COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET, Pianos Folies, le 20 août 2019. Récital Nikolaï Lugansky, piano.… Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS

piano-folies-touquet-plage-2019-vignette-festival-annonce-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 20 août 2019. Récital Nikolaï Lugansky, piano.… DEBUSSY, FRANCK, RACHMANINOV… Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS. Dès l’abord des « Deux Arabesques » de Debussy, la musicalité à nulle autre pareille de Nikolaï Lugansky est présente, dans la lumière chatoyante de la première, en contraste avec la plaisante animation de la seconde. Son jeu naturel, qui ne force jamais la voix, laisse la musique respirer, toujours dans l’élan et la surprise. Il naît organiquement d’une admirable chorégraphie digitale, conviant tout le corps de l’artiste à enrichir le son. Un jeu raffiné de couleurs et de vibrations, propice à faire entendre l’alchimie sonore des « Images » de Debussy : la résonance voilée des « Cloches à travers les feuilles», la méditation nocturne de « Et la lune descend sur le temple qui fut », le scintillement des « Poissons d’or ».

A l’éblouissement des ces Haïkus succède le triptyque de César Franck, « Prélude, Choral et Fugue ». Lugansky nous en donne une version habitée de bout en bout, dramatique sans excès, sensible à la clarté des plans sonores. Conçu originellement pour harmonium et piano, avant d’être transcrit pour orgue, le « Prélude, Fugue et Variations » de César Franck garde dans sa version pour piano de Harold Bauer tout son potentiel expressif. Lugansky en restitue toute la fragile sérénité.
Contemporaines de ses deux premières sonates, les Etudes de l’Opus 8 de Scriabine sont le reflet de ses permanentes recherches harmoniques. Même dans la célébrissime Etude n°12, le pianiste russe évite, là encore, toute grandiloquence, privilégiant le chant et le suggestif.
Toutes qualités nécessaires pour aborder Rachmaninoff, avec qui il entretient de longue date un rapport littéralement fusionnel, tant dans ses interprétations que dans ses engagements personnels, comme directeur artistique du festival qui lui est consacré à Tambov et comme familier de son Musée-domaine d’Ivanovka. Terme souvent galvaudé lorsqu’on évoque Lugansky, celui d’élégance s’impose inévitablement  à l’écoute des cinq Préludes de l’opus 23 qu’il a soigneusement choisis, mettant en lumière toutes les facettes de son art, tour à tour extatique, sensuel, exalté jusqu’à l’ivresse. C’est bien celle-là qu’il finit par nous communiquer par ses deux bis, toujours de Rachmaninov, sa transcription émue de la romance « Lilas » et l’irrésistible Prélude n°2 de l’opus 3.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 20 août 2019. Récital Nikolaï Lugansky, piano.… Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS

 

 

 

CD, critique. Alain Lefèvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016)

LEFEVRE-ALAIN-cesar-franck-Prelude-choral-fugue-critique-cd-review-cd-classiquenews-alain_lefevre_my_paris_years_cover~2205CD, critique. Alain Lefèvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016). Né Français mais québécois de cœur, le pianiste Alain Lefèvre publie un album clé dans son journal intime et artistique, totalement dédié à PARIS et donc intitulé My Paris Years… Aux côtés de ses propres compositions (prochain album à venir sous la même étiquette Warner classics), l’interprète, défenseur depuis toujours d’André Mathieu (avec lequel jouait son propre père), choisit ici des écritures qui font sens, selon le thème parisien : Satie (Gymnopédies évidemment), Ravel, Debussy et l’immense César Franck dont on se réjouit de réécouter Prélude, Choral et fugue, morceau de choix et de fulgurance de plus de 20mn : sorte de plongée introspective postwagnérienne qui n’en finit pas d’interroger de souterraines perspectives. Fidèle à une manière qui lui est propre, Alain Lefèvre en déroule l’écriture contrapuntique avec un soin de clarté murmurée, une éloquence feutrée qui sait aussi en souligner les vertiges comme la puissante architecture, en superposition et rébus, peu à peu démêlés.

FRANCAIS ET QUEBECOIS… un album parisien en forme de réconciliation. Paris est un asile enraciné dans son identité profonde, un temps malvécu en raison de l’arrogance française, surtout parisienne à l’égard de sa seconde patrie, le Québec. Mais comme toujours chez les Français qui suspectent et minimisent ce qu’ils ne voient pas immédiatement, – l’éloignement les rend aveugles et crétins (il faut bien le dire), il suffit de retourner en terres québécoises pour comprendre l’amour de la nation francophone outre Atlantique pour la culture française et la langue de Baudelaire ou de Rimbaud. C’est donc dans une fluidité toute québécoise que le pianiste déploie ses affinités françaises. L’artiste dévoile ce qui importe dans le fait d’être Français et Québécois, un pur esprit de synthèse et de réconciliation, une fraternité musicale.
Les Satie prolongent ce goût du pianiste pour la lenteur et la suspension énigmatique. Les couleurs y sont là encore très nuancées et idéalement dessinées sans incision, dans l’épaisseur de la suggestion. Esquissées, en demi teintes (N°2, « lent et triste »). La Pavane de Ravel nous fait entendre les résonances de l’enfance réactivée par un Ravel émerveillé et comme langoureux. Tandis que ses Debussy coulent comme une onde emperlée, à l’articulation détaillée et chantante (« Arabesque »).

Voilà donc un recueil on le répète clé dans la carrière du pianiste et de l’homme : Paris, en forme de célébration, et aussi allusivement une manière d’hommage à la mémoire de son maître parisien, Pierre Sancan. Un témoignage pour la beauté fraternelle et la cristallisation d’un idéal français et québécois : belle pierre à l’édifice de la culture francophone québécoise, alors que se tourne avec débats et frictions, la question de la laïcité de l’Etat, de l’autre côté de l’Atlantique.

 

 

 

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CD, critique. Alain Lefèvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016).

