VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015)

VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015). Montage © studio CLASSIQUENEWS.COM 2015. Le chef d’orchestre franco brĂ©silien Bruno Procopio fait retentir le romantisme enflammĂ© martial et lyrique de la grande Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm crĂ©Ă©e en 1817

 

 

 

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LIRE notre compte rendu critique complet du concert NEUKOMM / GOSSEC par le maestro franco brésilien Bruno Procopio à Rio de Janeiro en avril 2015

 

 

Extrait de notre compte rendu critique :
brunoProcopio_okok sacchini renaud RIOrio-cidade-des-artes-rio-de-janeiro-bruno-procopio-concert-gossec-neukommRio de Janeiro, compte rendu concert.Dans la nouvelle salle de concerts “Cidade des Artes” – sorte d’insecte prismatique Ă  pattes dessinĂ© par Christian de Porzemparc- , les Cariocas retrouvent le chef brillant, nerveux, fougueux mais aussi nuancĂ© qui avait le mois prĂ©cĂ©dent créé l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, Sala Cecilia Meireles, – au centre de Rio-:  Bruno Procopio dans un dispositif qui lui est dĂ©sormais spĂ©cifique : jouer deux auteurs au carrefour du classicisme et du romantisme, 
 sur instruments modernes. Tout le dĂ©fi est lĂ  : rĂ©aliser accents, style, continuitĂ© des partitions selon les apports de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un enjeu qui dĂ©passe la seule question des esthĂ©tiques et rĂ©clame des instrumentistes et du chef, un engagement total pour rĂ©ussir le rĂ©sultat final. De Sacchini Ă  Gossec, le geste est d’autant plus fluide et assurĂ© que l’esthĂ©tique trĂšs marquĂ© esprit des LumiĂšres circule de l’une Ă  l’autre des partitions. (…).

Pour sa part, Sigismond Neukomm (1778-1858) retrouve Ă  Rio, un rivage familier. Le Viennois, parti de Paris vers Rio en 1816 dans le cadre de la Mission française au BrĂ©sil, s’inscrit naturellement dans ce programme carioca : il a mĂȘme composĂ© sa Symphonie hĂ©roĂŻque pendant la traversĂ©e, de l’Europe au Nouveau Monde. Tout un symbole. Comme la Symphonie de Gossec, le style de Neukomm est fonciĂšrement classique et mĂȘme haydnien mais il affirme un sens des modulations trĂšs original, parfois abrupts, dont l’activitĂ© des contrastes, reste Ă©trangĂšre Ă  Gossec : son parfum romantique est plus Ă©vident de ce fait. Place est favorise Ă  la fanfare qui y rĂšgne sans discontinuer : ne s’agit-il pas de la Symphonie hĂ©roĂŻque en rĂ© majeur ? …

 

 

 

VIDEO, extraits. Rio de Janeiro (Brésil). Bruno Procopio joue la Symphonie à 17 parties de Gossec (avril 2015)

procopio-bruno-gossec-concert-rio-de-janeiro-brazil-bresil-582VIDEO, extraits. Le 4 avril 2015, Ă  la Cidade das Artes Ă  Rio de Janeiro (BrĂ©sil), le jeune chef franco brĂ©silien BRUNO PROCOPIO dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB) : la Symphonie Ă  17parties de François-Joseph Gossec (1734-1829), composĂ©e en 1809. Partition majeure de la symphonie romantique française Ă  l’Ă©poque de NapolĂ©on : entre classicisme et premier romantisme, la virtuositĂ© Ă©nergique de Gossec s’impose Ă  nous, commune Ɠuvre fondatrice du symphoniste français Ă  l’Ă©poque des Viennois Haydn, Mozart et Beethoven. Bruno Procopio s’engage pour diffuser la connaissance et l’interprĂ©tation des compositeurs français en AmĂ©rique Latine : aprĂšs avoir dirigĂ© le Simon Bolivar Orchestra du Venezuela, le jeune chef Ă  la double culture, brĂ©silienne et française, retrouvait l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil Ă  Rio de Janeiro dans un programme dĂ©diĂ© au premier romantisme français : vitalitĂ© et Ă©nergie, puissance mais sensibilitĂ© aux dĂ©tails instrumentaux… la direction du chef de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Ă  la fois analytique et dramatique, trouve un Ă©quilibre idĂ©al au service des grands classiques et romantiques français. Extraits vidĂ©o exclusifs © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

