CD, critique. CHOPIN / Benjamin GROSVENOR : Concertos pour piano n°1 et n°2 (1 cd Decca – 2019)

grosvenor-piano-chopin-concertos-decca-cd-review-critique-classiquenewsCD, critique. CHOPIN / Benjamin GROSVENOR : Concertos pour piano n°1 et n°2 (1 cd Decca – 2019)  -  Benjamin Grosvenor, Ă©toile du piano britannique, soit le plus jeune laurĂ©at du Concours BBC Young Musician of the Year, catĂ©gorie piano 2004, confirme une sensibilitĂ© majeure que l’on trouve osons l’avouer, quelque peu « gâchĂ©e » par la tenue de l’orchestre Ă©cossais, pas vraiment Ă  la hauteur : direction confuse et peu nuancĂ©e d’Elim Chan dont la conception reste schĂ©matique sans rĂ©elle subtilitĂ© onirique. Dommage. Dommage car le pianiste adolescent avait dĂ©jĂ  ressenti une fusion totale avec les 2 concertos de Chopin : il y dĂ©ploie une superbe Ă©loquence intĂ©rieure en partie dans les deux mouvements lents, centraux, les plus intimes, en cela rĂ©vĂ©lateurs de la pensĂ©e combattive et tendre Ă  la fois du Chopin nostalgique. Le jeune apatride polonais (Ă  21 ans) en route pour Vienne dĂ©but nov 1830, emporte avec lui la partition des deux Concertos, amorcĂ©es, avancĂ©es, l’opus 21 (n°2) dès 1829 ; l’opus 11 (n°1) quelques mois avant… On rĂŞve avec Grosvenor de la beautĂ© de la soprano Konstance Gladkowska qui l’a ensorcelĂ© et dont l’image inspire tout le Larghetto, ample, suspendu du n°2, Ă©crit comme un nocturne avec un Ă©pisode mĂ©dian rĂ©voltĂ© qui montre aussi, comme chaque premier mouvement, la puissance prĂ©brahmsienne de Chopin amoureux.

Des deux Concertos, c’est surtout le n°1 qui nous époustoufle à chaque audition : son premier mouvement Allegro maestoso ne manque ni de passion fièvreuse, de secousses telluriques qui ébranle jusqu’au fond de l’âme, et aussi une ivresse lyrique éperdue, toujours admirablement articulée. Le Concerto en fa mineur s’impose par le songe lui aussi enivré du Larghetto que Chopin appelle Romance : une véritable déclaration d’amour (en mi majeur) qui ressuscite des sentiments voire une expérience personnelle proche de la sidération sereine : « une rêverie au clair de lune. » ; propre au fantasme de Chopin, il y est question de souvenir, de nuit, d’amour… Benjamin Grosvenor inspiré exprime toutes les perspectives de cette immersion intime, sommet de l’inspiration chopinienne qui annonce l’ultime accomplissement concertant de l’auteur : l’Andante spianato et Grande Polonaise brillante opus 22 (1836). L’œuvre est bien ancrée dans sa terre polonaise, créée au Théâtre de Varsovie le 11 oct 1830. Au mérite de Benjamin Grosvenor revient cette explicitation de l’épanchement nostalgique, déjà présent dans son mouvement central : la remémoration est au cœur de la nostalgie de Chopin et le pianiste nous la rend palpable. Le Mi mineur atteste d’une maturité romantique inouïe où se joue déjà la singularité du maître polonais : une passion qui s’épanche mais subtilement grâce au filtre du souvenir. Rien de direct. Tout y est allusif. Comme le jeu du pianiste britannique.

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grosvenor-piano-chopin-concertos-decca-cd-review-critique-classiquenewsCD, critique. CHOPIN / Benjamin GROSVENOR : Concertos pour piano n°1 et n°2 (opus 11 en mi mineur et opus 21 en fa mineur). Royal Scottish Nat Orch. Elim Chan (1 cd Decca – enregistrĂ© Ă  Glasgow, aoĂ»t 2019)

 

 

 

 

 

Précédentes critiques de cd de Benjamin Grosvenor

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homages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimés du pianiste Benjamin Grosvenor. D’emblée, nous savions qu’à la seule lecture du programme et la très subtile articulation des enchaînements comme des compositeurs ainsi sélectionnés, nous tenions là mieux qu’une confirmation artistique … : un accomplissement majeur s’agissant du pianiste britannique le plus exceptionnel qui soit actuellement et qui en est déjà à son 4è récital discographique pour Decca. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes élus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang… sans omettre les plus fugaces ou plus récents: Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rêve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier lauréat du Concours Chopin de Varsovie…), fait figure à part d’une somptueuse maturité interprétative qui illumine de l’intérieur en particulier ses Liszt et ses Franck.

