CRITIQUE, CD événement. Molière / Lully : musiques pour la comédie-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le Poème Harmonique (1 cd Château de Versailles Spectacles – avril 2021)

Le-Bourgeois-gentilhomme poeme harmonique lully 400 ans de moliere critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD événement. Molière / Lully : musiques pour la comédie-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le Poème Harmonique (1 cd Château de Versailles Spectacles – avril 2021) – Intercalées dans la pièce de Molière, les musiques de scènes (ballets, divertissements, airs…) de Lully soulignent le génie facétieux du surintendant de la musique depuis 1661 ; sa verve n’a de limite que le génie de Molière ; chacun semble même rivaliser d’astuces expressives, de finesse parodique sur le thème d’un Bourgeois désireux d’être anobli… à l’heure où la Cour ne parle que des Turcs en audience près du Roi-Soleil. Les 2 Baptistes ont précédemment présenté (également à Chambord, devant la Roi) Monsieur de Pourceaugnac (1669). Pour cette restitution des parties intégrales que Lully a alors façonnées, le Poème Harmonique met en lumière l’articulation langoureuse des jeunes tempéraments du chant baroque actuel ; le Bourgeois Gentilhomme s’il moque l’exotisme des moeurs du Grand Turc à travers une charge contre son ambassade alors à Versailles pour une réception attendue, reportée auprès de Louis XIV, exprime d’abord au I, l’empire de l’amour sur des cœurs enivrés ; se distingue avant tout, l’essor poétique des premières scènes du drame de 1670, la flamme désirante de l’élève du Maître de musique, de la musicienne, du 2è musicien, trio vocal en extase que la musique sublime par ses élans nostalgiques et caressants. Déjà, Lully et Molière élaborent le futur opéra français à venir, 3 ans plus tard.

 

 

 

Délire poétique, verve satirique…
Molière & Lully : un génie théâtral à 4 mains

 

Mr Jourdain veut être gentilhomme certes : il devra d’abord passer par plusieurs rites / « apprentissages », dont celui de la musique amoureuse. Ce que nous fait entendre Le Poème Harmonique non sans un sens de l’ivresse la plus enchantée dans les accents et les inflexions du chant accompagné. Même les intermèdes (airs des « garçons tailleurs » puis « entrée des cuisiniers » qui suit), s’ils n’ont pas l’ampleur de l’orchestre de Lully qui fut plus nombreux et étoffé, dansent avec une belle vivacité ; caractérisent suffisamment les chansons à boire (véritable apologie du vin!).
 Le point d’orgue reste la cérémonie turque en 9 séquences (finale grandiose et farcesque de l’acte IV) que les musiciens inscrivent avec justesse entre parodie et sincérité, tension dramatique et recréation exotique, truculence et joie ironique, irrévérencieuse voire sacrilège… ; l’entrée accorde les gestes en une vaste supercherie collective où le Mufti, les 12 turcs, les 4 dervis exposent leur foi ; Molière explore toutes les nuances du délire d’une critique libre et déjantée des croyances orientales. Pas sûr aujourd’hui, que tel affront railleur ne passe inaperçu chez certains : la verve insolente de Molière annonce celle de Voltaire et la musique de Lully se montre d’une géniale énergie, prête à enflammer le jeu des mots, la gastronomie des allitérations en fête. De sorte que dans l’élan de la satire enjouée, ce rituel qui intronise le vaniteux Jourdain, pourtant heureux de se voir glorifié ici en vrai mahométan, se termine en belle bastonnade : l’orgueil de Jourdain est châtié. Et sa naïveté épinglée : dindon rhabillé, il donne finalement la main de sa fille au fils du grand turc !
Tout autre est le Ballet des nations où des gens d’origine (et de langues accentuées) diverse(s) : gascons, suisses, espagnols, italiens,… se disputent, s’énervent franchement, réclamant « le livre du ballet » dont il est question (comme si les acteurs fixaient alors la question que se pose le spectateur à ce moment du drame : de quoi est-il question ? Quel est l’enjeu de ce tableau ?) ; en maîtres des foules et des ensembles ciselés, Molière et Lully s’entendent à portraiturer une humanité contrastée, bariolée, là aussi déjantée ; bel effet de leurs talents accordés où musique et chant, danses et textes exacerbent toutes les possibilités et ressources poétiques sur les planches. Il n’est que la musique, divine, noble, élégantissime, versatile comme les séquences théâtrales (sublime chaconne des comédiens bouffes italiens, …), qui puisse unifier tout cela, au son d’un élan qui pointe le but CLIC_macaron_2014ultime (et l’un des derniers mot du livret) : l’Amour. A la cacophonie répond ainsi des stances subtilement langoureuses (lamento et plainte dans la 3è entrées des « Espagnols chantant », idéalement / douloureusement, amoureux…). Fin et engagé, Le Poème Harmonique exprime cette surenchère drôlatique et dramatique, ce grand chaos poétique et satirique, à la fois libre et délirant qui est à la source du Baroque français. Irrésistible. D’autant mieux apprécié et bienvenu pour les 400 ans de la naissance de Molière en janvier 2022.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD événement. Molière / Lully : musiques pour la comédie-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670). Le Poème Harmonique (1 cd Château de Versailles Spectacles – avril 2021). Prise de son parfois confuse, dans les choeurs et les tutti.
CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2022.

 

 

 

 

 

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Autre CD MOLIERE sur CLASSIQUENEWS :

 

 

 

cd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critiqueCD Georges Dandin par l’Ensemble Marguerite Louise / Gaétan Jarry (1 cd Château de Versailles Spectacles – fev 2020 – CLIC de CLASSIQUENEWS)  –  Les musiques des intermèdes et de la Pastorale pour la comédie Georges Dandin de Molière précise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modèle pour l’opéra français. Ici rayonnent déjà la puissance onirique des instruments, habiles à suggérer cet accord rêvé, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergères disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyés)

 

 

 

 

 

 

 

CULTUREBOX. Le Malade imaginaire version comédie-ballet

CULTUREBOX : 31 janv 2022. MOLIERE : Le Malade imaginaire. Pour son premier anniversaire, du 31 janvier au 6 février 2022 redécouvrez Le Malade imaginaire, dans sa forme originale de comédie-ballet, pièce de Molière (400 ans en 2022), musiques et ballets de Marc-Antoine Charpentier.

 

 

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Synopsis
Argan s’écoute un peu trop, son corps et son âme sont en souffrance : il se croit gravement malade — toute sa famille doit vivre sous la gouverne de cette tyrannique imagination. Les uns voient tout le profit à en tirer : Béline, sa seconde épouse, aidée du notaire Bonnefoi, spéculent sur une mort prochaine pour capter l’héritage ; le médecin Purgon et l’apothicaire Fleurant attendent au contraire de leur client une inépuisable source de larges revenus ; le docteur Diafoirus compte bien tirer le meilleur profit d’un mariage entre son médecin de fils (Thomas) et Angélique, fille d’Argan, principale victime de la monomanie paternelle. Toujours les femmes subissent l’arrogance des mâles en puissance. D’autres cherchent à ouvrir les yeux au prétendu malade : Béralde, son frère, et Toinette, sa fidèle servante. Avec la toute prochaine annonce du mariage, tous les ressorts ainsi tendus se mettent soudain à jouer — pendant qu’en ville le carnaval se déchaîne…

Le Malade imaginaire est né de l’imagination du génial Molière, alors au terme de sa carrière. Le brio du texte, la vérité brûlante des tirades ne reflètent en rien l’angoisse d’un auteur en semi-disgrâce, miné par la maladie, conscient de sa mort prochaine. Au contraire, la comédie-ballet, écrite à l’occasion des traditionnelles fêtes du début d’année, expose le triomphe progressif du carnaval sur la neurasthénie d’Argan et la tristesse qui ronge toute sa maisonnée. Ecarté par Lully, surintendant de la musique avec lequel Molière avait pourtant élaboré pas à pas l’opéra français, Poquelin expose en réalité une splendide leçon de vie qui s ‘appuie avant Balzac ou Zola, sur une éloquente connaissance de la nature humaine. Dans une lecture contrastée, théâtralement magistrale, Molière arrache les masques tristes — Béline, Bonnefoi, Diafoirus, Fleurant et autres Purgon — pour exalter les masques joyeux — Toinette en médecin, Cléante en maître de musique, Argan lui-même en faux mort — jusqu’au délire final,
l’immense et folle cérémonie finale. Du pain béni pour le compositeur qui relève le défi de cette véritable comédie humaine mi comique mi tragique.

400 ANS de MOLIERE : 1622 – 2022. Le Malade imaginaire
Captation 29 janvier 2022 au Théâtre Graslin à Nantes
2h30mn

Musique : Marc-Antoine Charpentier

Mise en scène : Vincent Tavernier

Chorégraphies : Marie-Geneviève Massé

Avec les comédiens des Malins Plaisirs, les solistes et les musiciens du Concert Spirituel et les danseurs de la Compagnie L’Éventail

 

 

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VOIR sur culturebox dès le 31 janv
EN REPLAY jusqu’au 6 fév 2022
https://www.france.tv/spectacles-et-culture/

 

 

 

VERSAILLES, Psyché de Lully et Molière (1671), à l’Opéra royal

VERSAILLES. Opéra royal. Psyché, dim 30 janv 2022. MOLIERE / LULLY : Psyché – Aux origines de l’opéra français. Avant que l’opéra français n’existe réellement, du moins que son cadre formel ne soit précisément fixé (par Cadmus et Hermione de Lully, première « tragédie en musique » en 1673), la Cour de Louis XIV applaudit des essais préliminaires, au carrefour des genres: de la comédie, de la danse, du chant. Lully et Molière s’entendent dans Psyché pour amuser le roi en inventant étapes par étapes le théâtre royal en gestation…
Ainsi pour répondre à la demande du souverain en 1671, la légende de Psyché réunit Molière, Corneille et Philippe Quinault (futur librettiste de Lully, auteur de Cadmus) pour le livret… A Lully revient la musique et surtout les ballets et la création des récitatifs.

