dimanche 11 octobre 2026
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ORCHESTRE NATIONAL DE CANNES. Concert d’ouverture de la saison 26-27, dim 25 octobre. HAYDN / BEETHOVEN / SMITH. Orchestre national de Cannes, Anna Genuishene (piano), Holly Hyun Choe (direction)

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Un nouveau chapitre s’ouvre pour l’Orchestre national de Cannes. Pour inaugurer sa saison 2026/2027, l’ensemble cannois accueillera la jeune cheffe coréenne Holly Hyun Choe, sa nouvelle directrice musicale, dans un concert d’intronisation placé sous le signe du classicisme en mouvement. Ce rendez-vous inaugural, donné au Théâtre Debussy du Palais des Festivals, promet une soirée riche en émotions et en découvertes, avec un programme associant Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven et Ethel Smyth.

Née en Corée du Sud et élevée à Los Angeles, Holly Hyun Choe s’est imposée en quelques années comme l’une des personnalités les plus captivantes de la jeune génération de chefs d’orchestre. Autodidacte passionnée – elle apprend seule la clarinette à treize ans avant de se consacrer à la direction d’orchestre au New England Conservatory puis auprès de Johannes Schlaefli à la Zürcher Hochschule der Künste –, elle est saluée pour « sa présence radieuse, sa programmation créative et son art convaincant sur le podium ».

Lauréate 2025 du prestigieux Sir Georg Solti Conducting Award, Holly Hyun Choe cumule les responsabilités majeures : cheffe principale de l’Ensemble Reflektor (2022-2025), artiste associée de l’Orchestre de chambre de Genève depuis 2023, et cheffe principale de l’Orchestre de la Radio Norvégienne (KORK) à compter de janvier 2026. Elle a également été cheffe assistante à l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich auprès de Paavo Järvi, avant d’être invitée par des phalanges telles que l’Orchestre de Paris, le Hamburg Philharmonic State Orchestra ou le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin.

Sa nomination à la direction musicale de l’Orchestre national de Cannes, annoncée en octobre 2025 pour un mandat initial de quatre saisons, fait suite à une rencontre artistique décisive : les musiciens de l’Orchestre avaient voté à 100 % en faveur d’une nouvelle invitation après son premier concert en juin 2024. « Portée par une énergie communicative et une lecture attentive des partitions », Holly Hyun Choe incarne une vision renouvelée et ambitieuse pour l’Orchestre national de Cannes.

 

 

Le concert d’ouverture du 25 octobre s’articule autour de trois œuvres qui dialoguent entre héritage classique et romantisme naissant :

Joseph Haydn – Symphonie n° 37 en do majeur, Hob. I:37 (1758)

La soirée débute par une symphonie de jeunesse de Haydn, condensé d’art de l’économie où tout est tension et invention : dramaturgie rapide, contrastes francs, un feu d’artifice de trouvailles en à peine quelques minutes. Une entrée en matière vive et lumineuse, idéale pour inaugurer une nouvelle saison.

Ludwig van Beethoven – Concerto pour piano et orchestre n° 3 en do mineur, op. 37 (1800)

Pièce maîtresse du programme, ce concerto marque un tournant dans l’écriture beethovénienne : la filiation mozartienne demeure perceptible, mais le discours se densifie — le piano devient moteur de tension et d’architecture. Pour défendre cette œuvre passionnée, l’Orchestre national de Cannes accueille la pianiste Anna Geniushene, lauréate de la médaille d’argent du Concours international Van Cliburn 2022. Saluée pour « une sonorité puissante, une personnalité musicale affirmée et une virtuosité éclatante » (Musical America), Anna Geniushene mettra toute sa virtuosité au service d’une infinie variété de timbres. Née à Moscou en 1991, elle a donné son premier récital à sept ans dans la petite salle de la Philharmonie de Berlin et mène depuis une carrière internationale, collaborant avec les plus grands orchestres et festivals.

Ethel Smyth – Sérénade en ré majeur pour orchestre (1889)

La soirée s’achèvera par une œuvre de la compositrice britannique Ethel Smyth, figure majeure de la première moitié du XXe siècle, dont l’engagement pour le droit des femmes a marqué l’histoire. Un choix de programmation qui résonne particulièrement avec l’engagement constant de Holly Hyun Choe en faveur des compositrices.

Ce concert d’ouverture marque bien plus qu’un simple début de saison, en scellant l’alliance entre une cheffe à la trajectoire fulgurante et un orchestre labellisé « Orchestre national en région », engagé depuis cinquante ans dans une politique musicale audacieuse et accessible. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les amoureux de musique classique de la Côte d’Azur et d’ailleurs !…

 

Crédit photos (c) droits réservés

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Plus d’informations sur le site officiel de l’Orchestre national de Cannes

 

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FRANCE 4. Concert des nuits d’été de Schönbrunn, vendredi 16 octobre 2026, 21h. Bryn Terfel, Wiener Philharmoniker, Lorenzo Viotti (direction)

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France 4 diffuse le traditionnel concert estival du mythique Orchestre Philharmonique de Vienne, les « Nuits d’été », dans le cadre exceptionnel des jardins néo classiques du château impérial de Schönbrunn… un événement musical réalisé chaque été en plein air, dans le parc du palais viennois…

 

Des diables, des dieux, des antihéros et beaucoup d’amour dans un cadre exceptionnel, pour le traditionnel concert estival du mythique Orchestre philharmonique de Vienne. Le concert d’une nuit d’été est chaque année un éblouissement visuel autant que musical, le concert permettant d’écouter le meilleur de la musique classique, symphonique et lyrique, grâce à la participation de solistes réputés. 

Cette année, le chef Lorenzo Viotti a fait ses débuts au pupitre de cet événement, tout comme la basse-baryton galloise Sir Bryn Terfel, qui collabore étroitement avec l’orchestre depuis plusieurs décennies, tant à l’opéra qu’au concert.
Le programme propose un voyage exceptionnel traversant plusieurs univers de l’opéra, de l’opérette et de la comédie musicale, sans omettre le ballet, la danse, la musique sacrée…

 

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VOIR le concert des Nuits d’été de SCHÖNBRUNN
France 4 / ven 16 octobre 2026, 21h
https://www.france.tv/spectacles-et-culture/

 

 

programme :
Franz von Suppè : Light Cavalry, Ouverture
Arrigo Boito : « Son lo spirito che nega », extrait de « Mefistofele »
Giacomo Puccini, Intermezzo, extrait de « Manon Lescaut »
Giuseppe Verdi : « Ehi! paggio! », extrait de « Falstaff“
Tchaikovsky : Trepak, extrait de « Casse-Noisette »
Florence Price : Adoration (Orchestration Elaine Fine)
Erich Wolfgang Korngold : Straussiana
Richard Wagner : « Abendlich strahlt der Sonne Auge »,
extrait de « L’or du Rhin »
Jules Massenet : Méditation,
extrait de « Thais »
Maurice Ravel : Daphnis et Chloé, Suite No. 2
Jerry Bock : « If I were a rich man » ,
extrait de la comédie musicale « Fiddler on the roof »
Avec :
Orchestre philharmonique de Vienne

Lorenzo Viotti, Chef d’orchestre
 (direction)
Sir Bryn Terfel, Baryton

 

PLUS D’INFOS sur le site des WIENER PHILHARMONIKER / Orchestre Philharmonique de Vienne / Nuits d’été / sommernachtskonzert 2026 : https://www.wienerphilharmoniker.at/de/sommernachtskonzert

 

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CRITIQUE CD, événement. Léo DELIBES : Jean de Nivelle (1880). Cyrille Dubois, Mélissa Petit, Tassis Cristoyannis… Hungarian NPO, György Vashegyi (3 CD Palazzetto Bru Zane – Budapest, janv 2026)

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Voilà une recréation attendue qui rectifie le parcours musical et artistique de Léo Delibes ; un compositeur de « second rang »… que l’on réduit toujours, à tort, à 2 tubes certes irrésistibles, le duo des fleurs de son opéra postérieur, Lakmé (créé 3 ans après Jean) et la valse lente de son ballet (admirable) Coppelia (sommet du ballet romantique classique)… Ce « Jean de Nivelle » est le maillon décisif vers une reconnaissance légitime. Pour aboutir déjà au sommet accompli qu’est Jean de Nivelle créé en 1880, Delibes cisèle la forme poétique et lyrique dans des pièces très courtes, inspirées d’Offenbach, aux titres surréalistes et loufoques : « Le serpent à plumes », « l’asphyxie du Bigorneau », « Le Boeuf Apis »… Il y fait rire grâce à une plume efficace et juste. Cette maîtrise du bouffon, de la légèreté comique s’intègre aux scènes historiques de Jean de Nivelle qui demeure un opéra gothique et bourguignon, sous le règne de Louis XI.

 

Le présent enregistrement a bien compris les enjeux esthétiques d’une partition en rien sous dimensionnée vis à vis de la très célèbre Lakmé de 1883 : en réalité, Jean de Nivelle est un chef d’oeuvre hybride, inclassable, entre opéra-comique (sans récits parlés cependant, car continument chanté) et le demi-caractère (sur les pas du grand opéra, avec chœur et ballet), c’est une somme accomplie de subtilité et d’élégance où dans chaque tableau comme dans chaque air, c’est la clarté oxygénée du style, l’esprit de la nuance, le caractère de la finesse qui s’expriment et se déploient avec une grande justesse : « la perfection », comme l’a écrit Saint-Saëns admiratif. Seul défaut ici, le choix de son sujet, trop historique, trop politique (la guerre du Bien Public et le dilemme de loyauté qui ébranle le cœur de Jean…). De fait, l’auditoire préférera évidemment la trajectoire plus lisible de Lakmé, héroïne amoureuse, passionnée, loyale, pathétique et tragique.

Sous le règne de Louis XI (1461-1483), – soit au plein XVème : un jeune noble Bourguignon fuit la Cour de France et se cache sous les habits de berger ; mais il croise le chemin de la délicieuse Arlette qui malgré le sortilège d’une sorcière (Simone), épousera celui qui rejoindra la bannière de France : Jean de Nivelle, en réalité Jean de Montmorency. L’action historique permet au génie de Delibes, déjà explicité dans ses 2 ballets admirables, Coppelia (pendant la Commune) puis Sylvia, de s’affirmer davantage encore, en terres lyriques, dans un ouvrage d’une exceptionnelle séduction formelle…

La version enregistrée ici écarte les dialogues parlés pour une version totalement chantée. 3 ans plus tard, l’auteur allait avec les mêmes librettistes, livrer « Lakmé », chef d’œuvre orientaliste absolu de 1883. Fidèle à la ligne exploratrice de la collection « Opéra Français » du Palazzetto Bru Zane, « Jean de Nivelle » est l’une des révélations de cet automne 2026 ; l’enregistrement en 3 cd, confirme l’élégance somptueuse d’un Delibes maître de la finesse et de la subtilité orchestrale : son orchestre égale les séductions d’un Saint-Saëns (particulièrement admiratif de l’ouvrage) ; malgré le nombre de caractères, le flux dramatique demeure intense et resserré, sans dilution, en particulier grâce à une indiscutable science des tableaux collectifs (ou scènes avec chœur), et surtout grâce à la très subtile caractérisation de chaque personnage qui les rend chacun, particulièrement crédible. L’amour, l’ivresse amoureuse colore chaque acte, et le duo Arlette / Jean jalonne toute l’action. De ce point de vue, la distribution réunie est un sans faute. Sur le plan formel, Delibes partage avec Saint-Saëns la volonté de fixer des marqueurs français dans le choix des séquences désormais significatives : « fabliaux », « Ballades », « couplets», « strophes », « romances »… autant d’intitulés, leur mise en forme, qui saluent un style propre à l’opéra romantique français de la fin du XIXème.

Distinguons quelques temps forts d’un opéra qui connut un grand succès, hexagonal mais aussi européen (dans la version sans dialogues parlés français)…
CD1 – la « Ballade de la mandragore », pour chœur et soliste : air envoûtant de la Sorcière Simone, brillant, style « grand opéra » (4) auquel succède l’air d’Arlette qui suit (irrésistible Mélissa Petit) : confession enivrée, éperdue de la jeune femme pour Jean (« C’est lui, c’est bien lui »). Dès son apparition en défenseur d’Arlette, le Jean de Montmorency de Cyrille Dubois affirme une ardeur irrépressible, un engagement d’autant plus délectable qu’il ne sacrifie jamais l’intelligibilité d’un chant embrasé, aussi tendre qu’intense (autoprésentation de son « couplet », 11, où le ténor capable de phrasés délectables et d’aigus clairs et lumineux, brosse un autoportrait plein de charme (comme constamment transi, amoureux). Le duo Jean / Arlette occupe le centre de l’acte I : Delibes cisèle l’effusion tendre, irrésistible du couple étoilé (14) dont le ravissement croisé cite, et Gounod et Massenet (« reste chaste et pure »), inscrivant ce duo de Delibes dans la haute tradition lyrique romantique française. Saluons aussi Le Charolais de Tassis Christoyannis, dans son Couplet n°18 : enjoué, badin, aux aigus faciles en voix de tête d’un baryton très à l’aise (et qui est familier des « recréations » du Palazzetto Bru Zane).

CD2 – ACTE II : après le prélude, d’une saisissante élégance (vivacité raffinée de l’orchestration), s’affirme l’art des coloratoure ; d’abord celui d’Isolin (avec le chœur, n°3 / très fluide Juliette Mey). Puis c’est surtout le grand air brillant d’Arlette : intitulé « fabliau » (n°13, « dans le moulin du meunier ») – dont l’agilité requise se rapproche de Lakmé et aussi Manon, soit plus de 7 mn d’un chant souverain et acrobatique qui densifie le premier personnage féminin. Véritable opéra du cœur, l’ouvrage enchaîne avec le superbe trio (n°18) où ardent embrasé, éperdu, enivré Cyrille Dubois, fait face à Arlette (avec la Diane de la même Juliette Mey), le garçon d’une volupté fervente (« je ne vous reverrai jamais ») ; son chant d’une impérieuse et irrépressible ardeur, entre désir et aussi jalousie car il pense alors qu’Arlette aime Saladin qui s’est déclaré… (et qu’il a tué). Saluons là encore l’exemplaire diction de Cyrille Dubois : « Prenez ma vie mourir en gentilhomme », puis révélant son identité (n°21) : « Je me nomme, Jean duc de Montmorency »…

CD3 — Tout l’acte final (ACTE III) est de la même somptuosité héroïque et lyrique, dès l’ouverture, dramatique et introspective (délicatesse et nuance des cordes) qui souligne avec tact combien l’orchestre se fait chant psychologique. S’imposent alors indiscutables les superbes « Strophes » (n°3), incantatoires et puissantes de la sorcière Simone (impeccable mezzo Marie Andrée B-Lesieur) : « Que mon font leurs chants », torche tragique, contrastée avec le choeur virile et insouciant : il y a du Verdi dans cet assemblage qui rappelle « Le Trouvère ». Mais Delibes même dans la noirceur et les ténèbres demeure élégant et somptueux. L’intuition de Delibas gagne encore dans la caractérisation sentimentale des deux amoureux dont l’orchestre exprime les plus fines nuances ; voilà pourquoi il s’agit bien d’un opéra du sentiment ; ainsi la trajectoire d’Arlette, superbe portrait féminin, équivalent de Manon de Massenet, éperdue et ardente dans ses 2 airs enchaînés : (Air et sa suite, n°8 puis 9). Toute la séquence est portée par une forte caractérisation des protagonistes, en particulier l’individualisme éperdu, le désir amoureux celui d’Arlette, et celui de Jean – à travers l’air de Charolais (Romance : »il est jeune et amoureux » (11) – soit deux jeunes âmes enivrées, habitées par leur passion que la musique analyse avec une exceptionnelle subtilité.

Le présent enregistrement répond à toutes les attentes qu’une telle recréation fait naître : la caractérisation fine et vraisemblable des (nombreux) caractères (protagonistes et figures plus comiques) ; souplesse transparente et dramatique de l’orchestre, avec valeur aussi rare que partagée ici, l’intelligibilité du français chanté par chaque soliste ; de ce point de vue, chaque situation, air, chœur, gagne un surcroît de vérité. Réalisation magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026

 

 

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CRITIQUE CD événement. Léo DELIBES : Jean de Nivelle (Livre 3 cd Bru Zane label, janv 2026) – Opéra-comique en trois actes — livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille, créé à l’Opéra-Comique de Paris (salle Favart II) le 8 mars 1880. Coffret événement élu « CLIC » de CLASSIQUENEWS automne 2026

 

Jean de Nivelle : Cyrille Dubois
Arlette : Mélissa Petit
Simone : Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Diane / Le Page Isolin : Juliette Mey
Le Comte de Charolais : Tassis Christoyannis
Malicorne : François Rougier
Beautreillis : Jean-Philippe Mc Clish
Saladin / Un Héraut / Un Vieillard : Adrien Fournaison
HUNGARIAN NATIONAL PHILHARMONIC ORCHESTRA
György Vashegyi, direction
HUNGARIAN NATIONAL CHOIR
Csaba Somos, chef de chœur
Collection « Opéra français » – Bru Zane Label

 

 

LIRE aussi notre annonce du coffret Jean de Nivelle de Léo Delibes / 3 cd Bru Zane label, janv 2026) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-delibes-jean-de-nivelle-2-cd-bru-zane-label-janv-2026/
Le chef György Vashegyi et l’Orchestre Philharmonique avec le Chœur national Hongrois, poursuivent leur collaboration avec le Palazzetto Bru Zane : cette recréation de l’opéra-comique de Léo Delibes, « Jean de Nivelle » (créé en 1880 à l’Opéra Comique, mais aussi à Budapest – en hongrois en 1881 sous la direction de l’auteur !) souligne l’inspiration dramatique de Delibes qui s’associe ici aux librettistes Edmond Gondinet et Philippe Gille, avant que le trio ne façonne à trois, son futur chef d’œuvre orienta lisant, Lakmé.

 

CD événement, annonce. Léo DELIBES : Jean de Nivelle, 1880. Cyrille Dubois, Melissa Petit… Orchestre Philharmonique national Hongrois / György Vashegyi, direction (2 cd Bru Zane label, janv 2026 — collection « Opéra français »)

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ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, mer 14 oct 2026. « Grimal & Ravel ». Stravinsky, Ravel (Tzigane), Enesc, Mozart. David Grimal, violon et direction

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Le concert comme une expérience égalitaire, une communion à partager… Sans baguette mais avec son violon, David Grimal pilote l’Orchestre National de Lille dans un programme qui fait la part belle à son instrument, mais aussi à l’orchestre, avec deux œuvres légendaires (dont la vertigineuse Tzigane de Ravel) et l’une des symphonies les plus héroïques de Mozart : un opus de jeunesse marqué par le sceau d’un génie particulièrement précoce.

 

 

Néo classique voire néo baroque (dans le sillon de Lully), le ballet « Apollon Musagète » d’Igor Stravinsky (composé il y a quasiment 100 ans, en 1928), se réfère à Apollon, le dieu des arts. Frappé par la grâce virtuose de la violoniste anglaise d’origine hongroise Jelly d’Arányi (jouant des airs traditionnels d’Europe de l’Est lors d’un concert donné à Londres en 1922), Maurice Ravel compose pour elle une pièce rendant hommage à son jeu saisissant : « Tzigane », partition « virtuose dans le style d’une rhapsodie hongroise ».

Comme Stravinsky rend hommage au style français classique, Georges Enesco, auteur majeur de la musique roumaine du XXè siècle, déploie dans Pastorale, Menuet triste et Nocturne une délicatesse qui convoque aussi élégance française, mais aussi nostalgie et couleurs populaires. Le compositeur poète enchante successivement : douceur rêveuse de la Pastorale, mélancolie du Menuet triste, atmosphères suspendues du Nocturne. Hormis la Symphonie n°40, également en sol mineur, la Symphonie n°25 est l’unique symphonie que Mozart compose dans ce mode… un indice quant à la force expressive de l’œuvre, d’un tempérament aussi héroïque que tragique. Avec d’autant plus d’intensité et d’expressivté que David Grimal veillera sans aucun doute à la clarté, la transparence, l’éloquence du chant orchestral…

 

 

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LILLE, Nouveau Siècle
Auditorium « Jean-Claude Casadesus »
mercredi 14 octobre 2026 – 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille :
https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/grimal-et-ravel
1h45 avec entracte
Après du concert / Bord de scène
Par Max Dozolme – Rencontre avec David Grimal
mercredi 14 octobre 2026 – 22h

 

 

Stravinsky, Apollon Musagète
Ravel, Tzigane – Rhapsodie de concert pour violon et orchestre
Enesco, Pastorale, Menuet triste et Nocturne
Mozart, Symphonie n°25

 

concert repris à
Seclin, Le Nouveau Chapitre
vendredi 16 octobre 2026 – 20h

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CRITIQUE, festival. TOULOUSE, Cloître des Jacobins, le 29 septembre 2026. Récital de Jonathan BISS

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C’est dans le magnifique écrin de la salle capitulaire du Cloître des Jacobins, ce lieu à l’atmosphère unique et à l’acoustique magique, que s’est tenu l’avant-dernier concert de la 47e édition du festival “Piano aux Jacobins”. Un rendez-vous qui a tenu toutes ses promesses, porté par un pianiste d’exception, l’Américain Jonathan Biss. Reconnu comme un interprète majeur de Beethoven, Schubert et Schumann, l’artiste n’a pas seulement confirmé sa réputation. Il a offert une véritable célébration du miracle de la musique, cette force plus puissante et plus juste que les mots dans l’expression du sentiment. Le programme, savamment construit autour de cette idée, a pris la forme d’une odyssée où chaque pièce dialoguait avec la suivante, tissant une toile d’une émouvante cohérence.

 

Et ce sont des pièces de Félix Mendelssohn qui ont ouvert le bal, avec trois Romances sans paroles (op. 38 n°6 et n°3, et l’op. 54 n°4), qui ont déployé d’emblée une dentelle sonore d’une transparence confondante, chaque mélodie se détachant avec une pureté limpide dans l’acoustique généreuse de la salle. Le toucher de Jonathan Biss, d’une sensibilité rare, fait chanter le piano. Le voyage s’est ensuite poursuivi en terres tchèques avec Leos Janáček. Les deux pièces extraites de Sur un sentier recouvert, La Parole Manque et Anxiété Indicible, ont révélé un tout autre visage. Le pianiste a su saisir la fragilité et la tension de ces confidences intimes, ce mélange de mélancolie et d’urgence si caractéristique du compositeur. La transition fut brutale, poignante, et pourtant d’une logique implacable dans le discours du récital.

Vint ensuite le moment le plus inattendu de la soirée. Avec la pièce de Gyorgy Kurtag (« Conversation tranquille avec le Diable » et « Silence »), Jonathan Biss a poussé l’exploration vers des territoires plus extrêmes, faits de silences éloquents et de dissonances expressives. Mais c’est avec KIRSTEN et sa pièce “Speak to me” que le récital a pris une dimension véritablement théâtrale. Jonathan Biss, dans un geste d’une générosité touchante, a tenu à présenter lui-même l’œuvre, s’exprimant dans un excellent français qui a conquis le public. Cette pièce, qui dramatise le mythe d’Écho et Junon, a vu le pianiste littéralement incarner la musique : une première partie où le chant et la parole se mêlaient au jeu instrumental, avant que l’instrument ne reprenne ses droits dans une dernière partie d’une intensité poignante. Un moment suspendu, d’une grande originalité et force.

Après un précipité – comme un resserrement du temps avant l’explosion finale –, le récital a atteint son apogée avec Robert Schumann. D’abord les Variations des esprits, œuvre ultime et hantée du compositeur, puis l’immense Fantaisie en ut majeur, op. 17. Dans ces pages testamentaires, Jonathan Biss a livré une interprétation habitée, conjuguant la fièvre créatrice et le contrôle le plus absolu. La Fantaisie a déployé ses vagues successives avec une noblesse et une puissance telluriques, le pianiste faisant vibrer le Steinway du festival dans un engagement total. Face aux appels nourris du public, il a offert, comme bis, le mouvement lent de la Sonate pour piano n° 10 en ut majeur, K. 330 de W. A. Mozart : un Andante cantabile d’une simplicité désarmante. Après les tourments et les vertiges de Schumann, cette page a agi comme une bénédiction. Le pianiste l’a jouée avec un toucher d’une douceur infinie, un legato chantant, sans la moindre affectation. Ce n’était pas un bis de virtuosité, mais un cadeau d’intimité, une parole apaisée, presque un adieu murmuré. 

En refermant ce récital, une évidence s’impose : Jonathan Biss n’est pas seulement un pianiste d’une technique irréprochable, mais aussi un conteur et un passeur. Il a fait de ce programme une traversée cohérente et bouleversante, où la musique a effectivement dit ce que les mots ne peuvent exprimer. 

 

 

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CRITIQUE, festival. TOULOUSE, Cloître des Jacobins, le 29 septembre 2026. Récital de Jonathan BISS. Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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HAUTS DE FRANCE. 9ème Festival EN VOIX ! Jeu 5 nov – Jeu 17 déc 2026. Chant lyrique, chant choral

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C’est l’un des événements les plus fédérateurs et d’autant plus plébiscité, dans les 5 départements des Hauts de Seine ; une réussite exemplaire à l’échelle nationale. Pour sa 9ème édition (affichant spectacles lyriques et concerts), le Festival EN VOIX ! affiche du jeudi 5 novembre au jeudi 17 décembre 2026, 17 spectacles, 61 représentations, sur 43 jours… une série de découvertes et expériences sonores incontournables qui accompagne jusqu’au temps de Noël.

 

 

Scène de création, de production, acteur de territoire, le Théâtre Impérial Opéra de Compiègne ne cesse de surprendre et surtout de convaincre, – à ce titre, l’exemple précédent de sa nouvelle production de Tosca est emblématique : créée en nov 2023, toujours en tournée en 2026, le spectacle a totalisé 25 représentations, dans 20 villes, applaudis par… 15 838 spectateurs soit 94% de fréquentation, portée par 33 artistes et techniciens alors en tournée. Une performance qui démontre le dynamisme d’une institution à l’intuition juste et qui sait impliquer un nombre impressionnant de spectateurs.
Même dessein, même motivation pour une culture toujours plus active et partagée, avec le Festival EN VOIX ! dont 2026 marque déjà la 9ème édition. Le Festival de territoire rayonne sur toute la Région des Hauts de France. En plaçant la magie de la voix, lyrique et chorale, au cœur des territoires, le Festival s’adresse à tous les publics, en proposant la magie du chant sous toutes ses formes, partout, dans les grandes villes et dans les territoires ruraux.

 

 

… rassembler les générations, faire vibrer les territoires

A venir, un mois et demi d’opéras, de concerts, d’émotions et de découvertes musicales diverses. Sur scène se croisent grandes voix, ensembles renommés, jeunes talents prometteurs, chœurs et orchestres engagés, réunis autour d’une même passion : « transmettre la force et la beauté de la musique vivante. Le programme explore des univers variés, de la musique ancienne aux créations d’aujourd’hui, des chefs- d’œuvre du répertoire aux trésors moins connus. À l’approche des fêtes de fin d’année, les mélodies et chants de Noël viendront également illuminer cette édition dans une atmosphère chaleureuse et festive. Plus qu’un festival, En Voix ! est une aventure humaine et artistique qui crée du lien, rassemble les générations et fait vibrer les territoires… » ainsi que le rappelle Éric Rouchaud, directeur artistique et fondateur du Festival En Voix !, et qui est aussi le directeur artistique et général du Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne.

 

TOUTES LES INFOS, le détail des programmes, des distributions, les artistes et les œuvres, la billetterie en ligne sur le site des Théâtres de Compiègne : https://www.theatresdecompiegne.com/page-spectacles-festival-en-voix-2026

 

Fondé et organisé par le Théâtre Impérial depuis 2018, le Festival
En Voix ! est le seul festival d’art lyrique et de chant choral à l’échelle
d’une région en France. Cet évènement vocal de proximité
pour tous se déploie chaque année dans les cinq départements des
Hauts-de-France.

 

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CRITIQUE, opéra. BARCELONE, Gran Teatre del Liceu, le 25 sept 2026. VERDI : Aïda. A. Netrebko, I. Gyngazov, E. Semenchuk, A. Rucinski… Shirin Neshat / Antonello Manacorda

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C’est une soirée d’ouverture de saison dont le Gran Teatre del Liceu se souviendra longtemps. La nouvelle production d’Aïda de Giuseppe Verdi, fruit d’une coproduction avec l’Opéra national de Paris et le Festival de Salzbourg, a offert au public barcelonais un spectacle total, porté par une distribution de très haut vol et une lecture scénique résolument contemporaine. 10 minutes d’applaudissements nourris aux saluts, un public extasié, et une impression tenace d’avoir assisté à un moment d’histoire lyrique.

Il faut d’abord saluer l’événement : Anna Netrebko foulait pour la première fois la scène du Liceu dans un rôle scénique après une longue absence de cinq années !… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’attente était à la hauteur de la promesse. La soprano russo-autrichienne a livré une interprétation que l’on peut qualifier sans exagérer d’anthologique, s’imposant dès le premier acte avec un « Ritorna vincitor! » d’une intensité dramatique saisissante. Sa maîtrise des dynamiques, la beauté de ses médiums et la sûreté de son registre aigu ont subjugué une salle conquise. Sa « O patria mia » au troisième acte, sommet émotionnel de la soirée, a été un moment de pure magie : le public, littéralement suspendu à ses lèvres, n’osait plus tousser pour ne pas briser le charme. Le chant de la Netrebko a été d’une telle sincérité, d’une telle vérité humaine, qu’il a transcendé le simple exercice vocal pour devenir incarnation pure. Loin des polémiques qui ont accompagné son retour, et malgré la présence de quelques manifestants à l’extérieur du théâtre, la diva a prouvé une fois de plus qu’elle demeure l’une des (la plus ?…) grande(s) voi(x) de notre époque.

