Haendel : Israel en Egypte, Israel in Egypt (Roy Goodman, 2014, 2 cd Etcetera)

handel-roy-goodman-israel-in-egypt-etcetera-2-cdCD, compte rendu critique. Haendel : Israel en Egypte, Israel in Egypt (Roy Goodman, 2014, 2 cd Etcetera). Une impression de dĂ©part se prĂ©cise immĂ©diatement : la matiĂšre rĂąpeuse souvent rugueuse de l’orchestre dĂšs le dĂ©but laisse prĂ©voir un dramatisme Ă  la fois resserrĂ© et prĂ©cis, avare en Ă©chappĂ©e extatique et contemplative comme le rĂ©alise autrement William Christie sur le mĂȘme sujet haendĂ©lien. Action et rĂ©flexion, voilĂ  les deux composantes poĂ©tiques de l’oratorio de Haendel. Roy Goodman semble avoir tranchĂ© pour la retenue parfois extrĂȘme… La relative austĂ©ritĂ© douloureuse convient au sens mĂȘme de la fable biblique concernĂ©e : les IraĂ©liens en Egypte ayant Ă©prouvĂ© les Ă©vĂ©nements les plus Ă©prouvants de leur histoire. Les tempi ralentis et l’articulation retenue du chƓur dĂšs le dĂ©but affirment une lecture plus introspective que rĂ©ellement dramatique. Il est vrai que la premiĂšre partie (ici la musique exalte le tombeau des pleurs sur la mort de Joseph) est d’abord une ample et spectaculaire dĂ©ploration collective… le chƓur endeuillĂ© pleure la chute des grands et donc souligne la vanitĂ© des gloires terrestres : pourtant il faut d’urgence se reporter Ă  l’accomplissement des Arts Florissants saisissants ambassadeurs des FunĂ©railles pour la Reine Caroline l’amie et protectrice de Haendel (cd rĂ©cemment paru aux Ă©ditions Les Arts Florissants) ; car Haendel a repris du cycle pour Caroline, les mĂȘmes paroles et les mĂȘmes inflexions d’un pathĂ©tique irrĂ©sistible : How is the mightly fall’n ! (comme le puissant est tombĂ© !)

Entre méditation et action

Mais ici Ă  force de ralentir, le mordant du verbe se dilue et l’exclamation paniquĂ©e retombe sans muscles. Pourtant la section de glorification qui compose l’apothĂ©ose des bienfaits de Joseph ne manque pas de grandeur ni de solennitĂ©. De mĂȘme l’introduction instrumentale du Quatuor : ” the righteous shall be had in everlasting remembrance …” / le juste sera Ă©ternellement gardĂ© dans la mĂ©moire…, manque d’ampleur, de chair : il sonne Ă©triquĂ©. Les solistes paraissent souvent extĂ©nuĂ©s, et le chƓur Ă  la peine. La direction de Roy Goodman reste sage.
Et puis dans la troisiĂšme partie (Le cantique de MoĂŻse), la tension de ce concert live portant peu Ă  peu ses bĂ©nĂ©fices, instrumentistes, choristes et solistes soudainement se lĂąchent davantage, offrant dans la tenue mĂ©ditative et de rĂ©flexion, une caractĂ©risation qui manquait jusque lĂ . Les grands chƓurs fuguĂ©s qui semble rĂ©capituler toute la charge spirituelle accumulĂ©e, prennent acte de la prĂ©sence divine, cultivent enfin un souffle Ă©pique que l’on attendait. Dans son air exaltĂ©, le tĂ©nor James Gilchrist trouve le ton d’une juste implication, idem pour tous les solistes de cette partie dont le soprano 1 (Julia Doyle) qui tout en louant la puissance divine, sait aussi Ă©voquer les miracles de la DivinitĂ© gĂ©nĂ©reuse et protectrice pour le peuple Ă©lu. Autant la premiĂšre partie (Lamentation aprĂšs la mort de Joseph) est marquĂ©e par l’affliction mĂ©dusĂ©e, statique, autant la derniĂšre partie, Ă©voquant MoĂŻse, redouble d’Ă©pisodes et sĂ©quences trĂšs dramatiques, portĂ©s par un engagement palpitant des interprĂštes : superbe chƓur The people shall hear…, Handel et son librettiste n’hĂ©sitent pas Ă  prĂ©cipiter l’action : la noyade des troupes de Pharaon est “emportĂ©e” en quelques mesures par un rĂ©citatif dramatique allouĂ© au tĂ©nor mais surlignĂ© ensuite par un chƓur solennel et doxologique. Le Handel majestueux et narratif s’exprime idĂ©alement dans la derniĂšre sĂ©quence associant le soprano et le chƓur dans une cĂ©lĂ©bration collective, Ă©lan irrĂ©pressible aprĂšs l’affirmation de l’anĂ©antissement des cavaliers de Pharaon dans les eaux vengeresses.

