lundi 21 septembre 2026

CRITIQUE, concert. DIJON, Auditorium, le 19 sept 2026. BRAHMS / SIBELIUS… Orchestre Philharmonique de Bergen, Leif Ove Andsnes (piano) / Dima Slobodiouk (direction)

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La prodigieuse phalange norvégienne déploie ses splendides atours sur la scène Dijonaise ; une session symphonique majeure qui démontre à nouveau que l’actualité se déploie aussi hors de la Capitale : l’Auditorium de Dijon se faisant ce soir un splendide écrin pour les vertiges orchestraux.  L’Orchestre de Bergen / Bergen Philharmonie Orchestra, l’une des plus anciennes phalanges européennes est gratifié d’une réputation enviable qui se révèle amplement justifiée.

 

 

 

La souplesse des cordes, leur clarté polyphonique, le sens des phrasés d’une éloquence insolente, le fruité mordant, sensuel des bois [hautbois, bassons, clarinettes], sans omettre ce vrombissement sourd et voluptueux des cuivres qui expriment étincelants, noblesse et puissance… sont ses principales qualités. Elles captivent immédiatement. Assujetties, ciselées par la direction précise et nerveuse du chef requis, DIMA SLOBODENIOUK, les instrumentistes norvégiens redoublent de relief et de nuances, éclairant le développement et le sens comme les particularités structurelles des œuvres ; ceci vaut surtout pour la seconde partie où sont enchaînées la pièce de la compositrice contemporaine Anna BERG et point d’orgue de la soirée, la 5ème Symphonie de Jean SIBELIUS dont l’activité et les choix interprétatifs, dans un répertoire familier, ont atteint au sublime.

 

Sur le thème du Nord, le programme débute avec le Concerto pour piano n°2 de BRAHMS (le génie de Vienne est né dans la septentrionale Hambourg), une œuvre qui permet à l’orchestre de poursuivre ainsi sa tournée européenne avec le pianiste (et compatriote) Leif Ove Andsnes dont la complicité avec l’orchestre remonte aux années 1980, soit il y a 40 ans. Une entente naturelle qui permet aux interprètes d’exprimer toutes les tensions comme l’ardent désir d’une Brahms aussi passionné qu’amoureux. Les 4 mouvements détaillent en réalité une odyssée sentimentale dans la splendeur d’une orchestration raffinée où se distingue le jeu tout en dialogue et souvent fusionné entre piano et orchestre. L’envoûtement du début du premier mouvement (et son sublime solo de cor), expose sous les doigts fluides du soliste, la couleur enivrée du clavier ; le piano déploie sa déclaration de plus en plus fougueuse dont les accents ardents, voluptueux dialoguent avec les bois : Leif Ove Andsnes éclaire l’impérieux désir qui entraîne peu à peu tout l’orchestre, libérant cette lave impériale et passionnée qui sous la délicatesse du jeu pianistique, recèle profondeur et ampleur, accents acides et gouffres amers. Cette ambivalence expressive est davantage développée dans le 2è mouvement (en forme de Scherzo ou allegro appassionato), plus nerveux et agité (bouillonnement en début de séquences des 6 contrebasses); clavier et orchestre y captivent par leur élégance complice, une sorte de fusion dansante qui dans les méandres conflictuels, les aspérités acides, n’écarte pas, grâce au jeu du pianiste, l’élégance et la souplesse, expression nuancée d’une tendresse blessée ni les feux presque incontrôlés d’une fureur, explicite et libérée dans le final. Le point d’orgue demeure le 3è mouvement (Andante) qui ré expose et développe le caractère extatique du début du Concerto ; c’est un retour dans les climats du rêve dont la texture s’épanouit dans le chant complice du violoncelle (et ses réponses au basson) ; le piano en extase, comme suspendu, exprime une insouciance inédite, dans un chambrisme exacerbé qui se joue alors entre le piano, accordé aux 2 violoncelles et au hautbois. Ce quatuor subtilement orfévré ce soir, dévoile le passage de la déclaration à la confession. C’est l’acmé de tout le Concerto, superbement ciselé par l’orchestre et le soliste tout à fait en phase. Enfin le dernier mouvement rompt avec la gravitas des deux premiers : les interprètes comme délivrés, expriment tout ce qu’a de « grazioso » ce dernier allegro, qui dilue toute tensions dans un nouveau jeu dansant voire facétieux. Beau contraste avec la couleur tragique sous jacente dès le début. Chaleureusement applaudi, Leif Ove Andsnes joue en bis, clin d’oeil plein d’à propos au regard de ce qui suit en 2è partie, un impromptu de .. Sibelius, dont le jaillissement aquatique continu, le flux d’une fluidité souveraine, prélude aussi à la pièce contemporaine d’Ana Berg.

