Duo Beydts / Bernstein Ă  l’OpĂ©ra de Tours

guitry sacha yvonne printemps 019-yvonne-printemps-and-sacha-guitry-theredlistTOURS, OpĂ©ra. DoublĂ© Beydts / Bernstein : 25, 27 et 29 mars 2016. L’OpĂ©ra de Tours en cette ultime saison lyrique que dirige in poco le chef-directeur Jean-Yves Ossonce, joue la carte de l’insouciance apparente, pourtant portĂ©e par une gravitĂ© souterraine qui dĂ©fend sous le masque de la comĂ©die, une profondeur bouleversante. SubtilitĂ©, Ă©vanescence : voilĂ  l’Ă©quation qui donne sa cohĂ©rence Ă  cette nouvelle production Ă©vĂ©nement. Au programme deux piĂšces lyriques Ă  ne pas manquer : La SociĂ©tĂ© anonyme des messieurs prudents ou SADMP, joyau bouffe en un acte signĂ© Louis Beydts d’aprĂšs le livret de Sacha Guitry et crĂ©Ă© Ă  Paris en 1931. Puis, Trouble in Tahiti de Leonard Bernstein, Ă©galement en un seul acte unique, crĂ©Ă© Ă  Waltham en juin 1952. Pour unifier le diptyque, c’est la metteur en scĂšne dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ©e ici mĂȘme et dans une autre production double (associant La voix humaine de Pulenc et L’Heure espagnole de Ravel), Catherine Dune qui rĂ©tablit l’action thĂ©Ăątrale tout en cultivant aussi la poĂ©sie et l’humour. Guitry imagine 4 soupirants, dĂ©sormais associĂ©s en sarl pour couvrir de cadeaux « Elle », leur chĂšre idolĂątrĂ©e, au prorata de leur investissement. A la crĂ©ation, Guitry avait crĂ©Ă© le rĂŽle d’AgĂ©nor, et sa partenaire, Yvonne Printemps Ă©tait « Elle ». L’ouvrage incarne les dĂ©lices d’un drame savoureux, plein d’esprit, propre aux annĂ©es 1930. Une bouffĂ©e d’insouciance au bord du prĂ©cipice  à venir


bernstein Leonard_Bernstein_by_Jack_MitchellDans Trouble in Tahiti, Bernstein analyse avec l’acuitĂ© musicale qui lui est propre, les vertiges artificiels de la classe moyenne amĂ©ricaine, Ă  travers un petit couple, trĂšs petit bourgeois, trĂšs convenable, et pourtant si dĂ©risoire… dĂ©crit par 3 commentateurs (trio mĂąle et dĂ©lirant). 5 annĂ©es avant West Side Story, tout le Bernstein, gĂ©nie du musical, s’affirme dĂšs 1952 : suavitĂ© mĂ©lodique, parodie et satire Ă  peine voilĂ©e, emportĂ© par un swing irrĂ©sistible et une orchestration d’une finesse Ă©blouissante. Nouvelle production incontournable.

Diptyque Beydts / Bernstein Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Vendredi 25 mars – 20h
Dimanche 27 mars – 15h
Mardi 29 mars – 20h

 

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 Ă  12h00 / 13h00 Ă  17h45
02.47.60.20.20

theatre-billetterie@ville-tours.fr

LA SOCIÉTÉ ANONYME DES MESSIEURS PRUDENTS
Opéra bouffe en un acte de Louis Beydts
Livret de Sacha Guitry
Création le 3 novembre 1931 à Paris

Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Elle : Sophie Marin-Degor
Henri Morin : Laurent Deleuil *
Un gros commerçant : Antoine Normand
Un grand industriel : Lionel Peintre
Le Comte Agénor de Szchwyzki : Jean-Marie Frémeau

Présenté en français, surtitré en français

TROUBLE IN TAHITI
Opéra en un acte de Léonard Bernstein
Musique et Livret du compositeur
New Reduced Version – Garth Sunderland
Création le 12 juin 1952 à Waltham

Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Dinah : Sophie Marin-Degor
Sam : Laurent Deleuil *
Le trio : Pascale Sicaud Beauchesnais – Lionel Peintre – Antoine Normand

Présenté en anglais, surtitré en français

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Tours, Grand Théùtre. Samedi 7 novembre 2015. Butterworth, Tchaikovsky, Massenet, De Falla. Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours. Sarah Nemtanu, violon (Tchaikovski). Jean-Yves Ossonce, direction.

Compte rendu, concert. Tours, OpĂ©ra. Le 7 novembre 2015 : Tchaikovski, Massenet, De Falla. OSRCVDLT, Jean-Yves Ossonce, direction. PoĂ©sie et richesse des folklores Ă  l’OpĂ©ra ThĂ©Ăątre de Tours. GĂ©nĂ©reuse offrande que celle du chef de l’OSRCVDL-T, c’est Ă  dire Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours, rebaptisĂ© rĂ©forme territoriale oblige : le redĂ©coupage de la carte des rĂ©gions agrandit les territoires et les titres en consĂ©quence, sans pour autant augmenter les budgets de fonctionnement… Qu’importe, le maestro Jean-Yves Ossonce en place depuis 1999, -bientĂŽt absent Ă  compter de septembre 2016, depuis la dĂ©claration de sa dĂ©mission volontaire-, nous offre de fait une gĂ©nĂ©reuse soirĂ©e symphonique dont l’Ă©clectisme apparent, vrai tour europĂ©en des styles : russe avec Piotr Ilitch, français acadĂ©mique avec Massenet, furieusement ibĂ©rique grĂące Ă  De Falla, enfin britannique poĂ©tique avec Butterworth, ne doit pas occulter la profonde cohĂ©rence ; car c’est surtout un hommage Ă  cette inspiration que l’on s’obstine Ă  vouloir anecdotique voire artificielle, pourtant essentielle pour l’Ă©panouissement des tempĂ©raments ou des Ă©critures : le folklore.

 

 

 

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Rien de dĂ©coratif Ă  l’Idyll n°1 de Butterworth mais l’expression d’une rĂȘverie qui passe surtout par la virtuositĂ© toute intĂ©rieure des instruments en particulier l’Ă©lĂ©gance du hautbois, chantre d’un pastoralisme trĂšs sĂ©duisant, jouĂ© chantant et suggestif.

Puis c’est le clou de la soirĂ©e : le Concerto pour violon de Tchaikovski, dĂ©ferlement sensible et si tendre d’un cri du cƓur, probablement celui du compositeur lui-mĂȘme, alors foudroyĂ© par les suites presque tragiques de son mariage ratĂ© avec Antonina Milyukova. En 1879, Piotr Ilitch retrouve un regain de crĂ©ativitĂ© et compose son Concerto unique et singulier, peut-ĂȘtre sĂ©duit par la personnalitĂ© du jeune violoniste Iosif Kotek, son Ă©lĂšve et ami qui l’avait rejoint. En mars 1879, naĂźt ainsi ce chef d’oeuvre d’une tendresse Ă  la fois Ă©perdue et solaire, d’une Ă©lĂ©gance inouĂŻe que la soliste invitĂ©e, premier violon solo du National de France, Sarah Nemtanu, elle-mĂȘme fille de musiciens chevronnĂ©s, aborde avec une assurance indiscutable, s’affranchissant d’emblĂ©e de toute tiĂ©deur douceĂątre pour inscrire le Concerto dans une dĂ©termination Ă  la parfaite musicalitĂ©. La violoniste observe un corps Ă  corps musclĂ©, parfois trĂšs tranchĂ© avec l’orchestre, mais elle sait aussi Ă©blouir par sa musicalitĂ© introspective et des couleurs d’une pudeur profonde voire grave en particulier dans la Canzonetta ou second mouvement : l’Ă©pisode en parfaite complicitĂ© avec chef et instrumentiste prend alors des allures de rĂȘverie nocturne, soulignant le repli et la mĂ©ditation oĂč s’affirme le chant suave irrĂ©sistible lui aussi de la clarinette… La soliste aborde ensuite le dernier mouvement Rondo final avec la vivacitĂ© requise, celle d’une exploratrice Ă  la fois dominatrice et passionnĂ©e, vĂ©ritablement emportĂ©e par le feu de cette danse devenue transe oĂč le chant du violon se fait cri de victoire. Le spectateur suit l’Ă©loquence du violon d’une agilitĂ© trĂ©pidante, relevant les dĂ©fis spectaculaires d’une partition qui ayant Ă©tĂ© estimĂ©e “injouable”, ne fut crĂ©Ă©e Ă  Vienne intĂ©gralement et dans sa version pour orchestre qu’en novembre 1881.

Les deux compositeurs qui suivent (aprĂšs l’entracte) dĂ©montrent l’appĂ©tit du chef, sa curiositĂ© rare, et l’implication des instrumentistes de l’orchestre Ă  le suivre : c’est toujours sur le thĂšme de la soirĂ©e, un hommage Ă  l’inspiration musicale portĂ©e par la richesse des folklores ; si l’on veut bien reconnaĂźtre chez Tchaikovski, une certaine idĂ©e parfaitement russe de la mĂ©lancolie et de l’ivresse romantique ; chez Butterworth, ce pastoralisme inspirĂ© par la beautĂ© des comtĂ©s britanniques, d’emblĂ©e Massenet impose le motif provincial (dans le titre mĂȘme de sa Suite pour orchestre) : ScĂšnes alsaciennes qui crĂ©Ă©es en 1882 par Edouard Colonne au ChĂątelet, claironne aussi tel un manifeste politique clairement nostalgique : l’Ă©poque est au patriotisme, renforcĂ© chez les musiciens par la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© nationale de Musique (fondĂ©e en 1871 par Camille Saint-SaĂ«ns au lendemain de la dĂ©faite française). AnnexĂ©e Ă  la Prusse depuis 1870, l’Alsace est une terre fraternelle, dĂ©sormais perdue que le poĂšte compositeur chante et regrette : convoquant le dimanche matin Ă  l’heure des offices, le tapage joyeux du Cabaret sur la grand rue, l’Ă©treinte amoureuse du couple sous les tilleuls (dialogue enivrĂ©e, murumurĂ©e entre le violoncelle et la clarinette)… Jean-Yves Ossonce a la baguette vive et nerveuse, sachant jouer des dynamiques et des couleurs d’un orchestre franc, expressif, d’une couleur parfois militaire ; d’ordinaire  placĂ© plus bas, dans la fosse aux heures de la saison lyrique du mĂȘme thĂ©Ăątre l’orchestre se trouve ce soir sur la scĂšne faisant valoir sa dĂ©fense d’une partition aujourd’hui disparue ; et d’ailleurs, l’acuitĂ© du trait, la facilitĂ© des passages intimistes et triomphants voire bruyants (l’ivresse Ă  peine masquĂ©e des bois dans Au Cabaret) rappellent cette plasticitĂ© dramatique qui chez Puccini rĂ©cemment (Il Trittico, mars 2015 : reportage vidĂ©o) et les Français (Ravel pour L’Heure espagnole et La Voix Humaine de Poulenc, la saison derniĂšre : reportage vidĂ©o, avril 2015) sans omettre un Massenet de mĂȘme euphorie (ThaĂŻs, reportage vidĂ©o, octobre 2011), font la sĂ©duction d’un collectif tout autant impliquĂ© pour l’opĂ©ra.

Somptueuse conclusion, et d’une fluiditĂ© plus envoĂ»tante encore, grĂące Ă  une sonoritĂ© plus cohĂ©rente, la Suite n°2 du Tricorne de Manuel De Falla (1921) convainc totalement tout en servant elle aussi parfaitement le thĂšme choisi : De Falla y assemble en un puzzle irrĂ©sistible de couleurs et de rythmes, un festival de danses espagnoles, chacune marquant d’un tempĂ©rament fort, la carrure et le dĂ©veloppement de chaque Ă©pisode ; ainsi castillane est la noblesse courtoise (urbaine) de Los Vecinos : car c’est bien une SĂ©guedille qui ouvre ce triptyque d’une Ă©poustouflante vivacitĂ© entre grĂące et nerf ; puis orchestre et chef impriment Ă  la danse virile, Farruca (provenant de Galice), son expressivitĂ© Ăąpre et trĂšs contrastĂ©e, cependant que le finale, – Jota des plus passionnĂ©es et flamboyantes (avec castagnettes trĂ©pidantes)-, emporte tout l’orchestre dans un dĂ©ferlement d’accents et de scintillements eux aussi victorieux. Le geste est clair et carrĂ©, l’attention aux timbres, constante, et Ă  travers la cohĂ©rence du programme et le caractĂšre de certains Ă©pisodes qui d’un compositeur Ă  l’autre, se rĂ©pondent indiscutablement (Au Cabaret de Massenet et cette Joa endiablĂ©e, ivre, de De Falla), s’impose Ă  Tours un goĂ»t sĂ»r pour les partitions hautement colorĂ©es, subtilement introspectives.

Jean-Yves Ossonce sait entretenir le feu symphonique, d’autant que le prochain rendez-vous promet un Ă©gal engagement en complicitĂ© avec un soliste de premier plan :  Adam Laloum, le poĂšte des pianistes, dans le Concerto pour piano de Brahms, couplĂ© avec Mort et transfiguration de Richard Strauss et La Valse de Ravel… nouveaux dĂ©fis, nouveaux accomplissements. Les 5 et 6 dĂ©cembre 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Tours.

 

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Illustration : Poésie et richesse des Folklores, lyrisme éperdu et tendre de Tchaikovski à Tours : la violoniste Sarah Nemtanu et le chef Jean-Yves Ossonce : accord parfait dans le Concert pour violon de Tchaikovski (DR : © G. Proust / Opéra de Tours novmebre 2015).

 

Tchaikovski, Massenet… Concert Symphonique Ă  Tours

ossonce jean yves osrct symphonique toursTours. Concert Tchaikovski, Massenet, Falla. Les 7 et 8 novembre 2015.  AffinitĂ©s tchaikovskiennes… On se souvient d’une exceptionnelle Symphonie n°6 de Tchaikovski par Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre tourangeau : sur le plan interprĂ©tatif : profondeur, gravitĂ©, tendresse et introspection. Sur le plan artistique, complicitĂ©, entente, Ă©coute rĂ©ciproque. Un accomplissement rĂ©alisĂ© en novembre 2014 et qui pourrait se renouveler un an aprĂšs… les 7 et 8 novembre prochains, pour le concert d’ouverture de la nouvelle saison symphonique Ă  l’OpĂ©ra de Tours, tant chefs et instrumentistes s’entendent visiblement dans l’expression de la sensibilitĂ© tchaikovskienne. Le Concerto pour violon, sommet de la sensibilitĂ© romantique version russe est l’affiche du programme de l’OpĂ©ra de tours, constituant sa piĂšce maĂźtresse oĂč la violoniste Sarah Nemtanu assure la partie solistique. LIRE notre compte rendu critique du concert 6Ăšme Symphonie de Tchaikovski par Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours.

 

 

 

Tchaikovski romantique, Massenet nostalgique

 

Temps fort et séance inaugurale de la saison symphonique de l'Opéra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, la 6Úme "Pathétique" de Tchaikovski : les 15 et 16 novembre 2014

Temps fort et sĂ©ance inaugurale de la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, le Concerto pour violon de Tchaikovski : les 7 et 8 novembre 2015

Concerto pour violon de Tchaikovski : Clarens, 1878. AprĂšs son mariage ratĂ© et la sĂ©paration qui en dĂ©coule, avec Antonina Milukova, TchaĂŻkovski, dĂ©pressif, se retire en Suisse, Ă  Clarens, en 1878. A 38 ans, le compositeur se recentre sur une nouvelle oeuvre, probablement inspirĂ©e par la Symphonie espagnole d’Edouard Lalo.
Le compositeur pensait dĂ©dier son Concerto au violoniste Leopold Auer qui refusa cet honneur, trouvant l’oeuvre inexĂ©cutable! Adolf Brodsky, qui le joua et oeuvra pour sa notoriĂ©tĂ© auprĂšs du public, en devint le dĂ©dicataire. Dans l’Allegro moderato, la virtuositĂ© du violon solo conduit le dĂ©veloppement mĂ©lodique. La Canzonetta fait entendre une nouvelle ampleur mĂ©lodique, autour d’un thĂšme nostalgique, trĂšs vocal, dans le ton de sol mineur. Le dernier mouvement, Allegro vivacissimo impose un dĂ©but tzigane bondissant, puis se succĂšdent motif nerveux et brillant Ă  la Mendelssohn, et Ă©lĂ©ments de danse populaire, au caractĂšre affirmĂ©.