grosvenor decca cd piano benjamin grosvenor nouveau cd deccaCD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013).  En évoquant cette lettre adressée par Scriabine à son élève Egon Petri en 1909 qui lui proposait de construire son prochain récital à partir de transcriptions et de compositions originales de danses,  le jeune pianiste britannique désormais champion de l’écurie Decca, Benjamin Grosvenor (né en 1992 : 22 ans en 2014,  a conçu le programme de ce nouveau disque – le 3 ème déjà chez Universal (son 2ème récital soliste). Vitalité, humeurs finement caractérisées et même ductilité introspective qui soigne toujours la clarté polyphonique autant que l’élégance de la ligne mélodique (volutes idéalement tracées de l’ultime Gigue), Benjamin Grosvenor affirme après ses précédentes gravures, une très solide personnalité qui se glisse dans chacune des séquences d’esprit résolument chorégraphique.  Son Bach affirme ainsi un tempérament à la fois racé et subtil. Les Partitas d’ouverture sont d’un galbe assuré, d’une versatilité aimable, parfois facétieuse révélant sous les exercices brillantissimes toute la grâce aérienne des danses françaises du premier baroque (17ème siècle). L’aimable doit y épouser le nerf et la vélocité avec le muscle et le rebond propre aux danses baroques telles que filtrées par Jean-Sébastien Bach au XVIIIème. Sans omettre, le climat de suspension d’une rêverie ou d’une profondeur nostalgique résolument distantes de toute démonstration.

COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET, Pianos Folies, le 17 août 2019. Récital Benjamin Grosvenor, piano. SCHUMANN, JANACEK, LISZT…

COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 17 août 2019. Récital Benjamin Grosvenor, piano. SCHUMANN, JANACEK, LISZT… Par notre envoyé spécial au Touquet, MARCEL WEISS. Dans son apparente simplicité, le « Blumenstück » de Schumann constituait une entrée en matière idéale pour saisir le style Grosvenor : recherche de la ligne de chant appropriée, attention au détail des différentes voix, le tout dans un tempo d’une grande souplesse.
Contraste pleinement assumĂ© avec – sans transition – l’attaque brutale des « Kreisleriana » et l’entrĂ©e dans l’univers tourmentĂ© d’un Schumann de 28 ans (Ă  un an  près l’âge de son interprète) Ă©cartelĂ© entre exaltation amoureuse et mĂ©lancolie morbide, dans un jeu de
double – Florestan le passionné et Eusebius le rêveur – dont on connait le dénouement tragique. Une bipolarité omniprésente dès la première pièce du recueil, Extrêmement agité, avec une section médiane rêveuse rapidement balayée par la tempête de l’âme.

 

 

 

Le jeu de Benjamin Grosvenor : virtuosité et poésie

 

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Redonner de la cohérence à ce patchwork de sentiments contradictoires, telle est la gageure que Benjamin Grosvenor éprouve quelques difficultés à soutenir, se perdant parfois dans l’anecdote. Cela n’empêche pas d’être séduit par la beauté plastique et l’imagination sonore qu’il déploie, notamment dans les numéros pairs de la partition, dont sourd naturellement l’émotion.
La subtilité de son toucher et sa maîtrise du legato font merveille dans la Barcarolle de Chopin. Mais c’est dans l’univers de Janacek, dans l’écriture peu conventionnelle de la  Sonate « 1er octobre 1905 », fragmentée, heurtée, avec sa répétition lancinante de cellules rythmiques, porteuse d’émotions contradictoires, que sa recherche obsessionnelle du détail, de défaut devient une qualité.
” En chaque vision fugitive, je vois des mondes entiers, ils changent sans cesse, Ă©tincelant dans les gaies couleurs de l’iris ” dĂ©clarait Prokofiev, qui, sans doute, aurait aimer entendre le jeune et talentueux Britannique les jouer… Il en interprètera douze sur les vingt du recueil, dans un ordre très personnel. Comme autant de HaĂŻkus, passant du grotesque au mystique, du joyeux au mĂ©ditatif.
La septième vision, indiquée Pittoresco, la préférée du pianiste, rassemble en moins de deux minutes le maximum de difficultés pour évoquer le jeu de la harpe : touches caressées créant l’illusion de glissandi, profusion des couleurs, maitrise des résonances.

Morceau de bravoure s’il en est, les « Réminiscences de Norma » de Liszt offre à Benjamin Grosvenor l’opportunité de déployer, véritable homme-orchestre, son époustouflante virtuosité pour incarner le drame dans toutes ses péripéties. En gardant son élégance naturelle.
En bis, une « Pièce lyrique » de Grieg, Erotique, et l’endiablĂ©e « Danza del gaucho madrero » de Ginastera – chère Ă  Marta Argerich –, ultimes tĂ©moignages de la double nature du pianiste, poète autant que virtuose.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 17 août 2019. Récital Benjamin Grosvenor, piano. SCHUMANN, JANACEK, LISZT… Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS. Illustration : photo © service communication ville du Touquet Paris Plage 2019

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron 2019, le 13 août 2019.. récital Benjamin GROSVENOR, piano. SCHUMANN. CHOPIN. JANACEK

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron, Parc du château de Florans, le 13 Août 2019. R. SCHUMANN. F. CHOPIN. L. JANACEK.  S. PROKOFIEV. V. BELLINI/F. LISZT. B. GROSVENOR. Le monde du piano classique ne cesse de pouvoir compter sur cette nouvelle génération très prometteuse de pianistes hyper doués techniquement, venant de tous pays. C’est ainsi que la programmation des plus grands festivals est toujours renouvelée. La Roque d’Anthéron l’an dernier nous avait présenté l’immense Daniil Trifonov (lire notre chronique d’alors : été 2018), l’incroyable Alexandre Kantorov cette année … sans omettre, la découverte du prodigieux Benjamin Grosvenor. Prodige qui à 11 ans jouait déjà avec les plus grands orchestres et a signé depuis chez Decca 4 disques remarquables d’intelligence.

