mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts (du 10 au 14 juin 2025). ROSSINI : Semiramide. K. Deshayes, F. Fagioli, G. Manoshvili, A. Kent… Pierre-Emmanuel Rousseau / Valentina Peleggi

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Dans cette nouvelle production de Semiramide de Gioacchino Rossini à l’affiche de l’Opéra de Rouen Normandie, le metteur en scène normand Pierre-Emmanuel Rousseau transpose le mythe babylonien dans un univers contemporain et cinématographique – inspiré à la fois du cinéma de Tony Scott (Les Prédateurs) et de Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut).

 

Les décors monumentaux, dominés par des murs de marbre noir mobiles, des sarcophages et des néons bleutés, créent une atmosphère de luxe macabre et de décadence. Les costumes mêlent tailleurs à épaulettes pour Sémiramis (évoquant une « executive woman » impitoyable) et attributs mafieux pour Assur, tandis que les éclairages de Gilles Gentner sculptent l’espace en clairs-obscurs dramatiques. La chorégraphie de Carlo d’Abramo, parfois jugée audacieuse, ajoute une dimension rituelle aux scènes de foule, avec des figurants évoquant des spectres ou des victimes sacrificielles. Pierre-Emmanuel Rousseau ose des images chocs, telles cette danseuse sacrifiée, égorgée en maillot de bain, qui rappelle la violence du pouvoir ; le spectre de Ninus, incarné par un danseur couvert de « paillettes sanglantes », qui plane comme une menace hallucinatoire ou encore la scène finale (réinventée) qui voit Azema (Natalie Pérez) poignarder Idreno et Arsace, ajoutant trois morts au livret original pour un climax aussi sanglant qu’inattendu.

Karine Deshayes incarne une Sémiramis électrisante, passant de la mante religieuse sanguinaire à la mère éplorée avec une maîtrise technique époustouflante. Son « Bel raggio lusinghier » fuse avec une projection rayonnante et des coloratures ciselées, tandis que ses duos avec Arsace révèlent une fusion d’or et de velours dans le timbre. Sa présence scénique, magnifiée par une robe à paillettes captant la lumière, domine la tragédie jusqu’au pathétique final. De son côté, le contre-ténor argentin Franco Fagioli assume un choix vocal radical. Son timbre androgyne et ses sauts de registre audacieux servent un personnage déchiré entre amour et vengeance. Malgré certaines ruptures dans la ligne de chant, son agilité dans les ornementations et son engagement scénique (avec sa perruque blond platine !) sont incontestables. La basse géorgienne Giorgi Manoshvili (Assur) est assurément la révélation de la soirée ! Il combine puissance noirâtre, souplesse belcantiste et nuances subtiles. Son air « Deh ti ferma » au finale est un sommet d’intensité dramatique, mêlant fureur et folie, qui a glacé le sang des spectateurs. Dans le personnage d’Oroe, Grigory Shkarupa impose une autorité vocale toute sacerdotale, tandis que la ténor australien Alasdair Kent, bien que privé de son air à l’acte I, séduit par ses suraigus pyrotechniques dans sa seconde aria, « La speranza piu soave ».

En fosse, la jeune chef italienne Valentina Peleggi dirige l’Orchestre de l’Opéra Rouen Normandie avec une approche puissante et charnue. Si certains tempi, comme dans l’ouverture, manquent parfois de panache, les crescendi gardent une tension dramatique palpable, tandis que le Chœur accentus livre une performance remarquable, notamment dans les grandes scènes dramatiques où sa cohésion et sa force lyrique amplifient l’ambiance fantomatique.

Une grande soirée rossinienne !

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 10 juin 2025. ROSSINI : Semiramide. K. Deshayes, F. Fagioli, G. Manoshvili, A. Kent… Pierre-Emmanuel Rousseau / Valentina Peleggi. Crédit Photo © Caroline Doutre

 

 

 

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