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitEgalement Ă  l’affiche de ce programme Ă©clectique, d’autant plus captivant, les pages mĂ©connues du Massenet symphoniste : ScĂšnes Alsaciennes dont le sujet pourrait bien contester de façon nostalgique et pacifiste, l’annexion de l’Alsace Ă  l’Empire germanique depuis 1870. Au moment de la crĂ©ation d’HĂ©rodiade Ă  Bruxelles en 1881, Massenet a l’idĂ©e de composer son ultime cycle de musique symphonique pure : les ScĂšnes Alsaciennes crĂ©Ă©es en 1882 : suivant la trame romanesque du texte de Daudet (Contes du lundi : “Alsace, Alsace”), le compositeur cĂ©lĂšbre avec vivacitĂ© l’acuitĂ© sensible de l’Ăąme alsacienne : appel de la clarinette et de la flĂ»te un dimanche matin au moment de la messe (Ă©pisode serein), gaietĂ© franche et contrastĂ©e dans Au cabaret au rythme tripartite, volontairement rustique ; tendresse de Sous les tilleuls oĂč se prĂ©cise l’Ă©vocation d’un couple amoureux ; enfin l’entrain de la derniĂšre scĂšne, Dimanche soir, associe folklore et fanfare militaire pour une cĂ©lĂ©bration expressive elle aussi criante de vĂ©ritĂ©.

 

 

 

George Butterworth
English Idyll n°1
La saison symphonique s’ouvre sur la diversitĂ© de la musique europĂ©enne et de ses sources populaires, tout autant que sur le poids de l’histoire. George Butterworth, compositeur anglais, engagĂ© volontaire dĂšs 1914, fut tuĂ© pendant la bataille de la Somme le 5 aoĂ»t 1916. Nous lui rendons hommage avec cette English Idyll, qui plonge ses racines dans sa terre natale. Une stĂšle a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e Ă  sa mĂ©moire Ă  PoziĂšres, et son corps ne fut jamais retrouvĂ©.

Piotr Ilitch TchaĂŻkovski
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35
ConcentrĂ© d’ñme slave, le Concerto de TchaĂŻkovski sera interprĂ©tĂ© par Sarah Nemtanu, plus jeune violon solo jamais nommĂ© Ă  l’Orchestre National de France, qui l’a enregistrĂ© pour le film Le Concert et avec son orchestre dirigĂ© par le grand Kurt Masur. À noter que la saison lyrique sera l’occasion de redĂ©couvrir EugĂšne OnĂ©guine, autre chef d’oeuvre de la mĂȘme pĂ©riode.

Jules Massenet
ScÚnes alsaciennes, Suite pour orchestre n°7
RaretĂ© que les ScĂšnes Alsaciennes, oĂč Massenet mĂȘle son sens mĂ©lodique et orchestral Ă  des effluves patriotiques (l’Alsace Ă©tait alors depuis la guerre de 1870 occupĂ©e par l’Allemagne).

Manuel de Falla
Le Tricorne, Suite n°2
Les Danses du Tricorne, symbole de la musique espagnole dans son acception la plus authentique, conclueront ce programme dĂ©diĂ© Ă  l’histoire et Ă  la culture europĂ©ennes “de l’Atlantique Ă  l’Oural”.

 

 

 

Sarah Nemtanu, violon
Jean-Yves Ossonce, direction

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

boutonreservationSamedi 7 novembre – 20h
Dimanche 8 novembre – 17h
ConfĂ©rence : prĂ©sentation aux Ɠuvres, les 7 novembre Ă  19h, 8 novembre Ă  16h
Grand théùtre, Salle Jean Vilar, entrée gratuite

 

 

Opéra, compte-rendu critique. Tours, Grand Théùtre, le 26 mai 2015. Giuseppe Verdi : La Traviata. Eleonore Marguerre, Sébastien Droy, Kristian Paul. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Nadine Duffaut, mise en scÚne

Cette Traviata qui clĂŽt la saison de la maison tourangelle, c’est avant tout une histoire d’amour entre un chef et sa Violetta. Rarement on aura vu une baguette Ă  ce point se mettre au service d’une chanteuse, la soutenir autant, suivre la moindre de ses inflexions pour lui permettre d’aller au bout de ses sons et de ses mots. C’est le miracle opĂ©rĂ© ce soir par Jean-Yves Ossonce et Eleonore Marguerre, pour les premiers pas de la soprano allemande dans ce rĂŽle mythique.

 
  

Triomphe pour Eleonore Marguerre dans le rÎle de Violetta Valéry

Un chef amoureux de sa trĂšs grande Violetta

 

traviatat2Un coup d’essai, vĂ©ritable coup de maĂźtre, qui nous fait traverser toute la reprĂ©sentation des larmes aux coins des yeux.  On se souvenait d’Eleonore Marguerre en FĂ©e dans la Cendrillon de Massenet Ă  l’OpĂ©ra du Rhin voilĂ  plus de dix ans, on l’avait aperçue furtivement dans le rĂŽle de Ghita Ă  Nancy au cours d’un mĂ©morable Nain de Zemlinsky il y a deux ans, quelle Ă©volution depuis ! Ce que l’instrument a perdu dans le suraigu, il l’a acquis dans un mĂ©dium somptueux qui conduit Ă  un aigu aussi riche qu’aisĂ©, de superbes notes hautes n’empĂȘchant en rien un grave habilement poitrinĂ©. Mais plus encore que la technicienne, d’une sĂ©curitĂ© totale, c’est devant l’artiste, immense, qu’il convient de s’incliner bien bas. Le rĂŽle semble avoir Ă©tĂ© pensĂ© et mĂ»ri depuis bien longtemps, tant l’incarnation frappe avec Ă©vidence par sa justesse et sa sincĂ©ritĂ©. DĂšs les premiĂšres notes de « E strano », chantĂ©es dos au public, le regard perdu au milieu des flocons qui tombent le long des vitres du dĂ©cor, on pressent que cette Violetta sera de celles qui comptent. « Ah fors’ù lui » bouleverse : le phrasĂ© est dĂ©ployĂ© avec une Ă©lĂ©gance, une grĂące de mozartienne ; les mots sont ciselĂ©s comme rarement, chaque syllabe empreinte de sa propre force, presque recitar cantando, et pourtant chaque son demeure pleinement chantĂ©, vibrant et pleinement incarnĂ©. Les couleurs se succĂšdent, toujours trĂšs proches, jamais vraiment identiques, au grĂ© des strophes et des affects, jusqu’à une reprise de « Sempre libera » Ă  la tendresse inĂ©dite, comme finalement conquise par l’amour tant redoutĂ©.

 

Le deuxiĂšme acte met en valeur la tragĂ©dienne, toute de douleur contenue, culminant avec un « Dite alla giovine » Ă  fleur de lĂšvres et de cƓur, et un « Amami Alfredo » dĂ©bordant d’amour.

Le troisiĂšme acte achĂšve en apothĂ©ose ce portrait dĂ©jĂ  pleinement abouti de la courtisane verdienne. La lecture de la lettre, presque murmurĂ©e – y compris le funeste « E tardi » qu’elles sont trop nombreuses Ă  jeter au silence dans un cri de dĂ©sespoir –, amĂšne naturellement Ă  un « Addio del passato » comme Ă©clairĂ© par la lumiĂšre du Dieu dont elle implore la clĂ©mence, et achevĂ© sur une messa di voce infinie, du trĂšs grand art. Jusqu’au bout, on souffre avec cette Violetta ivre de vie et pourtant fragile comme un oiseau tombĂ© d’une branche.

 
 

CR TRAVIATA

 
 

Mais pareille rĂ©ussite n’aurait pas Ă©tĂ© possible sans Jean-Yves Ossonce, qui couve sa Violetta comme un trĂ©sor.  Il faut l’entendre tisser un vĂ©ritable tapis sonore sous les pas de sa chanteuse, lui tendre ses notes, guider l’orchestre au milieu de ses soupirs.  Un exemple entre mille : dans le duo « Parigi o cara », lorsque la soprano reprend le thĂšme, qu’il est bon de voir le chef ralentir sensiblement sa battue et ajuster son tempo afin de lui permettre ses plus beaux pianissimi, dans une osmose musicale totale.

 

traviatat5Face Ă  cette communion, le reste de la distribution demeure quelque peu en retrait, malgrĂ© d’excellentes performances. SĂ©bastien Droy incarne un Alfredo trĂšs attachant, excellent musicien et semblant avoir gagnĂ© en aisance dans l’aigu, mais dont l’émission audiblement trĂšs couverte et un rien engorgĂ©e manque de rayonnement. Il faut attendre le dernier duo et la dĂ©licatesse dans les piani qu’il permet pour profiter pleinement d’un chant simple et naturel de la part du tĂ©nor français. A ses cĂŽtĂ©s, Kristian Paul – remplaçant Enrico Marrucci initialement prĂ©vu – ne fait qu’une bouchĂ©e du rĂŽle de Germont grĂące Ă  sa voix aussi imposante que sa stature de gĂ©ant. Si le mĂ©dium apparaĂźt parfois charbonneux, l’aigu en revanche est d’une aisance totale, et l’interprĂšte ose de trĂšs belles nuances, peignant un portrait finalement touchant du terrible patriarche. Tous les seconds rĂŽles sont bien tenus, de la Flora veloutĂ©e de Pauline Sabatier au docteur percutant de Guillaume Antoine, en passant par l’omniprĂ©sente Annina de la sonore Blandine Folio Peres. La mise en scĂšne bien connue de Nadine Duffaut fonctionne toujours, depuis sa crĂ©ation Ă  Massy en 2006. Situant l’action au cƓur de l’HĂŽtel Lutetia durant l’Occupation, Violetta expirant, le crĂąne tondu, Ă  la LibĂ©ration, cette scĂ©nographie vaut surtout par ses somptueux dĂ©cors et ses beaux costumes, le talent des solistes et la musique de Verdi faisant le reste. Le maĂźtre de Busseto est superbement servi ce soir, grĂące aux chƓurs maison, toujours impeccablement prĂ©parĂ© par Emmanuel Trenque – dont c’était la derniĂšre production Ă  Tours, la suite de sa carriĂšre se dĂ©roulant dĂ©sormais Ă  Marseille –, et Ă  l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours en pleine forme, distillant de remarquables soli, notamment un superbe hautbois.

Le chef galvanise ses troupes, offrant une partition trÚs complÚte, incluant toutes les strophes des airs, y compris cabalettes et reprises, un vrai régal.

Une grande soirĂ©e durant laquelle l’émotion nous aura pris par surprise, grĂące Ă  la dĂ©couverte d’une nouvelle Violetta, d’ors et dĂ©jĂ  une trĂšs grande Violetta.

 

 

 

 

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 26 mai 2015. Giuseppe Verdi : La Traviata. Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Alexandre Dumas. Avec Violetta : Eleonore Marguerre ; Alfredo : SĂ©bastien Droy ; Germont : Kristian Paul ; Flora : Pauline Sabatier ; Annina : Blandine Folio Peres ; Gastone : Yvan Rebeyrol ; Baron Douphol : Ronan NĂ©dĂ©lec ; Marquis d’Obigny : François Bazola ; Docteur Grenvil : Guillaume Antoine. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scĂšne : Nadine Duffaut. Assistante mise en scĂšne : Patricia Horvarth ; Emmanuel Favre ; Costumes : GĂ©rard Audier ; LumiĂšres : Jacques Chatelet ; Assistant lumiĂšres : Olivier Verecchia ; ChorĂ©graphie : Tatiana Gomez ; Chef de chant ; Vincent Lansiaux

 

Illustrations: © François Berthon / Opéra de Tours 2015

 
 

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra, le 10 avril 2015. Poulenc : La Voix humaine. Ravel : L’Heure Espagnole. Anne-Sophie Duprels, Elle. Aude Estremo (Concepcion)
 OSRCT. Jean-Yves Ossonce, direction. Catherine Dune, mise en scĂšne.

FamiliĂšre de la scĂšne tourangelle, la soprano Catherine Dune – qui chantait cette saison Despina de Cosi  fan Tutte de Mozart, offre ici sa premiĂšre mise en scĂšne Ă  Tours. La sensibilitĂ© et l’humanitĂ© de l’artiste se ressentent  dans l’approche du diptyque choisi par le chef et directeur Jean-Yves  Ossonce : en associant les deux drames en un acte, La voix humaine puis L’Heure espagnole, de Poulenc et Ravel respectivement, il s’agit bien Ă  travers chaque hĂ©roĂŻne : “Elle ” puis la femme  de l’horloger Torquemada, Concepcion, de deux portraits de femmes que la question du dĂ©sir et de l’amour taraude, exalte, exulte, met au devant de la scĂšne.

 
 

Nouvelle production convaincante Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Deux portraits du désir féminin

 

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015Deux espaces clos, lieux de l’enfermement, unissent les deux univers lyriques mais le poids Ă©touffant du huit clos – vĂ©ritable billot sentimental  et cathartique oppresse chanteuse et spectateurs dans La Voix humaine quand les dĂ©lices doux amers, tragico comiques de la dĂ©licieuse comĂ©die  de Ravel, produisent un univers tout autre :  magique et onirique surtout fantastique et surrĂ©aliste. C’est ce second volet qui nous a le plus  sĂ©duit. … non pas tant par sa durĂ©e : presque une heure quand La voix humaine totalise  3/4 d’heure,  que par la profonde cohĂ©rence qu’apporte la mise en scĂšne.
L’Heure espagnole impose sa durĂ©e impĂ©rieuse au couple dĂ©luré  et si mal appareillĂ© de l’horloger Torquemada (en blouse et Ă  lunettes, sorte de voyeur de laboratoire), et de son Ă©pouse la belle brune Concepcion dont l’excellente Aude Estremo fait une prodigieuse incarnation : tigresses toute en contrĂŽle, la pulpeuse collectionne les amants sans ĂȘtre satisfaite, -frustration inconfortable qui on le comprend en cours de soirĂ©e n’est pas sans ĂȘtre cultivĂ©e par son Ă©poux lui-mĂȘme dont Catherine Dune fait l’observateur assidu mais discret des frasques de sa femme. La sensibilitĂ© extrĂȘme de la metteure en scĂšne sait aussi cultiver la pudeur et l’innocence quand surgit l’amour vĂ©ritable entre Concepcion et le muletier Ramiro dont le charme direct et physique contraste avec le poĂšte Gonzalvo, bellĂątre mou des corridas d’opĂ©rettes, aux Ă©lans amoureux toujours vellĂ©itaires (impeccable Florian Laconi).
Dans cet arĂšne  de pure fantasmagorie, Didier Henry a le ton juste du songe ; le baryton Alexandre Duhamel (Ramiro),  celui naturel  du charme sans esbroufe, et c’est surtout la mezzo Aude Estremo, dĂ©cidĂ©ment qui en donnant corps au personnage central,  rend son parcours trĂšs convaincant d’autant que la voix est sonore, naturellement puissante et finalement articulĂ©e. Son piquant et son tempĂ©rament L’univers dĂ©lurĂ© fantasque dĂ©fendu ici  souligne avec finesse les multiples joyaux dont la partition est constellĂ©e ; c’est un travail visuel qui s’accorde idĂ©alement Ă  la tenue de l’orchestre dont le raffinement permanent et le swing hispanisant convoquent le grand opĂ©ra : l’air de Concepcion,  qu’elle aventure qui marque le point de basculement du personnage (son coup de foudre troublant vis Ă  vis du muletier) fait surgir une vague irrĂ©pressible de candeur et de sincĂ©ritĂ© dans une cycle qui eut paru artificiel par sa mĂ©canique rĂ©glĂ©e Ă  la seconde  (les sacs  de sable que l’on Ă©ventre pour en faire couler la matiĂšre comme un sablier).