 

 

Approfondir : Jouer Gossec Ă  Rio de Janeiro (avril 2015)

 

 

brunoProcopio_okok sacchini renaud RIOrio-cidade-des-artes-rio-de-janeiro-bruno-procopio-concert-gossec-neukommRio de Janeiro, compte rendu concert. Dans la nouvelle salle de concerts “Cidade des Artes” – sorte d’insecte prismatique Ă  pattes dessinĂ© par Christian de Porzemparc- , les Cariocas retrouvent le chef brillant, nerveux, fougueux mais aussi nuancĂ© qui avait le mois prĂ©cĂ©dent crĂ©Ă© l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, Sala Cecilia Meireles, – au centre de Rio-:  Bruno Procopio dans un dispositif qui lui est dĂ©sormais spĂ©cifique : jouer deux auteurs au carrefour du classicisme et du romantisme, 
 sur instruments modernes. Tout le dĂ©fi est lĂ  : rĂ©aliser accents, style, continuitĂ© des partitions selon les apports de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un enjeu qui dĂ©passe la seule question des esthĂ©tiques et rĂ©clame des instrumentistes et du chef, un engagement total pour rĂ©ussir le rĂ©sultat final. De Sacchini Ă  Gossec, le geste est d’autant plus fluide et assurĂ© que l’esthĂ©tique trĂšs marquĂ© esprit des LumiĂšres circule de l’une Ă  l’autre des partitions.

Pour la Symphonie de Gossec (1734 – 1829), Bruno Procopio a respectĂ© l’usage instrumental historique : c’est Ă  dire le nombre impressionnant de contrebasses : car l’orchestre en France Ă  l’époque de Gossec totalise prĂšs de 12% des effectifs de cordes : le principe est rĂ©alisĂ© Ă  Rio et la sonoritĂ© qui en dĂ©coule apporte ses bĂ©nĂ©fices expressifs : puisque la musique ne module pas beaucoup, l’éloquence Ă©largie des basses nourrie une matiĂšre Ă©tonnamment riche malgrĂ© des lignes plutĂŽt simples. Des quatre mouvements (Maestoso – Allegro molto ; Larghetto ; Menuet – trio ; Finale : Allegro molto), le chef rĂ©alise la continuitĂ© tout en apportant les fruits d’un travail spĂ©cifique sur le relief instrumental.

 

 

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A 17 parties soit 17 pupitres, l’orchestre de Gossec demeure rĂ©solument classique avec clarinettes et trompettes par deux. Ordinairement datĂ©e de 1809, la Symphonie pourrait remontĂ©e Ă  une Ă©poque prĂ©cĂ©dente : le dernier mouvement commence par un systĂšme fuguĂ© dĂ©fendu par les premiers violons selon la tradition du Concert Spirituel telle qu’elle s’était affirmĂ©e dans le paysage de la fin XVIIIĂš Ă  Paris.  De fait, outre ces points d’écriture, tout l’esprit de la Symphonie de Gossec rĂ©sonne de l’Esprit des LumiĂšres plutĂŽt que du plein romantisme. L’auteur de ThĂ©sĂ©e, opĂ©ra majeur, trĂšs emblĂ©matique de l’esthĂ©tique nĂ©oclassique de la fin du XVIIIĂš europĂ©en, reste rĂ©solument classique et respectueux des inflexions de son Ă©poque.