 

 

 

VERSAILLES, Opéra royalboutonreservation
Dim 30 janvier 2022, 15h
Psyché (tragédie-ballet, 1671 – en version de concert)
Molière (acte I) / Pierre Corneille et Quinault / Lully
Les Talens Lyriques

INFOS & RÉSERVATIONS
directement sur le site de l’Opéra royal de Versailles :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/lully-psyche_e2480

 

 

 

Aux Tuileries en 1671…

psyche-amour-et-psyche-lully-moliere-opera-classiquenews-400-ans-de-naissance-de-moliereVoici une action tragique (mais à la fin heureuse, précisément une tragédie-ballet)) dont la beauté des effets scéniques grâce aux machineries des Tuileries, enchante la Cour et Louis XIV (lors de sa création dans la Grande salle des machines du Palais des Tuileries, le 17 janvier 1671), et dont la magie concurrence sérieusement le théâtre parlé de Corneille et de Racine…
Et la partition connut une 2è vie… Porté par le succès de ce premier coup d’essai, Lully reprend la matière de cette première Psyché pour en faire une tragédie lyrique en 1678, selon le modèle nouveau qu’il a créé, en 1673 (avec Cadmus grâce à la complicité du poète Philippe Quinault). Exit les paroles et le texte originel de Molière… Lully fâché contre le dramaturge, a sollicité pour cette Psyché II de 1678, Thomas Corneille et Fontenelle (pas de Quinault car il est en disgrâce depuis le scandale d’Isis de 1677).
C’est un cas unique dans l’œuvre lullyste : Psyché concrétise et fixe une première forme hybride et d’autant plus passionnante (entre théâtre, ballets, chant), et aussi le genre nouveau de la tragédie en musique, voulue par le Surintendant de la musique, l’incontournable et unique Lully.

 

 

 

Psyché « en machines », l’opéra du Roi

pshyche-amour-lully-UNE-582La partition fait avancer l’idée de la fusion entre intermèdes et parties vocales en liaison avec l’action théâtrale, pour une totalité organique plus cohérente, toutes les disciplines élucidant la marche du drame. Le sentiment de mosaïque et d’assemblage s’efface ici. Aucun chant s’il ne fait pas progresser la pièce. En 1671, pressé par Louis XIV, Molière fait appel à Corneille pour les vers récités ; et Quinault pour les vers chantés. L’idée du Roi sur le sujet a été « imposée » par sa volonté de réutiliser les décors des enfers, élément marquant de l’opéra Ercole Amante (début du V) du Vénitien Cavalli, créé en 1662, dans lequel le jeune Louis XIV, récemment intronisé, avait dansé les intermèdes. Le Roi voulait aussi réutiliser la machinerie des Tuileries (où le génie de Vigarini s’était affirmé). La jauge permettait aussi d’inviter en plus de la Cour, une partie du peuple de Paris, comme bon nombre de correspondants et visiteurs étrangers, capables de témoigner de la splendeur louislequatorzienne.
Psyché est une tragédie en machines, ou « tragi-comédie » avec ballet qui permet à Vigarini de renouveler ses effets comme magicien ; le modèle avait été donné par Torelli pour l’Orfeo de Rossi en 1650. Corneille conçoit un drame en 6 parties, changeant de décor pour chacune. Les intermèdes et ballets y sont dansés par des danseurs professionnels.
Les moyens sont spectaculaires : 10 flûtistes (dont les membres Hotteterre) sont sur scène (Intermède I, plainte italienne) ; même 91 instrumentistes « concertants » dans des nuages volant (machinerie réglée par Vigarini), pour le final, pour les Suites d’Apollon, Bacchus, Mome et Mars. L’orchestre est impressionnant : 40 violons, 9 trompettes, 3 flûtes, 6 hautbois, 5 bassons, 1 sacqueboute, 1 timbalier, mais aussi pour le continuo : théorbes, luths, clavecins… Psyché synthétise les fêtes de Cour tout en servant une unité dramatique nouvelle.

 

VERSAILLES : Psyché de Molière et Lully (1671) à l'Opéra royal

L’Amour quitte Psyché endormie (Picot, 1817 – DR)

5 intermèdes de Lully

Drame servant la propagande monarchique, le Prologue met en scène flore qui loue les apports de Louis XIV, prince belliqueux, mais aussi pacifique ; dans les bois et les eaux, sylvains, fleuves, dryades, naïades s’accordent et admirent le Roi-Soleil. Vénus exhorte Amour à faire chuter Psyché, sa rivale ; le drame de Molière peut commencer, jalonnés par les 5 intermèdes composés par Lully ; ce dernier soigne l’équilibre entre chant et danse, avec un souci particulier pour le dernier tableau, majestueux et grandiose, conclusion en apogée comme se terminaient précédemment Georges Dandin, Les Amants magnifiques, le Bourgeois Gentilhomme : (Intermède I, plainte italienne) Psyché dans sa solitude ; (II : air de Vulcain, entrée des fées) les cyclopes construisent le riche palais d’Amour qui doit y déclarer sa flamme à Psyché ; III : L’amour inspire Zéphyrs et amours ; IV : intermède infernal (qui réutilise donc les machineries et décors d’Ercole Amante) : Psyché aux enfers où démons, lutins et furies, suscités par Vénus, la torturent ; enfin l’intermède V qui triompher l’empire d’Apollon, de Mars, Mome et surtout Bacchus appelant à la réjouissance pacifique, au bonheur que permet la guerre en apportant la paix. En filigrane, si Louis XIV guerroie partout en Europe, c’est pour diffuser la paix.
Lully_versailles_portraitPour Lully, le succès est éclatant ; après la création de 1671, Ballard publie plusieurs airs séparés (« très galants »), sur les vers de Quinault ; il a réussi à imposer son génie musical propre, tout en réussissant la fusion de la musique et de l’action. A travers l’élégance de l’ouverture à la française, la fameuse plainte italienne du I (avec trio dans le style ultramontain), les chansons célébrant la beauté de la jeunesse contre l’affreuse vieillesse, Lully offre à Louis XIV, la musique dont le Roi-Soleil avait rêvé.

Iconographie :
Psyché et l’amour : A G Lanzirotti : Hyménée de l’Amour et Psyché
Psyché et l’Amour : Baron Gérard, 1798 (DR)
L’Amour et Psyché par Canovas, 1793 (DR)
Psyché seule marchant : Paul-Alfred de Curzon
L’amour quitte Psyché endormie par Picot, 1817

LIRE aussi notre DOSSIER CYCLE MOLIERE à l’Opéra royal de Versailles (janvier 2022)
http://www.classiquenews.com/cycle-moliere-au-chateau-de-versailles-des-le-4-janvier-2022/

 

 

Vendée : William Christie joue l'éternelle comédie de MolièreVERSAILLES, Opéra royal. CYCLE MOLIERE – 400 ANS : 1622 – 2022. Le 15 janvier 2022 marque les 400 ans de la naissance de M le Magnifique : Jean-Baptiste Poquelin, nommé Molière en hommage au musicien et danseur Louis de Mollier (mort en 1688) qu’il admirait. Le dramaturge redéfinit l’art théâtral et la comédie pour Louis XIV à Versailles, participant de près à l’édification du mythe versaillais et donc de la propagande monarchique, élevé au rang d’art total. Présenté au Roi dès 1658, Molière participe aux divertissements royaux, mêlant enchantements spectaculaires et nature, où le roi danse en 1664 pour le grand divertissement (Le mariage forcé), où il applaudit la création de Tartuffe dans les jardins. Bientôt Molière et Lully collaborent comme en témoignent les comédies-ballets désormais emblématiques du raffinement versaillais : GEORGES DANDIN (1668), LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670), surtout PSYCHÉ, tragédie-ballet de 1671 qui produit aussi leur rupture ; leur duo élabore un genre nouveau expérimental entre théâtre, chant, danse… préfigurant le futur opéra à la française, fixé avec Cadmus en 1673. Mais du seul Lully, quand Molière avec Charpentier crée son Malade imaginaire, ultime pièce créée en 1673. Le Château de Versailles propose à partir du 4 janvier, un cycle Molière incontournable, évoquant les jalons de sa carrière géniale entre théâtre et musique. Sélection par classiquenews.

 

 

La version jouée à Versailles dim 30 janvier 2022, est celle tardive de 1678 – donnée précédemment à Vienne (Autriche, Theater an der Wien, le jeudi 27 janvier 2022, 19h) :
https://www.lestalenslyriques.com/event/psyche/

 

Tragédie lyrique en un prologue et cinq actes, sur un livret de Thomas Corneille et Bernard Le Bovier de Fontenelle.
Créée le 19 avril 1678 à l’Académie royale de musique, à Paris.

Ambroisine Bré : Psyché
Déborah Cachet : Aglaure
Eugénie Lefebvre: Flore, Cidippe
Bénédicte Tauran : Vénus
Cyril Auvity : Amour
Robert Getchell : Mercure, Vertumne, Vulcain
Nicholas Scott : Apollon
Fabien Hyon : Palémon, Silène, Bacchus
Philippe Estèphe : Jupiter
Anas Seguin : Lycas, le Roi, Momus
Matthieu Heim : Mars

Les Talens Lyriques
Chr. Rousset, dir.

 

 

CYCLE MOLIERE au Château de VERSAILLES, dès le 4 janvier 2022

Vendée : William Christie joue l'éternelle comédie de MolièreVERSAILLES, Opéra royal. CYCLE MOLIERE – 400 ANS : 1622 – 2022. Le 15 janvier 2022 marque les 400 ans de la naissance de M le Magnifique : Jean-Baptiste Poquelin, nommé Molière en hommage au musicien et danseur Louis de Mollier (mort en 1688) qu’il admirait. Le dramaturge redéfinit l’art théâtral et la comédie pour Louis XIV à Versailles, participant de près à l’édification du mythe versaillais et donc de la propagande monarchique, élevé au rang d’art total. Présenté au Roi dès 1658, Molière participe aux divertissements royaux, mêlant enchantements spectaculaires et nature, où le roi danse en 1664 pour le grand divertissement (Le mariage forcé), où il applaudit la création de Tartuffe dans les jardins. Bientôt Molière et Lully collaborent comme en témoignent les comédies-ballets désormais emblématiques du raffinement versaillais : GEORGES DANDIN (1668), LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670), surtout PSYCHÉ, tragédie-ballet de 1671 qui produit aussi leur rupture ; leur duo élabore un genre nouveau expérimental entre théâtre, chant, danse… préfigurant le futur opéra à la française, fixé avec Cadmus en 1673. Mais du seul Lully, quand Molière avec Charpentier crée son Malade imaginaire, ultime pièce créée en 1673. Le Château de Versailles propose à partir du 4 janvier, un cycle Molière incontournable, évoquant les jalons de sa carrière géniale entre théâtre et musique. Sélection par classiquenews.