Roy Goodman formĂ© par Gardiner Ă  l’Ă©cole de Haendel, trouve finalement le ton juste entre fine caractĂ©risation et profondeur mĂ©ditative de la fresque biblique. Entre enseignement mĂ©ditatif et drame narratif, le chef gagne en cours de performance Ă  ĂȘtre Ă©coutĂ©. Si Lamentation et Exode peinent parfois, la combinaison des troupes rĂ©unies sous sa direction s’Ă©lectrise surtout dans la derniĂšre partie (Cantique de MoĂŻse). L’Ă©coute est d’autant plus profitable qu’il s’agit ici de la version de la crĂ©ation (1739) oĂč de facto le compositeur, convaincu par son matĂ©riau prĂ©cĂ©dent, recycle la totalitĂ© de son Anthem pour les funĂ©railles de sa protectrice la Reine Caroline (1737). Pas facile de rĂ©ussir la premiĂšre partie toute voilĂ©e par le deuil et la dĂ©solation. Dans sa globalitĂ©, le travail du chƓur omniprĂ©sent, l’assiduitĂ© des solistes qui se bonifient en cours de cycle, le chef au dĂ©but timorĂ©, puis de plus en plus convaincant, composent une trĂšs honnĂȘte lecture de l’un des oratorios anglais de Haendel parmi les plus originaux et profonds, Ă©crits Ă  Londres.

Handel : Israel in Egypt (version originale 1739). Julia Doyle, Maria Valdmaa, David Allsopp, James Gilchrist, Roderick Williams, Peter Harvey. Nederlands Kmaerkoor. Le Concert Lorrain. Roy Goodman, direction. EnregistrĂ© en septembre 2014 Ă  BrĂȘme,lors du festival Musikfest. 2 cd Etcetera KTC 1517.

Festival Haendel Ă  Bruxelles : Tamerlano et Alcina

handel-haendel-portrait-classiquenews-582-507-homepage-coup-de-coeur-de-classiquenews-Alcina-Tamerlano-janvier-et-fevrier-2015Bruxelles, La Monnaie : Handel : Tamerlano, Alcina. 27janvier > 8 fĂ©vrier 2015. Festival Handel Ă  La monnaie de Bruxelles en ce dĂ©but d’annĂ©e 2015 : La Monnaie ouvre l’annĂ©e nouvelle en programmant deux ouvrages majeurs du sĂ©jour de Haendel Ă  Londres, sĂ©jour marquĂ© par sa propre conception du seria italien adaptĂ© pour l’audience londonienne…  Avec Tamerlano opĂ©ra en 3 actes crĂ©Ă© au King’s Teater de Londres en octobre 1724, Haendel offre une leçon de grandeur tragique, portant le seria italien vers un accomplissement dramatique et mĂ©lodique jaamis entendu auparavant ; le raffinement de l’orchestre, la beautĂ© des airs qui rendent hommage aux profils Ă©prouvĂ©s font les dĂ©lices d’une partition trĂšs intense qui comporte de nombreux instants irrĂ©sistibles : au cƓur du drame, la figure noble de Bajazet, tenu prisonnier par Tamerlano : ce dernier souhaite Ă©pouser la fille de Bajazet, Asteria qui aime Andronico. Tamerlano souhaite Ă©changer la libertĂ© du pĂšre contre le cƓur de la fille. Mais c’est compter sans la grandeur d’Ăąme du prince emprisonnĂ© qui se suicide en un tableau sombre mĂ©morable. Face Ă  cet acte de courage et d’abnĂ©gation (rester inflexible contre l’odieux chantage), Tamerlano renonce Ă  Asteria (qui peut Ă©pouser son aimĂ©) et se rapproche d’IrĂšne, qu’il avait un temps Ă©carter…

 

 

 

festival Haendel Ă  Bruxelles

La lyre tragique et amoureuse de Haendel
De Tamerlano et Alcina

 

 

 

Haendel, handel MessieAprĂšs la grandeur tragique du sublime Tamerlano, Haendel aborde le pathĂ©tique et la folie amoureuse inspirĂ©e par Roland furieux de L’Arioste : ainsi Alcina, crĂ©Ă© Ă  Covent Garden en Avril 1735, soit plus de 10 ans aprĂšs Tamerlano, s’intĂ©resse Ă  la magie impuissante de l’enchanteresse Alcina, qui sur son Ăźle et malgrĂ© ses sortilĂšges, ne peut s’assurer l’amour du chevalier Ruggiero (Ă  la crĂ©ation chantĂ© par le castrat Carestini). HĂ©ritage des opĂ©ras vĂ©nitiens du siĂšcle prĂ©cĂ©dent (Cavalli), Haendel met en scĂšne aussi les intrigues secondaires oĂč paraissent des rĂŽles travestis, comme celui de Bradamante, qui en dĂ©barquant sur l’Ăźle d’Alcina, se dĂ©guise en homme et devenant Ricciardo, suscite l’amour de la sƓur d’Alcina, Morgana. FidĂšle au thĂ©Ăątres des passions Ă©prouvĂ©es de L’Arioste, l’amour est un poison qui rĂ©alise un labyrinthe vertigineux oĂč se perdent les cƓurs sensibles.
Les proches de Ruggiero le rappellent Ă  son devoir et son premier amour (pour Bradamante) tandis que la magicienne Alcina, terrassĂ© par un amour sincĂšre, en a perdu tous ses pouvoirs : elle est dĂ©munie et vaincue. L’amour vainc tout, selon l’adage baroque. Ce n’est pas ce nouvel opĂ©ra foisonnant de Haendel qui le contestera.

