INTERNET : opĂ©ra et ballets gratuits sur le site de l’OpĂ©ra de Paris

Imanon-desgrieux-abbe-main-presse-opera-critique-classiquenews-yende-bernheimnternet, live. Dès ce soir, 19h30, l’OpĂ©ra de Paris met en ligne gratuitement ses productions pendant les semaines de confinement imposĂ©. Pour profiter du temps d’immobilisation forcĂ©e suite Ă  la pandĂ©mie, l’OpĂ©ra de Paris met en ligne gratuitement ses spectacles pendant le confinement Ă  partir du 17 mars, c’est le cas des opĂ©ras Manon, Don Giovanni ou le ballet Le Lac des Cygnes, tour Ă  tour disponibles en libre accès sur les sites de l’OpĂ©ra et de Culturebox. Dès mardi 16 mars 2020, 19h30 sont ainsi mis en accès libre et gratuitement plusieurs spectacles issus des archives de l’institution.

 

 

Principe : pendant 6 jours, l’internaute pourra visionner une reprĂ©sentation disponible sur le site Internet de l’OpĂ©ra et celui de Culturebox . Ă€ la fin de ce dĂ©lai, cette production sera remplacĂ©e par une autre et ainsi de suite jusqu’en mai 2020. L’opĂ©ra Manon de Jules Massenet inaugure le cycle accessible depuis internet (mise en scène de Vincent Huguet / LIRE ici notre compte rendu de Manon / Yende / Bernheim / Huguet). Le spectacle, qui devait ĂŞtre rĂ©prĂ©sentĂ© jusqu’au 10 avril Ă  l’OpĂ©ra de Bastille, a Ă©tĂ© annulĂ© après les premières mesures de rĂ©duction des jauges pour les spectacles publiques. Pour l’OpĂ©ra de Paris, dĂ©jĂ  fortement atteint par les grèves du personnel dans le contexte de la rĂ©forme des retraites, il reste fondamental de prĂ©server le lien avec le public.

Filmé en huis clos le 10 mars, Manon était initialement destiné à être diffusé en direct dans les salles de cinémas. Une diffusion ajournée par les dernières décisions prises par le chef de l’état. Internet s’avère donc idéal pour accéder à la magie de l’opéra et du spectacle vivant alors que la populations française est condamnée à demeurer confinée jusqu’à nouvel ordre.

 

 

Avant d’attendre 19h30 ce soir, l’institution parisienne propose dĂ©jĂ  le ballet Giselle et l’opĂ©ra Les Indes galantes sur son site : https://www.operadeparis.fr/magazine/ballet

VOIR MANON de MASSENET ici
https://www.operadeparis.fr/magazine/manon-en-replay

 

Notre avis. Un rien de dolent, un français pas toujours très articulé, Pretty Yende a certes la voix (quoique des graves inexistants) mais elle semble trop jeune encore pour le rôle ; cette pose artificielle qui la fait paraître plus rossignol chantant (l’air du Cours la Reine ici dans un vaste hall gothique) qu’amoureuse coupable, rongée par le remord et l’élan de reconquête pour Des Grieux (leur duo à Saint-Sulpice)… écartent cependant cette Manon un peu trop lisse et pas assez trouble d’être réellement mémorable voire inoubliable : les Beverley Sills ou Ileana Cotrubas restent inégalées dans cette fusion d’ivresse éperdue et de style.

 

 

 

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VIDEO TEASER :

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique opéra. PARIS, Bastille, le 5 mars 2020. MASSENET : MANON. Yende / Bernheim

manon massent pretty yen bernheim critique opera classique newsCOMPTE-RENDU, critique opéra. PARIS, Bastille, le 5 mars 2020. MASSENET : MANON. Yende / Bernheim. Après Bordeaux, le ténor Benjamin Bernheim reprend le rôle du Chevalier Des Grieux à Bastille, amoureux transi de la belle Manon ; mais trahi par elle, il devient l’abbé de Saint-Sulpice, avant de retomber dans les bras de celle qui n’a jamais cessé de l’aimer… Récemment auréolé d’une Victoire de la musique (fév 2020), le chanteur incarne efficacement le personnage dont l’abbé Prévost, premier auteur avant Massenet, souligne la candeur, l’innocence voire une certaine naïveté …fatale. Le ténor reviendra, pour la saison prochaine 2020-2021, à Bastille aussi, incarnant FAUST de Gounod.
Saluée à Paris sur la même scène dans Lucia di Lammermoor (oct 2016), La Traviata en sept 2019 avec déjà B.Bernheim comme partenaire, Pretty Yende incarne Manon faisant rayonner son art coloratoure enchanteur au profit d’une nouvelle prise de rôle rafraîchissante qui manque cependant d’implication textuelle : pas assez articulée, parfois inintelligible, la jeune diva sud-africaine manque sa partie à cause d’une mauvaise diction du français et un format qui paraît parfois sous dimensionné pour le rôle (air du Cours la Reine, et graves inaudibles). Pourtant le caractère est présent et la sincérité du chant, toujours intacte. On est quand même loin des Beverly Sills ou Ileana Cotrubas, voire récemment sur cette même scène, Renée Fleming. Tout cela manque et d’épaisseur et d’émotions. Parmi les seconds rôles, Ludovic Tézier (Lescaut) culmine par sa bravoure racée, onctueuse (un rien trop paternel pour le cousin de Des Grieux), comme Rodolphe Briand (fin Guillot de Mortfontaine, vraie incarnation de l’esprit du Paris Louis XV).

