Retour au bercail pour ses 50 ans : ce jeudi soir, l’Orchestre National de Lille retrouve son écrin dédié : l’Auditorium du Nouveau Siècle rénové et pour fêter son premier jubilé, 3 chefs sont conviés pour souffler avec éclat la réussite indiscutable de ses 5 premières décennies. Les pièces jouées comblent l’attente des spectateurs… Le programme enthousiasmant et spectaculaire emporte l’adhésion du public venu très nombreux, visiblement conquis par un programme favorisant la célébration et la communion. La profondeur mystique et l’énergie sensuelle [Scriabine], la mécanique d’une volupté irrésistible [Ravel] sans omettre le pur esprit viennois dans une orchestration flamboyante [ R.Strauss]… Tous les défis sont relevés ce soir par les musiciens lillois ; le programme inaugurant officiellement le lancement de sa saison des 50 ans, laisse promettre de prochains accomplissements tout aussi mémorables…
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Photo : les 3 chefs de l’ON LILLE © Ugo Ponte / ON LILLE 2026
L’Orchestre National de Lille,
plus qu’un orchestre… une vision
Les raisons d’un succès qui dure depuis 50 ans. Avant de parler musique, précisons d’abord les enjeux de cette soirée jubilaire.
Ce soir n’est pas qu’un énième concert ; certes il s’inscrit (et inaugure par la même occasion) la saison des 50 ans de l’Orchestre. En réalité, il revêt bien des symboles car il consacre aussi une certaine vision de la culture dans la société, vision spécifique expliquée, défendue depuis ses débuts par son fondateur… Jean-Claude Casadesus qui dès 1976, – il y a donc 50 ans, avait l’intuition d’une conception fondatrice particulièrement actuelle aujourd’hui. Chevillé au corps, son projet artistique et musical est resté le même : l’art au plus haut niveau pour tous partout. Ajoutons que dans sa conception si admirable, l’excellence artistique ne vaut que si elle est partagée par le plus grand nombre. Cette vision d’un art proche des citoyens, naturel, accessible, est toujours d’actualité, d’autant plus nécessaire dans notre société fragmentée et plutôt très polarisée.
Vivre et partager la musique, faire partie du concert, – ce soir le démontre dans un auditorium complet, reste une expérience humaine et artistique qui renforce les bénéfices du vivre ensemble. L’audience fait corps avec les musiciens ; tous et chacun vibrent au même diapason, portés, exaltés par les vertiges que permet la formidable machine orchestrale.
Et ce soir quel programme ! Particulièrement indiqué pour, de fait célébrer les 50 ans de l’Orchestre national de Lille, une phalange qui est devenue l’acteur majeur du prestige culturelle de la cité Lilloise. Réunir les 3 chefs successifs d’une même phalange est un événement assez exceptionnel pour être souligné. Le mérite en revient à l’Orchestre Lillois soucieux de souligner depuis sa création, il y a 50 ans, les 3 valeurs phares, souhaitées par Jean-Claude Casadesus, – ce dans une continuité artistique qui a valeur d’exemple : excellence, proximité, transmission…
À 90 printemps, le maestro fondateur et visionnaire incarne toujours les valeurs culturelles qui font des Hauts de France, un territoire où l’art agit concrètement : à travers les spectateurs auditeurs qu’il n’a cessé de convaincre et fidéliser durant 5 décennies, l’Orchestre incarne un choix de société qui s’affirme : faire corps, faire société dans l’échange, la découverte, le partage… C’est tout cela que Jean-Claude Casadesus a défendu sans faiblir, suscitant toujours grâce à sa force de persuasion, à son charisme humaniste à toute épreuve, une adhésion de plus en plus large, auprès des politiques comme des citoyens, tout profil et tout âge confondus.