 

 

 

VERSAILLES, Opéra royal

Du 4 au 8 janvier 2022, 20hcd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critique
Molière – Lully : Georges Dandin
Ensemble Marguerite Louise / Gaétan Jarry
Michel Fau, mise en scène
INFOS & RÉSERVATIONS :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/moliere-lully-george-dandin_e2451

LIRE aussi la critique du CD Georges Dandin par l’Ensemble Marguerite Louise / Gaétan Jarry (1 cd Château de Versailles Spectacles – fev 2020 – CLIC de CLASSIQUENEWS)  –  Les musiques des intermèdes et de la Pastorale pour la comédie Georges Dandin de Molière précise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modèle pour l’opéra français. Ici rayonnent déjà la puissance onirique des instruments, habiles à suggérer cet accord rêvé, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergères disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyés)

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Vendredi 14 janvier 2022, 20h
Le ballet des Jean-Baptiste
Lully et Molière
Le Poème Harmonique / Vincent Dumestre
INFOS :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/moliere-lully-le-ballet-des-jean-baptiste_e2512

 

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Dim 30 janvier 2022, 15h
Psyché (en version de concert)
Molière (acte I) / Pierre Corneille et Quinault / Lully
Les Talens Lyriques
INFOS :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/lully-psyche_e2480

 

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Présentation des œuvres

 

 

 

 

GEORGES DANDIN
Comédie en musique en 3 actes créée à Versailles pour le Grand Divertissement royal tenu par Louis XIV en 1668.

C’est le 18 juillet 1668 que Molière et la Troupe du Roi donnent avec succès George Dandin ou le mari confondu, comédie mêlée d’une pastorale chantée pour « le Grand Divertissement Royal de Versailles » offert par Louis XIV à sa cour, pour célébrer la paix d’Aix-la-Chapelle conclue avec l’Espagne.
Un paysan riche et odieux « achète » une jeune fille noble…, entre plusieurs intermèdes élégants où des bergers échangent des galanteries (musique de Lully). Satirique et tendre, mordant et fraternel, Molière raconte l’histoire cynique d’un mariage devenu marché dans lequel l’amour n’a pas de part : Dandin en épousant Angélique de Sotenville a échangé sa fortune contre un titre ; pourtant le marié s’acharne à revendiquer l’amour et la fidélité de sa femme.
Si la pièce reste immorale puisque le mal triomphe, elle dit avant tout que l’on peut tout acheter sauf l’amour… c’est là qu’elle reste intemporelle. Pour cette fable douloureuse, burlesque et obsessionnelle, Michel Fau cultive une esthétique baroque et cauchemardesque…

 

 

 

 

LE BALLET DES DEUX BAPTISTES
Joyeux anniversaire, Molière ! Le Poème Harmonique et Vincent Dumestre célèbrent Molière, prince des dramaturges français à travers les musiques du Bourgeois gentilhomme, de Monsieur de Pourceaugnac, de La Pastorale comique.
Retour en 1661. Tout juste marié, le Roi Soleil enterre Mazarin et prend les rênes du royaume. La même année, Molière le Parisien et Lully le Florentin présentent chez Fouquet, à Vaux-le-Vicomte, leur première comédie-ballet « Les Fâcheux ». La décennie amorcée, celle des plaisirs et des fêtes, est rythmée par leur duo créatif. Pièces mêlées de chant et de danse, où se dessine un univers cosmopolite, fantasque : fripons napolitains autour de Pourceaugnac, faux Turcs à la marche célèbre, qui adoubent en Monsieur Jourdain le nouveau mamamouchi. Scènes carnavalesques, dont la folie appelle chanteurs et baladins au fil de chaconnes et passepieds déchaînés. La musique berce aussi la douceur pastorale de George Dandin, avec ses airs de bergers venus de l’Éden, ou les méandres amoureux de Psyché, qui s’épanchent dans une plainte italienne. Soutenu par la faveur royale, le duo étend les forces de l’orchestre, unit dans les ensembles jusqu’à cinq ou six voix.

Lully_versailles_portraitRUPTURE… L’idylle, hélas, succombera à la jalousie, à l’ambition. Envieux des bénéfices perçus et mal partagés par Molière, de son théâtre au Palais-Royal, Lully profite en 1672 de la tuberculose qui frappe son ancien compère pour obtenir l’exclusivité d’un spectacle nouveau : l’opéra. Là, le Florentin poursuivra l’aventure de l’art lyrique français, commencée avec son ami dramaturge. Quand celui-ci revient sur scène, il ne peut plus choisir le nombre de ses musiciens. La brouille est consommée. Molière mourra sur les planches, pendant un Malade imaginaire mis en musique par Charpentier. Enfonçant le clou dans son cercueil, Lully reprend à sa troupe orpheline la salle du Palais-Royal.

De ces destins désunis, ce programme retient la décennie dorée, qu’exaltent l’orchestre complet du Poème Harmonique et un plateau de 5 chanteurs, familiers de Molière et Lully depuis le triomphe en 2005 du Bourgeois gentilhomme.

 

 

 

 

 

 

PSYCHÉ : la rupture Lully / Molière
Tragédie lyrique en cinq actes avec prologue sur un livret de Thomas Corneille et Bernard le Bovier de Fontenelle créée à l’Académie royale de musique à Paris en 1678.

 

 

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En 1671, Molière s’attèle à la plus fastueuse commande de Louis XIV : la « tragédie-ballet » Psyché, chorégraphie de Beauchamp et décors à machine de Vigarani. Il en établit le plan mais, pris par le temps, n’écrivit que le premier acte, laissant à Pierre Corneille la rédaction des suivants, et à Quinault celle des intermèdes mis en musique par Lully. Les 340 exécutants de la création triomphale restent mythiques, comme les 700 tambours et 80 canons réunis par Louis XIV pour interpréter le Prologue et le dernier intermède dans le Bastion Royal des fortifications de Dunkerque, alors à peine achevé par Vauban.

Molière remonte la pièce au Palais Royal sans l’accord de Lully, provoquant leur rupture définitive. En 1678, c’est Lully qui reprit ses intermèdes, et fit composer par Thomas Corneille les liens nécessaires pour unifier une nouvelle tragédie lyrique (sans utiliser le texte de Molière). Au final, l’œuvre de Lully donne le plus vibrant reflet de l’ultime création commune du duo des Baptistes… mais sans plus un mot de Molière !

Photo : Portrait de Molière dans le rôle de Pompée (La mort de pompée de Pierre Corneille). Lully, Louis XIV, Molière (DR)

Vendée : William Christie joue l'éternelle comédie de Molière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise, 1 cd Château de Versailles, fév 2020)

cd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critiqueCD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise, 1 cd Château de Versailles, fév 2020). Dès 1669, Madeleine de Scudéry témoignait de l’enchantement de Versailles, les charmes et éblouissements de son parc, bosquets à surprise, palais de verdure et autres grottes enchantées. Avait-elle en tête la Grotte de Thétis, construite en dur dans les jardins (là où se trouve actuellement le vestibule de la Chapelle royale) et qui servit d’écrin comme de décor naturel au divertissement de Lully : La grotte de Versailles, ici restitué dans son état originel de 1667 / 1668? La galanterie pastorale règne sans partage : née de la première coopération Lully / Quinault, la partition évoque l’accueil par la Titanide Thétys, d’Apollon (le Soleil) le soir, harassé par sa course diurne. L’eau coulante, le décor de coquillages et de nacre, l’orgue jouant des chants d’oiseaux recréent un univers poétique dédié au repos, au sommeil, à l’abandon vers le rêve et la langueur… Girardon a sculpté le fameux groupe d’Apollon servi par les nymphes (1670). A Lully revenait déjà le privilège d’exprimer musicalement ce rêve absolu qui ajoute au mythe solaire de Louis XIV.

 

Inspirés, Marguerite Louise et Gaétan Jarry ressuscitent la collaboration
Lully et Quinault, Lully et Molière,
faiseurs de fêtes à Versailles…

La musique à Versailles avant l’opéra

 

 

C’est une série d’entrée et de danses (réalisées par le Roi lui-même en 1668), entre la Pastorale et le ballet, propre aux divertissements créés par Lully pour la Cour, avant l’avènement de l’opéra français en 1673. L’amour des bergers et bergères (dont Sylvandre, Coridon) chantent le retour du roi victorieux ; Daphnis et les nymphes, des pâtres grotesques, Iris langoureuse et l’écho de la grotte… ponctuent l’action de leurs péripéties à peine dramatiques. La Grotte reste jusqu’en 1674 (où elle est encore jouée pour le Grand Divertissement de Versailles), l’emblème du Louis XIV, guerrier amoureux et victorieux, qui va bientôt fixer la Cour à Versailles (1682). Les interprètes savent exprimer la douce nostalgie d’une partition à la fois dialoguée (compétition Ménalque / Coridon) et surtout suave et trouble (plainte d’Iris à laquelle répond l’écho de la grotte).

CLIC D'OR macaron 200Les musiques des intermèdes et de la Pastorale pour la comédie Georges Dandin de Molière précise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modèle pour l’opéra français. Ici rayonnent déjà la puissance onirique des instruments, habiles à suggérer cet accord rêvé, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergères disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyés) ; les interprètes (surtout les femmes aux accents d’une langueur plaintive voire funèbre) veillent à ce chant droit, non vibré, aux ornements précis, sans préciosité aucune qui rétablit l’exactitude et l’intelligibilité du verbe français (« Ah qu’il est doux, belle Sylvie… »). A côté du drame de Molière, déjà perce la force opératique de Lully qui échafaude une pastorale en musique indépendante de la pièce. Les Choeurs précis et mordants rétablissent la verve pastorale et presque héroïque de l’action ; en soulignant l’empire final de Bacchus, le chant collectif (jouant de l’écho dans la coulisse) vivifie la tendresse et l’ardeur des sens, un épanchement particulier propre au Roi amoureux et vainqueur qu’est Louis XIV dans les années 1660 et 1670. Révélateur des divertissements à Versailles avant l’opéra (tragédie en musique), l’album est un incontournable.

 

 

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CD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise / Gaetan Jarry, 1 cd Château de Versailles, enregistré en février 2020).

COMPTE RENDU, opéra ballet. MARSEILLE, La Criée, le 24 oct 2019. MOLIERE : Le Malade Imaginaire. La Comédie Française.

