lundi 26 février 2024

CRITIQUE CD événement. Yves LEVÊQUE : Concerto pour piano et orchestre : « Ariana » / César Franck : Prélude, choral et fugue. Caroline Fauchet, piano. Orchestre Colonne / Yves Levêque, direction (1 cd Indésens Calliope)

A lire aussi

Qui ose dire encore que nos compositeurs actuels ne savent écrire que des pièces aussi conceptuelles qu’inaudibles du grand public ? La dernière composition d’Yves Levêque (créée et enregistrée à Paris en novembre 2023 dont témoigne le présent album) contredit toutes les proclamations habituelles. Son Concerto pour piano « Ariana » le prouve ; de multiples arguments en prime. 

 

 

L’Orchestre Colonne comme la soliste (Caroline Fauchet) servent remarquablement l’équilibre structurel du Concerto en 3 parties, dont l’écriture est aussi « efficace » que raffinée. L’énergie du premier mouvement, son opulence sonore où le piano fusionne avec la texture orchestrale, les somptueuses lignes des cordes écrivent ici une partition que n’aurait pas renier …Rachmaninov. Yves Levêque réserve au clavier d’amples respirations, ciselant chaque mélodie en doublant le piano enivré d’instruments complices (cor, flûte…) qui en révèlent la tendresse active, la volupté enchantée, une certaine sérénité nocturne aussi. L’imagination féconde se déploie sans entrave, sachant enrichir la vitalité de la grille rythmique, en soignant chaque partie instrumentale, succombant volontiers (et l’assumant totalement) à une suractivité qui ne manque jamais de noblesse. Le jeu de la pianiste se rend flexible, éclairant l’intériorité de séquences comme en équilibre… comme l’ivresse quasi frénétique des mesures concluant ce premier mouvement.

 

 

Crépitements post romantiques,
tendresse enchantée
du Concerto pour piano « Ariana »
d’Yves Levêque

 

La noblesse de l’inspiration se confirme pleinement dans l’introduction du 2è mouvement, et ce ruban profond des cordes qui associé au chant de la harpe céleste puis de la flûte, produisent un paysage proprement enchanté ; dans lequel le piano énonce son motif d’une tendresse éperdue. Un temps suspendu partagé par le piano et d’autres instruments complices (clarinette, harpe, violon… en seconde partie de cet Adagio sostenuto, particulièrement réussi ) ; c’est d’ailleurs cette écriture concertante, à plusieurs parties, en dialogue, qui renforce la séduction du thème… témoignant aussi de l’inspiration chamarrée, étoilée, picturale de l’auteur. 

Enchainé immédiatement à l’Adagio des plus rêveurs, l’Allegro ultime libère une puissance lyrique tout aussi imaginative où l’association de timbres raffinés produit un allègement soudain de la texture ; les instrumentistes réussissent en particulier cette équation rare de l’opulence sonore et de la clarté comme enjouée (le solo du violon sur les pizz de l’orchestre). Ce jeu où les pupitres énoncent le motif, repris ensuite par le piano funambule, éclaire ce dernier mouvement, riche lui aussi en surprises de couleurs (harpe, basson,…), emporté dans sa séquence finale dans une course rythmique plus joyeuse et amoureuse que purement énergique ; la sensibilité avec laquelle le compositeur conclut le Concerto ajoute aux russes préalables (Tchaïkovsky, Rachmaninov,…), d’évidentes références aux Français, Debussy et Ravel, … le compositeur qui dirige ici veille en particulier outre aux équilibres d’une coda foisonnante, à la lisibilité du thème conducteur auquel il confère aussi une légèreté délectable, un humour lumineux qui écarte toute épaisseur.

Les interprètes jouent dans le programme la féconde opposition profane / spirituel : aux accents passionnels, conquérants et enivrés du Concerto d’Yves Levêque, répond ainsi le triptyque spirituel, non moins intense, de Prélude, choral et Fugue de César Franck. La pianiste Caroline Fauchet s’y dévoile, engagée et vive, éclairant le génie architectural de Franck, son habileté à dérouler de somptueuses mélodies (inquiètes et profondes dans le Prélude), comme à les associer simultanément comme s’il s’agissait de combinaisons prodigieuses, de rébus libérateurs (Fugue conclusive). L’interprète jalonne ce cheminement avec l’acuité d’une irrépressible urgence, comme un questionnement dont elle soigne particulièrement l’élégance de l’énoncé. 

Le jeu sait être sobre et clair ; les respirations, très justes. Comme chez Liszt, Franck s’enracine dans des profondeurs infernales et inquiétantes pour mieux s’élever, foudroyé par une aspiration mystique (les sublimes arpèges célestes qui tendent vers l’épure et l’éther). Toute en retenue, soucieuse là aussi de la structure et de la trajectoire globale, Caroline Fauchet édifie une traversée intérieure qui se dévoile pleinement dans la cathédrale finale dont s’affirme l’activité heureuse de la fugue ultime, jouée sans effet ni emphase, dans la précision du contrepoint ; distinguant ce qui dans chaque séquence rythmiquement caractérisée, relève du parcours mystique global, de chaque marche vers la lévitation promise (quand le génie de Franck combine les motifs) ; expérience infernale, élévation céleste… dernier vertige avant la pleine révélation. La sensibilité de la pianiste convainc dans l’une comme dans l’autre partition. 

 

 

 

_____________________________________

CRITIQUE CD événement. Yves LEVÊQUE : Concerto pour piano et orchestre « Ariana » / César Franck : Prélude, choral et fugue. Caroline Fauchet, piano. Orchestre Colonne. Yves Levêque, direction (1 cd Indésens Calliope – enregistré en novembre 2023) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2023 / 2024. 

 

 

 

LIRE aussi notre présentation du cd  « ARIANA » / Concerto pour piano et orchestre d’Yves Levêque / Caroline Fauchet, piano (novembre 2023) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-ariana-yves-leveque-concerto-pour-piano-et-orchestre-ariana-cesar-franck-prelude-choral-et-fugue-caroline-fauchet-pia/

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Yves Levêque à propos de son Concerto pour piano « Ariana » (nov 2023) : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-yves-leveque-a-propos-de-son-concert-pour-piano-ariane-cree-en-novembre-2023-dont-le-disque-parait-en-janvier-2024-1-cd-indesens/

- Sponsorisé -
- Sponsorisé -
Derniers articles

CRITIQUE CD événement. Variations & Bergamasques : Debussy, Fauré, Chausson. Christine Fonlupt, piano (1 cd Passavant music)

On est immédiatement séduit par l’originalité et la grande cohérence du programme ici défendu (et conçu) par la pianiste...
- Espace publicitaire -spot_img

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img