Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 13 février 2015. Rossini : L’Occasione fa il ladro. Desirée Rancatore, Bruno Taddia, Yijie Shi, Umberto Chiummo, Sophie Pondjiclis… Orchestre National d’Ile de France. Enrique Mazzola, direction.

Paris a finalement l’occasion d’écouter L’Occasione fa il ladro, opéra de jeunesse de Rossini, dans une version de concert amusante et décontractée au Théâtre des Champs Elysées. Le chef Enrique Mazzola dirige un Orchestre National d’Île-de-France pétillant et une distribution de talent à l’humeur rafraîchissante !

L’occasion extraordinaire

rossini_portraitDès l’ouverture (qui n’en est pas une, s’agissant en vérité de la Tempête de La Pietra del Paragone, qu’on réécoutera au deuxième acte du Barbier de Séville), l’auditoire est saisi par une mise en espace un peu déjantée … surtout hyper efficace. Des parapluies s’ouvrent sur scène, le vent impalpable mis en musique par l’orchestre ravage le plateau ! Le pianofortiste lutte contre le vent pour couvrir le chef avec un autre parapluie. A un moment le ténor Krystian Adam chantant Eusebio (dont nous préférons les talents au service du jeune Rossini que du jeune Mozart : lire notre compte rendu critique du Re pastore au Châtelet) vole la place du pianofortiste et continue le récitatif, pour se faire ensuite réprimander par le chef d’orchestre qui… lui tire l’oreille ! Il y a aussi des valises qui s’échangent et d’autres prétextes comiques qui donnent davantage de théâtralité au concert. En plus, en principe, cela aurait même un sens dramaturgique s’il s’agissait d’une version scénique. Mais le livret, circonstanciel, n’est qu’une excuse pour le beau chant et les quiproquos comiques, une raison pour mettre en musique des feux d’artifices concertés au milieu de l’œuvre, lors du grand quintette « Quel Gentil, quel vago oggetto », qui fait penser aux opéras de Da Ponte et Mozart.

Le couple amoureux de Yijie Shi et Desirée Rancatore en Alberto et Berenice respectivement est fabuleux. Le ténor chinois est sans doute celui qui a le style rossinien le plus solide (lauréat et habitué du Festival Pesaro, l’autorité rossinienne ultime !), il chante avec une aisance, une facilité et une clarté impressionnantes. S’il chante avec un contrôle immaculé de l’instrument, plus qu’avec une débordante passion, il cause néanmoins des frissons lors de son air « D’ogni più sacro », vivement récompensé par le public. Désirée Rancatore est une Berenice ravissante, rayonnante de beauté et de piquant ! Une mozartienne que nous aimons et aimerions voire davantage en France. Ce soir, elle se montre maîtresse de sa technique vocale tout en faisant preuve de flexibilité, de nuances au son sincère, de complicité, de brio lors des ensembles… Si lors de sa cavatine « Vicino è il momento », délicieuse, nous remarquons quelques audaces stylistiques, réussies, mais inattendues pour Rossini, c’est dans sa grand scène finale en trois parties qu’elle bouleverse totalement l’auditoire ébahi par l’impressionnante agilité de son instrument mise en évidence dans les nombreuses acrobaties vocales et feux de coloratures ! Une scène qui sera difficile à oublier, un concerto pour Diva et orchestre en vérité !

Le couple mondain de Bruno Taddia et Sophie Pondjiclis en Parmenione et Ernestina est interprété avec un panache théâtral non moins impressionnant. Lui, un véritable comédien, captive par le jeu d’acteur grandiloquent et exagéré. Un pari qu’il réussit et qui réussit à distraire l’audience de ses quelques soucis dans le médium et d’une articulation pas toujours claire, souvent accélérée. Elle est tout aussi comique et a des graves charnus et une facilité évidente dans le style rossinien. Enfin remarquons également la voix alléchante du baryton-basse Umberto Chiummo en Martino, tout aussi investi dans la mise en espace, et le bel canto facile du ténor Krystian Adam en Eusebio.

L’italien Enrique Mazzola, s’amuse et amuse le public avec sa baguette pétillante, pleine d’entrain. L’Orchestre National d’Île-de-France en très bonne forme s’accorde à l’énergie du chef, et si parfois l’équilibre entre chanteurs et orchestre n’est pas idéal, les instrumentistes débordent de swing et de vivacité, comme cela doit être pour le Cygne de Pesaro, aussi nommé Il Tedeschino (« le petit allemand », dû à son intérêt pour l’œuvre de Mozart et de Haydn lors de ses études musicales à Bologne, dans l’institut de l’Accademia Filarmonica di Bologna où Mozart étudia dans les années 1770). Remarquons en particulier le brio des cordes et surtout la beauté scintillante des vents !

Une Occasione que nous aimerions revivre sans modération ! Fabuleuse occasion au Théâtre des Champs Elysées !

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