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015En premiĂšre partie de soirĂ©e (La Voix humaine), Anne-Sophie Duprels sĂ©duit indiscutablement par son chant velouté  et puissant Ă  la diction parfois couverte par l’orchestre. Sur un matelas dĂ©multipliĂ©, ring de ses ressentiments sincĂšres amĂšres, le chant se libĂšre peu Ă  peu dans une mise en scĂšne Ă©purĂ©e presque glaçante dont les lumiĂšres accusent la progression irrĂ©pressible : la cage qui enserre le coeur meurtri de l’amoureuse en rupture s’ouvre peu Ă  peu Ă  mesure que les cordes qui la composent et qui descendent depuis les cintres, sont levĂ©es, ouvrant l’espace ; rĂ©vĂ©lant l’hĂ©roĂŻne Ă  elle-mĂȘme en une confrontation ultime : dire, exprimer et nommer la souffrance, c’est se libĂ©rer. C’est au prix de cette Ă©preuve salvatrice – essentiellement cathartique-,  qu‘Elle prend conscience de sa force et de sa volontĂ© ; volontĂ© de dire : tu me quittes. Soit je l’accepte. Laisser faire, lĂącher prise, renoncer. … autant d’expĂ©riences clĂ©s que la formidable soprano Ă©claire de sa prĂ©sence douce et carressante, nuancĂ©e et intense.

Dans la fosse, en maĂźtre des couleurs et des teintes atmosphĂ©riques, Jean Yves Ossonce fait couler dans la Voix humaine le sirop onctueux et ductile de l’ocĂ©an de sensualitĂ© dont a parlĂ© Poulenc,  lequel semble compatir avec Elle ; le chef trouve aussi le charme d’une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime de l’Heure Espagnole, dont le dialogue idĂ©al avec la mise en scĂšne et les dĂ©cors suscite un formidable cirque nocturne, enchanteur et rĂ©aliste Ă  la fois. La profondeur se glisse continĂ»ment dans cet Ă©loge feint de la lĂ©gĂšreté  La rĂ©ussite Ă©tant totale, voici aprĂšs le formidable Trittrico de Puccini prĂ©sentĂ© en mars dernier (prĂ©cision et sĂ©duction cinĂ©matographique), la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours  qui crĂ©e lĂ©gitimement l’Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique de ce printemps. A voir au Grand ThĂ©Ăątre de Tours les 10, 12 et 14 avril 2015.

 

 

 

APPROFONDIR : voir notre clip vidĂ©o La Voix humaine et l’Heure espagnole au Grand thĂ©Ăątre de Tours les 10,12,14 avril 2015

 

 

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Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

Compte-rendu, opéra. Tours, Grand théùtre, Mars 2015 : Puccini : Il Trittico. Jean-Yves Ossonce, direction. Pierre-Emile Fourny, mise en scÚne.

Le chef Jean-Yves Ossonce – directeur des lieux-,  retrouve Paul Emile Fourny aprĂšs un RomĂ©o et Juliette dĂ©jĂ  convaincant. L’inspiration du metteur en scĂšne (et directeur de l’OpĂ©ra de Metz), redouble mĂȘme de pertinence dans ce triptyque  (Il Trittico) oĂč l’efficacitĂ© thĂ©Ăątrale prolonge Verdi pour atteindre un impact rare, d’un esthĂ©tisme… cinĂ©matographique. Le choix du metteur en scĂšne s’est portĂ© sur le jeu d’acteurs (impeccable de bout en bout), laissant la place aux protagonistes de la nouvelle production (crĂ©Ă©e en SlovĂ©nie jusqu’alors inĂ©dite en France).

Quai de Seine, cloĂźtre des recluses, maison familiale… : chaque univers du Trittico est scrupuleusement respectĂ©, rehaussĂ© mĂȘme par l’intelligence du propos visuel ; la leçon de Puccini, deux tragĂ©dies prĂ©alables, une comĂ©die fine, rossinienne et verdienne, est restituĂ©e dans tout sa force et son dĂ©lire poĂ©tique. Un tel jeu des contrastes est un terrible dĂ©fi pour les metteurs en scĂšne (et aussi les chefs) : dans son dĂ©roulement, la soirĂ©e est riche en dĂ©couvertes et satisfactions.

C’est d’abord, le jeu exceptionnellement fluide et nuancĂ© du baryton Tassis Christoyannis (applaudi auparavant pour un Don Giovanni impeccable et mordant) : sombre Michele dans Il Tabbaro (Ă  l’issue sauvage et barbare : Paul-Emile Fourny reprend le premier canevas de Puccini, celui des deux morts finales): tout en regards millimĂ©trĂ©s, en gestes et postures naturels, le chanteur se montre un formidable acteur qui sait aussi exprimer les failles non dites du patron de Luigi : un ĂȘtre dĂ©chirĂ© que la perte de l’amour de sa femme (et de leur enfant) a prĂ©cipitĂ© dans l’amertume haineuse, silencieuse et… meurtriĂšre.
Quel contraste avec son dĂ©lire burlesque et lui aussi parfaitement mesurĂ©, d’une finesse rare, pour Gianni Schicchi : son intelligence lumineuse et positive contraste avec le profil Ă©triquĂ© et gris de la famille du dĂ©funt ; les sketches s’amoncellent sur la scĂšne sans pourtant encombrer la finalitĂ© et l’enjeu de chaque situation, et fidĂšle Ă  son fil rouge qui est l’eau, d’Ɠuvre en Ɠuvre, Paul-Emile Fourny fait traverser des eaux d’Ă©gout aux personnages qui viennent visiter le mort et ses hĂ©ritiers… eaux boueuses et sales pour une famille de sacrĂ© filous Ăąpres au gain. La cohĂ©rence de chaque rĂŽle est formidable ; elle offre une leçon de pĂ©tillance et de saine comĂ©die. C’est drĂŽle et lĂ©ger, mais aussi outrageusement juste et profond. La derniĂšre rĂ©plique (parlĂ©e) de Gianni, Ă  l’adresse du public, n’en gagne que plus de pertinence.

 

 

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Dans le volet central, le plus bouleversant, Suor Angelica, le soprano tendre et intense de Vannina Santoni Ă©blouit la scĂšne par sa prĂ©sence simple, elle aussi d’une absolue justesse d’intonation. Femme condamnĂ©e par sa famille au cloĂźtre, AngĂ©lique doit renoncer Ă  tout et finit suicidaire aprĂšs avoir appris que son garçon Ă©tait mort depuis… 2 ans. Celle Ă  qui tout fut exigĂ© jusqu’au sacrifice de sa propre vie, exulte ici avec une intensitĂ© contenue, un feu Ă©motionnel qui va crescendo jusqu’Ă  la mort. Le style, l’Ă©conomie, la concentration de Vannina Santoni nous hantent encore par leur exactitude, et aussi une grande humilitĂ© qui est toujours le propre des grands interprĂštes.

Courrez voir et applaudir ce Triptyque nouveau Ă  l’OpĂ©ra de Tours, d’autant qu’en chef lyrique aguerri, Jean-Yves Ossonce apporte le soutien et l’enveloppe instrumentale idĂ©ale aux chanteurs : travail d’orfĂšvre lĂ  encore oĂč outre les somptueux climats symphoniques, – parisien au bord de la Seine dans Il Tabbaro, de l’enfermement ultime pour Suor Angelica-, le chef construit le dernier volet tel une comĂ©die chantante, vrai thĂ©Ăątre musical qui grĂące au dĂ©licat Ă©quilibre voix / orchestre rĂ©ussit totalement cette dĂ©clamation libre et articulĂ©e dont Puccini a rĂȘvĂ© : une farce lĂ©gĂšre et subtile sertie comme un gemme linguistique. OĂč l’on rit souvent, oĂč l’on est touchĂ© surtout. Superbe production. Encore une date, le 17 mars Ă  20h.

 

 

 

VidĂ©o, clip : Nouvelle Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours, dĂ©cembre 2014

Épatante Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de ToursVIDEO,clip. Tours, OpĂ©ra : nouvelle Chauve Souris. Dialogues en français, airs chantĂ©s en allemand, la nouvelle production de La Chauve-Souris de Johann Strauss II prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours les 27,28,30 et 31 dĂ©cembre 2014 rĂ©tablit l’Ă©lĂ©gance, la finesse d’une partition musicalement irrĂ©sistible et thĂ©Ăątralement pĂ©tillante : l’acteur et metteur en scĂšne Jacques Duparc rĂ©invente la saveur des situations sans les dĂ©naturer, dans la fosse, Jean-Yves Ossonce fait briller couleurs et caractĂšres des danses Ă©crites par Strauss, chez les Eisenstein, au bal du Prince Orlofsky, dans la prison de Franck oĂč chacun abat son masque… nuit de folie, nuit d’ivresse et de travestissements, La Chauve Souris est aussi la rĂ©alisation d’une vengeance, celle de Falke au dĂ©triment d’Eisenstein, dindon de la farce : le sĂ©ducteur impuni est dĂ©voilĂ© par sa femme Rosalinde masquĂ©e en comtesse hongroise… Au sein d’une distribution trĂšs homogĂšne et scĂ©niquement impliquĂ©e, brille le soprano suave et gĂ©nĂ©reux de Vannina Santoni (AdĂšle/Olga), rĂ©vĂ©lation de la production. Clip vidĂ©o © classiquenews.tv. Reportage vidĂ©o Ă  venir.

LIRE aussi notre compte rendu de La Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours (dĂ©cembre 2014)

Jean-Yves Ossonce dirige la 7Ăšme Symphonie de Dvorak

ossonce jean yves osrct symphonique toursTours, Grand ThĂ©Ăątre. Dvorak : Symphonie n°7. J.-Y. Ossonce, les 24,25 janvier 2015. Suite de la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours sous la baguette du chef et directeur des lieux : Jean-Yves Ossonce. Puissante, brucknĂ©rienne par ses cuivres impressionnants entre autres, mais aussi (surtout) Brahmsienne et wagnĂ©rienne soit d’un germanisme assumĂ©, la “grande Symphonie” en rĂ© mineur opus 70,  est crĂ©Ă©e Ă  Londres sous la direction de Dvorak en avril 1885. Membre d’honneur de la Royal Philharmonic Society de Londres, Dvorak devait ainsi honorer une commande passĂ©e par l’institution musicale londonienne : par ses couleurs tendres (bois) et sa palpitation atmosphĂ©rique, convoquant les grandes frissons de la nature, qui plonge aussi dans une introspection plus personnelle (cors combinĂ©s souvent aux cordes), Dvorak entend Ă©galer son ami Brahms dont la 3Ăšme Symphonie venait alors d’ĂȘtre crĂ©Ă©e. Dvorak trĂšs inspirĂ© ajoute aussi des rĂ©fĂ©rences wagnĂ©riennes manifestes dans le second mouvement d’une tendresse voluptueuse et mĂȘme amoureuse (Poco Adagio).

 

 

 

 

Maturité du Dvorak londonien

Egaler Brahms, assimiler Bruckner et Wagner…

 

dvorak antoninAu germanisme brahmso-wagnĂ©rien du 2Ăšme mouvement, Dvorak impose dans le 3Ăšme mouvement, un rythme et une mĂ©lodie envoĂ»tante (combinaison basson / cordes) rĂ©solument tchĂšques (annonciatrice d’ailleurs de sa sublime 8Ăšme, noble et intĂ©rieure Ă  la fois) ; c’est un Scherzo-vivace que beaucoup de chefs s’obstinent Ă  aborder sans le caractĂšre rythmique nonchalant mais caractĂ©risĂ© voulu par l’auteur. Le dernier mouvement (Allegro) aussi majestueux et impĂ©tueux que le premier (Allegro maestoso) fait rugir l’intensitĂ© rhapsodique, de caractĂšre tzigane de l’Ă©criture : c’est un nouvel Ă©pisode qui frappe par la prĂ©cision de son orchestration et surtout le souffle de son Ă©criture ; il rĂ©clame un orchestre Ă©toffĂ© mais d’une transparence colorĂ©e et finement caractĂ©risĂ©e : le germanisme brahmsien et wagnĂ©rien comme la sensibilitĂ© tchĂšque des mĂ©lodies, et cette vitalitĂ© rythmique propre Ă  Dvorak doivent ici trouver un juste Ă©quilibre. MaĂźtre de la grande forme, Dvorak conclue le cycle dans un tierce picarde, emblĂšme d’un optimisme souverain et majestueux (noblesse des cors de la fin).

 

 

 

Programme de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours

La 7Ăšme Symphonie de Dvorak est couplĂ©e avec le Concerto en sol majeur pour piano de Maurice Ravel (Vanessa Wagner, piano) et La FĂȘte polonaise extraite du Roi malgrĂ© lui de Chabrier. Les 24 janvier Ă  20h et 25 janvier 2015 Ă  16h.

RĂ©server votre place sur le site de l’OpĂ©ra de Tours.

 

 

 

 

 

 

 

Prochains grands rvs de la saison symphonique Ă  l’OpĂ©ra de Tours :

 

Jeux d’enfants opus 22 de Georges Bizet puis Symphonie concertante pour violoncelle (Xavier Phillips, violoncelle) et extraits de RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, les 21 et 22 mars 2015.

 

Concet n°1 pour violon de Prokofiev (Alexandra Soumm, violon) et Symphonie n°2 de Robert Schumann (Ariane Matiakh, direction), les 18 et 19 avril 2015

Compte rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni
 Jacques Duparc, mise en scÚne. Jean-Yves Ossonce, direction.

tours-opera-chauve-souris-bal-acte-II-ossonce-Une production dĂ©licieusement cohĂ©rente. C’est un opĂ©ra construit sur l’accomplissement d’une vengeance,  celle de Falke (Michal Partyka) qui entend bien ainsi laver l’humiliation que lui a infligĂ© Eisenstein (trĂšs efficace Dider Henry) – vrai petit bourgeois sans relief, Ă©poux infidĂšle dĂ©mangĂ© par la bagatelle…. de fait un piĂšge lui est tendu avec la complicitĂ© d’un collectif aux apparences hĂ©tĂ©rogĂšnes mais aux motivations et convergences bien soudĂ©es : la propre femme de chambre qui rĂȘve dĂ©jĂ  de briller sur la scĂšne des thĂ©Ăątres (AdĂšle), le directeur de la prison Franck,  jusqu’au prince Orlofsky (excellente Aude Extremo),  jeune millionnaire asexuĂ© dĂ©sabusĂ© parfaitement dĂ©pressif que l’argent ennuie mais que grise l’idĂ©e de railler un petit prĂ©tentieux : Le portrait idĂ©al d’un jeune oligarche dĂ©bauchĂ© ?. Il occupe le devant des planches Ă  l’acte II.

 

 

 

Epatante Chauve Souris Ă  Tours

 

En organisant un bal costumĂ© au II (rĂ©gal visuel en place des habituels fracs noirs et robes de mariĂ©es vues habituellement, façon Jean BĂ©raud), le jeune prince permet Ă  chacun de changer d’identitĂ© – mais on en est pas au vrai travestissement et identitĂ© inversĂ©e comme dans les meilleurs opĂ©ras vĂ©nitiens (voyez les ouvrages de Cesti ou Cavalli,  les deux suiveurs de Monteverdi). Ici chacun devient ce qu’il veut,  “chacun Ă  son goĂ»t” comme le prĂ©cise non sans cynisme et malice le mĂȘme Orlofsky. AdĂšle devient une trĂšs honorable lady de la haute : Olga qui se rĂȘve actrice (III : voir son trio avec Ida et Franck ; celui lĂ  mĂȘme y devient le Chevalier Renard. …); et Eisenstein qui devrait ĂȘtre en prison, a son habit de galant vert, sous le titre de marquis Renard.

Le tableau ne serait pas complet sans la figure de l’Ă©pouse dĂ©laissĂ©e,  vraie desperate housewife emmurĂ©e Ă  Pontoise (- l’opĂ©ra de Strauss adapte un boulevard parisien La RĂ©ception) : Rosalinde. Celle-ci ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle du masque… pour le bal d’Orlofsky au II, elle devient donc une comtesse hongroise en transit : le compositeur inspirĂ© par le sentiment nostalgique et patriote lui dĂ©die logiquement le seul grand air de la soirĂ©e, sublime Czardas qui pourrait faire l’air de concert parfait d’un programme de concert  (Mireille Delunsch s’y impose en actrice dĂ©lurĂ©e).