 

 

La réussite de la soirée ne repose pas uniquement sur les épaules de la star. Le ténor Ivan Gyngazov, qui faisait ses débuts au Liceu, a composé un Radamès convaincant et vaillant, défendant avec ardeur les pages les plus exigeantes du rôle. Face à lui, la mezzo-soprano Ekaterina Semenchuk a campé une Amneris d’une puissance dramatique remarquable, donnant à la rivale d’Aida toute sa complexité et sa douloureuse humanité. Le baryton polonais Artur Ruciński a été un Amonasro noble et impérieux, apportant au roi éthiopien captif la dignité farouche qui sied à ce personnage déchiré entre son amour paternel et sa haine de l’envahisseur. La basse Alexander Köpeczi a impressionné en Ramfis, prêtre implacable et glaçant de crédibilité, tandis que George Andguladze a prêté au Roi d’Égypte une autorité naturelle et une voix profonde et sonore. Les rôles secondaires n’ont pas été en reste : Moisés Marín, en Messager, et Carmen Buendía, en Prêtresse, ont défendu leurs parties avec un professionnalisme et un engagement qui ont contribué à l’homogénéité de l’ensemble. Le Chœur du Gran Teatre del Liceu, préparé avec soin, a livré une prestation simplement magnifique, en particulier le chœur masculin dans la scène du temple de Vulcain, d’une puissance évocatrice saisissante.

La grande réussite de cette production tient aussi à la rencontre entre la sensibilité de Verdi et celle de l’artiste visuelle iranienne Shirin Neshat. Loin de l’égyptomanie poussiéreuse et des clichés orientalistes qui ont souvent servi de cadre à Aida, Neshat propose une lecture résolument politique, féministe et décolonialiste de l’œuvre. L’Égypte qu’elle dépeint n’est plus un décor exotique, mais un état de l’âme, un espace mental où le désert devient intériorité et où le temple se fait métaphore de tous les systèmes qui transforment la foi en autorité et l’autorité en silence. La scénographie monumentale et rotative de Christian Schmidt, dialoguant organiquement avec les vidéoprojections de l’artiste, crée un univers visuel d’une beauté parfois hypnotique. Les images de femmes voilées, de corps en exil, de peuples défaits, donnent à cette Aida une résonance d’une actualité brûlante. Cette production n’illustre pas la musique : elle la respire, faisant de chaque geste la mémoire de tous les exils et de chaque silence un cri retenu. Une leçon de théâtre total, qui actualise l’œuvre sans jamais trahir son essence.

 

 

À la tête de l’Orchestre du Gran Teatre del Liceu, l’excellent chef italien Antonello Manacorda a été l’un des grands artisans du triomphe de la soirée. Sa direction, d’une élégance et d’une précision constantes, a su maintenir la tension entre l’intimité et la grandeur qui habite la partition de Verdi. Fuyant les effets faciles et les déchaînements de décibels qui transforment trop souvent Aida en défilé de fanfares, Manacorda a privilégié une lecture théâtrale et nuancée, servant les voix avec un soin constant et faisant ressortir toutes les subtilités de l’orchestration verdienne. Les tempi, toujours justes, ont permis aux solistes de déployer leur art dans les meilleures conditions, et l’orchestre a répondu avec une magnificence et une souplesse sonore remarquables.

Le public du Liceu, debout et enthousiaste, a salué comme il se doit cette soirée d’exception. Une Aida à marquer d’une pierre blanche !…

 

 

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CRITIQUE, opéra. BARCELONE, Gran Teatre del Liceu, le 25 sept 2026. VERDI : Aïda. A. Netrebko, I. Gyngazov, E. Semenchuk, A. Rucinski… Shirin Neshat / Antonello Manacorda. Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, Théâtre des Champs-Élysées, lundi 28 septembre 2026. MASSENET : Roma. R. Willis-Sørensen, J. F. Borras, J. Robard-Gendre, T. Christoyannis, J. Boutillier…

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Le dernier né de la série d’opéra français enregistré sous la direction du Palazzetto Bru Zane est grandiose. Roma, dernier opéra de Jules Massenet, est une fresque monumentale, tragique, puissante et exaltante. Composé bien après les célèbres Werther ou Manon, il est moins larmoyant, mais encore plus grave et terrible. Il était servi à cette occasion par chef, orchestre et plateau de solistes du meilleur choix, tous aussi précis qu’expressifs, nous transportant dans la Rome rêvée du début du XXe siècle.

 

 

Le temple de Vesta est profané. Rome en pleine guerre contre Hannibal est perdue. Pour la sauver l’oracle demande la mort de la Vestale qui a osé s’abandonner à Vénus. Le sénateur Fabius s’inquiète car sa nièce chérie, Fausta est vestale. Est-elle la coupable ? L’une des vestales se désigne. C’est Junia, interprétée avec une grâce incomparable par Hélène Carpentier. Elle chante un air plein de candeur racontant un rêve où elle aurait aperçu l’amour. Si le rôle de Junia se résume quasiment à cet air, Hélène Carpentier le rend inoubliable par un sens aiguisé de l’art vocal au service du théâtre. La véritable coupable est découverte lorsque le cruel pontife Lucius Cornelius lui fait croire à la mort de son amant. Il s’agit de Fausta. Le sénateur Fabius est, schéma classique, tiraillé entre l’amour pour sa nièce et son devoir de sénateur : sauver Roma. Tassis Christoyannis, membre peut-être le plus fidèle à l’équipe du Palazzetto, livre dans cet air toutes ses qualités qu’on ne présente plus. Il incarne ce rôle autant dans la douleur que dans la dignité, expressif dans chaque mot sans y sacrifier une seule note. Il est certain que nul autre n’aurait pu être mieux à sa place tant par ses qualités que par sa grande connaissance de l’opéra français. Mais Fausta doit mourir, et il en sera convaincu par l’impressionnant Patrick Bolleire qui incarne l’implacable Lucius Cornelius. Comme une colonne de marbre, sa profonde voix de basse s’ancre dans ce rôle glaçant. Une diction raffinée qui se délecte des sentences sévères qu’elle prononce complète ce portrait d’un méchant idéal.

 

 

Fausta et son amant Lentulus doivent fuir pour échapper à la mort. Ce dernier est campé par Jean-François Borras, ténor incontournable de sa génération, à la voix aussi héroïque que lyrique. Lyrisme qui s’épanouit tout particulièrement dans les deux superbes duos du troisième acte avec sa bien aimée incarnée avec sensibilité par Rachel Willis-Sørensen. Ils forment ensemble un parfait couple d’amants, presque Pucciniens, incarnant ensemble à la fois la passion, mais aussi la peur et la culpabilité avec un fort sens dramatique. Ils fuient par un souterrain avec l’aide du gaulois Vestapor sous les traits de l’excellent Jérôme Boutillier. Il est dans ce rôle à la fois très comique et profond lorsqu’il défend par cet acte, son pays gaulois contre Rome asservissante. Une technique absolument irréprochable lui permet tout, de la farce à l’envolée lyrique, ou à son héroïsme dans le petit rôle de Caïus au premier acte.

 

 

La tension dramatique est à son comble dans les deux derniers actes de l’opéra. Fausta décide finalement de se rendre pour sauver son pays. Mais sa mère, l’aveugle Postumia s’y oppose. Julie Robard-Gendre est magistrale dans ce rôle. Elle est la seule soliste pour laquelle le public enthousiaste n’a pu s’empêcher d’applaudir son impressionnant grand air. Une voix de poitrine très soignée, et une intensité dramatique comparable à l’expressionnisme allemand des années 20, la font ressortir d’un plateau pourtant extraordinaire. Julie Robard-Gendre est pour nous la révélation de cette soirée. Il n’est pas une inflexion, un affect, un regard perdu comme sont ceux des aveugles qui ne soit proposé avec précision tant le rôle est su et pris à cœur. Elle est d’ailleurs une des solistes à regarder le moins sa partition. Avec son impressionnante voix toutes les possibilités lui semblent ouvertes, des notes graves de contralto aux éclats d’une soprano dramatique. Le plateau est complété par le petits rôles de Galla et la grande vestale respectivement interprétés par Clémence Tilquin et Aliénor Feix, toutes deux aussi justes que le reste du plateau. Tous ces interprètes merveilleux étaient portés par le très dynamique Orchestre Philharmonique de Monte Carlo, placé sous la baguette jeune, précise et expressive de Diego Ceretta.

Accroché à cette tragédie rendue monumentale par l’excellence de ses interprètes, la fondation Palazzetto Bru Zane offre encore une fois une version concert et un enregistrement de référence qui a le pouvoir en une soirée de vous faire oublier tout ce qui ne se passe pas sous vos yeux par le pouvoir de la musique, à Roma.

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, Théâtre des Champs-Élysées, lundi 28 septembre 2026. MASSENET : Roma. R. Willis-Sørensen, J. F. Borras, J. Robard-Gendre, T. Christoyannis, J. Boutillier… Crédit photo © Alice Blangero
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ABBAYE DE ROYAUMONT. Saison 2026 – 2027. Les Surprises, Les Epopées, Bastien David, Kamilya Jubran, Mackenzy Bergile…

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Du 27 septembre 2026 au 13 juin 2027, l’Abbaye de Royaumont ne sera plus seulement le théâtre d’un festival estival : elle se transforme en une saison culturelle à part entière, rythmée par plus d’une vingtaine de rendez-vous dominicaux. Une mutation profonde pour la plus grande abbaye cistercienne d’Île-de-France, qui invite le public à vivre une expérience artistique et humaine au long cours, avec une courte pause hivernale.

 

« Dans un monde en accélération constante… le besoin de présence humaine n’a jamais été aussi crucial » (François Naulot, directeur général de Royaumont)

C’est par ces mots que le directeur général de la Fondation Royaumont, introduit cette nouvelle saison. Une réflexion qui résonne comme un manifeste : face à la déferlante technologique et aux spectacles parfois déshumanisés, l’abbaye s’affirme comme « un écrin préservé, hors du temps, où l’émotion naît de la rencontre avec des artistes bien réels ». Ce parti pris irrigue l’ensemble de la programmation, pensée comme un voyage sensoriel et intellectuel où chaque spectacle raconte une histoire de résidence, de redécouverte ou de rencontre née entre les murs de Royaumont.

De septembre à juin, plus de 120 artistes feront vibrer l’abbaye à travers une vingtaine de rendez-vous dominicaux mêlant musique classique, chant médiéval, danse contemporaine et dialogues transculturels. La programmation s’articule autour de quatre grandes thématiques — dont « L’humain en résonance », qui place la voix, le corps et le partage au cœur de l’expérience.

 

 

Parmi les temps forts de la saison, deux rendez-vous s’annoncent d’ores et déjà comme des sommets. En décembre 2026, Les Surprises, dirigé par Louis-Noël Bestion de Camboulas, présentera Didon et Énée de Purcell dans le cadre majestueux du réfectoire des moines. Ce spectacle s’inscrit dans un parcours de résidence et de diffusion qui a déjà conduit l’opéra dans une dizaine de villes. En avril 2027, l’ensemble Les Épopées dirigées par le charismatique Stéphane Fuget proposera un programme consacré au Stabat Mater de Pergolèse et Vivaldi, deux pages sacrées d’une intensité bouleversante.

Fidèle à sa mission de pépinière artistique, la Fondation Royaumont réserve une large place aux créations et aux artistes de demain. Près de la moitié des spectacles de la saison ont bénéficié de résidences de longue durée au sein de l’abbaye, via le programme « La Fabrique Royaumont ». Le public découvrira notamment Bastien David et son Métamorphoses, un ballet gestuel et sonore interprété par six percussionnistes autour d’un métallophone géant de 216 lames d’acier. Autre proposition audacieuse : le solo du danseur et chorégraphe franco-haïtien Mackenzy Bergile, Identity is a rumor, until death writes it down, un dispositif immersif et performatif où l’identité est mise à l’épreuve. Chorégraphe, pianiste, poète et chercheur, Bergile développe une œuvre à la croisée de la performance et de la critique postcoloniale.

La danse sera également à l’honneur avec Fabrice Lambert (La vitesse de l’eau), Christian et François Ben Aïm (Dans ma cuisine un désert ?), ou encore Julie Gouju et Scratchy pour Phénomènes, une transe chorégraphique et beatbox.

 

 

La saison s’est ouverte ce 27 septembre 2026 avec Sofiane Saidi et Théo Ceccaldi, figures du Raï nouvelle génération et de la scène jazz française, entourés d’une dizaine de musiciens pour un concert d’ouverture placé sous le signe de l’énergie contagieuse. Et le voyage se poursuivra vers l’Atlantique avec Incas et Conquistadors, un programme qui imagine la rencontre entre musiques anciennes d’Europe et traditions andines, porté notamment par la flûtiste Clémence Niclas. Plus loin dans la saison, Kamilya Jubran, figure de la musique arabe contemporaine, explorera les chemins d’une musique hypnotique entre électronique et improvisation.

Héritière du « Centre Royaumont pour une Science de l’Homme » fondé dans les années 1960, l’abbaye renoue avec sa vocation intellectuelle. Un cycle inédit de rencontres en sciences humaines et sociales, dirigé par l’historien Laurent Martin (Université Sorbonne Nouvelle), verra le jour en 2027. Ces débats accessibles à tous privilégieront le dialogue et l’écoute pour explorer des questions aussi essentielles que la liberté de pensée, le rôle de la culture face aux échéances électorales ou l’impact de l’intelligence artificielle sur les apprentissages.

En complément des 15 000 scolaires accueillis chaque année, la saison réserve une place de choix aux familles. Des ateliers artistiques participatifs seront proposés lors des vacances d’automne et de printemps, et plusieurs spectacles seront spécialement adaptés au jeune public, comme Le Bruit des autres (à partir de 5 ans), Dans ma cuisine un désert ? (dès 6 ans) ou Phénomènes (dès 10 ans). La programmation inclura également des rendez-vous festifs pour Halloween, Noël, Pâques ou la Nuit des Monuments.

Au-delà des spectacles, la Saison Royaumont propose une véritable expérience dominicale. Dès 14h, les visiteurs pourront profiter du brunch, participer à une visite guidée du monument et de ses jardins remarquables — le cloître, le potager et le jardin des 9 carrés inspiré d’Hildegarde de Bingen — ou encore échanger avec les artistes. Le tout dans un cadre exceptionnel, à moins d’une heure de Paris. L’institution étend également ses activités à Paris, au sein de la Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret, près du parc Monceau, où des concerts-rencontres intimistes seront proposés les lundis.

Portée par le soutien de ses partenaires publics et mécènes, la Saison Royaumont 2026/2027 s’annonce riche, ouverte et intensément vivante. Comme le résume François Naulot : « Venez vibrer avec nous tous les dimanches ! » Une invitation à faire de l’abbaye votre rendez-vous culturel de l’année.

                                                                                    Crédit photo (c) Droits réservés

 

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Toutes les informations pratiques et la programmation détaillée sont disponibles sur royaumont.com.

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. BRESCIA, Teatro Grande, le 25 septembre 2026. BRITTEN : Death in Venice. T. Spence, D. Sedgwick, D. Pastore… Rodula Gaitanou / Daniel Smith

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Une entrée fracassante au répertoire du Teatro Grande de Brescia du dernier opéra de Benjamin Britten. Une réussite exemplaire, de la direction électrisante de Daniel Smith, à la distribution superlative, et à la mise en scène ingénieuse et poétique de Radula Gaitanou.

 

Le superbe écrin du Teatro Grande de Brescia, sans doute l’un des plus beaux théâtres d’Italie, donne le départ de cette magnifique production qui fera le tour des théâtres lombards (Pavie, Crémone, Côme), réunis en consortium, et de l’Émilie-Romagne (Reggio, Ravenne). Si les productions du dernier chef-d’œuvre de Britten se multiplient depuis quelques années (la production lyonnaise de 2009 fut un choc), on ne peut pas dire que Death in Venice ait atteint la popularité de Billy Budd, de Peter Grimes ou de A Midsummer Night’s Dream. Très fidèle à la nouvelle de Thomas Mann, l’opéra apparaît bien comme le testament spirituel et la synthèse de l’art du compositeur. Le livret, intelligemment concocté par Mary Myfanwuy Piper, introduit deux principales nouveautés d’une grande efficacité dramatique : le pentathlon qui clôt le premier acte et le personnage d’Apollon qui illustre, avec son double Dionysos, les doutes philosophiques d’Aschenbach, tiraillé entre la beauté platonique et les plaisirs de la chair.

 

 

La mise en scène ingénieuse et poétique de Rodula Gaitanou offre une lecture fidèle sans être purement illustrative de la nouvelle de Mann ou du film de Visconti (qui faisait d’Aschenbach un compositeur et non un écrivain). La metteuse en scène grecque parvient surtout à traduire merveilleusement les atmosphères et surtout les états d’âme du protagoniste, fluctuants à l’image des tableaux de Venise si poétiquement rendus par les vidéos de Dick Straker qui reproduisent tour à tour les eaux de la lagune, les colonnes trilobées des palais vénitiens ou les ponts enjambant un canal, mais aussi la chambre de l’écrivain ou la plage du Lido. Les costumes raffinés de Takis, qui assure également les décors minimalistes mais non moins éloquents, nous renvoie à la Venise de l’époque de Thomas Mann (complets couleur crème, maillots de bain rayés ou robes élégantes des clientes de l’hôtel). Car il ne s’agit pas seulement d’évoquer ou de représenter une Venise de carte postale, mais bien plutôt de transcrire scéniquement, visuellement, la perception qu’Aschenbach exprime poétiquement et musicalement. La structure en deux actes – Britten avait initialement prévu son opéra d’un seul tenant – est le reflet symbolique de la dualité intrinsèquement liée à Venise, coincée entre l’Orient et l’Occident, entre l’Apollinien et le Dionysiaque, entre sa beauté légendaire et son irrémédiable déclin, entre la vie (celle qu’illustrent les jeux insouciants de Tadzio et des autres éphèbes sur la plage) et la mort (inoculée par le choléra qui n’ose dire son nom). La dualité est aussi présente dans le contraste entre l’intimité d’Aschenbach, souvent seul, perdu dans ses réflexions, au milieu de l’immensité de la scène, et la dimension grandiose de certains tableaux, comme celui de l’office religieux à Saint-Marc, dont le « Kyrie Eleison » est ponctué par de tonitruants sons de cloche. Et sans doute que la dualité est le mieux résumée par le distique du poète August von Platen que Mann avait placé en exergue de sa nouvelle : « Wer die Schönheit angeschaut mit Augen / Ist dem Tode schon anheimgegeben » (« Qui observe de ses yeux la beauté / Est déjà à la mort destiné »). Tout est d’une fluidité remarquable dans cette mise en scène, dans les changements presque imperceptibles des lieux et des ambiances, comme dans l’impeccable direction d’acteurs chez qui, au-delà des danses fascinantes, dont la gestuelle désarticulée a un capiteux souvenir expressionniste (formidable travail de Mattia Agatiello), tout semble être chorégraphié, des gestes d’Aschenbach à ceux du barbier, en passant par ceux plus spectaculaires des musiciens ambulants.

 

 

Au sein d’une distribution d’une grande homogénéité, il faut louer la prestation miraculeuse de Toby Spence dans le rôle écrasant d’Aschenbach. Le ténor britannique stupéfie par son aisance à varier les mille nuances vocales qu’exige son personnage, du « parler en chantant » au lyrisme le plus élégiaque et le plus pathétique, grâce à un ambitus vocal dont l’étendue ne cesse d’impressionner. Non moins spectaculaire est l’interprétation du baryton Dominic Sedgwick, dont l’immense talent lui permet de différencier avec une maestria stupéfiante les sept rôles que Britten lui a confiés, aussi distincts que le voyageur, le barbier, l’intendant de l’hôtel, le vieux gondolier ou le chef des musiciens ambulants : une même unité vocale pour une voix constamment métamorphosée. Du grand art. Dans le rôle d’Apollon, tout d’or vêtu, le contre-ténor Danilo Pastore enchaîne les performances avec la même excellence, après les Nozze di Teti de Cavalli à Crémone en juillet, et Il pomo d’oro de Cesti à Innsbruck en août. Dans ce rôle ô combien symbolique ajouté pour l’opéra, qui n’est pourtant pas d’une grande difficulté vocale, Pastore allie la beauté d’un timbre riche en harmoniques et qui a gagné en épaisseur, à une présence scénique tout en retenue. Les autres rôles secondaires, tous impeccables, ne méritent que des éloges. Une mention spéciale pour les danseurs et les chœurs admirablement préparés par Diego Maccagnoli.

À la tête de l’orchestre I pomeriggi musicali, le chef Daniel Smith dirige avec une précision métronomique, attentif aux moindres inflexions d’une partition toujours surprenante, foisonnante, assurant avec naturel l’équilibre des pupitres, tout en alternant, avec une égale assurance, les moments d’une puissance tellurique et les pianissimi à peine susurrés. Une réussite magistrale et une soirée à marquer d’une pierre blanche.

 

 

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CRITIQUE, opéra. BRESCIA, Teatro Grande, le 25 septembre 2026. BRITTEN : Death in Venice. T. Spence, D. Sedgwick, D. Pastore… Rodula Gaitanou / Daniel Smith. Crédit photo (c) New Reporter Favretti

 

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NOMINATION. Nicolas FAYE, futur directeur général de l’Opéra de Limoges

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Le conseil d’administration de l’Opéra de Limoges, présidé par le maire Guillaume Guérin, a annoncé lundi 28 septembre 2026 la nomination de Nicolas Faye comme futur directeur général de l’institution. Actuellement directeur général adjoint depuis janvier 2020, il a été choisi par un jury composé de représentants de la Ville de Limoges, du ministère de la Culture, de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Département.

 

Nicolas Faye succédera à Alain Mercier, qui dirige l’Opéra de Limoges depuis 2010 et dont le départ est prévu à la fin de la saison 2026-2027. La prise de fonctions du nouveau directeur général est fixée au 1er septembre 2027.

Cette nomination couronne un parcours interne : au sein de la direction, Nicolas Faye s’est notamment vu confier la réflexion stratégique globale, la transition écologique du projet, le mode de gestion et les aspects budgétaires de l’établissement. Il a également occupé les fonctions de directeur adjoint et de production.

Alain Mercier, nommé en 2008 et en poste depuis 2010, a profondément marqué l’institution limougeaude, notamment en intégrant la gestion de l’orchestre symphonique régional au sein de l’opéra dès 2010. La passation de pouvoir, préparée en interne, assure ainsi une continuité à la tête d’un établissement conventionné « Théâtre lyrique d’intérêt national » depuis 2024.

 

 

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CRITIQUE, concert. NANTES, Auditorium Debussy, le 25 sept 2026. Prokofiev : Concerto pour piano n°2 (Lucas Debargue, piano), R. Strauss : Mort et transfiguration, Till l’Espiègle…Orchestre National des Pays de la Loire, Sascha Goetzel (direction)

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Le programme défendu en ce début de nouvelle saison 2026 – 2027 est riche et intense, affichant dans la même soirée, le modernisme radical et acide de Sergueï Prokofiev à la verve post-romantique du flamboyant Richard Strauss. Les spectateurs nantais retrouvent l’Auditorium Debussy du Conservatoire de Nantes (sur l’Île Beaulieu). Une salle à nouveau investie (ce jusqu’au début de 2028) dont l’acoustique permet une très fine écoute. De quoi apprécier, de façon optimale, chaque partition jouée ce soir.

 

Invité régulier, après Rachmaninov et un programme Broadway… entre autres , le pianiste Lucas Debargue retrouve les musiciens de l’ONPL / Orchestre National des Pays de la Loire, dans le Concerto n°2 de Prokofiev… L’œuvre énergique et furieuse, détonne : il exige du soliste une concentration optimale, des prouesses digitales impressionnantes, et aussi, une entente idéalement calibrée avec la masse orchestrale. Sa création [Saint-Petersbourg, sept 1913] souligne l’audace et l’inventivité saisissante du jeune pianiste compositeur comme sa volonté de faire rupture. Forme inédite, éclatée ; assauts intempestifs, contrastes vertigineux, accents surpuissants, incisifs – toujours maîtrisés, mais aussi jaillissement d’un lyrisme souterrain bien présent [parodiant dans l’ambivalence sourde, d’ultimes feux post romantiques] … le jeu de Lucas Debargue jouant par cœur, relève tous les défis d’une partition redoutable et parfois terrifiante.

Servi par un interprète aussi fin et impliqué, Prokofiev saisit par ses audaces, par cette refondation radicale de l’écriture pianistique ainsi opérée… “cubiste”, “futuriste”… l’œuvre essentiellement iconoclaste suscite à son époque, rejet et incompréhension, affublé d’épithètes ordinairement assignés pour dénoncer les tenants d’une fausse avant garde, tapageuse et provocatrice. L’ONPL joue ce soir la dernière version de 1923, orchestralement plus affinée, tempétueuse, radicale, éruptive. La dédicace à Maximilien Schmidthof, un ami qui venait d’ annoncer au compositeur, dans une missive qu’il s’était tiré une balle dans la tête, en dit long sur le climat général d’une œuvre sans équivalent.
À nos oreilles rompues à tous les excès, la partition relève d’une belle irrévérence moderniste et classique : son énergie forcenée captive. Lucas Debargue convainc d’un bout à l’autre : intempestif et ciselé. Le soliste se délecte dans la série de solos développés, – l’orchestre se taisant alors ; il déploie cette irrépressible certitude, exprimant ce double voire triple sens que Prokofiev partage avec Chostakovitch. L’ambivalence y règne entre désinvolture apparente et angoisse de… la mort. Le climat demeure intranquille, d’une versatilité assumée, alternant gouffres paniques, apeurés et aussi… tendresse fugitive d’une gravité de sépulcre.

L’Andantino préalable ouvrant le premier mouvement énonce la pure et douce mélodie slave, référent mélodique faussement badin qui génère rapidement des variations de plus en plus acides, terreau propice à la déconstruction rythmique comme à une apparente dérégulation formelle de plus en plus intense voire tendue. La carrure du pianiste s’affirme évidemment dans la grande cadence à voce sola affirmant dans un ambitus sonore vertigineux, physiquement redoutable, cette fureur assumée et aussi les défis d’une technicité acrobatique : ne faut-il pas alors construire pas à pas l’architecture d’un véritable mouvement de sonate, inséré dans le concerto ? Sans l’orchestre. Dans le Scherzo qui suit, Lucas Debargue réussit un nouveau tour de force : habiter la vélocité et l’activité épique inscrites dans cette toccata slave, d’une liberté débridée, enivrée… démoniaque. Le 3è (allegro moderato) intensifie la danse aspirante du piano, attirant l’orchestre, l’obligeant dans des sauts d’octaves vertigineux, au bord de la déconstruction totale dont nous avons parlé. De fait, le 4è mouvement déconcerte davantage (tempestoso), tout aussi violent et convulsif, où l’orchestre sauvage ne trouve guère d’entente avec le piano qui sait autant rugir que… rêver (certes très fugacement dans la partie centrale, sombre et lyrique). Les interprètes en expriment toute la rudesse, la lave âpre et incandescente, l’essence radicale et pleinement futuriste. En bis, le pianiste compositeur joue l’une des variations de son cru d’après la mélodie de Gershwin, « The man I love », l‘une des perles extraite de son dernier album dédié à Gershwin. Tout en swing et en élégance intérieure.

 

Photo : Lucas Debargue à l’issue du Concert pour piano n°2 de Prokofiev © classiquenews

 

La seconde partie plonge dans une toute autre atmosphère, volontiers onirique et dramatique, de facture évidemment plus classique ; celle d’un Strauss romanesque, maître de ses effets, alors aux portes de l’opéra…

Sascha Goetzel souligne combien « Mort et transfiguration » éclaire la capacité de l’écriture orchestrale à raconter et suggérer. Tout du long d’un parcours presque exténuant, conjurant la mort elle-même. L’éloquence narrative et poétique de l’écriture, révèle combien son auteur (en 1890), est taillé pour l’opéra… Après Macbeth, autre poème qui commence et se termine en ré mineur, l’opus 24 d’un Strauss inventif – prêt à relever tous les défis compositionnels, se voulait solution pour une pièce débutant en ut mineur pour s’achever en ut majeur. Tout le flux dramatique déroule un puissant cheminement expressif, plutôt introspectif de l’une à l’autre borne harmonique. Des vapeurs suspendues du début, inquiètes et mystérieuses, enveloppant le malade mourant, aux appels de la Faucheuse tapie dans l’ombre, jusqu’à la Rédemption tant espérée, tous les pupitres sont au diapason d’une lecture millimétrée, attentive au chant et contre-chants du scénario musical. Les bois suggestifs (clarinette, flûtes, hautbois…) évoquent les images qui traversent l’esprit du condamné à l’agonie (souvenirs d’enfance, images d’une existence à présent achevée… ) ; les assauts de la Mort inflexible, mordante s’affirment à travers les chromatismes ascendants de tout l’orchestre, jusqu’à l’ut majeur, final et libératoire… quand la harpe indique l’envol réussi vers l’éternité lumineuse et enfin apaisée. Les musiciens en expriment l’ardente énergie souterraine, l’aspiration vers l’Idéal ; le chef en saisit l’essence rédemptrice car chaque tableau dans une succession fluide, souligne la finesse et la justesse de l’orchestration : à la fois fervente et transparente, organique puis éthérée, de la lutte viscérale à la sublimation du corps physique. La couleur globale et la cohésion sonore qu’y déploie Sascha Goetzel, confirment l’indiscutable affinité du maestro pour la culture viennoise, explicitant de façon magistrale l’imagination du Bavarois Richard Strauss. L’approche rappelle la réussite du récent disque couronnée à juste titre par la critique (CLIC de CALSSIQUEENWS et BBC Awards 2026) réalisé par l’ONPL et son directeur musical, dévoilant la magistrale Sinfonietta de Korngold / LIRE notre critique ici :  https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-schreker-ouverture-des-stigmatises-korngold-sinfonietta-krenek-potpourri-onpl-orchestre-national-des-pays-de-la-loire-sascha-goetze-direction-1-cd-bis/).