 

 

 

piano-concert-critique-classiquenews-grosvenor-Grosvenor_©-Christophe-GREMIOT_13082019-6

 

 

L’anglais Grosvenor impressionne parce qu’il a déjà fait à tout juste 26 ans. Mais ce n’est pas un prestidigitateur digital, une mécanique bien huilée que rien n’arrête jamais. Rien d’histrionique dans son jeu, pas de gestes déplacés, un maintien digne, une aisance princière et un sang froid tout British. Il joue d’abord Blumenstück comme le plus beau bouquet offert à sa bien-aimée. Une sorte d’innocence, de pureté due à un jeu d’une totale évidence, sans pédale, juste comme ça. Le son est naturellement beau, tout est souple, nuancé et coloré avec art. Une sorte de don simple et sans complication.
Il aborde  ensuite les Kreisleriana (R. Schumann)en musicien suprême mettant en valeur le génie de Schumann comme renouvelé. En l’écoutant je me suis souvent dit que jamais je n’avais entendu cela ainsi, c’est vraiment très beau. Un Schumann rempli d’élégance et de délicates images musicales diffusant sans violence, sans peine, sans efforts sa riche imagination. La première partie du récital s’achève avec le sentiment d’un pianiste simplement musicien, osant un Schumann d’une grande bonté dans ses emportements romantiques. Le pianiste anglais a une sorte d’élégance aristocratique que rien ne peut perturber.

Pour la deuxième partie du programme, Benjamin Grosvenor nous propose sa somptueuse version de la barcarolle de Chopin. Dans son « CD Hohomages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2mages », nous l’avons pour l’éternité. Souplesse totale dans des nuances subtiles ; cela balance doucement, mais surtout c’est le chant qui se développe avec un sentiment d’infini. Un piano enchanteur comme il en est peu, sur un rythme envoûtant, constamment entretenu. Cette pièce dans la nuit de Provence prend une dimension poétique nocturne apaisante.

 

 

Benjamin Grosvenor Ă  La Roque
PIANO MAGICIEN D’UNE SUPREME MUSICALITÉ…

 

 

Les deux mouvements de la première sonate de Janacek ont une histoire particulière. Touché par la mort d’un ouvrier lors d’une manifestation de soutien de l’ Université de Brno, Janacek avait composé une sonate en trois mouvements. Il la détruisit insatisfait après une unique audition. La créatrice, Ludmila Toutchkova, avait réussi à copier les deux premiers mouvements. Cette musique sauvée et en quelque sorte non autorisée, est fort belle. Benjamin Grosvenor aborde en toute simplicité la partition, ce qui met en lumière la beauté des thèmes comme leurs dérivations. Les nuances généralement piano, la beauté du son plein et la rigueur du jeu emportent l’adhésion du public.

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

Dans les visions fugitives de Prokofiev, le jeune homme arrive à en réordonner 12 pour proposer une grande cohérence dans l’écoute. Certes la modernité de Prokofiev est présente mais surtout une sorte d’harmonie naît de ce jeu si parfait. Les vers qui inspirèrent le compositeur sont en toute simplicité et même évidence, rendus par la musique sous les doigts magiques du pianiste britannique. «  Dans chaque vision fugitive , je vois des mondes. Plein de jeux changeants et irisés » : le poème est de Constantin Balmont. L’interprète avec un grand sérieux et un calme olympien, organise les pièces pour créer ces mondes variés ; les couleurs, les nuances, tout participe à cette création. Voici de la poésie par la musique en forme d’idéal.
Il nous restait pour découvrir le talent de virtuose de l’absolu sans rien lâcher de la suprême musicalité qui l’habite à vivre l’expérience de ces réminiscences de Norma (LISZT). De l’ouverture aux dernières notes du final, l’opéra de Bellini se déroule. Avec un sens du drame, un équilibre du son orchestral, Benjamin Grosvenor n’a plus seulement deux mains. D’ailleurs, il ne sera pas possible de voir clairement le mouvement de tous les doigts tant la rapidité d’exécution est fantastique. Les abellimenti, les enluminures, les notes perlées, saccadées ou encore les accords développés, tout cet art Litzien inimitable sert la beauté de la partition de Bellini.

