Guillaume Lekeu (1870-1894)

Portrait. Guillaume Lekeu (1870-1894). Ni foncièrement français, ni rĂ©solument wagnĂ©rien, Guillaume Lekeu dès avant son (court) apprentissage dans la classe parisienne de CĂ©sar Franck puis de d’Indy, sait affirmer un tempĂ©rament sensible absolument original dès ses premières partitions abouties de 1887. Le disciple de Franck, tĂ©moin de sa disparition en 1890, laisse jusqu’Ă  sa propre disparition en 1894, un catalogue de pièces raffinĂ©es et allusives d’un mĂ©tier accompli qui contredit que jeunesse rime avec maladresse. Dans le cas de Lekeu, la maturitĂ© s’est très tĂ´t manifestĂ©e de sa 21è Ă  sa 23è annĂ©es. PrĂ©cocitĂ© gĂ©niale qui ne laisse pas de nous fasciner toujours.

lekeu guillaume 2015Aperçu biographique. Le tempĂ©rament entier volontaire passionnĂ© du jeune Lekeu transparaĂ®t clairement Ă  travers sa correspondance avec son ami et aĂ®nĂ© Marcel Gimbaud, alors que la famille Lekeu s’est fixĂ© en France Ă  Poitiers dès 1879;  pour autant l’envie de crĂ©er et de produire n’empĂŞche pas un clair et profond sentiment grave comme l’atteste le texte manuscrit inscrit sur la partition de sa Sonate en rĂ© mineur pour violon et piano: Ă©tat dĂ©pressif propre aux derniers romantiques, prescience de la mort, pensĂ©e  lugubre. .. tour concourt ici Ă  nourrir le portrait d’une jeune âme dĂ©jĂ  condamnĂ©e dont le texte incriminĂ© serait comme.le signe visionnaire, annonciateur de sa.mort prĂ©maturĂ©e Ă  24 ans en 1894. ” c’est pourquoi j’appelle la mort, pourquoi je veux me replonger dans le nĂ©ant d’oĂą je suis sorti”. A 15 ans, Guillaume s’il est bien l’auteur de ce texte montre une prĂ©disposition Ă©vidente Ă  la souffrance et au spleen tristanesque. .. il est vrai que comme son maĂ®tre CĂ©sar Franck le wallon reçoit de plein fouet le choc du wagnĂ©risme Ă©perdu radical irrĂ©sistible. Mais comme Franck, il s’agit de dĂ©passer et sublimer l’exemple germanique en trouvant sa voie propre : un dĂ©fi spectaculaire d’autant plus Ă©blouissant dans le cas de Lekeu dont la carrière fut Ă©courtĂ©e (par la fièvre typhoĂŻde).
Ce qui frappe immĂ©diatement dans le cas de Lekeu c’est la puissance d’un tempĂ©rament marque par Beethoven, aux rythmes subtils, Ă  l’harmonie sĂ»re et exigeante que stimule tour Ă  tour l’influence de ses maĂ®tres Franck et D’Indy. A son seul mĂ©rite revient la volontĂ© percutante d’honorer manifestement mais intelligemment Wagner tout en tissant une Ă©criture mĂ©lodique fabuleuse que n’aurait pas reniĂ© FaurĂ©. D’autant que souvent Lekeu sait inerver la construction d’une tension harmonique subtile comme en tĂ©moigne sa MĂ©ditation pour quatuors d’instruments Ă  cordes V48.

