Monsieur de Pourceaugnac par William Christie à Thiré

christie420Thiré (Vendée). Molière : William Christie joue Mr de Pourceaugnac: les 26 et 27 août 2016. Avant l’invention de la tragédie en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comédies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisé de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (créé à Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composé par les deux Baptistes, Molière et Lully fait une farce mordante qui épingle la vanité d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la création, c’est Molière lui-même qui tient le rôle du provincial moqué.

 

 

 

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pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_Molière,_couvertureComme Boileau, Molière cultive la verve satirique. On a vu après la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des médecins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est à dire que Molière épingle les deux « métiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)… Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confronté à la vie parisienne. Comment un provincial très ridicule ambitionne de copier et caricaturer les moeurs urbaine … Molière avait épingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y épouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune et malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et Nérine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce à Julie et regagne sa province encrottée. Chose faite après que Lucette en Languedocienne et Nérine en Picarde, n’accablent le père marieur en dénonçant Pourceaugnac de les avoir mariées, engrossées, abandonnées… Bien que diffamé, Pourceaugnac est accusé de polygamie : il doit fuir déguisé en femme pour échapper à la justice.

 

 

 

Un Provincial bien ridicule

 

William Christie dirige Monsieur de Pourceaugnac de MolièreComme à son habitude, Molière peint les mœurs de son époque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisés parfois en farce grossière (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant à deux médecins chez Eraste, les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prêts à le piquer…).

 

 

Mais Molière est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractères et de situations, indignes et pénibles. Le théâtre agit comme un miroir qui renvoie à l’assemblée des acteurs et du public, leur véritable visage : barbarie, inhumanité, haine, jalousie… Avant que Lully dans le sillon du succès de Psyché, n’invente seul et définitivement, l’opéra français (tragédie en musique, mais sans le concours du génial Molière), la comédie-ballet rappelle quel fut le divertissement prisé par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. Créé en 1669 à Chambord, Monsieur de Pourceaugnac épingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naîf, un rien empôté, sujet des intrigues d’un amoureux prêt à tout pour défendre celle qu’il aime…

La nouvelle production réalisée dans un contexte propre aux années 1950, orchestrée par le tandem William Christie et Clément Hervieu accorde une place égale entre théâtre et musique. Jamais chant et dialogue parlé n’ont mieux été subtilement agencés, combinés, associés. L’imbrication est parfaite : les comédiens se prêtent à la danse, et les chanteurs jouent. Et en fin connaisseur du premier Baroque Français, aussi inspiré que chez Haendel (comme son éloquent Belshazzar en témoignent), William Christie devrait éblouir par cette alliance rare de l’élégance et de la comédie, équation souvent réalisée à la tête de son ensemble, Les Arts Florissants. Production événement.

 

 

 

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par Les Arts Florissants. William Christie, direction
Donné lors d’une grande tournée au premier semestre 2016, janvier à juillet : à Caen (dés décembre 2015), puis Aix, Madrid, Paris, (Bouffes du nord en juillet 2016), la savoureuse comédie de Molière reprend du service au festival de William Christie, en Vendée, dans le parc féerique de son somptueuse demeure à Thiré :

Les 26 et 27 août 2016, 20h30
Spectacle donné sur le Miroir d’eau, dans les Jardins de William Christie

L’écrin de verdure (magicien), la présence des jeunes chanteurs français parmi le plus convaincants et certains déjà familiers des Jardins de Tiré (Cyril Costanzo, baryton-basse, lauréat du Jardin des Voix) font la réussite de la comédie-ballet de Molière et Lully, repris cet été pour Thiré.

Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Direction musicale et conception musicale du spectacle : William Christie
Décors : Aurélie Maestre
Costumes : Caroline de Vivaise
Lumières : Bertrand Couderc
Son : Jean-Luc Ristord
Chorégraphie : Bruno Bouché
Avec Erwin Aros, haute-contre ; Clémence Boué, Nérine ; Cyril Costanzo, apothicaire, avocat, archer, basse ; Claire Debono, soprano ; Stéphane Facco, médecin, Lucette, suisse ; Matthieu Lécroart, médecin, avocat, exempt, baryton-basse ; Juliette Léger, Julie ; Gilles Privat, Monsieur de Pourceaugnac ;  Guillaume Ravoire, Éraste ; Daniel San Pedro, Sbrigani ; Alain Trétout, Oronte

 

 

thire jardins william christie 2014 perspective festival baroque en vendee

 

 

 

boutonreservationINFOS et RESERVATIONS
sur le site du festival Dans les Jardins de William Christie
Du 20 au 27 août 2016

 

 

 

 

Récents cd des Arts Florissants / William Christie distingués par CLASSIQUENEWS :

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français. LIRE notre compte rendu critique complet

 

Handel_Belshazzar_William ChristieCD, compter rendu critique. HANDEL / HAENDEL : Belshazzar (2012). Le chef et fondateur des Arts Florissants exprime le souffle mystique des préceptes de Daniel, la souffrance si humaine – et donc bouleversante-, de Nitocris, la mère de Belshazzar, comme la juvénilité animale et aveugle de Belshazzar ; portés par une telle vision, les protagonistes réalisent une très fine caractérisation de chaque profil individuel. C’est aussi un très intelligente restitution des situations du drame (solistes sortant du choeur agissant avec les autres choristes ainsi qu’avec les protagonistes ; duos rares si enivrants (dont le sommet bouleversant entre Nitocris et son fils à la fin du I) ; raccourcis fulgurants telle la mort de Belshazzar sur le champs de guerre contre Cyrus le perse … ” expédiée ” en quelques mesures). Tout cela ajoute du corps et un souffle souverain, de nature épique au drame spirituel. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

William Christie dévoile la veine funéraire de HaendelCD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013). Pour son second disque Handel édité sous son propre label discographique, William Christie grand spécialiste de Handel, dévoile un cycle d’une sincérité inédite à laquelle le chef fondateur des Arts Florissants apporte son expérience des oratorios et des opéras. Ici le geste n’a jamais semblé plus économe, fin, mesuré ; il articule le sens et les images du sublime texte des Funérailles de la Souveraine décédée en 1737 (Funeral Anthem for Queen Caroline HWV 264) en un travail subtil et profond sur la prosodie et la déclamation, littéralement prodigieux : il témoigne aussi avec une sincérité inédite, de l’amitié exceptionnelle qui unissait le musicien à sa protectrice la Reine Caroline. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

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