 

 

DANS LISZT,
Le piano de Grosvenor arrive
Ă  chanter comme une diva romantique

 

 

Le piano de Grosvenor arrive à chanter comme une diva romantique. Il est sidérant d’assister à un moment si incroyablement musical alors que tant de pianistes virtuoses ne font que belles notes rapides dans ce genre d’œuvres de Liszt. Ce soir le sublime a été entrevu dans ces Réminiscences de Norma. Benjamin Grosvenor a eu un succès considérable pour ce final mais aussi pour cette rare qualité de composition d’un programme d’une grande intelligence. Le premier bis relance s’il se peut la virtuosité diabolique avec une « Danza del gaucho matrero » de Ginestera à faire danser les montagnes. Là aussi impossible de croire que deux mains peuvent faire tout cela. Et pour refermer la nuit sur plus de paix et une pointe de sensualité, « le poème érotique »  de Grieg extrait de ses pièces lyriques nous a ravi.

grosvenor benjamin piano decca danses photoBenjamin Grosvenor est un grand artiste qui semble gérer sa carrière avec la prudence des sages. Il semble suivre le chemin de Grigory Sokolov; il joue le même concert en une tournée mondiale. Cela apporte une vraie connaissance intime des oeuvres et une perfection de jeu inoubliable qui marque le public. Il ne se précipite pas non plus à enregistrer trop et trop vite. Cette génération des moins de trente ans est fabuleuse de promesses : Ce sont Benjamin Grosvenor, Daniil Trifonov et Alexandre Kantorov dans mon triumvirat personnel de musiciens complets, qui jouent du piano.

 

 

 
 

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Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 8 Août 2019. Robert Schumann ( 1810-1856) : Blumenstück Op.19 ; Kreisleriana Op.16 ; Frédéric Chopin  (1810-1849) : barcarolle en fa dièse majeur Op.60  ; Les Janacek (Sonate pour piano n°1, octobre 1905 « From the street » ; Sergei Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives Op.22 ( ext.) Vincezo Bellini (1801-1835)/ Frantz Liszt (1811-1886) Réminiscences de Norma. Benjamin Grosvenor, piano. Illustration / Photo : © Christophe Gremiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique concert piano. La Roque, le 13 août 2019. Benjamin Grosvenor, piano. Schumann, Chopin, Liszt…

COMPTE-RENDU, concert piano. La Roque d’AnthĂ©ron, Parc du château de Florans, le 13 aoĂ»t 2019. Benjamin Grosvenor, piano. Schumann, Chopin, Liszt… Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ… Depuis sa finale remportĂ©e au Concours de la BBC, Ă  l’âge de onze ans, le jeune pianiste britannique, vingt-sept ans, originaire de Southend-on-Sea, dans le ComtĂ© de l’Essex, parcourt le monde et fascine par sa technique et sa sensibilitĂ©. LaurĂ©at de plusieurs prix, il enregistre son premier disque chez Decca Ă  onze ans ! Ce disque, consacrĂ© Ă  Chopin, Liszt, Ravel, est unanimement saluĂ© par la critique internationale. (Grammophon Awards et Diapason d’or!). C’est un programme en crescendo qu’il nous offrait ce mardi 13 aoĂ»t 2019 au Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron. Des pièces essentiellement romantiques de Robert Schumann (1810-1856), FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1839), Franz Liszt (1811-1886) et plus modernes de Leoš Janáček (1854-1928) et SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953).

Oeuvre de jeunesse de Robert Schumann, BlumenstĂĽck, littĂ©ralement morceau de fleurs ou par prolongement bouquet de fleurs, (Blumenstrauss) est Ă©crit autour d’un seul thème, inlassablement varié ; beaucoup de grâce, de clartĂ© dans le jeu du pianiste britannique qui n’en rajoute pas pour faire plus « romantique ».. Schumann pose une partition, Ă  l’apparence facile, mais oĂą les deux mains, dans une polyphonie de questions-rĂ©ponses, se partagent les difficultĂ©s et les motifs mĂ©lodiques, la main gauche n’Ă©tant pas, comme trop souvent, l’accompagnement, le faire-valoir de la main droite, plus libre, plus mĂ©lodique. Ici, au contraire, les deux dĂ©roulent le thème, se chevauchent, s’entrelacent, mĂ©taphore du bouquet qui se crĂ©e devant nous, cadeau de Robert Ă  Clara dont il Ă©tait fou amoureux, elle, l’immense pianiste, de neuf ans sa cadette, lui, cherchant sans cesse sa voie, entre ses Ă©tudes de Droit Ă  Leipzig, sa carrière de pianiste-compositeur, sans compter ses conflits incessants avec le terrible beau-père Friedrich Wieck, l’un des plus cĂ©lèbres professeurs de piano de l’Ă©poque. Mais la musique, plus que la jurisprudence, sera son refuge. Schumann le prouve encore avec cette deuxième Ĺ“uvre au programme : le cycle des Kreisleriana, opus 16, Ă©voque le maĂ®tre de chapelle Johannes Kreisler, personnage crĂ©Ă© par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), familièrement orthographiĂ© E.T.A Hoffmann, Ă©crivain romantique, Ă©crivain, musicien, dessinateur ; Hoffmann inspirera de nombreux artistes dont le plus cĂ©lèbre Jacques Offenbach qui lui consacrera son seul opĂ©ra non bouffe: Les Contes d’Hoffmann en 1881.
Schumann compose certainement, ici, ses plus belles pages pour le piano, s’identifiant tour Ă  tour au mĂ©lancolique EusĂ©bius ou au passionnĂ© Florestan, entre rĂŞverie et impulsivitĂ© qui seront ses traits de caractères majeurs. Tout l’idĂ©al romantique est lĂ . Chaque pièce est ainsi divisĂ©e en deux parties distinctes. Kreisler est dĂ©crit par Hoffmann comme un maĂ®tre de chapelle Ă©trange, emportĂ©, spirituel, sensible, crĂ©ativitĂ© dĂ©bordante, sensibilitĂ© excessive, alter ego d’Hoffmann et de… Schumann  ce qui permet Ă  ce dernier de composer ce florilège de sentiments divers! La magnifique lettre de Robert Ă  Clara (Clara Wieck qui deviendra Clara Schumann !) du 3 mai 1838 tĂ©moigne de cet emportement passionnĂ©: Des mondes tout Ă  fait nouveaux s’ouvrent devant moi. J’ai composĂ© en quatre jours les Kreisleriana. Toi et ta pensĂ©e les dominent complètement ; je veux te les dĂ©dier. J’ai remarquĂ© que mon imagination n’est jamais si vive que lorsqu’elle est anxieusement tournĂ©e vers toi…C’est ainsi, ces jours derniers encore, et en attendant une lettre de toi, j’ai composĂ© de quoi remplir des volumes. Musique extraordinaire, tantĂ´t folle, tantĂ´t grave et rĂŞveuse. Tu ouvriras de grands yeux quand tu la dĂ©chiffreras. Vois-tu, j’ai l’impression que je vais finir par Ă©clater de musique, tant les idĂ©es se pressent et bouillonnent en moi quand je songe Ă  notre amour ».
Dans ces huit pièces pour piano aux tempi et aux atmosphères contrastĂ©s (« ExtrĂŞmement agitĂ©, très intime, un peu plus lent, encore plus vif, plus animĂ©, rapide et comme en jouant… »),  on retrouve tous les Ă©tats-d’âme du compositeur.