Jouer Gossec et Neukomm Ă  Rio

Mais le trait original vient pourtant d’un souci personnel dans la coloration des unissons comme des dessus cordes/flĂ»tes puis flĂ»tes/hautbois. Gossec tout en rĂ©pĂ©tant souvent un mĂȘme motif rythmique et mĂ©lodique, sait particuliĂšrement bien raffiner les combinaisons instrumentales Ă  chaque reprise, dans le but de colorer son orchestration. La variĂ©tĂ© des instruments offre une expĂ©rience de coloration (hautbois/ clarinette) plutĂŽt « moderne » vis Ă  vis du cadre strictement classique des LumiĂšres. S’il n’était cette sensibilitĂ© originale aux instruments, le style de Gossec regarde plutĂŽt du cĂŽtĂ© de Haydn que de Beethoven. Bruno Procopio saisit et sert idĂ©alement l’intensitĂ© du matĂ©riau musical avec une fluiditĂ© permanente passant d’un mouvement Ă  l’autre avec une intelligence communicative qui souligne l’invention instrumentale de Gossec. Ce bouillonnement dynamique souligne l’apport du compositeur parmi les plus inventifs de sa gĂ©nĂ©ration et qui impressionna tant Mozart lors de son sĂ©jour Ă  Paris en 1778. C’est d’ailleurs grĂące Ă  Gossec, alors directeur du Concert Spirituel, que Wolfgang reçoit la commande, prestigieuse pour la capitale française, des fameuses Symphonies parisiennes. Entre l’écriture classique et viennoise (plutĂŽt archaĂŻsante si la partition remonte de fait Ă  1809) et sa grande sensibilitĂ© instrumentale (solos de clarinette en particulier 
) et son souci de la couleur (trait de modernitĂ© a contrario), le jeune chef franco-brĂ©silien rĂ©ussit totalement l’équilibre entre mesure et sensualitĂ©. En revanche, de prĂšs de 30 mn en durĂ©e, la carrure de l’Ɠuvre prĂ©figure Beethoven.

Pour sa part, Sigismond Neukomm (1778-1858) retrouve Ă  Rio, un rivage familier. Le Viennois, parti de Paris vers Rio en 1816 dans le cadre de la Mission française au BrĂ©sil, s’inscrit naturellement dans ce programme carioca : il a mĂȘme composĂ© sa Symphonie hĂ©roĂŻque pendant la traversĂ©e, de l’Europe au Nouveau Monde. Tout un symbole. Comme la Symphonie de Gossec, le style de Neukomm est fonciĂšrement classique et mĂȘme haydnien mais il affirme un sens des modulations trĂšs original, parfois abrupts, dont l’activitĂ© des contrastes, reste Ă©trangĂšre Ă  Gossec : son parfum romantique est plus Ă©vident de ce fait. Place est favorise Ă  la fanfare qui y rĂšgne sans discontinuer : ne s’agit-il pas de la Symphonie hĂ©roĂŻque en rĂ© majeur ?

 

 

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Comme Mozart et Beethoven, Neukomm rĂ©utilise un ancien air composĂ© par Haendel (ici,  l’air de Macbeth pour le mouvement lent central). InspirĂ© par l’art du Symphoniste, ayant crĂ©Ă© entre ancien et nouveau monde, Bruno Procopio souligne l’allant gĂ©nĂ©ral, l’exaltation d’une plume pleine de feu et de contrastes. Il fait surgir avec bonheur, la vivacitĂ© martiale et l’énergie solaire d’une Symphonie de conquĂȘte.  En 1816 avant de partir pour Rio, Neukomm, serviteur de Talleyrand, compose le Requiem jouĂ© lors de la commĂ©moration du traitĂ© de Vienne. Au BrĂ©sil, il compose le Libera me pour la fin du Requiem de Mozart, dans une rĂ©alisation alors dirigĂ©e Ă  Rio, par le compositeur officiel Nunes Garcia. Il est donc lĂ©gitime d’inscrire au programme Neukomm aux cĂŽtĂ©s de Gossec. L’un et l’autre sont emblĂ©matiques du langage classique des LumiĂšres. Or le second, a fait le voyage et transmet et diffuse l’hĂ©ritage de la culture europĂ©enne sous les tropiques.

