lundi 17 juin 2024

CRITIQUE, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 24 janv 2023. MOZART : Les Noces de Figaro. H Niquet / M A Martelli

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Nous connaissions cette co-production avec Lausanne, vue en 2008 et 2016 in loco et en savions la beauté. Le public a été conquis d’avance car la billetterie annonçait un remplissage à 100% ; plus un seul strapontin à vendre sur les 6 dates !
Élégance, beauté et efficacité décrivent au plus près cette production pleine de grâces. Décors simples et de bon goût. Lumières très subtiles et costumes somptueux permettent aux chanteurs-acteurs d’évoluer dans un environnement quasi magique. La direction d’acteur est exigeante et assume le comique de l’intrigue. Le public rit souvent.

 

La distribution est d’une homogénéité parfaite.  Rendons hommage à Christophe Ghristi qui l’a choisie. Car c’est avec détermination et courage qu’il a fait confiance à des chanteurs jeunes, souvent en prise de rôle dont plusieurs toulousains. L’équilibre vocal est superbe avec des voix plus centrales pour les dames ; puissantes et sombres chez Figaro et le Comte. Jusqu’aux plus petits rôles l’équilibre est parfait. Ce qui permet aux merveilleux ensembles de sonner parfaitement.
Les chanteurs sont tous des acteurs accomplis qui dansent, roulent par terre, tombent au sol, courent, sautent. Théâtralement c’est un véritable rêve du tandem Mozart-Da Ponte.  Vocalement le Comte de Michael Nagy est puissant, jeune et charmeur. Son jeu vif et sanguin donne au personnage une jeunesse inhabituelle.  Karine Deshayes incarne une très belle Comtesse, la voix est pure, belle et généreuse de timbre sur toute la tessiture. L’évolution sopranisante est certaine, nous le savons depuis sa Donna Elvira à Orange.

 

 

Noces de Figaro de rêve à Toulouse
où c’est comme le rapport des forces sociales qui s’affirme

 

 

 

 

Le jeu permet au personnage de gagner en complexité à la fois très enjouée et jeune, teintée d’une délicate mélancolie pudique. Ses deux airs sont admirablement phrasés même si le premier est dans un tempo un peu brusqué par le chef. C’est dans les ensembles (et ils sont nombreux) que la présence vocale de la Comtesse est rayonnante.
Dans cette mise en scène, la complicité entre la Comtesse et Suzanne est totale. L’accord vocal avec la Suzanne d’Anaïs Constans est parfait. Sa Suzanne est solide et la beauté vocale, généreuse. Elle aussi a une présence dans le registre central qui lui permet de s‘imposer dans les ensembles. Et la rondeur du timbre, ses harmoniques donnent au personnage une belle sensualité. Son futur mari Figaro a la « bouille » de Julien Véronèse. Figaro tonitruant, dont le charme est fait d’intelligence plus que de beauté. Le couple avec sa Suzanne fonctionne bien vocalement et scéniquement. Les moments d’opposition avec le comte sont marqués par une puissance inhabituelle. Entre ce Comte si élégant à la beauté ravageuse et ce Figaro habile comme un chat, c’est comme le rapport des forces sociales qui s’affirme.
Une autre merveille scénique et vocale est créée par Éléonore Pancrazi en Cherubino d’amore. Jeu complètement adolescent, androgyne, sa manière de tomber dans le lit de Suzanne puis de la Comtesse est hilarante. Et quelle belle voix timbrée et homogène ! L’émotion est régulièrement partagée avec le public. Le personnage devient un véritable chouchou. Le Bartolo de Frédéric Caton est effrayant dans la Vendetta, le personnage est ensuite de plus en plus sympathique. Emiliano Gozales Toro est un Don Basilio de luxe. Quel jeu cauteleux ! La grâce délicate de la Barbarina de Caroline Jestaedt est un régal. Ingrid Perruche en Marcellina est truculente. Son jeu d’un comique assumé donne beaucoup de présence au personnage. Matteo Peirone en Antonio, Pierre-Emmanuel Roubet en Don Curzio, Zena Baker et Youngshin Kim en damigelle sont tous admirables de présence. Toute la distribution est en harmonie.

 

 

 

Et l’orchestre ? Les musiciens du Capitole sont d’excellents mozartiens nous le savons. Avec Hervé Niquet, ils atteignent des sommets de musicalité et de théâtralité. La disposition choisie par le chef est aussi surprenante que réussie. Elle permet un lien fosse-scène parfait. Les musiciens sont très hauts. Les bois (si importants dans les airs), les cors et même les trompettes sont dos au public en bord de salle et donc voient les chanteurs. Le chef est devant le piano Forte du continuo et regarde la scène tournant le dos aux bois. Les violons et alto à gauche et les violoncelles, contrebasses 2 à l’extrême droite et 2 à gauche. Cette mise en place très baroque est prodigieuse et permet à l’orchestre de sonner généreusement. En cela le volume est très assorti aux belles voix solistes.
La direction d’Hervé Niquet avec ses immenses mains est très contrastée avec des tempi plutôt rapides, Figaro dans son premier air et d’une manière plus subtile la Comtesse dans « Porgi Amor » seront un peu malmenés. Le théâtre est partout dans cette direction, cela avance sans retard ; les différents plans sont limpides. Cet orchestre chante, vit, s’amuse. C’est un véritable festival de joie. Jamais la folle journée n’aura semblé si délicieuse.

Le public a exulté aux saluts et a fait une ovation à la troupe. Car ce qui restera c’est justement cet accord total entre les artistes de la scène à la fosse. Et Robert Gonella au pianoforte à côté du chef, accompagne les beaux récitatifs avec inventivité et talent. C’est vivant et cela avance à toute vitesse, la folle journée l’exige !
Cette production classique est une réussite totale à laquelle le public a adhéré pleinement. C’est beau un théâtre plein à craquer qui exulte !

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. TOULOUSE, Capitole – le 24 janv 2023. MOZART : Les Noces de Figaro. Opera Buffa en quatre actes. Livret de Lorenzo Da Ponte, d’après Beaumarchais. Mise en scène et scénographie, Marco Arturo Marelli ; Costumes, Dagmar Niefind ; Lumière, Friedrich Eggert ;  Distribution : Michael Nagy, Le Comte ; Karine Deshayes, La Comtesse ; Julien Véronèse, Figaro ; Anaïs Constans, Suzanne ; Éléonore Pancrazi, Cherubino ; Ingrid Perruche, Marcellina ; Frédéric Caton, Bartolo ; Emiliano Gonzales Toro, Don Basilio ; Caroline Jestaedt, Barberina ; Matteo Peirone, Antonio ; Pierre-Emmanuel Roubet, Don Curzio ; Zena Baker et Youngshin Kim, deux dames ; Orchestre National du Capitole ; Robert Gonella, continuo ; Chœur de l’Opéra National du Capitole, chef de chœur, Gabriel Bourgoin ; Direction, Hervé Niquet.
Crédit photos : Mirco Magliocca

 

 

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