Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CGR Castille en direct de Milan. Verdi : Giovanna d’Arco, opĂ©ra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’aprĂšs le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Anna Netrebko, Anna, Francesco Meli, Carlo VII, Devid Cecconi, Giacomo 
 Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scĂšne; Agostino Cavalca, costumes; Christophe Forey, lumiĂšres; Christian Fenouillat, dĂ©cors; Leah Hausman, chorĂ©graphies; Etienne Guiol, vidĂ©os.

Avec l’abandon de sa collaboration avec le Royal Opera House de Londres, les cinĂ©mas CGR de la rĂ©gion-Poitou Charentes en gĂ©nĂ©ral et de Poitiers en particulier n’ont plus de partenariat squ’avec les grandes scĂšnes lyriques italiennes. C’est ainsi que nous avons pu voir hier en direct, l’ouverture de la saison lyrique de la plus prestigieuse d’entre elles : la Scala de Milan. Pour cette saison 2015 / 2016, La Scala prĂ©sente un opĂ©ra trĂšs mĂ©connu de Giuseppe Verdi (1813-1901) : Giovanna d’Arco. Pour cette Ɠuvre, Verdi et son librettiste, Temistocle Solera, se sont inspirĂ©s du livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Absente de la scĂšne milanaise depuis cent cinquante ans, Giovanna d’Arco y revient estampillĂ©e du label «nouvelle production». Dans le rĂŽle-titre, la diva verdienne Anna Netrebko en trĂšs grande forme. Quant Ă  la mise en scĂšne, elle a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  un duo français : Mosche Leiser et Patrice Caurier.

 

Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco

La Scala ressuscite Giovanna d’Arco des cartons aprĂšs 
 150 ans d’absence Ă  Milan

 

La mise en scĂšne, justement, est quelque peu Ă©trange. Se basant sur la faiblesse, rĂ©elle cependant, du livret les deux metteurs en scĂšne ont placĂ© l’action au XIXe siĂšcle dans ce qui ressemble Ă©trangement Ă  un hĂŽpital psychiatrique version bourgeoise. Dans cette optique nous ne quittons jamais vraiment la chambre de la jeune fille qui se prend pour Jeanne d’Arc. De temps en temps, le mur de fond bouge pour permettre au choeur ou aux solistes d’aller et venir sauf dans le premier acte oĂč il est totalement ouvert juste aprĂšs la victoire de Jeanne et de Charles. Ce qui sauve l’ensemble, ce sont les lumiĂšres superbes de Christophe Foret et les chorĂ©graphies de Leah Hausman : la danse des dĂ©mons lors du duo Carlo/Giovanna est une rĂ©ussite malgrĂ© la cruditĂ© de la scĂšne. Les derniers Ă©pisodes de l’opĂ©ra sont hors sujet. Quelle drĂŽle d’idĂ©e de laisser Giovanna sur la scĂšne pendant que son pĂšre commente l’ultime bataille dans laquelle elle trouve la mort en sauvant le roi de France. Quant Ă  la mort de Giovanna, elle est un peu bizarre, voire totalement hors sujet. Comme on ne sait plus vraiment si on est sur le champs de bataille du XVe siĂšcle ou dans un hĂŽpital psychiatrique du XIXe siĂšcle, les metteurs en scĂšne font mourir Giovanna, en une scĂšne de la folie de la jeune fille qui se prenait pour la pucelle. Quant aux costumes Ă  part ceux de Giacomo, qui reste rĂ©solument au XIXe siĂšcle et de Carlo qui est un peu trop dorĂ© dĂ©tonnant ainsi sur la scĂšne de la Scala, ils vont plutĂŽt bien aux personnages. Dans un tel mĂ©lange d’Ă©poques et de styles, seul le choeur est bien servi avec des costumes XVe superbes.