50 ans après ses premiers concerts populaires [dans l’acceptation la plus noble de ce terme], après tant de concerts hors les murs, mobiles, itinérants sur tout le territoire [dont le rappel dans l’usine Renault à Douai est même évoqué avec raison ce soir], le projet artistique est demeuré intact, plus fort encore, et toujours aussi pertinent. Le populaire et l’excellence musicale… voilà une équation gagnante qui continue d’inspirer. Au mérite des politiques concernés [Région, Métropole, Ville], la capacité d’avoir su discerner la pertinence de ce pari fou qui aujourd’hui élève au plus haut la renommée et la fierté Lilloise, sur le plan national comme international
le concert des 3 chefs
Ceux qui étaient venus retrouver leur orchestre, n’auront pas été déçus. Le concert proprement dit tout en marquant le retour de l’Orchestre dans son Auditorium (baptisé à raison « Jean-Claude Casadesus »), déroule un programme riche et généreux qui permet aux instrumentistes de briller et toucher, sous la baguette successive de ses 3 directeurs musicaux…
Après l’Ouverture de fête de Chostakovitch, brillant lever de rideau, – pièce épique et impérieuse propre à réveiller musiciens et auditoire, JEAN-CLAUDE CASADESUS aborde une œuvre clé, au cœur de son répertoire, tant de fois jouée depuis ses débuts : le Boléro de Ravel (1928). La pièce est réalisée immédiatement avec naturel et souplesse, dans ce vaste crescendo progressif, alternant les 2 simples mélodies complémentaires, au rythme répétitif de la caisse claire… Festival de timbres, la partition expose chaque instrument comme les acteurs d’un opéra instrumental : flûte, puis clarinette, basson, hautbois… à chaque intervention, l’accompagnement se pare de couleurs différentes et scintillantes, auxquelles le chef sait préserver une lisibilité constante.
Dans ce jeu d’équilibriste, paraissent les cordes d’une volupté langoureuse, suspendue, de plus en plus impérieuse, portées elles aussi par la subtile et irrépressible mécanique rythmique. Parmi les cuivres (très en forme ce soir), après les saxophones ténor puis sopranino, comme les bois qui redoublent de rondeur caressante, avouons notre admiration particulière pour le trombone solo (au dessus des bois et des cors), son chant d’une volupté directe saisissante… La verve et l’engagement de chaque soliste, au fort individualisme, savent se fondre dans la texture globale, où les mélodies sont ensuite traitées en masses sonores, produisant par effet de répétition (certes variée), ce sentiment d’extase croissante et obsessionnelle que le chef fondateur de l’Orchestre lillois, sait conduire en sorcier magistral, jusqu’à la transe finale, comme précipitée et fulgurante : un coup de tonnerre statuant la fin de la partie. Fin, nerveux, d’une précision millimétrée, sachant déployer toute la parure sensuelle requise, Jean-Claude Casadesus enchante l’auditoire.
La Suite du Chevalier à la rose déduite dès 1944 de son opéra éponyme de 1911, exprime de l’auteur Richard Strauss, sa flamboyante inspiration : un défi là encore pour l’orchestre dont l’opulence sonore et le raffinement des textures combinées, dans la sensualité d’harmonies raffinées, doivent servir un dramatisme continu (celui néo baroque qui évoque les amours aristocratiques d’une Maréchale et de son jeune amant…) ; la succession des séquences mêle les diverses scènes sans respecter en réalité leur véritable enchainement scénique : dirigeant sans partition, ALEXANDRE BLOCH en déduit l’essence jaillissante et voluptueuse ; dès le début les formidables cors surenchérissent dans une éloquence ronde et grasse, emblème de ce rococo viennois qui inonde littéralement le vaste volume du Nouveau Siècle : flûtes, hautbois, clarinettes répondent très vite à l’appel des cuivres dans l’évocation de la fameuse présentation de la rose, scène où « Quinquin », le jeune amant de la Maréchale tombe finalement et de manière inopinée… amoureux de la jeune Sophie Faninal. Les vertiges orchestraux se parent alors d’une tendresse exquise, au diapason d’une nouvelle opulence chambriste qui fait jaillir la sincérité des jeunes cœurs. Après la courte séquence plus rustique et même stridente dans ses contrastes assumés, – celle de l’Auberge (de l’acte III), les musiciens lillois après le solo de trompette qui l’introduit, immergent dans l’étoffe crépusculaire et extatique du trio final de l’opéra, où la Maréchale renonce avec élégance à son jeune chevalier, désormais épris de plus jeune qu’elle. L’équilibre sonore, le geste mesuré, généreux en phrasés souples réalisent alors toute la nostalgie enivrée qui submerge l’âme de la Maréchale, en l’associant aussi à la candeur lumineuse du nouveau couple qui se forme. Profondeur, panache lyrique (cf. l’irrésistible motif de valse viennoise), renoncement et tendresse concluent cette suite orchestralement époustouflante (avec dans les ultimes mesures, le solo de cor, redoutable).