 

 

Benjamin Grosvenor : Romantisme so british !

 

 

 

thumbnail_Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-6

 

 

Grosvenor arrive Ă  les sublimer par un jeu prĂ©cis, sans emphase, brillant ou enfantin, survoltĂ© ou simple. On passe de motifs très rapides Ă  des motifs de quelques notes, clins d’Ĺ“il aux comptines de notre enfance, harmonies très classiques ou frottements judicieux parfois dissonances. On passe d’une Ă©criture très mĂ©lodique Ă  une polyphonie soudainement austère, proche d’un Choral de Bach ! MĂ©lodies calmes puis chevauchĂ©es d’arpèges ininterrompus, entre quĂŞte et dĂ©sespoir. Si les pianos Steinway sont rois Ă  la Roque, brillants et majestueux, Grosvenor a choisi de jouer sur un piano Bechstein, de facture allemande, plus rond et sensuel. Robert Ă©crit Ă  Clara : « Dans certaines parties, il y a un amour vraiment sauvage, et ta vie et la mienne et beaucoup de tes regards ! » Entre passion et angoisse, très belle interprĂ©tation sensible et puissante.

On change complètement d’univers avec la Sonate pour piano 1er octobre 1905 de Leoš Janáček, Ă©voquant la mort tragique d’un ouvrier de Brno, assassinĂ© par baĂŻonnette en dĂ©fendant l’UniversitĂ© de sa ville, le 1er octobre 1905! Si le compositeur est passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ© grâce, essentiellement, Ă  son opĂ©ra JenĹŻfa en trois actes composĂ© en 1904, cette sonate est très emblĂ©matique de son style, ses deux mouvements s’inscrivant dans l’univers expressionniste du compositeur tchèque :
1 Le Pressentiment : Allegro tragique, noté con moto, agitation du pressentiment que recrée merveilleusement Benjamin Grosvenor.
2 La Mort : Adagio ; appel torturé, nombreux silences introspectifs, puis motifs minimalistes que le pianiste dessine comme un orfèvre ; il attaque puis laisse résonner, pulsation régulière aux sonorités étrangement médiévales.
Le cycle Visions fugitives, opus 22 de SergueĂŻ Prokofiev permet Ă  Grosvenor d’explorer les affres du XX ème siècle. Il s’inspire, pour cette Ĺ“uvre, de poèmes de son ami Constantin Dmitrievitch Balmont (1867-1942), poète symboliste franco-russe qu’il rencontre plusieurs fois en France et en Russie. Vingt pièces pour piano, composĂ©es entre 1915-1917, aux titres très Ă©vocateurs, l’indication de vitesse habituelle (lent, rapide…adagio, allegro…) Ă©tant systĂ©matiquement agrĂ©mentĂ© d’une indication plus expressive Lentamente-Introduction/Andante-Pièce en forme d’arabesque/Allegretto-Danse/Animato-Pièce pleine d’Ă©nergie aĂ©rĂ©e…
Le début est un balancement dissonant, suivi immédiatement par un thème très ludique, joyeux, puis une atmosphère impressionniste surprenante, ensuite un morceau vif qui rappelle Satie ! Un enchaînement en arpèges main gauche quand la main droite se balade dans tous les registres ; sur cet ostinato main gauche et cette main droite si libre, Grosvenor est prodigieux, un toucher exquis, agile.