 

 

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Vocalement en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Anna Netrebko qui campe Giovanna est Ă©clatante de santĂ©. La voix est somptueuse et la soprano russe utilise son instrument avec une maĂźtrise quasi parfaite donnant Ă  la jeune hĂ©roĂŻne une puissance bienvenue. Si Netrebko a fait de grand progrĂšs comme actrice, elle rĂ©vĂšle cependant de sĂ©rieux soucis concernant la diction pas toujours trĂšs nette. Face Ă  elle, Francesco Meli incarne un Carlo VII flamboyant. Si nous regrettons qu’il soit affublĂ© d’un costume et d’un maquillage excessivement dorĂ©s, – trop de dorure tue la dorure-, la voix est chaleureuse, ronde, puissante ; la tessiture correspond parfaitement au rĂŽle. SurvoltĂ© le jeune tĂ©nor donne Ă  Carlo un charisme trĂšs fort qui manquait cruellement au vĂ©ritable Charles VII dans les premiĂšres annĂ©es de son rĂšgne. Le cas de Devid Cecconi (Giacomo) est un peu particulier. AppelĂ© par la Scala pour la prĂ©-gĂ©nĂ©rale, la gĂ©nĂ©rale et l’ante-prima (rĂ©servĂ©e au jeune public) pour remplacer Carlos Alvarez souffrant qui se contentait de jouer, il a Ă©tĂ© rappelĂ© en catastrophe pour remplacer son collĂšgue atteint par une bronchite carabinĂ©e et interdit de scĂšne juste avant la premiĂšre par le mĂ©decin qui l’a auscultĂ©. Dans ces circonstances, si particuliĂšres nous passerons rapidement sur une performance scĂ©nique trĂšs en-deça de celle de ses deux collĂšgues survoltĂ©s par un public tout acquis Ă  leur cause. Il faut quand mĂȘme bien reconnaĂźtre que ce pauvre Giacomo n’est servi ni par la mise en scĂšne ni par son costume XIXe. Vocalement en revanche, Cecconi n’a rien Ă  envier Ă  Alvarez, qu’il remplace trĂšs avantageusement, ni Ă  ses partenaires. Et d’ailleurs le public a si bien compris la situation qu’il a acclamĂ© le jeune baryton autant que les deux autres chanteurs. Saluons rapidement le Talbot trĂšs honorable de Dmitry Beloselskiy et la trop brĂšve apparition de Michele Mauro (Delil). Dernier personnage de cette Giovanna d’Arco : le choeur de la Scala. Il a Ă©tĂ© parfaitement prĂ©parĂ© par son chef que ce soit pour ses interventions hors scĂšne, les plus difficiles, ou sur scĂšne.

Dans la fosse c’est Riccardo Chailly qui prend en main l’orchestre de la Scala. Excellent musicien et fin connaisseur des opĂ©ras de Verdi, le chef, dont nous avions d’ailleurs saluĂ© le superbe concert d’ouverture du festival Verdi de Parme en 2013, prend ses musiciens en main avec une belle autoritĂ©. La direction de Chailly, qui inaugure ainsi ses prises de fonction comme nouveau directeur musicale de La Scala, est dynamique, juste, sans dĂ©faillance. TrĂšs attentif Ă  ce qui se passe sur la scĂšne, il veille Ă  ne jamais couvrir ses chanteurs et les accompagne avec un soin tout particulier, ciselant chaque note, chaque phrase tel un magicien soignant ses tours.

Ainsi, nonobstant une mise en scĂšne qui se trouve un peu entre la poire et le dessert, la nouvelle Giovanna d’Arco est musicalement superbe avec un trio complĂštement survoltĂ©. Le pari est d’autant plus grand que cet opĂ©ra de Verdi ne renait de ses cendres que depuis peu d’annĂ©es. Notons aussi qu’il s’agit d’un retour important et trĂšs attendu Ă©tant donnĂ© que Giovanna d’Arco n’avait pas Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  la Scala de Milan depuis 
 1865. Dans de telles conditions, nous aurions apprĂ©ciĂ© de voir une mise en scĂšne plus sobre. Il y a nĂ©anmoins un vrai travail de rĂ©flexion, et nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© qu’elle soit effectivement situĂ©e Ă  l’Ă©poque Ă  laquelle se dĂ©roule l’histoire et non dans un obscur hĂŽpital psychiatrique du XIXe siĂšcle avec des allers-retours au XVe siĂšcle qui ajoute de la confusion.