C’est elle qui piĂšge son «  mufle » de mari: en se laissant courtiser par lui,  elle se fait offrir sa fameuse montre,  piĂšge Ă  filles ; en possession de l’épouse vengeresse, l’objet dĂ©lictueux lui permet au III, de dĂ©voiler l’infidĂ©litĂ© du coquin : la honte de l’Ă©poux dĂ©masquĂ© fera la vengeance de Falke.

tours-opera-chauve-souris-jacques-duparc-582En cours de soirĂ©e, le spectacle va crescendo: le I est clairement et trĂšs efficacement d’exposition; le II se savoure comme une coupe de champagne, – en prĂ©sence de leur hĂŽte Orlofsky,  les convives masquĂ©s fĂȘtent et trinquent Ă  la santĂ© du «  roi Champagne » (un tableau rĂȘvĂ© pour les directions marketing de tous les producteurs champenois) et une succession de perles solistes et chorales signĂ©es du roi de la valse;  le III captive par sa verve thĂ©Ăątrale oĂč perce l’intelligence du metteur en scĂšne Jacques Duparc dont le talent d’acteur,  dĂ©voilĂ© au I en policier cleptomane,  s’affirme davantage dans l’acte de la prison : il fait du chef geĂŽlier  Frosch, un loup dĂ©sabusĂ©, dĂ©jantĂ©, hilare, portĂ© sur la bouteille (son sketch sur la « fine » est mĂ©morable), qui rĂ©tablit le thĂ©Ăątre Ă  gags,  dĂ©lirant,  raffinĂ©,  un contrepoint purement thĂ©Ăątral dans l’enchaĂźnement des airs chantĂ©s en allemand.

 

 

Épatante Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de Tours

 

Vannina Santoni, Ă©patante AdĂšle / Olga

 

 

La rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e – dans toute production il y en a forcĂ©ment une-, reste la pĂ©tulante et si subtile AdĂšle/Olga de Vannina Santoni, nature incandescente pour l’indomptable et malicieuse servante qui se rĂȘve actrice. Au I, son AdĂšle est capricieuse et indiscrĂšte ; au II, elle du chien en aristocrate improvisĂ©e. Puis son air du III dans lequel elle veut convaincre Franck d’ĂȘtre son protecteur est un sublime moment de fragilitĂ© virtuose, dans lequel l’actrice pĂ©tille et convainc par ses dons d’imitatrice versatile : une vĂ©ritable soeur de Zerbinette dans l’opĂ©ra Ariadne auf Naxos de l’autre Strauss (Richard). Quel timbre gĂ©nĂ©reux et fruitĂ©,  suavement articulĂ©,  aux aigus agiles, faciles, colorĂ©s. Sa performance est saisissante. Car l’actrice dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans le Cosi fan tutte de Mozart ici mĂȘme,  avait Ă©tĂ© tout autant convaincante.

Dans la fosse,  Jean-Yves Ossonce dĂ©livre le parfum sensuel et voluptueux,  les couleurs nostalgiques d’une partition parmi les plus raffinĂ©es qui soient. Vrai plus de la production,  si les dialogues sont en français,  tous les airs sont en allemand: de quoi mieux comprendre enjeux et situations comme s’il s’agissait d’une comĂ©die de boulevard tout en savourant les dĂ©lices de chaque air dĂ©fendu dans la prosodie originelle. De quoi confirmer l’Ă©tonnante sensibilitĂ© de Strauss sur la scĂšne lyrique.  De quoi aussi constater l’excellence artistique de l’opĂ©ra de Tours: une vraie troupe et un chef dĂ©fendent ici l’art lyrique et symphonique avec engagement et finesse. Preuve est faite pour qui en doute toujours que les initiatives lyriques en province tiennent trĂšs haut les promesses de leur affiche. Production idĂ©ale pour fĂȘter l’an neuf 2015.  La Chauve Souris de Johann Strauss prĂ©sentĂ© par l’OpĂ©ra de Tours les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2015.

Comte-rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni
 Jacques Duparc, mise en scÚne. Jean-Yves Ossonce, direction.

 

 

Illustrations : © Fr. Berthon pour l’OpĂ©ra de Tours 2014

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de La Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours en dĂ©cembre 2014

Nouvelle Chauve Souris Ă  Tours

Johann_Strauss_IITours, OpĂ©ra. La Chauve Souris : 27>31 dĂ©cembre 2014. Johann Strauss fils, roi de la valse Ă  Vienne, est aussi un gĂ©nie de l’opĂ©rette. Pour preuve le raffinement dĂ©lirant jamais dĂ©menti de son joyau lyrique, La Chauve Souris
 Elle avance masquĂ©e,  reste insaisissable et symbolise la folie raffinĂ©e d’une nuit d’effervescence absolue offrant aux chanteurs des rĂŽles dĂ©jantĂ©s travestis, à l’orchestre grĂące Ă  l’inspiration superlative de Johann Strauss fils, une texture instrumentale ciselĂ©e,  qui incarne depuis la crĂ©ation de l’oeuvre en 1874,  le sommet de la culture viennoise associant valses envoĂ»tantes hypnotiques et dramaturgie cocasse,  drolatique, dĂ©lirante. Ainsi Ă  l’Ă©poque oĂč Paris dĂ©couvre les impressionnistes (exposition au salon de 1874),  Vienne s’abandonne dans l’ivresse d’une musique flamboyante et d’un thĂ©Ăątre dĂ©jantĂ© qui peut aussi se comprendre comme le miroir de sa propose vanitĂ©, comme une satire mordante autant qu’élĂ©gante de la sociĂ©tĂ© puritaine,  hypocrite,  hiĂ©rarchisĂ©e. C’est une parodie satire d’aprĂšs le thĂ©Ăątre de boulevard parisien oĂč perce aussi la guerre des sexes. D’astucieuses jeunes femmes, la bonne (AdĂšle), l’Ă©pouse (Rosalinde) entendent se venger d’un Ă©poux/patron libidineux infidĂšle (Eisenstein)…

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Les choeurs virtuoses,  la magie mĂ©lodique et le raffinement de l’orchestration qui synthĂ©tise le meilleur Strauss,  sans omettre la dĂ©licatesse de l’intrigue qui revisite les standards des comĂ©dies de boulevards mais sur un mode lĂ©ger et infiniment subtil comme les grands airs isolĂ©s (celui de la comtesse hongroise chantant dans Heimat un grand solo nostalgique d’une irrĂ©sistible sensibilitĂ© pendant la fĂȘte chez Orlofski au II)…. sont autant de qualitĂ©s complĂ©mentaires d’un spectacle d’une profondeur poĂ©tique rare et d’une expressivitĂ© palpitante pour peu que le chef et les chanteurs rĂ©unis dont la fameuse invitĂ©e surprise (gala dans l’opĂ©ra) aient Ă  coeur d’en ciseler toutes les facettes, hors de la caricature.
Souhaitons que la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours rĂ©unisse l’une ou l’autre et probablement les deux car le souci du chef,  l’engagement des musiciens du Symphonique maison comme souvent la cohĂ©rence du plateau vocal rĂ©alisent d’indiscutables rĂ©ussites Ă  Tours.

 

 

Johann Strauss IIstrauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888
Die fledermaus, La Chauve Souris
Opérette viennoise en 3 actes, livret de Richard Genée
Création à Vienne, Theater an der Wien, le 5 avril 1874
Edition BĂ€renreiter (Ă©dition critique) – ChantĂ©e en Allemand, dialogues en français, surtitrĂ© en français

Tarifs : sĂ©rie E (de 7€ Ă  65€) le 31/12/2014 : sĂ©rie E+ (de 7€ Ă  70€)
RĂ©servations : 02 47 60 20 20 / www.operadetours.fr

4 représentations à Tours :

Samedi 27 décembre,  20h
Dimanche 28 décembre, 15h
Mardi 30 décembre, 20h
Mercredi 31 décembre, 20h

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours
ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours
(Direction : Emmanuel Trenque)

Nouvelle co-production Opéra de Tours,
Opéra de Reims, Art musical et Opéra Théùtre Grand Avignon

Avec le soutien exceptionnel de l’Association des Amis du Centre Lyrique de Tours, à l’occasion de ses soixante ans

Direction  : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Jacques Duparc
Décors Christophe Vallaux et Art musical Costumes, accessoires : Art musical LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Rosalinde : Mireille Delunsch
Adele : Vannina Santoni
Prince Orlofsky : Aude Extremo
Gabriel von Eisenstein : Didier Henry
Dr Falke : Michal Partyka*
Franck : Frédéric Goncalves*
Frosch : Jacques Duparc
Alfred : Eric Huchet
Dr Blind : Jacques Lemaire

* DĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Conférence des Amis du Centre Lyrique de Tours
Conférence ACLT
Samedi 13 décembre, 14h30
Salle Jean Vilar, Grand Théùtre de Tours Intervenant : Didier Roumilhac

 

Argument – synopsis

Tout commence quelques mois auparavant, quand, un matin de bringue, revenant tous deux d’un bal masquĂ©, le rentier Gabriel von Eisenstein contraignit son ami Dr Falke, notaire, Ă  traverser la ville, revĂȘtu d’un dĂ©guisement de Chauve-souris. Le Dr Falke tout feignant d’en rire, jure de se venger
.

Acte I : Ă  Pontoise chez Gabriel von Eisenstein

Une altercation avec un garde-champĂȘtre a valu Ă  Gabriel von Eisenstein huit jours de prison. Il dĂ©cide d’oublier son chagrin dans le fumet d’un bon dĂźner avec sa femme Rosalinde. Son ami, Dr Falke, lui rend visite et lui propose de passer cette derniĂšre soirĂ©e en joyeuse compagnie chez le Prince Orlofsky. Gabriel von Eisenstein enthousiaste accepte et aprĂšs un petit mensonge Ă  son Ă©pouse : Rosalinde, part soit disant pour « la prison » !

Rosalinde est bouleversĂ©e quand tout Ă  coup elle reçoit la visite d’un ami d’enfance, ex et toujours amoureux « transi » , Alfred qui s’invite illico au diner en tentant de sĂ©duire celle qu’il aime encore ! Ils sont surpris par Franck, le directeur de la prison qui en fait, vient chercher le prisonnier Eisenstein. Alfred ne voulant pas rĂ©vĂ©ler son identitĂ©, doit achever la soirĂ©e en prison, sous le nom de Gabriel von Eisenstein.

Rosalinde apprend par la soubrette AdĂšle que son mari n’est pas parti pour la prison mais pour un bal masquĂ© avec de jolies filles. Elle dĂ©cide d’y aller pour confondre son mari : elle se fera passer pour une princesse hongroise.

 

 

Acte II : Chez le Prince Orlofsky

Gabriel von Eisenstein sous un faux nom, se retrouve donc Ă  la soirĂ©e du Prince Orlofsky avec son ami le Dr Falke. Le Directeur de la prison, Franck, est aussi invitĂ©. Sous un faux nom Ă©galement, il fait la connaissance de Mr Gabriel Von Eisenstein. Arrive la « princesse Hongroise » ! Gabriel Von Eisenstein, fait une cour assidue Ă  la prĂ©tendue Comtesse sans se rendre compte qu’il s’agit de sa propre femme ! Rosalinde se fait confier en gage d’amour sa montre, auquel son chevalier servant tient pourtant beaucoup. Elle confondra son Ă©poux en lui montrant l’objet ainsi « offert ».

 

 

Acte III : A la prison de Pontoise, à l’aube

Le lendemain Ă  l’aube, Franck revient Ă  sa prison, encore gris du champagne de la veille. Gabriel von Eisenstein arrive lui aussi Ă  la prison pour faire ses « 8 jours » au grand Ă©bahissement de Franck qui lui dĂ©clare que le « vrai » Gabriel von Eisenstein est enfermĂ© depuis la veille. Eisenstein trĂšs intriguĂ© se fait passer pour son avocat et interroge Alfred dans sa cellule ; sa femme Rosalinde, munie de la montre, arrive Ă  son tour avec Dr Falke. Von Eisenstein est confondu et ne peut que s’excuser auprĂšs de Rosalinde. Le Dr Falke avoue ĂȘtre l’auteur de cette machination en reprĂ©sailles de Gabriel von Eisenstein qui se souvient alors de cette fameuse blague du dĂ©guisement de « Chauve Souris » ! Honteux et confus Gabriel ne sera pas le dernier Ă  en rire.

en LIRE + : prĂ©sentation complĂšte de la nouvelle production de La Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

ossonce jean yves osrct symphonique toursTrilogie originale que celle inaugurant la nouvelle saison symphonique 2014-2015 de l’OpĂ©ra de Tours. Leonore III de Beethoven permet aux musiciens et au chef de mesurer leur capacitĂ© dans l’exposition d’une ouverture passionnĂ©e offrant toute l’exaltation de l’idĂ©al fraternel et humaniste dĂ©fendu et dĂ©veloppĂ© dans l’opĂ©ra qui suit, Fidelio. La rage et la dĂ©termination ouvertement tournĂ©es vers la lumiĂšre composent le plus bel hymne Ă  la fidĂ©litĂ© amoureuse, Ă  la loyautĂ© qui fait la grandeur humaine, autant d’idĂ©aux que Beethoven inscrit en lettres d’or sur le fronton de la scĂšne.  L’ĂąpretĂ© motorique des premiers violons, le chant aĂ©rien de la flĂ»te, la tendresse hĂ©roĂŻque du hautbois entre autres, lancent le formidable chant de victoire qui transforme peu Ă  peu la violence du drame en ferveur exaltĂ©e, une transe instrumentale que Jean-Yves Ossonce conduit sans sourciller ni sans faiblir jusqu’Ă  sa libĂ©ration finale. C’est ce mĂȘme orchestre qui porte tout au long de l’annĂ©e l’une des programmations lyriques les plus intĂ©ressantes de l’Hexagone : leur expĂ©rience et leur engagement comme orchestre lyrique, s’entendent nettement ici.

ORCHESTRE TOURS CHATELETMĂȘme tension fraternelle et vive opposition de deux thĂšmes contrastĂ©s dans la seconde partition plutĂŽt rare ailleurs, mais emblĂšme d’une curiositĂ© propre Ă  Tours Ă  prĂ©sent car les Ɠuvres d’AlbĂ©ric Magnard (mort en 1914) y sont rĂ©guliĂšrement jouĂ©es grĂące Ă  la curiositĂ© du chef : il y a quelques mois (avril 2014), rĂ©sonnait avec une vivacitĂ© envoĂ»tante, ce wagnĂ©risme français parfaitement maĂźtrisĂ© dans l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice (voir notre reportage vidĂ©o sur l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours), rĂ©vĂ©lation totale oĂč l’ouvrage dĂ©ploie un symphonisme particuliĂšrement texturĂ©, des audaces harmoniques qui suivent trĂšs scrupuleusement la mĂ©tamorphose psychique des protagonistes (ici BĂ©rĂ©nice, phare moral pourtant rĂ©pudiĂ©e, et l’empereur Titus qui Ă  son contact vit un bouleversement personnel d’une dignitĂ© tragique rare). D’une architecture parfaitement Ă©laborĂ©e, l’Hymne Ă  la justice crĂ©Ă© en 1902 est l’acte de dĂ©nonciation qui est l’Ă©quivalent musical du ” J’accuse ” de Zola, en pleine affaire Dreyfus. A la violence qui s’y dĂ©gage dans l’Ă©noncĂ© de la barbarie humaine rĂ©pond le scintillement lumineux du thĂšme de la justice avec l’utilisation de la harpe dont Franck dans sa fameuse Symphonie en rĂ© fait un usage tout aussi rĂ©flĂ©chi au moment le plus spirituellement clĂ©. DouĂ© d’une grande motricitĂ© expressive, l’orchestre conduit le flux expressif tout en rĂ©vĂ©lant la plĂ©nitude rayonnante des timbres solistes (flĂ»te, basson, clarinette…). L’Ă©quilibre des rĂ©ponses entre les pupitres, la clartĂ© de la progression dramatique, la fluiditĂ© vive de la direction de Jean-Yves Ossonce au service d’une Ɠuvre rare, magnifiquement Ă©crite, dĂ©fendent avec une passion constante, la redĂ©couverte de Magnard.

