samedi 15 juin 2024

CRITIQUE, CD événement. Schumann & Brahms. Benjamin Grosvenor, piano ( 1 cd Decca classics)

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Le pianiste britannique Benjamin Grosvenor signe ici un nouvel album totalement réussi – son déjà 5è chez Decca classics), récital Schumann, particulièrement bien assemblé qui offre un bel éclairage sur sa lumineuse virtuosité, propre à édifier des cathédrales bouillonnantes d’activité, à construire des constellations de nuances, unifiées par un sens de la structure.

 

Plus de 20 ans après leur publication, Schumann en 1838, exprime les mêmes crépitements miroitants suscités par le profil fantasque, libre, excentrique du musicien imaginaire Johannes Kreisler, tel qu’il se dévoile à travers les récits du poète et écrivain ETA Hoffmann (1815). Ainsi naissent, enfants du non moins prodigieux Robert, les 8 « fantaisies » des Kreisleriana. De la source Schumanienne, Grosvenor architecture l’un de ses récitals les mieux conçus. Robert / Clara / Johannes s’affirment tels la trilogie romantique par excellence.

Filiation naturelle que celle de Schumann, le mentor et de son jeune « frère en musique », … Johannes Brahms dont la pure magie des 3 Intermezzi tardifs résonnent comme une réponse à Schumann, preuve d’une entente mutuelle à jamais scellée au delà des mots, et de la mort, grâce à l’accomplissement de la musique, – Schumann étant décédé depuis plus de 30 ans.

23 ans les séparent (Schumann est né en 1810 ; Brahms, en 1833) mais quelle compréhension fraternelle… unique dans l’histoire artistique. Entre ces deux démiurges masculins, le pianiste tisse un autre pont, médian, central, tout aussi essentiel dans la figure de Clara Schumann, l’épouse de Robert, aimée de Brahms ; un trio saisissant… qui ressuscite ici dans la matérialité restituée des sentiments d’affection et d’admiration. Car ces trois là Robert, Clara, Johannes… sont autant compositeurs que pianistes.

 

 

Robert, Clara, Johannes
Trilogie pianistique recomposée
par Benjamin Grosvenor

 

Benjamin Grosvenor construit le programme dans l’amour et son accomplissement : ardeur kaléidoscopique du jeune Robert, entre extase et ravissement intérieur, et exaltation électrique (double nature alternée et ambivalence captivante qui fonde l’unité et la cohérence des Kreisleriana) ; première fusion amoureuse avant leur mariage avec Clara (la 2ème Romanze était la préférée de la future mariée, l’ultime pièce qu’elle écoutera avant de mourir en 1896). L’imaginaire de Robert est fascinant et se dévoile aussi dans l’un de ses « Blumenstück » dont le pianiste exprime la très subtile construction, composée d’inserts, où se glissent et se révèlent deux motifs peu à peu explicités (le 2è surtout).

Robert est un architecte au piano ; à travers le clavier, il pense symphonie, porté par une énergie conquérante, un désir inextinguible. L’amour rayonne encore avec les deux œuvres suivantes qui dialoguent et se répondent : de Robert à Clara (« Quasi variazioni : Andantino de Clara Wieck », ici dans la version de 1853, partition écoutée qui a marqué le jeune Grosvenor dans la lecture d’Horowitz) puis de Clara à Robert… soit les sublimes « Variations » opus 20, bain et tourbillon, entre tendresse et feu que Clara sublime toujours par une imagination elle aussi débordante, d’un raffinement sombre, totalement irrésistible sous les doigts de Benjamin Grosvenor.

Conclusion pertinente enfin que les 3 intermezzi, composés par un Brahms sexagénaire (1892) alors que Clara fête ses 73 ans ; – Robert, lui, est parti depuis… 1856. A travers là encore la tendresse ineffable qui s’en dégage, se dévoile le sentiment de la fragilité, de l’ombre qui donne le prix de la vie et l’or des amitiés indéfectibles ; ce sont « 3 berceuses de mon chagrin », dira Brahms, clairvoyant voire dépressif. Contemplatif, observateur de l’infini, Johannes semble ressuscité aussi le souvenir de Robert, si intense et ardent, déposé dans son « Abendlied », le jeune homme enthousiaste et joué par Clara et Brahms (ou ce dernier avec Joachim, dans une version piano / violon) que Benjamin Grosvenor s’approprie avec délectation dans une version personnelle, sereine et intime, dont le secret « automnal » est préservé, inatteignable, fascinant.

 

 

 

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CRITIQUE, CD événement. Schumann & Brahms. Benjamin Grosvenor, piano ( 1 cd Decca classics) enregistré en avril 2022, Suffolk – CLIC de CLASSIQUENEWS / Printemps 2023 – Note : 5/ 5

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