A 31 ans, Richard Strauss maîtrise comme personne jusque là la verve narrative comme le potentiel poétique du genre  » poème symphonique  » ; il le montre de toute évidence dans son « Till Eulenspiegel / Till l’Espiègle » créé en nov 1895 : du héros libertaire flamand contre les troupes impériales de Charles Quint, le compositeur au seuil d’une carrière lyrique flamboyante, fait un luron provocateur, un électron libre et séditieux voire un gnome caustique spécialiste des mauvais coups. Respectueux des ressorts du conte, Sascha Goetzel éclaire chaque partie virtuose instrumentale tout en veillant au flux narratif et dramatique ; chaque instrumentistes exposé cisèle son intervention dans un chant individualisé, idéalement caractérisé ; la forme rondeau permettant l’affirmation et la permanence du caractère héroïque (refrain) malgré les revers et la condamnation finale des juges face à ce démon toxique menaçant l’ordre ; le chef souligne le cynisme orchestral (avec batterie et trombones définitifs) qui fait pendre le trublion infernal. L’ONPL se montre à la hauteur des nombreux défis d’une partition redoutable dont chaque mesure requiert des instrumentistes des trésors de phrasés, une fusion totale des pupitres. Mais cette légende orchestrale qui reste morale, condamnant le mauvais garçon, est aussi habitée par l’esprit supérieur, l’étincelle originelle d’une inaltérable liberté… c’est justement ce que rappellent chef et instrumentiste en fin de partition : même pendu, Till, sa vivacité et son effronterie chevillées au corps, lui ont survécu et continuent de nous hanter grâce à l’activité des instruments, à leur voix aussi éloquentes que justes. Tout le travail des musiciens relève de la haute précision dans la caractérisation opératique ; leurs talents conjugués montrent ce soir, l’indiscutable réussite de l’Orchestre ligérien en tant que conteur animé par un somptueux souffle épique.

 

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CRITIQUE, concert. NANTES, Conservatoire Claude Debussy, le 25 sept 2026. Prokofiev : Concerto pour piano n°2 (Lucas Debargue, piano), R. Strauss : Mort et transfiguration, Till l’espiègle… Sascha Goetzel, direction

 

 

 

LIRE aussi

nos autres articles, critiques et dossier dédiés à l’ONPL Orchestre national des Pays de la Loire : https://www.classiquenews.com/?s=ONPL

 

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THÉÂTRE IMPÉRIAL – OPÉRA DE COMPIEGNE, saison 2026 – 2027. Médée, Pinocchio, Nadine Sierra, Trio Ayonis, La Tempête, Fidelio…

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La nouvelle saison 2026 – 2027 du Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne (couplé avec l’Espace Jean Legendre), soit 2 scènes à Compiègne, illustre la vision exemplaire et fédératrice d’Éric Rouchaud, directeur artistique et général : vision d’une « culture qui ne renonce ni à la qualité ni à la proximité. Une culture qui considère que l’art n’est pas un luxe, mais une nécessité démocratique ».

 

Premier temps fort : Médée de Charpentier ouvrira la saison le 2 octobre avec notamment Marie-Nicole Lemieux dans le rôle-titre et l’excellent ensemble Les Épopées, dirigés par son fondateur et directeur musical, Stéphane Fuget.

Puis, pour sa 9ème édition en 2026, le Festival « En Voix ! » rayonnera dans l’Oise et dans les Hauts-de-France du 5 novembre au 17 décembre avec 61 représentations réparties, pendant 43 jours, dans toute la Région. En ouverture : première de la nouvelle production avec la co[opéra]tive : « Pinocchio » de Philippe Boesmans et Joël Pommerat, mise en scène Ambre Kahan (les 5 et 6 nov 2026).

Ensemble en résidence, le Trio Ayònis (avec Enguerrand de Hys, Elodie Roudet et Paul Beynet) revient dans un nouveau concert-spectacle festif (pour leur 10 ans de résidence), le 21 novembre 2026.

Autre temps fort lyrique, la nouvelle production de Fidelio de Beethoven (pour le Bicentenaire de la mort du grand Ludwig) – c’est à n’en pas douter, le spectacle événement appelé à tourner partout dans l’Hexagone et ailleurs, – projet d’envergure pour une très large diffusion à l’égal de ce que fut la production précédente de Tosca la saison dernière (avec ses 25 représentations en France et en Belgique) ; ce nouveau Fidelio débute sa tournée au Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne, les 14 et 15 janvier 2027 pour ensuite se produire à Tourcoing, Vichy, Clermont-Ferrand, Nîmes, Chartres, Namur et Rennes.

Ensemble tout aussi familier de la scène impériale, La Tempête présente une nouvelle expérience prometteuse intitulée « Nocturne II – La Nuit du Cœur », concert augmenté de Simon-Pierre Bestion (coproduction du Théâtre Impérial) soit un voyage méditatif exceptionnel dans le temps, le mardi 4 mai 2027 à Compiègne.

La saison réunit des artistes d’exception : Nadine Sierra (avec l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, le 10 fév 2027) ou Marie-Nicole Lemieux (précédemment citée dans Médée de Charpentier, en ouverture) mais aussi de jeunes talents émergeants, comme Margaux Poguet, notre nouvelle artiste lyrique en résidence (récital du 7 avril 2027). Enfin, vendredi 21 mai 2027, sera présenté l’opéra Platée de Jean-Philippe Rameau, avec l’ensemble également en résidence, Il Caravaggio, dirigé par Camille Delaforge (coproduction du Théâtre Impérial).

 

PLUS D’INFOS sur le site du Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne, nouvelle saison 2026 – 2027 : https://www.theatresdecompiegne.com/

Si besoin, voici le lien vers la brochure de saison complète :
https://www.theatresdecompiegne.com/notices-pj/brochure-de-saison-2026-2027-4478.pdf

 

 

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CRITIQUE, zarzuela. MADRID, Teatro de la Zarzuela, les 23 & 26 septembre 2026. BRETON : La Verbena de la paloma. B. Quiza / C. San Martin, C. Romeu / M. Rey-Joly… Nuria CASTEJON / Carlos ARAGON

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Le Teatro de la Zarzuela de Madrid a ouvert sa saison 2026-2027 avec l’une des partitions les plus connues, populaires et représentatives du répertoire lyrique espagnol : « La Verbena de la Paloma », une œuvre brève, emblématique du género chico, et l’un des grands joyaux du répertoire de la zarzuela, composée par le prolifique compositeur espagnol Tomás Bretón (1850-1923), l’un des grands créateurs de la fin du XIXe siècle, dont la musique restitue magistralement l’atmosphère populaire du Madrid de ces années-là. L’intrigue, simple et sans prétention, se présente moins comme une grande histoire que comme un instantané théâtral de la ville. Sur un livret du dramaturge Ricardo de la Vega, elle met en scène les amours et la jalousie d’un jeune couple au cours d’une nuit de fête, dans le cadre des célébrations madrilènes de la Vierge de la Paloma.

 

En hommage au légendaire Teatro Apolo de Madrid, où « La verbena de la Paloma » vit le jour en 1894, le spectacle était précédé d’un prologue comique et lyrique intitulé « Adiós, Apolo », sur des textes d’Álvaro Tato, destiné à rendre hommage aux nombreux artistes qui firent de ce théâtre la cathédrale du género chico à Madrid. Dans un séduisant jeu de théâtre dans le théâtre, la proposition recrée la répétition de la dernière représentation qui devait y être donnée en 1929, avant sa fermeture définitive, précisément avec cette œuvre de Bretón. D’une durée d’un peu plus d’une demi-heure, le prologue réunissait une intéressante sélection de pièces de compositeurs tels que Guerrero, Chueca, Valverde, Serrano et Torregrosa, offrant une vision précise du panorama musical espagnol de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, en pleine effervescence de ce que l’on a appelé la Belle Époque espagnole. Se succédaient ainsi quelques-uns des numéros les plus représentatifs du répertoire créé à l’Apolo : le chotis de la « Garçon » de « El sobre verde », la valse de Neptuno de « El año pasado por agua » et celle du Caballero de Gracia de « La Gran Vía », le tango du cinématographe de « La gente seria », la polka japonaise de « El pobre Valbuena » et la polka du photographe de « El bateo ». Le tout culminait avec un émouvant sonnet dédié à l’historique théâtre, avant de laisser place à la représentation proprement dite de « La verbena de la Paloma ».

 

 

Sur le plan vocal, toutes les parties furent défendues avec de solides moyens et beaucoup de soin par une distribution composée exclusivement de chanteurs espagnols. Dans le rôle de Julián, jeune homme tourmenté et extrêmement jaloux, le baryton Borja Quiza tira le meilleur parti d’un personnage qu’il connaît dans les moindres détails et dont la vocalité semble parfaitement correspondre à ses moyens. Sa présence physique et son aisance scénique contribuèrent de manière décisive à la réussite de sa caractérisation. En alternance dans le rôle (3 jours plus tard…), César San Martín ne fut pas en reste, faisant valoir des moyens vocaux solides qu’il sut déployer avec goût et une grande élégance. Objet de la jalousie de Julián, Susana fut incarnée avec beaucoup de conviction par les sopranos Carmen Romeu, puis María Rey-Joly, toutes deux très charismatiques sur scène, qui surent mettre la partie en valeur grâce à leurs beaux timbres et à une parfaite aisance dans la tessiture. Comme on pouvait s’y attendre, les deux distributions furent chaleureusement applaudies dans le numéro le plus célèbre de l’œuvre, le duo « ¿Dónde vas con mantón de Manila? » (« Où vas-tu avec ton châle de Manille ? »). 

Avec beaucoup de métier scénique, les sopranos Milagros Martín et Gurutze Beitia donnèrent vie respectivement à la très tempéramentale Séña Rita, marraine et protectrice de Julián, et à Antonia, la tante de Casta et Susana, au caractère bravache et volontiers gouailleur. Les sopranos Ana San Martín et Lara Sagastizábal s’acquittèrent elles aussi de leur tâche avec beaucoup d’à-propos, apportant, par leur sens comique et leur aisance scénique, une dimension particulièrement savoureuse au personnage de Casta. Autre grande triomphatrice de la soirée, la cantaora Sara Salado, dans le rôle de Soleá, contribua à recréer avec justesse l’atmosphère musicale et populaire de la fête, depuis le tablao du Café de Melilla. Son intervention flamenca, « En Chiclana me crié… » (« C’est à Chiclana que j’ai grandi… »), apporta une touche de couleur et d’enthousiasme qui lui valut une ovation particulièrement chaleureuse du public.

Dans le rôle de Don Hilarión, pharmacien vieillissant et séducteur invétéré, caricature d’une certaine masculinité de son époque, le ténor comique Antonio Comas étala avec beaucoup d’aplomb ses conquêtes amoureuses. Sans jamais en faire trop, il fit preuve d’une grande verve et d’une remarquable variété de moyens comiques, qui lui valurent les chaleureux applaudissements du public. Dans le rôle de son ami Don Sebastián, Gerardo López et Jorge Rodríguez-Norton offrirent un excellent contrepoint, avec beaucoup de métier et une riche palette de nuances interprétatives. Excellente également, la prestation de Rafa Castejón dans ses deux fonctions de metteur en scène et de tavernier. Les autres interprètes complétèrent avec bonheur une représentation d’un niveau vocal remarquable.

 

 

Le chœur de la maison, placé sous la direction d’Antonio Fauró, solide et bien préparé, se distingua particulièrement dans les célèbres seguidillas « ¡Por ser la Virgen de la Paloma! » (« Pour être la Vierge de la Paloma ! »), apportant tout le caractère festif et la saveur populaire qu’exige la partition. Pour sa part, l’Orchestre de la Communauté de Madrid livra une excellente prestation sous la direction de Carlos Aragón, qui sut mettre en lumière, avec une conduite sûre et une grande maîtrise, toute la richesse d’une partition qui, derrière son langage populaire et son apparente simplicité, révèle une écriture musicale d’une grande richesse et d’une réelle sophistication.

Éloignée de toute volonté de réinterprétation, la production scénique traditionnelle de Nuria Castejón, profondément ancrée dans l’esthétique populaire espagnole, offrit un cadre idéal au déroulement fluide de l’action, grâce à un minutieux travail de direction d’acteurs et de mouvements, tant pour les solistes que pour les ensembles choraux. L’attreyante proposition visuelle repose sur la scénographie réaliste et détaillée de Nicolás Boni, qui recréa fidèlement sur scène une place du Madrid des Habsbourg, sur les magnifiques costumes de la créatrice Gabriela Salaverri et sur les lumières chaleureuses et précises d’Albert Faura. Les chorégraphies de Nuria Castejón, parfaitement intégrées à l’action, furent également l’un des points forts d’un spectacle qui sut immédiatement séduire le public.

L’enthousiasme de la salle, qui se prolongea par de nombreuses sorties des artistes et une ovation qui semblait ne jamais devoir prendre fin, confirma le succès de cette reprise – et couronna de belle manière les débuts prometteurs de la nouvelle saison du magnifique Théâtre de la Zarzuela de Madrid !

 

 

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CRITIQUE, zarzuela. MADRID, Teatro de la Zarzuela, les 23 & 26 septembre 2026. BRETON : La Verbena de la paloma. B. Quiza / C. San Martin, C. Romeu / M. Rey-Joly… Nuria CASTEJON / Carlos ARAGON. Crédit photo (c) Elena Real

 

 

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CLERMONT AUVERGNE OPÉRA, nouvelle saison 2026 – 2027. « Gemmes » : Le Jeu de Robin et Marion, Fidelio, L’Orfeo, Cendrillon, le Requiem de Mozart,…

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Riche et accessible, la saison 2026-2027 de Clermont Auvergne Opéra (CAO) s’intitule « GEMMES », soit une saison pensée comme un écrin mettant en valeur les voix et les joyaux lyriques. Au cours de ce nouveau cycle, le spectre est large : de la musique médiévale (Le Jeu de Robin et Marion, sam 24 oct 2026) aux chefs-d’œuvre du grand répertoire : Fidelio (mer 27 janv 2027), L’Orfeo (jeu 11 fév 2027), Le Barbier de Séville (sam 19 et dim 20 juin 2027), sans omettre le Requiem de Mozart… chorégraphié (sam 22 mai 2027).

 

 

Plus défricheur que jamais, Clermont Auvergne Opéra poursuit également la redécouverte de compositrices et d’œuvres rares : ainsi sont à l’affiche, Cendrillon de Pauline Viardot (mise en scène David Lescot, sam 28 et dim 29 nov 2026), comme le mix théâtre Nô et musique contemporaine, avec Ryoko Aoki et le Quatuor Ardeo (ven 2 avril 2027, avec la présence des auteurs.es à Clermont-Ferrand : Diana Rotaru et Edward Mascall-Robson), en partenariat avec le festival Musiques démesurées. Ne manquez pas non plus une autre partition rare, joyau de l’opéra romantique français : Ariodant du Méhul, avec l’Orchestre Concordances présenté lors du Concours de Chant (20-24 avril 2027).

Tout en privilégiant l’audace, Clermont Auvergne Opéra préserve toujours la proximité avec les publics et l’accessibilité de chaque événement : emblématique à ce titre, l’entrée au répertoire de Clermont Auvergne Opéra, de la comédie musicale américaine Company de Stephen Sondheim (et pour la 1ère fois en français, ven 20 nov 2026) ; ce sont aussi plusieurs croisements contemporains et inédits : la musique électro-pop de La Chica avec le ténor Jean Miannay en 1ère partie, en partenariat avec La Coopérative de Mai (sam 7 nov 2026), comme la danse magicienne associée au Requiem de Mozart par la compagnie Estelle Danvers (sam 22 mai 2027) ; le cabaret avec Vaslav en partenariat avec la Comédie, scène nationale (ven 4 et sam 5 déc 2026) ; enfin, ne manquez pas au titre de l’innovation sonore, le spectacle « L’Enfant et les sortilèges », opéra de chambre immersif, en son spatialisé (dim 9 mai 2027).

La jeunesse, la transmission et les voix de demain sont tout autant favorisées à travers plusieurs événements complémentaires dont l’accueil des épreuves régionales du Concours Voix Nouvelles (24 novembre 2026), le lancement du nouveau festival familial « Lyrik’Ô Folies » (du 2 au 27 mars 2027, comprenant spectacles, films, rencontres et ateliers) ; surtout, temps forts de la nouvelle saison, le 29e Concours international de chant (du 20 au 24 avril 2027) et une politique tarifaire toujours aussi accessible (à partir de 6 € avec la carte Si T Jeune et de 12 € pour les -27 ans).

 

 

TOUTES LES INFOS, le détail des programmes et des productions, les artistes invités, la billetterie et les modalités d’accès,… sur le site de CLERMONT AUVERGNE OPÉRA : https://clermont-auvergne-opera.com/

 

 

 

 

Clermont Auvergne Opéra

Bureaux : 2 Rue Blatin
63000 Clermont-Ferrand
Tél : 04 73 29 23 44
[email protected]

 

 

 

 

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ENTRETIEN avec le pianiste Gabriel DURLIAT, à propos de son nouvel album Le Tombeau de Ravel …

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Après Fauré, Gabriel Durliat s’intéresse au mystère Ravel... fasciné par ses sortilèges, le pianiste explorateur qui est aussi compositeur, questionne tout ce qu’a de spécifique la musique française dont Ravel est un ambassadeur majeur : « une certaine relation incantatoire au rythme » , des « couleurs harmoniques riches », la recherche sonore « dans la vivacité et la résonance »… En jouant avec le genre du Tombeau, hommage et célébration d’un confrère admiré, Gabriel Durliat retisse des filiations affectives, de Ravel à Couperin (et à Fauré), de Debussy à Rameau, de Messiaen à Dukas… Des correspondances et des filiations artistiques se précisent, où s’inscrivent aussi les propres compositions de l’interprète …

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Photo : Gabriel Durliat, pianiste, compositeur, chef d’orchestre © Thomas O’Brien

 

 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez vous sélectionné les 10 pièces de ce programme ? Dans quel but ?


Gabriel Durliat : Après un premier disque consacré à la musique de Gabriel Fauré mise en regard de celle de Bach, il était naturel de poursuivre mon exploration du répertoire français, qui m’est très cher, par Maurice Ravel, l’élève de Fauré. A l’image des Jeux d’eau, dédiés « au maître Gabriel Fauré » qui ouvrent ce disque, j’ai pensé ce programme comme une succession d’hommages musicaux dont Ravel serait la figure centrale. C’est ainsi que j’ai voulu mettre à l’honneur le genre du « tombeau », très en vogue au début du XXe siècle en France, et qui consiste pour un compositeur à rendre hommage en musique à l’un de ses pairs disparus.

 

CLASSIQUENEWS : Présentez-nous le caractère de votre composition « danse rituelle » pour le Tombeau de Ravel ? Quel en est le cheminement du début à la fin et le sens ? Qu’admirez-vous chez Ravel ? Quel élément du compositeur, avez-vous mis en lumière dans votre pièce ?

Gabriel Durliat : J’aime lier étroitement mes activités d’interprète et de compositeur. Ma fréquentation quotidienne du répertoire devient alors l’élément déclencheur d’un acte créatif que je pourrais même appeler interprétation au sens très large du terme.
En l’occurrence, mon intention était double dans la Danse rituelle. D’une part, prolonger le tombeau de Couperin en écrivant une sorte de danse additionnelle à cette suite qui reprenne des éléments thématiques de l’œuvre de Ravel. D’autre part, j’ai voulu penser une pièce qui rassemble des caractéristiques du style français : une certaine relation incantatoire au rythme, des couleurs harmoniques riches et lumineuses, une certaine manière de faire sonner le piano dans la vivacité et la résonance.

 

CLASSIQUENEWS : Le genre du « Tombeau » comme le principe de l’hommage ou de la célébration, suggèrent une sorte de révérence au compositeur célébré, avec référence à son style. En quoi « l’exercice » permet-il aussi un certaine créativité originale de la part de celui qui rend hommage ? Par exemple dans les cas de Debussy pour Rameau ; de Messiaen pour Dukas…

Gabriel Durliat : C’est tout l’intérêt de ce genre. On pourrait avancer que Rameau ou Debussy n’ont guère besoin d’un tombeau dans la mesure où, par leur génie propre, ils l’ont érigé eux-mêmes !
Ce qui me semble intéressant dans l’exercice est la grande part de subjectivité, assumée, qu’il comporte.
Dans « Hommage à Rameau », Debussy fait du Debussy avec une vision personnelle et fantasmée de la sarabande et d’une certaine nostalgie qu’il perçoit dans les œuvres de Jean-Philippe Rameau.
Dans « La plainte, au loin, du Faune… », Dukas cite avec une grande subtilité le thème du « Prélude à l’après-midi d’un Faune », qui vidé de son caractère initial de rêverie sensuelle devient une déchirante déploration funèbre de celui-ci qui vient de perdre un ami cher. Le tombeau n’est ni un pastiche ni une musique de deuil. Il est l’expression poétique d’un souvenir fixé pour l’éternité.

 

Gabriel Durliat © Thomas O’Brien

 

 

CLASSIQUENEWS : Quel est le sens de la Bourrée que vous avez reconstituée ?

Gabriel Durliat : J’ai eu la grande chance d’avoir accès au manuscrit du Tombeau de Couperin de Ravel, dont l’original se trouve à la Morgan Library de New York. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir au milieu d’esquisses des six mouvements qui composent la pièce, une page entière consacrée à un projet de Bourrée d’une vingtaine de mesures.
J’ai souhaité relever le défi de reconstituer ces esquisses incomplètes en veillant à rester au plus près des éléments laissés par Ravel. Je propose donc ici une version possible de ce qu’aurait pu devenir cette pièce si elle avait été intégrée au cycle.

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit ce nouveau programme à ce moment de votre travail artistique, comme pianiste et comme compositeur ?

Gabriel Durliat : J’ai le souci constant de penser mes programmes comme des enchaînements d’œuvres qui puissent s’éclairer et former un tout cohérent. Du reste, ce travail d’agencement constitue la seule part véritablement créative du travail de l’interprète. Dans mon cas, la composition vient parfois prolonger cette recherche, lorsqu’elle peut le faire de manière pertinente.
Plus généralement, je m’épanouis dans l’idée de décloisonner les pratiques artistiques.
La direction d’orchestre qui occupe une place de plus en plus grande dans ma vie de musicien s’inscrit également dans cette démarche.
Plus spécifiquement, l’enregistrement d’un disque est un exercice qui fait beaucoup grandir musicalement en ce qu’il oblige à se confronter très directement à soi : à son jeu, à ses choix d’interprétation, à des certitudes qui n’en sont généralement pas, à ses doutes…
Il faut choisir des prises, donc renoncer à d’autres, prendre des décisions que l’on regrettera certainement dans dix ans et à un certain égard, tant mieux !
C’est un niveau d’intimité avec soi-même et avec les œuvres qui marque un avant et un après et qui nourrit beaucoup la relation que l’on a au compositeur que l’on enregistre.

 

Propos recueillis en septembre 2026

 

 

 

cd

LIRE aussi notre présentation annonce du cd de Gabriel Durliat Le Tombeau de Ravel (1 cd Scala Music) : https://www.classiquenews.com/annonce-cd-evenement-le-tombeau-de-ravel-couperin-rameau-faure-ravel-debussy-messiaen-durliat-gabriel-durliat-piano-et-composition-1-cd-scala-music/

En hommage au génie de Maurice Ravel, un compositeur qui « apporte tant de joie dans ma vie de musicien », le jeune pianiste Gabriel Durliat qui est aussi chef d’orchestre et compositeur, conçoit pour son 2è album chez Scala Music, ce « Tombeau de Ravel », un cycle minutieusement choisi qui vaut hommage respectueux à celui dont « l’ingéniosité fascine et la pudeur des sentiments bouleverse ».

 

 

 

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ANNONCE CD événement. « Le Tombeau de Ravel « , Gabriel DURLIAT, piano et composition (1 cd Scala Music)  —  Enregistré du 9 au 11 septembre 2025 à La Scala Provence (Avignon), sur un piano Yamaha CFX — Prochaine critique complète à venir sur classiquenews.com / CD CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 — Parution : 2 octobre 2026 / Label Scala Music – Photo : Gabriel Durliat © Thomas O’Brien

 

programme

Ravel : Jeux d’eau, M. 30
Rameau : Suite en ré majeur : Les Tendres Plaintes
Debussy : Images, 1re série — Hommage à Rameau
Dukas : « La Plainte, au loin, du Faune… » (Tombeau de Debussy)
Messiaen : Pièce pour le Tombeau de Paul Dukas
Couperin : Forlane (Concerts Royaux) — transcr. Ravel
Ravel : Le Tombeau de Couperin, M. 68 (6 mouvements)
Ravel / Durliat : Bourrée pour le Tombeau de Couperin (reconstitution)
Durliat : Danse rituelle, pour le Tombeau de Maurice Ravel
Ravel : Pavane pour une infante défunte, M. 19

 

 

PROCHAINS CONCERTS

3 octobre / CONCERT SORTIE du CD Le Tombeau de Ravel
 (Scala Music), Scala Paris

16 octobre
 / Récital — Festival Ouverture, Semur-en-Auxois

2 novembre 2026 / 
Récital — Bibliothèque de la Grange-Fleuret, Paris

 

PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur SCALA MUSIC / Gabriel Durliat : Le Tombeau de Ravel – 1 cd Scala Music : https://scalamusic.fr/products/le-tombeau-de-ravel

 

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CRITIQUE, concert. BAYONNE, Théâtre Michel Portal, le 27 septembre 2026. Orchestre du Pays Basque, Aurélien Pascal (violoncelle), Benjamin Lévy (direction)

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Il y a des soirées qui tiennent de la déclaration d’amour, de l’acte de foi, et du coup de tonnerre. Ce dimanche 27 septembre, au Théâtre Michel Portal – Scène nationale du Sud-Aquitain, à Bayonne, l’Orchestre du Pays Basque a vécu un moment fondateur. Et Bayonne, sa région, tout le Pays basque, ont assisté à l’avènement d’une nouvelle ère. Car il ne s’agissait pas d’un simple concert d’ouverture de saison : c’était surtout une épreuve du feu, le baptême de Benjamin Lévy comme nouveau directeur musical de la phalange basque, après dix années glorieuses passées à la tête de l’Orchestre national de Cannes.

 

La nomination de Benjamin Lévy, annoncée en janvier dernier, a été vécue comme une bénédiction par tous les mélomanes de la côte basque. Rappelons que le maestro n’est pas un inconnu : il fut Premier chef invité de l’Orchestre Symphonique du Pays Basque de 2013 à 2016, et il a dirigé avec un bonheur constant les concerts du Nouvel An à Bayonne. Son retour, cette fois comme patron, est le fruit d’un choix collégial et unanime des musiciens eux-mêmes, ce qui en dit long sur l’estime et l’affection qu’il suscite.

Mais comment ne pas mesurer la chance inouïe pour Bayonne et sa région de « récupérer » un chef de cette envergure ? Pendant dix ans, Benjamin Lévy a transformé l’Orchestre national de Cannes, lui forgeant une identité, une singularité, et le conduisant jusqu’à l’obtention du prestigieux label « Orchestre national ». Notre compte-rendu de son concert d’adieu, en juillet dernier au Palais des Festivals de Cannes, disait déjà tout… Ce soir, à Bayonne, ce ne sont plus des adieux : c’est une promesse tenue, et cette promesse a été éclatante. Et le programme choisi pour cette ouverture était un manifeste à lui seul. Un titre mystérieux, « Trouble orchestral compulsif », pour un pari audacieux : mettre en regard deux « fous géniaux », selon les mots mêmes du chef. Et de fait, la soirée a commencé par une rareté décalée, un pied de nez musical d’une ébouriffante audace.