COMPTE RENDU, opéra ballet. MARSEILLE, La Criée, le 24 oct 2019. MOLIERE : Le Malade Imaginaire. La Comédie Française. À EN MOURIR… À mourir de rire. Mais rire jaune, gêné quelque peu car cet homme-là est vraiment malade : dans son imagination, d’autres diraient son âme, d’autres encore, son esprit, relevant du prêtre ou de sa version moderne laïcisée, le psychanalyste, auxquels se confesser, se raconter, se libérer par la parole, la verbalisation : mettre des mots sur ses maux. La parole, sans échange, il ne la recevra que de ses médecins, un asphyxiant amphigouri scientifique torrentiel à sens unique, impossible à remonter, qui le suffoque, laisse sans voix, sans réponse, captif de ce discours culpabilisant.

 

 

 

Merveilleux Malade!

 

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Car, dans un air confiné et une lumière maladive, c’est un prisonnier solitaire que nous montre la scène dans un espace aux grands portes murées de briques : enfermé entre quatre murs, emmuré, claquemuré, reclus, recru et perclus, calfeutré, bouclé, en blouse de malade ouverte dans le dos sur des couches, dans l’image infantile cultivée par sa femme. Sans accès à l’air libre ni à la liberté, il est aliéné, on dirait séquestré ou interné dans un environnement malsain aux chaises métalliques écaillées d’hôpital ou d’asile lépreux. Le maternant, fausse mère poule, couvant le faible de cet homme fort, c’est un abus de faiblesse que couvre Béline, sa seconde épouse, qui l’agrée pour l’heure pour l’agresser à la sienne venue.

Pourtant, à défaut d’être né coiffé, même avec la tête près du bonnet contre sa bonne, Argan a toute sa tête : il compte sans s’en laisser compter, vrais comptes d’apothicaires de minutieuse comptabilité bourgeoise. Sa maladie lui coûte cher, mais elle lui est chère et la pire insulte qu’on lui puisse faire est de le dire en bonne santé : à ces mots, il en tombe vraiment malade.

 

 

 

REALISATION

Ruine intérieure et famille recomposée

Dans un reste dégradé de splendeur, colonnes corinthiennes chapiteaux et fronton fastueux effacés, délavés, gagnés, rongés d’en bas comme d’une rogne, ruinés par la ruineuse manie médicinale du maître déchu des lieux, il offre une image brumeuse de l’éblouissant Roi Soleil, dans une lumière crépusculaire, de matin livide à couchant blafard, il trône sur sa chaise, percée, sous un baldaquin, un dais à la fois couronne et gloire où linceul prêt à l’ensevelir. La jour, passant d’une pâle fenêtre à l’autre, de jardin à cour, indique le passage et l’unité de temps dans cette pièce qui se rit, malgré tout des fausses unités prêtées par erreur, à son époque, à Aristote.

Dignes des intérieurs de la peinture hollandaise, sous les lumières naturelles asthéniques, neurasthéniques de Jean-Philippe Roy, lueur souffrante de quelque bougie, la scénographie minéede dépression d’Ezio Toffolutti participe de la maladie ou mal-être du héros, crée le malaise. Ses costumes d’époque, blanc douteux du malade, grison et marron de Toinette, pâle jaune paille d’Angélique, noir des médecins et tenue moderne de l’obscur notaire véreux, n’ont que le rouge flamme de la vie de l’épouse jeune et saine, cherchant au fond sa survie dans la mort de ce père tyran domestique, qu’elle tyrannise en faits, domestique et infantilise pour déshériter son enfant. Image cruelle mais à assez juste de la famille d’alors, dans l’épure ici de la simplicité à quatre, mari, deux filles et femmes de secondes noces : les femmes mourant souvent en couches ou des suites, le mari convolait à plusieurs reprises, avec des femmes plus jeunes bien sûr, capables de procréer, en sorte que, sous le même toit cohabitaient des enfants de divers lits, pas forcément en bons termes entre eux, et moins avec des belles-mères, rivalisant pour un seul héritage pour tous. Alors, on renvoie l’image de la soi-disant famille idéale, fantasmée par certains aujourd’hui, à la vraie réalité historique d’autrefois.

 

 

 

MISE EN SCENE ET INTERPRETATION

La mise en scène de 2001 par Claude Stratz, disparu en 2007, tourne depuis longtemps, réalisée par Marie-Pierre Héritier. Elle a acquis la politesse, d’une œuvre cent fois mise sur le métier, d’une cohérence évidente portée par une troupe solidairement soudée.

Elle oppose deux tempos, deux températures : tiède langueur du malade et comme un pouls emballé soudain par Toinette,qui monte fièvreusement le ton qui mène tambour battant la danse, et accélération encore avec course poursuite de la petite Louison. On ne saura des deux jeunes gamines l’incarnant en alternance (Marthe Darmena et Marie de Thieulloy) laquelle aura joué ce soir la petite rusée courant pour échapper au méchant martinet paternel, mais elle est d’une fraîcheur ravissante et l’on se réjouit qu’elle retourne la situation en sa faveur. Sachant infantiliser doucereusement le mari puéril (« pauvre petit mari », « mon petit ami », « mon fils », « pauvre petit fils »), en robe rouge de la vie, Coraly Zahoneroa le rôle ingrat de Béline, la très belle belle-mère, plutôt marâtre et, face à ce mari détestable, peu ragoûtant pour une jeune femme, s’il est son amant, l’on approuve la connivence qu’elle laisse paraître avec ce notaire complaisant, mais on réprouve la volonté qu’elle a d’éliminer sa belle-fille Angélique. Cette dernière, touchante dans un rapport tendre avec la servante qu’elle n’a pas avec sa belle-mère, bien que le personnage sombre dans la convention de la fille modèle, rebelle de son vivant mais soumise au père mort est campée avec une vivacité désespérée par Elissa Alloula quand elle découvre ce que lui prépare son père, tenant tête à sa belle-mère avec une dignité offensée. Elle a une compréhensible maladresse dangereuse, dramatique, dans l’impromptu lyrique improvisé avec le faux maître de chant, un Cléante élégant et beau, Yoann Gasiorowski, qui touche le clavecin comme il a touché la belle, délicatement. Béralde est l’honnête hommeraisonneur qui mène un combat perdu contre son déraisonnable frère pour le sauver de ses fantasmes et sauver sa nièce, mais après un intermède de Commedia dell’Arte en ombres chinoises et musique, Alain Lenglet, avec ce masque de Carnaval et ses rubans, en fait une force de vie : issu du faste de la fête externe du monde battant son plein, intrus du plein air dans l’intime, néfaste et fétide atmosphère confinée.

La logique des masques de farce permettra à des acteurs singuliers d’assumer un pluriel de personnages. Ainsi Clément Bresson. Comme engendré par une maléfique expérimentation médicale, il est d’abord Thomas Diafoirius, fantomatique Frankenstein mécanique mis en marche, au pas, par papa à qui il demande, tout de même, en saluant Angélique : « Baiserai-je ? », tel un vampire avide de se vivifier et réchauffer son sang dans celui de la belle vierge, qu’il invite galamment à la dissection d’un cadavre, affirmant brutalement ses droits sexuels de futur époux. Par la grâce des masques, l’acteur sera aussi efficacement Monsieur Bonnefoy et Monsieur Fleurant.

Christian Hecq, son punisseur de père, fouettard, presque gore, grognant, grondant, grommelant, grasseyant, en Monsieur Purgon, comme un grand prêtre de la religion de la médecine, contre son malade passé à l’hérésie hésitante de la foi, fulmine, fatale, une sentence qu’il lance, fulmine, éructe comme une excommunication : ce n’est pas l’acharnement, c’est l‘accablement thérapeutique.

Si elle n’a pas le rôle-titre, Toinette mériterait de le partager avec le Malade tant le rôle est important. Aussi active qu’il est passif, elle mène le jeu et quel jeu avec celui de Julie Sicard, tout feu tout flamme, vibrante, vibrionnante, tourbillonnante !On a beau les connaître, ses répliques classiques claquent, crépitent comme neuves, sinon inventées par le génie de l’actrice, réinvesties avec une telle vie qu’elles sont naturellement siennes, et sur un tempo si alerte, si leste, pratiquement musical ou de ping-pong précis qui joint le geste juste, chorégraphié à la justesse de la parole. Ce n’est pas le deus ex machina venu du ciel régler les affaires humaines, c’est déjà, bien terrestre et charnelle, la servante maîtresse, maîtresse femme lucide, entreprenante : c’est l’image, à son niveau, d’un honnête homme populaire au féminin. Une scène de mime douteuse, la consultation des selles du malade comme celles du roi journellement examinées, flairées, sinon goûtées comme ici, elle les fait passer, si l’on peut dire, avec un confondant naturel.

Guillaume Gallienne, Argan,se glisse dans ce rôle ultime de Molière avec la modestie des grands.Père aimant et odieux, époux insupportable à une femme jeune et belle, il est un malade geignard à tuer de rage, enragé de manière, contemporaine, de surmédication. Il est poignant de vrai désespoir quand sa petite Louison, qu’il vient de fouetter, feint la morte, comme il le fera pour confondre sa femme, et son exclamation doucement résignée, souriante, « Il n’y a plus d’enfants ! » (Molière l’emprunte à Baltasar Gracián), traduit son indulgence foncière. Mais, cherchant infantilement protection entre les bras de sa femme, qui l’étoufferait bien sous les coussins qu’elle lui apprête, sur les genoux de son frère, puéril mais naïf, pur, dolent, verbe indolent, faiblard, souffle court, gestes gourds, Gallienne, exprime, dans cette farce, avec une telle force l’image d’une humanité plus que souffreteuse, souffrante, qu’il en est touchant d’innocence bernée. Abusé par les médecins sous masque de science, il est désabusé par la mascarade de Toinette : le faux fait advenir le vrai dans une scène de théâtre dans le théâtre baroque, mais le talent de l’acteur a tant de subtilité que, dans le ridicule, s’il semble assumer le personnage, il en préserve la personne.

Il convient de rappeler que Molière lui-même passait pour un hypocondriaque ; une pièce avec son nom en anagramme, Élomire hypocondre, le satirise en malade imaginaire., ce que ls faits, hélas, démentiront par sa mort après la quatrième représentation de son ultime pièce.

Mais je répète ici ce que je disais pour Monsieur de Pourcignac :la force de frappe de la farce c’est que, les situations topiques, les masques, le déguisement, révèlent, laissent finalement percer à nu l’épure dramatique, cœur de l’œuvre de Molière exact reflet d’un temps : la violence parentale qui force les enfants à des mariages tyranniques par intérêt familial. Avec la conséquence dramatique des enfants révoltés, reprise de la Commedia dell’Arte, la gérontophobie [1] générale, la haine des vieillards détenteurs du pouvoir, le triomphe cruel des jeunes sur le barbon, bafoué, ridiculisé, où l’impitoyable futur opéra-bouffe trouvera sa plus cynique inspiration qui choquait Rousseau.

