jeudi 22 février 2024

CRITIQUE CD, événement. SLOW. Olga Jegunova, piano. Kancheli, JS Bach, Liszt, Satie, Vasks, Tieppo, Field, Lucas…(1 cd Prima classic)

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Dans « SLOW », la pianiste lettone russo lettone Olga Jegunova fait plus qu’un éloge de la lenteur ; c’est un parcours semé de 12 séquences apaisées, suspendues, de bulles qui réconfortent et enivrent, dont l’esprit Zen rayonne, diffuse, s’épanouit, hors de toute pression. Une parenthèse active et enchantée qui en cultivant une étonnante cohérence sonore, comporte plusieurs jalons bienheureux, délectables. C’est sa propre réponse « au désordre actuel ».

 

 

Olga Jegunova diversifie toutes les approches possibles entre suggestion et méditation. La pianiste ouvre un fabuleux livre de légendes qui commence astucieusement par Le Roi Lear (Giya Kancheli), batifole dans Bach puis se recentre souple et presque dansante chez Liszt (Consolations 3 et 4).
L’ivresse suspendue, quasi obsessionnelle et de plus en plus intime de Satie (Gnossienne n°3) se livre tout autant, entre balancement étrange et visions fugaces.

Puis c’est un paysage à l’essor atmosphérique ténu, une séquence circonstanciée tel un haiku enneigé, comme un écho à l’épure debussyste : « White Scenery » de Peteris Vasks s’accomplit lentement (plus de 5mn40) comme une force silencieuse, inéluctable, à la ferveur inextinguible et déterminée, en séries mélodiques répétées, conclues dans le mystère le plus envoûtant.

La transcription d’après Gluck (les Champs Elysées de son opéra Orphée) se déroule comme un rêve enchanté, à la fois lointain mais très proche qui diffuse sa mélodie enfantine, préservée, intacte.

 

 

La pianiste Olga Jegunova berce l’âme
dans un programme inscrit entre lenteur et zen…

piano méditatif et suspendu

« Meditation » de Luca Tieppo (commande spéciale pour le cd) enchaîne une série de marches harmoniques qui semblent conserver leur secret comme un rébus musical tournant sur lui-même, tel un carillon descendant puis ascendant (5mn10) ; en résonance avec ce qui précède, le Schubert s’accomplit comme une sublime révérence, un renoncement suspendu magnifiquement articulé avec cette maîtrise dans le toucher qui économise, retranche, – l’épure étant ici l’indice d’une intensification progressive…

Cependant que les Glaciers de Brian Field échafaudent eux aussi une architecture épurée, des cathédrales transparentes qui jaillissent puis s’effondrent dans des accords conçues comme autant de déflagrations régénératrices. Enfin bien que son titre soit digne d’un tableau précis et narratif, «  A salty breeze over the reeds » de Raphaël Lucas (Une brise salée sur les roseaux) referme ce livre aux fabuleuses atmosphères, avec une maîtrise de la suggestion et une partition qui progresse vers l’abstraction… le clavier semble dialoguer avec des nappes harmoniques murmurées, évanescentes et flottantes qui se matérialisent peu à peu dans le jeu du piano ; l’instrument se déplace sans bouger, en suspension dynamique, marquant un temps d’une immobilité illusoire, car si l’écoute est concentrée, fixe, le son voyage et semble dialoguer avec d’imperceptibles vagues préenregistrée (bande son sur laquelle intervient et interagit la pianiste). Le résultat relève d’un envoûtement ou d’une hypnose musicale ; rêve et songe à la fois, … matière onirique qui interroge la vibration et la profondeur du son, son écho, la longueur de sa résonance. Le choix su Steinway B spécialement recréé pour sa faire est un régal, l’outil désigné pour réussir telle expérience et accroître même son magnétisme.
Ce jeu tout en suspension creuse l’espace et semble diluer le temps pour une pleine conscience, un vertige de l’instant (5mn22) – en allant lentement, on va très très loin, semble nous dire la très convaincante pianiste. De sorte qu’après l’écoute, au regard du bénéfice éprouvée, on a le sentiment que cet album, pourrait bien avoir, en effet, quelques vertus thérapeutiques.

 

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CRITIQUE CD, événement. SLOW. Olga Jegunova, piano. Kancheli, JS Bach, Liszt, Satie, Vasks, Tieppo, Field, Lucas…(1 cd Prima classic)

 

 

 

 

approfondir

LIRE notre annonce du cd et du concert d’Olga Jegunova (Paris, salle Cortot, mardi 16 janvier 2024) : https://www.classiquenews.com/paris-salle-cortot-mar-16-janvier-2024-cd-concert-olga-jegunova-piano-slow-liszt-part-schubert-satie/

ENTRETIEN avec Olga Jegunova, à propos de son premier album solo « SLOW » (1 cd Prima classic) – La pianiste russo lettone Olga Jegunova signe un premier album (chez Prima Classic) d’autant plus intime et personnel qu’il manifeste sa propre réponse au désordre actuel. Le programme intitulé « Slow » est une invitation à la lenteur et à la méditation, une sorte de cheminement Zen qui croise classiques et contemporains : Bach et Pärt, Liszt et Kancheli, Satie et Tieppo, Schubert et Raphael Luca… Olga Jegunova élabore ce temps d’arrêt, suspendu, onirique pour mieux ressentir et résister. Repli et pleine conscience.
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https://www.classiquenews.com/entretien-avec-la-pianiste-olga-jegunova-a-propos-de-son-album-slow-1-cd-prima-classics/

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