Pour autant les partitions aujourd’hui transmises sont pour la plupart redevables Ă  une furia de la.jeunesse qui prĂ©cède l’enseignement de Franck et donc manque parfois  clairement de stabilitĂ© comme d’Ă©quilibre: ainsi les mouvements lents sont ils mieux rĂ©alisĂ©s avec cette profondeur mĂ©lancolique qui affirme la maĂ®trise musicale. Mais le jaillissement de l’inspiration dans l’Ă©noncĂ© des sentiments est dĂ©plus en plus pĂ©nible et laborieux: si la sonate pour violoncelle et piano et le seul  quatuor Ă  cordes achevĂ©, deux premiers accomplissements indiscutables de 1888  (Lekeu a alors 18 ans) indiquent un premier cap, dĂ©passĂ© encore par l’excellent Trio Ă  clavier qui lui valut des efforts amplement relatĂ©s dans la correspondance.
Ysaye eut bien raison de lui commander ce suis restĂ© son chef d’oeuvre la Sonate en rĂ© mineur V 64 synthèse parfaite des germaniques et des français sous le filtre sublimateur de CĂ©sar Franck.
Musique investie par ses propres Ă©motions les plus tĂ©nues, le corpus  laisse par Lekeu offre en miroir l’Ă©noncĂ© scrupuleux et raffinĂ© d’une sensibilitĂ© exceptionnellement inspirĂ©e;  Lekeu aimait Ă©crire en exergue de ses partitions nombre d’Ă©claircissements poĂ©tiques : indications ou citations de poèmes reflĂ©tant son ardente sensibilitĂ© et sa volonté  d’exactitude musicale.
“Joies enfantines”, mĂ©lancolie des automnes”, … pour l’inachevĂ© Quatuor à  clavier , et donc “douleur” et “malheur” pour la sublime Sonate V64. .. autant d’indications littĂ©raires d’une âme exceptionnellement affĂ»tĂ©e au goĂ»t sĂ»r. .. que la disparitĂ© des pièces inachevĂ©es, comme des fragments criant une injuste irrĂ©solution du fait de leur incomplĂ©tude, rend plus fascinante encore. Ainsi pièces abouties dans leur solitude incomplète, l’Adagio pour quatuor d’orchestre, le Larghetto pour violoncelle et orchestre et la Plainte d’Andromède resteront ils toujours perles suspendues veuves du collier qui devaient les agencer en Ă©lĂ©ments d’un tout Ă  jamais perdu.

Les institutions ne reconnurent pas immĂ©diatement la gĂ©niale prĂ©cocitĂ© du compositeur nĂ© Ă  Verviers (oĂą naquit aussi le violoniste Henri Vieuxtemps)… Ayant prĂ©sentĂ© sa cantate Andromède, pour le prix de Rome, Lekeu apprend le 15 septembre 1891 qu’il n’est que second prix : le jury dont la partialitĂ© causa pour chaque Ă©dition un rĂ©el problème, sanctionna sans ambiguĂŻtĂ© celui qui avait prĂ©fĂ©rĂ© quitter l’enseignement des conservatoires belges au profit de Paris et surtout de l’exemple distillĂ© in loco Ă  Franck. L’admiration de D’Indy et dYsaye pour cette Andromède jouĂ©e Ă  Verviers et Ă  Bruxelles des fĂ©vrier et mars 1892 apporte  une consolation apprĂ©ciĂ©e la preuve que la partition relève d’un immense talent. Un rare crĂ©ateur capable de dĂ©passer le modèle wagnĂ©rien qui est la grande affaire de l’Ă©poque.
La preuve la plus Ă©loquente en sera la Sonate pour violon et piano que commande dans la foulĂ©e d’Andromede, Ysaye particulièrement convaincu par la qualitĂ© du jeune crĂ©ateur. Le conservatoire de Verviers possède la partition autographe de la Sonate : un manuscrit prĂ©cieux qui tĂ©moigne du lien en estime unissant les deux musiciens : on y relève nombre de collettes, ajouts de papier comportant les corrections que le jeune compositeur ne cesse d’adresser au dĂ©dicataire/commanditaire pour qu’il les fixe sur le document aux endroits prĂ©cis. Puis en septembre 1892, Ysaye commande une nouvelle oeuvre : le fameux Quatuor Ă  clavier : la correspondance exprime les affres du crĂ©ateur, obligĂ© Ă  l’excellence, composant lentement et de façon plus rĂ©flĂ©chie, gagnant en profondeur et en gravitĂ©, ne cĂ©dant jamais cette âpretĂ© dont il avait un goĂ»t prĂ©coce. D’ailleurs toute la première sĂ©quence, rĂ©pond Ă  un thème cher Ă©noncĂ© depuis les dĂ©buts : la rĂ©solution de l’affliction dĂ©pressive, l’arche tendue de la rage Ă©perdue Ă  la rĂ©signation mĂ©lancolique : “le sujet du premier morceau est la douleur initialement exaspĂ©rĂ©e, convulsive, s’adoucissant parfois et se transformant en mĂ©lancolie passionnĂ©e…”, prĂ©cise Lekeu dans une lettre Ă  sa mère de fĂ©vrier 1893. Et ailleurs : “je me tue Ă  mettre dans ma musique toute mon âme”. VoilĂ  une claire confession rĂ©vĂ©lant allusivement la clĂ© autobiographique de la composition.