 

 

Molière mêle ici la comédie de caractère bourgeoise à la farce et à la comédie-ballet

Comédie-ballet 

 

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Pendant longtemps, on a oublié que le théâtre du dit Grand Siècle était presque toujours assorti de musique, soit dans les entractes, les intermèdes appelés des « entrées », soit, comme ici, dans le corps même de la pièce, théâtre dans le théâtre, procédé baroque courant, la parodie d’opéra qui permet à Cléante et Angélique de se dire leur amour en public, recours de l’amant exclu infiltré dans la demeure déguisé en faux professeur de chant, repris dans Le Barbier de Séville, musique et danse également intégrée à l‘action, la couronnant, telle la fin fantasque de la festive intronisation d’Argan en médecin, comme le Bourgeois gentilhommeinvesti en Mamamouchi.

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, eut pour collaborateurs de grands musiciens, le tumultueux Dassoucy qu’il délaissa, au grand chagrin de ce dernier, pour Charpentier après avoir été lui-même lâché par un autre Jean-Baptiste, Lully, après sept ans de collaboration et de créations à succès. De concert, ils avaient créé la comédie-ballet, une action théâtrale assortie de chants et de danses intégrées, dont le premier succès fut les Fâcheux en 1661, suivi de sept autres pièces, dont Le Bourgeois gentilhomme, en 1670, fut l’aboutissement, et la fin. Mais, en mars 1672, l’intrigant et envahissant Lully obtient du roi non seulement l’exorbitante propriété personnelle, musique et texte de toutes les comédies-ballets composées avec Molière, mais le droit d’interdire aux troupes théâtrales de faire chanter une pièce entière sans sa permission et dans des proportions limitées à son goût. Molière protesta hautement, son répertoire étant constitué en grande partie de comédies-ballets, sept autres postérieures étant à son actif. Sensible à son indignation mais sans générosité pour un Molière guère en odeur de sainteté depuis son Dom Juan à cause de la Cabale des dévots, le roi lui concéda l’emploi d’un effectif réduit de six chanteurs et douze instrumentistes au plus pour son théâtre. Le chorégraphe et musicien Pierre Beauchamp continua à en régler les danses et le jeune Charpentier, qui restera interdit d’opéra du vivant de Lully, composa la musique du Malade imaginaire, plusieurs fois remaniée, réduite de plus en plus aussi pour se plier aux Ordonnances restrictives successives imposées par l’intraitable traître florentin tout puissant, n’autorisant, après la mort de Molière, que deux voix et six instruments puis, finalement, un seul soliste vocal. Le manuscrit de la partition complète, perdu et seulement retrouvé en 1980 dans les archives de la Comédie Française (dont Charpentier deviendra le premier compositeur attitré) devrait enfin être édité l’an prochain. Une heure pleine de musique, qui ne fut exécutée qu’une fois avec la pièce en 1990 au Châtelet par William Christie et les Arts Florissants, dans une mise en scène de Jean-Marie Villégier, chorégraphie de Francine Lancelot, la triade du baroque alors renaissant.

Dans le désordre manuscrit de la partition, il y avait un pompeux éloge du roi, passage pratiquement obligé de toute œuvre musicale, une chanson contre les médecins. Hors cette dernière, les passages musicaux chantés et dansés n’ont pas de rapport de sens à l’œuvre : deux Prologues, une longue églogue, suivie de la plainte d’une bergère ; un Premier intermède de Polichinelle avec une longue chanson en italien, un Second intermède orientalisant avec « Mores » et « Égyptiennes », c’est-à-dire gitanes, le Troisième intermède étant le fameux ballet choral en latin de cuisine auquel participe Argan en héros phagocyté mais transfiguré, sublimé dans ce « roman de la médecine ».

Dans une tradition instaurée face aux problèmes d’incertitude et d’ordre du manuscrit, c’est une musique originale qui a été demandée à Marc-Olivier Dupin, enseignant et compositeur rompu aux arrangements et orchestrations de pièces classiques, très demandé pour des musiques de scène.Ce n’est pas l’intégralité des textes des intermèdes qu’il a mis en musique mais un excellent choix aisément intégrable dans la dynamique globale de la pièce sans en freiner le tempo. Ainsi le délicieusement bafouillant petit opéra improvisé entre Cléante et Angélique, en ombres chinoises, la ronde de Commedia dell’ Arte avec un Polichinelle reconnaissable derrière le drap blanc. Bel effet de théâtre, quand les briques obturant les ouvertures s’écroulent comme on ouvre grandes les fenêtres de l’oppressant appartement du malade, libérant l’espace avec l’entrée de l’air libre et l’irruption de tous ces personnages, polichinelles et médecins, fantaisistes fantômes blancs et noirs, entraînant dans leur folle farandole un Argan transfiguré. Sans sombrer dans le pastiche, c’est fait avec humour, avec goût, et dans le goût de la musique de Charpentier, sans la parodier. Un trio d’excellents solistes, un simple clavecin et une efficace chorégraphie, nous donnent, sinon la partie musicale complète, une intelligente et crédible stylisation de cette comédie-ballet.

Comme dans Monsieur de Pourceaugnac, moins de trois ans auparavant, à quelques jours de sa mort, avec une âpreté cruellement comique, Molière dramatise avec un dernier souffle ravageur, les ravages qu’il subit sûrement dans son corps et son esprit, la violence d’une science médicale sans conscience, ivre de son inutile savoir verbal.Malgré son apparente joie, sur ce couronnent, sur cette étourdissante danse finale sombre qui emporte et soulève Argan médecin, plane aussi l’ombre de Molière. Et celle du metteur en scène disparu.

 

 

 

Mise en scène de Claude Stratz

Avec la troupe de la Comédie-Française :

Alain Lenglet (Béralde),Coraly Zahonero (Béline), Guillaume Gallienne (Argan), Julie Sicard (Toinette),Elissa Alloula (Angélique), Christian Hecq (Monsieur Diafoirius et Monsieur Purgon), Yoann Gasiorowski (Cléante), Clément Bresson (Thomas Diafoirius,Monsieur Bonnefoyet Monsieur Fleurant) Marthe Darmena et Marie de Thieulloyen en alternance (Louison).

Soprano : Élodie Fonnard ;
Ténor : Étienne Duhil de Bénazé ;
Baryton-basse: Jean-Jacques L’Anthoën ;
Clavecin : Jorris Sauquet.

Scénographie et costumes : Ezio Toffolutti.Lumières : Jean-Philippe Roy.Musique originale : Marc-Olivier Dupin. Travail chorégraphique : Sophie Mayer. Maquillages, perruques et prothèses : Kuno Schlegelmilch. Assistanat à la mise en scène : Marie-Pierre Héritier. Assistanat à la scénographie : Angélique Pfeiffer. Assistanat aux maquillages et prothèses : Elisabeth Doucet et Laurence Aué

 

 

Production de la Comédie-Française
Le Malade imaginaire de Molière
Marseille, Théâtre de la Criée,

Les 23 octobre, 24, 25, 26 octobre 2019.

Photos fournies par le théâtre :

Un malade emmuré ;
Un malade à tuer (Toinette, Argan) ;
Argan, Béline ;

4.Thomas, Cléante, Angélique ;

Diafoirus fils et père prenant le pouls d’Argan ;
Un Béralde viveur ;
Les Polichinelles ;
La ronde finale des médecins.
 

 

[1] Je renvoie à mon livre D’Un Temps d’incertitude, Deuxième Partie, « Incertitude du temps », éd. Sulliver, 2008.

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. AVIGNON, Opéra, le 6 octobre 2019. LULLY – MOLIERE : Monsieur de Pourceaugnac. La Rêveuse.

COMPTE-RENDU, critique, opéra. AVIGNON, Opéra, le 6 octobre 2019. LULLY – MOLIERE : Monsieur de Pourceaugnac. La Rêveuse.
Force de frappe de la farce à l’évidence, qui, sous les situations topiques, sous les masques, le déguisement, révèle, laisse finalement percer à nu l’épure dramatique : la violence parentale qui force les enfants à des mariages tyranniques ; mais aussi, réplique des enfants révoltés, reprise de la Commedia dell’Arte, la gérontophobie [1] générale, la haine des vieillards détenteurs du pouvoir, le triomphe cruel des jeunes sur le barbon, bafoué, ridiculisé, où l’impitoyable futur opéra-bouffe trouvera sa plus cynique inspiration qui choquait Rousseau. Et quand ce barbon est par ailleurs un Limousin, perdu dans la capitale, dont le crime capital est d’être un provincial, il faut ajouter la méprisante cruauté du suprématisme parisien puisqu’il est décrété depuis Villon qu’« Il n’est bon bec que de Paris », future anticipation du jacobinisme centralisateur, étouffoir de la diversité de provinces. Sans oublier que le malheureux a l’ambition outrecuidante de faire un mariage bourgeois, sinon gentilhomme, c’est-à-dire, sortir de son rang pour gravir un échelon social. Et additionnons encore, entre rires et larmes, amer sarcasme, la plaidoirie burlesque des deux médecins, ou plutôt le funèbre réquisitoire personnel du dramaturge malade, la violence d’une science médicale sans conscience, ivre de son inutile savoir verbal, dont à deux années et trois mois de son Malade imaginaire et de sa mort (février 1673), Molière dramatise avec un humour ravageur, les ravages qu’il subit sûrement dans son corps et son esprit.

 

 

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Donc, sous le masque de la farce, la frappante force, noire de la réalité. Alors, quand Boileau, après avoir assisté aux Fourberies de Scapin de 1671, pince ces deux alexandrins méprisants :
« Dans le sac ridicule où Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais pas l’auteur du Misanthrope »,
on les additionnera non au crédit mais au débit de son peu poétique Art poétique pincé, étroitement pensé. Car Molière, génie intemporel qui nous parle encore aujourd’hui, était un généreux auteur tous publics, tous traitements théâtraux, du théâtre de mœurs bourgeois au populaire théâtre de tréteaux, à l’attrayante scène agrémentée de musique.