 

tchaikovski-583-597Le clou de la soirĂ©e est dans sa seconde partie, la 6Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski (crĂ©Ă©e en 1893). PiĂšce maĂźtresse de l’orchestre symphonique russe Ă  son sommet romantique, dont les sĂ©quences sont autant de traversĂ©es sombres mais Ă©purĂ©es de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Voici assurĂ©ment l’une des Symphonies les plus intimes, sombres, graves jamais Ă©crites : un miroir noir pourtant fascinant par ses failles et ses Ă©lans instrumentalement ciselĂ©s. La conclusion (IV. Allegro lamentoso) d’un lugubre grave d’une totale poĂ©sie, Ă©tend son voile pianissimo jusqu’Ă  l’infime souffle de vie : il s’agit de la derniĂšre partition de Tchaikovski dont Jean-Yves Ossonce aura peu Ă  peu abordĂ© l’intĂ©grale des Symphonies au cours des derniĂšres saisons de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours (OSRCT). Chef et instrumentistes ont rĂ©vĂ©lĂ© une Ă©nergie maĂźtrisĂ©e, jouant lĂ  encore sur les dĂ©licats Ă©quilibres entre les pupitres, l’Ă©loquence amĂšre et voluptueuse des timbres (dont Ă©videmment les pointes grimaçantes et sardoniques des cors bouchĂ©s en fin d’expĂ©rience : le chef fait battre la cadence d’un cƓur condamnĂ© dĂšs les premiĂšre notes.
Dans ce sublime parcours funĂšbre, le second mouvement allegro (con grazia) prend des allures de remise en ordre, de discipline reconquise, aux Ă©lans Ă©perdus mais qui ne peuvent au final empĂȘcher le lent effondrement progressif jusqu’Ă  l’anĂ©antissement des derniĂšres mesures du cycle. La dĂ©sespĂ©rance, la dĂ©pression, le dĂ©lire et la transe s’expriment dans une langue raffinĂ©e dont les interprĂštes soulignent la richesse des combinaisons, les effluves remarquablement orchestrĂ©s d’une lente et inĂ©luctable agonie. Le martĂšlement obsessionnel puis allĂ©gĂ© jusqu’Ă  l’innocence du second mouvement, la valse du troisiĂšme embrumĂ©e et voilĂ©e elle aussi de profonds ressentiments,  la chute finale et les derniĂšres saccades d’un cƓur mis Ă  mort, font le mĂ©rite d’une lecture tendue et fruitĂ©e qui n’a pu se dĂ©ployer ce soir sans une rĂ©elle complicitĂ© entre le chef et ses musiciens. Une entente capable de dĂ©passements en concert que l’on aime suivre pas Ă  pas, et demain peut-ĂȘtre dans de nouveaux champs d’exploration, de recherche, d’ajustement comme les 6 et 7 dĂ©cembre, ce Walton inconnu, ou nous l’espĂ©rons chez Sibelius, ou Mahler… sans omettre les symphonistes français mĂ©connues : Bizet, Franck, D’Indy, Lalo, Dukas, et tant d’autres dont nous ne doutons pas que Jean-Yves Ossonce, en symphoniste affĂ»tĂ©, rĂ©vĂ©lera bientĂŽt les qualitĂ©s oubliĂ©es.

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Prochain concert symphonique de l’OSRCT Ă  l’OpĂ©ra de Tours : les 6 et 7 dĂ©cembre 2014. Mozart (Ouverture des Noces de Figaro, Concerto pour piano n°25), Walton (Symphonie n°1) : OSRCT. Igor Tchetuev, piano. Emmanuel Joel-Hornak, direction

Prochain opĂ©ra Ă  l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de Tours : la sublime Chauve Souris de Johann Strauss fils qui associe dĂ©lire thĂ©Ăątral et orchestration Ă©lĂ©gantissime : un Ă©vĂ©nement pour les fĂȘtes et une nouvelle production sous la baguette de l’excellent Jean-Yves Osonce : 4 reprĂ©sentations pour la fin de l’annĂ©e et l’avĂšnement de 2015. Les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2014. Jacques Duparc, mise en scĂšne. Avec Mireille Delunsch (Rosalinde), Vannina Santoni (AdĂšle), Didier Henry (Eisenstein), Aude Extremo (Orlovsky), Jacques Duparc (Frosch)… Nouvelle production

 

 

Illustrations : © GĂ©rard Proust 2014. Jean-Yves Ossonce et l’OSRCT, Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours

Tours, Opéra. Concert Tchaikovski:6Úme Symphonie. OSRCT, JY Osonce, les 15,16 novembre 2014

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Tours,OpĂ©ra. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les concerts symphoniques Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont devenus des Ă©vĂ©nements incontournables tant par l’originalitĂ© des programmes prĂ©sentĂ©s souvent trĂšs ambitieux, et toujours remarquablement Ă©quilibrĂ©s, que l’engagement des musiciens en prĂ©sence, canalisĂ©s par la direction vive et affĂ»tĂ©e de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathĂ©tique : les facettes expressives des Ɠuvres ainsi enchaĂźnĂ©es offrent un panel impressionnant de climats Ă  rĂ©ussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction trĂšs Ă©laborĂ©es qui sont l’aboutissement de plusieurs rĂ©Ă©critures de la part de Beethoven : composĂ©e en 1806, il s’agit aprĂšs moult essais, d’un rĂ©sumĂ© redoutablement efficace du drame qui en prolonge les dĂ©clarations multiples : hymne Ă  l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une Ă©toffe orchestrale des plus raffinĂ©s.

 

 

Tours_ossonce_Tomasi_trompette_franck_symphonie_re_concert_570Jean-Yves Ossonce connaĂźt bien Magnard pour en avoir dĂ©voiler le premier la puissante audace d’Ă©criture. A la complexitĂ© de la conception rĂ©pond surtout l’engagement du sujet : en 1902, Magnard Ă©crit son hymne Ă  la justice en rĂ©action au procĂšs partial du capitaine Dreyfus. C’est devenu une partition emblĂ©matique dans l’Hexagone depuis qu’elle fut au lendemain de la seconde guerre, jouĂ© par l’Orchestre national de la Radio (actuel Orchestre national de France) poru son premier concert aprĂšs la LibĂ©ration.
Prolongement des rĂ©cents concerts donnĂ©s par l’Orchestre au cours des trois derniĂšres annĂ©es (LIRE entre autres notre prĂ©sentation de la Symphonie n°4 jouĂ©e en janvier et fĂ©vrier 2012), la Symphonie ultime de Tchaikovski, PathĂ©tique, accomplit tout un cycle orchestral d’une rare et exceptionnelle introspection : comme les opus de Mahler, les Ɠuvres de Tchaikovski ont un fort contenu autobiographique. Comme une prĂ©monition de sa mort prochaine, le compositeur russe y peint une sĂ©rie de paysage crĂ©pusculaire, marquĂ©s par l’anĂ©antissement des forces vitales, Piotr Illyitch, marquĂ© par un terrible secret (celui de son homosexualitĂ©) ayant toujours Ă©tĂ© enclin Ă  la dĂ©pression et Ă  la solitude. La richesse et le raffinement de l’orchestration, l’architecture globale de l’opus 74 laissent l’impression d’une traversĂ©e sans retour, une plongĂ©e Ăąpre et enivrĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Entre la premiĂšre sous la direction de l’auteur (Saint-PĂ©tersbourg le 16 octobre 1893), accueillie froidement (la baguette de TchaĂŻkovski n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs convaincante) et sa reprise sous la direction toute autre de Napravnik, qui apporte le succĂšs, TchaĂŻkovski s’éteint probablement sous la pression d’un scandale liĂ© Ă  sa vie intime. Suicide ou empoisonnement, nul ne le saura peut-ĂȘtre jamais mais cette 6 Ăšme dite ” PathĂ©tique ” est davantage, un Requiem symphonique composĂ©e dans les affres et les vertiges paniques d’une dĂ©route personnelle. S’y dĂ©verse tel un flot Ă©ruptif d’une solennitĂ© toute martiale et pleine de panache la rĂ©sistance aussi d’un homme atteint, viscĂ©ralement inscrit dans le dĂ©sespoir. L’opus 74 est dĂ©diĂ© Ă  son neveu Vladimir Davydov, sa bouĂ©e de sauvetage dans l’une des pĂ©riodes les plus tourmentĂ©es et difficile de sa vie.

 

 

 

Beethoven : Leonore, ouverture III opus 72c
Magnard : Hymne Ă  la justice opus 14
Tchaikovski : Symphonie n°6 “PathĂ©tique”

Tours, Grand Théùtre Opéra
Samedi 15 novembre – 20h
Dimanche 16 novembre – 17h
RĂ©servez votre place

DĂ©couvrir la saison symphonique 2014 – 2015 sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Conférence sur le programme du concert des 15 et 16 novembre 2014
Samedi 15 novembre – 19h00
Dimanche 16 novembre – 16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

LIRE aussi le notre dossier portrait de Piotr Illyitch TchaĂŻkovski

Nouveau Falstaff de Verdi Ă  Tours (annonce)

Verdi Ă  Paris : JĂ©rusalem, Don Carlos Ă  l'OpĂ©raTours. Verdi : Falstaff. Les 23,25,27 mai 2014. Jean-Yves Ossonce interroge le dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme, un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et enfantin
 Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et Pistola, qui pourtant devant femme aguichante a gardĂ© son Ăąme de sĂ©ducteur, parfois crĂ©dule, infantile. Se faire berner malgrĂ© lui, voilĂ  la trame de l’action. Mais au final, comme beaucoup de parodie humaine et de satire sociale, le chevalier fantasque bouffonet Magnifique nous tend notre miroir : une leçon de vĂ©ritĂ© Ă  l’adresse de tous. Cette victime placardĂ©e et vilipendĂ©e pourrait tĂŽt ou tard chacun de nous. Falstaff dĂ©voile l’inhumanitĂ© et nous invite Ă  cultiver l’humanitĂ©.

Les bons bourgeois de Windsor, Ă©poux jaloux et pervers des fameuses commĂšres en prennent aussi pour leur grade. Electron honnis, Falstaff, inclassable dans la grille sociale, dĂ©fait tout un systĂšme oĂč rĂšgne la perfidie, l’hypocrisie, la stupiditĂ©, la duplicitĂ© et l’intĂ©rĂȘt (l’époux d’’Alice Ford aimerait bien voir sa fille Nannetta Ă©pouser le docteur CaĂŻus, mpeme si ce dernier pourrait ĂȘtre son arriĂšre grand pĂšre !
).

ComĂ©die dans la comĂ©die, la pseudo fĂ©erie du chĂȘne noir (dans le parc royal de Windsor), mascarade shakespearienne oĂč la sociĂ©tĂ© semble recouvrer une Ăąme d’enfance
 fĂ©es, lutins, reine angĂ©lique Ă  l’appui-, instaure un climat fantastique et tendre. Dans la fosse, hĂ©ritier des facĂ©ties mordantes et piquantes signĂ©es avant lui par Rossini, Donizetti, Verdi offre Ă  l’orchestre une partition constellĂ©e de joyeux comiques Ă  sens multiples.  Un feu crĂ©pitant qui danse et dĂ©nonce. C’est un compositeur octogĂ©naire qui enfante ce Falstaff Ă  la fois lĂ©onin et enfantin, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en 1893. Jamais Verdi ne fut plus efficace dramatiquement ni mieux inspirĂ© musicalement. Un chef d’oeuvre de finesse, de vĂ©ritĂ©, de satire enivrĂ©e.

Verdi : Falstaff Ă  l’OpĂ©ra de Tours
vendredi 23 mai 2014, 20h
dimanche 25 mai 2014, 15h
mardi 27 mai 2014, 20h

Conférence gratuite de présentation de Falstaff, samedi 17 mai 2014, 14h30 au Grand Théùtre de Tours, Salle Jean Vilar. Dans la limite des places disponibles.

Falstaff de Verdi, opéra en trois actes
Livret de Arrigo Boito, d’aprĂšs Shakespeare (Les joyeuses commĂšres de Windsor)
Création le 9 février 1893 à Milan. Présenté en italien, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiĂšres : Michel Theuil
Dramaturgie : Bernard Pico

Sir John Falstaff : Lionel LhĂŽte
Ford : Enrico Marrucci
Mrs Alice Ford : Isabelle Cals
Nannetta : Norma Nahoun
Fenton : SĂ©bastien Droy
Mrs Quickly : Nona Javakhidze
Mrs Meg Page : Delphine Haidan
Bardolfo : Antoine Normand
Pistola : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Coproduction dĂ©cors, costumes et accessoires OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

Toutes les modalitĂ©s de rĂ©servations, les infos pratiques sur le site de l’OpĂ©ra de Tours 

Nouveau Falstaff de Verdi Ă  Tours

Verdi Ă  Paris : JĂ©rusalem, Don Carlos Ă  l'OpĂ©raTours. Verdi : Falstaff. Les 23,25,27 mai 2014. Jean-Yves Ossonce interroge le dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme, un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et enfantin
 Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et Pistola, qui pourtant devant femme aguichante a gardĂ© son Ăąme de sĂ©ducteur, parfois crĂ©dule, infantile. Se faire berner malgrĂ© lui, voilĂ  la trame de l’action. Mais au final, comme beaucoup de parodie humaine et de satire sociale, le chevalier fantasque bouffonet Magnifique nous tend notre miroir : une leçon de vĂ©ritĂ© Ă  l’adresse de tous. Cette victime placardĂ©e et vilipendĂ©e pourrait tĂŽt ou tard chacun de nous. Falstaff dĂ©voile l’inhumanitĂ© et nous invite Ă  cultiver l’humanitĂ©.

Les bons bourgeois de Windsor, Ă©poux jaloux et pervers des fameuses commĂšres en prennent aussi pour leur grade. Electron honnis, Falstaff, inclassable dans la grille sociale, dĂ©fait tout un systĂšme oĂč rĂšgne la perfidie, l’hypocrisie, la stupiditĂ©, la duplicitĂ© et l’intĂ©rĂȘt (l’époux d’’Alice Ford aimerait bien voir sa fille Nannetta Ă©pouser le docteur CaĂŻus, mpeme si ce dernier pourrait ĂȘtre son arriĂšre grand pĂšre !
).

ComĂ©die dans la comĂ©die, la pseudo fĂ©erie du chĂȘne noir (dans le parc royal de Windsor), mascarade shakespearienne oĂč la sociĂ©tĂ© semble recouvrer une Ăąme d’enfance
 fĂ©es, lutins, reine angĂ©lique Ă  l’appui-, instaure un climat fantastique et tendre. Dans la fosse, hĂ©ritier des facĂ©ties mordantes et piquantes signĂ©es avant lui par Rossini, Donizetti, Verdi offre Ă  l’orchestre une partition constellĂ©e de joyeux comiques Ă  sens multiples.  Un feu crĂ©pitant qui danse et dĂ©nonce. C’est un compositeur octogĂ©naire qui enfante ce Falstaff Ă  la fois lĂ©onin et enfantin, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en 1893. Jamais Verdi ne fut plus efficace dramatiquement ni mieux inspirĂ© musicalement. Un chef d’oeuvre de finesse, de vĂ©ritĂ©, de satire enivrĂ©e.

Verdi : Falstaff Ă  l’OpĂ©ra de Tours
vendredi 23 mai 2014, 20h
dimanche 25 mai 2014, 15h
mardi 27 mai 2014, 20h

Conférence gratuite de présentation de Falstaff, samedi 17 mai 2014, 14h30 au Grand Théùtre de Tours, Salle Jean Vilar. Dans la limite des places disponibles.

Falstaff de Verdi, opéra en trois actes
Livret de Arrigo Boito, d’aprĂšs Shakespeare (Les joyeuses commĂšres de Windsor)
Création le 9 février 1893 à Milan. Présenté en italien, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiĂšres : Michel Theuil
Dramaturgie : Bernard Pico

Sir John Falstaff : Lionel LhĂŽte
Ford : Enrico Marrucci
Mrs Alice Ford : Isabelle Cals
Nannetta : Norma Nahoun
Fenton : SĂ©bastien Droy
Mrs Quickly : Nona Javakhidze
Mrs Meg Page : Delphine Haidan
Bardolfo : Antoine Normand
Pistola : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Coproduction dĂ©cors, costumes et accessoires OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

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Falstaff de Verdi Ă  Tours

Verdi Ă  Paris : JĂ©rusalem, Don Carlos Ă  l'OpĂ©raTours. Verdi : Falstaff. Les 23,25,27 mai 2014. Jean-Yves Ossonce interroge le dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme, un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et enfantin
 Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et Pistola, qui pourtant devant femme aguichante a gardĂ© son Ăąme de sĂ©ducteur, parfois crĂ©dule, infantile. Se faire berner malgrĂ© lui, voilĂ  la trame de l’action. Mais au final, comme beaucoup de parodie humaine et de satire sociale, le chevalier fantasque bouffonet Magnifique nous tend notre miroir : une leçon de vĂ©ritĂ© Ă  l’adresse de tous. Cette victime placardĂ©e et vilipendĂ©e pourrait tĂŽt ou tard chacun de nous. Falstaff dĂ©voile l’inhumanitĂ© et nous invite Ă  cultiver l’humanitĂ©.