Le Concerto pour violoncelle de Friedrich Gulda (1980) n’est pas une œuvre comme les autres. Écrit à l’origine pour violoncelle et orchestre à vents, agrémenté d’une guitare électrique et d’une batterie, ce concerto est un ovni stylistique qui traverse les siècles et les genres avec une insolence réjouissante : musique médiévale, rock’n’roll, chanson populaire, et un génial pastiche de fanfare bavaroise. Gulda, génie inclassable, y déploie une ironie dévastatrice et une virtuosité spectaculaire. Pour défendre cette partition kamikaze, il fallait un soliste capable de tout : de la tendresse la plus pure à la folie la plus débridée. Aurélien Pascal fut cet interprète idéal. Révélation Soliste instrumental aux Victoires de la Musique Classique 2023, 4ᵉ prix du prestigieux Concours Reine Elisabeth de Bruxelles, il joue un magnifique Charles-Adolphe Gand de 1850. La sonorité ample et charnue de son instrument, sa musicalité intuitive, ont donné à cette œuvre protéiforme une cohérence saisissante. Il a épousé chaque virage stylistique avec une aisance confondante : la nostalgie d’une mélodie populaire, la puissance tellurique d’un riff rock, l’humour d’une fanfare de village. Son archet, d’une précision diabolique, a fait de ce concerto un moment de pur plaisir, une fête foraine musicale où l’intelligence le dispute à la jubilation. Face à lui, les musiciens de l’Orchestre du Pays Basque, visiblement galvanisés, se sont prêtés au jeu avec un enthousiasme communicatif, guidés par la baguette complice et précise de Benjamin Lévy.

 

 

Après cette entrée en matière iconoclaste, place à l’un des tubes absolus du répertoire classqiue : la Symphonie n° 5 de Ludwig van Beethoven, œuvre que l’on croit connaître par cœur, et qui peut vite devenir un pensum si l’on n’y insuffle pas une vie nouvelle. C’est précisément ce qu’a fait Benjamin Lévy. Avec lui, plus de tradition poussiéreuse, plus de lecture muséale : Beethoven devient un « névrosé obsessionnel du rythme », un fou génial, et cette folie, Lévy l’a embrassée sans réserve. Dès le célébrissime motif du destin, la tension est palpable, électrique. Le tempo est impérieux, les contrastes sont saisissants. Les cuivres rugissent avec une puissance tellurique ; les cordes, d’une homogénéité remarquable, tissent une toile d’une grande intensité dramatique. Le chef sculpte le son, respire avec l’orchestre, impose une vision à la fois rigoureuse et fiévreuse. L’Andante con moto est d’une tendresse bouleversante, le Scherzo d’une mystérieuse étrangeté, et le finale explose dans une apothéose d’énergie communicative. On sent un orchestre transformé, transcendé, qui joue avec une conviction et une cohésion nouvelles. La standing ovation du public bayonnais, vibrant, est venue sceller ce triomphe.

Cette soirée n’est pas seulement une réussite artistique. Elle est le symbole d’une ambition nouvelle pour l’Orchestre du Pays Basque. Edgar Nicouleau, directeur général de la Régie autonome de l’Orchestre et du Conservatoire, incarne cette volonté farouche de dynamiser, d’étoffer et de faire rayonner l’institution bien au-delà des frontières du Pays basque. Lors de la présentation de saison, il n’a pas caché son enthousiasme : avec 32 concerts prévus, une série novatrice intitulée « La Fabrique de l’orchestre » consacrée à la transmission, et un programme-manifeste autour de Piazzolla et de la diaspora basque en Argentine, la saison 2026-2027 s’annonce comme un tournant.

Et pour mener à bien ce projet, quel meilleur ambassadeur que Benjamin Lévy ? Le maestro revendique « un ancrage vivant, en dialogue avec le territoire et son histoire ». Il veut renforcer la part de musiques traditionnelles locales et étendre le champ d’action de l’orchestre dans tout le département des Pyrénées-Atlantiques. Il veut faire de l’association unique entre l’orchestre et le conservatoire de Bayonne – une « passerelle entre le monde des études et celui des professionnels » – un laboratoire d’insertion et de création. Il veut, enfin, que l’orchestre soit un « passeur », un lien « presque familial » avec un public qu’il refuse de prendre de haut.

En quittant Cannes après une décennie d’excellence, Benjamin Lévy n’a pas choisi la facilité. Il a choisi le Pays basque, son identité forte, sa culture unique, son orchestre au potentiel immense. Et il a choisi, pour ses débuts, de ne pas se contenter d’un programme de tout repos. Avec ce premier programme « Trouble orchestral compulsif », il a prouvé qu’il était un chef de conviction, un défricheur, un passionné. Bayonne, sa région, tout le Pays basque peuvent se réjouir : avec Benjamin Lévy et Edgar Nicouleau aux commandes, l’Orchestre du Pays Basque n’a pas fini de nous faire vibrer, de nous surprendre et de porter haut les couleurs d’un territoire qui a décidément du génie à revendre !…

 

 

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CRITIQUE, concert. BAYONNE, Théâtre Michel Portal, le 27 septembre 2026. GULDA / BEETHOVEN. Orchestre du Pays Basque, Aurélien Pascal (violoncelle), Benjamin Lévy (direction). Crédit Photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version concertante). MONTPELLIER / TOULOUSE (Opéra Comédie le 22/09 & Théâtre du Capitole le 26/09). M. A. CHARPENTIER : Médée. M. N. Lemieux, P. Nekoranec, J. Mey, F. Caton… Les Epopées, Stéphane Fuget (direction)

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Il y a des chefs-d’œuvres lyriques qui, longtemps, sont demeurées dans l’ombre écrasante d’un Lully triomphant. Médée, créée en 1693, six ans après la mort du Surintendant de la Musique de Louis XIV, est de ceux-là. Unique tragédie lyrique de Marc-Antoine Charpentier, elle fut accueillie avec une certaine froideur par un public dérouté par ses italianismes et sa modernité harmonique. Pourtant, sur le livret magistral de Thomas Corneille, le compositeur déploie une écriture d’une subtilité rare : harmonies déchirantes, déclamation ciselée, enchaînements d’une fluidité presque troublante. C’est une partition où le sublime côtoie l’abîme, où la magicienne trahie par Jason passe de la supplication à la fureur avec une vérité psychologique saisissante. Depuis le renouveau baroque des années 1980, les versions de cette œuvre emblématique se sont multipliées – Christie, Haïm, Niquet, García-Alarcón… -, mais celle qui nous occupe ce soir, portée par la tournée franco-belge de l’ensemble Les Épopées et du Chœur de Chambre de Namur, dirigés par Stéphane Fuget, restera sans doute comme l’une des plus marquantes.

 

Au centre d’une distribution d’une grande cohérence, il y a une interprète qui transcende tout. Car c’est rien moins que Marie-Nicole Lemieux qui incarne ici le personnage de Médée. Non pas qu’elle chante (seulement) le rôle : elle l’habite, le respire, le vit avec une vérité dramatique confondante. Sa prise de rôle dans cette œuvre, attendue de longue date, tient toutes ses promesses. La contralto canadienne déploie une palette émotionnelle d’une richesse inouïe : la tendresse blessée du premier acte, la rage sourde de la trahison, l’ironie mordante face à Créuse, puis la fureur sacrificielle du dénouement. Tout y est : la ligne de chant d’une noblesse absolue, la diction d’une clarté cristalline, les graves profonds et les aigus d’une insolence assumée. Scéniquement, dans cette version de concert qui n’autorise aucun artifice, elle impose une présence magnétique, un jeu tout en tension contenue puis en explosion libérée. On sort de là avec le sentiment d’avoir vu non pas une chanteuse, mais une tragédienne au sommet de son art, qui n’a cessé de nous donné des frissons, notamment lors des deux derniers actes… que nous ne sommes pas près d’oublier !…

 

 

Face à elle, Petr Nekoranec est une révélation. Le jeune ténor tchèque, dont on avait déjà remarqué les immenses qualités dans Iphigénie en Tauride à Nancy en 2023, prête à Jason une voix lumineuse et vaillante, d’une vaillance juvénile qui rend d’autant plus déchirant le portrait d’un homme déchiré entre passion et raison d’État. Sa prise de rôle est un succès total : timbre clair, projection impeccable, musicalité constante. Le duo qu’il forme avec Lemieux est d’une tension électrique. Juliette Mey confirme, après d’autres apparitions particulièrement remarquées, tout le bien que l’on pense d’elle. Sa Créuse est tendre, vulnérable, mais jamais mièvre ; la mezzo-soprano française dessine avec finesse les contours d’une jeune femme sacrifiée sur l’autel des ambitions masculines. Claire Lefilliâtre, en Cléone, apporte sa longue expérience du répertoire baroque français : la voix est souple, la déclamation naturelle, le style impeccable. Camille Poul, en Nérine et en l’Amour, fait valoir une voix de soprano claire et agile, tandis qu’Étienne Bazola, en Oronte, campe un prétendant noble et touchant, avec une belle autorité juvénile. Quant aux membres du Chœur de Chambre de Namur, ils endossent avec un égal bonheur les parties solistes et les interventions chorales. La cohésion de cet ensemble, préparé avec soin, est un bonheur constant : les voix sont ardentes et la prononciation intelligible. Il faut hélas mentionner une ombre au tableau : Frédéric Caton, en Créon, apparaît fatigué (à Montpellier, comme à Toulouse…). La voix manque cruellement de puissance et de mordant, et le roi de Corinthe apparaît comme scéniquement pâle, presque effacé, là où l’on attendait un antagoniste d’envergure face à la Lemieux…

 

 

Si la distribution vocale appelle des superlatifs, il faut s’arrêter un instant sur ce qui constitue peut-être la plus grande réussite de cette tournée : la métamorphose de l’ensemble Les Épopées ! Lors de la première exécution à l’Opéra Comédie de Montpellier, 4 jours plus tôt, l’ensemble avait laissé une impression très mitigée, avec un manque de justesse criant, un son globalement confus, un déficit de relief et de couleurs…. bref, de nombreuses scories instrumentales. Quelle différence, ce soir, au Théâtre du Capitole !… Dès l’acte I, la transformation est éclatante. Les cordes ont gagné en précision et en chaleur, les vents en netteté et en caractère ; le continuo – composé de basses de violon, violes, théorbes et du clavecin – tisse une texture d’une richesse et d’une couleur proprement somptueuses. L’expressivité de l’orchestre atteint son apogée dans l’invocation des Esprits par Médée (« Noires filles du Styx »), où l’inventivité harmonique de Charpentier est servie par une palette instrumentale d’une variété remarquable. Les flûtes de l’acte IV, ponctuées par une délicate clochette, enveloppent les « fantômes aimables » d’une atmosphère d’une douceur envoûtante. Et la trompette naturelle, plus qu’hésitante à Montpellier, sonne désormais avec une assurance et un éclat qui donnent aux scènes guerrières toute leur grandeur. Quant à Stéphane Fuget, dirigeant depuis le podium d’un geste à la fois vif et millimétré, il insuffle à ses troupes une vie électrique. Il a choisi (avec à-propos) de supprimer le Prologue pour plonger directement au cœur de la tragédie, gagnant ainsi en intensité dramatique. Ce parti pris, audacieux, se révèle payant : on est saisi dès les premiers instants, et l’on ne reprend son souffle… que près de 4 heures plus tard, à l’issue d’un dernier acte d’une noirceur et d’une puissance inouïes !…

Car ces 3 heures et 45 minutes de spectacle (avec l’entracte) passent ce soir comme un éclair, tant la tension dramatique est constante, tant la musique de Charpentier, servie avec une intense ferveur, captive et bouleverse. Et lorsque le rideau tombe sur le dernier tableau, sur cette Médée seule, coupée du monde médiocre qui voulait la bannir, c’est une salle pleine à craquer qui offre plus de dix minutes de rappels à l’ensemble de l’équipe artistique – avec une ferveur encore plus délirante lors des saluts (en solo) de Marie-Nicole Lemieux. Le public toulousain, réputé exigeant, a reconnu ce soir qu’il venait de vivre quelque chose d’exceptionnel. Après Montpellier et Namur, la tournée touche à sa fin, mais Paris (le 30/09) et Compiègne (le 02/10) auront la chance de découvrir à leur tour ce qui restera, n’en doutons pas, comme l’un des grands événements de ce début de saison lyrique en France !

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version concertante). MONTPELLIER / TOULOUSE (Opéra Comédie le 22/09 & Théâtre du Capitole, le 26/09). M. A. CHARPENTIER : Médée. M. N. Lemieux, P. Nekoranec, J. Mey, F. Caton… Les Epopées, Stéphane Fuget (direction). Crédit photo (c) OONM
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CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 25 septembre 2026. VERDI : Macbeth. A. Isaev, E. Sinnakova, P. Chen, M. Roma… Ambre KAHAN / Pierre DUMOUSSAUD

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Disons le d’emblée, la nouvelle production de Macbeth de Giuseppe Verdi présentée par l’Opéra Orchestre Normandie Rouen, en coproduction avec l’Opéra national de Bordeaux, est un véritable événement. Rarement le chef-d’œuvre shakespearien revu par Verdi n’aura paru aussi viscéral, aussi moderne, aussi nécessaire. Portée par la vision organique de la metteuse en scène Ambre Kahan et la direction tout feu tout flamme du jeune chef bordelais Pierre Dumoussaud, cette soirée marque les esprits et confirme, s’il en était besoin, le formidable dynamisme de la maison normande.

 
 

Pour sa toute première mise en scène lyrique, Ambre Kahan, fondatrice de la compagnie Get Out, frappe un grand coup. Loin des reconstitutions historiques figées, elle choisit de tisser une métaphore visuelle saisissante : la nature y envahit peu à peu l’espace scénique, recouvrant ses droits à mesure que la paranoïa et le remords rongent les protagonistes. La boue, le sang, le feu et la fumée côtoient l’esthétique corsetée de la Renaissance italienne, plongeant les spectateurs dans une Écosse sauvage hantée par ses défunts. On ne sort pas indemne de la forêt de Birnam, confie-t-elle, analysant le couple Macbeth comme une « entité monstrueuse soudée par une infertilité tragique ». Le décor d’Anne-Sophie Grac, les costumes de Colombe Lauriot-Prévost et les lumières de Zélie Champeau concourent à cette plongée dans les tréfonds de la psyché humaine et de la soif de pouvoir. C’est une lecture exigeante, intelligente, qui ne sacrifie jamais le drame à l’esthétique.

La distribution vocale par ailleurs réunie pour cette production est tout simplement exceptionnelle. Chaque artiste porte son rôle avec une intensité confondante, et l’alchimie entre les voix est constante, à commencer par le baryton Russe Aleksei Isaev qui incarne un Macbeth d’une puissance et d’une fragilité déchirantes. Sa voix, à la fois sombre et lumineuse, épouse les méandres du tyran avec une vérité saisissante. Face à lui, la soprano Ukrainienne Ekaterina Sannikova est une Lady Macbeth d’une incandescence absolue. Sa voix incisive et puissante, d’une agilité rare dans les pages les plus redoutables de la partition, glace le sang autant qu’elle fascine. Leur duo est d’une rare complémentarité, véritable colonne vertébrale de la tragédie.

 

 

La basse Chinoise Peixin Chen campe un Banco d’une noblesse et d’une profondeur remarquables, tandis que le jeune et excellent ténor italien Matteo Roma livre un Macduff enthousiasmant, notamment dans l’air « Ah, la paterna mano », où toute la douleur du père est rendue avec une émotion rare. Le ténor Néstor Galván incarne un Malcolm convaincant et bien chantant. La mezzo-soprano Irina Sherazadishvili prête sa voix à la Suivante de Lady Macbeth avec un engagement constant. De son côté, le jeune baryton-basse Lysandre Châlon campe avec une autorité tranquille le Médecin, le Héraut, le Domestique et une Apparition. Enfin, le comédien Jean Aloïs Belbachir, également dramaturge de la production, donne chair au roi Duncan avec une présence magnétique.

Dans la fosse, Pierre Dumoussaud signe ses débuts en tant que directeur musical de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’événement tient toutes ses promesses ! De cette œuvre inconfortable, le jeune chef bordelais restitue les micro-organismes corrosifs, la violence poisseuse et les éclaboussures fulgurantes. Sa baguette ne traîne jamais : la musique a toujours l’ascendant, elle précède le mouvement, elle catalyse les obsessions des personnages. Les cuivres de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen sont droits et nobles, les cordes incisives, et l’adrénaline insufflée par le chef à travers des motifs qui se coupent tour à tour la parole réagit à l’appel des ténèbres sous une forme toujours différente. Le Chœur Accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen et le Chœur de l’Opéra national de Bordeaux, préparés par Vito Lombardi, ajoutent à la grandeur de l’ensemble.

Il est intéressant de noter que, au même moment, Liège propose une autre lecture de l’ouvrage, signée Stefano Poda. Entre le minimalisme futuriste et l’univers post-apocalyptique du metteur en scène italien, qui tisse de rouge le destin tragique de Macbeth dans une scénographie démesurée, et l’approche organique et tellurique d’Ambre Kahan à Rouen, le public a l’immense privilège de pouvoir comparer deux visions radicalement différentes du même chef-d’œuvre. C’est le signe d’une vitalité artistique exceptionnelle, et cette double actualité ne peut que réjouir les amoureux d’opéra.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 25 septembre 2026. VERDI : Macbeth. A. Isaev, E. Sinnakova, P. Chen, M. Roma… Ambre KAHAN / Pierre DUMOUSSAUD. Crédit photographique (c)  Caroline Doutre

 

 

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CRITIQUE, concert. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Nouveau Siècle, le 24 sept 2026. Concert des 3 chefs : Ravel, R. Strauss, Scriabine. Jean-Claude Casadesus, Alexandre Boch, Joshua Weilerstein

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Retour au bercail pour ses 50 ans : ce jeudi soir, l’Orchestre National de Lille retrouve son écrin dédié : l’Auditorium du Nouveau Siècle rénové et pour fêter son premier jubilé, 3 chefs sont conviés pour souffler avec éclat la réussite indiscutable de ses 5 premières décennies. Les pièces jouées comblent l’attente des spectateurs… Le programme enthousiasmant et spectaculaire emporte l’adhésion du public venu très nombreux, visiblement conquis par un programme favorisant la célébration et la communion. La profondeur mystique et l’énergie sensuelle [Scriabine], la mécanique d’une volupté irrésistible [Ravel] sans omettre le pur esprit viennois dans une orchestration flamboyante [ R.Strauss]… Tous les défis sont relevés ce soir par les musiciens lillois ; le programme inaugurant officiellement le lancement de sa saison des 50 ans, laisse promettre de prochains accomplissements tout aussi mémorables…

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Photos : les 3 chefs de l’ON LILLE (piano) © Ugo Ponte / ON LILLE 2026
Concert du 24 sept 2026 / © Boris Rogez ON LILLE 2026

 

 

 

 

 

L’Orchestre National de Lille,
plus qu’un orchestre… une vision

Les raisons d’un succès qui dure depuis 50 ans. Avant de parler musique, précisons d’abord les enjeux de cette soirée jubilaire.
Ce soir n’est pas qu’un énième concert ; certes il s’inscrit (et inaugure par la même occasion) la saison des 50 ans de l’Orchestre. En réalité, il revêt bien des symboles car il consacre aussi une certaine vision de la culture dans la société, vision spécifique expliquée, défendue depuis ses débuts par son fondateur… Jean-Claude Casadesus qui dès 1976, – il y a donc 50 ans, avait l’intuition d’une conception fondatrice particulièrement actuelle aujourd’hui. Chevillé au corps, son projet artistique et musical est resté le même : l’art au plus haut niveau pour tous partout. Ajoutons que dans sa conception si admirable, l’excellence artistique ne vaut que si elle est partagée par le plus grand nombre. Cette vision d’un art proche des citoyens, naturel, accessible, est toujours d’actualité, d’autant plus nécessaire dans notre société fragmentée et plutôt très polarisée.
Vivre et partager la musique, faire partie du concert, – ce soir le démontre dans un auditorium complet, reste une expérience humaine et artistique qui renforce les bénéfices du vivre ensemble. L’audience fait corps avec les musiciens ; tous et chacun vibrent au même diapason, portés, exaltés par les vertiges que permet la formidable machine orchestrale.

Et ce soir quel programme ! Particulièrement indiqué pour, de fait célébrer les 50 ans de l’Orchestre national de Lille, une phalange qui est devenue l’acteur majeur du prestige culturelle de la cité Lilloise. Réunir les 3 chefs successifs d’une même phalange est un événement assez exceptionnel pour être souligné. Le mérite en revient à l’Orchestre Lillois soucieux de souligner depuis sa création, il y a 50 ans, les 3 valeurs phares, souhaitées par Jean-Claude Casadesus, – ce dans une continuité artistique qui a valeur d’exemple : excellence, proximité, transmission…
À 90 printemps, le maestro fondateur et visionnaire incarne toujours les valeurs culturelles qui font des Hauts de France, un territoire où l’art agit concrètement : à travers les spectateurs auditeurs qu’il n’a cessé de convaincre et fidéliser durant 5 décennies, l’Orchestre incarne un choix de société qui s’affirme : faire corps, faire société dans l’échange, la découverte, le partage… C’est tout cela que Jean-Claude Casadesus a défendu sans faiblir, suscitant toujours grâce à sa force de persuasion, à son charisme humaniste à toute épreuve, une adhésion de plus en plus large, auprès des politiques comme des citoyens, tout profil et tout âge confondus.

50 ans après ses premiers concerts populaires [dans l’acceptation la plus noble de ce terme], après tant de concerts hors les murs, mobiles, itinérants sur tout le territoire [dont le rappel dans l’usine Renault à Douai est même évoqué avec raison ce soir], le projet artistique est demeuré intact, plus fort encore, et toujours aussi pertinent. Le populaire et l’excellence musicale… voilà une équation gagnante qui continue d’inspirer. Au mérite des politiques concernés [Région, Métropole, Ville], la capacité d’avoir su discerner la pertinence de ce pari fou qui aujourd’hui élève au plus haut la renommée et la fierté Lilloise, sur le plan national comme international

 

 

 

 

le concert des 3 chefs

Ceux qui étaient venus retrouver leur orchestre, n’auront pas été déçus. Le concert proprement dit tout en marquant le retour de l’Orchestre dans son Auditorium (baptisé à raison « Jean-Claude Casadesus »), déroule un programme riche et généreux qui permet aux instrumentistes de briller et toucher, sous la baguette successive de ses 3 directeurs musicaux…

 

 

 

Après l’Ouverture de fête de Chostakovitch, brillant lever de rideau, – pièce épique et impérieuse propre à réveiller musiciens et auditoire, JEAN-CLAUDE CASADESUS aborde une œuvre clé, au cœur de son répertoire, tant de fois jouée depuis ses débuts : le Boléro de Ravel (1928). La pièce est réalisée immédiatement avec naturel et souplesse, dans ce vaste crescendo progressif, alternant les 2 simples mélodies complémentaires, au rythme répétitif de la caisse claire… Festival de timbres, la partition expose chaque instrument comme les acteurs d’un opéra instrumental : flûte, puis clarinette, basson, hautbois… à chaque intervention, l’accompagnement se pare de couleurs différentes et scintillantes, auxquelles le chef sait préserver une lisibilité constante.

 

Dans ce jeu d’équilibriste, paraissent les cordes d’une volupté langoureuse, suspendue, de plus en plus impérieuse, portées elles aussi par la subtile et irrépressible mécanique rythmique. Parmi les cuivres (très en forme ce soir), après les saxophones ténor puis sopranino, comme les bois qui redoublent de rondeur caressante, avouons notre admiration particulière pour le trombone solo (au dessus des bois et des cors), son chant d’une volupté directe saisissante… La verve et l’engagement de chaque soliste, au fort individualisme, savent se fondre dans la texture globale, où les mélodies sont ensuite traitées en masses sonores, produisant par effet de répétition (certes variée), ce sentiment d’extase croissante et obsessionnelle que le chef fondateur de l’Orchestre lillois, sait conduire en sorcier magistral, jusqu’à la transe finale, comme précipitée et fulgurante : un coup de tonnerre statuant la fin de la partie. Fin, nerveux, d’une précision millimétrée, sachant déployer toute la parure sensuelle requise, Jean-Claude Casadesus enchante l’auditoire.

 

La Suite du Chevalier à la rose déduite dès 1944 de son opéra éponyme de 1911, exprime de l’auteur Richard Strauss, sa flamboyante inspiration : un défi là encore pour l’orchestre dont l’opulence sonore et le raffinement des textures combinées, dans la sensualité d’harmonies raffinées, doivent servir un dramatisme continu (celui néo baroque qui évoque les amours aristocratiques d’une Maréchale et de son jeune amant…) ; la succession des séquences mêle les diverses scènes sans respecter en réalité leur véritable enchainement scénique : dirigeant sans partition, ALEXANDRE BLOCH en déduit l’essence jaillissante et voluptueuse ; dès le début les formidables cors surenchérissent dans une éloquence ronde et grasse, emblème de ce rococo viennois qui inonde littéralement le vaste volume du Nouveau Siècle : flûtes, hautbois, clarinettes répondent très vite à l’appel des cuivres dans l’évocation de la fameuse présentation de la rose, scène où « Quinquin », le jeune amant de la Maréchale tombe finalement et de manière inopinée… amoureux de la jeune Sophie Faninal. Les vertiges orchestraux se parent alors d’une tendresse exquise, au diapason d’une nouvelle opulence chambriste qui fait jaillir la sincérité des jeunes cœurs. Après la courte séquence plus rustique et même stridente dans ses contrastes assumés, – celle de l’Auberge (de l’acte III), les musiciens lillois après le solo de trompette qui l’introduit, immergent dans l’étoffe crépusculaire et extatique du trio final de l’opéra, où la Maréchale renonce avec élégance à son jeune chevalier, désormais épris de plus jeune qu’elle. L’équilibre sonore, le geste mesuré, généreux en phrasés souples réalisent alors toute la nostalgie enivrée qui submerge l’âme de la Maréchale, en l’associant aussi à la candeur lumineuse du nouveau couple qui se forme. Profondeur, panache lyrique (cf. l’irrésistible motif de valse viennoise), renoncement et tendresse concluent cette suite orchestralement époustouflante (avec dans les ultimes mesures, le solo de cor, redoutable).

Pour le final, – après la pause, JOSHUA WEILERSTEIN rejoint le podium pour gravir une marche supplémentaire dans un programme conçu comme un crescendo philharmonique. L’ivresse sonore, subtilement canalisée par Scriabine dans son Poème de l’extase (créé à NewYork en 1907), se rapproche évidemment de la transe progressive du Boléro de Ravel (créé 20 ans après lui). C’est pour l’orchestre une nouvelle exposition éruptive de tous les pupitres, avec le concours des solistes par rang ; pour le chef, c’est outre le souci de la transparence et de la cohésion collective, l’obligation de tenir le flux dans son développement, et donc d’associer ici à l’explosion du spectre sonore, le sens mystique et spirituel que lui a conféré le compositeur pianiste (ciblant rien de moins que la conscience divine universelle) ; chacune de ses pièces recherchant à percer le mystère des apparences et exprimer comme ce soir, le sentiment de révélation libératoire dans un sommet de volupté orchestrale. Le nouveau directeur musical de l’Orchestre cisèle tout le début du Poème, dans la profondeur murmurée comme un éveil progressif ; le chef opère une amplification graduelle dès le solo de clarinette qui fait basculer cette quête dans une sensualité interrogative cependant que les cuivres (et la trompette acide, insistante) jalonne le cheminement
de ses appels lancinants et réguliers. Extase avortée, désirs et convulsions invétérés, voire terreur panique foudroyante… l’orchestre traverse chaque paysage dans une intensité suggestive captivante (à travers les 8 thèmes de cette épreuve sensorielle, et « stations » identifiées du parcours : langueur, volonté, envol, affirmation… ); tout l’orchestre semble résister à l’inéluctable submersion finale (y compris les sublimes solos de la clarinette et du premier violon) ; c’est une conquête convulsive et de haute lutte, qui finalement se résout dans le dernier accord triomphal et libérateur.

Au mérite du maestro Weilerstein, comme de Jean-Claude Casadesus dans son Boléro miraculeux, non pas tant de réussir l’explosion finale que d’éclairer tout le travail préliminaire, … la succession des séquences et des solos qui y ont mené, la baguette de Joshua Weilerstein délivrant la richesse d’une partition qui fusionne le Wagner de Tristan et la transparence debussyste… C’est bien tout ce processus, de réglage, d’accentuation millimétrée, d’ajustement musical et poétique, fruit d’une complicité collective, qui rend l’expérience symphonique si captivante. En cela ce « Gala des 3 chefs » est une expérience réussie.

 

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CRITIQUE, concert. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Nouveau Siècle, le 24 sept 2026.  » Gala des 3 chefs  » : Ravel, R. Strauss, Scriabine. Jean-Claude Casadesus, Alexandre Boch, Joshua Weilerstein

 

 

 

 

 

2 prochains concerts

Prochains rvs symphoniques avec l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, saison 2026 – 2027 « 50 ans » au Nouveau Siècle à Lille :

Les 8 et 9 octobre  2026 : » Le Sacre du Printemps », un programme inspirant et inspiré par la nature. Au programme : Tabakova, Orpheus’ Comet / Rachmaninov, Concerto pour piano n°2 (Alexandre Kantorow, piano) / Stravinsky, Le Sacre du Printemps. Joshua Weilerstein, direction
Réservez vos places : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/le-sacre-du-printemps

 

 

Mer 14 octobre 2026 :  » Grimal et Ravel  » – le chef et violoniste David Grimal dirige l’ON LILLE dans un programme prometteur comprenant : Apollon Musagète de Stravinsky, la Rhapsodie Tzigane de Ravel, Pastorale, Menuet triste et Nocturne d’Enesco, puis Symphonie n°25 de Mozart – Réservez vos places : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/grimal-et-ravel

 

Les 4 et 5 nov 2026 : « Jean-Claude Casadesus & Nikola Meeuwsen », une soirée exceptionnelle ! Au programme : Finzi, Matière, Espace, Temps / Grieg, Concerto pour piano et orchestre (Nikola Meeuwsen, piano) / Prokofiev, Roméo et Juliette, extraits. Jean-Claude Casadesus, direction – Réservez vos places : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/jean-claude-casadesus-nikola-meeuwsen

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, saison 2026 – 2027, 50 ans : https://www.onlille.com/

 

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Critique, festival. 47ème Festival « Piano aux Jacobins ». TOULOUSE, Salle capitulaire du cloître, le 25 septembre 2026. Récital de Nicolas Stavy

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Nicolas Stavy offre un récital d’une grande originalité axé sur la modernité des œuvres. Il existe des pièces de Franz Liszt très peu connues et très peu jouées. Il en va ainsi de son étonnant « Du berceau jusqu’à la tombe ». Il s’agit d’une de ses toutes dernières œuvres, empreinte d’un dépouillement que l’on n’imagine pas a priori chez ce pianiste qui fut un être de flammes. Tout est doux, en camaïeux de tons pastel et de nuances subtiles. Ce piano épuré, à la limite de la tonalité annonce l’avenir.