Comédie-Ballet
Pendant longtemps, on a oublié que le théâtre du dit Grand Siècle était presque toujours assorti de musique, soit dans les entractes, soit, comme ici dans le corps même de la pièce par des intermèdes, appelés des « entrées ». Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, eut pour collaborateurs de grands musiciens, le tumultueux Dassoucy qu’il délaissa, au grand chagrin de ce dernier, pour Charpentier. Mais on connaît surtout son association musicale première avec un autre Jean-Baptiste, le Florentin Lully : ensemble, ils créèrent la comédie-ballet, une action théâtrale assortie de chants et de danses intégrées, dont le premier succès fut les Fâcheux en 1661, suivi de sept autres pièces, dont Le Bourgeois gentilhomme, en 1670, fut l’aboutissement, et la fin.
En effet, en mars 1672, l’intrigant et envahissant Lully obtient du roi le droit d’exclusivité des spectacles chantés et celui, exorbitant aussi, d’interdire aux troupes théâtrales de faire chanter une pièce entière sans sa permission. Molière protesta hautement, son répertoire étant constitué en grande partie de comédies-ballets, sept autres étant à son actif. Sensible à son indignation, le roi lui concéda l’emploi d’un effectif de six chanteurs et douze instrumentistes pour son théâtre. Le chorégraphe et musicien Pierre Beauchamp continua à en régler les danses.
Comme la musique bien réglée, l’harmonie règne donc alors entre Lully et Molière qui écrivit sur place, au château de Chambord, ce Monsieur de Pourceaugnac qui fut donné devant Louis XIV et sa cour en 1669. Les deux artistes se partageant même les planches pour certaines scènes, Molière jouant le héros limousin et Lully, artiste tous terrains, l’un des médecins.

 

 

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La pièce
L’intrigue est mince, même si le sujet a toujours un fond cruel : le despotisme du père qui impose à ses enfants, contre toute justice, pour des raisons d’intérêt, des choix matrimoniaux contre leur cœur.

Éraste
Éraste (dont je m’étonne du nom qui, en Grèce, désignait l’adulte protecteur très intime d’un éromène, adolescent, dans une relation pédérastique, d’où péd/éraste)et Julie sont amoureux, mais le père de la jeune fille, Oronte, a décidé d’un mariage plus avantageux avec le héros titulaire, limousin, barbon, provincial ridicule déjà par son nom, Monsieur de Pourceaugnac, qui a l’ambition de frayer avec la bourgeoisie parisienne, pas encore gentilhomme. Les deux amants, vont tout mettre en œuvre pour faire capoter ce mariage, grâce à l’entregent entremetteur de Nérine et les machinations du Napolitain Sbrigani, étrange personnage comique de valet débrouillard à la Figaro qui, tel un héritage de Machiavel passé à la Commedia dell’Arte semble traverser le théâtre comique pour fixer l’Italien comme un intrigant professionnel jusqu’au couple du Chevalier à la Rose de Strauss. Ils rendront presque fou le barbon limousin poursuivi par des médecins acharnés à sauver cet homme éclatant de bonne santé, lui démontrant qu’il est à l’article de la mort, voulant l’opérer, l’amputer, le saigner, lui donner un clystère, cette énorme pompe à lavement pour purger, ce qu’on croyait remède à tous les maux. On anticipe Monsieur Purgon, nom significatif que donne Molière à l’un des terribles médecins de son Malade Imaginaire.
Dans Monsieur de Pourceaugnac devant le roi, Lully jouait le médecin armé du redoutable engin à purger, le clystère, et Molière, interprétait le malheureux Pourceaugnac poursuivi, qui fuyait, protégeant son derrière en péril avec son chapeau. Il en verra de toutes les couleurs, le Limousin ou Limougeaud limogé, accusé de dettes, accusé de polygamie par deux femmes avec une nombreuse marmaille.

La musique
Monsieur de Pourceaugnac opère une véritable fusion des genres entre musique et action : on passe très naturellement dans certaines scènes du texte à la musique et de la musique au texte, du langage parlé au chant. Molière et Lully parviennent à tirer des effets hilarants en utilisant notamment la musique et la danse des scènes burlesques et ils atteignent, dans cette pièce, un niveau efficace de comique musical, de comédie musicale. Il y a de véritables morceaux de bravoure verbale comique, les deux tirades intarissables des deux médecins et le dialogue hilarant entre deux professionnels de la parole, l’avocat bègue et l’avocat babillard. Il y a de l’italien, du gascon, du picard, du flamand, bref, un pittoresque linguistique d’une France qui n’avait pas encore été formatée par le francien, le françois, imposé par le jacobinisme normalisateur.
On peut imaginer que, choyé par le roi, Lully bénéficia d’un effectif plus étoffé de musiciens, mais quelle belle étoffe raffinée que cet ensemble chambriste de La Rêveuse ! Suave soie des deux cordes frottées aiguës sur le léger velours doré de la viole de gambe, filigranés de l’argent perlé des cordes pincées du théorbe et du clavecin assurant le continuo, avec les broderies des ornements, le léger brocart des trilles : c’est une gracieuse épure, à l’échelle de la pièce, des fastes pompeux des Trente violons du roi. Cela répondant au fond à la modeste phalange habituelle de théâtre de Molière accordée par le roi à sa troupe.
Trois chanteurs stylés en chant à la française imposé définitivement par l’Italien Lully, le phrasé élégant, les virtuoses tours de gosier, humanisent par leurs brunettes amoureuses au lyrisme galant la cruauté sans amour de l’action : une belle soprano au beau timbre fruité et un heureux couple sombre et clair, baryton et ténor, costume noir et chapeau melon, associé au jeu comme spectateurs, double des amants vainqueurs, mais triomphant modestement apparemment du mariage pour tous d’aujourd’hui. Un cornet de cirque trompettera le nom comique du héros, plaisamment, La Vie en rose sera chantonnée comme d’un balcon à l’adresse des musiciens, musique un moment ponctuée de la guitare pour un amusant passage flamenco amené par la cape torera, chapeau cordouan du musicien, dans une jolie allusion à ce genre de spectacle jouant souvent sur les écoles nationales de chant, dans ce qui deviendra tradition d’Europe galante et chantante, quand on sait l’internationalisme des familles régnantes : Louis XIV, fils et époux d’une espagnole, éduqué par l’Italien Mazarin, petit-fils d’un Henri IV descendant d’un ancien roi maure de Tolède…Frontières aussi artificielles entre les monarques qu’entre les nations et les genres artistiques : tout ici dit, à son échelle, accents nationaux et régionaux divers, la nécessaire fusion et dénonce, paradoxalement, a contrario, l’exclusion qui frappe le provincial.

 

 

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Réalisation
À jardin, les instruments de musique accrochent, accroupis sagement dans la pénombre, de furtifs éclats miélés de lumière avant d’éclater la fanfare lumineuse d’une brève-longue ouverture à la française, iambique, dont la brièveté ironique dément la majesté apprêtée pour ces tréteaux. Centrale, une estrade prolongée de la pente de deux chemins de corde parallèles, fermée d’un rideau orange soutenu par deux mâts et des haubans qui lui donnent l’allure d’un bateau à voile, vogue la galère (« mais qu’allait-il y faire, dans cette galère ? »), vague vélum de guingois de guignol d’où surgiront, rêve et cauchemar, une ronde effrénée, personnes vraies, personnages masqués à la Commedia dell’Arte, travestis, puis des marionnettes gainées déchaînées et celle géante, finale, derrière et par-dessus, dans une profusion, une prestesse des changements des acteurs en coulisses qui tient de la prestidigitation, sans rupture de rythme, souvent au galop de mascarade bacchanale, de cavalcade carnavalesque. C’est étourdissant de virtuosité dans cette simplicité faussement affectée avec élégance.

Pourceaugnac
Monsieur de Pourceaugnac, au nom décliné et quantifié de porc, pourceau, avec une désinence « gnac », du gascon gnaca, ‘mordre’ (et pourquoi pas, accordons-lui, la « gnaque » moderne, ‘l’envie de gagner’, « avoir la gnaque », la pêche) est en fait la pauvre poire vouée à perdre, le loser,prédestiné, au ridicule par son nom. Pourtant, au sens même de l’époque, il a bonne mine, une mise tout à fait « propre » à l’air du temps sinon celui de la mode parisienne, manteau à rayures orange et vert « jusques en bas » sur pourpoint rayé et chausses outrées, chaussures au galant ruban, tête posée sur une fraise orangée, généreusement emperruquée « à la chien », crêtée non d’un plumet mais d’une fringante plumette à son non chapeau panache mais petit couvre-chef n’en couvrant qu’une portion. Sans être maniéré, il a des manières et les affiche ostensiblement en signe d’élégance courtoise : « Un deux, trois, quatre, cinq », les temps bien comptés à haute voix d’une révérence de cour bien apprise.
Les autres intervenants mêlent un semblant de réalisme d’époque, un Capitan bravache jouant de l’épée, un hallebardier, deux exempts de la maréchaussée, des costumes stylisés, fraises et rabats hyperboliques, mêlés de chapeau melon de cirque, haut de forme, demi-masque laissant la bouche à découvert, masque entier, masque sur masque, comme des pelures d’oignons d’un déguisement à l’infini des fausses apparences, trappe et attrapes ne peuvant manquer dans cette farce délirante. C’est d’une fantaisie pleine de charme et d’harmonie dans ces tons orangés qui baignent l’ensemble.
Les médecins, coiffés à la fou de l’entonnoir à l’envers, ont la part belle avec leur ample vêtement de deuil anticipé des patients, le masque à la fois de la Commedia avec le nez crochu stylisé du mythe prophylactique des herbes salutifères garnissant l’appendice nasal artificiel pour s’épargner les miasmes de la contagion, et ces lunettes savantes sur le trou, déjà cadavérique des yeux leur donnant un effroyable aspect.
On admire le travail sur les voix, les accents cocasses, sur les corps courant, boitant, boitillant de vieillard chenu ou sautillant et dansant de santé mauvaise dans la ronde des médecins fous autour du pauvre Pourceaugnac. On admire les deux acteurs masqués, grand moment de pur et grandiose théâtre, débitant sans anicroche leurs deux interminables tirades, terriblement documentées de toute la science de leur temps appuyée sur les autorités, Esculape et Galien, le premier exposant son diagnostic :
« notre malade ici présent, est malheureusement attaqué, affecté, possédé, travaillé de cette sorte de folie que nous nommons fort bien, mélancolie hypocondriaque, espèce de folie très fâcheuse »
Le second approuve le diagnostic, ou plutôt verdict :
« le raisonnement que vous en avez fait est si docte et si beau, qu’il est impossible qu’il ne soit pas fou, et mélancolique hypocondriaque ; et quand il ne le serait pas, il faudrait qu’il le devînt, pour la beauté des choses que vous avez dites, et la justesse du raisonnement que vous avez fait. »
Le raisonnement bannissant la raison, les deux médecins veulent convaincre le patient héros, sinon réel patient, d’une maladie inexistante à laquelle il est sommé d’adhérer pour ne faire pas mentir la beauté du diagnostic savant. C’est la préfiguration inverse d’Argan, le Malade imaginaire, le futur hypocondriaque. C’est un sommet de dérision d’un Molière malade, qui avait sans doute entendu de telles choses. Et sans doute l’a-t-on entendu et attendu à son propre jeu puisque, l’année suivante, une pièce anonyme avec son nom en anagramme le satirise en malade imaginaire, hypocondriaque :Élomire hypocondre.
Malheureusement, sa maladie n’était pas imaginaire et on l’imagine jouant son Malade et disant sa fameuse réplique :
« N’y a-t-il point quelque danger à contrefaire le mort ? »
On ne peut s’empêcher de replacer dans ce contexte humain vécu cette pièce dont il joua aussi le héros : la déshumanisation farcesque des persécuteurs de Pourceaugnac n’en rendent que plus humaine sa figure, même caricaturale, de victime désignée.
La troupe de L’Éventail, l’ensemble la Rêveuse, s’en donnent à cœur joie : pour la nôtre. Un cruel régal royal.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. AVIGNON, Opéra, le 6 octobre 2019. LULLY – MOLIERE : Monsieur de Pourceaugnac. La Rêveuse.