Compte rendu, l’opĂ©ra au cinĂ©ma. Poitiers, CGR Castille en direct de Milan. Giuseppe Verdi (1813-1901): Giovanna d’Arco, opĂ©ra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’aprĂšs le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Anna Netrebko, Anna; Francesco Meli, Carlo VII; Devid Cecconi, Giacomo; Dmitry Beloselskiy, Talbo;, Michele Mauro, Delil. Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scĂšne; Agostino Cavalca, costume; Christophe Forey, lumiĂšres; Christian Fenouillat, dĂ©cors; Leah Hausman, chorĂ©graphies; Etienne Guiol, vidĂ©os.

ARTE, Lundi 7 dĂ©cembre 2015 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan (22h30)

arte_logo_2013ARTE, Lundi 7 dĂ©cembre 2015 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan (22h30). Le 7 dĂ©cembre 2015, Ricardo Chailly va vivre sa premiĂšre “Inaugurazione” en dirigeant la premiĂšre production de la saison lyrique 2015-2016 de la Scala de Milan en tant que nouveau directeur musical. Mais le nouveau chef de la Scala peut aussi compter sur la plus captivante verdienne (et la plus audacieuse par ses choix de rĂ©pertoire) de l’heure. Belle, incandescente, hyperfĂ©minine et dĂ©chirante, Anna Netrebko, en verdienne plus que convaincantes, cumule les prises de rĂŽles verdiens : aprĂšs Leonora, Lady Macbeth, voici sa Giovanna d’Arco Ă  la Scala (aprĂšs Salzbourg)…

 

netrebko-anna-582-390Anna Netrebko revient Ă  la Scala depuis ses dĂ©buts en 2011. Grand verdien, Riccardo Chailly a choisi Giovanni d’Arco, une Ɠuvre qui n’avait plus Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e Ă  la Scala depuis 150 ans, depuis sa crĂ©ation le 15 fĂ©vrier 1845. L’histoire de la Pucelle d’OrlĂ©ans qui sauva la France durant la Guerre de Cent ans fait partie des Ɠuvres les plus rarement jouĂ©es de Verdi. Elle offre pourtant un rĂŽle exceptionnellement engagĂ© et exigeant Ă  la soprano dĂ©signĂ©e pour en relever les dĂ©fis. L’ayant dĂ©jĂ  chantĂ© au Festival de Salzbourg 2013 (LIRE notre compte rendu du cd Giovanna d’Arco de VERDI par Anna Netrebko), Anna Netrebko sera Giovanna, Jeanne d’Arc, dĂ©voilant ce timbre charnel et Ă©clatant qui a dĂ©jĂ  rĂ©ussi dans ses prĂ©cĂ©dentes incarnations des hĂ©roĂŻnes verdiennes – sa passion actuelle : Leonora du TrouvĂšre, et rĂ©cemment Lady Macbeth (ses deux prises de rĂŽles indiscutablement rĂ©ussi Ă  Salzbourg et au Metreopolitan Opera de New York). La production scalĂšne dirigĂ©e par Riccardo Chailly compte aux cĂŽtĂ©s de la soprano austrorusse, de solides chanteurs tels Francesco Meli (le roi de France Carlo / Charles) lequel tombe amoureux de Jeanne d’Arc.

verdi cd Anna Netrebko Placido Domingo deutsche grammophon Giovanna d'Arco DG CDDans la mise en scĂšne du duo de metteurs en scĂšne, Moshe Leiser et Patrice Caurier, l’opĂ©ra de Verdi devrait prouver ses attraits mĂ©connus : nouvelle proposition de l’opĂ©ra historique d’aprĂšs le format du grand opĂ©ra français avec grands airs et choeurs. DĂ©jĂ  se profile avant Rigoletto et Le TrouvĂšre, cette ardeur expressive, ce rĂ©alisme nouveau proche du thĂ©Ăątre hugolien qui renforce malgrĂ© le prĂ©texte historique et dramatique, le relief individuel de chaque protagoniste.

