mercredi 17 avril 2024

CRITIQUE, danse. BARCELONE, Gran Teatre del Liceu, le 27 février 2024. Faun – Noetic / Ballet du Grand-Théâtre de Genève / Sidi Larbi CHERKAOUI.

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Nous sommes à Barcelone, dans le magnifique et prestigieux Gran Teatre del Liceu, pour la visite exceptionnelle du Ballet du Grand-Théâtre de Genève qui propose un programme de deux œuvres de l’actuel directeur de la compagnie, le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui. C’est l’occasion de découvrir Faun, pas de deux d’après L’Après-midi d’un faune de Nijinsky, ainsi que Noetic, un impressionnant ballet qui explore des questions philosophiques, intellectuelles, voire technologiques !

 

Deux visages contemporains

 

 

En première partie, les magnifiques danseurs Oscar Comesaña Salgueiro et Madeline Wong interprètent Faun. Quand Nijinsky crée L’Après-midi d’un faune en 1912, au Théâtre du Châtelet à Paris, il veut insister sur le fait que dans la danse, l’important, n’est pas la virtuosité. Fasciné par ce qu’il a pu imaginer de la danse grecque antique d’après des vases et des frises, il conçoit un ballet unique où s’enchaînent des mouvements anguleux sur deux dimensions. Cherkaoui, dans son adaptation contemporaine (commande du Sadler’s Wells à Londres), propose un duo où la souplesse et la désinvolture, presque animales, sont largement mises en valeur. Oscar Comesaña Salgueiro ouvre l’œuvre avec des étirements et contorsions superbement exécutées, qui préfigurent la pulsation sensuelle présente pendant tout le ballet. Une tension-relâche constante qui s’accorde brillamment à l’iconique partition de Debussy, entremêlée savamment des extraits musicaux orientalisants de Nitin Sawhney. Madeline Wong est tout aussi souple et puissante que son binôme masculin. Si le court ballet est indéniablement chargé de tension sexuelle, il se situe loin des clichés érotiques normatifs traditionnellement associés au récit de la nymphe innocente (virginale ?) désirée par le satyre. Ici, les deux personnages paraissent maîtres d’eux-mêmes, et, bien que pas indifférents l’un de l’autre, ils semblent se préoccuper avant tout de leur propre expression mise en mouvement.

Après l’entracte, c’est au corps de ballet d’interpréter l’étonnant Noetic. Noétique est un adjectif philosophique qui veut dire « Qui concerne l’acte de connaissance, la noèse ». Cet aspect philosophique affirmé du ballet s’accorde magistralement avec le côté très intellectuel et technologique de l’efficace scénographie d’Antony Gormley, minimaliste et épurée, et dont le surprenant point central est la présence des lignes droites au sol, faites de bandes de fibre de carbone, qui prennent vie progressivement au cours des 55 minutes de performance et deviennent courbes, cercles, spirales. Ces bandes se métamorphosent grâce aux gestes des danseurs ; elles se transforment parfois en personnage dansant, d’autres fois en sculpture pénétrable, et permettent souvent au groupe d’avoir un point d’ancrage constant ainsi que de représenter une sorte de kaléidoscope vivant, des géométries sacrées palpitantes. Avec les textes poétiques et métaphysiques de Jason Silva et Marko Rodin, et la musique protéiforme sophistiquée de Szymon Brzóska (y compris l’interprétation d’un plain-chant antiquisant en latin par la soprano portugaise Ana Vieira Leite), l’effet sensoriel est saisissant. Dans la danse parfaitement interprétée par le magnifique corps du Ballet du Grand-Théâtre de Genève nous remarquons certaines influences chorégraphiques, notamment de Pina Bausch et Trisha Brown, à part le hip-hop. Le résultat est très réussi et fort stimulant ! Nous quittons la représentation avec le plaisir d’avoir découvert ces deux superbes pièces du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui, et leur excellente interprétation par les fabuleux danseurs de la grande maison genevoise !

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CRITIQUE, danse. BARCELONE, Gran Teatre del Liceu, le 27 février 2024 : Faun / Noetic. Ballet du Grand-Théâtre de Genève / Sidi Larbi CHERKAOUI. Musiques de Debussy, Nitin Sawhney et Szymon Brzóska. Photos (c) DR.

 

VIDEO : Extrait de « Faun » de Sidi Larbi Cherkaoui au Grand-Théâtre de Genève

 

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