Pour le final, – après la pause, JOSHUA WEILERSTEIN rejoint le podium pour gravir une marche supplémentaire dans un programme conçu comme un crescendo philharmonique. L’ivresse sonore, subtilement canalisée par Scriabine dans son Poème de l’extase (créé à NewYork en 1907), se rapproche évidemment de la transe progressive du Boléro de Ravel (créé 20 ans après lui). C’est pour l’orchestre une nouvelle exposition éruptive de tous les pupitres, avec le concours des solistes par rang ; pour le chef, c’est outre le souci de la transparence et de la cohésion collective, l’obligation de tenir le flux dans son développement, et donc d’associer ici à l’explosion du spectre sonore, le sens mystique et spirituel que lui a conféré le compositeur pianiste (ciblant rien de moins que la conscience divine universelle) ; chacune de ses pièces recherchant à percer le mystère des apparences et exprimer comme ce soir, le sentiment de révélation libératoire dans un sommet de volupté orchestrale. Le nouveau directeur musical de l’Orchestre cisèle tout le début du Poème, dans la profondeur murmurée comme un éveil progressif ; le chef opère une amplification graduelle dès le solo de clarinette qui fait basculer cette quête dans une sensualité interrogative cependant que les cuivres (et la trompette acide, insistante) jalonne le cheminement
de ses appels lancinants et réguliers. Extase avortée, désirs et convulsions invétérés, voire terreur panique foudroyante… l’orchestre traverse chaque paysage dans une intensité suggestive captivante (à travers les 8 thèmes de cette épreuve sensorielle, et « stations » identifiées du parcours : langueur, volonté, envol, affirmation… ); tout l’orchestre semble résister à l’inéluctable submersion finale (y compris les sublimes solos de la clarinette et du premier violon) ; c’est une conquête convulsive et de haute lutte, qui finalement se résout dans le dernier accord triomphal et libérateur.
Au mérite du maestro Weilerstein, comme de Jean-Claude Casadesus dans son Boléro miraculeux, non pas tant de réussir l’explosion finale que d’éclairer tout le travail préliminaire, … la succession des séquences et des solos qui y ont mené, la baguette de Joshua Weilerstein délivrant la richesse d’une partition qui fusionne le Wagner de Tristan et la transparence debussyste… C’est bien tout ce processus, de réglage, d’accentuation millimétrée, d’ajustement musical et poétique, fruit d’une complicité collective qui rend l’expérience symphonique si captivante. En cela ce « Gala des 3 chefs » est une expérience réussie.
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CRITIQUE, concert. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Nouveau Siècle, le 24 sept 2026. » Gala des 3 chefs » : Ravel, R. Strauss, Scriabine. Jean-Claude Casadesus, Alexandre Boch, Joshua Weilerstein
2 prochains concerts
Prochains rvs symphoniques avec l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, saison 2026 – 2027 « 50 ans » au Nouveau Siècle à Lille :
Les 4 et 5 nov 2026 : « Jean-Claude Casadesus & Nikola Meeuwsen », une soirée exceptionnelle ! Au programme : Finzi, Matière, Espace, Temps / Grieg, Concerto pour piano et orchestre (Nikola Meeuwsen, piano) / Prokofiev, Roméo et Juliette, extraits. Jean-Claude Casadesus, direction – Réservez vos places : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/jean-claude-casadesus-nikola-meeuwsen
Les 8 et 9 nov 2026 : » Le Sacre du Printemps », un programme inspirant et inspiré par la nature. Au programme : Tabakova, Orpheus’ Comet / Rachmaninov, Concerto pour piano n°2 (Alexandre Kantorow, piano) / Stravinsky, Le Sacre du Printemps. Joshua Weilerstein, direction
Réservez vos places : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/le-sacre-du-printemps
PLUS D’INFOS sur le site de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, saison 2026 – 2027, 50 ans : https://www.onlille.com/
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