lundi 24 juin 2024

CRITIQUE, Festival. PERPIGNAN, 37ème Festival de Musique sacrée, le 8 avril 2023. Diana Baroni : Mujeres / La Tempête, S-P. Bestion : Jerusalem.

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Après un temps de réflexion bienvenu dans le « village » du festival, – lieu bénéfique ouvert aux festivaliers pour s’y reposer ou se substanter entre deux concerts, à 17h, place au chant lui aussi très incarné d’une diva instrumentiste Argentine, que son parcours comme flûtiste virtuose au sein du café Zimmerman et aujourd’hui chanteuse, rend unique voire singulière dans le paysage musical ; Diana Baroni est une artiste inclassable, entre baroqueuse accomplie [car elle passe du chant au traverso pendant le spectacle] et prophétesse au verbe ciselé [toutes les chansons sont chantées en espagnol].

Sur scène Diana Baroni ressuscite la grande tradition des chanteuses à texte, inoubliables poétesses et pythies engagées dont les mots expriment la solitude, la souffrance, l’espérance étouffée des femmes de volonté.

 

 » MUJERES « , récital événement de Diana Baroni

Le récital traverse plusieurs thèmes : souffrance, maternité, amour… Les gestes sont amples et les paroles fortes ; boléro, tango, rythmes d’une nostalgie contagieuse que la complicité avec les deux instrumentistes vivifient encore ; ce soir le gambiste Ronald Martin Alonso est remplacé par son confrère brésilien Lucas Peres (un rien en retrait), et le magicien guitariste, roi des percussions, Rafael Guel Frias, et sa fameuse « boîte de Pandore » qui recèle des joyaux instrumentaux, des percussions surprenantes, riches en timbres et en couleurs, saveurs sonores d’autres mondes…

Les figures féminines se succèdent Alfonsina Storni, détruite suicidée en 1939 ; avant elle, Sœur Juana de la Cruz (1651 – 1695), enfermée consentante pour échapper à la dictature des homme afin qu’elle puisse « en liberté », étudier et écrire,… Qu’elles soient lavandière, pleureuses, figures d’implorantes ou de combattantes, conjurant la fatalité…, pour chacune, la musique et le chant réalisent une épreuve cathartique, un rituel de libération salvatrice. Toutes ont subi la barbarie qui voulait détruire leur identité… Ambassadrice en lutte et en poésie, Diana Baroni se fait l’héritière de ses guerrières oubliées, meurtries. La voix envoûte, murmure, crie ; elle maîtrise l’élégance des luttes justes. Aucun geste n’est de trop, aucune phrase infondée ; la poésie des textes fusionne avec la puissance et la violence des destins évoqués. Et ce souci de la finesse et de la subtilité dans le chant et l’apport des sonorités métissées épicent ce savoureux récital, de timbres totalement délectables, où les percus rayonnent, … dont la Quijada pour la dernière chanson, tenue et frappée par Diana Baroni, militante assumée (photo ci-contre).

Et l’on retrouve ainsi dans la sincérité de ses témoignages de souffrance, un tempérament qui interpelle et séduit aussi ; un chant filigrané, riche en nuances qui touche l’âme par sa justesse, son humanité aussi enchantée que douloureuse. Du Mexique, de Bolivie et de Cuba, d’Argentine aussi, pays natal de la diva, s’élève la voix des héroïnes que la société a voulu bâillonner.  Le cd « Mujeres » (publié début mars 2023) comporte l’intégralité du programme soit le cycle complet des 14 chansons ainsi revisitées par le chant et le traverso de Diana Baroni qui engage avec ses deux complices, – le même Rafael Guel Frias et le gambiste Ronald Martin Alonso -, une approche renouvelée du geste instrumental (1 cd Aparté – enregistré en avril 2021 à Sylvanès). A VENIR sur CLASSIQUENEWS : critique développée du cd Mujeres de Diana Baroni (CLIC de CLASSIQUENEWS, printemps 2023) / et entretien avec Diana Baroni, réalisé à Perpignan, à l’occasion de la 37ème édition du Festival de Musique sacrée.

 

 

 

 

Jerusalem, un imaginaire musical,
flamboyant, contrasté,
scénographié par La Tempête

 

 

 

Enfin le dernier concert [de clôture, à 20h45, idéalement adapté à l’immense nef des Dominicains] fait place au déploiement spectaculaire de l’ensemble La Tempête dont le nom dans les faits montre assez qu’il opère une petite révolution dans la conception scénographique et la spatialisation du concert. Le début, sur la fanfare d’ouverture – composée par Simon-Pierre Bestion lui-même, impose d’emblée un rythme à la fois solennel et pathétique, prophétique et fantastique : d’immenses ombres projetées en fond de scène dessinent d’abord comme un grand macabre musical ; cette évocation de Jérusalem ne sera pas historique ni chronologique mais métissée, fraternelle, imaginaire ; ce théâtre d’ombre suggère une multitude de sources de très ancienne mémoire et de tradition ancestrale. S’y côtoient le chant réellement envoûtant du ténor libanais Georges Abdallah, chantre magicien aux exquises volutes ciselées ; la voix maternelle tout aussi imprécatrice de Milena Jeliazkova ; tous deux convoquent l’intensité des chants traditionnels ou liturgiques… arabes, malkites, byzantins, séfarades, bulgares, arméniens… tandis que le choeur de La Tempête convoquant Schütz, Rossi ou Liszt et Rachmaninov, évoque les réponses en dialogue des grandes célébrations polychorales du Baroque européen, les vagues souples et ferventes du XIXè… L’évocation brosse un tableau flamboyant de la Jérusalem polyglotte à l’histoire millénaire. Le tissage opère une superbe étoffe moirée qui mêle rêves de l’Occident et voluptés conquérantes de l’Orient. Même Arvo Pärt (et son fabuleux Alleluia tropus que nous connaissions jusque là dans la transparente version plus rapide de Vox Clamantis) et JL Florentz participent à ce fabuleux voyage sonore où l’on traverse le temps, l’espace, les époques et quantité de dispositions et de formes vocales et musicales. A ce festin chamarré qui suggère l’attraction de la mythique Jerusalem, les artistes se déplacent parmi et autour du public, avant de l’inviter à se déplacer en une ultime célébration collective et furieusement fraternelle à l’extrémité opposée de la nef ; au pied des splendides fenêtres élancées du chœur gothique. Quand le concert devient rituel de partage, ouvert à tous… Le spectacle ne pouvait mieux illustrer le propos du Festival perpignanais : vibration et fraternité. Magistrale et exaltante conclusion.

 

 

 

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CRITIQUE, Festival. PERPIGNAN, 37ème Festival de Musique sacrée, le 8 avril 2023 (Église des Dominicains). Diana Baroni : « Mujeres »  / La Tempête, S-P. Bestion : Jerusalem. Photos © Michel Aguilar

 

 

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LIRE aussi / Retrouvez ici : notre présentation du Festival de Musique Sacrée de Perpignan 2023 – 37ème édition :
https://www.classiquenews.com/perpignan-festival-de-musique-sacree-vibrato-de-lame-25-mars-8-avril-2023/

Notre ENTRETIEN avec Elisabeth DOOMS, directrice du Festival de Musique Sacrée de Perpignan :
https://www.classiquenews.com/entretien-avec-elisabeth-dorme-directrice-artistique-du-festival-musique-sacree-de-perpignan/

 

 

 

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