LIRE aussi notre critique du CD, événement, critique. Mathieu : Concerto n°4 ; Rachmaninov : Rhapsodie op.43 – Jean-Philippe Sylvestre, piano / Orchestre Métropolitain / Alain Trudel, direction – 1 cd ATMA classiques / ACD22768 – novembre, 2018

 

 

 

CD, critique. ÉCLATS ROMANTIQUES. David Walter, hautbois / Magdalena Dus, piano… (1 cd Dux 2018)

eclats_romantiques_prop3 + franckCD, critique. ECLATS ROMANTIQUES. David Walter, hautbois / Magdalena Dus, piano… (1 cd Dux 2018). Enregistré en Pologne, mars 2018 – avec la pianiste polonaise Magdalena Dus, l’enregistrement se présente tel « un voyage romantique », partant de la Sonate de César Franck, emblème romantique français. Les autres compositeurs sont Chopin, Schubert, Fauré, Dranishnikova, Pasculli et Verroust. Un éclectisme apparent car « chaque épisode illustre la qualité d’intériorité de l’instrument à vent ». Le propre du soliste David Walter est de renouveler notre écoute par la transcription qu’il en propose : l’instrumentiste éclaire de l’intérieur les partitions ainsi régénérées, repensées, réinvesties avec une acuité et une intelligence, rares.

La Sonate de Franck originellement pour violon et piano revêt des charmes autres et d’une mordante volupté grâce aux timbres très nettement caractérisés du hautbois (I), et du cor anglais (II) – plus rond et plus caressant encore. L’instrument à hanche éclaire la Sonate de feux plus mélancoliques encore que le violon, l’inscrivant résolument dans ses filiations littéraires, surtout proustiennes. Où la fragilité et la sincérité de l’intonation produisent ce surgissement involontaire de la mémoire, entre souveraine sérénité et acuité de souvenirs irrépressiblement présents, prenants…. Le piano de Magdalena Dus réalise un écho filigrané, arachnéen, jouant sur toutes les facettes allusives de la partition, avec une activité souple, marquée par l’urgence (II).

WALTER david hautbois portraitSoliste de premier plan, David Walter s’impose comme un transcripteur de premier plan Il capte l’essence poétique et le sens profond des partitions choisies ; souhaitant moins faire démonstration de l’expressivité de ses instruments, que ciseler et colorer différemment chaque partition plus connue dans un dispositif instrumental autre. L’éloquence de son jeu, sa musicalité naturelle expose chaque thème et sa variation en une fragilité secrète, parfois saisissante (3è mouvement : le soliste amplifie la profondeur de la blessure et la faille de la langueur inscrite dans la musique ; avant la tendresse insouciante et simplement chantante du dernier mouvement.

Puis, la mélancolie apaisée s’écoule des Berceaux de Fauré (en son cri poli, avec ardeur), au chant intérieur, viscéralement pudique mais chantant de l’Impromptu de Schubert opus 142 n°3 dont David Walter propose une transcription particulièrement convaincante, du badinage insouciant à la variation en si bémol majeur, plus équivoque et trouble…
Poète du timbre, David Walter choisit l’instrument selon sa couleur et sa diction naturelle dans la transcription du Prélude n°15 de Chopin dit la « goutte d’eau » : avec le cor anglais, plus dramatique et sombre dans la partie centrale (do dièse mineur). La douceur pourtant proche du glas, cette gravitas se déploie alors grâce au chant du cor anglais dont le caractère méditatif et suspendu ajoute considérablement à l’intensité poétique de la pièce. C’est peut-être l’apport le plus le plus significatif de la collection de transcriptions (plage 9) .
CLIC D'OR macaron 200Volubile et d’une ivresse nostalgique, la prière d’Amelia pour cor anglais (Pasculli) d’après Un Bal masqué de Verdi : on y détecte la sincérité d’une âme atteinte et tiraillée, dans la prière de l’héroïne qui ne sait choisir entre l’amour pour son mari Riccardo, et celui de son amant Renato (ami de ce dernier). Les volutes et arabesques déduites de cet air d’opéra produisent un festival de virtuosité bien étrangère au recueillement tendu du début. Mais là encore le musicien accorde une attention délectable à chaque registre expressif. Récital somptueusement défendu et de surcroît audacieux dans les transcriptions mises en avant. Voilà un programme plein de risques et d’audaces réussies qui honorent l’école toujours active du hautbois français.

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Cd critique. ECLATS ROMANTIQUES. David Walter, hautbois / Magdalena Dus, piano… (1 cd Dux 1546 – 2018). VISITEZ le site de David Walter : http://www.davidwalter.fr/David_2/Recordings.html
CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

CD, critique. FRANCK : Quintette et Préludes (Dalberto, Novus – oct 2018, 1 cd Aparté).

franck préludes quintette pour piano novus quartet critique cd classiquenews musique classique musique classique critique dalberto3000-700x700CD, critique. FRANCK : Quintette et Préludes (Dalberto, Novus – oct 2018, 1 cd Aparté). Il a beau défendre sa passion et son amour indéfectible pour l’écriture de Franck, « l’égal de Bach et Beethoven » au XIXè (du moins pour la bande à Franck, réunissant ses fidèles élèves, Duparc, Chausson, D’Indy), le pianiste Michel Dalberto (qui joue un Bösendorfer Vienna concert 20) déçoit dans son exposition des champs multiples d’un Franck effectivement colossal et intime. Les œuvres pour piano seul du Liégeois sont parmi les plus complexes, souvent caricaturées par méconnaissance profonde. Or rien de tel ici, mais, une dureté du son, qui défend une conception esthétique, moins caressante que démonstrative et toujours surpuissante (à notre avis) dont la tension réduit l’intime et le développement allusif autant qu’intime, au cœur pourtant de l’imaginaire franckiste. Les deux Préludes, en leur modernité récapitulative, surtout le Prélude, choral et fugue, qui récapitule tout le romantisme musical, de l’écoulement tendre schumannien, à l’éloquence spirituelle de Liszt, sans omettre la solidité de la clarté beethovénienne, sont à notre avis trop martelés, pas assez nuancés. Il faut absolument réécouter ce qu’en dit Benjamin Grosvenor pour comprendre le sens du secret dans la réitération des motifs cycliques pour atteindre et entrevoir les mondes parallèles, énigmatiques de ce Franck inatteignable.
Evidemment, la passion éruptive, voire incandescente, plus narrative du Quintette, met plus à son aise le pianiste qui joue forte d’un bout à l’autre. L’équilibre dans le Lento, aux climats vers l’indicible et le flottant, est plus chantant : mieux accordé et concordant, d’autant que le brio des instrumentistes se plaît davantage dans ce mouvement central noté extraverti : « con molto sentimento ». De fait, les 5 instrumentistes jouent souvent la saturation trop vite, trop dure…
Malgré un engagement ardent, la perte de tout un éventail de nuances (ces contrechamps et arrières plans proustéens sont absents : Franck n’est-il pas le plus proche du Vinteuil de la Sonate de Proust ?), le pianiste et ses jeunes partenaires asiatiques (coréens) du Quatuor Novus / Novus Quartet ne convainquent pas totalement. Ce poison, cette aspiration à l’évanescence qui fonde le wagnérisme régénéré de Franck, le plus captivant dans la sphère française, est à peine exprimé. Dommage. Pour nous la lecture est trop schématique et sans mystère. Voilà qui aurait donné raison à Saint-Saëns guère tendre vis à vis des œuvres de son confrère.