 

 

Manon en meneuse de revue

 

manon-desgrieux-abbe-main-presse-opera-critique-classiquenews-yende-bernheim

 

 

 

 

yende bernheim manon massenet bastille critique opera classique newsHĂ©las, le chef Dan Ettinger aborde Massenet comme une rutilante tapisserie nĂ©obaroque, pompe et puissance pompier en prime : les voix sont couvertes, les chĹ“urs saturĂ©s, et la direction privilĂ©gie l’effet sur la respiration. Le ballet nĂ©o Versaillais pĂ©tille et ronfle Ă  souhait façon revue musicale. Quant Ă  la scène oĂą Manon fait la reconquĂŞte de son ex amant devenu abbĂ©, la musique verse des rubans de suavitĂ© sirupeuse. La caricature n’est pas loin. Encore une direction surdimensionnĂ©e qui affecte la perception du Massenet, subtil peintre des sentiments. D’autant qu’à la subtilitĂ© d’un XVIIIè pourtant Ă©lĂ©gant et parisien dans la partition, le metteur en scène de la nouvelle production parisienne, Vincent Huguet, ex collaborateur de Patrice ChĂ©reau, prĂ©fère l’ivresse des AnnĂ©es Folles qui fait de Manon, une meneuse de revue, la vĂ©ritable reine du Paris libĂ©rĂ©. Ce parti pris aux rĂ©alisations Art DĂ©co très esthĂ©tisantes, n’empĂŞche pas confusion et mĂ©li-mĂ©los dans la scĂ©nographie et la lisibilitĂ© de certaines situations (la fin de la courtisane mourante.…). Les inserts de JosĂ©phine Baker (comme si l’on avait pas compris le parallèle Baker / Manon) coupe la continuitĂ© de l’œuvre originelle et finissent par agacer. L’époque est au zapping, au redĂ©coupage, au saucissonage, quitte Ă  dĂ©naturer la partition d’origine. Soit. La production vaut surtout par le duo des chanteurs dans les deux rĂ´les protagonistes. Attention B. Bernheim / P. Yende ne chantent pas sur toutes les dates ; ils sont remplacĂ©s par d’autres solistes. Voir le site de l’OpĂ©ra Bastille afin d’identifier la distribution qui concerne la date requise. Illustrations : photos ONP © J Benhamou

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LIRE aussi notre présentation de MANON de MASSENET
http://www.classiquenews.com/nouvelle-manon-de-massenet-a-bastille/

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VIDEO : voir le teaser MANON de MASSENET / OpĂ©ra Bastille / Yende, Bernheim – mars 2020

https://www.youtube.com/watch?v=1bMXcG8_Nys&feature=emb_logo

 

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Nouvelle Manon de Massenet Ă  Bastille

massenet jules portrait classiquenewsPARIS, Bastille : nouvelle MANON de Massenet : 26 fev – 10 avril 2020 – Massenet contrairement Ă  ce qu’il dĂ©clare dans Souvenirs (souvent rĂ©Ă©criture idĂ©alisatrice sujette Ă  caution), compose Manon sur une longue durĂ©e Ă  partir du livret de Meilhac et Gille. La composition s’accĂ©lère surtout en 1882, après la crĂ©ation milanaise d’HĂ©rodiade. Du genre opĂ©ra-comique, la partition comporte quelque scènes parlĂ©es, surtout un personnage issu du théâtre comique XVIIIè chantĂ© par un « trial », c’est Ă  dire un tĂ©nor lĂ©ger : le vieux Guillot de Morfontaine qui malgrĂ© son âge avancĂ© en pince pour Manon; mais celle-ci acceptant puis rechignant ses cadeaux exorbitants, ne pourra guère Ă©chapper Ă  la vengeance du vieux satire blessĂ© ; Massenet cite surtout le style français rococo et galant (ballet du Cours la Reine dans un style purement Louis XV et Pompadour). Pour le rĂ´le titre, le compositeur a subtilement mĂŞlĂ© les diverses facettes d’un personnage qui est tout sauf superficiel : attachant. Le rĂ´le exige virtuositĂ© coloratoure et dramatisme intense. Il faut autant exprimer la frivolitĂ© triomphante de la jeune coquette que le dĂ©sarroi sincère de la courtisane coupable et amoureuse…

D’après le roman de l’abbé Prévost (1731), Manon de Massenet précède l’opéra éponyme (Manon Lescaut) de Puccini (1893). Après son opéra, Massenet compose une suite chambriste à Manon, Le portrait de Manon (1894), où il resserre encore son écriture et approfondit sa nostalgie du grand style, mais sur un mode intimiste nouveau, très proche du théâtre.
Dans Manon, première lecture (création à l’Opéra Comique, le 19 janvier 1884), Massenet réinvente le personnage central de la jeune femme, frivole et amoureuse, fragile et trop légère … le rôle est brillamment incarné par les meilleures sopranos de la Belle Epoque: Marie Heilbronn (qui meurt trop tôt à 35 ans en mars 1886), puis Sibyl Sylberson (à partir de 1891 à l’Opéra Comique)…

Massenet soigne le brio des airs solistes: air du rêve de Des Grieux (comme une romance ancienne); grand air brillant et virtuosissime pour la soprano vedette : “je marche sur tous les chemins” (air du Cours La Reine) et depuis lors, emblème de toute coloratoure qui se respecte, là même où a brillé sans pareille, Beverly Sills, sur les traces de la créatrice du rôle, Marie Heilbronn.
Plus que dans Carmen de Bizet, Manon ose des tournures nouvelles, faisant évoluer en permanence l’écriture du discours vocal : air, arioso, drame chanté; la prosodie de Massenet est fine et libre, d’une liberté et d’une invention remarquables. Le grand duo amoureux à Saint-Sulpice où la sirène séductrice reconquiert son ancien amant devenu abbé (!) est l’un des sommets de l’opéra et l’épisode prosodique le plus réussi à ce titre.