AprĂšs Renaud de Sacchini (1783) – avec l’OSB toujours, crĂ©ation brĂ©silienne de mars 2015, Bruno Procopio retrouve les dĂ©fis de la musique française de la fin du XVIIIĂš, au tournant des esthĂ©tiques classique et romantique dĂ©fis pimentĂ©s par sa rĂ©alisation sur instruments modernes. Jouer sur instruments modernes nĂ©cessite un apprentissage spĂ©cifique pour les instrumentistes : nouvelle expĂ©rience technique que leur apporte Bruno Procopio (dont coups d’archets selon une approche historiquement informĂ©e, nouveau raffinement dans l’interprĂ©tation des parties ornementales
)

Comme c’était aussi l’enjeu du concert Ă  LiĂšge, avec le Philharmonique Royal (jouer Rameau sur instruments modernes, dĂ©cembre 2014, – voir ci aprĂšs notre reportage classiquenews : “Rameau Symphonique par Bruno Procopio Ă  LiĂšge”). Mais un autre dĂ©fi attend bientĂŽt Bruno Procopio, crĂ©er ThĂ©sĂ©e de Gossec composĂ© en 1781 autre fleuron de l’esthĂ©tique des LumiĂšres et qui a dĂ©sormais toute sa place dans ce nouveau sillon prometteur, tracĂ© entre la France et le BrĂ©sil grĂące Ă  l’énergie d’un chef audacieux. D’autant qu’en 2016, la France et le BrĂ©sil cĂ©lĂšbreront le bicentenaire de la Mission française au BrĂ©sil. Prochains Ă©vĂ©nements Ă  venir.

 

 

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction. Par notre rĂ©dacteur Camille de Joyeuse.

Le chef d’orchestre Bruno Procopio en vidĂ©o

 

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VOIR le reportage Bruno Procopio dirige Rameau à LiÚge avec le Philharmonique Royal de LiÚge (décembre 2014)

VOIR le reportage Bruno Procopio dirige RENAUD de Sacchini à Rio, Sala Cecilia Meireles  / Brazilian Symphony Orchestra (mars 2015)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue Carl Philipp Emmanuel Bach à Caracas / Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Vénézuela (septembre 2013)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue les PiÚces pour clavecin en concerts de Rameau (avril 2013)

 

 

Illustrations : Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB) dans un programme Gossec et Neukomm, Rio de Janeiro, avril 2015 © CLASSIQUENEWS.COM

Compte rendu concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. HĂ©rold, Gossec, Mozart. Jeune Orchestre de l’Abbaye. HervĂ© Niquet, direction.

