CD. Yuja Wang, piano : Rachmaninov, Prokofiev (Dudamel, 2013).

WAng_yuja_piano_rachmaninov_prokofiev_dudamel_cd_deutsche_grammophonCD. Yuja Wang, piano : Rachmaninov, Prokofiev (Dudamel, 2013). Le feu acide et rythmique (Prokofiev) et la fluiditĂ© expressive crĂ©pusculaire (Rachmaninov) font le ciment et la rĂ©ussite de ce disque qui ne manque pas … d’audace Ă  bien des Ă©gards. Voici donc la relève artistique de l’Ă©curie Deutsche grammophon, nouvelle gĂ©nĂ©ration d’artistes, tous deux d’un vrai tempĂ©rament musicien dont la complicitĂ© dans ce live in Caracas, pour les 38 ans du Sistema, le rĂ©seau de formation de jeunes instrumentistes vĂ©ritable chantier exemplaire Ă  la fois humaniste et sociĂ©tal au profit de la jeunesse vĂ©nĂ©zuĂ©lienne Ă  l’initiative de JosĂ© Antonio Abreu.
Il y a dĂ©jĂ  un an, se rencontrent et fusionnent le tempĂ©rament puissant et Ă©loquent de la jeune pianiste chinoise Yuja Wang, vrai consĹ“ur de Lang Lang et certainement de notre point de vue, sa championne pour le jeu dĂ©liĂ© et Ă©lĂ©gant, une digitalitĂ© jamais heurtĂ©e ni trop percussive (y compris dans les climats versatiles syncopĂ©s du Prokofiev), et l’Ă©clat d’une baguette qui avait immĂ©diatement conquis et Salonen et Abbado : celle du vĂ©nĂ©zuĂ©lien, lui-mĂŞme enfant du Sistema, Gustavo Dudamel.
Le programme est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il rĂ©unit deux Concertos parmi les plus difficiles de leur auteur respectif, voire de tout le rĂ©pertoire pour clavier.

La fusion orchestre et piano dans le n°3 de Rachmaninov (1909) est formidable de crĂ©pitement comme de flexibilitĂ© – virtuositĂ© funambule et magicienne de la pianiste dans les variations du I-, mĂŞme l’orchestre dĂ©voile de superbes couleurs, fondantes, prĂ©cises, jamais sirupeuses. Un manifeste furieusement enivrĂ©. Du grand art.

Le n°2 de Prokofiev (1913) de loin le plus difficile Ă©videmment techniquement mais surtout Ă©motionnellement : le premier mouvement est course Ă©chevelĂ©e qui confine Ă  l’implosion d’une mĂ©canique fragile, prise de panique, exigeant tout du soliste et de l’orchestre : âpretĂ©, ruptures, cynisme d’une forme contrariĂ©e et contrastĂ©e… l’ample mouvement initial qui dĂ©passe tout juste 10 mn s’achève par l’essoufflement et l’extĂ©nuation totale des forces opposĂ©es. Dans ce combat rĂ©clamant sauvagerie et prĂ©cision, l’Ă©lĂ©gance de Yuja Wang ne faiblit pas, bien au contraire, en particulier dans sa cadence Ă©bouriffante qui dure près de la moitiĂ© de la sĂ©quence. L’agilitĂ© d’une toccata qui cache son nom dans le second mouvement dĂ©concerte et convainc tout autant. Quant au finale, ” tempestoso “, la vitalitĂ© de la jeune pianiste irradie d’une Ă©nergie accrocheuse, idĂ©alement trempĂ©e. La complicitĂ© que suggère ce live, la haute tenue technicienne, l’intelligence musicale de la pianiste que Martha Argerich a saluĂ©, et la direction enflammĂ©e mesurĂ©e du chef qui dĂ©voile ici sa permanente facilitĂ© dans la forme du Concerto (premier enregistrement des jeunes instrumentistes du Bolivar sous sa baguette, avec une soliste), font les dĂ©lices d’un superbe rĂ©cital concertant. Totale rĂ©ussite.

Yuja Wang, piano. Concertos pour piano : Rachmaninov (n° 3 op. 30), Prokofiev (n° 2 op. 16). Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela. Gustavo Dudamel, direction. Enregistrement live réalisé à Caracas (Venezuela) en février 2013. 1 cd Deutsche Grammophon 0289 479 1304 7.

Comments are closed.