 

 

 

 

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PARIS, Opéra Bastilleboutonreservation
du 26 février au 10 avril 2020
3h25 avec 2 entractes
Réservez directement vos places sur le site de l’Opéra de Paris
https://www.operadeparis.fr/saison-19-20/opera/manon

La distribution alterne deux équipes : avec Pretty Yende / Amina Edris dans le rôle titre, Benjamin Bernheim / Stephen Costello (le chevalier DesGrieux), Ludovic Tézier (Lescaut)… Dans la nouvelle mise en scène de Vincent Huguet.

 

 

Opéra Bastille : Nouvelle Manon de Massenet

massenet jules portrait classiquenewsPARIS, Bastille : nouvelle MANON de Massenet : 26 fev – 10 avril 2020 – Massenet contrairement Ă  ce qu’il dĂ©clare dans Souvenirs (souvent rĂ©Ă©criture idĂ©alisatrice sujette Ă  caution), compose Manon sur une longue durĂ©e Ă  partir du livret de Meilhac et Gille. La composition s’accĂ©lère surtout en 1882, après la crĂ©ation milanaise d’HĂ©rodiade. Du genre opĂ©ra-comique, la partition comporte quelque scènes parlĂ©es, surtout un personnage issu du théâtre comique XVIIIè chantĂ© par un « trial », c’est Ă  dire un tĂ©nor lĂ©ger : le vieux Guillot de Morfontaine qui malgrĂ© son âge avancĂ© en pince pour Manon; mais celle-ci acceptant puis rechignant ses cadeaux exorbitants, ne pourra guère Ă©chapper Ă  la vengeance du vieux satire blessĂ© ; Massenet cite surtout le style français rococo et galant (ballet du Cours la Reine dans un style purement Louis XV et Pompadour). Pour le rĂ´le titre, le compositeur a subtilement mĂŞlĂ© les diverses facettes d’un personnage qui est tout sauf superficiel : attachant. Le rĂ´le exige virtuositĂ© coloratoure et dramatisme intense. Il faut autant exprimer la frivolitĂ© triomphante de la jeune coquette que le dĂ©sarroi sincère de la courtisane coupable et amoureuse…

D’après le roman de l’abbé Prévost (1731), Manon de Massenet précède l’opéra éponyme (Manon Lescaut) de Puccini (1893). Après son opéra, Massenet compose une suite chambriste à Manon, Le portrait de Manon (1894), où il resserre encore son écriture et approfondit sa nostalgie du grand style, mais sur un mode intimiste nouveau, très proche du théâtre.
Dans Manon, première lecture (création à l’Opéra Comique, le 19 janvier 1884), Massenet réinvente le personnage central de la jeune femme, frivole et amoureuse, fragile et trop légère … le rôle est brillamment incarné par les meilleures sopranos de la Belle Epoque: Marie Heilbronn (qui meurt trop tôt à 35 ans en mars 1886), puis Sibyl Sylberson (à partir de 1891 à l’Opéra Comique)…

Massenet soigne le brio des airs solistes: air du rêve de Des Grieux (comme une romance ancienne); grand air brillant et virtuosissime pour la soprano vedette : “je marche sur tous les chemins” (air du Cours La Reine) et depuis lors, emblème de toute coloratoure qui se respecte, là même où a brillé sans pareille, Beverly Sills, sur les traces de la créatrice du rôle, Marie Heilbronn.
Plus que dans Carmen de Bizet, Manon ose des tournures nouvelles, faisant évoluer en permanence l’écriture du discours vocal : air, arioso, drame chanté; la prosodie de Massenet est fine et libre, d’une liberté et d’une invention remarquables. Le grand duo amoureux à Saint-Sulpice où la sirène séductrice reconquiert son ancien amant devenu abbé (!) est l’un des sommets de l’opéra et l’épisode prosodique le plus réussi à ce titre.

 

 

 

 

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PARIS, Opéra Bastille
du 26 février au 10 avril 2020
3h25 avec 2 entractes
Réservez directement vos places sur le site de l’Opéra de Paris
https://www.operadeparis.fr/saison-19-20/opera/manon

La distribution alterne deux équipes : avec Pretty Yende / Amina Edris dans le rôle titre, Benjamin Bernheim / Stephen Costello (le chevalier DesGrieux), Ludovic Tézier (Lescaut)… Dans la nouvelle mise en scène de Vincent Huguet.

 

 

 

 

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Réinventer le style Pompadour….

Massenet en homme du XIXème réinvente le XVIIIè décrit pourtant avec précision par l’Abbé Prévost dans son roman qui se déroule à Paris au début des années 1720… le Cours la Reine est une pure invention du compositeur. Lescaut n’est plus le frère mais le cousin de la belle Manon. Celle-ci ne meurt pas dans le désert américain mais sur la route du Havre et elle a assez de discernement malgré sa fatigue et son épuisement pour, juste avant d’expirer, admirer le diamant de la première étoile du soir…
Avec le tableau du Cours la Reine, véritable image fantasmatique d’un XVIIIè redessiné par Massenet et ses librettistes, le directeur de l’Opéra Comique, Carvalho, mise sur les effets visuels et spectaculaires, grâce aux décors spécialement conçus pour la production: le public venu applaudir Marie Heilbronn dans le rôle de Manon et le célèbre ténor Alexandre Talazac, se passionne pour l’opéra: pas moins de 78 représentations pour la seule année 1884. Un triomphe et l’a confirmation que Massenet reste le plus grand créateur à l’opéra en cette fin du XIXème.