concert-joa saintes JOAEn ce dĂ©but novembre 2015, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) a prĂ©sentĂ© les fruits de sa premiĂšre session de travail pour la saison 2015/2016. Dans ce concert, les responsables de la CitĂ© musicale, Saintes ont invitĂ© le chef HervĂ© Niquet, directeur musical et fondateur du Concert Spirituel. Fin pĂ©dagogue, Niquet, qui a programmĂ© deux symphonies de compositeurs français, – son rĂ©pertoire de prĂ©dilection-, a fait travailler les jeunes instrumentistes jusqu’Ă  la derniĂšre minute. Et, lors du concert de jeudi soir, le rĂ©sultat a dĂ©passĂ© ses espĂ©rances.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews concertHervĂ© Niquet qui, de par son parcours avec Le Concert Spirituel, dĂ©fend le rĂ©pertoire français avec une constance bienvenue, a programmĂ© les symphonies de deux compositeurs français du XVIIIe et du XIXe siĂšcle. La soirĂ©e dĂ©bute avec François Joseph Gossec (1734-1829) : sa Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur, composĂ©e en 1774. ProtĂ©gĂ© de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Gossec fait partie des pionniers de la musique symphonique suivant en cela l’exemple de Joseph Haydn (1732-1809), l’inventeur du genre; et c’est d’ailleurs Gossec qui a converti la France au genre symphonique. La Symphonie est allante, dynamique, clair foyer bouillonnant de thĂšmes et de rythmes dansants. Le chef, trĂšs inspirĂ© dirige ses musiciens avec clartĂ© et fermetĂ©; cela ne l’empĂȘche pas de faire preuve d’humour et d’arpenter la scĂšne comme s’il s’agissait d’une promenade de santĂ©. Cependant ne nous fions pas aux apparences, chef et musiciens n’oublient pas une seconde la musique ; ils cisĂšlent chaque note, chaque section de la partition de Gossec avec une prĂ©cision millimĂ©trĂ©e. Le public rĂ©serve aux instrumentistes fĂ©licitĂ©s audiblement par le maestro Ă  la fin de l’oeuvre, un accueil chaleureux trĂšs mĂ©ritĂ©. Pendant l’annĂ©e, les sessions du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye ponctue un parcours d’approfondissement dans l’interprĂ©tation unique en Europe ; la pratique sur instruments anciens appliquĂ©e Ă  la (re)dĂ©couverte comme ce soir de partitions oubliĂ©es pourtant majeure, rĂ©serve Ă  Saintes, des soirĂ©es d’accomplissements symphoniques mĂ©morables. VoilĂ  un volet qui renforce la forte activitĂ© de Saintes comme citĂ© musicale, une activitĂ© qui rend lĂ©gitime son intitulĂ©.

AprĂšs une session de travail classique / romantique, le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye offre un concert mĂ©morable dĂ©diĂ© Ă  Gossec, HĂ©rold, Mozart

Saintes, le geste symphonique

JOA 700La soirĂ©e se poursuit avec la symphonie n°2 en rĂ© majeur (1812) de Louis Ferdinand HĂ©rold (1791-1833). NĂ© l’annĂ©e mĂȘme de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), HĂ©rold se trouve Ă  la croisĂ©e des chemins. Utilisant sans complexes les techniques de compositions hĂ©ritĂ©es de Haydn, Gossec, Mozart ou Beethoven, entre autres, HĂ©rold innove aussi composant une musique «apparemment simple, mais complexe et difficile Ă  jouer» nous dit HervĂ© Niquet avant le concert. Sa Symphonie n°2 en rĂ© majeur dans laquelle apparaissent des rythmes de valses est l’exemple mĂȘme de cette complexitĂ© interprĂ©tative dont nous parlait le chef dans l’aprĂšs midi. Cependant il dirige avec la rigueur et l’humour qui sont sa marque de fabrique, obtenant de l’orchestre des sons et des couleurs brillant de mille feux sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames. Les jeunes instrumentistes qui jouent en ce jeudi soir suivent leur chef avec une prĂ©cision enflammĂ©e ; les cinq jours de travail intense qui ont prĂ©cĂ©dĂ© ce concert, ont portĂ© leurs fruits et le rĂ©sultat est, lĂ  aussi, Ă  la hauteur des exigences et des attentes du chef.