 

 

Monsieur de Pourceaugnac
Comédie-Ballet de Molière et Lully
Opéra Grand Avignon
6 octobre 2019

Mise en scène et scénographie : Raphaël de Angelis
Direction musicale : Benjamin Perrot et Florence Bolton
Assistant à la mise en scène : Christian Dupont
Chorégraphe : Namkyung Kim
Scénographie : Brice Cousin.
Mise en lumière et régie : Jean Broda, Etienne Morel
Costumes : Lucile Charvet, Jessica Geraci, L’Atelier 360
Décor : Luc Rousseau
Masques : Alaric Chagnard, Den, Candice Moïse.
Marionnettes à gaine : Irene Vecchia et Selvaggia Filippini.
Marionnette géante : Yves Coumans et la compagnie Les Passeurs de Rêves.

Théâtre de L’Éventail
Comédiens
Kim Biscaïno, Brice Cousin, Paula Dartigues,
Raphaël de Angelis, Cécile Messineo et Nicolas Orlando

Ensemble La Rêveuse
Sophie Landy : soprano
Raphaël Brémard : ténor
Lucas Bacro : basse
Stéphan Dudermel et Ajay Ranganathan : violons ; Florence Bolton : viole de gambe ;
Benjamin Perrot : théorbe
Jean-Miguel Aristizabal : clavecin.

 

 

 

 

Photos fournies par l’Opéra Grand Avignon
1 Ensemble la Rêveuse ;
2 Sbrigani ;
3 Le Capitan et un  masque ;
4 Pourceaugnac et médecins ;
5 Infirmiers ;
6 Les mères abandonnées sur Pourceaugnac.

 

 

[1] Je renvoie à mon livre D’Un Temps d’incertitude, Deuxième Partie, « Incertitude du temps », éd. Sulliver, 2008.

 

 

 

 

TOURCOING. Les Amants Magnifiques de Lully et Molière

atelier lyrique tourcoing logo_siteTOURCOING. LULLY : Les Amants magnifiques. 15, 16 NOV 2019. Les Amants magnifiques de Lully daté de février 1670 incarnent un premier idéal lyrique et théâtral qui mêle comédie parlée et entrées de ballet. L’opéra français à proprement parler naîtra 3 années plus tard : mais en 1670, si les deux genres, musical et théâtral n’ont pas encore fusionné, l’accord entre les deux, complémentaire et alterné, favorise la forme d’un spectacle nouveau, inédit à la Cour de France qui en associant les discipline du spectacle s’avère marquant. Lully allait seul, sans Molière, inventer l’opéra entièrement chanté et une seule action continue, Cadmius et Hermione en 1673.

 

 

Le divertissement de Cour avant l’opéra

 

 

louis-XIV-portrait-roi-soleil-king-sun-classiquenews-582-390-portrait_de_louis_xiv_en_buste28534_0Commandé par le roi à Molière et Lully pour le carnaval de 1670, l’ouvrage réalise alors la synthèse du divertissement de cour : Molière y traite de la poésie galante, quasi marivaldienne, qui analyse avec une rare acidité voire une ironie douce amère, le sentiment amoureux à la cour. ici, deux princes se disputent une jeune princesse, amoureuse quant à elle d’un homme sans titre qui saura gagner le coeur de la belle par son courage et sa vertu… Vertiges, illusions trompeuses, trahisons et manipulations redessinent la carte du tendre, semée d’épines mortelles… autant de péripéties sublimés et commentés par les fameux divertissements dansés.
Créée la même année que le Bourgeois gentilhomme, la comédie-ballet Les Amants magnifiques découle de la collaboration entre Molière et Lully. Représentée devant la cour à l’occasion du carnaval de 1670 au cours d’une grande fête intitulée le « Divertissement royal », l’oeuvre voit paraître pour la dernière fois Louis XIV sur scène comme danseur

Toujours mordant sous le masque comique, Molière y attaque l’astrologie. Lully, de son côté, déploie le « théâtre dans le théâtre » et compose une petite pastorale chantée et dansée, préfigurant l’opéra à venir. Les Amants magnifiques sont remontés avec tous leurs intermèdes chantés et dansés.

 

 

 

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TOURCOING, Théâtre Municipal Raymond Devos

Vendredi 15 novembre 2019 / 20hboutonreservation
Samedi 16 novembre 2019 / 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://web.digitick.com/les-amants-magnifiques-spectacle-opera-css5-atelierlyriquedetourcoingweb-pg51-ei691029.html

Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
Les Amants magnifiques
Comédie-ballet en 5 actes
Texte de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673)
Comédie mêlée de musique et d’entrées de ballet,
représentée devant le roi à Saint-Germain-en-Laye
en février 1670

 

 

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Mise en scène et direction artistique : Vincent Tavernier, Les Malins Plaisirs

Chef associé : Nicolas André
Assistante à la mise en scène : Marie-Louise Duthoit
Chorégraphie : Marie-Geneviève Massé
Assistant à la chorégraphie : Olivier Collin

Sostrate, général en chef des armées d’Aristione: Laurent Prévôt
Clitidas, plaisant de cour de la suite d’Eriphile: Pierre-Guy Cluzeau
Le prince Iphicrate, prétendant à la main d’Eriphile: Maxime Costa
La princesse Aristione: Mélanie Le Moine
Le prince Timoclès, autre prétendant à la main d’Eriphile: Benoît Dallongeville
Anaxarque, astrologue d’Aristione: Quentin-Maya Boyé
Cléon, fils d’Anaxarque: Olivier Berhault
Cléonice, dame de compagnie d’Eriphile: Jeanne Bonenfant
La princesse Eriphile, fille d’Aristione: Marie Loisel
La nymphe du Tempée, la Prêtresse: Lucie Roche
Eole, le 2e satyre: Geoffroy Buffière / Nathanaël Tavernier
Ménandre, 3e Amour: Stephen Colardelle
Lycaste, le 2e Grec: Clément Debieuvre
Le Triton, le 1er satyre, le 3e Grec: Thibault de Damas
Tircis: Laurent Deleuil
Philinte, 4e Amour: David Witczak
Climène, 1er Amour et 1ère Grecque: Margo Arsane
Caliste: Marie Favier

La Compagnie de Danse l’éventail
Romain Arreghini, Bruno Benne, Anne-Sophie Berring, Bérengère Bodénan, Sylvain Bouvier, Olivier Collin, Robert Le Nuz, Artur Zakirov

Le Concert spirituel
Direction musicale : Hervé Niquet

 

 

 

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La danse au XVIIe
louis-XIV-danseur-ballet-royal-de-la-nuit-le-roi-soleil-aurore-et-naissance-du-mythe-royal-solaire-Paris-theatre-du-petit-bourbon-fevrier-1653-CLASSIQUENEWS-dossier-presentationLe XVIIe marque l’âge d’or de la danse. Pour les élites bien nées, bien éduquées, et ce depuis la Renaissance, danser est aussi nécessaire que savoir lire. La danse est une chose sérieuse. « Danser au bal de la cour demande beaucoup de travail avec un maître à danser. Danser c’est se livrer, s’exposer au jugement. Jusqu’alors, bal et ballet se mêlent, à part que dans le deuxième on joue un personnage. Lully professionnalise la danse. On passe de la grâce et l’élégance à la technique. Lully veut transmettre par les pas ce qui caractérise les personnages et leurs émotions. De sa collaboration avec Molière naît un genre nouveau : la comédie-ballet. Les ballets font intégralement partie de l’action. Le ballet de cour est dansé par des hommes. Il faudra attendre Le Triomphe de l’amour en 1682 pour voir des danseuses professionnelles » ainsi qu’il est précisé dans la présentation de la production des Amants Magnifiques sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing.

VOIR LE TEASER VIDEO :

 

Monsieur de Pourceaugnac par William Christie à Thiré

christie420Thiré (Vendée). Molière : William Christie joue Mr de Pourceaugnac: les 26 et 27 août 2016. Avant l’invention de la tragédie en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comédies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisé de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (créé à Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composé par les deux Baptistes, Molière et Lully fait une farce mordante qui épingle la vanité d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la création, c’est Molière lui-même qui tient le rôle du provincial moqué.

 

 

 

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pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_Molière,_couvertureComme Boileau, Molière cultive la verve satirique. On a vu après la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des médecins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est à dire que Molière épingle les deux « métiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)… Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confronté à la vie parisienne. Comment un provincial très ridicule ambitionne de copier et caricaturer les moeurs urbaine … Molière avait épingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y épouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune et malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et Nérine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce à Julie et regagne sa province encrottée. Chose faite après que Lucette en Languedocienne et Nérine en Picarde, n’accablent le père marieur en dénonçant Pourceaugnac de les avoir mariées, engrossées, abandonnées… Bien que diffamé, Pourceaugnac est accusé de polygamie : il doit fuir déguisé en femme pour échapper à la justice.