 

 

 

L’Ĺ“uvre

 

 

Apprentissage : les premiers essais d’Ă©criture. NĂ© Ă  Verviers mais français de sensibilitĂ©, Lekeu dĂ©montre des vellĂ©itĂ©s de composition dès 1885 (Choral pour violon et piano, puis en 887, Morceaux Ă©goĂŻstes…), soit dès ses 15 ans, en particulier pendant ses vacances familiales Ă  Verviers. L’inspiration aborde dĂ©jĂ  les poèmes de Hugo, Lamartine (La fenĂŞtre de la maison paternelle, les pavots), Shakespeare et Goethe sans omettre Baudelaire (Les deux bonnes sĹ“urs) sur le mĂ©tier desquels le jeune compositeur apprend et rĂ©ussit les noces dĂ©licates, exigeantes de la poĂ©sie et de la musique : les mĂ©lodies de Lekeu informent sur cette Ă©loquence du cĹ“ur et de l’âme qui sont la clĂ© de son Ă©criture. Postromantique, le goĂ»t de Lekeu est surtout symboliste, avec, inclination visionnaire, une sensibilitĂ© pour les Ă©vocations mortifères, lugubres, parfois glaçantes… qui en fin de cycle, inspirera ses propres textes.
Admirateur de Beethoven, Lekeu s’essaie Ă  la forme du quatuor : des nombreuses tentatives dès 1887, remonte le plus achevĂ© (MĂ©ditation en sol mineur : Ă©noncĂ© par trois reprises d’un cri de douleur apaisĂ© par une foi finalement salvatrice). Le jeune compositeur poursuit Ă©galement ses leçons de violon auprès de son professeur Octave Grisard dont le Quatuor crĂ©Ă© sa MĂ©ditation (après l’avoir dĂ©barrassĂ© de ses erreurs d’harmonie). Toujours, Lekeu pourra compter sur l’appui et la collaboration de ses proches, plus âgĂ©s et expĂ©rimentĂ©s que lui dans la maĂ®trise de l’art). A l’automne 1887, l’Ă©criture occupe dĂ©sormais toute sa pensĂ©e ; le Molto adagio complète la MĂ©ditation, exprimant les sentiments chers au caractère du jeune homme : recueillement et profondeur (avec en exergue des citations des Evangiles de Matthieu et Marc dont du Christ sur le mont des Oliviers, “mon âme est triste Ă  en mourir”…).
Les Morceaux Ă©goĂŻstes (septembre 1887-mai 1888) expriment au piano l’expĂ©rience d’une âme sensible dĂ©sireuse de communiquer sa propre aventure Ă©motionnelle dans une langue mĂ©lodique et harmonique, personnelle : en tĂ©moigne surtout le Lento doloroso, traversĂ©e hypnotique entre songe et cauchemar, d’une âpretĂ© funèbre prenante inspirĂ© d’un poème de Gustave Kahn : … les pleurs sont la langue oĂą ce sont rencontrĂ©s / les retours muets d’Ă©tranges contrĂ©es”. Un sommet de profondeur glaçante que contrepointe totalement l’esprit irrĂ©vĂ©rencieux et provoquant de la Berceuse et Valse, comportant des rĂ©fĂ©rences hommages pleins d’humour Ă  Gounod, Delibes, Chopin, etc… De 1888, annĂ©e d’approfondissement et de maturation, surgit dans sa totalitĂ© cohĂ©rente (fĂ©vrier) l’admirable Quatuor en 6 mouvements V60, dĂ©diĂ© Ă  l’ami poitevin, pilier de toujours, Marcel Guimbaud. EntitĂ© poĂ©tiquement juste, d’un caractère enjouĂ© et lumineux oĂą perce l’originalitĂ© inclassable de son Capriccio (4è mouvement et le plus court de la sĂ©rie). De mĂŞme, fascinĂ© par la fugue, Lekeu parvient Ă  sublimer dans le final, la rigiditĂ© de cette forme en un lyrisme libre et personnel. Puis se succèdent, la Sonate pour violoncelle en fa (terminĂ©e par D’Indy dans un style trop scolaire et mesurĂ© pour servir de conclusion Ă  la fougue initiale de Lekeu) : en dĂ©finitive, quatre sĂ©quences (V65) prodigieusement Ă©noncĂ©es dans leur maladresse parfois explicite mais dont la sincĂ©ritĂ© saisit : adagio malinconico puis allegro molto quasi presto, aux rĂ©fĂ©rences baudelairiennes; superbe lento assai (le plus dĂ©veloppĂ© et le plus original composĂ© selon la correspondance Ă  minuit). Enfin Ă©pilogue qui reprend le thème principal, le mĂŞme que pour son Trio Ă  clavier.