 

Puis la musique d’Alfred Schnittke est à l’inverse d’une modernité toujours renouvelée. Ses 5 aphorismes sont des pièces assez complexes et peu homogènes. Elles présentent des éclats incisifs et des silences subis, c’est une musique avec des angles aigus et des temps comme suspendus qui créent une atmosphère de tension permanente. Les silences semblent faire partie de la musique et sont toujours chargés d’émotion. Le jeu de Nicolas Stavy met en valeur les contrastes saisissants de la partition. Les nuances sont extrêmes avec des fortissimi telluriques et des pianissimi éthérés. L’écoute de ces pièces n’est pas si facile tant l’angoisse qu’elles contiennent est contagieuse. Nicolas Stavy qui enregistre beaucoup l’œuvre pour piano solo de Schnittke semble particulièrement à l’aise chez ce compositeur. Il semble avoir un projet d’enregistrement intégral qui devrait devenir une référence.

Puis une autre partition de Franz Liszt, plus conforme aux attendus de romantisme du beau pianiste virtuose, nous est proposée. Ce « Saint François de Paule marchant sur les eaux » est un moment très théâtral que Nicolas Stavy joue avec beaucoup de facilité malgré une grande difficulté technique. Puis le pianiste s’engage dans la Deuxième sonate de Schnittke. Œuvre de 1990, elle garde un parfum de grande modernité avec des nuances cataclysmiques, des accords improbables à l’oreille, des violences incroyables et des silences assourdissants d’angoisse. C’est une œuvre très difficile d’accès pour l’auditeur. Nicolas Stavy sait nous en montrer les beautés et les richesses. C’est vraiment un interprète qui se sent fortement concerné par ce compositeur et nous en rapproche. Il faudra au public un peu de temps pour apprécier plus facilement ce compositeur si les pianistes le mettent à l’honneur comme Nicolas Stavy. 

Pour terminer ce concert vertigineux, Nicolas Stavy a choisi une œuvre emblématique. La Chacone de la Deuxième partita pour violon seul de J. S. Bach. C’est un véritable un défi pour les violonistes qui doivent donner l’impression de jouer plusieurs instruments. Les difficultés pour les violonistes les plus doués demeurent extrêmes. Bach offre au violon ses lettres de noblesse lui permettant d’atteindre des sommets d’émotion et de perfection. Johannes Brahms a su rendre hommage à cette audace incroyable de Bach en adaptant la Chacone au piano. Afin de garder quelque chose des difficultés incroyables demandées au violon, Brahms demande au pianiste de ne jouer que de la main gauche. Après tout, la main gauche du violoniste fait toutes les notes avec ses cinq doigts ! Brahms atteint le même sommet d’émotion que Bach. C’est absolument génial. Nicolas Stavy s’empare de la Chacone avec une énergie intense et dans un tempo assez allant, il trouve des nuances, des couleurs et des phrasés de toute beauté. C’est totalement électrisant et le public exulte.

Afin de remercier son public qui semble conquis, Nicolas Stavy offre un Nocturne de Chopin particulièrement lumineux. Nous avons vécu un bien beau concert dans ce merveilleux cloître des Jacobins. Le responsable des lumières a su trouver des colorations variées qui ont illuminé le cloître, ses vitraux, ses colonnes et son plafond avec art. Ainsi la magie du lieu a rencontré la magie de la musique comme rarement.

 

 

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Critique, festival. 47ème Festival « Piano aux Jacobins ». TOULOUSE, Salle capitulaire du cloître, le 25 septembre 2026. Récital de Nicolas Stavy. Crédit photo (c) Hubert Stoecklin

 

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ALLEGRO SPATIAL. GLUCK : Gli Cinesi, filmé en 4K & Dolby Atmos, dim 27 sept 2026. Juliette Mey, Sarah Charles, Abel Zamora… Orchestre de l’Opéra Royal, Andrés Gabetta

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GLUCK à TRIANON… La nouvelle chaine de musique classique, ALLEGRO SPATIAL, diffuse un joyau lyrique des années 1750 : « Le Cinesi » de Gluck, dans une production filmée en juin 2026 au Théâtre de la Reine, au Petit Trianon, avec l’Orchestre de l’Opéra Royal dirigé par Andrés Gabetta.

 

 

Joyau théâtral miraculeusement épargné par la destruction révolutionnaire, car son accès est comme dissimulé, le Petit Théâtre de la Reine, édifié par Richard Micque, reste un écrin confidentiel et réservé ; la production et la captation qui en résultent, sont exceptionnelles car ce théâtre de cour, unique et préservé, est rarement mis en avant. On le voit rarement. Et filmé, presque jamais.

Les changements de décor se font à vue, avec la machinerie de l’inauguration de cet écrin, en 1780, toujours en état de marche, manœuvrée par les machinistes du château, comme les décors de toiles peintes encore mobiles… Le Théâtre a conservé son dispositif de l’époque de MARIE-ANTOINETTE qui tout en jouant à la bergère dans le Hameau voisin, chantait et jouait les pièces de son choix devant un parterre de proches, au cours de soirées privées, loin de l’étiquette contraignante du Château.

 

 

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GLUCK : Le Cinesi (les Chinoises)
ALLEGRO SPATIAL : Dimanche 27 septembre à 20h50
VOIR Le Cinesi de GLUCK :
https://allegrospatial.com/fr/index.html
distribution
Avec Juliette Mey (Lisinga), et Sarah Charles, Flore Royer et Abel Zamora. Orchestre de l’Opéra Royal, Andrés Gabetta — Charles Di Meglio, mise en scène.
Durée : 1h15mn
Production filmée Filmée les 26 et 27 juin 2026
A VOIR sur ALLEGRO SPATIAL : Orange canal 168, Bouygues Telecom canal 164.
Rediffusions lundi 28 septembre à 3h45 et à 11h25.

 

 

 

Détail et relief de l’image et du son

C’est aussi le premier opéra enregistré en France en 4K et en Dolby Atmos natifs. La 4K (quatre fois plus de détail que la HD) offre une image de très haute qualité, dévoilant dans cette production événement, la dorure des loges, le grain d’une toile peinte en 1774, le visage des chanteurs jusqu’au fond de la scène. Le Dolby Atmos place le son autour du spectateur et au-dessus de lui. L’orchestre est devant, dans la fosse, les voix se déplacent avec les chanteurs, et l’on entend la résonance de cette toute petite salle. Rien n’a été converti après coup, tout a été pensé pour ce format dès le tournage. Avec un téléviseur 4K et une barre de son Atmos, on est au premier rang.

L’Opéra Royal a filmé les coulisses du tournage… LIRE le dossier sur Allegro Spatial :
https://allegrospatial.com/fr/fiche-gluck-le-cinesi-charles-royer-mey-zamora-orchestre-de-l

 

 

 

L’œuvre

Le Cinesi (Les Chinoises) est un opéra en un acte composé en 1754 par Christoph Willibald Gluck [1714-1787]. Le livret italien de Métastase fut précédemment mis en musique par Antonio Caldara en 1735. GLUCK est alors un compositeur renommé qui en maître de l’opéra italien, signe plusieurs ouvrages majeurs qui affirment de plus en plus sérieusement sa place à Vienne, auprès de la Cour [il sera nommé chef de l’Orchestre privé de Marie-Thérèse, puis en 1756, fait même Comte Palatin du Latran et Chevalier de l’éperon d’or par Benoît XIV.]. L’opéra « Le Cinesi » profite de la virtuosité avec laquelle Gluck parodie les styles et les genres, italien, français, opéra séria ou vaudevilles.
Critique et pertinent, il crée le premier ballet d’action [Don Juan, 1761] avec le chorégraphe Gasparo Angiolini. Questionnant les ressources mêmes de la forme lyrique, il fixera avec Calzabigi, les fondements d’un nouveau drame lyrique, en 1762 à Vienne avec Orfeo Ed Euridice, oeuvre clé de sa réforme.
« Azione teatrale » (action théâtrale), par opposition à festa teatrale (fête théâtrale), Le Cinesi n’était pas destiné à un événement solennel tel que des festivités de cour, un mariage ou un événement dynastique. Le drame fut interprété pour la famille royale d’Autriche au Château de SchlossHof à Engelhartstetten le 24 septembre 1754, à l’occasion de la visite de l’impératrice Marie-Thérèse à la maison de Saxe-Hildburghausen. La contralto Vittoria Tesi y faisait ses adieux à la scène, et l’orchestre comprenait – orientalisme chinois oblige, clochettes, triangles et petits tambours (comme en témoigne dans ses mémoires un jeune violoniste du rang, le futur Dittersdorf). Gluck, quarante ans, y gagna selon la tradition une tabatière d’or ; surtout l’attention de la cour : Vienne se passionnant désormais pour son art raffiné, dramatique. Gluck devient professeur de musique de la future Reine de France, marie-Antoinette. Laquelle l’invitera naturellement à Versailles pour y faire jouer ses opéras…L’œuvre volontiers bouffe et parodique est considérée comme une critique des conventions de l’opéra seria contemporain.

 

 

Synopsis
Dans un salon oriental de fantaisie ( typique du goût rococo pour l’exotisme), Lisinga s’ennuie avec ses amies Sivene et Tangia quand son frère Silango rentre de Paris. Quel divertissement choisir pour le divertir ? Chacun défend son style et le joue : Lisinga, la tragédie et devient Andromaque ; Sivene et Silango, la pastorale où perce l’amour entre deux bergers langoureux ; Tangia, la comédie en croquant un petit-maître parisien (portrait charge du jeune Silango, revenant d’Europe). On tranchera finalement pour la danse : le quatuor final ouvre sur un ballet signé Joseph Starzer [Le Jugement de Pâris].
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CRITIQUE, opéra. GENÈVE, Bâtiment des Forces Motrices, le 24 septembre 2026. F. MARTIN : La Tempête. C. Trottmann, S. Degout, J. Dran, N. Cavallier. Netia Jones / Thierry Fischer

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Redécouvrir l’opéra La Tempête de Frank Martin est un choc pour les publics du XXIe siècle. Pour son premier mandat à la tête du Grand Théâtre de Genève, Alain Perroux en choisit la version française  (signée de Pauline Martin, sœur du compositeur), précisément créée au Grand Théâtre de Genève en 1967, plutôt que la version originale allemande (1956, Opéra de Vienne). Pour cette nouvelle production, le Bâtiment des Forces Motrices (usine hydraulique), sis entre les deux bras du Rhône, semble déjà une manière de l’apprivoiser : le public traverse le hall des turbines avant d’accéder à la salle. Dans la tragicomédie The Tempest de William Shakespeare (1611), Miranda et son père Prospero accueillaient en effet les naufragés sur leur île mystérieuse. Au creux de ce méta-théâtre, les passions humaines s’y épanchaient.

 

Guidé par ses expériences de musiques de scène (de Sophocle à Shakespeare), ainsi que par ses puissants oratorios (Le Vin herbé), le compositeur suisse élabore son opéra avec ses propres outils, taillant son livret sur l’adaptation allemande de la tragicomédie (von Schlegel). Après ses illustres devanciers inspirés par La Tempête (Purcell, Berlioz, Tchaïkovski, Adès, etc.), Martin semble se concentrer sur le défi de suivre et caractériser les trois groupes qui se confrontent dans cette sorte de robinsonnade dystopique. Celui du magicien Prospero (sombres monologues sur orchestration grave) et de sa fille Miranda (sobre chant lyrique) s’oppose au prosaïsme populaire incarné par le rustre Caliban, rejoint par deux matelots ivrognes (registre parlé et de la chanson). Profilé en happy few mafieux, celui des nobles italiens naufragés (encanaillement jazzy) incarne le clan familial de Prospero, qui a jadis usurpé sa couronne de duc de Milan et l’a exilé. Apte à traverser ces univers clivés, l’esprit Ariel (rôle dansé et parlé, sur fond choral) assure, lui, les secrets agissements du tyran Prospero. Tout en éclairant les auditeurs, ces caractérisations musicales dévoilent l’éclectisme stylistique de Martin, dans la veine d’un Kurt Weill ou d’un Ernst Krenek. Plus largement, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, l’opéra aborde les questions politiques de domination, de vengeance, de science destructrice (l’IA d’aujourd’hui), avant de s’orienter vers la réconciliation et le pardon. In fine, ces deux valeurs sont en effet prônées par Prospero, déposant les armes de sa vengeance face aux amours de sa fille et de Fernando, fils de l’usurpateur. Tout au plus, peut-on regretter que l’esthétique moraliste du prêche (F. Martin est fils de pasteur) prend ici le dessus, ce qui minimise l’insolence shakespearienne tout comme le lyrisme opératique.

 

 

Familière de la geste shakespearienne, la metteuse en scène britannique Netia Jones conçoit une dramaturgie éclairante et humoristique en maîtrisant toute la chaîne visuelle (scénographie, costumes). En complicité des lumières de Malcolm Rippeth et des vidéos sous-marines du studio Lightmap, l’illusion devient immersive pour le public, dès la tempête orchestrale introductive, entrevue depuis les hublots du navire. La transposition de l’île vers le laboratoire d’un savant actuel fonctionne autour d’un dispositif à bastingage en îlot central, supportant quatre sphères supposément électrostatiques. Ce dispositif à tournette ouvre-t-il la référence à la rotation de la terre, du temps écoulé (?). Ces quatre globes ou planètes se transforment en écran magique lors des apparitions d’Ariel, vidéos filmées en temps réel, sur un fond de nuages ou de cordages maritimes. Au sein de cet univers clos, placé sous la férule de Prospero, le regard subversif fait heureusement mouche. Pour exemple, un clip vidéo humoristiquement compassé détourne la nature du spectacle mythologique offert au jeune couple, sur une danse néo-baroque. Quant au grotesque, son climax est atteint dans les tribulations burlesques des ivrognes qui éructent (parlé et chanté) et se roulent au sol avec délectation.

A la tête du vaisseau amiral – Orchestre de la Suisse romande, Chœur du Grand Théâtre de Genève –, le chef d’orchestre Thierry Fischer (qui a enregistré la version allemande, pour le label Hyperion) dégage les influences multiples qui parcourent cette partition-monde de l’après-guerre dont l’orchestration se renouvelle perpétuellement. Sans que la notion de collage s’impose, le chef genevois enchaîne les balancements debussystes du Prélude, dose le contrepoint aéré sous le chant ou bien cède le terrain aux accentuations du big band. Les clins d’œil musicaux enrichissent la palette : couleur régionale du tambourinaïre/ flûte, sonnerie de Big Ben, incipit de la Marche nuptiale. Tout aussi valeureux, l’orchestre de chambre (clavecin et vents) accompagne le petit chœur mixte personnifiant Ariel, depuis la coulisse. Quelle complicité de la fosse jusqu’au plateau et aux coulisses ! 

La distribution de haut vol rend justice à cette remise à la scène. Magnifiant la double stature du savant fou et du père surprotecteur (rôle initialement conçu pour Dietrich Fischer Dieskau) le Prospero souverain de Stéphane Degout la surplombe par le mordant de son chant rompu à la mélodie, au lied et à l’opéra. Pour camper le jeune couple amoureux qui balaye les antagonismes intrafamiliaux, la soprano Catherine Trottmann (Miranda) et ténor Julien Dran (Ferdinand) sont éloquents, l’une par sa luminosité naturelle (timbre et présence), l’autre par la vigueur d’un lyrisme sincère. 

 

 

Dans le clan italien, la profondeur vocale de la basse Nicolas Cavallier (roi Alonso de Naples) fait mouche, tandis que la prestance brillante d’Edwin Crossley-Mercer (Sébastien) talonne celle du jeune ténor Léo Vermot-Desroches (Antonio), âpre à s’imposer chez ses aînés mafieux. On apprécie l’élégance stylée de Glen Cunningham (Adrien) et la sensibilité émouvante de la basse Christian Immler (Gonzalo). Toutefois, on peut regretter que le compositeur ne les dote guère d’ensembles vocaux, d’ordinaire si riches dans l’opéra shakespearien, du Falstaff de Verdi jusqu’au Songe d’une nuit d’été de Britten.

Pour incarner les couplets avinés des clowns, les trois chanteurs sont parfaitement appariés. Le ténor François Rougier (Trinculo) pousse la chansonnette et le verbe cru pour bousculer son compère, le baryton Christophe Gay (Stephano). La bande s’élargit au truculent Caliban, géant tatoué, superbement incarné par Alex Rosen, du Sprechgesang rythmé au-dessus du tuba jusqu’au chant lyrique. N’omettons pas le maître d’équipage, Georgiy Derbas-Richter, qui tient fermement le gouvernail lors de la scène introductive du naufrage. Dans le rôle du danseur-comédien Ariel, le jeune Joseph Chosson donne l’illusion d’un être facétieux et sans poids, tel le Puck du Songe d’une nuit d’été. Enfin, le Chœur du Grand Théâtre de Genève, préparé par Mark Biggins, délivre une belle prestation dans l’épisode tempétueux, tout comme dans les délicates prestations de coulisse, pour partie issues du cycle des Cinq chants d’Ariel.  

L’affluence et le grand succès public couronnent cette redécouverte d’un opéra qui devrait tenir son rang… derrière l’étincelant A Midsummer Night Dream de Britten et Pears (1960).

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. GENÈVE, Bâtiment des Forces Motrices, le 24 septembre 2026. F. MARTIN : La Tempête. C. Trottmann, S. Degout, J. Dran, N. Cavallier. Netia Jones / Thierry Fischer. Crédit photographique (c) Carole Parodi

 

 

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CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra Royal de Wallonie, le 24 sept 2026. VERDI : Macbeth. L. Micheletti, E, Plonka… Stefano PODA / Giampaolo BISANTI

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C’est une véritable claque artistique que nous offre l’Opéra Royal de Wallonie-Liège pour l’ouverture de sa saison. Avec ce Macbeth de Giuseppe Verdi, la maison liégeoise frappe un grand coup et prouve, s’il en était encore besoin, qu’elle figure parmi les scènes lyriques les plus audacieuses et les plus passionnantes d’Europe. Portée par la baguette fougueuse de Giampaolo Bisanti et la vision démiurgique de Stefano Poda, cette nouvelle production est un événement total, une de ces soirées dont on sort transformé, le souffle court et les yeux encore emplis de visions grandioses.

 

C’est d’abord la fosse qui soulève l’enthousiasme : l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, placé sous la direction de son directeur musical, déploie une intensité dramatique inouïe. Giampaolo Bisanti, qui connaît la partition sur le bout des doigts pour l’avoir notamment dirigée à Vienne, insuffle à cette œuvre sombre une urgence vitale, une tension permanente qui ne se relâche jamais. Sa direction est à la fois précise et incandescente, sculptant les climats avec un sens du théâtre consommé. Les crescendi sont vertigineux, les silences habités, et l’on sent à chaque instant un chef habité par la tragédie shakespearienne, capable de faire palpiter les cordes les plus ténébreuses comme d’embraser les cuivres lors des scènes de banquet hallucinées. Sous sa baguette, la partition de Verdi révèle toute sa modernité, sa violence et sa beauté foudroyante.

 

 

Mais si la fosse est en feu, la scène ne l’est pas moins, grâce à l’art total de Stefano Poda. Le metteur en scène italien, qui signe ici non seulement la mise en scène mais aussi les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie, livre une lecture visuelle d’une puissance rare. Son Macbeth est un tombeau minéral aux parois étouffantes, un labyrinthe d’escaliers vertigineux, où les personnages errent comme des âmes en peine, prisonniers d’un royaume qui se referme sur eux. L’espace scénique monumental, d’une blancheur lunaire, se transforme au fil du drame en une machine infernale, peuplée de corps pétrifiés et de cages mouvantes. Poda orchestre une véritable alchimie scénique où chaque tableau est une vanité, une méditation sur le pouvoir, la peur et la culpabilité. On songe à Pompéi, à l’Homme-Dieu des symbolistes belges, mais on est surtout saisi par la cohérence et la beauté formelle d’un univers qui ne ressemble à aucun autre. Le ballet des sorcières, véritable moteur métaphysique du destin selon Verdi, devient ici une force chorale obsédante, une présence à la fois grotesque et sublime qui hante chaque recoin du plateau.

 

 

La distribution réunie pour cette production est à la hauteur de cette démesure. Luca Micheletti, qui a récemment incarné Macbeth sous la baguette de Riccardo Muti à Turin, compose un usurpateur d’une densité dramatique exceptionnelle. Sa voix de baryton, tour à tour caressante et rugissante, épouse toutes les nuances d’un personnage rongé par l’ambition et la terreur. Face à lui, Ewa Płonka campe une Lady Macbeth d’une intensité glaçante, déjà saluée sur les plus grandes scènes internationales. Sa scène de somnambulisme, portée par un orchestre suspendu et une lumière irréelle, est un moment de pure magie noire, un sommet d’intensité dramatique. Le couple infernal fonctionne à merveille, et leur alchimie scénique donne des frissons. La distribution est complétée avec un soin remarquable par des artistes de premier plan, à l’image de Gianluca Buratto en Banco profondément humain, ou de Matteo Desole en Macduff d’une noblesse bouleversante.

Faut-il le préciser ? Cette production est un triomphe. L’Opéra Royal de Wallonie-Liège ouvre sa saison sous les meilleurs auspices avec un Macbeth qui fera date. Une soirée d’une beauté sombre et envoûtante, où le pouvoir se paie de sang et où l’art, lui, se paie de génie.

 

 

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CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra Royal de Wallonie, le 24 sept 2026. VERDI : Macbeth. L. Micheletti, E, Ptonka… Stefano PODA / Giampaolo BISANTI. Crédit photo (c) Jonathan Berger

 

 

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ENTRETIEN avec le guitariste Philippe MOURATOGLOU, à propos de son nouvel album « Arcane 17 »

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A l’honneur de son nouveau cd, la créativité… une créativité avant-gardiste même et qui croise le geste improvisé ; le guitariste Philippe Mouratoglou précise ce qui relie les compositeurs joués et « l’Arcane 17 », carte du Tarot mais aussi le texte d’André Breton et qui est le titre de ce nouveau programme très personnel. A travers la collection des partitions choisies, le guitariste souligne la richesse des écritures, l’étonnante radicalité des auteurs les plus inventifs qui éblouissent à la suite du visionnaire Léo Brouwer : Frank Martin, Villa-Lobos, Takemitsu… La somme musicale prolonge ainsi ses deux albums précédents : Exercices d’évasion (2013), et D’autres vallées (2016) dont le geste artistique sait étonner et convaincre en associant liberté improvisée et pièces du répertoire… équation miraculeuse. Explications.

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Photo : Philippe Mouratoglou © Maxim François

 

 

Philippe Mouratoglou © Maxim François

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous avez choisi pour titre de ce nouveau cd, « Arcane 17 », claire allusion à la lame du tarot… Pour quelles raisons ? Comment cela se manifeste t il dans le programme?

Philippe Mouratoglou : Ce titre est aussi une référence au livre du même nom d’André Breton, un auteur que j’ai beaucoup lu quand j’avais une vingtaine d’années. La lame du tarot en question – l’Arcane 17 – symbolise le don de soi et la créativité, notions qui relient les compositeurs présents dans ce disque puisqu’ils se placent tous, chacun à leur manière dans l’avant-garde de leur époque, à l’opposé d’un certain répertoire « Ségovien » plus volontiers néo-classique et conservateur.

 

CLASSIQUENEWS : Quel est le sens de chacune de vos improvisations ? Comment s’insèrent-elles dans la continuité du programme ?

Philippe Mouratoglou : Elles ont notamment pour fonction de prolonger l’idée de créativité indissociable du geste improvisé, qui n’ est rien d’autre qu’une création dans l’instant. Les improvisations peuvent avoir ici plusieurs fonctions. Les trois premières sont par exemple inspirées par 3 poèmes de Miguel Hernández, ce qui est aussi le cas du Preludio epigramático 1 de Léo Brouwer qui ouvre le disque. Elles ont donc ici un rôle de « commentaire », tout en fournissant une cohérence interne à ce premier enchaînement de pièces.
Le Tombeau de Blind Willie Johnson est un hommage à ce bluesman et me permet d’évoquer le blues et par extension le jazz et le rock. Il me semblait important de le faire d’une manière ou d’une autre dans un disque consacré aux grands créateurs pour guitare du 20è siècle… Poème suspendu et Jisei – qui font suite aux Folios de Tōru Takemitsu – sont une évocation de ce grand compositeur.
Quant à la pièce improvisée qui clôt le disque, elle correspond à la fois à une volonté de garder une fin ouverte, et à un rappel du titre puisque l’Étoile est justement la dix-septième lame du tarot…

 

CLASSIQUENEWS : Quel est le sens des pièces choisies et que signifie leur succession ?
Quel cheminement souhaitez-vous que l’auditeur vive du début à la fin du cycle musical ?

Philippe Mouratoglou : Les pièces choisies ont en commun de représenter des jalons dans l’histoire de la guitare au 20e siècle. Les Quatre pièces brèves de Frank Martin sont ainsi la première œuvre pour guitare répertoriée en langage dodécaphonique.
Le triptyque El Decamerón Negro est une des pièces emblématiques de Léo Brouwer, compositeur d’une importance capitale dans la mesure où il est le premier à appliquer systématiquement à la guitare les innovations musicales de son époque (sérialisme, musique aléatoire, polytonalité etc), inscrivant ainsi cet instrument dans la modernité.
Heitor Villa-Lobos est également essentiel notamment pour avoir écrit les Douze Études qui ont révolutionné la technique de la guitare, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle génération de compositeurs brésiliens, comme Arthur Kampela qui a inventé un langage guitaristique à base de percussions d’une grande originalité et dont la Percussion study n°1 est aussi présente dans le disque.
Je souhaite que l’auditeur aille de surprise en surprise tout au long de l’écoute et réalise en fin de parcours que contrairement à une idée reçue tenace, le répertoire de la guitare est d’une grande richesse.

 

Philippe Mouratoglou © Maxim François

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit ce nouveau programme vis à vis des précédents ?

Philippe Mouratoglou : Ce nouveau programme s’inscrit dans la continuité de deux de mes précédents disques – Exercices d’évasion (2013), et D’autres vallées (2016) – qui faisaient déjà coexister des pièces de répertoire (Britten, Takemitsu, Gismonti, Brouwer…) avec des improvisations, en essayant de garder à chaque expression sa spécificité, son caractère, et de tisser des passerelles entre ces formes, sans les confondre.

 

CLASSIQUENEWS : Une clé pour en mesurer le sens et la cohérence interne?

Philippe Mouratoglou : C’est à mon avis l’ Homenaje pour le tombeau de Claude Debussy de Manuel de Falla, que l’on trouve à la fin du disque. C’est en effet cette pièce qui a soufflé l’idée d’utiliser la notion d’hommage comme fil rouge puisque beaucoup de pièces du disque y font référence: le Prélude 3 de Villa-Lobos est ainsi dédié à Jean-Sébastien Bach, dont on trouve également une citation de la Passion selon Saint Matthieu dans le Folio 3 de Takemitsu, le Preludio epigramático 1 de Leo Brouwer est inspiré par un poème de Miguel Hernández, dont je m’inspire à mon tour dans les 3 improvisations qui suivent…
André Breton lui-même, lorsqu’il écrit la dernière phrase d’ Arcane 17 – « Ma seule étoile vit » – fait explicitement référence au poème El Desdichado de Gérard de Nerval: « Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé porte le soleil noir de la Mélancolie… »

 

CLASSIQUENEWS : Quel type de guitare avez vous choisi et pour quelle pièce?

Philippe Mouratoglou : Toutes les pièces de répertoire sont jouées sur une guitare classique fabriquée en 2013 par le luthier Dominique Field. Une partie des improvisations sont jouées sur une guitare à cordes en acier du luthier irlandais George Lowden.

 

CLASSIQUENEWS : Une anecdote, un souvenir lié/e à l’enregistrement de l’album?