Le pianiste termine son rĂ©cital en apothĂ©ose. Il joue la RĂ©miniscence de Norma de Franz Liszt, arrangement titanesque de l’opĂ©ra de Vincenzo Bellini (1801-1835) La Norma. On sait que le compositeur hongrois, pianiste Ă©blouissant, Ă©tait un spĂ©cialiste des arrangements, paraphrases, rĂ©miniscences d’opĂ©ras : Wagner, Verdi et tant d’autres, l’ont inspirĂ©. C’est très impressionnant techniquement et le pianiste britannique maĂ®trise toutes les difficultĂ©s, il se transcende et tout l’opĂ©ra est devant nous : airs, chĹ“urs, passages symphoniques… ; l’intrigue semble dĂ©filer devant les spectateurs Ă©bahis ! Moment fort du concert . Deux mains et c’est tout l’orchestre qu’on entend ! Prodigieux ! Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ

 

 

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

 

 

 

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Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron
Parc du Château de Florans, mardi 13 août 2019.
Crédit photo : © Christophe Grémiot

• Récital de piano : Benjamin Grosvenor
• Blumenstück opus 19 de Robert Schumann
• Kreisleriana, opus 16 de Robert Schumann
• Barcarolle en fa # majeur opus 60 de Frédéric Chopin
• Sonate pour piano 1er octobre 1905 de Leoš Janáček
• Visions fugitives, opus 22 de Sergueï Prokofiev
• RĂ©miniscence de Norma de Franz Liszt, d’après l’opĂ©ra de Vincenzo Bellini

 

 

 

 

 

 

CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca)

homages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimés du pianiste Benjamin Grosvenor. D’emblée, nous savions qu’à la seule lecture du programme et la très subtile articulation des enchaînements comme des compositeurs ainsi sélectionnés, nous tenions là mieux qu’une confirmation artistique … : un accomplissement majeur s’agissant du pianiste britannique le plus exceptionnel qui soit actuellement et qui en est déjà à son 4è récital discographique pour Decca. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes élus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang… sans omettre les plus fugaces ou plus récents: Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rêve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier lauréat du Concours Chopin de Varsovie…), fait figure à part d’une somptueuse maturité interprétative qui illumine de l’intérieur en particulier ses Liszt et ses Franck.


HOMAGES, le programme d’un immense nouveau génie du piano

Benjamin Grosvenor sublime Liszt et Franck

grosvenor Benjamin Grosvenor-7333-Edit-EditLe pianiste est nĂ© dans le comtĂ© d’Essex en 1992. L’album « HOMAGES » est un chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblème des rĂ©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre Ă©clats et murmures, dĂ©monstration Ă©chevelĂ©e et surgissements de la psychĂ©. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (AnnĂ©es de pèlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes CĂ©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poĂ©tiques (trilogie synthĂ©tique et orchestrale de PrĂ©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthĂ©tique de 1884), le jeune britannique affirme une sensibilitĂ© tissĂ©e dans la pudeur et l’intĂ©rioritĂ© ; la constance douceur opĂ©rante du toucher qui s’autorise aussi de somptueuses affirmations frĂ©nĂ©tiques, exprime l’éloquence d’une intelligence musicale d’une exceptionnelle justesse : c’est un Ă©quilibre très subtile entre une virtuositĂ© vĂ©loce et facile, voire dĂ©concertante (crĂ©pitement crĂ©pusculaire et suspensions enivrĂ©es de son JS BACH d’ouverture (la Chaconne BWV 1004, arrangĂ©e par Busoni Ă  partir de la pièce originelle pour violon), et une profondeur poĂ©tique spectaculaire Ă  laquelle le première qualitĂ© est Ă©troitement et constamment infĂ©odĂ©e. Maitre des filiations, poète des correspondances secrets et intimes, ses PrĂ©ludes et Fugues de Mendelssohn, d’un surgissement juvĂ©nile d’une incroyable tendresse rĂ©pondent en cela idĂ©alement aux mĂŞmes formes (augmentĂ©es du Chorale), de Franck. La vision en perspective subjugue.

Le programme dévoile un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plénitude et l’allusion. Un poète du clavier en somme intiment doué et certainement l’un des plus passionnants à suivre aujourd’hui. Pour tous ses récitals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer … pour un périple musical d’une très grande force poétique.

HOMAGES est donc le déjà 4ème recueil réalisé par Benjamin Grosvenor chez Decca : après ses programmes / récitals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; Saint-Saëns, Ravel, gershwin en 2012 ; « Dances » enregistré en 2013…).