 

La diffusion de Giovanna d’Arco de Verdi avec Anna Netrebko est rĂ©alisĂ©e sur Arte Ă  partir de 22h30.

 
 

RAYONNANTE NETREBKO

 
 

ARTE, lundi 7 dĂ©cembre 2015, 22h30 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan (22h30).

 
 
 

brahms complete orchestral music coffret box Decca review compte rendu critique cd classiquenews Freire kavakos repin mork disques cd review compte rendu critique de disque, coffret Chailly classiquenews CD. Riccardo Chailly. DECCA vient d’Ă©diter l’intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly pilote du Gewandhaus de Leipzig en novembre 2015. LIRE notre compte rendu critique de l’intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly… Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une intĂ©grale qui malgrĂ© certains passages Ă  vide, comporte des instants de grĂące, comme suspendus, portĂ©s par cet idĂ©al personnel de la lisibilitĂ© et de la clartĂ© qui n’empĂȘche ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement Ă©perdu d’une innocence prĂ©servĂ©e, intacte malgrĂ© les blessures tues, les traumatismes (Ă©couter ce mĂȘme Andante et la place accordĂ©e au chant du violoncelle : un instant de grĂące).

La Scala de Milan : histoire du lieu

Arte. Dimanche 31 mai 2015, 17h30. OpĂ©ra. Histoires de la Scala de Milan. Documentaire. En 1776, sur l’emplacement de l’église Santa Maria della Scala, les riches familles milanaises dĂ©cident de bĂątir Ă  quelques pas du « Domo », l’immense CathĂ©drale de Milan, un temple paĂŻen d’un genre nouveau : la Scala. VouĂ© aux arts de la scĂšne, en particulier Ă  la musique et Ă  la danse, la Scala est un vaste thĂ©Ăątre Ă  l’italienne de 3000 places, avec un parterre de loges dont les occupants, jusqu’au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, en sont aussi les propriĂ©taires.