 

 

 

Avant Sibelius, les musiciens norvégiens jouent « Nuances of Water » dont la double nature, micro – macro préfigure la texture ambivalente sibélienne. L’ample architecture de la compositrice ANNA BERG sollicitant tout l’orchestre dont un tuba et des percussions agiles, percutantes, convoque développement colossal et déflagration, cependant à l’écoute de la fluidité suggestive qui innerve tous les pupitre sans exception. La pièce convient d’autant mieux au grand orchestre de Bergen qu’elle a été commandée par lui et composée pour l’effectif. Inspiré par la magie de l’eau, elle a été créée au Grieg Hall en 2026, puis nominé pour un Harpa Award. L’œuvre aux clameurs envoûtantes est assurément bien dans le thème naturel que développe ensuite Sibelius : l’orchestre y devenant cet organe mouvant qui exprime toutes les vibrations – jubilatoires ou conflictuelles de la Nature et du Vivant.

 

 

 

A l’Opéra de Dijon,
le fabuleux Philharmonique de Bergen
dans la 5è de Sibelius

 

 

 

 

S’agissant de la 5ème de Sibelius, le Bergen Philharmonie orchestra éclaire comme peu l’écriture Sibélienne. La hauteur de vue est magistrale et la profondeur suractive qu’y développent chef et instrumentistes éblouissent littéralement.
Plus que tout autre (y compris Mahler dans sa n°4), la 5e de Sibelius se place au cœur de la Nature, il en exprime chaque vibration frémissante, le souffle incontrôlable, l’ineffable activité ; il en révèle le chant organique, murmurant ou rugissant, s’attachant à dessiner la particule initiale, primitive qui coagulant avec les autres, construit peu à peu la série d’arches grandioses qui manifestent le mystère miraculeux du vivant. Magicien de l’orchestration, Sibelius ose des combinaisons sonores prodigieuses dont le charme servi par un tel orchestre, ensorcèle. Des exemples ? Ainsi le flux contrasté, imprévisible du premier mouvement [à travers ses 4 séquences très minutieusement annotées], comme dans le 3ème mouvement, le portique révélé dans sa majesté par les cuivres souverain distanciés,… Deux temps forts qui s’avèrent saisissants [évoquant un souvenir tenace du compositeur, grand observateur du motif naturel : l’envol des 16 cygnes comme l’emblème triomphant de ce panthéisme lumineux].
D’un bout à l’autre et dans chaque mouvement, idéalement articulé, le chef éclaire la captivante activité des cordes et le chant majestueux des cuivres qui façonnent plusieurs séquences d’extase sonore (dans des tuilages harmoniques saisissants). Du début à la fin, le chef maître de tous les défis, DIMA SLOBODIOUK agit pour la clarté du tissu contrapuntique, l’étagement des plans simultanés entre pupitres, comme il reste soucieux de la lisibilité, des détails comme de l’architecture globale.