Philippe Mouratoglou : L’émotion ressentie lorsque j’ai reçu le magnifique dessin commandé pour la pochette du disque à Emmanuel Guibert, à qui j’avais demandé de livrer son interprétation graphique de l’Arcane 17, symbolisée dans le Tarot par une femme nue qui déverse le contenu de deux vases dans une rivière sous un ciel étoilé…

Propos recueillis en septembre 2026

 

 

 

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LIRE aussi notre CRITIQUE du CD «  Arcane 17 «  par Philippe Mouratoglou / CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 : https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-arcane-17-philippe-mouratoglou-guitare-brouwer-villa-lobos-martin-takemitsu-de-falla-mouratoglou-2-cd-vision-fugitive/

Le chant polymorphe des cordes, en nylon, en acier, enrichit toute une palette sonore chatoyante, celle d’un guitariste, interprète et compositeur…. dont le cheminement musical, après les 23 pièces précédentes, s’achève symboliquement par une dernière offrande intitulée « l’Étoile », où dans la capacité du guitariste à chanter hors du temps, suspendre la note, faire fructifier les silences et jouer sur les résonances sympathiques, la guitare permet dans le jaillissement du souvenir, de réactiver un passé devenu présent, comme un rebond infini.

 

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CRITIQUE, concert-hommage. BORDEAUX, Auditorium, le 22 septembre 2026. J. Henric, E. M. Bubeaux, J. S. Bou, S. Koch, F. Sempey… Orchestre national Bordeaux Aquitaine, Philippe BACH (direction)

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C’est une soirée d’une grande émotion qui s’est tenue ce mardi 22 septembre à l’Auditorium de Bordeaux. Un an après la disparition brutale de la mezzo Française Béatrice Uria-Monzon, l’Opéra National de Bordeaux a voulu transformer l’absence en une célébration vibrante. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’émotion, loin d’inhiber les artistes, a semblé décupler leur inspiration. Sous la baguette de Philippe Bach, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine a offert un écrin instrumental d’une noblesse constante à une distribution de prestige, réunie pour l’amour d’une artiste et d’une amie.

 

Née à Agen en 1963, formée au Conservatoire de Bordeaux puis à l’École d’art lyrique de l’Opéra de Paris, Béatrice Uria-Monzon avait fait ses débuts en 1989 dans le rôle de Chérubin des Noces de Figaro avant de s’imposer comme l’une des voix les plus marquantes de sa génération. Mais c’est sans doute dans le rôle de Carmen qu’elle incarna plus de deux cents fois à travers le monde que sa légende s’est écrite. De l’Opéra Bastille au Metropolitan Opera de New York, en passant par le Teatro Colón de Buenos Aires, le Teatro alla Scala de Milan, le Staatsoper de Vienne ou les Chorégies d’Orange, elle a porté l’héroïne de Bizet sur les plus grandes scènes internationales, avec un magnétisme scénique qui ont fait d’elle une référence absolue pour des générations d’interprètes. Sa voix unique, son regard ardent, sa présence à la fois libre et bouleversante : tout en elle disait la vérité du personnage. Mais au-delà de Carmen, son répertoire s’étendait des héroïnes de Berlioz (Didon, Béatrice, Marguerite) à Charlotte de Werther, de Dalila à Santuzza, avant que sa voix n’évolue vers le registre de soprano, abordant avec un égal bonheur Tosca, Norma ou Lady Macbeth. Une artiste complète, exigeante, humble, qui laisse un vide immense sur la scène lyrique mondiale.

Pour partager leur amour de la femme et de la cantatrice, ses proches, ses amis, sa famille et ses collègues se sont donc retrouvés en cette soirée de musique. Certains étaient présents dans la salle, d’autres sur scène, réunis par une même ferveur. Emmanuel Hondré, directeur de l’Opéra National de Bordeaux, a ouvert la soirée par un discours d’une justesse remarquable. Il a rappelé l’attachement viscéral de Béatrice Uria-Monzon à sa ville d’adoption, son exigence artistique, et la façon dont elle a porté haut les couleurs de l’institution bordelaise sur les scènes du monde entier. Des mots sobres, sans emphase inutile, qui ont donné le ton : celui d’un hommage respectueux et fraternel.

 

 

La soirée était présentée par Judith Chaine, figure familière des auditeurs de France Musique. Sa voix, que l’on reconnaît immédiatement, a pris ici une dimension nouvelle : celle d’une passeuse, d’une conteuse qui relie les œuvres, les souvenirs et les émotions avec une élégance et une chaleur remarquables. Elle a su trouver les mots pour évoquer la carrière de Béatrice Uria-Monzon sans jamais tomber dans la nostalgie facile, guidant le public à travers les deux parties du programme avec une bienveillance précieuse.

C’est avec l’Ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg que la soirée débute, une soirée grandiose, qui jamais ne sombrera dans la solennité pesante. Le chef Philippe Bach imprime un tempo noble à la célèbre page wagnérienne, laissant respirer les cuivres et sculptant avec soin les lignes mélodiques de Wagner. L’orchestre bordelais, visiblement en grande forme, déploie une palette de couleurs riche, annonçant la diversité des climats à venir. Le passage au répertoire sacré avec l’air d’Osiris dans La Flûte enchantée (« O Isis und Osiris ») permet à la basse Lionel Sarrazin (bordelais et ex-compagnon de la chanteuse) de faire entendre une voix profonde, à la fois grave et paternelle. On sent chez lui une proximité particulière avec l’œuvre, comme un hommage discret à celle qui a partagé sa vie.

 

 

Vient ensuite la Litanie de Schubert dans l’orchestration de Max Reger, délivrée par sa proche amie Delphine Haidan, et avec une émotion que l’on n’a pas besoin d’expliciter... La finesse des cordes et la douceur des bois créent ici une atmosphère méditative, presque suspendue. Delphine Haidan a ensuite rendu hommage à l’artiste défunte, évoquant avec pudeur et sincérité la femme derrière l’artiste : son humour, sa générosité, sa franchise parfois déconcertante, et surtout son amour inconditionnel pour la musique et pour les siens. Sa voix, étranglée par l’émotion, a su trouver les mots justes pour dire l’indicible. La musique reprend ensuite ses droits avec l’Intermezzo de Manon Lescaut de Puccini, offrant un moment de pure sensualité orchestrale. Les violoncelles chantent, les harmonies se font langoureuses, et Philippe Bach maintient une tension dramatique sourde, sans jamais forcer le trait. C’est beau, tout simplement.

Puis arrive la jeune soprano Alexandra Marcellier – pour « Voi lo sapete » extrait de Cavalleria rusticana de Mascagni -, qui dessine une Santuzza bouleversante, déchirée entre la passion et la trahison. La voix est généreuse, le legato souverain, et l’on comprend pourquoi Béatrice Uria-Monzon, qui fut aussi une immense Santuzza, aurait été fière d’une telle interprète. Changement de registre avec l’air « Di Provenza il mar, il suol », tiré de La Traviata, et confié au baryton Jean-Sébastien Bou (en remplacement d’Alexandre Duhamel), avec une voix est ronde, veloutée, et l’expression d’une sincérité désarmante. Le duo de Madama Butterfly (« Vogliatemi bene ») réunit la soprano Alexandra Marcellier et le ténor Julien Henric. Leur entente est palpable. Marcellier, formée au Conservatoire de Bordeaux, déploie une voix claire et juvénile, idéale pour la fragile Cio-Cio-San. Henric campe un Pinkerton à la fois séducteur et insouciant, avec un timbre clair et une émission franche. Leur dialogue amoureux, d’une tendresse infinie, contraste avec la tragédie à venir. C’est un moment suspendu, l’un des plus beaux de la première partie.

 

 

La seconde partie s’ouvre sur L’Ouverture du Roi d’Ys d’Édouard Lalo. Les cuivres, somptueux, et les cordes, vibrantes, installent une atmosphère bretonne à la fois légendaire et mélancolique. On se souvient que Béatrice Uria-Monzon avait défendu cette œuvre avec ferveur. L’air « Lorsque j’ai vu soudain », chanté par Eve-Maud Hubeaux (en remplacement de Clémentine Margaine), est un moment de grâce. La mezzo-soprano possède une voix charnue, aux graves profonds et aux aigus lumineux. Elle incarne Margared avec une dignité tragique, sans jamais céder au pathos. La Barcarolle des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, avec Delphine Haidan et Sophie Koch, est un pur moment de bonheur musical. Les deux voix se mêlent et se répondent avec une complicité évidente. La ligne mélodique ondule, langoureuse, portée par un orchestre aux couleurs de velours. C’est l’une des pages les plus célèbres du répertoire, et elle prend ici une résonance particulière, comme un chant d’adieu à la fois doux et mélancolique

« La fleur que tu m’avais jetée » (Carmen), interprété par Julien Henric, est un sommet d’intensité. Le ténor, dont on connaît l’engagement scénique, livre ici une version tout en retenue puis en explosion passionnée. On sent l’influence de la Carmen d’Uria-Monzon, cette manière unique de faire vivre le personnage sans jamais le caricaturer. La Habanera qui suit, chantée par Eve-Maud Hubeaux, est un défi redoutable. La mezzo-soprano l’assume pleinement, avec une sensualité nonchalante et une diction parfaite. Elle ne cherche pas à imiter l’icône, mais propose sa propre lecture, tout en rendant un hommage évident à celle qui a marqué le rôle de son empreinte indélébile. Les Scènes bohémiennes de La Jolie Fille de Perth (Prélude et Sérénade, puis Marche et Danse bohémienne) offrent un contraste bienvenu. La musique de Bizet y est tour à tour tendre et festive. L’orchestre s’en donne à cœur joie, avec des cuivres éclatants et des percussions endiablées.  Le « Votre toast, je veux vous le rendre » – la fameuse Chanson du Toréador dans Carmen – réunit Florian Sempey et l’ensemble des solistes pour un final d’une puissance communicative. Le baryton, décidément en état de grâce, incarne un Escamillo conquérant et charismatique. 

 

 

Le premier bis, « Les tringles des sistres tintaient » extrait de Carmen, est confié aux trois mezzos de la soirée : Delphine Haidan, Sophie Koch et Eve-Maud Hubeaux. Leur trio, à la fois espiègle et virtuose, est un pur moment de théâtre. On sent la joie de chanter ensemble, la complicité qui unit ces artistes autour d’une même figure tutélaire. Les vocalises fusent, les regards se croisent, et le public, debout, applaudit à tout rompre. Puis le Brindisi de La Traviata conclut la soirée dans une apothéose collective. Tous les solistes sont sur scène, les voix se mêlent, l’orchestre vibre, et l’émotion atteint son paroxysme. Ce n’est plus un hommage emprunt de tristesse, mais une fête, un adieu joyeux et lumineux.

Au terme de cette soirée, une évidence s’impose : Béatrice Uria-Monzon n’était pas seulement une immense cantatrice, elle était aussi une femme profondément attachante, une amie fidèle, une artiste exigeante et passionnée. Le programme, habilement construit, a permis de parcourir les multiples facettes de son répertoire : de la puissance wagnérienne à la sensualité de Carmen, de la finesse du lied à la grandeur du vérisme. Un an après sa disparition, Béatrice Uria-Monzon était bien là, dans chaque note, dans chaque silence, dans chaque regard échangé entre les artistes. Nul doute que, où qu’elle soit, elle a souri en entendant ses amis chanter pour elle.

 

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CRITIQUE, concert-hommage. BORDEAUX, Auditorium, le 22 septembre 2026. J. Henric, E. M. Bubeaux, J. S. Bou, S. Koch, F. Sempey… Orchestre national Bordeaux Aquitaine, Philippe BACH (direction). Crédit photo (c) Anthony Rojo

 

 

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GRANADA. Festival MUSAG, le 23 oct 2026. Concert de clôture. « Ardientes », Íliber Ensemble (Pedro-Octavio DIAZ, idée et mise en scène)

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Le 23 octobre 2026, l’Auditorio Manuel de Falla de Grenade accueillera « Ardientes », un oratorio baroque mis en scène par notre collaborateur Pedro-Octavio Díaz, avec l’Íliber Ensemble et un plateau vocal d’exception.

 

 

 

Créé en 2024, le Festival de Música Sacra de Granada (MUSAG) s’est imposé en deux éditions seulement comme un rendez-vous incontournable du calendrier musical andalou. Premier festival entièrement consacré à la musique sacrée dans le sud de l’Espagne, il a pour ambition de « célébrer la diversité spirituelle » en donnant voix aux répertoires sacrés de toutes les époques, du Moyen Âge à la création contemporaine. La deuxième édition, tenue du 3 au 24 octobre 2025, rendait hommage à Palestrina (500ᵉ anniversaire de sa naissance) et à Jean-Sébastien Bach, et accueillait notamment un e première mondiale : une reconstruction imaginaire des Sept Paroles du Christ en Croix de Bach par l’Íliber Ensemble et le Coro del Friuli Venezia Giulia. Depuis 2024, le festival est dirigé artistiquement par le claveciniste Darío Tamayo, fondateur de l’Íliber Ensemble. Cette même année, l’ensemble grenadin est devenu en résidence permanente du MUSAG.

 

 

« Ardientes » : un oratorio baroque
sur les flammes de l’amour sacré

Clôturant l’édition 2026 du festival, « Ardientes » est un oratorio scénique, qui reconstruit le chemin tortueux de trois figures féminines consumées par un amour qui ne connaît ni raison ni supplique. Comme l’écrit Pedro-Octavio Díaz dans les notes de programme : « L’amour a, dans ses mystères, une multitude de visages et de nuances. […] Le sacrifice à l’amour doit être total. Que se passe-t-il alors lorsque celles qui ont une morale irréprochable aiment ? — Elles brûlent, elles brûlent jusqu’à devenir des offrandes et à laisser leur humanité dans la lutte avec l’indomptable. »

Le spectacle se déploie en trois actes — Profanas, Mártires/Conversas, Redentoras — encadrés par un prologuebet un épilogue. La trame suit un parcours symbolique « de la tierra al paraíso », porté par des extraits d’oratorios et d’opéras de Händel, Caldara, Conti, Monteverdi, Stradella, Bassani, Brescianello et Camilla de Rossi. Les trois figures féminines — la nívea recién casada, la fogosa adolescente et la doctora de la iglesia — sont incarnées par les voix des solistes (Juliette Allen, Sophie Negoïta et Anthea Pichanik), plus la basse Alexandre Baldo dans différents rôles. À leurs côtés, Darío Tamayo assure le clavecin et la direction musicale. Fondateur de l’Íliber Ensemble en 2013, il est également directeur artistique du MUSAG depuis 2024. L’Íliber Ensemble, spécialisé dans l’interprétation historiciste avec instruments anciens, s’est produit dans toute l’Europe et en Chine, et a reçu le Premio Sello FestClásica 2026.

 

Pedro-Octavio Díaz :
l’idée originale, la dramaturgie et la mise en scène

Collaborateur de longue date à ClassiqueNews.com, Pedro-Octavio Díaz, signe l’idée originale, la dramaturgie et la direction scénique de cette soirée. Historien de formation (maîtrise à l’Université de Nantes) et diplômé en production lyrique du Centre de Formation de l’Opéra National de Lorraine, il est conseiller artistique de la compagnie Opera Fuoco de David Stern et dramaturge permanent depuis 2020. Correspondant pour Pro Ópera depuis 2015, il collabore régulièrement sur ClassiqueNews.com. Sa vision dramaturgique fait de « Ardientes » bien plus qu’un concert : un spectacle total où la musique, le texte et la scène se répondent pour donner corps à plusieurs figures féminines incandescentes.

 

 

Plus d’infos sur le site officiel du festival de Música Sacra de Granada (MUSAG)

 

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ORCHESTRE LAMOUREUX (La Seine Musicale), le 17 octobre 2026. Salomé, Mel Bonis / Shéhérazade, Rimsky-Korsakov

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Salomé, Shéhérazade… Les femmes, sirènes orientales, sont au centre de ce programme défendu par les musiciens de l’Orchestre Lamoureux, présenté dans l’Auditorium de la Seine Musicale.

 

A l’affiche deux œuvres magistrales, vrais défis pour l’orchestre, deux ouvrages hautement dramatiques et suggestifs, aux couleurs littéraires et orientales, où règne l’éloquence supérieure du collectif orchestral.

« Salomé », extrait du triptyque « Femmes de légende » (comprenant aussi Ophélie et Cléopâtre), souligne la maestria de la compositrice Mel Bonis (1858 – 1937) qui y dresse le portrait de la princesse de Judée, figure biblique, voluptueuse et lascive qui a inspiré aussi les plus grands compositeurs dont Richard Strauss : l’orientalisme et l’érotisme embrasent toutes les couleurs de l’orchestre. Cependant la fresque (courte, d’environ 5mn) préserve dans son orchestration, la transparence et l’onirisme : la page orchestrale d’une flamboyante activité alterne allure de marche nocturne et évocation très nerveuse de la jeune femme au désir impérieux…Mel Bonis apprend alors auprès de Charles Koechlin, les clés de la composition orchestrale.

Schéhérazade, suite symphonique de Rimsky-Korsakov, est un modèle de « musique à programme », dont le chant de l’orchestre produit une narration au souffle épique déjà cinématographique. Tableaux et personnages se mêlent avec une maîtrise du discours et de l’orchestration inégalée. Créée en 1888, la chatoyante Shéhérazade de Rimski-Korsakov brille également de mille feux. Il n’existe pas d’épopée orchestrale comparable aux beautés sonores et aux harmonies raffinées de Shéhérazade, – la partition du compositeur russe Rimski-Korsakov atteint un sommet orchestral, évoquant musicalement le souffle des contes dont est capable la fameuse narratrice, contant 1001 légendes de suggestion onirique qui convoque les confins d’Orient, l’appel de la mer (le navire de Sindbad), et l’amour d’une princesse légendaire et d’un jeune prince, sans omettre la fête à Bagdad et le naufrage… Orchestrateur de génie, le compositeur russe tisse un voyage irrésistible dans le monde magnifique d’une sultane avisée qui, en diseuse envoûtante, pour échapper à l’exécution, hypnotise le sultan Shahriar par ses récits merveilleux, pour mille-et-une nuits grâce à mille-et-un contes. La puissance des légendes inspire une pièce parmi les plus envoûtante du répertoire symphonique.

 

Samedi 17 octobre, 20h
La Seine Musicale (Auditorium)
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RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre Lamoureux : https://orchestrelamoureux.com/concerts/scheherazade/
Sur le site de la seine Musicale : Samedi 17 octobre 20h La Seine Musicale (Auditorium)

 

 

Programme
Mel Bonis
Salomé, op. 100
Nikolai Rimsky-Korsakov
Schéhérazade — Suite symphonique, op. 35

 

 

La Seine Musicale n’autorise pas l’accès en salle aux enfants de moins de 3 ans.

 

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INSULA ORCHESTRA / LA SEINE MUSICALE. Dim 4 oct 2026. JS BACH : 6 Concertos Brandebourgeois, 11h puis 16h – Freiburger Barockorchester

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L’Auditorium Patrick Devedjian à La Seine Musicale, dans le cadre de la nouvelle saison 2026 – 2027 d’Insula Orchestra propose de (re)découvrir la vitalité irrésistible d’un sommet orchestral baroque, signé JS Bach, de surcroît dans l’interprétation d’une phalange qui en connaît et en maîtrise depuis longtemps, tous les défis : le fabuleux Freiburger Barockorchester, collectif sur instruments d’époque qui allie articulation et expressivité, puissance et nuances.

 

 

 

Bach magnifie l’écriture orchestrale et concertante dans ses 6 Concertos, d’une audace et d’une inventivité indémodables. En 1721, alors employé à Cöthen, le compositeur offre au margrave de Brandebourg, 6 concertos virtuoses, d’une audace inventive inédite, permise grâce au très haut niveau des instrumentistes de sa Cour (de Berlin). Le raffinement et l’éclat des pièces ainsi composées témoignent du prestige du Margrave.
Musicalement, Bach questionne et cisèle l’art du dialogue instrumental, sans jamais céder à la démonstration. Chaque Concerto redéfinit le cadre concertant, dans une configuration renouvelée. Le Freiburger Barockorchester, interprète majeur de Bach depuis plus de trente ans, propose l’intégralité des Concertos en 2 temps, ce dim 4 oct 2026, à 11h puis 16h.

 

 

A 11h,
Au programme : le Concerto n°1 dominé par les cors, le Concerto n°6, réservé aux cordes, et le Concerto n°2 qui pousse la virtuosité à son extrême en confrontant trompette, flûte, hautbois et violon.

A 16h,
Le 3ème Concerto, écrit pour les seules cordes, détourne le modèle du concerto en un jeu de masses sonores qui se répondent et s’entrelacent. Le 5ème Concerto fait basculer l’écoute : flûte, violon et clavecin forment un trio soliste, mais le clavecin s’y affranchit spectaculairement de son rôle subalterne. Enfin, le 4ème Concerto ose l’alliance d’un violon et de deux flûtes, nouvelle offrande d’un Bach décidément génial.

 

 

Freiburger Barockorchester

BACH, Concertos Brandebourgeois, part 1
Concertos brandebourgeois n°1, 2 & 6
Dim 4 oct 2026, 11h — durée : 1h
Réservez vos places directement sur le site de la Seine Musicale : https://www.insulaorchestra.fr/en/evenement/bach-the-brandenburgs-part-1/

 

 

BACH, Concertos Brandebourgeois, part 2
Concertos brandebourgeois n° 3, 4 et 5
Dim 4 oct 2026, 16h — durée : 1h

Réservez vos places directement sur le site de la Seine Musicale : https://www.insulaorchestra.fr/evenement/bach-les-brandebourgeois-integrale-partie-2/

 

 

 

TEASER VIDÉO

Les Brandebourgeois, Bach – Freiburger Barockorchester

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OPERA GRAND AVIGNON. Nouvelle saison 2026 – 2027 « CAPTIVES » (+ les 200 ans de l’Opéra). Aïda, Prométhée, Malandain Ballet Biarritz, La Fille du régiment, Annick Massis, Le Vili…

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Opéra Grand Avignon – Saison 2026/2027 : « CAPTIVES », une saison lyrique et chorégraphique riche et variée !

 

 

Pour sa saison 2026/2027, l’Opéra Grand Avignon placé sous la direction de Frédéric Roels déploie un projet artistique d’une ampleur remarquable. Intitulée « Captives », cette saison place les figures féminines au cœur d’une réflexion sur l’enfermement, la liberté et la puissance libératrice du chant. Avec 142 levers de rideaux et 12 productions lyriques et chorégraphiques, la maison avignonnaise confirme son rôle de vaisseau amiral de la pluridisciplinarité, entre grandes œuvres du répertoire, créations, opéras participatifs et rendez-vous jeune public.

 

Une thématique forte et une identité visuelle signée Kourtney Roy

En choisissant le mot « Captives », Frédéric Roels met en lumière « ces femmes que l’on enferme parce qu’elles parlent trop fort » – des héroïnes tragiques aux figures de la comédie, en passant par des personnages contemporains. Ce fil rouge se déploie dans toutes les esthétiques : lyrique, chorégraphique, théâtral et musical. L’affiche de la saison, confiée à la photographe Kourtney Roy, nouvelle artiste associée à la communication de l’institution, impose une image forte, polysémique, qui évoque tour à tour l’empêchement, l’enfermement ou une délivrance proche.

 

Le lyrique : trois héroïnes emblématiques et un répertoire élargi

La saison lyrique s’articule autour de trois figures de femmes captives : Aïda, Konstanze et Gilda.

Aïda : Superbe ouverture que cette nouvelle production d’Aïda mise en scène par Frédéric Roels lui-même, à la tête de l’Orchestre National Avignon-Provence. La direction musicale est confiée à Débora Waldman, qui fait ses adieux à la formation avignonnaise. La distribution réunit Angélique Boudeville dans le rôle-titre, Marie Gautrot en Amneris et Marc Laho en Radamès. Trois prises de rôle dans les personnages principaux marquent cette production événement.

L’Enlèvement au sérail : Après sa création au Théâtre des Champs-Élysées, l’Opéra Grand Avignon accueille L’Enlèvement au sérail dans une distribution renouvelée : Marlène Assayag chantera Konstanze, Jonas Hacker sera Belmonte, aux côtés de Fabien Hyon (Pedrillo). Frédéric Roels qualifie cette production de « sorte de comédie musicale », soulignant sa légèreté et son énergie.

Rigoletto : La saison se refermera sur Rigoletto, dans une nouvelle coproduction avec l’Opéra national du Rhin et l’Opéra de Nice. Federico Santi, chef associé, dirigera l’orchestre, tandis que Eddy Garaudel assurera la mise en scène. Le baryton turc Önay Köse fera ses débuts dans le rôle-titre, aux côtés de Julia Muzychenko (Gilda) et Mario Rojas (le Duc de Mantoue).

 

Le Villi de Puccini – première incursion lyrique

Les 12 et 14 mars 2027, le public découvrira Le Villi, premier opéra de Puccini, dans une coproduction réunissant les quatre maisons d’opéra du Sud de la France. Kevin Amiel interprétera pour la première fois le rôle de Roberto, sous la direction scénique de Stefano Poda. Armando Noguera reprendra le rôle de Guglielmo Wulf, déjà défendu à Nice.

 

Autres rendez-vous lyriques :

« Signé Offenbach«  : concert mis en espace par Sammy El Ghadab avec le Chœur de l’Opéra Grand Avignon, autour de la correspondance du compositeur. La Fille du régiment de Donizetti : opéra participatif conçu avec cinq théâtres associés, dont les décors et costumes sont réalisés dans les ateliers avignonnais. Le spectacle sera créé à Avignon puis tournera en France, jusqu’au Théâtre des Champs-Élysées en fin de saison. L’Enfant et la nuit de Franck Villard : conte lyrique destiné au jeune public dès 6 ans, proposé en version orchestrale. Magdalena, projet imaginé par Ambre Kahan et Julie Fuchs, dédié au personnage de Marie-Madeleine, sera présenté en tournée.

 

La danse : entre reprises triomphales et créations

Le Ballet de l’Opéra Grand Avignon, dirigé par Martin Harriague, propose une saison de transition riche en émotions. Prométhée, créé en décembre 2025 et salué par la presse et le public, revient les 19 et 20 décembre 2026. Cette œuvre totale, où mythe, musique et danse se rencontrent, s’appuie sur Les Créatures de Prométhée de Beethoven, enrichie par une création contemporaine de Fabien Cali, en résidence à l’Orchestre. La chorégraphie de Harriague, qui mêle ensembles puissants, duos sensibles et solos virtuoses, interroge ce que signifie « voler le feu » aujourd’hui.

Autre temps fort : Kidsjoy, présenté les 16 janvier et 13 février 2027 aux Ateliers de Courtine. Ce spectacle, qui plonge les danseurs dans l’univers du rock (Parcels, LCD Sound System, The Shoes), est une carte blanche donnée aux interprètes de la troupe. Enfin, la saison s’achèvera avec Synergyinc, un final très attendu réunissant les 14 danseurs du Bühnem Bern.

 

Le théâtre : Molière et Grumberg au programme

La saison théâtrale accueillera Jean-Paul Rouve dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière, dans une mise en scène de Jérémie Lippmann, le 24 octobre 2026. Le 9 février 2027, Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin se donneront la réplique dans Dans le couloir de Jean-Claude Grumberg, un spectacle ironique sur le grand âge.

 

Artistes en résidence et créations transversales

Comme chaque année, les artistes en résidence irrigueront largement la programmation. Le Duo Jatekok (Naïri Badal et Adélaïde Panaget) proposera notamment Ramstein on the Beach, une rencontre surprenante entre métal et musique minimaliste, un Carnaval des animaux revisité avec un texte d’Alex Vizorek, ainsi qu’un récital consacré aux cent ans de Porgy and Bess. La saison fera également la part belle à la création avec La Maîtrise Populaire Grand Avignon, regroupant une centaine d’enfants des quartiers prioritaires de la métropole.

 

Concerts et récitals : Vivaldi, Mozart, Broadway

Parmi les rendez-vous concerts, signalons le récital d’Annick Massis consacré à Vivaldi et Mozart, accompagnée par Antoine Palloc, ainsi que Le Voyage d’hiver de Jérôme Boutillier (à la fois au chant et au piano). Yvan Cassar accompagnera l’étoile montante de la comédie musicale Neïma Naouri dans une Broadway Night festive.

 

Une politique tarifaire accessible et une attention constante au jeune public

Malgré une baisse de 5 % des crédits d’État, l’Opéra Grand Avignon maintient une programmation ambitieuse grâce au soutien du Grand Avignon et du Département de Vaucluse. La politique tarifaire reste particulièrement attractive : les enfants accompagnant leurs parents bénéficient d’un billet à 6 €. La garderie créative permet aux parents de profiter des spectacles du dimanche pendant que les enfants participent à des ateliers d’art plastique. Des gilets vibrants sont également disponibles pour une immersion sensorielle accrue.

 

Frédéric Roels, un directeur au service de la pluridisciplinarité

Depuis sa prise de fonction en 2020, Frédéric Roels n’a eu de cesse de diversifier les publics et la programmation, en tissant des partenariats avec les institutions locales et en défendant une culture accessible à tous. Pour cette saison « Captives », il signe lui-même la mise en scène d’Aïda, confirmant son engagement artistique au cœur de la maison qu’il dirige. Sa vision d’un opéra ouvert, ancré dans son territoire et résolument tourné vers la création, trouve ici sa plus belle expression.

ClassiqueNews.com ne manquera pas de suivre cette saison 2026/2027 de l’Opéra Grand Avignon, qui s’annonce comme l’une des plus captivantes de ces dernières années – et, paradoxalement, l’une des plus libératrices !…

 

 

Plus d’infos sur le site officiel de l’Opéra Grand Avignon

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille. THOMAS : Hamlet. J. Osborn, A. Zaharia, C. Margaine, J. Teitgen… Krzysztof Warlikowski / Michael Schønwandt

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Créée en 2023 avec le baryton Ludovic Tézier, la production d’Hamlet d’Ambroise Thomas (1811-1896) revient à l’Opéra Bastille dans sa version pour ténor. Autour d’un plateau vocal de haut vol, le spectacle imaginé par l’imprévisible Krzysztof Warlikowski explore brillamment la psyché de l’un des personnages emblématiques du drame shakespearien, en l’enfermant dans un hôpital psychiatrique, comme condamné à revivre éternellement les événements tragiques de son existence.