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CD, critique. FRANCK : Préludes, Quintette (Dalberto, Novus Quartet, octo 2018, 1 cd Aparté).

Michel Dalberto, piano / Novus Quartet
Jaeyoung Kim, violin
Young-Uk Kim, violin
Kyuhyun Kim, viola
Woongwhee Moon, cello

Prelude, Choral & Fugue in B-minor, M21
1. Prelude Moderato
2. Choral Poco più lento – Poco allegro
3. Fugue Tempo I

Prelude, Aria & Final in E-Major, M23
4. Prelude Allegro moderato e maestoso
5. Aria Lento
6. Final Allegro molto ed agitato

Piano Quintet in F-minor, M7
7. Molto moderato quasi lento
8. Lento, con molto sentimento 10’05
9. Allegro non troppo, ma con fuoco 8’53

10. Prelude Andantino
(from Prelude, Fugue & Variation in B-minor, M30 – arrangement Bauer/Dalberto)

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 9 nov 2018. Franck. Liszt. Várjon. Sokhiev.

78356-tugan-sokhiev-c-mat-hennekCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018. Franck. Liszt. Dénes Várjon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. César Franck est à l’honneur dans ce concert avec le sensationnel poème symphonique, le chasseur maudit, et sa symphonie en ré mineur. Etant données les qualités de ces deux partitions il est bien dommage de les entendre si rarement. Le poème symphonique est grandement théâtralisé par la direction pleine de constates de Tugan Sokhiev. Il obtient de son orchestre des effets musicaux puissants. La narrativité vivante qui irrigue la partition s’en trouve magnifiée. Chaque instrumentiste participe activement à l’aventure de ce malheu

Trop rare au concert,
César Franck magnifié à Toulouse

reux chasseur. Cette très belle partition trouve là des interprètes inspirés. En fin de concert la symphonie en ré mineur va bénéficier d’une très intéressante direction. Arrivant à garder une belle énergie jusqu’aux ultimes mesures Tugan Sokhiev qui déjà en 2009 l’avait dirigé in loco n’a pas fondamentalement changé ses partis pris. Les plans sont ciselés, les nuances subtilement amenées et les instrumentistes encouragés à donner le meilleur d’eux même. C’est en fait la qualité de l’orchestre qui a permis d’aller plus loin, avec la majesté des grandes phrases, les nuances forte plus puissantes, les cuivres plus nuancés et les violons bien plus solides et éclatants. Les bois restent magiques avec en particulier au cor anglais, si important dans le deuxième mouvement, Gabrielle Zaneboni dont la délicatesse et la musicalité sont un rêve. Le final de la symphonie atteint des somment de hauteur dans une paissance jupitérienne assumée.
Encadré par ces deux chefs d’œuvres le deuxième concerto pour piano de Liszt pâlira un peu.
Pourtant le jeu aussi virtuose que musical de Dénes Várjon est parfait et comme à son habitude Tugan Sokhiev est un partenaire délicat très à l’écoute du soliste. Les musiciens avec de très beaux soli vont loin dans leurs propositions et Tugan Sokhiev les laisse libres de suivre le soliste dans les moments chambristes. Le chaleureux chant du violoncelle de Sarah Iancu permet des épanchements lyriques avec Dénes Várjon.  Pourtant ce concerto restera comme en retrait par rapport aux deux autres œuvres de César Franck. Dénes Várjon avec son jeu puissant et clair a été très applaudi.  Il a offert deux bis bien agréables de Bartók et Schumann.
L’orchestre du Capitole et son chef au retour de leur mémorable concert à Paris ont su renouveler leur incommensurable joie à faire de la musique ensemble. Un bien beau concert qui a surtout mis en valeur le compositeur, belge naturalisé français, César Franck.
Mais avant de quitter la scène, une sorte de  tradition lors de la prise de retraite d’un musicien de l’orchestre a pris un tour particulièrement émouvant. Le violoncelliste Christopher Waltham a été honoré par Tugan Sokhiev avec l’habituel bouquet de fleurs mais cette  fois le futur retraité a également fait un cadeau au chef (un livre ou un album) et fait un petit discours très émouvant. Cette vie, vraie et conviviale, est une grande qualité de cet orchestre et illustre la relation forte entre les musiciens et Tugan Sokhiev.

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Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018 ; César Franck (1822-1890) : Le chasseur maudit, poème symphonique ; Symphonie en ré mineur ; Frantz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°2 en la majeur ; Dénes Várjon, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo © C-Mat-Hennek

CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca)

homages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimés du pianiste Benjamin Grosvenor. D’emblée, nous savions qu’à la seule lecture du programme et la très subtile articulation des enchaînements comme des compositeurs ainsi sélectionnés, nous tenions là mieux qu’une confirmation artistique … : un accomplissement majeur s’agissant du pianiste britannique le plus exceptionnel qui soit actuellement et qui en est déjà à son 4è récital discographique pour Decca. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes élus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang… sans omettre les plus fugaces ou plus récents: Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rêve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier lauréat du Concours Chopin de Varsovie…), fait figure à part d’une somptueuse maturité interprétative qui illumine de l’intérieur en particulier ses Liszt et ses Franck.


HOMAGES, le programme d’un immense nouveau génie du piano

Benjamin Grosvenor sublime Liszt et Franck

grosvenor Benjamin Grosvenor-7333-Edit-EditLe pianiste est né dans le comté d’Essex en 1992. L’album « HOMAGES » est un chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblème des réflexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre éclats et murmures, démonstration échevelée et surgissements de la psyché. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (Années de pèlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes César Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poétiques (trilogie synthétique et orchestrale de Prélude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthétique de 1884), le jeune britannique affirme une sensibilité tissée dans la pudeur et l’intériorité ; la constance douceur opérante du toucher qui s’autorise aussi de somptueuses affirmations frénétiques, exprime l’éloquence d’une intelligence musicale d’une exceptionnelle justesse : c’est un équilibre très subtile entre une virtuosité véloce et facile, voire déconcertante (crépitement crépusculaire et suspensions enivrées de son JS BACH d’ouverture (la Chaconne BWV 1004, arrangée par Busoni à partir de la pièce originelle pour violon), et une profondeur poétique spectaculaire à laquelle le première qualité est étroitement et constamment inféodée. Maitre des filiations, poète des correspondances secrets et intimes, ses Préludes et Fugues de Mendelssohn, d’un surgissement juvénile d’une incroyable tendresse répondent en cela idéalement aux mêmes formes (augmentées du Chorale), de Franck. La vision en perspective subjugue.