 

 

 

 

Symphonie n°5 de Sibelius

La version de ce soir est la plus tardive (1919), fruit de remaniements successifs dont le flux structurel suit sans aucun éparpillement un développement dramatique dense, contrasté, resserré. Soit 30 mn d’un cheminement souvent bouleversant.
C’est d’abord au début du premier mouvement (I) la somptueuse mélodie amorcée aux cors, flûtes, hautbois qui dessine un prélude d’un pastoralisme fusionnel… sa souplesse active ne cessera jamais jusqu’à la résolution finale. L’Orchestre exprime et la puissance et le scintillement miraculeux de la Nature en une infinité de nuances et d’accents, idéalement connectés. La vision architecturée se déplace et agit en cascades, diffusant des torrents de particules qui se régénèrent à mesure que le flux orchestral se déroule. Telle vision captive : les cordes au dessin sinueux, murmuré, à la fois inquiétant (accordé au basson ténébreux) exprime au plus près les forces vitales primitives, nerveuses, actives, jalonnées par de somptueuses vagues forte fortissimo.
Le chef et les instrumentistes questionnent le mécanisme mystérieux de la Divine Nature, un miracle organique qui cristallise et s’agrège, porté par une impérieuse énergie. Le propre de Sibelius est de dévoiler les forces en présence, entités simultanées, peu à peu canalisées en une lame déferlante et de plus en plus embrasée. Le détail des cordes, des bois, les formidables cuivres qui couronnent les tutti, façonnent un premier mouvement (I), agile, erratique, dont les 4 séquences enchaînées (Tempo molto moderato – Largamente – allegro moderato, puis Presto) composent un ample crescendo de plus en plus fiévreux, jusqu’au dernier accord exalté et conquérant.
L’Andante quasi allegretto (II) qui suit, marque une pause heureuse, inscrite dans la clarté et la transparence où l’accord des cordes et des bois (clarinettes, hautbois, flûte) exprime une irrépressible tendresse, enchantée. C’est une pause enivrée que tempère l’appel incessant des cuivres. Les musiciens norvégiens en détaillent la parure sensuelle mais aussi l’esprit de plus en plus facétieux (pizz des cordes ciselés, dansants). Dima Slobodeniouk, précis, engagé, n’oublie jamais la pression de la lave qui couve, sous la remarquable étoffe orchestrale. Ce jeu d’équilibre entre hédonisme formel et architecture instable produisent des miracles sonores très proches du dessein de Sibelius, autant pointilliste que fougueux dramaturge.
Le III est de la même eau où éblouit la vélocité des cordes, leur fine clarté polyphonique, nappe cristalline sur laquelle rayonne et se diffuse l’appel des cuivres, dont la noblesse et un tempo irréel suggèrent ce fameux envol des cygnes, moto de toute la symphonie. Grâce à la cohésion expressive des instrumentistes, le geste clair et économe du chef, la pensée orchestrale de Sibelius, – l’architecte et le poète, se réalise jusque dans ses harmonies mêlant étrange et sublime dans un final retentissant, dont les 6 brefs accords, cinglants, impérieux (les 2 derniers avec timbales) disent la régénération ultime.

Soirée au programme ambitieux d’une tenue superlative qui a fait de l’Auditorium de Dijon, le temps d’une soirée, un haut lieu symphonique et l’écrin d’une expérience sonore inoubliable.

 

 

 

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CRITIQUE concert. Opéra de Dijon, le 19 sept 2026. Orchestre Philharmonique de Bergen / Bergen Philharmonie Orchestra / Dima Slobodeniouk, direction. Concerto pour piano n°2 de Brahms (Leif Ove Andsnes, piano) – Symphonie n°5 de Sibelius — photos © studio classiquenews 26

 

 

 

 

 

prochain concerts symphoniques à l’Opéra de Dijon

Prochains concerts symphoniques événements à l’Opéra de Dijon : l’Orchestre Français des jeunes, le 6 déc 2026 / l’Orchestre Victor Hugo, le 22 déc 2026/ l’Orchestre national de France : « nouvel An à Broadway, le 7 janv 2027… Plus d’infos sur le site de l’Opéra de Dijon (volet « musique ») : https://opera-dijon.fr/fr/au-programme/calendrier/saison-26-27/musique

 

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