Synopsis
Manon Lescaut fuit à Paris avec le Chevalier des Grieux pour échapper au couvent. Mais les amants sans le sou déchantent vite et dans le Paris de la Régence (devenu l’emblème du style Pompadour dans l’opéra de Massenet), Manon quitte Des Grieux pour vendre ses charmes aux nobles assidus; devenu abbé à Saint-Sulpice, Des Grieux ne peut résister aux avances de son ancienne maîtresse venue le reconquérir… ils se remettent ensemble; il joue et gagne; mais c’est compter sans la vengeance des puissants; Manon est déportée et meurt dans le bras d’un Des Grieux, impuissant.

 
PrĂ©sentation de l’Ĺ“uvre par l’OpĂ©ra de Paris :

Lorsque l’abbé Prévost signe en 1731 L’Histoire du chevalier  des Grieux et de Manon Lescaut – qui inspirera à Massenet sa Manon – c’est le tableau d’une époque qu’il nous livre : celle de la Régence, qui voit la vieille société s’éteindre tandis qu’une nouvelle semble naître, pleine de la promesse d’une liberté nouvelle. C’est entre ces mondes qu’évolue Manon, fuyant le couvent pour embrasser les chemins du désir et de la transgression, et se jeter à corps perdu dans une passion brûlante et autodestructrice avec des Grieux. Une parenthèse s’ouvre, qui se refermera dans la douleur et dans la nuit. Le metteur en scène Vincent Huguet s’affranchit du taffetas historique de l’oeuvre pour en faire ressurgir toute la violence.

 

 

 

 

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ACTE I - AMIENS

Le vieux Guillot de Morfontaine, entouré de ses maîtresses Poussette, Javotte et Rosette, dîne bruyamment en compagnie de Brétigny. Débarque une foule de voyageurs parmi lesquels la jeune Manon. Elle est accueillie par son cousin Lescaut, chargé de la conduire au couvent. La belle ne passe pas inaperçue et Guillot tente de la séduire en faisant étalage de sa richesse. Lescaut l’éloigne et recommande à Manon de se tenir sage pendant qu’il s’encanaille dans le cabaret voisin. Restée seule, Manon rêve à la vie qu’on lui interdit. L’arrivée du chevalier des Grieux la tire de sa mélancolie : les deux jeunes gens tombent amoureux au premier regard et décident de s’enfuir à Paris.

ACTE II – PARIS

Le jeune couple vit dans un appartement de fortune. Des Grieux lit à Manon la lettre qu’il vient d’écrire à son père dans laquelle il lui annonce son intention de l’épouser. Ils sont interrompus par Lescaut, accompagné de Brétigny que Manon reconnaît immédiatement malgré son déguisement. Un jeu de dupes se met en place : Lescaut prétend se réconcilier avec des Grieux, tandis que Brétigny informe Manon que son amant sera rendu de force à son père le soir même. En échange de son silence, il lui promet de faire d’elle la reine du Tout-Paris. Malgré son amour sincère, Manon accepte le marché et se résigne à changer de vie. Des Grieux s’aperçoit de son trouble, mais il est trop tard : il est enlevé sous les protestations de Manon.

ACTE III – PREMIER TABLEAU LE COURS-LA-REINE

C’est jour de fête au Cours-la-Reine. Poussette, Javotte et Rosette s’amusent en cachette de Guillot tandis que Lescaut fait le joli coeur. Manon fait une entrée très remarquée et proclame devant la foule de ses admirateurs l’urgence de profiter de la jeunesse. Elle surprend une conversation entre Brétigny et le comte des Grieux et apprend que le chevalier a décidé de se retirer du monde et d’entrer au séminaire. Guillot, qui espère séduire Manon et l’enlever à Brétigny, a fait venir pour elle le Ballet de l’Opéra, mais la jeune femme quitte la fête précipitamment pour aller retrouver des Grieux.

ACTE III – SECOND TABLEAU SAINT-SULPICE

Des Grieux vient de prononcer un sermon qui a beaucoup impressionné les dévotes. Son père tente encore une fois de le dissuader d’entrer dans les ordres, mais le jeune homme reste inflexible. Cependant l’arrivée de Manon le trouble au plus haut point. Elle le supplie de lui pardonner sa trahison. Des Grieux est tiraillé entre son désir et ses résolutions. Il finit par céder au charme de Manon et s’enfuit une nouvelle fois avec elle.

ACTE IV – L’HĂ”TEL DE TRANSYLVANIE

Les dépenses de Manon ont épuisé les ressources de des Grieux. Pour se refaire, il se laisse entraîner dans un tripot où Lescaut a ses habitudes. Malgré ses réticences et son dégoût pour les jeux d’argent, il engage une partie avec Guillot dont il rafle les mises coup sur coup. Sa chance insolente irrite son adversaire qui l’accuse de tricherie. Guillot sort en menaçant le couple et revient peu après avec la police qui arrête Manon et des Grieux avec la bénédiction de son père.

ACTE V – LA ROUTE DU HAVRE

Sur une route qui mène vers Le Havre, des Grieux et Lescaut attendent le passage du convoi des filles condamnées à la déportation. Lescaut réussit à acheter la complicité des gardes pour que Manon et des Grieux puissent rester un moment seuls. La jeune femme s’accuse d’avoir gâché leur amour et implore le pardon. Des Grieux la rassure, tente de lui redonner espoir. Mais Manon est trop épuisée. Elle meurt dans ses bras en rêvant à leur bonheur passé.