Le programme dévoile un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plénitude et l’allusion. Un poète du clavier en somme intiment doué et certainement l’un des plus passionnants à suivre aujourd’hui. Pour tous ses récitals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer … pour un périple musical d’une très grande force poétique.

HOMAGES est donc le déjà 4ème recueil réalisé par Benjamin Grosvenor chez Decca : après ses programmes / récitals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; Saint-Saëns, Ravel, gershwin en 2012 ; « Dances » enregistré en 2013…).

CLIC_macaron_2014Le programme est ciselé et enchanteur à plus d’un titre : comment ne pas être littéralement envoûté par le chant de la Barcarolle de Chopin ? L’extase des profondeurs mystiques et démoniaques simultanément des Liszt ? Mais c’est certainement l’intelligence des Franck qui surclasse ses confrères : mobile, ductile, versatile, et pourtant doué d’une étonnante profondeur – qui assure et préserve la couleur tragique de chaque pièce, le jeu du jeune Grosvenor chez le vieux Franck dépasse tout ce que nous espérions à l’endroit de ses pièces formant un triptyque essentiel à toute vie de mélomane. Merci à Benjamin Grosvenor de nous ouvrir de telles portes oniriques, de permette que soient audibles et perceptibles de tels mondes sonores. La sensibilité du pianiste est somptueuse et fraternelle : un immense génie du clavier se révèle dans ce programme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre et octobre 2016. Et si le magicien né dans l’Essex donne une récital dans votre ville, n’hésitez pas une seconde pour courir aller l’écouter. Un miracle de musicalité transcendante est au bout du chemin.

CD événement. Compte rendu critique. « HOMAGES » (JS Bach arrangé par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, César Franck, Franz Liszt). Benjamin Grosvenor, piano. 1cd Decca. Enregistré à Wyastone concert Hall, du 10 au 13 décembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée : septembre et octobre 2016.

CD événement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, à paraître le 9 septembre 2016)

grosvenor benjamin cd decca homage liszt cesar franck cd review announce annonce compte rendu classiquenewsCD événement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, à paraître le 9 septembre 2016). Les Liszt et Franck sublimés du pianiste Benjamin Grosvenor. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes élus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang… sans omettre les plus fugaces ou plus récents : Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rêve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier lauréat du Concours Chopin de Varsovie 2015…), fait figure à part, d’emblée, d’une somptueuse maturité interprétative qui illumine de l’intérieur ses Liszt et ses Franck. Le pianiste est né dans le comté d’Essex en 1992. Decca annonce son nouvel album intitulé « HOMAGES », chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblème des réflexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre éclats et murmures, démonstration échevelée et surgissements de la psyché. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (Années de pèlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes César Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poétiques (trilogie synthétique et orchestrale de Prélude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthétique de 1884), le jeune pianiste britannique affirme une sensibilité tissée dans la pudeur et l’intériorité ; un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plénitude et l’allusion. Un poète du clavier en somme infiniment doué et certainement l’un des interprètes les plus passionnants à suivre aujourd’hui. Pour tous ses récitals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer … pour un périple musical d’une très grande force poétique.

HOMAGES est le déjà 4ème recueil réalisé par Benjamin Grosvenor chez Decca : après ses programmes / récitals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; “RHAPSODIE”, Saint-Saëns, Ravel, Gershwin en 2012 ; « Dances » enregistré en 2013 / CLIC de CLASSIQUENEWS d’août 2014…).

Grosvenor benjamin piano classiquenews 573757_a36fbf021e6a409ebc126e8442d0e554~mv1Programme enchanteur : prochaine grande critique et compte rendu complet de l’album 1cd Decca de Benjamin Grosvenor, « HOMAGES » (JS Bach arrangé par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, César Franck, Franz Liszt, Maurice Ravel), à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, à la date de parution annoncée par Decca, soit le 9 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2016.

Guillaume Lekeu (1870-1894)

Portrait. Guillaume Lekeu (1870-1894). Ni foncièrement français, ni résolument wagnérien, Guillaume Lekeu dès avant son (court) apprentissage dans la classe parisienne de César Franck puis de d’Indy, sait affirmer un tempérament sensible absolument original dès ses premières partitions abouties de 1887. Le disciple de Franck, témoin de sa disparition en 1890, laisse jusqu’à sa propre disparition en 1894, un catalogue de pièces raffinées et allusives d’un métier accompli qui contredit que jeunesse rime avec maladresse. Dans le cas de Lekeu, la maturité s’est très tôt manifestée de sa 21è à sa 23è années. Précocité géniale qui ne laisse pas de nous fasciner toujours.

lekeu guillaume 2015Aperçu biographique. Le tempérament entier volontaire passionné du jeune Lekeu transparaît clairement à travers sa correspondance avec son ami et aîné Marcel Gimbaud, alors que la famille Lekeu s’est fixé en France à Poitiers dès 1879;  pour autant l’envie de créer et de produire n’empêche pas un clair et profond sentiment grave comme l’atteste le texte manuscrit inscrit sur la partition de sa Sonate en ré mineur pour violon et piano: état dépressif propre aux derniers romantiques, prescience de la mort, pensée  lugubre. .. tour concourt ici à nourrir le portrait d’une jeune âme déjà condamnée dont le texte incriminé serait comme.le signe visionnaire, annonciateur de sa.mort prématurée à 24 ans en 1894. ” c’est pourquoi j’appelle la mort, pourquoi je veux me replonger dans le néant d’où je suis sorti”. A 15 ans, Guillaume s’il est bien l’auteur de ce texte montre une prédisposition évidente à la souffrance et au spleen tristanesque. .. il est vrai que comme son maître César Franck le wallon reçoit de plein fouet le choc du wagnérisme éperdu radical irrésistible. Mais comme Franck, il s’agit de dépasser et sublimer l’exemple germanique en trouvant sa voie propre : un défi spectaculaire d’autant plus éblouissant dans le cas de Lekeu dont la carrière fut écourtée (par la fièvre typhoïde).
Ce qui frappe immédiatement dans le cas de Lekeu c’est la puissance d’un tempérament marque par Beethoven, aux rythmes subtils, à l’harmonie sûre et exigeante que stimule tour à tour l’influence de ses maîtres Franck et D’Indy. A son seul mérite revient la volonté percutante d’honorer manifestement mais intelligemment Wagner tout en tissant une écriture mélodique fabuleuse que n’aurait pas renié Fauré. D’autant que souvent Lekeu sait inerver la construction d’une tension harmonique subtile comme en témoigne sa Méditation pour quatuors d’instruments à cordes V48.