 

Hamlet (1868) semble retrouver une place au répertoire lyrique, comme le prouvent les récentes productions présentées à l’Opéra-Comique ou à Angers-Nantes Opéra. Cette résurgence permet de redécouvrir une partition longtemps éclipsée par les grands opéras français de la même époque, malgré l’incontestable succès rencontré de son vivant. Thomas ne cherche pas à rivaliser avec les effets de masse des modèles du genre, préférant mettre au centre de l’attention la clarté de la déclamation, l’expressivité du chant et la caractérisation des personnages. L’orchestre accompagne plus qu’il ne domine, avec une économie de moyens qui rappelle parfois l’art de Meyerbeer, débarrassé de tout effet spectaculaire. Quelques traits de couleur, comme la présence remarquée du saxophone, suffisent à singulariser une orchestration qui reste essentiellement au service des voix. Michael Schønwandt en revèle toute la finesse en un geste d’une douceur sans afféterie, qui tisse des lignes claires et subtiles, toujours au service de l’action dramatique.

L’adaptation de Shakespeare par Jules Barbier et Michel Carré conserve une efficacité remarquable, en resserrant l’intrigue autour des enjeux principaux, débarrassés de leur dimension philosophique : le spectre du père, les désirs de vengeance, la culpabilité de Gertrude, la folie d’Ophélie et le conflit entre Hamlet et son oncle Claudius. Surtout, le livret ne relâche jamais la tension, malgré des scènes délibérément étirées. Même lorsque l’opéra s’éloigne de Shakespeare, notamment lors du dénouement heureux préservant la vie d’Hamlet, il parvient à convaincre de sa force dramatique. C’est précisément cette différence finale avec l’original qui inspire la mise en scène de Krzysztof Warlikowski : la fascination pour la condamnation à survivre d’Hamlet prend la forme d’un traumatisme familial insoluble, en forme de cauchemar perpétuel.

 

 

 

Le spectacle surprend tout d’abord en recomposant la temporalité de l’ouvrage. Le premier acte se situe vingt ans après les événements, avant que l’action ne bascule dans le passé jusqu’à un dernier acte à nouveau placé dans le temps présent. Cette construction en arche propose une cohérence nouvelle au livret, où les épisodes revécus par Hamlet apparaissent comme autant de souvenirs ou de fantasmes d’un homme prisonnier de lui-même. Le superbe décor aux allures carcérales, revisité de manière virtuose tout du long, impose une atmosphère initiale sombre et étouffante, en contraste avec les accoutrements et attitudes volontairement grotesques des personnages – comme autant d’irruptions de l’imaginaire. Danse et mime occupent ainsi une place essentielle, faisant surgir sur scène des figures silencieuses qui prolongent ou déforment l’action chantée, tout en brouillant les frontières entre rêve et réalité.

Les références artistiques prolongent cette lecture, notamment les extraits du film Les Dames du bois de Boulogne (1945) de Robert Bresson, diffusés sur un vieux téléviseur, tandis que l’immense lune qui domine le plateau peut évoquer aussi bien le temps suspendu, la nuit éternelle ou le monde féminin. Les visions de l’enfance abondent, comme pour signifier le sacrifice d’une vie adulte inaboutie : Ophélie apparaît plusieurs fois grimée en petite fille, comme plusieurs choristes dans les scènes hallucinatoires, tandis que le Spectre du père prend les traits d’un inquiétant clown blanc, doté des griffes de Nosferatu. Warlikowski minore en revanche les rapports troubles entre Hamlet et sa mère (comme a pu le faire, entre autres, Olivier Py avant lui…) : Gertrude demeure une figure froide et distante, comme un contrepoint réaliste aux visions de son fils. Enfin, la folie d’Ophélie constitue un autre visage de l’enfermement : à l’obsession d’Hamlet pour son passé répond le refuge de la jeune femme dans un monde intérieur protecteur, qui la soustrait progressivement à son entourage mortifère.

A ce foisonnement d’une grande force visuelle répond un plateau vocal tout aussi investi, qui reçoit une ovation méritée en fin de représentation. John Osborn impose un Hamlet d’une diction toujours étourdissante, servie par un sens dramatique très sûr. L’agilité reste remarquable sur toute la tessiture, avec une clarté d’émission notable dans les changements de registre. A ses côtés, Adela Zaharia se montre un cran en dessous pour la prononciation, avec un vibrato prononcé dans ses premières interventions. Elle séduit davantage dans ses grands airs, parmi les plus exigeants de la partition, faisant valoir le velouté de son timbre et son engagement toujours juste. Jean Teitgen assure une présence ténébreuse saisissante, avec une magnifique résonance et une projection souveraine. On retrouve avec bonheur le tempérament flamboyant de Clémentine Margaine, qui investit Gertrude d’une voix gorgée de couleurs et d’intentions, au service d’un rôle qui lui va comme un gant. Les seconds rôles montrent aussi un haut niveau, au premier rang desquels Julien Henric, très engagé en Laërte, tout autant que Laurent Naouri, en spectre inquiétant. Enfin, le Choeur de l’Opéra de Paris complète cette réussite par sa cohésion et sa parfaite mise en place, démontrant toute son adéquation avec le répertoire national.

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille. THOMAS : Hamlet. John Osborn (Hamlet), Adela Zaharia (Ophélie), Jean Teitgen (Claudius), Clémentine Margaine (Gertrude), Julien Henric (Laërte), Laurent Naouri (Spectre), Manase Latu (Marcellus), Vartan Gabrielian (Horatio), Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris, Ching-Lien Wu (cheffe de chœur), Michael Schønwandt (direction musicale) / Krzysztof Warlikowski (mise en scène). A l’affiche de l’Opéra national de Paris, jusqu’au 9 octobre 2026. Crédit photo © Bernd Uhlig

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. LA COROGNE, Palacio de la Opera, le 19 septembre 2026. JANACEK : Jenufa. V. Goikoetxea, E. Weissova, A. Roy, J. Lainez… Emiliano SUAREZ / Jose Miguel Pérez Sierra

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Un grand succès a marqué l’ouverture de la 74e saison de l’Association Amis de l’Opéra de La Corogne, qui présentait pour la première fois en Galice Jenůfa de Leoš Janáček, œuvre charnière dans le catalogue opératique du compositeur tchèque, à partir de laquelle il allait transformer radicalement sa manière d’écrire, développant un nouveau langage musical fondé sur l’observation de la parole, du rythme et de l’intonation, qu’il approfondirait dans ses œuvres ultérieures. Le livret du compositeur lui-même, inspiré de la pièce de théâtre Její pastorkyňa de la dramaturge Gabriela Preissová, raconte une histoire d’infanticide et de rédemption, traversée par la culpabilité, la pression sociale et la nécessité du pardon. 

 

La distribution vocale, d’une très grande qualité et composée presque entièrement de chanteurs espagnols, a clairement témoigné de la bonne santé dont jouit actuellement l’art lyrique espagnol. Pour ses débuts dans le rôle, la soprano Vanessa Goikoetxea a remporté un succès personnel largement mérité dans le rôle de la jeune orpheline Jenůfa. Sa voix de lirico-spinto, généreuse et ductile, s’est révélée idéale pour le personnage, auquel elle a offert une interprétation vibrante et délicate, sensible et raffinée, qu’elle a su sculpter avec une infinie variété d’accents et de couleurs, restituant avec une remarquable justesse l’évolution psychologique de son personnage. Sa prière à la Vierge, « Zdrávas královno » (« Je vous salue… »), au deuxième acte, s’est révélée bouleversante et a constitué l’un des moments les plus émouvants de la soirée.

À la pointe masculine du triangle amoureux qui fait avancer la tragédie, le ténor Alejandro Roy s’est montré exceptionnel dans le rôle du jaloux et rancunier Laca Klemeň. Il y a fait valoir une voix robuste, au timbre sombre et homogène, riche en nuances et en contrastes. À cela s’est ajoutée une composition de haut vol, riche en ressources théâtrales, grâce à laquelle il a incarné un homme manchot et souffrant de difficultés motrices, caractéristique judicieuse introduite par la mise en scène qui accentuait encore davantage sa vulnérabilité au sein de la famille. L’autre ténor de l’opéra, le talentueux Joan Laínez, n’a pas été en reste et a véritablement fait des étincelles dans son rôle, dessinant le jeune Števa Buryja avec des moyens vocaux impressionnants, d’une grande richesse de timbre et d’un éclat remarquable tant dans le registre central que dans l’aigu.

 

 

Seule interprète étrangère de la distribution, la soprano dramatique tchèque Eliška Weissová a laissé une excellente impression dans le rôle de la veuve rigide et orgueilleuse Kostelnička, personnage déchiré par la douleur, le désespoir et le poids des conventions sociales. Maîtrisant le rôle jusque dans ses moindres détails, elle a fait entendre une voix séduisante, puissante et souple, au large registre, soutenue par une technique solide et un tempérament dramatique d’une grande intensité. Sur scène, elle s’est montrée engagée et expressive, offrant à la soirée des moments électrisants, notamment dans son monologue « Co chvíla… » (« D’ici un instant… »), où le désespoir précipite Kostelnička vers la décision de sacrifier le nouveau-né. Son cri bouleversant « Jako by sem smrt načuhovala ! » (« Comme si la mort se penchait par ici ! »), qui clôt l’acte, a produit un effet théâtral d’une puissance difficile à oublier et fait sursauter plus d’un spectateur. Chapeau !

Dans les rôles secondaires, se sont particulièrement distingués par leur efficacité vocale et leur engagement scénique la mezzo-soprano Cristina Faus en grand-mère Stařenka Buryjovka, la soprano Ruth González en Jano, la mezzo-soprano Belén Vaquero en Karolka et le baryton-basse Javier Agudo. L’Ensemble Choral Gaos, placé sous la direction de Fernando Briones, a livré une prestation très remarquée, faisant preuve d’une excellente préparation et d’une belle homogénéité dans les interventions folkloriques des recrues du premier acte ainsi que dans le chœur nuptial du troisième.

Sur le plan musical, l’Orchestre symphonique de Galice, dirigé par le chef espagnol José Miguel Pérez-Sierra, a compté parmi les grandes réussites de la soirée, offrant une lecture inspirée de la partition de Janáček, d’une exubérante richesse de timbres, d’une grande précision rythmique et d’une remarquable opulence sonore, même si cette dernière n’a pas toujours facilité le travail des chanteurs.

 

 

Coproduite avec la compagnie lyrique Opera Garage, la production scénique à la conception résolument cinématographique, signée Emiliano Suárez, a présenté dans l’ensemble de nombreux mérites. Le metteur en scène espagnol a recherché un équivalent contemporain susceptible de rapprocher l’intrigue du spectateur et a transposé l’action de la Moravie rurale de la fin du XIXe siècle dans une petite communauté pauvre de l’Amérique profonde du milieu du XXe siècle. L’idée fonctionne dans l’ensemble et ne trahit pas l’essence même du drame : la pression sociale et morale exercée par la communauté sur les individus. Les directions d’acteurs, particulièrement bien élaborées, ont clairement défini les caractères des personnages et les relations complexes qui les unissent. Plus controversé, en revanche, fut le choix de présenter le chœur comme une sorte de force du mal, visible uniquement par Kostelnička et Števa, éliminant ainsi le peuple en tant que représentation de la pression sociale et morale de la communauté. Autre licence prise par le metteur en scène : la modification de la fin originale. Cherchant à donner davantage de pouvoir à la protagoniste et à transmettre un message de résistance, de dépassement et de résilience, Suárez fait en sorte que Jenůfa quitte Laca et parte seule vers une nouvelle vie, cherchant à se reconstruire après la tragédie. Une conclusion qui s’éloigne substantiellement de celle imaginée par Janáček, où le pardon et la transfiguration de la douleur trouvent leur accomplissement dans l’amour entre Jenůfa et Laca.

Un cadre remarquable pour le déroulement de l’action est fourni par Alfons Flores, responsable de la scénographie, qui situe le premier acte dans un espace ouvert : une station-service isolée au bord de la route, servant de centre à la vie sociale de la communauté. En contraste, le deuxième acte se déroule dans l’intérieur sombre, oppressant et claustrophobique d’une maison de pierre, tandis que le troisième revient à un espace intérieur, cette fois dominé par une grande porte à travers laquelle pénètre la lumière, introduisant une puissante image d’ouverture, comme si ce qui était resté caché pouvait enfin être mis au jour. La conclusion de l’opéra, indépendamment de la controverse que peut susciter la modification du dénouement, s’est révélée visuellement très réussie : Jenůfa s’éloigne, presque absorbée par la lumière, à la recherche d’une nouvelle vie en solitaire. Le travail sur les lumières de Luis Perdiguero y a contribué de manière décisive : tout au long de l’opéra, il a créé des atmosphères d’une grande force expressive, parfaitement intégrées au déroulement de l’action. Excellent également, le travail de la créatrice Ana Garay, dont les costumes inspirés des années 1950 ont recréé avec authenticité l’atmosphère rurale et pauvre à laquelle renvoie la proposition de Suárez.

Une fois le rideau tombé, de grandes ovations ont salué l’ensemble des interprètes de la part d’un public enthousiaste, qui a célébré le choix de la compagnie de proposer un titre peu courant sous ces latitudes et l’ouverture particulièrement prometteuse de cette nouvelle saison d’opéra.

 

 

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CRITIQUE, opéra. LA COROGNE, Palacio da Opera, le 19 septembre 2026. JANACEK : Jenufa. V. Goikoetxea, E. Weissova, A. Roy, J. Lainez… Emiliano SUAREZ / Jose Miguel Pérez Sierra. Crédit photo (c) Alfonso Rego

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. CARDIFF, Wales Millennium Centre, le 20 septembre 2026. BARTOK : Le Château de Barbe-Bleue / STRAVINSKY : Oedipus Rex. C. Rice, N. Berg, P. Hoare… Joe Hill-Gibbins / Lidiya Yankovskaya

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Le Welsh National Opera a ouvert sa saison avec un diptyque associant Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók et Oedipus Rex d’Igor Stravinsky, sous la direction scénique de Joe Hill-Gibbins. Le programme affichait une ambition claire : faire dialoguer deux œuvres du vingtième siècle autour du pouvoir, du destin et de l’enfermement psychologique. Le résultat vocal a largement tenu cette promesse. La cohérence scénique, en revanche, laisse une impression plus mitigée, la maison galloise ayant repris telle quelle une mise en scène déjà vue à l’English National Opera, plutôt que de bâtir une lecture qui lui soit propre.

 

Le décor, unique pour les deux ouvrages, reprend en effet le dispositif conçu à
Londres : une longue tablée dépouillée, blanche pour Barbe-Bleue, repeinte en
rouge et fragmentée en plusieurs tables pour Oedipus Rex, où elle évoque
davantage une cantine d’une entreprise qu’un lieu de tragédie antique. Les chanteurs y grimpent, s’y agrippent, déplacent sans relâche des chaises dont la fonction
dramaturgique demeure obscure. On comprend l’intention de continuité entre les deux volets, mais la parenté visuelle est si étroite qu’elle finit par brouiller ce qui
distingue les deux univers, l’un intime et conjugal, l’autre collectif et politique.

 

 

Chez Bartók, l’accumulation d’accessoires, fleurs maculées de sang, confettis dorés figurant les joyaux, couverts détournés en armes, et surtout une quinzaine d’anciennes épouses en robe de mariée accompagnées d’un chœur de femmes, dilue le compte précis voulu par Bartók et son librettiste Béla Balázs, qui n’évoquaient que trois épouses, rencontrées à l’aube, à midi et au crépuscule. Cette multiplication transforme un chagrin soigneusement mesuré en scène de foule et affaiblit la portée du septième tableau. Le Prologue rappelle pourtant que rien de tout cela ne doit se lire au premier degré, Balázs situant explicitement l’action à l’intérieur de l’esprit du Duc. Une version de concert, portée par des voix de cette qualité, aurait sans doute mieux servi cette dimension intérieure qu’une agitation de noce déréglée.

Christine Rice a incarné Judith avec une intensité constante, jamais du côté du
mélodrame facile, la voix conservant chaleur et projection jusque dans les phrases
les plus tendues du dernier tableau. Nathan Berg lui a donné la réplique en Barbe-
Bleue avec une noirceur nuancée, révélant une vulnérabilité qui évite au personnage
de sombrer dans la simple figure du monstre. Après l’entracte, les deux chanteurs sont réapparus en Jocaste et Tirésias dans Oedipus Rex, la production revendiquée cette fois comme une véritable création maison. La parenté esthétique avec le premier volet reste toutefois si marquée que l’on croit assister à la suite d’un même spectacle plutôt qu’à une œuvre distincte, jusque dans la présence d’un chœur d’hommes reproduisant les déplacements du chœur féminin précédent.

Peter Hoare, vêtu de rouge, a livré un Œdipe habité par le doute et la culpabilité, la
voix ductile jusque dans les passages les plus déclamatoires. Stephen Richardson a
assuré avec autorité les rôles de Créon et du Messager. Alun Rhys-Jenkins, membre du chœur du WNO, a chanté un Berger de belle tenue ; on notera que ce chanteur familier de la scène galloise apporte à chacune de ses interventions une solidité qui doit beaucoup à sa pratique régulière du chœur maison. L. J. Parkinson, qui dit le Prologue de Barbe-Bleue, ne quitte jamais vraiment le plateau : il y reste en majordome du Duc pendant tout le premier volet avant de revenir, après l’entracte, dans le rôle du récitant d’Oedipus Rex. On regrettera que cette narration, portée en anglais, n’ait pas été confiée au gallois, alors que la partition elle-même juxtapose déjà le français de Cocteau et le latin de la traduction liturgique. Le choix aurait donné tout son sens à une production montée dans la capitale galloise ; en l’état, il ajoute simplement une troisième langue à une œuvre
qui en comptait déjà deux, sans que l’anglais n’apporte de résonance particulière au
projet.

 

 

Lidiya Yankovskaya a dirigé les deux ouvrages avec un sens sûr de la tension,
l’Orchestre du WNO répondant avec une élégance certaine dans les pages les plus intimes et une vigueur bienvenue dans les épisodes les plus âpres, une réussite
d’autant plus notable au regard des difficultés financières traversées par la compagnie ces dernières saisons. Un éclairage blanc très cru, virant sans nuance au rouge, a par moments rendu les surtitres illisibles, contrariant la lecture d’une partition déjà dense. Reste la question de fond que pose ce diptyque : une compagnie nationale subventionnée peut-elle se contenter d’importer une production déjà vue à Londres pour habiller, dans les mêmes teintes, l’œuvre qu’elle présente comme sa création propre ? La saison prévoit par ailleurs une Bohème provenant du festival de Glyndebourne, elle aussi reprise telle quelle… La qualité des voix réunies à Cardiff ne fait aucun doute ; celle du projet scénique qui les accueille laisse, elle, la question ouverte.

 

 

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CRITIQUE, opéra. CARDIFF, Wales Millennium Centre, le 20 septembre 2026. BARTOK : Le Château de Barbe-Bleue / STRAVINSKY : Oedipus Rex. C. Rice, N. Berg, P. Hoare… Joe Hill-Gibbins / Lidiya Yankovskaya. Crédit poto (c) Dafydd Owen

 

 

 

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ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE. Jeu 8 oct 2026 : Say, R. Strauss, Rimsky-Korsakov. Nelson Goerner, piano / Lio Kuokman, direction

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Objectif : splendeurs et surprises orientales ! Le chef invité Lio Kuokman, né à Macao et formé à Hong-Kong avant de se perfectionner aux États-Unis, propose un programme flamboyant qui requiert de l’orchestre et de chaque instrumentiste, des prodiges de couleurs, accents, nuances…

 

 

Le voyage d’Istanbul à Bagdad débute avec la partition de Fazil Say : « Grand Bazaar », partition chamarrée et expressive, en forme de rhapsodie virtuose, où figurent même les discussions animées autour d’une vente de tapis. Vif, facétieux même, le pianiste Nelson Goerner apporte tout son panache à Burlesque, pièce de jeunesse de Richard Strauss dont l’intelligence et la malice assumées préfigure son futur poème symphonique « Till l’Espiègle ».

Créée en 1888, la chatoyante Shéhérazade de Rimski-Korsakov brille également de mille feux. Il n’existe pas d’épopée orchestrale comparable aux beautés sonores et aux harmonies raffinées de Shéhérazade, – la partition du compositeur russe Rimski-Korsakov atteint un sommet orchestral, évoquant musicalement le souffle des contes dont est capable la fameuse narratrice, contant 1001 légendes de suggestion onirique qui convoque les confins d’Orient, l’appel de la mer (le navire de Sindbad), et l’amour d’une princesse légendaire et d’un jeune prince, sans omettre la fête à Bagdad et le naufrage… Orchestrateur de génie, le compositeur russe tisse un voyage irrésistible dans le monde magnifique d’une sultane avisée qui, en diseuse envoûtante, pour échapper à l’exécution, hypnotise le sultan Shahriar par ses récits merveilleux, pour mille-et-une nuits grâce à mille-et-un contes. La puissance des légendes inspire une pièce parmi les plus envoûtante du répertoire symphonique.  L’Orchestre national du Capitole de Toulouse relève tous les défis de ce prodige musical.

 

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ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE
TOULOUSE, La Halle aux grains
Jeudi 8 octobre 2025, 20h
Lio Kuokman / Nelson Goerner
Say, Strauss, Rimski-Korsakov…
Fazil Say : Grand Bazaar
Richard Strauss : Burlesque
Nikolaï Rimski-Korsakov : Shéhérazade
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE : https://onct.toulouse.fr/lio-kuokman-nelson-goerner-4763660/

Grand concert symphonique
Photo visuel © Andreas Gruhl

 

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OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES. SALIERI : Tarare (1787), 10 – 18 octobre 2026. Reinoud Van Mechelen, Éléonore Pancrazi… Les Talens Lyriques, Christophe Rousset

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L’Opéra Royal de Versailles souligne le génie de Salieri, dont l’opéra Tarare, joyau traversé par l’esprit des Lumières, et « seul opéra de Beaumarchais » (comme librettiste), tient l’affiche en novembre 2026… En 1787, Beaumarchais, l’auteur de théâtre le plus célèbre de France s’associe au musicien star de la décennie : Antonio Salieri, devenu le favori du public comme de la Reine Marie-Antoinette.

 

 

Le héros selon Beaumarchais

L’ouvrage est un conte moral : le cruel Roi d’Ormuz envoie son général en chef Tarare combattre aux frontières, pour s’en débarrasser, de manière à mettre sa promise dans son sérail. Mais le courageux général revient victorieux à la tête d’une armée galvanisée, laquelle lui rend justice en exécutant le sultan et portant Tarare sur le trône. L’adage et leçon de morale « On ne doit rien à sa naissance, mais tout à ses qualités » devient ainsi un véritable étendard des idées des Lumières. L’œuvre préfigure la Révolution française qui conduisit à l’exécution de Louis XVI et annonce, d’une certaine manière, le destin de Napoléon Bonaparte, devenu Empereur. L’ouvrage connaît un succès extraordinaire, tant la force d’écriture de cette turquerie à la fois héroïque et comique est exceptionnelle, mais elle n’a plus été rejouée à Paris depuis 1820. Voici enfin cette œuvre majeure rendue au public sous la direction de Théotime Langlois de Swarte et dans la mise en scène de Jean-Romain Vesperini : la production est l’un des temps forts lyriques de la nouvelle saison 2026 – 2027 de l’Opéra Royal de Versailles. / illustration : Beaumarchais DR

 

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VERSAILLES, Opéra Royal
Nouvelle production événement
SALIERI : Tarare
Du samedi 10 octobre au dimanche 18 octobre 2026
Les sam 10, dim 11, sam 17 et dim 18 octobre 2026
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/evenement/salieri-tarare/

 

distribution
Reinoud Van Mechelen : Tarare, Ombre de Tarare
Éléonore Pancrazi : Astasie, Ombre d’Astasie
Jean-François Lapointe : Atar, Ombre d’Atar
Gwendoline Blondeel : La Nature, Spinette
Enguerrand de Hys : Calpigi, Ombre de Calpigi
Alexandre Adra* : Arthénée
Jean-Gabriel Saint-Martin : Urson, Le Génie du Feu
Alexandre Baldo : Altamort, Ombre d’Altamort, Un Eunuque
Clara Penalva* : Elamir, Ombre femelle
Isaure Brunner : Ombre de Spinette
Jérémie Delvert : Ombre d’Arthénée, Un Esclave, Un Prêtre
* Membres de l’Académie de l’Opéra Royal – promotion 2025/2027
Chœur de l’Opéra Royal
Théotime Langlois de Swarte, Direction
Jean-Romain Vesperini, Mise en scène, assisté de Jean-Christophe Mast
Bruno de Lavenère, Scénographie
Alain Blanchot, Costumes
Christophe Chaupin, Lumières
Etienne Guiol, Vidéo
Laurence Couture et Mathilde Benmoussa,
Maquillages, coiffures et perruques
Production Opéra Royal / Château de Versailles Spectacles / Les Productions de l’Opéra Royal
Les costumes sont réalisés par l’Atelier Caraco – Paris
Les décors sont réalisés par l’Atelier Devineau
Les perruques et les accessoires sont réalisés par l’Opéra Royal / Château de Versailles Spectacles
Tragédie lyrique en un prologue et cinq actes sur un livret de Beaumarchais, créée à l’Académie royale de musique de Paris en 1787. Spectacle en français surtitré en français et en anglais.
Première partie : 1h15
Entracte
Deuxième partie : 1h15
Nouvelle Production

 

 

 

approfondir

LIRE aussi notre dossier TARARE de Salieri / Les Talents Lyriques, nov 2018 : https://www.classiquenews.com/tarare-de-salieri/

LIRE aussi notre CRITIQUE du CD TARARE / (Talens lyriques, 2018, 3cd Aparté) : https://www.classiquenews.com/cd-critique-salieri-tarare-talens-lyriques-2018-3cd-aparte/

CD, critique. SALIERI : TARARE (Talens Lyriques, 3cd Aparté / 2018). Hier, Les Danaïdes (1784), Les Horaces (1786), l’ensemble français sur instruments d’époque, Les talens lyriques abordent en novembre 2018 (le triple coffret prolonge les soirées en version de concert), Tarare (1787), une partition qui n’est pas une première mondiale, puisque dès 1988 (Festival de Schwetzingen), le chef visionnaire Jean-Claude Malgoire retrouvait et comprenait les enjeux esthétiques d’un opéra manifeste.
Tarare sur un livret de Beaumarchais porte les idéaux des Lumières : le héros positif et humaniste est jalousé par un roi envieux et retors ; mais grâce à l’intervention d’un travesti, le castrat Calpigi, Tarare retrouve son aimée qu’avait fait enlever le suzerain indigne… L’opéra est même l’aboutissement des travaux et réflexions de Beaumarchais sur le genre lyrique et sur la place de la musique aux côtés du texte. Ainsi, l’ouvrage connaît un succès immédiat, étant joué et repris régulièrement 15 ans après sa création.
L’écrivain libertaire et polémiste, admirateur comme Rousseau, de Gluck, outrepasse encore les idées de son Barbier de Séville, conçu à l’origine comme un opéra-comique. C’est finalement Salieri, – rencontré à la création des Danaïdes (créé 3 ans auparavant), qui met en musique son livret Tarare. Il y épingle en règle l’église et la monarchie. Atar est un sultan aigri et corrompu jusqu’à l’os ; quand Arthénée est le grand-prêtre maffieux, irrespectueux et manipulateur à l’endroit des croyants.