Opéra-Comique en cinq actes et six tableaux. Musique de Jules Massenet.
Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille d’après le roman de l’abbé Prévost (Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut). Éditions Leduc-Heugel.
Créé à Paris, Opéra-Comique, le 19 janvier 1884.

 
 

Nouvelle MANON de Massenet Ă  l’OpĂ©ra Bastille

massenet jules portrait classiquenewsPARIS, Bastille : nouvelle MANON de Massenet : 26 fev – 10 avril 2020 – Massenet contrairement Ă  ce qu’il dĂ©clare dans Souvenirs (souvent rĂ©Ă©criture idĂ©alisatrice sujette Ă  caution), compose Manon sur une longue durĂ©e Ă  partir du livret de Meilhac et Gille. La composition s’accĂ©lère surtout en 1882, après la crĂ©ation milanaise d’HĂ©rodiade. Du genre opĂ©ra-comique, la partition comporte quelque scènes parlĂ©es, surtout un personnage issu du théâtre comique XVIIIè chantĂ© par un « trial », c’est Ă  dire un tĂ©nor lĂ©ger : le vieux Guillot de Morfontaine qui malgrĂ© son âge avancĂ© en pince pour Manon; mais celle-ci acceptant puis rechignant ses cadeaux exorbitants, ne pourra guère Ă©chapper Ă  la vengeance du vieux satire blessĂ© ; Massenet cite surtout le style français rococo et galant (ballet du Cours la Reine dans un style purement Louis XV et Pompadour). Pour le rĂ´le titre, le compositeur a subtilement mĂŞlĂ© les diverses facettes d’un personnage qui est tout sauf superficiel : attachant. Le rĂ´le exige virtuositĂ© coloratoure et dramatisme intense. Il faut autant exprimer la frivolitĂ© triomphante de la jeune coquette que le dĂ©sarroi sincère de la courtisane coupable et amoureuse…

D’après le roman de l’abbé Prévost (1731), Manon de Massenet précède l’opéra éponyme (Manon Lescaut) de Puccini (1893). Après son opéra, Massenet compose une suite chambriste à Manon, Le portrait de Manon (1894), où il resserre encore son écriture et approfondit sa nostalgie du grand style, mais sur un mode intimiste nouveau, très proche du théâtre.
Dans Manon, première lecture (création à l’Opéra Comique, le 19 janvier 1884), Massenet réinvente le personnage central de la jeune femme, frivole et amoureuse, fragile et trop légère … le rôle est brillamment incarné par les meilleures sopranos de la Belle Epoque: Marie Heilbronn (qui meurt trop tôt à 35 ans en mars 1886), puis Sibyl Sylberson (à partir de 1891 à l’Opéra Comique)…

Massenet soigne le brio des airs solistes: air du rêve de Des Grieux (comme une romance ancienne); grand air brillant et virtuosissime pour la soprano vedette : “je marche sur tous les chemins” (air du Cours La Reine) et depuis lors, emblème de toute coloratoure qui se respecte, là même où a brillé sans pareille, Beverly Sills, sur les traces de la créatrice du rôle, Marie Heilbronn.
Plus que dans Carmen de Bizet, Manon ose des tournures nouvelles, faisant évoluer en permanence l’écriture du discours vocal : air, arioso, drame chanté; la prosodie de Massenet est fine et libre, d’une liberté et d’une invention remarquables. Le grand duo amoureux à Saint-Sulpice où la sirène séductrice reconquiert son ancien amant devenu abbé (!) est l’un des sommets de l’opéra et l’épisode prosodique le plus réussi à ce titre.

 

 

 

 

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PARIS, Opéra Bastille
du 26 février au 10 avril 2020
3h25 avec 2 entractes
Réservez directement vos places sur le site de l’Opéra de Paris
https://www.operadeparis.fr/saison-19-20/opera/manon

La distribution alterne deux équipes : avec Pretty Yende / Amina Edris dans le rôle titre, Benjamin Bernheim / Stephen Costello (le chevalier DesGrieux), Ludovic Tézier (Lescaut)… Dans la nouvelle mise en scène de Vincent Huguet.

 

 

 

 

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Réinventer le style Pompadour….

Massenet en homme du XIXème réinvente le XVIIIè décrit pourtant avec précision par l’Abbé Prévost dans son roman qui se déroule à Paris au début des années 1720… le Cours la Reine est une pure invention du compositeur. Lescaut n’est plus le frère mais le cousin de la belle Manon. Celle-ci ne meurt pas dans le désert américain mais sur la route du Havre et elle a assez de discernement malgré sa fatigue et son épuisement pour, juste avant d’expirer, admirer le diamant de la première étoile du soir…
Avec le tableau du Cours la Reine, véritable image fantasmatique d’un XVIIIè redessiné par Massenet et ses librettistes, le directeur de l’Opéra Comique, Carvalho, mise sur les effets visuels et spectaculaires, grâce aux décors spécialement conçus pour la production: le public venu applaudir Marie Heilbronn dans le rôle de Manon et le célèbre ténor Alexandre Talazac, se passionne pour l’opéra: pas moins de 78 représentations pour la seule année 1884. Un triomphe et l’a confirmation que Massenet reste le plus grand créateur à l’opéra en cette fin du XIXème.

Synopsis
Manon Lescaut fuit à Paris avec le Chevalier des Grieux pour échapper au couvent. Mais les amants sans le sou déchantent vite et dans le Paris de la Régence (devenu l’emblème du style Pompadour dans l’opéra de Massenet), Manon quitte Des Grieux pour vendre ses charmes aux nobles assidus; devenu abbé à Saint-Sulpice, Des Grieux ne peut résister aux avances de son ancienne maîtresse venue le reconquérir… ils se remettent ensemble; il joue et gagne; mais c’est compter sans la vengeance des puissants; Manon est déportée et meurt dans le bras d’un Des Grieux, impuissant.

