mardi 25 juin 2024

CRITIQUE, streaming opéra. VÉRONE, PUCCINI : TOSCA. Sonya Yoncheva, Vittorio Grigolo, août 2023 (ARTEconcert)

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Dramatisme incandescent et comme souvent, par le génie de Puccini, cinématographique. Pour les deux solistes, Roman Burdenko et la diva Sonya Yoncheva ; pour la baguette électrique du chef : un grand moment lyrique à mettre au crédit des Arènes de Vérone 2023 d’autant plus opportun pour son centenaire.

 

Au début, reconnaissons le peu d’enthousiasme face à la mise en scène historiciste, certes respectueuse du livret (Rome, 1800), dominée par une tête colossale (l’ange du Château San’Angelo ?)… on oubliera vite le Sacristain vibré, épais, caricatural ;même le ténor Vittorio Grigòlo qui campe Mario Cavadarosi le peintre, semble affaibli, aux phrases à peine tenues, qui s’effilochent dans un vibrato étouffé, instable, en manque d’intensité comme de soutien ; la voix n’est pas à l’aise, tirée, tendue, et l’émission fatiguée ; au III, l’interprète en fait trop, assénant des fins de phrases appuyées à l’excès. Idem pour le fuyard Angelotti flanqué d’une perruque et son bandeau ensanglanté qui reste schématique ; l’immensité des arènes ne favoriserait-elle que la puissance à l’instar de toute nuance ? Dans une scène aux accessoires et décors confus, la direction d’acteur n’est guère précise.

Même quand paraît jalouse et suspicieuse, Tosca, le jeu s’agite (sous son voile pseudo vaporeux / avec une perruque elle aussi superphétatoire !). Heureusement le chant de la diva, lui, reste direct, sans fioritures ; d’une opulence et d’une clarté … envoûtantes ; medium comme aigu faciles ; style et sensualité à fleur de peau, Sonya Yoncheva éblouit l’immense scène par son incarnation toute en souplesse et finesse. Avec l’intensité tragique et réaliste qui se précisent au II, semble naturel au III. Et tout du long une expressivité ardente qui est une alliance personnelle entre sensualité et intensité, failles et passion.
Difficile de demander davantage de la part de la diva qui doit aussi agir et calibrer sa projection dans l’immensité et dans le plein air des Arènes véronaises.
A son arrivée Scarpia remet de l’ordre et du respect dans l’église devenue une foire déchainée, indécente : le baryton Roman Burdenko ne manque pas de puissance glaciale ni d’abattage comme d’autorité (son solo à la fin du II où dans le sanctuaire, le préfet sadique rêve de conquérir celle qu’il convoite…) est captivant car le chanteur est aussi un acteur habité par son texte. A l’heure où la France de Voltaire et de Bonaparte insuffle aux républicains (Cavaradosi et Angelotti), une volonté séditieuse, Scarpia, en brute monarchiste et autoritaire voire despotique, se montre un jaloux manipulateur, épris de la cantatrice, prêt à la conduire dans ses filets, pourvu qu’il la possédât.

De toute évidence passionnantes, les confrontations au I (manipulation de la Tosca amoureuse fragile et passionnée à la fois) ; puis au II (scène de possession par Scarpia finalement assassiné par Tosca), entre les deux protagonistes, soprano / baryton, dont Puccini fait un théâtre psychologique et symphonique de premier plan, auquel les deux solistes apportent leur éclairage individuel souvent très juste.
Au II, justement, le trio ardent, dramatique quand Scarpia torture Cavaradossi ; quand Floria en panique donne le secret de la cache du fuyard ; quand les monarchistes apprennent la victoire de Bonaparte à Marengo, les 3 profils gagnent un relief assez saisissant (y compris les sons effilochés criés de Grigolo, parfaits ici pour un prisonnier supplicié mais combatif et revêche).

 

Sous la baguette nerveuse,
nuancée de Francesco Ivan Ciampa,
un duo au sommet :
Sonya Yoncheva / Roman Burdenko
(Flora Tosca / baron Scarpia)

 

 

 

C’est un jeu réaliste et précis qui occupe tout l’espace véronais. Moment de haute intensité qui prélude ensuite au duo Tosca / Scarpia, scène passionnante et théâtrale que Puccini sait sublimer par une musique millimétrée. Surgit alors la prière de Tosca martyrisée, instant détaché de l’action « Vissi d’arte, vissi d’amore / J’ai vécu d’art et d’amour », dernière supplique à la Vierge avant de commettre son acte pourtant libérateur. Le métal du timbre à la fois clair et charnel, idéalement en situation, affirme une Tosca de première classe (si ce n’est des aigus parfois menacés par un vibrato malcontrôlé). Mais la sensibilité et le style, l’intensité du chant sont indiscutables. Dévoilant peu à peu ce que Scarpia aura suscité chez la cantatrice de la Reine, une bête fauve, une amoureuse trahie et d’autant plus féline… au baiser rebelle, fatal, définitif.

En fosse, dans l’ample temple lyrique à ciel ouvert des Arènes de Vérone (riche en tableaux spectaculaires dont le final éclésiastique du I avec son armée d’évêques dans la lumière), le chef dirige avec fougue, énergie mais aussi détails ; un mixte qui enveloppe et porte bien le chant ; sa baguette allante et directive a l’argument de l’efficacité. De quoi chauffer à blanc, nombre de tableaux et scènes dramatiques, dont évidemment la fin du II, la tentative de soumission par Scarpia de Tosca et le crime de cette dernière pour s’en défaire… La production méritait de fait d’être captée et diffusée sur ARTEconcert.

 

 

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REVOIR en REPLAY Tosca sur ARTEconcert jusqu’au 12 nov 2023 : https://www.arte.tv/fr/videos/115586-000-A/tosca-de-giacomo-puccini-avec-sonya-yoncheva/

TOSCA de PUCCINI aux Arènes de Vérone, août 2023 – captation du 10 août 2023 :

Distribution :
Sonya Yoncheva (Floria Tosca)
Carlo Bosi (Spoleta)
Giulio Mastrototaro (Il sagrestano)
Giorgi Manoshvili (Cesare Angelotti)
Roman Burdenko (Il Barone Scarpia)
Vittorio Grigòlo (Mario Caravadossi)
Coro e Orchestra dell’Arena di Verona
Direction musicale : Francesco Ivan Ciampa
Scénographie: Hugo de Ana

 

 

 


 

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