Les bons bourgeois de Windsor, Ă©poux jaloux et pervers des fameuses commĂšres en prennent aussi pour leur grade. Electron honnis, Falstaff, inclassable dans la grille sociale, dĂ©fait tout un systĂšme oĂč rĂšgne la perfidie, l’hypocrisie, la stupiditĂ©, la duplicitĂ© et l’intĂ©rĂȘt (l’époux d’’Alice Ford aimerait bien voir sa fille Nannetta Ă©pouser le docteur CaĂŻus, mpeme si ce dernier pourrait ĂȘtre son arriĂšre grand pĂšre !
).

ComĂ©die dans la comĂ©die, la pseudo fĂ©erie du chĂȘne noir (dans le parc royal de Windsor), mascarade shakespearienne oĂč la sociĂ©tĂ© semble recouvrer une Ăąme d’enfance
 fĂ©es, lutins, reine angĂ©lique Ă  l’appui-, instaure un climat fantastique et tendre. Dans la fosse, hĂ©ritier des facĂ©ties mordantes et piquantes signĂ©es avant lui par Rossini, Donizetti, Verdi offre Ă  l’orchestre une partition constellĂ©e de joyeux comiques Ă  sens multiples.  Un feu crĂ©pitant qui danse et dĂ©nonce. C’est un compositeur octogĂ©naire qui enfante ce Falstaff Ă  la fois lĂ©onin et enfantin, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en 1893. Jamais Verdi ne fut plus efficace dramatiquement ni mieux inspirĂ© musicalement. Un chef d’oeuvre de finesse, de vĂ©ritĂ©, de satire enivrĂ©e.

Verdi : Falstaff Ă  l’OpĂ©ra de Tours
vendredi 23 mai 2014, 20h
dimanche 25 mai 2014, 15h
mardi 27 mai 2014, 20h

Conférence gratuite de présentation de Falstaff, samedi 17 mai 2014, 14h30 au Grand Théùtre de Tours, Salle Jean Vilar. Dans la limite des places disponibles.

Falstaff de Verdi, opéra en trois actes
Livret de Arrigo Boito, d’aprĂšs Shakespeare (Les joyeuses commĂšres de Windsor)
Création le 9 février 1893 à Milan. Présenté en italien, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiĂšres : Michel Theuil
Dramaturgie : Bernard Pico

Sir John Falstaff : Lionel LhĂŽte
Ford : Enrico Marrucci
Mrs Alice Ford : Isabelle Cals
Nannetta : Norma Nahoun
Fenton : SĂ©bastien Droy
Mrs Quickly : Nona Javakhidze
Mrs Meg Page : Delphine Haidan
Bardolfo : Antoine Normand
Pistola : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Coproduction dĂ©cors, costumes et accessoires OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

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REPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours (4,6,8 avril 2014)

BĂ©rĂ©nice de Magnard (1909) ressuscite Ă  l'OpĂ©ra de ToursREPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Jean-Yves Ossonce engage toutes les forces vives de l’OpĂ©ra de Tours pour offrir une nouvelle production de l’opĂ©ra oubliĂ© d’AlbĂ©ric Magnard, BĂ©rĂ©nice, composĂ© en 1909, crĂ©Ă© en 1911 Ă  l’OpĂ©ra Comique. WagnĂ©rien et pourtant d’une inventivitĂ© inĂ©dite, puissante et originale, Magnard renouvelle la figure antique traitĂ©e avant lui par Racine et Corneille : le compositeur rĂ©ussit le portrait du couple amoureux que la politique dĂ©fait malgrĂ© eux. C’est pourtant leur profondeur morale et Ă©motionnelle qui intĂ©resse Magnard : son opĂ©ra est une Ă©pure dramatique et psychologique, conçu comme un huit clos thĂ©Ăątral, qui atteint au sublime Ă  l’Ă©gal des tragĂ©dies raciniennes mais dĂ©sormais enrichi et comme rĂ©chauffĂ© par le flamboiement raffinĂ© de l’orchestre. Grand Reportage vidĂ©o avec Catherine Hunold (BĂ©rĂ©nice), Jean-SĂ©bastien Bou (Titus), Jean-Yves Ossonce (directeur musical de l’OpĂ©ra de Tour), Alain Garichot (mise en scĂšne)…. Reportage exclusif © CLASSIQUENEWS.COM 2014

CLIP vidĂ©o. BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145CLIP vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  Tours. RecrĂ©ation majeure Ă  l’OpĂ©ra de Tours : la nouvelle production de l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard (1911) crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement les 4,6 et 8 avril 2014. D’une grandeur humaine raffinĂ©e, ciselĂ©e comme une Ă©pure tragique, l’Ă©criture de Magnard assimile et Wagner et Massenet avec une sensibilitĂ© instrumentale et une vitalitĂ© rythmique, originales, souvent inouĂŻes. Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce, dĂ©taillĂ©, dramatique, rĂ©unit un plateau idĂ©al : Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou, dans les rĂŽles principaux : BĂ©rĂ©nice et Titus, offrant aux figures antiques, une intensitĂ© poĂ©tique trĂšs convaincante.

Ayant perdu sa mĂšre alors qu’il n’avait que 4 ans, Magnard peint dans le portrait de BĂ©rĂ©nice, une figure de femme admirable, mesurĂ©e, loyale, d’une intĂ©gritĂ© morale exemplaire qui laisse la place peu Ă  peu au renoncement ultime aprĂšs avoir Ă©tĂ© passionnĂ©ment amoureuse. Saisi par Tristan und Isolde de Wagner, dĂ©couvert Ă  Bayreuth en 1886, Magnard se destine Ă  la musique, devenant l’Ă©lĂšve de Dubois, le proche de Ropartz. La pulsation rythmique rappelle Roussel, les raffinements harmoniques, Dubois ; et le caractĂšre langoureux extatique, le Wagner de Tristan et de la Walkyrie. BĂ©rĂ©nice est une Isolde française, un hommage personnel et puissamment original Ă  l’Ɠuvre wagnĂ©rienne.

Nouvelle production événement. CLIP vidéo exclusif CLASSIQUENEWS.COM

Lire notre compte rendu critique de BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours avec Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 4 avril 2014. Albéric Magnard : Bérénice. Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou, Nona Javakhidze, Antoine Garcin. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Alain Garichot, mise en scÚne

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145Pour le centenaire de la disparition d’AlbĂ©ric Magnard, l’OpĂ©ra de Tours a eu le nez fin en programmant pour trois soirĂ©es sa rare BĂ©rĂ©nice (4,6, 8 avril 2014), ces reprĂ©sentations n’étant que les secondes depuis la crĂ©ation de l’Ɠuvre en dĂ©cembre 1911. En 2001, l’OpĂ©ra de Marseille avait osĂ© redĂ©couvrir cette tragĂ©die lyrique aprĂšs la lettre, et puis plus rien.
Disciple de Jules Massenet, ThĂ©odore Dubois et Vincent d’Indy, Ă©chaudĂ© par l’échec de ses ouvrages lyriques prĂ©cĂ©dents, Yolande et GuercƓur, et peinant Ă  trouver un nouveau sujet pour la scĂšne, Magnard se voit suggĂ©rer en 1904 la figure de BĂ©rĂ©nice, qui finit par le hanter tout Ă  fait.
PlutĂŽt que mettre en musique les vers de Racine, geste qu’il considĂ©rait comme un affront au gĂ©nie de l’auteur, le compositeur dĂ©cide d’écrire son propre livret en s’inspirant de diverses sources, allant jusqu’à puiser dans une BĂ©rĂ©nice Ă©gyptienne. C’est ainsi que la reine de JudĂ©e se trouve rajeunie, que Titus ne monte sur le trĂŽne de son pĂšre dĂ©funt qu’au deuxiĂšme acte, et que BĂ©rĂ©nice achĂšve l’Ɠuvre en offrant sa chevelure, symbole de sa fĂ©minitĂ©, Ă  la dĂ©esse VĂ©nus, comme un renoncement Ă  ses charmes fermant ainsi pour toujours son cƓur Ă  l’amour.

Racine Ă  l’opĂ©ra

La partition s’ouvre par une introduction respirant le large et les embruns, rĂ©sumant Ă  elle seule les thĂšmes qui seront dĂ©veloppĂ©s durant le drame, servie par une Ă©criture qui rappelle irrĂ©sistiblement Berlioz et son Île inconnue.

 

 

BERENICE Opéra de Tours avril 2014 © François Berthon  6018

         

 

 

Par la suite, le langage utilisé par le compositeur est celui de la déclamation mélodique, couvrant un large ambitus mais toujours au service du texte, sous lequel se tisse une harmonie qui rappelle aussi bien Wagner que Debussy, et préfigurant par instants déjà Poulenc. Racine est bien entendu présent, par la majesté des personnages, en particulier le rÎle-titre, à la fierté impériale, alors que Titus ploie sous les doutes et les tourments. Un ouvrage qui se noue comme un dialogue, les répliques des autres personnages ne venant que conforter les deux protagonistes dans leurs choix et leurs résolutions.
La richesse de l’orchestration met en valeur le travail effectuĂ© par Jean-Yves Ossonce et son Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours, dĂ©bordant de la fosse jusqu’à occuper les loges supĂ©rieures de l’avant-scĂšne. La cohĂ©sion des musiciens se rĂ©vĂšle remarquable, sans faiblesse du dĂ©but Ă  la fin malgrĂ© la densitĂ© de l’écriture musicale et les difficultĂ©s qui en dĂ©coulent. Tout au plus pourrait-on souhaiter encore davantage de subtilitĂ© et de liquiditĂ© dans les accents des cordes, mais la performance de l’ensemble est Ă  saluer bien bas.
Invisibles, les chƓurs servent avec bonheur leurs parties, chansons calomniant BĂ©rĂ©nice autant que voix des marins manƓuvrant les rames du navire emportant la jeune femme loin de Rome.
Tenant les rĂȘnes de cette soirĂ©e, le chef confirme ses affinitĂ©s avec ce rĂ©pertoire, dont il souligne autant les filiations que les particularitĂ©s et qu’il sert avec un bonheur communicatif.
GrĂące Ă  douze annĂ©es passĂ©es Ă  la ComĂ©die Française, Alain Garichot connaĂźt bien ce sujet cĂ©lĂšbre entre tous, et sert son illustration lyrique avec un immense respect. Il imagine une scĂ©nographie dĂ©pouillĂ©e et intemporelle, offrant Ă  voir tantĂŽt une colonne dorique, tantĂŽt une statue, l’ouvrage culminant sur une proue de bateau couronnĂ© de sa voile, reprĂ©sentation simple et efficace du dĂ©part de BĂ©rĂ©nice sur les flots. Des images dont la majestĂ© conviennent admirablement Ă  l’Ɠuvre et qui permettent Ă  la musique de se dĂ©ployer pleinement.
La direction d’acteurs est Ă  l’avenant, centrĂ©e sur les deux amants dĂ©chirĂ©s par le devoir. BĂ©rĂ©nice demeure toujours altiĂšre, mesurĂ©e dans ses mouvements, retenue jusque dans la colĂšre, les sentiments la dĂ©vorant de l’intĂ©rieur sans qu’elle laisse paraĂźtre son trouble autrement que par ses mots ; contrairement Ă  Titus qui ne cesse de se mouvoir, agitĂ© par son trouble, implorant, Ă  genoux, Ă©tendu aux pieds de sa maĂźtresse, sans parvenir Ă  trouver la paix. Une opposition saisissante, qui fait Ă©cho Ă  la partition, d’une grande justesse.
Entourant le couple central, les seconds rĂŽles remplissent parfaitement leur rĂŽle.
Nona Javakhidze incarne une Lia aussi bien maternelle que sĂ©vĂšre, faisant admirer son beau mezzo rond et ample, mais que davantage de luminositĂ© aurait aidĂ© Ă  servir ce rĂ©pertoire dans toute sa clartĂ©. Mucien au cƓur sec, Antoine Garcin met Ă  profit la profondeur de sa voix de basse pour incarner le devoir, rude et inflexible.
L’ouvrage trouvant sa palpitation au cƓur de la passion qui anime les deux amants, il fallait trouver deux interprĂštes Ă  mĂȘme de rendre justice Ă  cette musique. Aussi dissemblables que complĂ©mentaires, Jean-SĂ©bastien Bou et Catherine Hunold dĂ©livrent une prestation d’une qualitĂ© exceptionnelle.
Lui confirme la place qu’il occupe actuellement dans le paysage lyrique français, grĂące Ă  sa voix de baryton claire et puissante, jamais grossie mais toujours percutante, Ă  l’aise dans l’aigu, ciselant son texte avec la prĂ©cision de ses grands aĂźnĂ©s. Il se donne tout entier dans ce Titus torturĂ© par le devoir, abhorrant le pouvoir avant d’avoir rĂ©gnĂ©, d’une grande vĂ©ritĂ© dramatique dans sa vulnĂ©rabilitĂ©.
Elle dĂ©montre une fois encore qu’elle est bien ce soprano dramatique Ă  la française qu’il nous manquait depuis longtemps. L’instrument se dĂ©ploie peu Ă  peu, paraissant grandir au fur et Ă  mesure que le drame se joue, mais jamais au dĂ©triment des mots, Ă©noncĂ©s Ă  fleur de lĂšvres. Si le bas-mĂ©dium et le grave surprennent par leur peu d’appui – sĂ©curitĂ© pour permettre au registre supĂ©rieur de durer tant en vaillance qu’en longĂ©vité ? – l’aigu Ă©clate, solide et puissant, d’un impact tĂ©tanisant. Parfois un rien tendu dans les sauts d’intervalles, il trouve sa plĂ©nitude dans les longues tenues lorsqu’il est prĂ©parĂ© et dĂ©tendu, ainsi que l’exigent les grandes voix. L’abandon devenant inĂ©luctable, la fureur s’apaise, laissant place Ă  d’ineffables nuances, faisant irradier un « je t’aimerai toujours » suspendu, comme arrĂȘtant le temps, Ă  la sincĂ©ritĂ© bouleversante.
DotĂ©e d’un port de reine et d’un magnĂ©tisme scĂ©nique Ă©vident, elle occupe le plateau par sa seule prĂ©sence, stature d’airain et noblesse jusque dans le sacrifice. Tant de qualitĂ©s qui nous font rĂȘver Ă  une Reine de Saba de Gounod et, dans un tout autre rĂ©pertoire, Ă  une Norma qui augure du meilleur.
Une redĂ©couverte majeure, un pari risquĂ© de la part de l’OpĂ©ra de Tours mais remportĂ© haut la main, qui rĂ©habilite l’originalitĂ© d’AlbĂ©ric Magnard. A quand GuercƓur ?

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 4 avril 2014. AlbĂ©ric Magnard : BĂ©rĂ©nice. Livret du compositeur d’aprĂšs Racine. Avec BĂ©rĂ©nice : Catherine Hunold ; Titus : Jean-SĂ©bastien Bou ; Lia : Nona Javakhidze ; Mucien : Antoine Garcin. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours et ChƓurs SupplĂ©mentaires ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scĂšne : Alain Garichot ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Claude Masson ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre

Illustrations : © François Berthon 2014

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler de Tours

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursTours, les 12 et 13 avril 2014. Mahler : Symphonie n°9. ORSCT, Jean-Yves Ossonce. Symphonie d’un adieu pacifiĂ©. Malade, presque cinquantenaire, affaibli mais pas extĂ©nuĂ©, Gustav Mahler compose sa Symphonie n°9. La conscience de la mort, la souffrance de la perte, les crises intĂ©rieures, multiples, toujours vivaces, inspirent au compositeur, l’une de ses partitions les plus autobiographiques, et l’aboutissement d’un chemin personnel et mystique parcouru depuis sa PremiĂšre Symphonie “Titan”. La partition est Ă©crite au mĂȘme moment que son Chant de la Terre, hymne au mystĂšre de la nature, terrifiante et stimulante, Ă  la fois lamento bouleversant Ă  la suite de la mort de sa fille Maria et aussi, suprĂȘme aspiration Ă  la paix. De sorte que sa DixiĂšme Symphonie serait si l’on intĂšgre son Chant de la terre dans le cycle des oeuvres orchestrales, comme un DixiĂšme opus.
Conçue de l’étĂ© 1908 au dĂ©but de l’annĂ©e 1909, la Symphonie n°9 embrasse toute l’expĂ©rience acquise, vĂ©cue, souhaitĂ©e, dĂ©testĂ©e. Mahler y mĂȘle tous les sentiments en un vaste cycle Ă©pique, dont le souffle, l’énergie, l’élĂ©vation semblent rejoindre le “grand tout”. C’est un dĂ©sir de tĂ©moigner et aussi, un effort de dĂ©tachement. IntensitĂ©, recul. Engagement, dĂ©tente. Renoncement et adieux, dĂ©tente, oubli, apaisement
 action, philosophie et examen critique. Le compositeur y laisse un adieu, inspirĂ© par la quĂȘte d’une sĂ©rĂ©nitĂ© finalement atteinte.