1889 : la classe de Franck
En 1889, Lekeu poursuit son exploration musicale en abordant l’Ă©criture orchestrale avec l’Introduction symphonique aux Burgraves (avril) : tentative incomplète qui dĂ©montre une connaissance très aiguĂ« des thèmes wagnĂ©riens. C’est l’Ă©tĂ© 1889, la fin du LycĂ©e et pour le jeune compositeur encore autodidacte, l’horizon d’une nouvelle carrière musicale d’emblĂ©e orientĂ©e vers la composition dont le maĂ®tre choisi est CĂ©sar Franck. Dès septembre, Lekeu se confronte donc aux exercices du Pater Seraphicus : le Première Etude Symphonique concentre les avancĂ©es du jeune Lekeu alors disciple de Franck, qui bravant l’ordre de mesure de son maĂ®tre, ose cependant l’orchestration, lui qui vient de dĂ©buter son apprentissage parisien.
La Deuxième Etude Symphonique est inspirĂ©e par le Hamlet de Shakespeare (trois parties). En aoĂ»t 1890 sont achevĂ©es les deux premières parties : dĂ©sespĂ©rance complexe du hĂ©ros, pur amour dĂ©muni impuissant d’OphĂ©lie (V19 et V22). Le 8 novembre 1890, Franck dĂ©cède Ă  la suite d’un accident de fiacre : son enseignement n’aura durĂ© qu’un an et demi.