CLIC_macaron_2014Le programme est ciselĂ© et enchanteur Ă  plus d’un titre : comment ne pas ĂŞtre littĂ©ralement envoĂ»tĂ© par le chant de la Barcarolle de Chopin ? L’extase des profondeurs mystiques et dĂ©moniaques simultanĂ©ment des Liszt ? Mais c’est certainement l’intelligence des Franck qui surclasse ses confrères : mobile, ductile, versatile, et pourtant douĂ© d’une Ă©tonnante profondeur – qui assure et prĂ©serve la couleur tragique de chaque pièce, le jeu du jeune Grosvenor chez le vieux Franck dĂ©passe tout ce que nous espĂ©rions Ă  l’endroit de ses pièces formant un triptyque essentiel Ă  toute vie de mĂ©lomane. Merci Ă  Benjamin Grosvenor de nous ouvrir de telles portes oniriques, de permette que soient audibles et perceptibles de tels mondes sonores. La sensibilitĂ© du pianiste est somptueuse et fraternelle : un immense gĂ©nie du clavier se rĂ©vèle dans ce programme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre et octobre 2016. Et si le magicien nĂ© dans l’Essex donne une rĂ©cital dans votre ville, n’hĂ©sitez pas une seconde pour courir aller l’écouter. Un miracle de musicalitĂ© transcendante est au bout du chemin.

CD événement. Compte rendu critique. « HOMAGES » (JS Bach arrangé par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, César Franck, Franz Liszt). Benjamin Grosvenor, piano. 1cd Decca. Enregistré à Wyastone concert Hall, du 10 au 13 décembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée : septembre et octobre 2016.

CD événement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, à paraître le 9 septembre 2016)

grosvenor benjamin cd decca homage liszt cesar franck cd review announce annonce compte rendu classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, Ă  paraĂ®tre le 9 septembre 2016). Les Liszt et Franck sublimĂ©s du pianiste Benjamin Grosvenor. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes Ă©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang… sans omettre les plus fugaces ou plus rĂ©cents : Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rĂŞve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie 2015…), fait figure Ă  part, d’emblĂ©e, d’une somptueuse maturitĂ© interprĂ©tative qui illumine de l’intĂ©rieur ses Liszt et ses Franck. Le pianiste est nĂ© dans le comtĂ© d’Essex en 1992. Decca annonce son nouvel album intitulĂ© « HOMAGES », chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblème des rĂ©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre Ă©clats et murmures, dĂ©monstration Ă©chevelĂ©e et surgissements de la psychĂ©. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (AnnĂ©es de pèlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes CĂ©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poĂ©tiques (trilogie synthĂ©tique et orchestrale de PrĂ©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthĂ©tique de 1884), le jeune pianiste britannique affirme une sensibilitĂ© tissĂ©e dans la pudeur et l’intĂ©rioritĂ© ; un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plĂ©nitude et l’allusion. Un poète du clavier en somme infiniment douĂ© et certainement l’un des interprètes les plus passionnants Ă  suivre aujourd’hui. Pour tous ses rĂ©citals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer … pour un pĂ©riple musical d’une très grande force poĂ©tique.

HOMAGES est le dĂ©jĂ  4ème recueil rĂ©alisĂ© par Benjamin Grosvenor chez Decca : après ses programmes / rĂ©citals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; “RHAPSODIE”, Saint-SaĂ«ns, Ravel, Gershwin en 2012 ; « Dances » enregistrĂ© en 2013 / CLIC de CLASSIQUENEWS d’aoĂ»t 2014…).

Grosvenor benjamin piano classiquenews 573757_a36fbf021e6a409ebc126e8442d0e554~mv1Programme enchanteur : prochaine grande critique et compte rendu complet de l’album 1cd Decca de Benjamin Grosvenor, « HOMAGES » (JS Bach arrangé par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, César Franck, Franz Liszt, Maurice Ravel), à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, à la date de parution annoncée par Decca, soit le 9 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2016.

CD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013)

grosvenor decca cd piano benjamin grosvenor nouveau cd deccaCD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013).  En Ă©voquant cette lettre adressĂ©e par Scriabine Ă  son Ă©lève Egon Petri en 1909 qui lui proposait de construire son prochain rĂ©cital Ă  partir de transcriptions et de compositions originales de danses,  le jeune pianiste britannique dĂ©sormais champion de l’Ă©curie Decca, Benjamin Grosvenor (nĂ© en 1992 : 22 ans en 2014,  a conçu le programme de ce nouveau disque – le 3 ème dĂ©jĂ  chez Universal (son 2ème rĂ©cital soliste). VitalitĂ©, humeurs finement caractĂ©risĂ©es et mĂŞme ductilitĂ© introspective qui soigne toujours la clartĂ© polyphonique autant que l’Ă©lĂ©gance de la ligne mĂ©lodique (volutes idĂ©alement tracĂ©es de l’ultime Gigue), Benjamin Grosvenor affirme après ses prĂ©cĂ©dentes gravures, une très solide personnalitĂ© qui se glisse dans chacune des sĂ©quences d’esprit rĂ©solument chorĂ©graphique.  Son Bach affirme ainsi un tempĂ©rament Ă  la fois racĂ© et subtil. Les Partitas d’ouverture sont d’un galbe assurĂ©, d’une versatilitĂ© aimable, parfois facĂ©tieuse rĂ©vĂ©lant sous les exercices brillantissimes toute la grâce aĂ©rienne des danses françaises du premier baroque (17ème siècle). L’aimable doit y Ă©pouser le nerf et la vĂ©locitĂ© avec le muscle et le rebond propre aux danses baroques telles que filtrĂ©es par Jean-SĂ©bastien Bach au XVIIIème. Sans omettre, le climat de suspension d’une rĂŞverie ou d’une profondeur nostalgique rĂ©solument distantes de toute dĂ©monstration.