Bruxelles, Festival Haendel Ă  La Monnaie

Tamerlano
Les 27,29,31 janvier, 4,6,8 février 2015
avec Dumaux, Ovenden, KarthaĂŒser, Galou, Hallenberg, N. Berg

Alcina
Les 28,30 janvier, puis 1er,3,5,7 février 2015
avec Piau, Beaumont, Noldus, Puertolas, briot, Behle, Furlanetto

Les Talens lyriques
Christophe Rousset, direction
Pierre Audi, mise en scĂšne

 

 

 

CD. Haendel : Messiah, Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato)

haendel handel messiah le messie jennens  cd Erato emmnauelle haim 2 cd erato compte rendu critique classiquenewsCD. Haendel : Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato). Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection aprĂšs la mort, mais comme un oratorio, la lumiĂšre de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et thĂ©Ăątral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’Ă©lĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture…), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chƓurs (trĂšs prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂč les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’Ă©panouissement… crĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez draamtique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.

De fait, Emmanuelle HaĂŻm semble prendre littĂ©ralement Ă  la lettre le mode poĂ©tique mais statique des Ă©pisodes : la cohĂ©sion et la sonoritĂ© souveraine du choeur, la plĂ©nitude ronde et bondissante du Concert d’AstrĂ©e montrent indiscutablement combien Haendel a trouvĂ© – depuis les pionniers : Christie et Malgoire-, des interprĂštes inspirĂ©s, convaincants ; les solistes de cette version sont diversement impliquĂ©s : le plus engagĂ© et expressif reste la basse Christopher Purves, et aussi le contre tĂ©nor ou alto : Tim Mead (qui faisait aussi la valeur du rĂ©cent programme des Arts Florissants dĂ©diĂ© aux musique haendĂ©liennes pour la Reine Caroline, 1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions). Plus lisse, la vocalitĂ© sans aspĂ©ritĂ©s donc souvent distante de Lucy Crowe, ou l’impassible tĂ©nor Andrew Staples. Pour autant prenons nous bien en compte la progression dramaturgique du cycle scindĂ© en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’Ăąme chrĂ©tienne compatissante… Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂȘme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer a lors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

Contrairement Ă  William Christie son ancien mentor dont elle assurait le continuo, Emmanuelle HaĂŻm s’en tient Ă  un juste milieu, ni trop expressif ni trop neutre ; une voie mĂ©diane, trĂšs (trop?) british et politically correct. D’ailleurs les artisans de cette production (membres du chƓur, solistes et instrumentistes) sont majoritairement britanniques. William Christie a tranchĂ© depuis longtemps : particuliĂšrement soucieux de l’intelligibilitĂ© textuel – le livret de Jennens y gagne un surcroĂźt d’Ă©loquence dramatique-, le directeur fondateur des Arts Florissants sait aussi caractĂ©riser comme peu, l’essence thĂ©Ăątrale de la musique haendĂ©lienne. Car ici, mĂȘme en terres sacrĂ©es, l’opĂ©ra n’est jamais loin d’une sĂ©quence mĂȘme si elle s’identifie constamment Ă  l’oratorio.
Plus dĂ©concertantes chez HaĂŻm… les tournures de fin de phrases et les variations dans la rĂ©solution des ornements, ou la grille flottante et mobile des tempi (chƓur Hallelujah !, plage 21)… ces effets inĂ©dits tournent parfois au maniĂ©risme hors sujet qui contredit l’Ă©lĂ©gance naturelle comme le goĂ»t si Ă©quilibrĂ©, haendĂ©liens.

En final qu’avons nous ? Une sonoritĂ© sĂ©duisante, des solistes appliquĂ©s mais souvent peu habitĂ©s (sauf Mead et Purves), un lĂ©chĂ© oratorien qui reste de bon aloi : la puissante thĂ©ĂątralitĂ© contenue dans la partition de Haendel en sort-elle vraiment gagnante ?

Haendel (1685-1759) : Messiah HWV 56. Lucy Crowe, Tim Mead, Andrew Staples, Christopher Purves, ChƓur et orchestre du Concert d’AstrĂ©e (David Bates, chef de choeur). Emmanuelle HaĂŻm, direction (2 cd Erato RĂ©f. 0825646240555. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Lille, en dĂ©cembre 2013).