Le Trio Ă  clavier
Sous la direction de Franck, Lekeu, douĂ© d’une fièvre souvent impulsive, apprend la discipline et le contrĂ´le : de 1891, datent des partitions mieux construites, plus profondes encore dans leurs choix dramatiques et expressifs. Trio pour piano, violon et violoncelle (Trio Ă  clavier en ut mineur V70, janvier 1891) : le solide fugato du premier mouvement rĂ©vèle l’apport du maĂ®tre Franck Ă  son jeune disciple. Douleur, espoir, rĂŞverie, mĂ©lancolie, cri et malĂ©diction… Lekeu y exprime tous ses chers thèmes empruntĂ©s aux romantiques comme aux Symbolistes dont il fait une synthèse très originale. D’autant qu’en conclusion, comme un accomplissement salvateur, le compositeur dĂ©veloppe finalement, le “lumineux dĂ©veloppement de la bontĂ©”, un parcours spirituel personnel que n’aurait pas reniĂ© son maĂ®tre Franck, lequel avant de mourir, avait tĂ©moignĂ© son enthousiasme face Ă  la partition (que Lekeu lui dĂ©diera naturellement en hommage). Solide et consciencieux, ce Trio comporte le mĂ©tier d’un Ă©lève respectueux, certainement encore choquĂ© par la perte de son maĂ®tre si vĂ©nĂ©rĂ©.
La Sonate pour piano de 1891 prolonge encore ce devoir de profondeur et de structure auquel l’a initiĂ© Franck. C’est un clair hommage aux Ĺ“uvres pour piano de Franck (PrĂ©lude, choral et fugue). MĂŞme enracinement frankiste pour le cĂ©lèbre et rĂ©gulièrement jouĂ© : Adagio pour quatuor d’orchestre (avril 1891) qui porte aussi les vers de Georges Vanor : “Les fleurs pâles du souvenir”. LibertĂ© inouĂŻe de l’Ă©criture (harmonique et mĂ©lodique), Lekeu a trouvĂ© sa voie et son langage propre dans cet Adagio, antichambre d’une carrière qui s’annonce particulièrement juste et inspirĂ©e; après la mort de Franck, Lekeu se rapproche de D’Indy, autre Ă©lève du MaĂ®tre et vĂ©ritable pilier dans la continuation de sa jeune vocation musicale.
A partir de 1891, les compositions de Lekeu sont liĂ©es Ă  des Ă©vĂ©nements vĂ©cus Ă  Verviers : Epithalame pour le mariage de son ami Antoine Grignard (avril 1891 : la seule partition composĂ©e pour l’instrument de son maĂ®tre, l’orgue dans laquelle il reprend le thème d’OphĂ©lie).

Andromède
Suivent la printanière Chanson de mai (printemps 1891) sur un texte de son oncle Jean, le Chant lyrique pour choeur et orchestre destinĂ© Ă  la SociĂ©tĂ© royale L’Emulation qui la crĂ©e le 2 dĂ©cembre 1891 : partition ambitieuse, jouant de l’Ă©clat partagĂ© dialoguĂ© entre voix et fanfare, qui prĂ©figure le grand dĂ©fi du Prix de Rome auquel Lekeu se prĂ©sente Ă  Bruxelles la mĂŞme annĂ©e. D’Indy stimule le jeune crĂ©ateur qui passe la première Ă©preuve (Ă©criture d’une fugue Ă  quatre voix et d’un choeur avec orchestre) ; A l’Ă©tĂ©, Lekeu entre en loge d’Ă©criture sur le thème d’Andromède dont l’arrogante beautĂ© insulte les NĂ©rĂ©ĂŻdes filles de Neptune lequel alors par vengeance lâche sur l’Ethiopie, un monstre affreux semant mort, destruction, dĂ©sespoir. La cantate de Lekeu – poème lyrique et symphonique pour soli, choeur et orchestre, Ă©voque la supplique des prĂŞtres afin qu’ils dĂ©signent une victime expiatoire : Andromède ; la mise Ă  mort de la jeune femme, libĂ©rĂ©e cependant par PersĂ©e… enfin, la victoire finale de l’harmonie dans un Ă©pithalame triomphal. MalgrĂ© ses espoirs, Lekeu n’obtient le 12 septembre 1891, que le 2è Prix : de fureur, il ne se prĂ©sente pas Ă  la remise. Il critique la partialitĂ© des juges : tous membres des conservatoires royaux de Gand et de Liège dont les Ă©lèves ont… naturellement obtenu le Premier Prix et le Premier second prix. Franckiste et parisien, Lekeu l’expatriĂ© a Ă©tĂ© sĂ©vèrement sanctionnĂ©. Evidemment, la prière d’Andromède est le point capital d’un drame parfaitement Ă©crit dont le thème de PersĂ©e, sĂ©quence finale, apporte un Ă©clairage apaisĂ© et salvateur. Tout Lekeu y est condensĂ© dans une science dĂ©sormais libre et originale, apportant les bĂ©nĂ©fices d’un tempĂ©rament autonome qui sait ce qu’il doit Ă  Beethoven et Wagner, surtout ses maĂ®tres d’Indy et Franck.