L’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours OSRCT sous l’impulsion de son chef attitrĂ© Jean-Yves Ossonce perpĂ©tue ainsi l’active tradition symphonique Ă  Tours qui compte dĂ©jĂ  plusieurs accomplissements comme les Symphonie de Brahms,  Magnard,   surtout un rĂ©cent cycle TchaĂŻkovski qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© passionnant et dont classiquenews a rendu compte rĂ©guliĂšrement. En lire +

 

Opéra de Tours
Saison symphonique 2013-2014.
Grand Théùtre-Opéra, les 12 et 13 avril 2014
Gustav Mahler : Symphonie n°9 en ré majeur
OSRCT, Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction

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9Ăšme Symphonie de Mahler Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionTours, les 12 et 13 avril 2014. Mahler : Symphonie n°9. ORSCT, Jean-Yves Ossonce. Symphonie d’un adieu pacifiĂ©. Malade, presque cinquantenaire, affaibli mais pas extĂ©nuĂ©, Gustav Mahler compose sa Symphonie n°9. La conscience de la mort, la souffrance de la perte, les crises intĂ©rieures, multiples, toujours vivaces, inspirent au compositeur, l’une de ses partitions les plus autobiographiques, et l’aboutissement d’un chemin personnel et mystique parcouru depuis sa PremiĂšre Symphonie “Titan”. La partition est Ă©crite au mĂȘme moment que son Chant de la Terre, hymne au mystĂšre de la nature, terrifiante et stimulante, Ă  la fois lamento bouleversant Ă  la suite de la mort de sa fille Maria et aussi, suprĂȘme aspiration Ă  la paix. De sorte que sa DixiĂšme Symphonie serait si l’on intĂšgre son Chant de la terre dans le cycle des oeuvres orchestrales, comme un DixiĂšme opus.
Conçue de l’étĂ© 1908 au dĂ©but de l’annĂ©e 1909, la Symphonie n°9 embrasse toute l’expĂ©rience acquise, vĂ©cue, souhaitĂ©e, dĂ©testĂ©e. Mahler y mĂȘle tous les sentiments en un vaste cycle Ă©pique, dont le souffle, l’énergie, l’élĂ©vation semblent rejoindre le “grand tout”. C’est un dĂ©sir de tĂ©moigner et aussi, un effort de dĂ©tachement. IntensitĂ©, recul. Engagement, dĂ©tente. Renoncement et adieux, dĂ©tente, oubli, apaisement… action, philosophie et examen critique. Le compositeur y laisse un adieu, inspirĂ© par la quĂȘte d’une sĂ©rĂ©nitĂ© finalement atteinte.

ComposĂ©e Ă  l’étĂ© 1909 Ă  Toblach, la Symphonie n°9 ne fut crĂ©Ă©e que le 26 juin 1912, par Bruno Walter Ă  Vienne, soit presque un an aprĂšs la disparition du compositeur.
L’oeuvre, d’une architecture complexe et inĂ©dite, compte quatre mouvements: deux mouvements lents (Andantecommodo et Adagio), encadrent deux mouvements vifs, “Laendler” et Rondo Burleske). Chacun est dĂ©veloppĂ© dans une tonalitĂ© spĂ©cifique. Poursuite ou non de son Chant de la Terre, qui la prĂ©cĂšde, (partition composĂ©e Ă  l’étĂ© 1908) la NeuviĂšme Symphonie expĂ©rimente de nouvelles possibilitĂ©s, basculant entre l’ultime sĂ©rĂ©nitĂ© et l’adieu plus difficile Ă  la Terre. Alban Berg, ardent dĂ©fenseur des symphonies mahlĂ©riennes, admire en particulier l’enchantement du premier mouvement, parcouru de signes annonciateurs de l’inĂ©luctable mort

C’est peut-ĂȘtre avec la SeptiĂšme, -notre prĂ©fĂ©rĂ©e-, que Mahler, dans la NeuviĂšme, et tout aussi clairement, exprime sa luciditĂ© pleine et entiĂšre, Ă  la fois ressentiment et exaspĂ©ration, mais aussi espĂ©rance et tendresse. Le musicien illustre les vertiges d’une conscience Ă©panouie qui ose voir l’horrible et hideuse mort; l’homme s’y remĂ©more les Ă©pisodes d’une vie faite de remords cyniques et d’élans irrĂ©sistibles, tous Ă©tirĂ©s dans leur immensitĂ© suspendues. Le cadre classique implose, entiĂšrement soumis aux distorsions convulsives ou aĂ©riennes de la psychĂ©.
Orchestrateur sensitif et visionnaire, Mahler explore toutes les palettes de timbres et de couleurs de l’orchestre, oĂč chaque instrument devient voix de l’ñme.

Mahler_gustav_profilL’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours OSRCT sous l’impulsion de son chef attitrĂ© Jean-Yves Ossonce perpĂ©tue ainsi l’active tradition symphonique Ă  Tours qui compte dĂ©jĂ  plusieurs accomplissements comme les Symphonie de Brahms,  Magnard,   surtout un rĂ©cent cycle TchaĂŻkovski qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© passionnant et dont classiquenews a rendu compte rĂ©guliĂšrement.
Prolongeant les vertiges introspectif d’un TchaĂŻkovski trouble et lyrique, tendre et angoissĂ© (magistrale Symphonie n°6 entre autres),  les musiciens tourangeaux accostent en terres malhĂ©riennes. .. des paysages finement orchestrĂ©s dont la flamboyance associe terreur panique, nostalgie d’une innocence perdue, surtout aspiration au dĂ©passement de soi, entre quĂȘte spirituelle et renoncement ultime. Mahler au dĂ©but du XXĂšme -le compositeur meurt en 1911-, demeure le plus grand symphoniste contemporain de Richard Strauss,  autre immense narrateur,  saisissant par le souffle dramatique et lui aussi, par le raffinement inouĂŻ de son orchestration. Pour Tours, cette 9Ăšme Symphonie mahlĂ©rienne est une premiĂšre, donnĂ©e en quasi premiĂšre tourangelle. Concert symphonique Ă©vĂ©nement.

Opéra de Tours
Saison symphonique 2013-2014.
Grand Théùtre-Opéra, les 12 et 13 avril 2014
Gustav Mahler : Symphonie n°9 en ré majeur
OSRCT, Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction

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Tours : L’OSRCT joue Dvorak et Brahms

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsTours, OpĂ©ra : Les 22 et 23 mars 2014. OSRCT. Jean-Yves Ossonce. Brahms : Symphonie n°1. Deux grands pages romantiques pour ce programme symphonique dĂ©fendu par l’Orchestre tourangeau (Orchestre symphonique RĂ©gion centre Tours) sous al direction de son chef principal Jean-Yves Ossonce : le Concerto de Dvorak permet le retour du violoncelliste Yan Levionnois, aprĂšs son sensationnel succĂšs avec l’OSRC-T dans Chostakovitch en novembre 2011.L’oeuvre de Dvorak est le grand concerto romantique pour violoncelle par excellence, reflet de l’Ăąme musicale de l’Europe Centrale, exigeant puissance, intĂ©rioritĂ©, tendresse et profondeur. L’infinie nostalgie, la couleur des bois et des cordes, les envolĂ©es et les contrastes, la puretĂ© des intentions musicales … en font un chef d’oeuvre. La 1Ăšre Symphonie de Brahms marque la conclusion du cycle de la saison derniĂšre : l’occasion de mesurer Ă  quel point cette musique parle Ă  chacun, Ă  toutes les Ă©poques. Grands frissons symphoniques et romantiques garantis !

 

AntonĂ­n DvorĂĄk
Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, op.104

Johannes Brahms
Symphonie n°1 en ut mineur, op.68

Yan Levionnois, violoncelle
Jean-Yves Ossonce, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 22 mars 2014 – 20h
Dimanche 23 mars 2014 – 17h
Tours, Opéra Théùtre

Conférence sur le thÚme du programme :
samedi 22 mars Ă  19h00
Dimanche 23 mars Ă  16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

La premiĂšre Symphonie de Brahms recueille les fruits d’une longue maturation de prĂšs de 20 annĂ©es ! Gestation lente et progressive qui fructifie Ă©videmment les bĂ©nĂ©fices de sa relation intime avec le couple Schumann. Le jeune Johannes rencontre Robert Schumann Ă  DĂŒsseldorf aprĂšs 1854. L’opus 68 est crĂ©Ă© Ă  Karlsruhe Ă  la fin de l’annĂ©e 1876. L’agitation et la nervositĂ© d’essence tragique du premier mouvement affirme un tempĂ©rament puissant et trĂšs grave, voire angoissĂ© : sentiment dont toutes les oeuvres de Brahms, habitĂ© par la mort, tĂ©moignent irrĂ©sistiblement. L’Andante sostenuto semble un temps se libĂ©rer du fatum, comme le presque scherzo rĂ©solument pastoral et assagi, d’une candeur sereine. L’Ă©criture de Brahms se souvient alors de la 9Ăšme de Beethoven dont le souvenir et la complexitĂ© contrapuntique animent tout le dernier mouvement qui se rapproche aussi de la carrure brucknĂ©rienne. La puissance et la densitĂ© de la facture, l’Ă©nergie conflictuelle qui se dĂ©tache de la riche texture orchestrale ne doivent pas voiler la trĂšs fine texture et les couleurs originales de l’orchestration. Ce point est souvent gommĂ© par les chefs qui prĂ©fĂšrent en gĂ©nĂ©ral soigner le souffle parfois Ă©pais, plutĂŽt que l’expressivitĂ© instrumentale dans la filiation de Mendelssohn et de Schumann. Or Brahms sait Ă  la fois architecturer son propos et ciseler l’arĂȘte vive de chaque pupitre. C’est un vrai dĂ©fi pour les orchestres.
Programmer Dvorak aux cĂŽtĂ©s de Brahms est tout Ă  fait lĂ©gitime car aprĂšs la mort de Schumann, Brahms se passionne pour les Ɠuvres de Dvorak rencontrĂ© en 1878.

RĂ©servations, informations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Concert Williams, Herrmann, Barber Ă  l’OpĂ©ra de Tours

John+Williams+PNG+VersionTours, OpĂ©ra. Concert Williams, Herrmann, Barber, les 25 et 26 janvier 2014. Musique et cinĂ©ma au programme des deux concerts – les premiers de l’annĂ©e 2014 de la saison symphonique 2013-2014 Ă  l’OpĂ©ra de Tours-, des 25 et 26 janvier 2014.
Immersion tout d’abord dans le film de Hitchcock, Psychose grĂące Ă  la musique composĂ©e pour le film par Bernard Herrmann : l’impact du son Ă  l’image frappe immĂ©diatement l’imaginaire du spectateur, la fameuse scĂšne du crime sous la douche gagne grĂące aux cordes troublantes et menaçantes, un vrai climat d’angoisse et de peur. Le film d’Hitchcock n’ a rien perdu de son aura comme l’indique le trĂšs grand succĂšs de la nouvelle sĂ©rie Bates Motel qui rĂ©tablit l’enfance de Norman Bates, le fils schizo de Psychose… en soulignant en particulier, la relation fusionnelle de Norman avec sa mĂšre.

Psychose, Star Wars : musiques du cinéma américain

Suit en fin de partie, le lyrisme Ă©chevelĂ© de l’une des sagas les plus stimulantes au grand Ă©cran : Star Wars rĂ©alisĂ© par George Lucas. C’est Steven Spielberg qui recommande Williams pour la musique de Star Wars…  Ă©pique, sidĂ©rale, mystĂ©rieuse. John Williams a composĂ© la bande son de nombreux longs mĂ©trages, tous des succĂšs phĂ©nomĂ©naux, soulignant l’impact de la combinaison son/images quand elle est rĂ©ussie : Les dents de la mer (1975), Rencontres du troisiĂšme type (1977), Superman (1978), Les aventuriers de l’arche perdue (1981), L’Empire du Soleil (1987) qui marque l’apogĂ©e d’une inspiration couronnĂ©e par plusieurs oscars.
La musique de Star War remonte Ă©galement Ă  1977. Williams composera ensuite la bande son de L’empire contre attaque (1980) puis La menace fantĂŽme (1999). D’une sensibilitĂ© romantique et instrumentale, Williams opĂšre comme Wagner, en crĂ©ant une totalitĂ© organique grĂące au jeu des motifs musicaux (leitmotiv), lesquels caractĂ©risent une situation, un personnage, un climat… thĂšmes de la force, thĂšme principal, d’Obi-Wan Kenobi, de Luke Skywalker, de la princesse LeĂŻa de Yoda, trompettes de la marche impĂ©riale… autant de motifs dont les tableaux visuels sont durablement inscrits dans l’imaginaire collectif de tous les cinĂ©philes.

Entre ces deux Ă©popĂ©es symphoniques riches en suggestions visuelles, – un vrai dĂ©fi pour l’orchestre dirigĂ© par Jean-Yves Ossonce-, le Concerto pour violon de Samuel Barber : ainsi s’accomplit le triptyque amĂ©ricain du premier concert 2014 de l’OSRCT. Le Concerto pour violon de Barber date de 1940, portant parfois avec une fantaisie dĂ©concertante, des inflexions nettement jazzy (mouvement 1).

Ce sont trois oeuvres nouvelles dans le rĂ©pertoire de l’OSRC-T, pour une incursion dans la musique symphonique amĂ©ricaine.

Opéra de Tours
OSRCT
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
saison symphonique 2013-2014

Samedi 25 janvier 2014, 20h
Dimanche 26 janvier 2014, 17h

Fanny Clamagirand, violon
Jean-Yves Ossonce, direction

Bernard Herrmann
Suite pour orchestre “Psycho”

Samuel Barber
Concerto pour violon, op.14

John Williams
Star Wars, Suite symphonique

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Illustration : John Williams, le gĂ©nial compositeur de la musique de Star Wars, mais pas seulement … (DR)

OSRCT, Jean-Yves Ossonce : Poulenc, Wagner, TchaĂŻkovski

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours, les 23 et 24 novembre 2013

 

TchaikovskiL’OSRCT fĂȘte les 200 ans de Wagner avec Siegfried Idyll composĂ© pour l’Ă©pouse du compositeur Cosima ; mais aussi Poulenc dont 2013 marque le premier jubilĂ© de sa disparition (il y a 50 ans)…
Fondateur de l’AcadĂ©mie Francis Poulenc, le baryton François Le Roux, diseur inĂ©galable dans ce rĂ©pertoire sublime la portĂ©e poĂ©tique et linguistique des poĂšmes de Ronsard orchestrĂ©s par Poulenc.
Enfin l’orchestre tourangeau poursuit un cycle remarquable dĂ©diĂ© aux symphonies de TchaĂŻkovski : Jean-Yves Ossonce en comprend les enjeux Ă  la fois autobiographiques mais aussi purement formels. Oeuvre de jeunesse, l’opus 13 (crĂ©Ă© en 1868) mĂȘle en un subtil Ă©quilibre, passion irrĂ©pressible et pudeur suggestive, miroir de l’Ăąme hypersensible de Piotr Illiytch. En 1874, le compositeur apporte des modifications substantielles aux mouvements 1, 2 et 4. Le titre renvoie aux paysages traversĂ©s entre Moscou et Saint-Petersbourg, prĂ©texte Ă  creuser toujours la faille mĂ©lancolique de l’auteur. De ce point de vue, entre rĂ©miniscence et rĂ©itĂ©ration, le second mouvement dĂ©veloppe l’expressivitĂ© atmosphĂ©rique de l’Ă©criture : ” contrĂ©e lugubre, contrĂ©e brumeuse “, TchaĂŻkovsky y favorise ses humeurs nostalgiques et lyriques d’un caractĂšre Ă©minemment nordique.