Pour autant les partitions aujourd’hui transmises sont pour la plupart redevables à une furia de la.jeunesse qui précède l’enseignement de Franck et donc manque parfois  clairement de stabilité comme d’équilibre: ainsi les mouvements lents sont ils mieux réalisés avec cette profondeur mélancolique qui affirme la maîtrise musicale. Mais le jaillissement de l’inspiration dans l’énoncé des sentiments est déplus en plus pénible et laborieux: si la sonate pour violoncelle et piano et le seul  quatuor à cordes achevé, deux premiers accomplissements indiscutables de 1888  (Lekeu a alors 18 ans) indiquent un premier cap, dépassé encore par l’excellent Trio à clavier qui lui valut des efforts amplement relatés dans la correspondance.
Ysaye eut bien raison de lui commander ce suis resté son chef d’oeuvre la Sonate en ré mineur V 64 synthèse parfaite des germaniques et des français sous le filtre sublimateur de César Franck.
Musique investie par ses propres émotions les plus ténues, le corpus  laisse par Lekeu offre en miroir l’énoncé scrupuleux et raffiné d’une sensibilité exceptionnellement inspirée;  Lekeu aimait écrire en exergue de ses partitions nombre d’éclaircissements poétiques : indications ou citations de poèmes reflétant son ardente sensibilité et sa volonté  d’exactitude musicale.
“Joies enfantines”, mélancolie des automnes”, … pour l’inachevé Quatuor à  clavier , et donc “douleur” et “malheur” pour la sublime Sonate V64. .. autant d’indications littéraires d’une âme exceptionnellement affûtée au goût sûr. .. que la disparité des pièces inachevées, comme des fragments criant une injuste irrésolution du fait de leur incomplétude, rend plus fascinante encore. Ainsi pièces abouties dans leur solitude incomplète, l’Adagio pour quatuor d’orchestre, le Larghetto pour violoncelle et orchestre et la Plainte d’Andromède resteront ils toujours perles suspendues veuves du collier qui devaient les agencer en éléments d’un tout à jamais perdu.

Les institutions ne reconnurent pas immédiatement la géniale précocité du compositeur né à Verviers (où naquit aussi le violoniste Henri Vieuxtemps)… Ayant présenté sa cantate Andromède, pour le prix de Rome, Lekeu apprend le 15 septembre 1891 qu’il n’est que second prix : le jury dont la partialité causa pour chaque édition un réel problème, sanctionna sans ambiguïté celui qui avait préféré quitter l’enseignement des conservatoires belges au profit de Paris et surtout de l’exemple distillé in loco à Franck. L’admiration de D’Indy et dYsaye pour cette Andromède jouée à Verviers et à Bruxelles des février et mars 1892 apporte  une consolation appréciée la preuve que la partition relève d’un immense talent. Un rare créateur capable de dépasser le modèle wagnérien qui est la grande affaire de l’époque.
La preuve la plus éloquente en sera la Sonate pour violon et piano que commande dans la foulée d’Andromede, Ysaye particulièrement convaincu par la qualité du jeune créateur. Le conservatoire de Verviers possède la partition autographe de la Sonate : un manuscrit précieux qui témoigne du lien en estime unissant les deux musiciens : on y relève nombre de collettes, ajouts de papier comportant les corrections que le jeune compositeur ne cesse d’adresser au dédicataire/commanditaire pour qu’il les fixe sur le document aux endroits précis. Puis en septembre 1892, Ysaye commande une nouvelle oeuvre : le fameux Quatuor à clavier : la correspondance exprime les affres du créateur, obligé à l’excellence, composant lentement et de façon plus réfléchie, gagnant en profondeur et en gravité, ne cédant jamais cette âpreté dont il avait un goût précoce. D’ailleurs toute la première séquence, répond à un thème cher énoncé depuis les débuts : la résolution de l’affliction dépressive, l’arche tendue de la rage éperdue à la résignation mélancolique : “le sujet du premier morceau est la douleur initialement exaspérée, convulsive, s’adoucissant parfois et se transformant en mélancolie passionnée…”, précise Lekeu dans une lettre à sa mère de février 1893. Et ailleurs : “je me tue à mettre dans ma musique toute mon âme”. Voilà une claire confession révélant allusivement la clé autobiographique de la composition.

 

 

 

L’œuvre

 

 