 

 
PrĂ©sentation de l’Ĺ“uvre par l’OpĂ©ra de Paris :

Lorsque l’abbé Prévost signe en 1731 L’Histoire du chevalier  des Grieux et de Manon Lescaut – qui inspirera à Massenet sa Manon – c’est le tableau d’une époque qu’il nous livre : celle de la Régence, qui voit la vieille société s’éteindre tandis qu’une nouvelle semble naître, pleine de la promesse d’une liberté nouvelle. C’est entre ces mondes qu’évolue Manon, fuyant le couvent pour embrasser les chemins du désir et de la transgression, et se jeter à corps perdu dans une passion brûlante et autodestructrice avec des Grieux. Une parenthèse s’ouvre, qui se refermera dans la douleur et dans la nuit. Le metteur en scène Vincent Huguet s’affranchit du taffetas historique de l’oeuvre pour en faire ressurgir toute la violence.

 

 

 

  

 

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ACTE I - AMIENS

Le vieux Guillot de Morfontaine, entouré de ses maîtresses Poussette, Javotte et Rosette, dîne bruyamment en compagnie de Brétigny. Débarque une foule de voyageurs parmi lesquels la jeune Manon. Elle est accueillie par son cousin Lescaut, chargé de la conduire au couvent. La belle ne passe pas inaperçue et Guillot tente de la séduire en faisant étalage de sa richesse. Lescaut l’éloigne et recommande à Manon de se tenir sage pendant qu’il s’encanaille dans le cabaret voisin. Restée seule, Manon rêve à la vie qu’on lui interdit. L’arrivée du chevalier des Grieux la tire de sa mélancolie : les deux jeunes gens tombent amoureux au premier regard et décident de s’enfuir à Paris.

ACTE II – PARIS

Le jeune couple vit dans un appartement de fortune. Des Grieux lit à Manon la lettre qu’il vient d’écrire à son père dans laquelle il lui annonce son intention de l’épouser. Ils sont interrompus par Lescaut, accompagné de Brétigny que Manon reconnaît immédiatement malgré son déguisement. Un jeu de dupes se met en place : Lescaut prétend se réconcilier avec des Grieux, tandis que Brétigny informe Manon que son amant sera rendu de force à son père le soir même. En échange de son silence, il lui promet de faire d’elle la reine du Tout-Paris. Malgré son amour sincère, Manon accepte le marché et se résigne à changer de vie. Des Grieux s’aperçoit de son trouble, mais il est trop tard : il est enlevé sous les protestations de Manon.

ACTE III – PREMIER TABLEAU LE COURS-LA-REINE

C’est jour de fête au Cours-la-Reine. Poussette, Javotte et Rosette s’amusent en cachette de Guillot tandis que Lescaut fait le joli coeur. Manon fait une entrée très remarquée et proclame devant la foule de ses admirateurs l’urgence de profiter de la jeunesse. Elle surprend une conversation entre Brétigny et le comte des Grieux et apprend que le chevalier a décidé de se retirer du monde et d’entrer au séminaire. Guillot, qui espère séduire Manon et l’enlever à Brétigny, a fait venir pour elle le Ballet de l’Opéra, mais la jeune femme quitte la fête précipitamment pour aller retrouver des Grieux.

ACTE III – SECOND TABLEAU SAINT-SULPICE

Des Grieux vient de prononcer un sermon qui a beaucoup impressionné les dévotes. Son père tente encore une fois de le dissuader d’entrer dans les ordres, mais le jeune homme reste inflexible. Cependant l’arrivée de Manon le trouble au plus haut point. Elle le supplie de lui pardonner sa trahison. Des Grieux est tiraillé entre son désir et ses résolutions. Il finit par céder au charme de Manon et s’enfuit une nouvelle fois avec elle.

ACTE IV – L’HĂ”TEL DE TRANSYLVANIE

Les dépenses de Manon ont épuisé les ressources de des Grieux. Pour se refaire, il se laisse entraîner dans un tripot où Lescaut a ses habitudes. Malgré ses réticences et son dégoût pour les jeux d’argent, il engage une partie avec Guillot dont il rafle les mises coup sur coup. Sa chance insolente irrite son adversaire qui l’accuse de tricherie. Guillot sort en menaçant le couple et revient peu après avec la police qui arrête Manon et des Grieux avec la bénédiction de son père.

ACTE V – LA ROUTE DU HAVRE

Sur une route qui mène vers Le Havre, des Grieux et Lescaut attendent le passage du convoi des filles condamnées à la déportation. Lescaut réussit à acheter la complicité des gardes pour que Manon et des Grieux puissent rester un moment seuls. La jeune femme s’accuse d’avoir gâché leur amour et implore le pardon. Des Grieux la rassure, tente de lui redonner espoir. Mais Manon est trop épuisée. Elle meurt dans ses bras en rêvant à leur bonheur passé.

Opéra-Comique en cinq actes et six tableaux. Musique de Jules Massenet.
Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille d’après le roman de l’abbé Prévost (Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut). Éditions Leduc-Heugel.
Créé à Paris, Opéra-Comique, le 19 janvier 1884.