Ysaye entre en scène
Après la dĂ©ception du Prix de Rome 1891, Lekeu reçoit nĂ©anmoins plusieurs commandes : le Larghetto pour violoncelle et orchestre, seule oeuvre concertante aboutie et d’une sĂ©duction mĂ©lodique tenace (de Joseph Jacob, violoncelliste du Quatuor Ysaye, fĂ©vrier 1892) ; la Sonate pour violon et piano demandĂ©e par Eugène Ysaye, lequel après l’Ă©coute de la prière d’Andromède crĂ©Ă©e dans sa version de chambre au cercle des XX Ă  Bruxelles, le 18 fĂ©vrier 1892, avait Ă©tĂ© saisi par le talent du jeune compositeur. Les Trois pièces pour piano (avril 1892) sont commandĂ©es par l’Ă©diteur liĂ©geois Muraille : pleines de vie et d’entrain, elles rappellent la vivacitĂ© parfois caustique du musicien dans ses lettres. Suivent au printemps 1892, la Fantaisie sur deux airs angevins (dont la mise en forme pour orchestre est favorisĂ© par le très gaulois d’Indy, auteur de la Symphonie cĂ©venole et très soucieux d’affirmer la richesse de la musique française Ă  travers ses idiomes provinciaux : il en dĂ©coule aussi une version pour pour piano Ă  quatre mains : il en rĂ©sulte une Ă©vocation d’un couple pris entre l’ivresse d’un bal et l’abandon intime dans la nature d’une fin d’après midi sous le clair de lune. Les dernières opus de Lekeu sont des mĂ©lodies formant cycle, Trois Poèmes crĂ©Ă©s le 7 mars 1893 Ă  Bruxelles pour le Cercle des XX lors d’un concert organisĂ© autour d’Eugène Ysaye : lequel interprète en outre, la Sonate pour violon et piano dont il est le dĂ©dicataire. Dans les poèmes, la mort n’est que songe et l’ivresse amoureuse fait planer sur la nuit (Nocturne), un charme unique qui dĂ©voile une originalitĂ© totalement assumĂ©e et dĂ©veloppĂ©e. D’autant que Lekeu en une intuition de coloriste gĂ©nial ajoute ici la sonoritĂ© du quatuor Ă  cordes, bien avant FaurĂ© (la Bonne chanson) et Chausson (la Chanson perpĂ©tuelle). L’ultime pièce reste la Berceuse datĂ©e de novembre 1892. Lekeu alors sur le mĂ©tier de Quatuor Ă  clavier, dĂ©cède Ă  Angers le 21 janvier 1894, peu avant son 24è anniversaire.

 

 

 

lekeu guillaume cd ricercar presentation review compte rendu critique cd classiquenewsCD. En 1994, pour le centenaire, le label Ricercar Ă©ditait en un coffret de 8 cd l’intĂ©grale des Ĺ“uvres de Guillaume Lekeu : y figurent les premières partitions de 1885 jusqu’aux chefs d’oeuvres commandĂ©es par Ysaye en 1892 sans omettre les essais orchestraux contemporains de son apprentissage dans la classe parisienne de Franck et aussi sa cantate Andromède pour le Prix de Rome 1891, et surtout la prière d’Andromède qui en dĂ©coule… Le coffret est rĂ©Ă©ditĂ© en septembre 2015 avec une notice augmentĂ©e, complĂ©tĂ©e, dĂ©voilant par le dĂ©tail, les jalons d’un style prĂ©coce qui le temps de sa courte traversĂ©e terrestre a rĂ©ussi Ă  trouver sa voie et son originalitĂ©. Guillaume Lekeu : complete works / intĂ©grale des Ĺ“uvres 8 cd Ricercar. DurĂ©e totale : 9h44mn. CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

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