scala-de-milan-teatre-ARTE-documentaire-mai-2015La_Scala_Opera_Milan09En quelques annĂ©es, la Scala devient le bastion de l’art lyrique italien. Rossini, Bellini, puis Verdi Ă  partir du milieu du XIXĂšme siĂšcle, contribuent Ă  Ă©crire la lĂ©gende de ce qui est encore aujourd’hui l’un des thĂ©Ăątres lyriques les plus importants du monde, avec l’OpĂ©ra de Paris, et le Metropolitan Opera de New York.
Verdi, Toscanini, Callas, Visconti, Strehler, Karajan, Pavarotti, Freni, Muti, Chereau jalonnent Ă  prĂ©sent l’histoire du lieu et composent un casting prestigieux qui incarne Ă  la Scala depuis deux siĂšcles, l’histoire de l’opĂ©ra et des ses passions.
Chaque 7 dĂ©cembre, jour de la Saint-Ambroise, patron de la ville de Milan, le thĂ©Ăątre de la Scala inaugure sa nouvelle saison lyrique Ă  la diffĂ©rence de toutes les autres scĂšnes. C’est une soirĂ©e de gala trĂšs recherchĂ©e. Le rituel est immuable, conçu pour faire payer les mĂ©cĂšnes et les sponsors lors d’une soirĂ©e fastueuses fermĂ©e au grand public. Le prix des places atteint des sommets extraordinaires. Les stars, les politiques, les tĂȘtes couronnĂ©es s’y prĂ©cipitent. C’est l’évĂ©nement mondain que suit toute l’Italie en direct Ă  la tĂ©lĂ©vision.
Pour la premiĂšre fois, une Ă©quipe documentaire a Ă©tĂ© autorisĂ©e Ă  suivre la prĂ©paration d’un 7 dĂ©cembre Ă  la Scala, Ă  se glisser Ă  l’intĂ©rieur de cette formidable machine Ă  opĂ©ras. Le spectacle est partout : dans les loges, dans les parterres dans les coulisses. Le pouls de la Scala puise son Ă©nergie au rythme des Ăąmes du passĂ©, mais sa force vitale est toujours aussi forte : c’est peut-ĂȘtre le seul thĂ©Ăątre du monde oĂč quand le programme paraĂźt, toutes les places sont dĂ©jĂ  vendues.
scala-vue-plongeante-interieur-theatre-docu-ARTE-mai-2015-classiquenews-La_Scala_Opera_MilanEn marge du 7 dĂ©cembre, le film part Ă  la rencontre de ceux qui tissent (ou ont tissĂ©) la lĂ©gende du thĂ©Ăątre milanais (scaligĂšne). Ils sont inconnus ou cĂ©lĂšbres, mais tous racontent leurs histoires de la Scala : ces instants magiques, dont ils sont acteurs ou tĂ©moins, qui construisent la mythologie. Les plus anciens, Verdi, Callas, sont mis en scĂšne par de courts entretiens « fictionnĂ©s ». Des archives inĂ©dites permettent de revoir Toscanini, Tebaldi ou Strehler. Enfin, le film convoque aussi ceux qui s’appliquent Ă  Ă©crire l’histoire d’aujourd’hui et de demain (Barenboim, Chailly, Bolle). RythmĂ© par des extraits des grandes productions de la Scala choisies sur ces quarante derniĂšres annĂ©es, « Histoires de la Scala » pose un regard inĂ©dit Ă  la fois intime et passionnel sur le lieu devenu mythique.

 

arte_logo_2013Arte. La Scala de Milan, histoires du lieu… Documentaire de Luca LUCINI. Dimanche 31 mai 2015, 17h30. Coproduction : ARTE France, CAMERA LUCIDA Productions, Skira Classica et RaĂŻ 3 (2015- 52mn). Avec Daniel Barenboim, Placido Domingo, StĂ©phane Lissner, Ricardo Chailly, Mirella Freni, Roberto Bolle, Alexander Pereira, Raina Kabaivanska, Mirella Freni


 