Apprentissage : les premiers essais d’écriture. Né à Verviers mais français de sensibilité, Lekeu démontre des velléités de composition dès 1885 (Choral pour violon et piano, puis en 887, Morceaux égoïstes…), soit dès ses 15 ans, en particulier pendant ses vacances familiales à Verviers. L’inspiration aborde déjà les poèmes de Hugo, Lamartine (La fenêtre de la maison paternelle, les pavots), Shakespeare et Goethe sans omettre Baudelaire (Les deux bonnes sœurs) sur le métier desquels le jeune compositeur apprend et réussit les noces délicates, exigeantes de la poésie et de la musique : les mélodies de Lekeu informent sur cette éloquence du cœur et de l’âme qui sont la clé de son écriture. Postromantique, le goût de Lekeu est surtout symboliste, avec, inclination visionnaire, une sensibilité pour les évocations mortifères, lugubres, parfois glaçantes… qui en fin de cycle, inspirera ses propres textes.
Admirateur de Beethoven, Lekeu s’essaie à la forme du quatuor : des nombreuses tentatives dès 1887, remonte le plus achevé (Méditation en sol mineur : énoncé par trois reprises d’un cri de douleur apaisé par une foi finalement salvatrice). Le jeune compositeur poursuit également ses leçons de violon auprès de son professeur Octave Grisard dont le Quatuor créé sa Méditation (après l’avoir débarrassé de ses erreurs d’harmonie). Toujours, Lekeu pourra compter sur l’appui et la collaboration de ses proches, plus âgés et expérimentés que lui dans la maîtrise de l’art). A l’automne 1887, l’écriture occupe désormais toute sa pensée ; le Molto adagio complète la Méditation, exprimant les sentiments chers au caractère du jeune homme : recueillement et profondeur (avec en exergue des citations des Evangiles de Matthieu et Marc dont du Christ sur le mont des Oliviers, “mon âme est triste à en mourir”…).
Les Morceaux égoïstes (septembre 1887-mai 1888) expriment au piano l’expérience d’une âme sensible désireuse de communiquer sa propre aventure émotionnelle dans une langue mélodique et harmonique, personnelle : en témoigne surtout le Lento doloroso, traversée hypnotique entre songe et cauchemar, d’une âpreté funèbre prenante inspiré d’un poème de Gustave Kahn : … les pleurs sont la langue où ce sont rencontrés / les retours muets d’étranges contrées”. Un sommet de profondeur glaçante que contrepointe totalement l’esprit irrévérencieux et provoquant de la Berceuse et Valse, comportant des références hommages pleins d’humour à Gounod, Delibes, Chopin, etc… De 1888, année d’approfondissement et de maturation, surgit dans sa totalité cohérente (février) l’admirable Quatuor en 6 mouvements V60, dédié à l’ami poitevin, pilier de toujours, Marcel Guimbaud. Entité poétiquement juste, d’un caractère enjoué et lumineux où perce l’originalité inclassable de son Capriccio (4è mouvement et le plus court de la série). De même, fasciné par la fugue, Lekeu parvient à sublimer dans le final, la rigidité de cette forme en un lyrisme libre et personnel. Puis se succèdent, la Sonate pour violoncelle en fa (terminée par D’Indy dans un style trop scolaire et mesuré pour servir de conclusion à la fougue initiale de Lekeu) : en définitive, quatre séquences (V65) prodigieusement énoncées dans leur maladresse parfois explicite mais dont la sincérité saisit : adagio malinconico puis allegro molto quasi presto, aux références baudelairiennes; superbe lento assai (le plus développé et le plus original composé selon la correspondance à minuit). Enfin épilogue qui reprend le thème principal, le même que pour son Trio à clavier.

1889 : la classe de Franck
En 1889, Lekeu poursuit son exploration musicale en abordant l’écriture orchestrale avec l’Introduction symphonique aux Burgraves (avril) : tentative incomplète qui démontre une connaissance très aiguë des thèmes wagnériens. C’est l’été 1889, la fin du Lycée et pour le jeune compositeur encore autodidacte, l’horizon d’une nouvelle carrière musicale d’emblée orientée vers la composition dont le maître choisi est César Franck. Dès septembre, Lekeu se confronte donc aux exercices du Pater Seraphicus : le Première Etude Symphonique concentre les avancées du jeune Lekeu alors disciple de Franck, qui bravant l’ordre de mesure de son maître, ose cependant l’orchestration, lui qui vient de débuter son apprentissage parisien.
La Deuxième Etude Symphonique est inspirée par le Hamlet de Shakespeare (trois parties). En août 1890 sont achevées les deux premières parties : désespérance complexe du héros, pur amour démuni impuissant d’Ophélie (V19 et V22). Le 8 novembre 1890, Franck décède à la suite d’un accident de fiacre : son enseignement n’aura duré qu’un an et demi.

Le Trio à clavier
Sous la direction de Franck, Lekeu, doué d’une fièvre souvent impulsive, apprend la discipline et le contrôle : de 1891, datent des partitions mieux construites, plus profondes encore dans leurs choix dramatiques et expressifs. Trio pour piano, violon et violoncelle (Trio à clavier en ut mineur V70, janvier 1891) : le solide fugato du premier mouvement révèle l’apport du maître Franck à son jeune disciple. Douleur, espoir, rêverie, mélancolie, cri et malédiction… Lekeu y exprime tous ses chers thèmes empruntés aux romantiques comme aux Symbolistes dont il fait une synthèse très originale. D’autant qu’en conclusion, comme un accomplissement salvateur, le compositeur développe finalement, le “lumineux développement de la bonté”, un parcours spirituel personnel que n’aurait pas renié son maître Franck, lequel avant de mourir, avait témoigné son enthousiasme face à la partition (que Lekeu lui dédiera naturellement en hommage). Solide et consciencieux, ce Trio comporte le métier d’un élève respectueux, certainement encore choqué par la perte de son maître si vénéré.
La Sonate pour piano de 1891 prolonge encore ce devoir de profondeur et de structure auquel l’a initié Franck. C’est un clair hommage aux œuvres pour piano de Franck (Prélude, choral et fugue). Même enracinement frankiste pour le célèbre et régulièrement joué : Adagio pour quatuor d’orchestre (avril 1891) qui porte aussi les vers de Georges Vanor : “Les fleurs pâles du souvenir”. Liberté inouïe de l’écriture (harmonique et mélodique), Lekeu a trouvé sa voie et son langage propre dans cet Adagio, antichambre d’une carrière qui s’annonce particulièrement juste et inspirée; après la mort de Franck, Lekeu se rapproche de D’Indy, autre élève du Maître et véritable pilier dans la continuation de sa jeune vocation musicale.
A partir de 1891, les compositions de Lekeu sont liées à des événements vécus à Verviers : Epithalame pour le mariage de son ami Antoine Grignard (avril 1891 : la seule partition composée pour l’instrument de son maître, l’orgue dans laquelle il reprend le thème d’Ophélie).

