Niché au cœur de l’Émilie-Romagne, Ravenne est une ville-musée, célèbre pour ses mosaïques byzantines classées au patrimoine mondial de l’UNESCO et son atmosphère où l’histoire semble suspendue dans le temps. C’est dans ce cadre unique que se déroule « Trilogie d’Automne », un festival d’opéra prestigieux qui transforme le Teatro Alighieri en épicentre de la musique ancienne. Cette année, il est consacré à Georg Friedrich Haendel, avec en ouverture une production très attendue d’Orlando, réunissant deux monuments de la culture musicale italienne : le metteur en scène Pier Luigi Pizzi (95 ans !), et le chef Ottavio Dantone à la tête de son célèbre ensemble, l’Accademia Bizantina.
Le metteur en scène nonagénaire, dont la carrière prestigieuse rayonne sur les plus grandes scènes mondiales depuis des décennies, a une fois de plus fait preuve de son génie visuel. Sa scénographie, à la fois simple et profonde, reposait sur de grands pans verticaux structurant l’espace et recouverts de miroirs, créant une infinité de reflets et de perspectives. Ces murs étaient animés de portes, servant autant aux entrées et sorties qu’à la dissimulation ou l’espionnage, renforçant ainsi les thèmes du double et de l’illusion. Le fond de scène s’illuminait d’images d’arbres et de ciels, projetées et mouvantes, dont les teintes évoluaient au gré des tourments intérieurs des personnages. Les éclairages d’Oscar Frosio complétaient ce tableau pour créer une série de superbes images, soutenues par des costumes sobres et raffinés. La direction d’acteurs était naturelle et convaincante, tous les personnages étant placés sous l’œil omniprésent et la influence d’Eros, figuré par Giacomo Decol, en dieu invisible mais constamment présent pour le public.
Dans le rôle-titre, le contre-ténor italien Filippo Mineccia a livré une performance physique et vocale impressionnante. Sa voix, à la fois puissante et agile, a parfaitement rendu la vaillance puis la déroute mentale du héros éponyme. Francesca Pia Vitale (Angelica) a campé une reine de Cathay à la fois impérieuse et amoureuse. Son timbre clair et son aisance dans les vocalises ont séduit le public. Martina Licari (Dorinda) a incarné une bergère naïve et touchante, et sa voix au timbre fruité comme son jeu plein de naturel ont apporté une fraîcheur bienvenue. Christian Senn, dans le rôle de Zoroastro, a imposé une présence vocale solide et autoritaire, en parfaite adéquation avec le personnage du mage. En Medoro, le jeune contre-ténor Suisse Elmar Hauser est une bien Belle découverte ! Dans le rôle de l’amant d’Angelica, il a allié une voix sonore et bien projetée à une présence scénique juvénile et touchante, marquant les esprits par la sensibilité de son interprétation. Enfin, l’acteur Giacomo Decol (Amore / Eros), à la présence scénique inspirée de l’iconographie caravagesque, a ajouté une dimension mystérieuse et érotique à la production.
À la tête de son ensemble Accademia Bizantina, le chef Ottavio Dantone a offert une direction alerte et soucieuse des chanteurs. Sous sa baguette, l’orchestre a déployé un son nourri et brillant, avec de belles couleurs qui soutenaient avec justesse les passions et les états d’âme représentés sur scène. Cette collaboration artistique de long terme entre Dantone et son orchestre a apporté une cohérence et une vitalité musicale remarquables à la représentation, saluée avec chaleur et moult vivats par le public ravennate !
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CRITIQUE, opéra. RAVENNE, Festival Trilogie d’Automne (Teatro Alighieri), le 12 novembre 2025. HAENDEL : Orlando. F. Mineccia, F. P. Vitale, E. Hauser, M. Licari… Pier Luigi PIZZI (mise en scène) / Ottavio DANTONE (direction musicale). Crédit photographique © Luca Concas