Turandot de Puccini Ă  La Scala de Milan

turandot-scala-de-milanMilan, Scala. Puccini : Turandot. Du 1er au 23 mai 2015. Ninna Stemme, ailleurs et jusque lĂ  wagnĂ©rienne enivrĂ©e, chante le rĂŽle le plus Ă©crasant de Puccini, Turandot. La Scala sous la direction de Riccardo Chailly en prĂ©sente la version complĂ©tĂ©e par Luciano Berio (restitution du Finale qui voit les retrouvailles de la princesse chinoise avec son prĂ©tendant). Mise en scĂšne : Nikolaus Lehnhoff. Avec Stefano La Colla / Aleksandrs Antonenko (Calaf), Maria Agresta (LiĂč)
 De la lĂ©gende de Gozzi, d’un orientalisme fantasmĂ©, Puccini fait une partition oĂč rĂšgne d’abord, souveraine par ses audaces tonales et harmoniques, la divine musique. Le raffinement dramatique et psychologique de l’orchestre dĂ©ployĂ© pour exprimer la grandeur tragique de la petite geisha Cio Cio San dans Madama Butterfly (1904) se prolonge ici dans un travail inouĂŻ de raffinement et de complexe scintillement. Puccini creuse le mystĂšre et l’énigme, donnĂ©es clĂ©s de sa Turandot, princesse chinoise dont tout prĂ©tendant doit rĂ©soudre les 3 Ă©nigmes sans quoi il est illico dĂ©capitĂ©. Rempart destinĂ© Ă  prĂ©server la virginitĂ© de la jeune fille, comme le mur de feu pour BrĂŒnnhilde, dans La Walkyrie de Wagner, la question des Ă©nigmes cache en vĂ©ritĂ© la peur viscĂ©rale de l’homme ; une interdiction traumatique qui remonte Ă  son ancĂȘtre, elle mĂȘme enlevĂ©e, violĂ©e, assassinĂ©e par un prince Ă©tranger. C’est l’antithĂšse du Tristan und Isolde de Wagner (1865) et ses riches chromatismes irrĂ©solus, exprimant le dĂ©sir de fusion, qui Ă  contrario de Turandot, princesse pĂ©trifiĂ©e et frigide, ne cesse d’exprimer la langueur de l’extase amoureuse accomplie. MĂȘlant tragique sanguinaire et comique dĂ©lirant, Puccini n’oublie pas de brosser le portrait des 3 ministres de la Cour impĂ©riale, Ping, Pang, Pong (II) qui, personnel attachĂ© aux rites des dĂ©capitations et des noces (dans le cas oĂč le prince candidat dĂ©couvre chaque Ă©nigme de Turandot), sont lassĂ©s des exĂ©cutions en sĂ©rie, ont la nostalgie de leur campagne plus paisible.

 

 

 

L’orchestre ocĂ©an de Turandot

 

Au III, alors que Turandot dĂ©semparĂ©e veut obtenir le nom du prĂ©tendant, LiĂč, l’esclave qui accompagne Timur, le roi dĂ©chu de Tartarie, rĂ©siste Ă  la torture et se suicide devant la foule
 Puccini glisse deux airs Ă©poustouflants de souffle et d’intensitĂ© poĂ©tique : l’hymne Ă  l’aurore de Calaf en dĂ©but d’acte, et la derniĂšre priĂšre Ă  l’amour de LiĂč. GĂ©nie mĂ©lodiste, Puccini est aussi un formidable orchestrateur. Turandot et ses climats orchestraux somptueux et mystĂ©rieux se rapprochent de La ville morte de Korngold (1920) aux brumes symphoniques magistralement oniriques. Le genĂšse de Turandot est longue : commencĂ©e en 1921, reprise en 1922, puis presque achevĂ©e pour le III en 1923. Pour le final, le compositeur souhaitait une extase digne de Tristan, mais le texte ne lui fut adressĂ© qu’en octobre 1924, au moment oĂč les mĂ©decins diagnostiquĂšrent un cancer de la gorge. Puccini meurt Ă  Bruxelles d’une crise cardiaque laissant inachevĂ© ce duo tant espĂ©rĂ©.

C’est Alfano sous la dictĂ©e de Toscanini qui Ă©crira la fin de Turandot. En 1926, Toscanini crĂ©Ă©e l’opĂ©ra tout en indiquant oĂč Puccini avait cessĂ© de composer. En dĂ©pit de son continuum dramatique interrompu par le dĂ©cĂšs de l’auteur, l’ouvrage doit ĂȘtre saisi et estimĂ© par la puissance de son architecture et le chant structurant de l’orchestre : vrai acteur protagoniste qui tisse et dĂ©roule, cultive et englobe un bain de sensations diffuses mais enveloppantes. La musique orchestrale faite conscience et intelligence. En cela la modernitĂ© de Puccini est totale. Et l’Ɠuvre qui en dĂ©coule, dĂ©passe indiscutablement le prĂ©texte oriental qui l’a fait naĂźtre.

 

 

Toutes les infos, les réservations sur le site du Teatro alla Scala de Milan

 

http://www.teatroallascala.org/en/season/opera-ballet/2014-2015/turandot.html