 
 

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction
saison 2013-2014

Poulenc
Chansons villageoises
5 PoĂšmes de Ronsard

Wagner
Siegfried Idyll

TchaĂŻkovski
Symphonie n°1 en sol mineur opus 13
” RĂȘves d’hiver ”

Jean-Yves Ossonce, direction

Tours, Grand Théùtre
samedi 23 novembre 2013, 20h
dimanche 24 novembre 2013, 17h

 

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OSRCT, Jean-Yves Ossonce : Poulenc, Wagner, TchaĂŻkovski

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours, les 23 et 24 novembre 2013

 

TchaikovskiL’OSRCT fĂȘte les 200 ans de Wagner avec Siegfried Idyll composĂ© pour l’Ă©pouse du compositeur Cosima ; mais aussi Poulenc dont 2013 marque le premier jubilĂ© de sa disparition (il y a 50 ans)…
Fondateur de l’AcadĂ©mie Francis Poulenc, le baryton François Le Roux, diseur inĂ©galable dans ce rĂ©pertoire sublime la portĂ©e poĂ©tique et linguistique des poĂšmes de Ronsard orchestrĂ©s par Poulenc.
Enfin l’orchestre tourangeau poursuit un cycle remarquable dĂ©diĂ© aux symphonies de TchaĂŻkovski : Jean-Yves Ossonce en comprend les enjeux Ă  la fois autobiographiques mais aussi purement formels. Oeuvre de jeunesse, l’opus 13 (crĂ©Ă© en 1868) mĂȘle en un subtil Ă©quilibre, passion irrĂ©pressible et pudeur suggestive, miroir de l’Ăąme hypersensible de Piotr Illiytch. En 1874, le compositeur apporte des modifications substantielles aux mouvements 1, 2 et 4. Le titre renvoie aux paysages traversĂ©s entre Moscou et Saint-Petersbourg, prĂ©texte Ă  creuser toujours la faille mĂ©lancolique de l’auteur. De ce point de vue, entre rĂ©miniscence et rĂ©itĂ©ration, le second mouvement dĂ©veloppe l’expressivitĂ© atmosphĂ©rique de l’Ă©criture : ” contrĂ©e lugubre, contrĂ©e brumeuse “, TchaĂŻkovsky y favorise ses humeurs nostalgiques et lyriques d’un caractĂšre Ă©minemment nordique.

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction
saison 2013-2014

Poulenc
Chansons villageoises
5 PoĂšmes de Ronsard

Wagner
Siegfried Idyll

TchaĂŻkovski
Symphonie n°1 en sol mineur opus 13
” RĂȘves d’hiver ”

Jean-Yves Ossonce, direction

Tours, Grand Théùtre
samedi 23 novembre 2013, 20h
dimanche 24 novembre 2013, 17h

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Opéra de Tours: Roméo et Juliette de Gounod, 25,27,29 janvier 2013

Opéra de Tours: Roméo et Juliette de Gounod, 25,27,29 janvier 2013

Jean-Yves Ossonce dirige Ă  l’OpĂ©ra de Tours une nouvelle production de RomĂ©o et Juliette de Gounod (1867).
OpĂ©ra orchestral autant que vocal, le RomĂ©o de Gounod est d’abord sombre et tragique, revisite l’opĂ©ra romantique Ă  sa source berliozienne (le chƓur d’introduction qui explique le contexte); l’ivresse et l’extase amoureuse se dĂ©veloppent librement surtout dans les 4 duos d’amour entre les deux adolescents, dont la scĂšne de la chambre Ă  coucher oĂč ils se donnent l’un Ă  l’autre, marque le point d’accomplissement… Juliette a trĂšs vite la prĂ©monition de sa mort et mĂȘme RomĂ©o semble ne s’adresser qu’Ă  la faucheuse dans la derniĂšre partie de l’action. Deux Ăąme pures sont vouĂ©es Ă  la mort comme si l’issue fatale ne pouvait, ne devait que s’accomplir pour rĂ©aliser leur union au-delĂ  de la vie, au-delĂ  des haines fratricides qui corrompt le destin de leurs familles respectives, Capulet contre Montaigus…

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Compte-rendu: Tours,Jean-Yves Ossonce, OSRCT, le 12 janvier 2013

Compte rendu, concert Ă  Tours. Superbe programme de musique française oĂč Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours captivent dans la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck…

Tours_ossonce_Tomasi_trompette_franck_symphonie_re_concert_570

Superbe programme de musique française pour dĂ©buter l’an neuf Ă  Tours: inspirĂ© et portĂ© par de prĂ©cĂ©dents accomplissements dĂ©diĂ©s aux Ɠuvres hexagonales, Jean-Yves Ossonce poursuit son exploration inspirĂ©e du symphonisme français. On lui connaĂźt d’irrĂ©sistibles apports chez Magnard, mais aussi SĂ©verac ou Ropartz… ces derniers opportunĂ©ment enregistrĂ©s en studio (et tous unanimement cĂ©lĂ©brĂ©s pour leur indĂ©niable force convaincante). Ce soir, pour le plus grand plaisir des auditeurs, le chef et son orchestre jouent Roussel, Tomasi, surtout Franck dont avouons-le, la Symphonie en rĂ©, massif mythique du symphonisme français Ă  la fin du XIXĂš (1889) incarne pour nous cet Ă©lĂ©gance Ă©pique, ce souffle magistral et poĂ©tique, vraie alternative au wagnĂ©risme dominant.

Franckisme exaltant

La Suite en fa de Roussel (crĂ©Ă©e Ă  Boston en 1927 sous la direction de son commanditaire le chef Serge Koussevitzky) enchante par son allant rythmique, sa vitalitĂ© printaniĂšre dont les multiples raffinements de l’orchestration (admirables couleurs des vents trĂšs exposĂ©s et subtilement combinĂ©s) Ă©galent et Debussy et Ravel. L’Ă©clat et l’engagement dont font preuve les interprĂštes offrent une excellente entrĂ©e en matiĂšre dans un concert tripartite qui brille autant par sa diversitĂ© que sa profonde cohĂ©rence : les trois Ɠuvres du programmes se rĂ©pondent par leur fini instrumental comme le soin frappant apportĂ© Ă  leur construction dramatique.

Le Concerto pour trompette (1948) du Marseillais d’origine corse, Henri Tomasi (dĂ©cĂ©dĂ© en 1971),
chef-d’Ɠuvre absolu de finesse allusive laisse s’accomplir une nouvelle entente : celle du trompettiste Romain Leleu et des musiciens tourangeaux. Les qualitĂ©s de la partition sont surtout atmosphĂ©riques, avec point culminant de l’Ɠuvre, le nocturne central (Andantino), Ă  la fois grave, solennel, d’une subtilitĂ© bellinienne Ă©blouissante, serti de joyaux suggestifs et d’une pudeur secrĂšte, et ce travail spĂ©cifique sur le timbre (sourdine ” Bol” Ă  la douceur enfantine primitive)); le soliste sait ainsi ciseler les registres poĂ©tiques alternĂ©s quand il passe d’un timbre l’autre grĂące Ă  son instrument polymorphe dont il change avec maestriĂ  l’identitĂ© sonore, comme aussi avec la sourdine (dite “Robinson” au timbre feutrĂ©, finement cotonneux) dans le premier mouvement. L’accord soliste et chef est admirable, porteur d’un accomplissement sonore d’une rare vĂ©ritĂ©. Chef et instrumentiste savent exprimer chez Tomasi, les visions du poĂšte wanderer, ses contours vaporeux, sa langue Ă©vanescente, fluide, somptueusement pudique. La musicalitĂ© du trompettiste, la direction suggestive du maestro Ă©blouissent.

AprĂšs la pause, voici la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck. A son Ă©poque, le monument fut incompris voire Ă©cartĂ© par le milieu parisien alors tendu par les aspirations germanophobes : trop dogmatique, trop allemande, trop wagnĂ©rienne… la Symphonie de Franck suscita nombre de critiques des compositeurs qui souhaitaient en vĂ©ritĂ© rĂ©gler leur compte avec celui qui Ă©tait jugĂ© comme un traĂźtre par les tenants d’un nationalisme Ă©triquĂ©. De fait, en dehors des instrumentalisations inĂ©vitables liĂ©es au contexte, l’ouvrage est un chef d’Ɠuvre, un jalon essentiel dans l’histoire de la symphonique romantique Ă  la française.

Or si Franck emprunte certes aux ” Ă©trangers “: Beethoven pour le souci de la construction formelle; Liszt pour l’architecte d’abord sombre puis tournĂ©e de plus en plus vers la lumiĂšre ; Wagner certes pour ces audaces harmoniques et ce chromatisme souvent vĂ©nĂ©neux… l’Ă©loquence resserrĂ©e, cet idĂ©al d’Ă©quilibre, de mesure, de correspondance, cet art de la litote, du condensĂ© et du synthĂ©tique, demeurent rĂ©solument français comme le principe du motif cyclique dont les rĂ©itĂ©rations multiples et changeantes assurent l’extrĂȘme unitĂ© organique d’une partition parmi les mieux Ă©crites qui soient.

Dans ce parcours de dĂ©fis permanents, Jean-Yves Ossonce fait un florilĂšge de superbes rĂ©solutions: le chef impose d’emblĂ©e une homogĂ©nĂ©itĂ© coulante et simple d’une admirable Ă©vidence, ce dĂšs le dĂ©but. La lisibilitĂ©, la clartĂ© et l’Ă©quilibre soulignent une aisance manifeste qui soigne toujours l’Ă©loquence du geste… et prĂ©serve l’enchaĂźnement des sections, leurs rĂ©ponses successives, l’allant du flux dramatique, le gĂ©nie de la totalitĂ© organique.

Le cƓur de la symphonie demeure ici l’harmonie rayonnante des bois et des vents qui abordent chacune des reprises des motifs avec un goĂ»t sĂ»r : flĂ»te, hautbois (et cor anglais pour le second mouvement), clarinette auxquels il convient de souligner l’accent particulier du cor et de la harpe… L’ombre n’Ă©tant jamais absente dans une symphonie en clair obscur, le formidable paysage du second mouvement (et ses pizzicati des cordes accompagnant la harpe mystĂ©rieuse) s’Ă©lĂšve tel une incantation au mystĂšre, une porte vers les Ă©toiles, une antichambre dont le flux constellĂ© de scintillements des plus raffinĂ©s prĂ©pare au dĂ©voilement du 3Ăšme mouvement: Franck n’y fait pas que rĂ©exposer les thĂšmes antĂ©rieurs du I et du II dĂ©jĂ  entendus: il les rĂ©assemble, les superpose en une nouvelle construction qui rĂ©sout toutes les tensions prĂ©alables. Ce jeu formel fait aussi entendre la rĂ©sonance des cimes ou les brumes flottantes d’une conscience dĂ©sormais en lĂ©vitation: graves profonds des contrebasses au diapason d’une harpe de mieux en mieux chantante, chef et musiciens font surgir le bruissement des Ă©lĂ©ments premiers, la vibration primordiale (Ă©cho des premiers accords du Ring?) d’une sorte de transe Ă©veillĂ©e, point culminant de la symphonie et qui exprime de la part de son auteur, une indĂ©niable pensĂ©e mystique. Sans dĂ©monstration vaine, au diapason d’une justesse intĂ©rieure qui s’accomplit peu Ă  peu, Jean-Yves Ossonce et son orchestre donnent lĂ  encore une leçon de symphonisme transparent, fin, intelligent. Superbe programme.

Tours. Grand Théùtre, le 12 janvier 2013. Roussel, Tomasi, Franck (Symphonie en ré). Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Illustration: Romain Leleu, Jean-Yves Ossonce © G.Proust 2013

Gounod: Roméo et Juliette. Tours, Opéra. Les 25,27,29 janvier 2013

Tours. Roméo et Juliette de Gounod, dÚs le 25 janvier 2013

SpĂ©cialiste affĂ»tĂ© du rĂ©pertoire français romantique, le chef et directeur artistique du ThĂ©Ăątre tourangeau, Jean-Yves Ossonce dirige l’Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours dans une nouvelle production trĂšs attendue de RomĂ©o et Juliette de Gounod… 3 dates incontournables les 25, 27 et 29 janvier 2013

Charles-Gounod_portraitNon le chef d’Ɠuvre, avec Faust, de Gounod,  RomĂ©o et Juliette, applaudi dĂšs sa crĂ©ation en 1867, ne se rĂ©duit pas Ă  quelques beaux duos suaves et inspirĂ©s: le traitement que rĂ©serve Gounod au mythe de RomĂ©o et de Juliette affiche un tempĂ©rament original (harmoniquement), une construction dramatique progressive qui suit essentiellement le souffle tragique de l’action, avec, issue implacable, la mort des deux jeunes amants.Si aujourd’hui, la version discographique dirigĂ©e par Michel Plasson et qui rĂ©alise une heureuse synthĂšse entre la version de l’OpĂ©ra Comique (1873) et de l’OpĂ©ra (1888) demeure la rĂ©fĂ©rence absolue, la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours entend restituer dans sa cohĂ©rence et son unitĂ© originelle, la partition romantique et tragique. Arguments de taille, dans les deux rĂŽles-titres: Floriant Laconi et Anne-Catherine Gillet…

Charles Gounod

Roméo et Juliette

Opéra de Tours
vendredi 25 janvier 2012, 20h
dimanche 27 janvier 2012, 15h
mardi 29 janvier 2012, 20h

Nouvelle production
Paul-Emile Fourny, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction

Le drame de Gounod insiste sur l’antagonisme viscĂ©ral entre Capulets et Montaigus. Les haines ancestrales broient comme un machine l’espoir de deux cƓurs amoureux…  L’action s’ouvre sur le bal chez les Capulets: Juliette y est promise au comte PĂąris. L’accent sombre et tragique Ă  l’Ă©noncĂ© des vrais sentiments de RomĂ©o, (Montaigu rival des Capulets), pour la belle Juliette, est adouci par l’humeur lĂ©gĂšre de Mercutio (double de RomĂ©o), qui Ă©voque avec une facĂ©tie gĂ©niale la reine Mab… la force de l’opĂ©ra revient au choix de Gounod: au moment de l’action, les deux jeunes gens que tout sĂ©pare et oppose mĂȘme, tombent Ă©perdument amoureux l’un de l’autre (scĂšne du jardin des Capulets, II). Pourtant mariĂ©s,  porteurs d’une chance de rĂ©conciliation entre le deux clans, RomĂ©o et Juliette ne peuvent empĂȘcher une sĂ©rie de meurtres: Mercutio est blessĂ© mortellement par Tybalt le Capulet, lequel est tuĂ© par RomĂ©o (III). GrĂące Ă  FrĂšre Laurent, Juliette qui a bu un puissant narcotique, feint la mort au moment de son mariage avec PĂąris: consternation et choc: elle est conduite au tombeau (IV). Le dernier acte met en scĂšne la tragĂ©die inĂ©luctable du mythe lĂ©guĂ© par Shakespeare: RomĂ©o n’a pas Ă©tĂ© mis dans la confidence et quand le jeune amant dĂ©truit pĂ©nĂštre dans le tombeau de Juliette inanimĂ©e, croyant Ă  la mort de son aimĂ©e, se donne la mort. Juliette s’Ă©veille et se poignarde pour rejoindre son aimĂ© en un duo funĂšbre particuliĂšrement poignant.

En rĂ©unissant deux chanteurs d’exception, Florian Laconi et Anne Catherine Gillet dans les rĂŽles phares de RomĂ©o et Juliette (sans pour autant minimiser la valeur des rĂŽles complĂ©mentaires de Tybalt et de Mercutio), Jean-Yves Ossonce met toutes les chances de son cĂŽtĂ© et promet de cĂ©lĂ©brer le gĂ©nie lyrique de Gounod avec la sensibilitĂ© et le tempĂ©rament dramatique que nous lui connaissons. Nouvelle production Ă©vĂ©nement.

ConfĂ©rence de prĂ©sentation Ă  l’Ɠuvre, samedi 12 janvier 2012, 20h
RomĂ©o et Juliette de Gounod Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré, Roméo et Juliette de Gounod est créé à Paris, le 27 avril 1867.

Florian Laconi, Roméo
Anne Catherine Gillet, Juliette
Doris Lamprecht, Gertrude
Ronan Nédélec, Mercutio
Christophe Berry, Tybalt
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours

toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de l’OpĂ©ra de Tours.