 

 

 

Un Provincial bien ridicule

 

William Christie dirige Monsieur de Pourceaugnac de MolièreComme à son habitude, Molière peint les mœurs de son époque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisés parfois en farce grossière (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant à deux médecins chez Eraste, les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prêts à le piquer…).

 

 

Mais Molière est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractères et de situations, indignes et pénibles. Le théâtre agit comme un miroir qui renvoie à l’assemblée des acteurs et du public, leur véritable visage : barbarie, inhumanité, haine, jalousie… Avant que Lully dans le sillon du succès de Psyché, n’invente seul et définitivement, l’opéra français (tragédie en musique, mais sans le concours du génial Molière), la comédie-ballet rappelle quel fut le divertissement prisé par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. Créé en 1669 à Chambord, Monsieur de Pourceaugnac épingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naîf, un rien empôté, sujet des intrigues d’un amoureux prêt à tout pour défendre celle qu’il aime…

La nouvelle production réalisée dans un contexte propre aux années 1950, orchestrée par le tandem William Christie et Clément Hervieu accorde une place égale entre théâtre et musique. Jamais chant et dialogue parlé n’ont mieux été subtilement agencés, combinés, associés. L’imbrication est parfaite : les comédiens se prêtent à la danse, et les chanteurs jouent. Et en fin connaisseur du premier Baroque Français, aussi inspiré que chez Haendel (comme son éloquent Belshazzar en témoignent), William Christie devrait éblouir par cette alliance rare de l’élégance et de la comédie, équation souvent réalisée à la tête de son ensemble, Les Arts Florissants. Production événement.

 

 

 

Monsieur de Pourceaugnac de Molière, 1669bourgeois_gentilhomme-582-390-lully-moliere-dvd-alpha-juin-2015_c_pascal_victor_artcomart
par Les Arts Florissants. William Christie, direction
Donné lors d’une grande tournée au premier semestre 2016, janvier à juillet : à Caen (dés décembre 2015), puis Aix, Madrid, Paris, (Bouffes du nord en juillet 2016), la savoureuse comédie de Molière reprend du service au festival de William Christie, en Vendée, dans le parc féerique de son somptueuse demeure à Thiré :

Les 26 et 27 août 2016, 20h30
Spectacle donné sur le Miroir d’eau, dans les Jardins de William Christie

L’écrin de verdure (magicien), la présence des jeunes chanteurs français parmi le plus convaincants et certains déjà familiers des Jardins de Tiré (Cyril Costanzo, baryton-basse, lauréat du Jardin des Voix) font la réussite de la comédie-ballet de Molière et Lully, repris cet été pour Thiré.

Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Direction musicale et conception musicale du spectacle : William Christie
Décors : Aurélie Maestre
Costumes : Caroline de Vivaise
Lumières : Bertrand Couderc
Son : Jean-Luc Ristord
Chorégraphie : Bruno Bouché
Avec Erwin Aros, haute-contre ; Clémence Boué, Nérine ; Cyril Costanzo, apothicaire, avocat, archer, basse ; Claire Debono, soprano ; Stéphane Facco, médecin, Lucette, suisse ; Matthieu Lécroart, médecin, avocat, exempt, baryton-basse ; Juliette Léger, Julie ; Gilles Privat, Monsieur de Pourceaugnac ;  Guillaume Ravoire, Éraste ; Daniel San Pedro, Sbrigani ; Alain Trétout, Oronte

 

 

thire jardins william christie 2014 perspective festival baroque en vendee

 

 

 

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sur le site du festival Dans les Jardins de William Christie
Du 20 au 27 août 2016

 

 

 

 

Récents cd des Arts Florissants / William Christie distingués par CLASSIQUENEWS :

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français. LIRE notre compte rendu critique complet

 

Handel_Belshazzar_William ChristieCD, compter rendu critique. HANDEL / HAENDEL : Belshazzar (2012). Le chef et fondateur des Arts Florissants exprime le souffle mystique des préceptes de Daniel, la souffrance si humaine – et donc bouleversante-, de Nitocris, la mère de Belshazzar, comme la juvénilité animale et aveugle de Belshazzar ; portés par une telle vision, les protagonistes réalisent une très fine caractérisation de chaque profil individuel. C’est aussi un très intelligente restitution des situations du drame (solistes sortant du choeur agissant avec les autres choristes ainsi qu’avec les protagonistes ; duos rares si enivrants (dont le sommet bouleversant entre Nitocris et son fils à la fin du I) ; raccourcis fulgurants telle la mort de Belshazzar sur le champs de guerre contre Cyrus le perse … ” expédiée ” en quelques mesures). Tout cela ajoute du corps et un souffle souverain, de nature épique au drame spirituel. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

William Christie dévoile la veine funéraire de HaendelCD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013). Pour son second disque Handel édité sous son propre label discographique, William Christie grand spécialiste de Handel, dévoile un cycle d’une sincérité inédite à laquelle le chef fondateur des Arts Florissants apporte son expérience des oratorios et des opéras. Ici le geste n’a jamais semblé plus économe, fin, mesuré ; il articule le sens et les images du sublime texte des Funérailles de la Souveraine décédée en 1737 (Funeral Anthem for Queen Caroline HWV 264) en un travail subtil et profond sur la prosodie et la déclamation, littéralement prodigieux : il témoigne aussi avec une sincérité inédite, de l’amitié exceptionnelle qui unissait le musicien à sa protectrice la Reine Caroline. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie)

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français.

 

 

Bien que l’amour…

Christie, maître du Baroque poétique et amoureux

 

 

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsC’est l’attention au verbe, à chaque image du mot, chaque émotion du texte et une écoute d’un chanteur à l’autre, d’un instrumentiste à l’autre qui subliment la chair suave et indiciblement nostalgique des poèmes regroupés ici. Qu’elles soient Iris, Climène… les amoureuses s’alanguissent ou restent inatteignables donc fantasmées. Mais à l’acuité du chant, précis, mesuré, répond l’évanescence enivrée des suggestions musicales. Lambert amoureux, La Fontaine perspicace pertinent (Epitaphe d’un paresseux sur la musique du grand Couperin – excusé du peu…), Honoré d’Ambruys (secret, doux, à l’énigmatique tendresse : Le doux silence de nos bois), … tous et chacun sont nos guides dans cette carte en tendresse, ce labyrinthe des coeurs éprouvés, un temps inquiets, en attente, en désir voire en souffrance mais toujours accomplis. Le charme opère ; le geste esquisse le plus subtile des dessins immatériels mais la musique du verbe s’inscrit dans notre esprit. Et grâce au magicien Christie, – peintre des nuances musicales-, le rêve de l’amour tremble et frétille comme un délicieux songe que la musique fait durer, au delà des siècles.
Plus mordant et espiègle, le maître nous abreuve aussi de la pointe plus affûtée du rire parodique ou de la comédie délirante, préservée dans les Scènes et Intermèdes pour Le Mariage forcé de Molière, musique de Charpentier. Les trois chanteurs : Marc Mauillon,
Cyril Auvity, Lisandro Abadie
redoublent de connivente facétie, chacun apportant l’acuité caressante de son timbre complémentaire.
Aux côtés du raffinement, c’est dans le style collectif, la vérité et la sincérité des interprètes qui nous touchent infiniment. A noter parmi les instrumentistes des Arts florissants ici réduits au diapason de ce rêve chambriste, l’excellente gambiste Myriam Rignol dont on sait à présent l’intelligence musicale et la virtuosité tout en raffinement parmi son propre ensemble, Les Timbres (pour nous l’un des meilleurs ensembles récents dédiés à la musique baroque). Programme miraculeux. Et donc CLIC de classiquenews de l’été 2016. Un disque que l’on emporte avec nous sur l’île déserte et déjà, sur la plage en juillet et en août 2016.

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… Airs sérieux et boire. Les Arts Florissants. William Christie, direction. 1 cd Harmonia Mundi HAF 8905276.

 

Nouveau Pourceaugnac par William Christie

moliere-jean-baptiste-Moliere-poquelin-portrait-Louis-XIVMolière / Lully : William Christie. Mr de Pourceaugnac: du 17 décembre 2015 – 10 janvier 2016. Avant l’invention de la tragédie en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comédies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisé de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (créé à Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composé par les deux Baptistes, Molière et Lully fait une farce mordante qui épingle la vanité d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la création, c’est Molière lui-même qui tient le rôle du provincial moqué. Comme Boileau, Molière cultive la verve satirique. On a vu après la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des médecins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est à dire que Molière épingle les deux « métiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)… Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confronté à la vie parisienne. Il avait épingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y épouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et Nérine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce à Julie et regagne sa province encrottée. Chose faite après que Lucette en Langudocienne et Nérine en Picarde, n’accablent le père marieur en dénonçant Pourceaugnac de les avoir mariées, engrossées, abandonnées… Accusé de polygamie, Pourceaugnac doit fuir déguisé en femme pour échapper à la justice.

pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_Molière,_couvertureComme à son habitude, Molière peint les mœurs de son époque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisés parfois en farce grossière (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant à deux médecins chez Eraste les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prêts à le piquer…). Mais Molière est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractères et de situations, indignes et pénibles. Avant que Lully dans le sillon du succès de Psyché, n’invente seul et définitivement, l’opéra français (tragédie en musique, mais sans le concours du génial Molière), la comédie-ballet rappelle quel fut le divertissement prisé par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. Créé en 1669 à Chambord, Monsieur de Pourceaugnac épingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naîf, un rien empôté, sujet des intrigues d’un amoureux prêt à tout pour défendre celll qu’il aime…

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La nouvelle production réalisée dans un contexte propre aux années 1950, orchestrée par le tandem William Christie et Clément Hervieu accorde une place égale entre théâtre et musique. Jamais chant et dialogue parlé n’ont mieux été subtilement agencés, combinés, associés. L’imbrication est parfaite : les comédiens se prêtent à la danse, et les chanteurs jouent. Production événement.

 

 

Monsieur de Pourceaugnac de Molière, 1669
par Les Arts Florissants. William Christie, direction

Caen, Théâtre de Caen, du 17 au 22 décembre 2015
Versailles, Opéra royal, les 7,8, 9 et 10 janvier 2016
Aix en Provence, Grand Théâtre de Provence, les 13 et 14 janvier 2016
Madrid, Teatros del Canal, Sala Roja, les 21,22, 23 janvier 2016
Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, du 1er au 9 juillet 2016

Avec
Claire Debono, dessus
Erwin Aros, Haute contre
Matthieu Lécroart, basse taille
Cyril Costanzo, basse