 

 

 

 

Synopsis

Prologue
La Nature et le Génie du feu calment les éléments pour donner la vie aux personnages du drame à partir des « atomes perdus dans l’espace ». Le chœur des ombres clame son aspiration à l’existence humaine. Cette nouvelle création est prétexte à exposer les thèses politiques et sociales qui seront développées ensuite.
Acte I – Au palais royal d’Ormuz.
Le despote Atar méprise les sujets et exerce sur eux un pouvoir tyrannique. Tarare, un soldat noble et généreux, a sauvé la vie de son roi, lequel, par reconnaissance, l’a nommé chef de sa milice. La vie du soldat n’a pas changé ; il se rend utile aux autres avec enthousiasme et humilité ; de plus, malgré la loi qui permet la polygamie, il vit heureux avec sa seule femme, Astasie, belle et honnête. Atar révèle à Calpigi, un esclave italien gardien de son sérail, sa haine à l’encontre de Tarare et la jalousie qu’il éprouve à cause de son bonheur et de sa popularité. Atar a ordonné à Altamort d’enlever Astasie et de l’amener au sérail où elle sera reçue sous le nom d’Irza. Au cours d’une fête somptueuse, Irza, miracle de beauté, est introduite au sérail et présentée à Atar. Aussitôt après avoir pris conscience de son triste sort, elle s’ évanouit, puis est ramenée à ses appartements par Spinette, une chanteuse napolitaine légère et intrigante qui vit à la cour. Le roi exprime sa joie de savoir malheureux le chef de sa milice. Tarare, qui ne connaît pas les coupables de l’enlèvement, fait à Atar une description
enflammée de son épouse et lui demande de lever une armée pour punir le ravisseur d’Astasie. Atar lui accorde cette permission mais, en secret, ordonne à Altamort de le suivre et de le tuer.
Acte II – Les chrétiens sont aux portes du royaume.
Atar et le grand prêtre Arthenée font la part de leurs pouvoirs respectifs. Calpigi apprend à Tarare quel sort a été réservé à Astasie, dont il promet de favoriser la fuite. Avec la complicité d’Arthenée, Atar décide de confier l’armée à Altamort, mais le jeune oracle Élamir, consulté à ce sujet, donne le nom de Tarare malgré les efforts d’Arthenée. Le peuple exulte. Offensé dans son prestige, Altamort défie Tarare en duel.
Acte III – Les jardins du sérail.
Atar exige que la fête prévue en l’honneur d’Irza soit donnée à l’instant même. Ses projets sont interrompus par le récit d’Urson qui révèle la victoire de Tarare sur Altamort. Atar ordonne cependant le divertissement, une fête européenne au cours de laquelle il couronne Irza. Pendant la barcarolle de Calpigi, Tarare s’introduit dans le sérail. Calpigi le travestit en esclave noir et muet. Repoussé par Astasie, Atar exprime une nouvelle fois sa colère. Pour se venger, il veut faire décapiter l’esclave noir et porter sa tête à Astasie en lui faisant croire qu’il s’agit de celle de Tarare. Calpigi est complètement désemparé. Au dernier moment, le monarque change d’avis et ordonne de conduire l’esclave dans la chambre d’Astasie pour l’humilier en la soumettant à la dérision du sérail.
Acte IV – Toujours déguisé, Tarare est introduit dans la chambre d’Astasie. Pour éviter l’infamie, Spinette a pris la place de sa maîtresse. Décontenancé,
Tarare laisse échapper un cri et se trahit. Atar, qui s’est encore ravisé, envoie Urson et ses soldats pour assassiner l’esclave. Ne sachant plus comment sauver Tarare, Calpigi révèle son identité.
Acte V
 – Atar se réjouit de pouvoir tuer Tarare « avec le fer souple des lois ». Malgré les conseils d’Arthenée, il continue de se conduire en despote absolu et refuse de comprendre qu’il se voue lui-même à sa perte. Les prisonniers sont livrés au grand-prêtre : Tarare et Astasie se retrouvent enfin. À la tête de nombreux soldats, Calpigi pénètre dans le palais. Tous veulent faire de Tarare leur roi. Atar meurt de rage. Urson contraint Tarare à régner « par les lois et par l’équité ».

 

PLUS D’INFOS sur le site des Talents Lyriques : https://www.lestalenslyriques.com/resources/tarare-ressources/

 

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CRITIQUE, festival. TORRE DEL LAGO, 71e Festival Puccini (Amphithéâtre de plein air), le 05 septembre 2026. PUCCINI : La Fanciulla del West. A. Pirrozzi, R. Aronica, C. Sgura… Angelo Bertini / Valerio Galli

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La Fanciulla del West m’a toujours semblé l’une des créations les plus singulières de Giacomo Puccini : une musique magnifique, une orchestration riche et raffinée, des moments d’un réel éclat, sans jamais atteindre, du moins à mon oreille, l’inévitabilité dramatique de Tosca, de Madama Butterfly ou de La Bohème, que la cause en soit l’étrange décor du Far West, l’importance de la distribution, ou simplement la façon dont l’œuvre ne se résout jamais en une ligne tragique unique et claire. Elle n’en demeure pas moins, au théâtre, un formidable divertissement, et cette production du Festival Puccini, à Torre del Lago, en a tiré le meilleur parti.

 

Tout, dans cet ouvrage, repose sur Minnie : sans une soprano capable de dominer le plateau, le personnage risque d’être englouti parmi les mineurs, les cow-boys, le shérif, le bandit et toute la Californie peuplée de Puccini. Anna Pirozzi n’a jamais couru ce risque. Elle possède la voix, mais surtout la présence, nécessaires au rôle, sachant nous convaincre que ces rudes hommes l’adorent sincèrement, qu’elle peut leur lire la Bible un instant et affronter Jack Rance l’instant suivant, avant de tricher aux cartes pour sauver l’homme qu’elle aime ; c’est, à y bien réfléchir, un personnage extraordinaire à tenir sur toute une soirée, et Pirozzi s’y est donnée entièrement, portant la représentation à elle seule.

De son côté, Roberto Aronica a remplacé au pied levé Yusif Eyvazov, initialement annoncé dans le rôle de Dick Johnson, Claudio Sgura complétant le triangle central en shérif Jack Rance. Puccini offre à Johnson l’un de ses plus beaux dons tardifs avec « Ch’ella mi creda libero e lontano » ; Aronica l’a chanté honorablement, sans qu’il s’agisse de la version la plus mémorable qui soit, mais quelle page tout de même, et pendant quelques minutes les cow-boys, les revolvers et tout l’attirail du Far West ont cessé d’exister. Reste l’anglais, toujours d’un effet un peu étrange lorsqu’il surgit au milieu d’un opéra italien, et qui, dans Fanciulla, peut verser dans le franchement surréaliste, avec ces Hello, hello et ces Mister Johnson au sein d’un opéra italien, composé par un Italien, offrant une vision entièrement italienne de la Californie. Cela ne fait, curieusement, qu’ajouter au charme singulier de l’ouvrage plutôt que d’y nuire.

La mise en scène d‘Angelo Bertini, de facture traditionnelle, a offert beaucoup à regarder, le plateau tirant pleinement parti de l’immense scène de Torre del Lago : grands arbres, tempêtes de neige, saloon endiablé, cabane de Minnie dans les bois. Beaucoup de choses se sont passées tout au long de la soirée, Fanciulla portant une distribution nombreuse qui, une fois le chœur du festival ajouté, a transformé la Polka en un lieu proprement bondé et vivant, la taille de la troupe convenant particulièrement bien à un théâtre en plein air où une production plus modeste aurait pu paraître perdue.

Certains costumes prêtaient franchement à sourire, ce qui participait sans doute au plaisir de la soirée, l’idée que Puccini se faisait de l’Ouest américain n’ayant jamais visé le réalisme documentaire, et la production a volontiers offert les cow-boys et figures de la frontière que l’on attend. Bien plus gênants, en revanche, se sont révélés Billy Jackrabbit et Wowkle, les serviteurs amérindiens, dont le costume et la caractérisation appartenaient sans conteste à une tout autre époque théâtrale ; en les voyant en 2026, il était difficile de ne pas conclure qu’une telle représentation ne survivrait pas au projet dans une nouvelle production, en Grande-Bretagne comme aux États-Unis. On peut arguer qu’elle ne fait que refléter l’époque de composition de l’œuvre, cela ne rend pas l’effet moins gênant aux yeux d’aujourd’hui. C’est là, à sa manière, une part du problème comme de la fascination propres à La Fanciulla del West, avec cette étrange vision de la frontière américaine, combinaison qui produit des résultats tour à tour saisissants, touchants et proprement étranges.

Valerio Galli a dirigé en remplacement de Daniel Oren, initialement prévu, et une tristesse certaine planait sur ce dernier week-end du Festival, Antonino Fogliani étant décédé cette semaine même ; un hommage lui a été rendu avant la représentation. On notait, par ailleurs, un visage familier dans le public : Plácido Domingo, présent avant son propre concert du lendemain, ce qui a ajouté une touche d’occasion supplémentaire à la soirée, même si, pour une fois, l’un des ténors les plus célèbres de l’art lyrique se trouvait là pour écouter chanter des collègues….

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CRITIQUE, festival. TORRE DEL LAGO, 71e Festival Puccini (Amphithéâtre de plein air), le 05 septembre 2026. PUCCINI : La Fanciulla del West. A. Pirrozzi, R. Aronica, C. Sgura… Angelo Bertini / Valerio Galli. Crédit photo (c) Giorgio Andreuccetti

 

 

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OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES. Le Chevalier de Saint-George, jeu 15 octobre 2026. Orchestre de l’Opéra Royal, Théotime Langlois de Swarte

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Officier admirable, républicain indéfectible, premier compositeur américain métis et aussi très fin bretteur, le Chevalier de Saint-George renaît par la qualité de sa musique. Né en Guadeloupe, ce fils d’un propriétaire blanc et d’une esclave d’origine africaine, fut éduqué en France et devint l’un des meilleurs violonistes de son temps, chef d’orchestre et d’opéra, et Maître de musique de Marie-Antoinette. Escrimeur hors pair et révolutionnaire, il fonda en 1792 la Légion franche de cavalerie des Américains, composée de soldats antillais noirs et métis libres, dont il fut le colonel.

 

Le destin du « militaire artiste » frappe l’imagination : la sensibilité de son écriture demeure au cœur de ce portrait musical. Le programme dévoile un Saint-George méconnu, virtuose, inspiré, jamais artificiel ni démonstratif. Entre lyrisme touchant et sens aigu du théâtre, sa musique dessine des paysages sonores d’une rare diversité : des airs de concert d’une douceur aérienne aux suites de danses endiablées. Plusieurs pages rares, issues de contextes intimes ou solennels, révèlent ainsi l’art de la « touche juste » d’un compositeur qui savait, mieux que quiconque, créer des climats d’une efficacité thématique saisissante.

Théotime Langlois de Swarte, les solistes et l’Orchestre de l’Opéra Royal ressuscitent l’art d’une personnalité flamboyante appelée non sans raison le « Mozart noir ». Concert événement.

 

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Jeudi 15 octobre 2026, 20h
VERSAILLES, Opéra Royal
Musiques du Chevalier de Saint-George
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/evenement/le-chevalier-de-saint-george/
Durée : 2h dont 1 entracte

 

 

 

distribution

Franciana Nogues*, Soprano
Patrick Kabongo, Ténor
Anas Séguin, Baryton
* Membre de l’Académie de l’Opéra Royal – promotion 2023/2025

Orchestre de l’Opéra Royal
Théotime Langlois de Swarte, violon et direction

 

 

 

Le programme joué à l’Opéra Royal de Versailles prolonge le remarquable cd paru cet été 2026 sous étiquette CVS Château de Versailles Spectacles : Chevalier de SAINT-GEORGE : portrait. L’Amant anonyme (extraits), Quatuor à cordes opus 1, n°4, airs… Orchestre de l’Opéra Royal, Théotime Langlois de Swarte, violon & direction (2 cd CVS Château de Versailles Spectacles – déc 23 / sept 24)
LIRE notre critique complète du CD Chevalier de SAINT-GEORGE : portrait par l’Orchestre de l’Opéra Royal, Théotime Langlois de Swarte, violon & direction : https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-chevalier-de-saint-george-portrait-lamant-anonyme-extraits-quatuor-a-cordes-opus-1-n4-airs-orchestre-de-lopera-royal-theotime-langlois/

 

CRITIQUE CD, événement. Chevalier de SAINT-GEORGE : portrait. L’Amant anonyme (extraits), Quatuor à cordes opus 1, n°4, airs… Orchestre de l’Opéra Royal, Théotime Langlois de Swarte, violon & direction (2 cd CVS Château de Versailles Spectacles – déc 23 / sept 24)

Le Guadeloupéen Saint-George (de son nom développé Joseph Bologne de Saint-George : 1745-1799) arrive en France à peine âgé de 10 ans : son père, aristocrate, lui prodigue l’enseignement des meilleurs professeurs parisiens, habilités à en faire un gentilhomme ; de fait, le « Voltaire de la musique » devient le meilleur escrimeur de son temps, doublé d’un talent de violoniste et de compositeur impressionnant, reconnu par les plus grands dont Marie-Antoinette et Mozart qui le jalouse au point de s’inspirer de ses partitions. Le « Mulâtre » commande à Haydn ses 6 Symphonies parisiennes qu’il dirige aux Tuileries en présence de la Reine. Marie-Antoinette en fait son précepteur de musique et entend le nommer directeur de l’Opéra royal …

 

 

 

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BUCAREST. CONCOURS ENESCU. Les Lauréats de la section PIANO sont…

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Après la section Violon que nous évoquions hier dans une brève, la 20ᵉ édition du Concours international George Enescu s’est achevée ce samedi 19 septembre, sur la scène de l’Athénée Roumain, avec la finale de la section Piano. Devant un public conquis, les trois finalistes se sont produits aux côtés de l’Orchestre philharmonique George Enescu, placé sous la direction de la cheffe Daniela Candillari.

 

Le Premier Prix a été décerné au pianiste sud-coréen Jeongwoo Lee, âgé de 18 ans, plus jeune finaliste de la catégorie. Il a interprété le Concerto pour piano n° 2 en fa mineur, op. 21 de Frédéric Chopin, une prestation qui a séduit à la fois le jury et le public. En plus du Premier Prix, doté de 15 000 euros, Jeongwoo Lee s’est vu décerner six prix spéciaux : le Prix du Public, le Prix « Radu Lupu » pour la meilleure interprétation d’une œuvre de George Enescu (Suita n° 2 en ré majeur, op. 10), le Prix pour la meilleure interprétation de l’œuvre imposée (Hammers and Tongs de Karim Al-Zand), le Prix « Playing for Tomorrow » offert par BRD – Groupe Société Générale, ainsi que le Prix École Cortot.

Le Deuxième Prix revient au pianiste chinois Yiming Guo (24 ans), qui a défendu le Concerto pour piano n° 3 en do majeur, op. 26 de Sergueï Prokofiev. Le Troisième Prix est attribué au Taïwanais Pin-Hong Lin (25 ans), qui a interprété le Concerto pour piano n° 2 en si bémol majeur, op. 83 de Johannes Brahms. Enfin, Inya Cutova (17 ans) reçoit le Prix Constanța Erbiceanu, décerné au concurrent roumain le mieux classé dans la section piano et offert par la Fondation culturelle Erbiceanu.

Le jury international de la section piano était présidé par la pianiste Lilya Zilberstein, entourée notamment de Nelson Goerner, Rena Shereshevskaya, Vovka Ashkenazy, Marie-Ange Nguci ou encore Dana Borșan et Raluca Știrbăț. Cette finale clôturait une édition record, marquée par 819 inscriptions provenant de 58 pays, et qui a vu la victoire du violoniste américain Jayden King (11 ans) et du violoncelliste suisse Samuel Niederhauser.

 

 

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                                                                                       crédit photo (c) Andreï Gindac

 

 

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CRITIQUE, concert. DIJON, Auditorium, le 19 sept 2026. BRAHMS / SIBELIUS… Orchestre Philharmonique de Bergen, Leif Ove Andsnes (piano) / Dima Slobodiouk (direction)

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La prodigieuse phalange norvégienne déploie ses splendides atours sur la scène Dijonaise ; une session symphonique majeure qui démontre à nouveau que l’actualité se déploie aussi hors de la Capitale : l’Auditorium de Dijon se faisant ce soir un splendide écrin pour les vertiges orchestraux.  L’Orchestre de Bergen / Bergen Philharmonie Orchestra, l’une des plus anciennes phalanges européennes est gratifié d’une réputation enviable qui se révèle amplement justifiée.

 

La souplesse des cordes, leur clarté polyphonique, le sens des phrasés d’une éloquence insolente, le fruité mordant, sensuel des bois [hautbois, bassons, clarinettes], sans omettre ce vrombissement sourd et voluptueux des cuivres qui expriment étincelants, noblesse et puissance… sont ses principales qualités. Elles captivent immédiatement. Assujetties, ciselées par la direction précise et nerveuse du chef requis, DIMA SLOBODENIOUK, les instrumentistes norvégiens redoublent de relief et de nuances, éclairant le développement et le sens comme les particularités structurelles des œuvres ; ceci vaut surtout pour la seconde partie où sont enchaînées la pièce de la compositrice contemporaine Anna BERG et point d’orgue de la soirée, la 5ème Symphonie de Jean SIBELIUS dont l’activité et les choix interprétatifs, dans un répertoire familier, ont atteint au sublime.

 

Sur le thème du Nord, le programme débute avec le Concerto pour piano n°2 de BRAHMS (le génie de Vienne est né dans la septentrionale Hambourg), une œuvre qui permet à l’orchestre de poursuivre ainsi sa tournée européenne avec le pianiste (et compatriote) Leif Ove Andsnes dont la complicité avec l’orchestre remonte aux années 1980, soit il y a 40 ans. Une entente naturelle qui permet aux interprètes d’exprimer toutes les tensions comme l’ardent désir d’une Brahms aussi passionné qu’amoureux. Les 4 mouvements détaillent en réalité une odyssée sentimentale dans la splendeur d’une orchestration raffinée où se distingue le jeu tout en dialogue et souvent fusionné entre piano et orchestre. L’envoûtement du début du premier mouvement (et son sublime solo de cor), expose sous les doigts fluides du soliste, la couleur enivrée du clavier ; le piano déploie sa déclaration de plus en plus fougueuse dont les accents ardents, voluptueux dialoguent avec les bois : Leif Ove Andsnes éclaire l’impérieux désir qui entraîne peu à peu tout l’orchestre, libérant cette lave impériale et passionnée qui sous la délicatesse du jeu pianistique, recèle profondeur et ampleur, accents acides et gouffres amers. Cette ambivalence expressive est davantage développée dans le 2è mouvement (en forme de Scherzo ou allegro appassionato), plus nerveux et agité (bouillonnement en début de séquences des 6 contrebasses); clavier et orchestre y captivent par leur élégance complice, une sorte de fusion dansante qui dans les méandres conflictuels, les aspérités acides, n’écarte pas, grâce au jeu du pianiste, l’élégance et la souplesse, expression nuancée d’une tendresse blessée ni les feux presque incontrôlés d’une fureur, explicite et libérée dans le final. Le point d’orgue demeure le 3è mouvement (Andante) qui ré expose et développe le caractère extatique du début du Concerto ; c’est un retour dans les climats du rêve dont la texture s’épanouit dans le chant complice du violoncelle (et ses réponses au basson) ; le piano en extase, comme suspendu, exprime une insouciance inédite, dans un chambrisme exacerbé qui se joue alors entre le piano, accordé aux 2 violoncelles et au hautbois. Ce quatuor subtilement orfévré ce soir, dévoile le passage de la déclaration à la confession. C’est l’acmé de tout le Concerto, superbement ciselé par l’orchestre et le soliste tout à fait en phase. Enfin le dernier mouvement rompt avec la gravitas des deux premiers : les interprètes comme délivrés, expriment tout ce qu’a de « grazioso » ce dernier allegro, qui dilue toute tensions dans un nouveau jeu dansant voire facétieux. Beau contraste avec la couleur tragique sous jacente dès le début. Chaleureusement applaudi, Leif Ove Andsnes joue en bis, clin d’oeil plein d’à propos au regard de ce qui suit en 2è partie, un impromptu de… Sibelius, dont le jaillissement aquatique continu, le flux d’une fluidité souveraine, prélude aussi à la pièce contemporaine d’Ana Berg.

 

Avant Sibelius, les musiciens norvégiens jouent « Nuances of Water » dont la double nature, micro – macro préfigure la texture ambivalente sibélienne. L’ample architecture de la compositrice ANNA BERG sollicitant tout l’orchestre dont un tuba et des percussions agiles, percutantes, convoque développement colossal et déflagration, cependant à l’écoute de la fluidité suggestive qui innerve tous les pupitre sans exception. La pièce convient d’autant mieux au grand orchestre de Bergen qu’elle a été commandée par lui et composée pour l’effectif. Inspiré par la magie de l’eau, elle a été créée au Grieg Hall en 2026, puis nominé pour un Harpa Award. L’œuvre aux clameurs envoûtantes est assurément bien dans le thème naturel que développe ensuite Sibelius : l’orchestre y devenant cet organe mouvant qui exprime toutes les vibrations – jubilatoires ou conflictuelles de la Nature et du Vivant.

 

A l’Auditorium de Dijon,
le fabuleux Philharmonique de Bergen
dans la 5ème de Sibelius

 

 

 

S’agissant de la 5ème de Sibelius, le Bergen Philharmonie orchestra éclaire comme peu l’écriture Sibélienne. La hauteur de vue est magistrale et la profondeur suractive qu’y développent chef et instrumentistes éblouissent littéralement. Plus que tout autre (y compris Mahler dans sa n°4), la 5e de Sibelius se place au cœur de la Nature, il en exprime chaque vibration frémissante, le souffle incontrôlable, l’ineffable activité ; il en révèle le chant organique, murmurant ou rugissant, s’attachant à dessiner la particule initiale, primitive qui coagulant avec les autres, construit peu à peu la série d’arches grandioses qui manifestent le mystère miraculeux du vivant. Magicien de l’orchestration, Sibelius ose des combinaisons sonores prodigieuses dont le charme servi par un tel orchestre, ensorcèle. Des exemples ? Ainsi le flux contrasté, imprévisible du premier mouvement [à travers ses 4 séquences très minutieusement annotées], comme dans le 3ème mouvement, le portique révélé dans sa majesté par les cuivres souverain distanciés,… Deux temps forts qui s’avèrent saisissants [évoquant un souvenir tenace du compositeur, grand observateur du motif naturel : l’envol des 16 cygnes comme l’emblème triomphant de ce panthéisme lumineux].

D’un bout à l’autre et dans chaque mouvement, idéalement articulé, le chef éclaire la captivante activité des cordes et le chant majestueux des cuivres qui façonnent plusieurs séquences d’extase sonore (dans des tuilages harmoniques saisissants). Du début à la fin, le chef maître de tous les défis, DIMA SLOBODIOUK agit pour la clarté du tissu contrapuntique, l’étagement des plans simultanés entre pupitres, comme il reste soucieux de la lisibilité, des détails comme de l’architecture globale.

 

 

Symphonie n°5 de Sibelius

La version de ce soir est la plus tardive (1919), fruit de remaniements successifs dont le flux structurel suit sans aucun éparpillement un développement dramatique dense, contrasté, resserré. Soit 30 mn d’un cheminement souvent bouleversant.
C’est d’abord au début du premier mouvement (I) la somptueuse mélodie amorcée aux cors, flûtes, hautbois qui dessine un prélude d’un pastoralisme fusionnel… sa souplesse active ne cessera jamais jusqu’à la résolution finale. L’Orchestre exprime et la puissance et le scintillement miraculeux de la Nature en une infinité de nuances et d’accents, idéalement connectés. La vision architecturée se déplace et agit en cascades, diffusant des torrents de particules qui se régénèrent à mesure que le flux orchestral se déroule. Telle vision captive : les cordes au dessin sinueux, murmuré, à la fois inquiétant (accordé au basson ténébreux) exprime au plus près les forces vitales primitives, nerveuses, actives, jalonnées par de somptueuses vagues forte fortissimo.
Le chef et les instrumentistes questionnent le mécanisme mystérieux de la Divine Nature, un miracle organique qui cristallise et s’agrège, porté par une impérieuse énergie. Le propre de Sibelius est de dévoiler les forces en présence, entités simultanées, peu à peu canalisées en une lame déferlante et de plus en plus embrasée. Le détail des cordes, des bois, les formidables cuivres qui couronnent les tutti, façonnent un premier mouvement (I), agile, erratique, dont les 4 séquences enchaînées (Tempo molto moderato – Largamente – allegro moderato, puis Presto) composent un ample crescendo de plus en plus fiévreux, jusqu’au dernier accord exalté et conquérant.
L’Andante quasi allegretto (II) qui suit, marque une pause heureuse, inscrite dans la clarté et la transparence où l’accord des cordes et des bois (clarinettes, hautbois, flûte) exprime une irrépressible tendresse, enchantée. C’est une pause enivrée que tempère l’appel incessant des cuivres. Les musiciens norvégiens en détaillent la parure sensuelle mais aussi l’esprit de plus en plus facétieux (pizz des cordes ciselés, dansants). Dima Slobodeniouk, précis, engagé, n’oublie jamais la pression de la lave qui couve, sous la remarquable étoffe orchestrale. Ce jeu d’équilibre entre hédonisme formel et architecture instable produisent des miracles sonores très proches du dessein de Sibelius, autant pointilliste que fougueux dramaturge.
Le III est de la même eau où éblouit la vélocité des cordes, leur fine clarté polyphonique, nappe cristalline sur laquelle rayonne et se diffuse l’appel des cuivres, dont la noblesse et un tempo irréel suggèrent ce fameux envol des cygnes, moto de toute la symphonie. Grâce à la cohésion expressive des instrumentistes, le geste clair et économe du chef, la pensée orchestrale de Sibelius, – l’architecte et le poète, se réalise jusque dans ses harmonies mêlant étrange et sublime dans un final retentissant, dont les 6 brefs accords, cinglants, impérieux (les 2 derniers avec timbales) disent la régénération ultime.

Soirée au programme ambitieux d’une tenue superlative qui a fait de l’Auditorium de Dijon, le temps d’une soirée, un haut lieu symphonique et l’écrin d’une expérience sonore inoubliable.

 

 

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CRITIQUE concert. Opéra de Dijon, le 19 sept 2026. Orchestre Philharmonique de Bergen / Bergen Philharmonie Orchestra / Dima Slobodeniouk, direction. Concerto pour piano n°2 de Brahms (Leif Ove Andsnes, piano) – Symphonie n°5 de Sibelius — photos © studio classiquenews 26

 

 

 

prochain concerts symphoniques à l’Opéra de Dijon

Prochains concerts symphoniques événements à l’Opéra de Dijon : l’Orchestre Français des jeunes, le 6 déc 2026 / l’Orchestre Victor Hugo, le 22 déc 2026/ l’Orchestre national de France : « nouvel An à Broadway, le 7 janv 2027… Plus d’infos sur le site de l’Opéra de Dijon (volet « musique ») : https://opera-dijon.fr/fr/au-programme/calendrier/saison-26-27/musique

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 20 septembre 2026. ROSSINI : le Barbier de Séville. J. Montague Rendall, L. Desandre, J. Swanson, N. Alaimo… Damiano Michieletto / Jader Bignamini

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Du Rossini cousu façon Almodóvar : tel est l’extraordinaire Barbier de Séville actuellement à l’affiche de l’Opéra national de Paris. Le metteur en scène Damiano Michieletto a installé l’action dans une pauvre rue du Séville d’aujourd’hui, quelque part entre linge aux fenêtres, appartements modestes et bars à tapas. L’inspiration de Pedro Almodóvar est évidente. Pas d’Espagne de folklore : la vie ordinaire.  

 

Devant nous, trois vieilles façades d’immeubles. Au rez-de-chaussée, le bar où se retrouvent les gens du quartier. La façade du milieu est montée sur un plateau pivotant qui, lorsqu’il tourne, nous fait voir l’intérieur des appartements, chambres, paliers et cages d’escalier sur trois étages. Et il tourne, ce plateau ! Il ne cesse de tourner ! Dans ce décor tournant, les chanteurs courent, grimpent, descendent, traversent les pièces et les appartements. Ils montent et descendent les escaliers avec autant de virtuosité que les vocalises de leurs airs. S’ils portent une montre connectée comptabilisant les pas de leur journée, elle doit demander grâce à la fin du spectacle !

Pendant son célèbre air du factotum, Figaro fait plusieurs fois le tour de l’immeuble, traverse les logements, attaque les escaliers,les monte et les dévale, apparaît ici, reparaît là. Figaro-ci ! Figaro-là ! Pendant les airs célèbres de Rosine, d’Almaviva, de Bartolo, de Basile, il se passe toujours quelque chose dans les appartements du dessus, et du dessous et aux fenêtres des deux immeubles sur le côté. On peut bien sûr choisir de ne pas se laisser distraire et de revenir à l’essentiel : Rossini et ses chanteurs. Car ils sont admirables. Au bout du compte, cette mise en scène possède une telle vivacité, une telle imagination, une telle insolence joyeuse qu’elle finit par nous emporter dans son tourbillon. Le public est heureux. On reprochera quand même la fanfare du début : les figurants font semblant de jouer avec des instruments qui ne correspondent pas à ceux entendus à l’orchestre !

 

 

 

La distribution est superbe. Le Figaro de Hugh Montague Rendall est magnifique. Il a tout : la voix, l’allant, le panache, l’énergie. Lea Desandre, notre Rosine française, nous régale. Musicienne, mutine, elle étire certaines fins de phrases comme si elle voulait ménager des suspens.  Nicola Alaimo confirme ce que l’on sait depuis longtemps : il est l’un des meilleurs Bartolo du moment. Jack Swanson, en Almaviva, possède les notes et le timbre rossiniens mais on aimerait davantage de liant dans ses vocalises. La voix d’Adolfo Corrado est belle et puissante. Il donne toutefois trop de solennité à l’air de la calomnie qui est pleine de malice. Le personnage de Berta qui apparaît, dans cette mise en scène, obsédée par les hommes, est joliment chanté par Isobel Anthony. Dès l’ouverture du rideau, on remarque également le très bon Fiorillo d’Amin Ahangaran. Et les chœurs de l’Opéra national de Paris se montrent brillants.  

Redoublons les bravos pour le chef Jader Bignamini. Il entraîne l’Orchestre de l’Opéra national de Paris avec autant de sûreté que d’esprit rossinien. Nous avons particulièrement admiré la finesse, la cohérence et l’élégance des violons. 

Voilà, au plus haut niveau, un Barbier… « di qualità » !

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 20 septembre 2026. ROSSINI : le Barbier de Séville. J. Montague Rendall, L. Desandre, J. Swanson, N. Alaimo… Damiano Michieletto / Jader Bignamini. Crédit photographique (c) Agathe Poupeney

 

 

 

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