Andromède
Suivent la printanière Chanson de mai (printemps 1891) sur un texte de son oncle Jean, le Chant lyrique pour choeur et orchestre destiné à la Société royale L’Emulation qui la crée le 2 décembre 1891 : partition ambitieuse, jouant de l’éclat partagé dialogué entre voix et fanfare, qui préfigure le grand défi du Prix de Rome auquel Lekeu se présente à Bruxelles la même année. D’Indy stimule le jeune créateur qui passe la première épreuve (écriture d’une fugue à quatre voix et d’un choeur avec orchestre) ; A l’été, Lekeu entre en loge d’écriture sur le thème d’Andromède dont l’arrogante beauté insulte les Néréïdes filles de Neptune lequel alors par vengeance lâche sur l’Ethiopie, un monstre affreux semant mort, destruction, désespoir. La cantate de Lekeu – poème lyrique et symphonique pour soli, choeur et orchestre, évoque la supplique des prêtres afin qu’ils désignent une victime expiatoire : Andromède ; la mise à mort de la jeune femme, libérée cependant par Persée… enfin, la victoire finale de l’harmonie dans un épithalame triomphal. Malgré ses espoirs, Lekeu n’obtient le 12 septembre 1891, que le 2è Prix : de fureur, il ne se présente pas à la remise. Il critique la partialité des juges : tous membres des conservatoires royaux de Gand et de Liège dont les élèves ont… naturellement obtenu le Premier Prix et le Premier second prix. Franckiste et parisien, Lekeu l’expatrié a été sévèrement sanctionné. Evidemment, la prière d’Andromède est le point capital d’un drame parfaitement écrit dont le thème de Persée, séquence finale, apporte un éclairage apaisé et salvateur. Tout Lekeu y est condensé dans une science désormais libre et originale, apportant les bénéfices d’un tempérament autonome qui sait ce qu’il doit à Beethoven et Wagner, surtout ses maîtres d’Indy et Franck.

Ysaye entre en scène
Après la déception du Prix de Rome 1891, Lekeu reçoit néanmoins plusieurs commandes : le Larghetto pour violoncelle et orchestre, seule oeuvre concertante aboutie et d’une séduction mélodique tenace (de Joseph Jacob, violoncelliste du Quatuor Ysaye, février 1892) ; la Sonate pour violon et piano demandée par Eugène Ysaye, lequel après l’écoute de la prière d’Andromède créée dans sa version de chambre au cercle des XX à Bruxelles, le 18 février 1892, avait été saisi par le talent du jeune compositeur. Les Trois pièces pour piano (avril 1892) sont commandées par l’éditeur liégeois Muraille : pleines de vie et d’entrain, elles rappellent la vivacité parfois caustique du musicien dans ses lettres. Suivent au printemps 1892, la Fantaisie sur deux airs angevins (dont la mise en forme pour orchestre est favorisé par le très gaulois d’Indy, auteur de la Symphonie cévenole et très soucieux d’affirmer la richesse de la musique française à travers ses idiomes provinciaux : il en découle aussi une version pour pour piano à quatre mains : il en résulte une évocation d’un couple pris entre l’ivresse d’un bal et l’abandon intime dans la nature d’une fin d’après midi sous le clair de lune. Les dernières opus de Lekeu sont des mélodies formant cycle, Trois Poèmes créés le 7 mars 1893 à Bruxelles pour le Cercle des XX lors d’un concert organisé autour d’Eugène Ysaye : lequel interprète en outre, la Sonate pour violon et piano dont il est le dédicataire. Dans les poèmes, la mort n’est que songe et l’ivresse amoureuse fait planer sur la nuit (Nocturne), un charme unique qui dévoile une originalité totalement assumée et développée. D’autant que Lekeu en une intuition de coloriste génial ajoute ici la sonorité du quatuor à cordes, bien avant Fauré (la Bonne chanson) et Chausson (la Chanson perpétuelle). L’ultime pièce reste la Berceuse datée de novembre 1892. Lekeu alors sur le métier de Quatuor à clavier, décède à Angers le 21 janvier 1894, peu avant son 24è anniversaire.

 

 

 

lekeu guillaume cd ricercar presentation review compte rendu critique cd classiquenewsCD. En 1994, pour le centenaire, le label Ricercar éditait en un coffret de 8 cd l’intégrale des œuvres de Guillaume Lekeu : y figurent les premières partitions de 1885 jusqu’aux chefs d’oeuvres commandées par Ysaye en 1892 sans omettre les essais orchestraux contemporains de son apprentissage dans la classe parisienne de Franck et aussi sa cantate Andromède pour le Prix de Rome 1891, et surtout la prière d’Andromède qui en découle… Le coffret est réédité en septembre 2015 avec une notice augmentée, complétée, dévoilant par le détail, les jalons d’un style précoce qui le temps de sa courte traversée terrestre a réussi à trouver sa voie et son originalité. Guillaume Lekeu : complete works / intégrale des œuvres 8 cd Ricercar. Durée totale : 9h44mn. CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

Alain Planès joue Franck et Debussy à Saintes

Saintes, Abbaye aux dames. Alain Planès, piano. Le 5 février 2014, 20h30. Amateur de peinture et érudit, Alain  Planès met son talent et sa poésie au service de plusieurs chefs d’œuvre de la musique de chambre française (Debussy et Franck). Avec les solistes de l’Orchestre des Champs élysées, le pianiste propose un récital hautement chambriste d’autant plus ciselé que les musiciens de l’orchestre fondé par Philippe Herreweghe jouent tous sur instruments anciens. style, goût, sonorités ajustées sont donc au rendez-vous.

 

 

 

Saintes, Abbaye aux dames, La cité musicale
Alain Planès, piano

conversation chambriste

 

 

Saintes : Récital Alain Planès, piano

 

 

Au programme, chambrisme postromantique français de haut style : Quintette pour piano de César Franck, chef d’oeuvre hexagonal et vraie alternative au wagnérisme global, puis Trio pour piano, violon et violoncelle Sonate pour alto, flûte et harpe de Claude Debussy, Claude de France. Les interprètes réunis à Saintes sauront-ils exprimer cette élégance et cette transparence française qui font la singularité des Français aux côtés des allemands ? Réponse lors de ce concert événement à Saintes, dans le cadre de la saison musicale de l’Abbaye aux Dames, La cité musicale 2014.