 

 
 

 

DVD, critique. MASSENET : MANON par K MacMillan – Lamb, Muntagirov, Yates (Opus Arte, 2018)

MANON-MCMILLAN-DVD-opus-ARTE-lamb-muntagirov-review-critique-danse-dvd-opera-classiquenewsDVD, critique. MASSENET : MANON par K MacMillan – Lamb, Muntagirov, Yates (Opus Arte, 2018). Inusable poĂ©tique de McMillan… Sir Kenneth MacMillan a marquĂ© les esprits par sa maĂ®trise du dramatisme, sachant revivifier la force Ă©motionnelle de sujets et mythes, tels Romeo et Juliette (1965 oĂą s’imposa Noureev, jeune pilier d’une Margot Fonteyn Ă  plus de 50 ans) ou la comĂ©die dramatique Mayerling (1978). Sa sensibilitĂ© narrative qui reste expressive et Ă©lĂ©gante s’est affirmĂ©e dès 1973 lors de sa crĂ©ation Ă  Covent Garden (avec Anthony Dowell et Antoinette Sibley, duo mythique du Royal Ballet) dans son inusable Manon (de son titre complet « L’histoire de Manon »), d’après Massenet (c’est Ă  dire ses opĂ©ras mais pas sa Manon contradictoirement). Comme John Cranko quand il s’empare de l’histoire d’OnĂ©guine (pas une note de l’opĂ©ra Ă©ponyme de Tchaikovski) MĂŞme si la fameuse scène Ă  Saint-Sulpice oĂą la courtisane Manon parvient Ă  sĂ©duire et reconquĂ©rir DesGrieux devenu abbĂ©, a Ă©tĂ© supprimĂ©e, McMillan trouve le ton juste, rĂ©alise avec mesure et Ă©quilibre le thème de l’amour contraint et finalement triomphant dans la mort; l’écriture narrative de McMillan, par sa clartĂ© et sa poĂ©sie – bel effet d’un Ă©quilibre maĂ®trisĂ©, a depuis influencĂ© dans cette mouvance dramatique, les Crnako donc, surtout John Neumeier, a contrario d’un BĂ©jart plus abstrait, et allĂ©gorique voire conceptuel. Jamais Ă©pais voire saint-sulpicien, McMillan prĂ©serve toujours une finesse psychologique admirable dont la Dame aux camĂ©lias de Neumeier est lui aussi redevable.

manon-500x333Sur les traces du roman de l’abbé Prévost (1731), la place majeure est réservée à la ballerina Sarah Lamb, Manon un peu sage cependant, qui devrait déployer une caractérisation riche, complexe, à multiples facettes : lolita écervelée, jouisseuse manipulant ses protecteurs, adoratrice de bijoux et de diamants (II) ; surtout dans la mort, agonisante, amoureuse sincère et jusqu’auboutiste, dans une plaine perdue de Louisiane (III) : peu à peu ce que révèle McMillan c’est l’évolution du personnage qui à mesure qu’il perd son insouciance gagne en humanité et en profondeur pour se consumer totalement. Le DesGrieux de Vadim Muntagirov assoit la forte conviction de cette production de 2018 : c’est un partenaire très solide aux côtés de Sarah Lamb, liane sensuelle, féminine jusqu’aux bouts de ses chaussons. Face à eux, agent du destin, qui rappelle toujours les deux cœurs trop jeunes et crédules à leur sort tragique, le Lescaut de Ryoichi Hirano s’impose par sa profondeur et la justesse du personnage.
CLIC_macaron_2014Dans la fosse, Martin Yates souligne les couleurs et les accents divers de la partition collectée par Leighton Lucas, qui reprend nombre de partitions extraites des opéras de Massenet. La version utilisée bénéficie d’une réorchestration réalisée par Yates en 2011. Plus de 40 après sa création, cette Manon de McMillan d’après Massenet n’a perdu aucun de ses charmes musicaux comme chorégraphiques. Un jalon classique et essentiel pour toute collection chorégraphique.

 

 

 

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Distribution :
Manon – Sarah Lamb
Des Grieux – Vadim Muntagirov
Lescaut – Ryoichi Hirano
Monsieur G.M. – Gary Avis
Lescaut’s Mistress – Itziar Mendizabal
Madame – Kirstin McNally
The Gaoler – Thomas Whitehead
Beggar Chief – James Hay
Courtesans – Fumi Kaneko, Beatriz Stix-Brunell, Olivia Cowley, Mayara Magri

Production:
Orchestration – Martin Yates (2011)
Choreography – Kenneth MacMillan
Staging – Julie Lincoln and Christopher Saunders
Designs – Nicholas Georgiadis
Lighting design – John B. Read

 

 

 

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DVD, critique. MASSENET : MANON par K MacMillan – Lamb, Muntagirov, Yates (Opus Arte, 2018) – Corps de Ballet du Royal Ballet, Orchestre de the Royal Opera House / Martin Yates, direction.

Illustration : © Alice Pennefather

 

 

 

 

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Compte rendu, Opéra. Liège. Opéra Royal de Wallonie, le 19 octobre 2014. Jules Massenet : Manon. Annick Massis, Alessandro Liberatore, Pierre Doyen, Roger Joakim. Patrick Davin, direction musicale. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scène

massis annick liegeQuatre ans après sa prise de rôle à l’Opéra de Rome, il était temps pour Annick Massis de se frotter une nouvelle fois à l’héroïne née sous la plume de l’abbé Prévost et mise en musique par Massenet. Des retrouvailles entre une chanteuse et un personnage, comme une rencontre enfin aboutie, dont le concert du mois d’avril Salle Favart nous avait déjà donné un avant-goût des plus prometteurs.  Force est de constater que l’écriture du rôle convient idéalement à la maturité vocal acquise par la soprano française depuis plusieurs années, dont on ne cesse d’admirer l’évolution, toute en sagesse et en lent mûrissement, comme un grand vin dont le bouquet s’enrichit au fil du temps. Ainsi que sa Juliette dans la maison liégeoise nous le faisait déjà écrire voilà près d’un an, l’instrument d’Annick Massis a gagné en ampleur comme en richesse, affirmant un médium désormais parfaitement assis et un grave sonore dans un poitrinage réalisé avec beaucoup d’art, Annick Massis marche sur tous les chemins sans pour autant perdre l’insolence et l’éclat de son registre aigu, osant toujours de spectaculaires contre-rés qui médusent l’assistance et déchaînent ses ovations par leur puissance et  leur impact dans la salle.

