La Maison de la Danse de Lyon accueillait, le 26 janvier 2023, le Malandain Ballet Biarritz, avec vingt-deux interprètes d’une incroyable virtuosité. Il relevait un défi immense, celui de confronter deux monuments de la musique du XXe siècle, L’Oiseau de feu et Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinski, en une seule et même représentation. Pari réussi avec une éclatante maestria, offrant au public lyonnais un voyage aux deux pôles de l’âme humaine, du plus céleste au plus tellurique.
Le rideau s’ouvre sur L’Oiseau de feu, signé Thierry Malandain. Le fameux chorégraphe nous immerge dans son univers, fait d’épure et de spiritualité. Sa vision est claire : il ne s’agit plus d’un simple conte russe, mais d’une parabole de la lumière, d’un « passeur d’espoir » qui relie la terre au ciel, comme une figure christique ou franciscaine. Les costumes de Jorge Gallardo, soutanes sombres pour la masse en proie aux ténèbres et tunique flamboyante rouge et or pour l’oiseau, sculptent cet espace symbolique avec une force picturale saisissante.
Au cœur de cette création, une révélation : Hugo Layer, en Oiseau de feu. Sa danse est une incandescence. La grâce infinie de ses bras, l’ampleur de ses battements d’ailes, sa liberté de mouvement contrastent avec la mécanique prostrée de la communauté qu’il vient délivrer. Chaque porté, chaque dialogue chorégraphique avec les humains qu’il touche est d’une beauté rare, faisant de cette première partie un enchantement. C’est un spectacle d’une fluidité et d’une poésie qui captive et émerveille, porté par la musique de Stravinski que Malandain, par sa parfaite musicalité, sert avec une grande intelligence.
Puis, le basculement. Le sacré laisse place au Sacre. Martin Harriague, le jeune artiste associé de la compagnie, s’empare du monument de Nijinski avec une audace et une intelligence qui force le respect. Là où Malandain prend son envol, Harriague ancre sa danse dans la terre. Son introduction est une idée de génie : alors que résonne le célèbre thème du basson, une horde de danseurs semble s’extraire d’un piano, grouillant, rampant, libérant une énergie brute et primale. Vêtus de blanc, une couleur qui sublime leur gestuelle explosive, ils sont l’incarnation du vivant, de la nature qui s’éveille dans toute sa puissance tellurique.
Martin Harriague ne cherche pas à reproduire le scandale de 1913, mais à en saisir l’essence : une célébration païenne du renouveau, une allégorie du cycle éternel de la vie et de la mort. Sa chorégraphie est une succession de tableaux vibrants : les affrontements de clans, les rondes hypnotiques, les corps qui se cambrent, se soulèvent, portés par les pulsations de la partition Le rituel sacrificiel est d’une violence contenue, d’une beauté tragique, culminant dans une apothéose où l’élue, après avoir été portée et désignée par la meute, s’élève vers la lumière.
Le contraste entre les deux pièces est saisissant, et c’est là toute la force de ce programme. La pureté aérienne de Thierry Malandain répond à la puissance tellurique d’Harriague, créant une soirée d’une densité artistique et émotionnelle impressionnante. Les deux chorégraphes, dans un lien de filiation évident, démontrent que les partitions de Stravinski, loin d’être figées dans le passé, sont des matières vivantes qui se renouvellent sans cesse pour notre plus grand plaisir. Le Malandain Ballet Biarritz, avec ce diptyque flamboyant, signe là un pur moment de grâce et de communion avec l’essence même de la danse.
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CRITIQUE, danse. LYON, Maison de la Danse, le 26 janvier 2023. « L’Oiseau de feu » et « Le Sacre du Printemps » par Thierry Malandain et le MALANDAIN BALLET BIARRITZ. Crédit photographique (c) Droits réservés