 

 

Jeune piano enchanteur et facétieux

 

CLIC D'OR macaron 200Le Chopin qui suit souligne une faveur pour l’énergie et la gravitĂ© mĂŞlĂ©es ; la tendresse et l’intĂ©rioritĂ© conciliĂ©es.  L’Andante Spianato se rĂ©vèle tout d’abord enivrĂ©, rĂ©miniscence nostalgique d’un rĂŞve passĂ© que sa remĂ©moration Ă©vanescente et trop fugace rend Ă  jamais inaccessible s’il n’Ă©tait le pouvoir du chant pianistique…. rien de contraint dans ce jeu intense qui semble se construire Ă  mesure qu’il est rĂ©alisĂ© ; ce qui nous touche ici : l’expression d’une hypersensibilitĂ© qui exigeante et ne laissant rien au hasard, exprime l’intensitĂ© passionnelle sous ses doigts, crĂ©pitante qui ressuscite ensuite dans la Grande Polonaise, un Chopin capable de furieuses caresses, d’une tendresse Ă©perdue, d’un feu incandescent comme des braises ardentes. Cette Polonaise a du cran, plein d’ardeur apporte un autre ton… : celui du brio, l’expression dune sensibilitĂ© plus dĂ©monstrative et extĂ©rieure ; d’ailleurs la nervositĂ© Ă©noncĂ©e dès son dĂ©but comme une houle presque instable, affirme sous les doigts de Grosvenor, ce Chopin altier, conquĂ©rant d’une rage Ă  peine masquĂ©e y compris dans le panache brillant. CarrĂ© dramatique toujours parfaitement limpide, le jeu du pianiste captive par son agilitĂ© vibratile. Ce qu’indiquent clairement  les mazurkas très chopiniennes de Scriabine qui suivent leur modèle romantique.

Les 8 valses poĂ©tiques de Granados sont aussi rares que remarquablement attachantes entre autres par leur grâce Ă  la fois facĂ©tieuse (lĂ  encore) et versatile… exigeant de l’interprète un laisser aller plein de nonchalance naturelle pourtant tĂ©nue et ciselĂ©e sur le plan de la gestion des dynamiques. Ce sont des miniatures qui expriment dĂ©tachement et, -leur titre n’est guère usurpĂ©, un raffinement permanent : en cela le tempo de vals lento est emblĂ©matique de cette suggestivitĂ© filigranĂ©e d’un très grand intĂ©rĂŞt. Benjamin Grosvenor exalte la tendresse suave, dĂ©licatement Ă©vocatrice de chaque Ă©pisode  conçu comme une Ă©chappĂ©e nostalgique d’une profondeur allusive souvent irrĂ©sistible : d’un feu schumannien, le toucher crĂ©pite, se glisse en d’infinis accents millimĂ©trĂ©s. Liquide, emportĂ©, d’une facilitĂ© volubile, il fait mouche.  Autant d’insouciance finement chaloupĂ©e prĂ©pare idĂ©alement Ă  l’ivresse virtuose du Johann Strauss, surtout trouve comme un Ă©cho fraternel dans le Tango d’Albeniz (plage 25), Andantino tissĂ© dans la mĂŞme Ă©toffe, houle brillante et mĂ©lancolique. Le Boogie-woogie etude de Gould saisit par la sĂ»retĂ© elle aussi magnifiquement articulĂ©e et rythmiquement fulgurante dont fait preuve l’intrĂ©pide et audacieux Grosvenor.

De fait, paraphrase et transcription du Beau Danube Bleu d’après Johann Strauss II, composĂ©e par Adolf Schulz-Evler, offre au jeune virtuose un champs d’accomplissement indiscutable : Ă©lĂ©gance, humour, Ă©panchement Ă©lĂ©gantissime, et lĂ  encore subtile facĂ©tie … ; surtout au rubato bien balancĂ©, prĂ©cis aux abandons pleins de panache, ce malgrĂ© une technique extrĂŞmement exigeante (surabondance des ornementations).

Si les deux premiers disques de Benjamin Grosvenor étaient encore marqués par la volonté d’affirmation et de démonstration, ce 3ème récital discographique confirme le tempérament d’un artiste attachant dont la virtuosité technique sert surtout l’émergence d’une personnalité atypique. Les deux albums précédents étaient marqués aussi par le présence de Ravel ; ces « Dances » complètent astucieusement le portrait d’un jeune pianiste prodige, sorte de lutin aux vagabondages stimulants…  à suivre indiscutablement.

 

 

grosvenor benjamin piano decca danses photo

 

CD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, enregistrement réalisé dans le Suffolk, Grande Bretagne, en juillet 2013)

 

 

Approfondir

Lire notre critique du cd Benjamin Grosvenor : Saint-Saëns, Ravel, Gershwin (2012,Decca)

Lire notre critique du cd Benjamin Grosvenor : Chopin, Liszt, Ravel (2011,Decca)