 

 

Annick Massis marche sur tous les chemins

 

A l’instar de l’héroïne de Shakespeare et Gounod, l’évolution du personnage apparaît de façon parfaitement lisible dans son jeu scénique et ses inflexions vocales, l’adolescente naïve du début de l’œuvre faisant place peu à peu à une femme sûre de ses charmes et habile dans leur usage sur la gent masculine.

Plus encore qu’une « petite table » poignante et un « Cours-la-Reine » éblouissant, on retient surtout une scène de Saint-Sulpice débordante de sensualité et de tendresse, ciselée dans ses nuances comme jamais, dans un intense moment d’émotion.

On comprend mal en revanche la nécessité des costumes à enlaidir l’héroïne, la ravalant tout au long de la représentation au rang d’une vulgaire pute de luxe, affublée qu’elle est d’une affreuse perruque blonde contre laquelle se bat constamment l’interprète, un comble pour une chanteuse naturellement dotée d’élégance et de prestance !

A ses côtés, on découvre le jeune ténor italien Alessandro Liberatore, tout entier dans son premier Des Grieux, qu’il sert avec fougue et sincérité. Sa prestation démontre un travail sur la langue française, mais le style propre à cette déclamation et à cette musique mériterait d’être davantage approfondi, la nature profondément transalpine de sa voix transparaissant souvent, malgré un bel effort de nuances en voix mixte dans le Rêve. L’aigu demeure parfois un rien serré et fragile, la projection modeste du chanteur se réduisant alors dans le registre supérieur, rendant ainsi le combat inégal contre l’orchestre. Un talent à suivre, qu’on retrouvera bientôt dans le Nabucco nancéen, où il tiendra le rôle d’Ismaele.

Formidable Lescaut, Pierre Doyen confirme cet après-midi encore les qualités qu’on suit chez lui depuis un moment. Beauté du timbre, puissance de la voix, solidité de la technique, aisance de l’aigu, précision de la diction et intelligence scénique, voilà un carton plein qu’on est heureux, une fois de plus, de saluer bien bas.

On apprécie également sans réserve le Comte Des Grieux de Roger Joakim, davantage baryton-basse que vraie basse, mais c’est un plaisir d’entendre ce rôle chanté haut et clair, avec noblesse et bonté, loin de l’autorité charbonneuse des voix fatiguées souvent distribuées ici. On est sincèrement émus par un « Epouse quelque brave fille » à la ligne de chant si tendrement déroulée que l’amour paternel contenu dans cet air en devient pleinement sensible.

Excellents, le Guillot insidieux de Papuna Tchuradze et le Brétigny imposant de Patrick Delcour, ainsi que le trio d’élégantes formé par Sandra Pastrana, Sabine Conzen et Alexise Yerna.

Tous évoluent dans la mise en scène imaginée par Stefano Mazzonis di Pralafera. Le maître des lieux à conçu sa scénographie comme le grand livre de la vie de Manon, que la jeune femme feuillette avant de mourir. Les pages se tournent ainsi au fil des actes, idée d’une belle poésie mais dont la réalisation s’avère souvent poussive et la mise en place, à grand renfort de techniciens visibles du public, laborieuse. Si les décors évoquent clairement le premier quart du XXe siècle et les Années Folles – provoquant souvent un décalage avec la musique de Massenet évoquant clairement le XVIIIe siècle –, les costumes balaient allègrement trois cents ans, sans doute pour évoquer l’universalité de l’histoire de Manon Lescaut, ces télescopages créant une confusion qui laisse souvent les spectateurs extérieurs à l’action, les sentiments peinant souvent à s’installer.

A la tête des Chœurs de la maison, en bonne forme, et de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, très investi dans cette partition, Patrick Davin défend avec passion ce répertoire qu’il affectionne et galvanise ses troupes tout en ménageant les solistes, notamment le rôle-titre qu’il paraît couver amoureusement. Au rideau final, triomphe mérité pour Annick Massis, qu’on retrouvera à de nombreuses reprises durant cette saison, et un beau succès pour l’œuvre de Massenet, qu’on ne se lasse pas de redécouvrir.

Liège. Opéra Royal de Wallonie, 19 octobre 2014. Jules Massenet : Manon. Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille d’après Les Aventures du Chevalier Des Grieux et Manon Lescaut d’Antoine François Prévost. Avec Manon : Annick Massis ; Le Chevalier Des Grieux : Alessandro Liberatore ; Lescaut : Pierre Doyen ; Le Comte Des Grieux : Roger Joakim ; Guillot de Morfontaine : Papuna Tchuradze ; De Brétigny : Patrick Delcour ; Poussette : Sandra Pastrana ; Javotte : Sabine Conzen ; Rosette : Alexise Yerna. Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef de chœur : Marcel Seminara. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Direction musicale : Patrick Davin. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera ; Décors : Jean-Guy Lecat ; Costumes : Frédéric Pineau ; Lumières : Franco Marri