Franck
Quintette pour piano et cordes
(pour deux violons, alto, violoncelle et piano)

En fa mineur, le Quintette de Franck est achevé en 1879, mettant fin à un silence musical dans le genre chambriste de plus de … 30 ans. Les années inactives sont en fait riches en réflexions et le Quintette en recueille tous les bénéfices. C’est comme c’est l’usage pour Franck et ses contemporains, le premier Quintette ” national “, modèle pour ses disciples et élèves, dont Chausson, d’Indy, Fauré, Schmitt… Là encore, Franck, d’une stature de chef d’école offre une alternative au wagnérisme et germanisme incontournable. Dédiée à Saint-Saëns, l’oeuvre est créée dans les salons de la Société nationale de musique en janvier 1880.
Pourtant dédicataire, Saint-Saëns au piano s’exécute sans enthousiasme, quittant la salle dès la fin du dernier accord… L’amateur de construction classique et de clarté académique n’entendit rien au cycle en trois parties, d’un subjectivisme ardent confinant au drame pur.
Pourtant le Quintette marque un tournant dans l’oeuvre de Franck : formules cycliques, architecture puissante et raisonnée, audace harmonique et richesse de la texture qui voisine manifestement avec l’orchestre et l’orgue. Tout cela impose un génie chambriste d’une intensité nouvelle, viscéralement ancrée dans le wagnérisme tout en le dépassant de façon très originale.  César Franck semble nous dévoiler la part trouble et inquiète de son âme véritable : la Pater Seraphicus était saisi par un doute profond qu’exprime les 3 mouvements enchaînés : drame initial (molto moderato quasi lento) débouchant sur un allegro passionné, puis mouvement lent en 3 parties comme un aria (Lento con molto sentimento), enfin une coda nerveuse et très animée (en rien l’apothéose de délivrance et d’apaisement accompli de la Symphonie) : Allegro non troppo ma non fuoco.  Durée : presque 40 mn.

Concert événement à l’Abbaye aux dames, la cité musicale à Saintes…  Saison musicale 2014

Alain Planès
Solistes de l’OCE
Orchestre des Champs Elysées
Debussy / Franck

Mercredi 5 février 2014 à 20h30
Saintes, Abbaye aux dames
La cité musicale

 

Programme
César Franck, 
Quintette pour piano et cordes
Claude Debussy, 
Trio pour piano, violon et violoncelle Sonate pour alto, flûte et harpe
Alain Planès, piano, violon
et les musiciens de l’Orchestre des Champs Elysées :
 Alessandro Moccia et Bénédicte Trottereau, violons
. Jean-Philippe Vasseur, alto. 
Andrea Pettinau, violoncelle
. Pascale Schmidt, harpe. 
flûte : nom non communiqué

 

 

Symphonie en ré de César Franck (1889)

Concert. Symphonie en ré de Franck. Tours, les 12 et 13 janvier 2013

Orchestre Symphonique Région Centre Tours

saison 2012-2013
Jean-Yves Ossonce, direction

César Franck

Symphonie en ré

Rien n’est comparable au monument qu’est la Symphonie de César Franck (1889): une synthèse des dernières évolutions symphoniques en France à la fin des années 1880, surtout un commentaire extrêmement personnel et original du symphonisme germanique de Beethoven à Wagner, auquel Franck (1822-1890), wagnériste motivé et aussi membre de la Société nationale de musique à Paris, entend apporter une sorte de démenti: “il y a bien une autre façon de composer pour l’orchestre après Wagner (et ajoutons aussi Liszt)”, semble nous dire le génial liégeois.

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Monument symphonique de 1889

En pratique, la ré mineur (créée non sans rebondissements et résistances à Paris en 1889) succède aux jalons du genre: Symphonie espagnole de Lalo (1875), Symphonie romantique de Joncières (1876, hommage wagnérien personnel), Symphonie avec orgue de Saint-Saëns (1885), Symphonie Cévenole de D’indy (1886)… Franck, critiqué, vilipendé même par ses contemporains, trop antiwagnériens, sont aveuglés par dogmatisme et ne trouvent ici que pédantisme et épaisseur, surtout wagnérisme non dépassé. Or c’est tout l’inverse: dédié à son élève Duparc, la Symphonie de Franck dès le début développe ce caractère profond et empoisonné (tristanesque) et excelle dans l’art ténu et si subtil de la modulation et du développement cellulaire, offrant surtout une leçon d’écriture cyclique: les motifs étant réitérés tout au long des mouvements mais dans une formulation métamorphosée constante, soulignant dans l’écriture cette fluidité structurelle que doit diffuser l’orchestre. La cellule paraît et réapparaît, ses réitérations n’étant jamais identiques au premier énoncé; chacun de ses avatars jalonne les progrès et les avancées du flux dramatique. Chacun des trois thèmes développés séparément dans chacun des trois mouvements est exposé dès le début; leur combinaison superposée relève de la résolution libératrice qui structure encore l’architecture globale de l’œuvre.

Unité organique, symphonie en épisodes. Comment préserver l’unité et la cohérence du flux orchestral, en un tout organique malgré la nécessité du plan en quatre parties, c’est à dire par épisodes, de mise depuis les Viennois classiques et romantiques: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert…?
Par le principe cyclique très largement exploité et avec quelle finesse et intelligence par Franck. Un concept magistralement défendu par Berlioz dans sa Symphonie Fantastique de 1830. Alors le cycle c’est à dire la réitération des thèmes précédemment écoutés, emblème du romantisme symphonique français?  : très certainement. Franck au moment de la création de son chef d’œuvre est personna non grata parmi  les plus conservateurs, ceux qui dans le sillon orthodoxe de Saint-Saëns considéraient le musicien belge comme un traître au nationalisme musical défendu par la Société nationale de musique. Depuis 1870, il reste patriotique de détester l’art germanique. En élargissant l’inspiration et la composition vers le style allemand, celui de Beethoven et de Wagner, Franck avait provoqué une vague d’opposition sans pareil, qui se traduit très vite par une incompréhension de son œuvre. Ambroise Thomas, Gounod épinglent sans nuance la Symphonie de Franck, la jugeant maladroite, aride, dogmatique,… c’est à dire insupportablement germanique (lisztéenne et wagnérienne).

Or, maître des climats les plus contrastés, Franck émerveille littéralement entre la gravité lizstéenne du lento-allegro non troppo initial, et le pastoralisme lumineux et mélancolique de l’Allegretto (à la fois andante et scherzo)… C’est en particulier dans le Finale-Allegretto on troppo où sont récapitulés tous les thèmes moteurs et leurs combinaisons souterraines que gonfle une voile orchestrale d’un nouveau souffle, quasi mystique quand la harpe se joint aux cordes, dialoguant avec les cuivres de plus en plus solennels et profonds. L’œuvre est traversée par l’expérience des gouffres désespérés puis, à l’instar des constructions lisztéennes, s’élève à mesure de son développement, en une arche puissante et très texturée mais jamais épaisse ni lourde… Lisztéenne et wagnérienne, beethovénienne et poétiquement totalement originale, comme structurellement façonnée selon le principe cyclique, la Symphonie suppose une maîtrise idéale sur le plan musical et artistique.

La Symphonie en ré de César Franck est couplée avec :
Suite en fa opus 33 d’Albert Roussel
Concert pour trompette d’Henri Tomasi (Romain Leleu, trompette)