Jeune orchestre de l abbaye saintes video_JOA_saintes_david_sternAprĂšs une courte pause, le Jeune Orchestre de l’Abbaye et son chef d’un soir reviennent pour jouer l’ultime Ɠuvre de la soirĂ©e : la Symphonie en mi bĂ©mol majeur KV 543 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Toujours aussi survoltĂ©, HervĂ© Niquet prend cette 39Ăšme Symphonie a bras le corps; Ɠuvre de la maturitĂ© du compositeur salzbourgeois (elle a Ă©tĂ© composĂ©e en 1788), elle complĂšte Ă  merveille un programme exigeant un niveau d’excellence et une concentration constante. Le chef qui ne manque pas d’idĂ©es pour surprendre ses musiciens cesse de diriger pendant une bonne minute donnant les dĂ©parts d’un simple regard; cependant si HervĂ© Niquet ne manque pas d’humour poussant ses musiciens dans leurs retranchements, il garde la tĂȘte froide et sa battue reste claire et prĂ©cise, limpide. Ce Mozart jouĂ©s prĂšs les premiers romantiques, encore classiques (Gossec), sonne Ă©tonnamment « moderne », une source viennoise qui tout en marquant le genre symphonique alors en plein essor, prĂ©lude dĂ©jĂ  Ă  l’avĂšnement du sentiment et de la passion Ă  peine masquĂ©e. Entre classicisme et premier romantisme, le choix des instruments d’époque s’affirme dans une saveur dĂ©lectable qui permet de suivre ce jeu de timbres, ces effets de rĂ©ponses, le contraste entre les sĂ©quences, l’équilibre dialoguĂ© des pupitres. Pour les jeunes instrumentistes en perfectionnement, les dĂ©fis sont multiples et permanents ; pour le public, l’expĂ©rience est passionnante.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-SĂ©bastien-Laval-400x267Le Jeune Orchestre de l’Abbaye, survoltĂ© par un chef exigeant, fin pĂ©dagogue et ardent dĂ©fenseur d’un rĂ©pertoire qu’il aime Ă©perdument, donne le meilleur de lui-mĂȘme pendant une soirĂ©e d’anthologie. Le public conquis, leur rĂ©serve un accueil enthousiaste. HervĂ© Niquet, farceur et trĂšs en forme mĂȘme aprĂšs une heure dix de musique, annonce un bis tirĂ© de l’oeuvre d’Hector Berlioz; ledit bis qui ne tient qu’en un seul accord prend tout le monde de court clĂŽturant ainsi un concert d’une qualitĂ© exceptionnelle.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Louis Ferdinand HĂ©rold (1791-1833) : Symphonie n°2 en rĂ© majeur. François Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : 39Ăšme Symphonie en mi bĂ©mol majeur KV 543. Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA). HervĂ© Niquet, direction.

Symphonisme de Gossec et HĂ©rold Ă  Saintes

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-SĂ©bastien-Laval-400x267Saintes, Abbaye aux dames. Concert Mozart,HĂ©rold,Gossec. Le 5 novembre 2015,HervĂ© Niquet. C’est l’un des jeunes orchestres les plus dynamiques et formateur de l’Hexagone. Le JOA ex Jeune Orchestre Atlantique, aujourd’hui rebaptisĂ© Jeune Orchestre de l’Abbaye (celle des Dames de Saintes), rĂ©unit Ă  chacune de ses sessions de travail, la crĂšme des jeunes instrumentistes sur instruments d’époque. Pour chaque nouveau programme, un compositeur soit romantique soit classique : prĂ©texte dĂ©cisif pour s’immerger dans la pratique et l’esthĂ©tique des XVIIIĂš ou XIXĂš siĂšcle. On se souvient de formidables rĂ©pĂ©titions prĂ©paratoires pour la Symphonie de Cherubini, jalon essentiel du romantisme français naissant
 sous la fĂ©rule d’un chef affĂ»tĂ© exigeant, David Stern (l’actuel directeur de la troupe lyrique Opera fuoco).

Niquet herveEn novembre 2015, c’est au tour d’HervĂ© Niquet de jouer les pĂ©dagogues communicatifs et charismatiques pour l’interprĂ©tation d’oeuvres majeures du symphonisme premier en France, signĂ© HĂ©rold (le Beethoven français) et Gossec (qui invente littĂ©ralement la symphonie en France Ă  l’époque de Haydn et de Mozart). Elegance, mesure, mais aussi Ă©loquence instrumentalement dĂ©taillĂ©e et couleurs nouvelles composent un cocktail Ă©minemment français qui au carrefour des XVIIIĂš/XIXĂš, façonne les ferments du romantisme Ă  la française. Aux cĂŽtĂ©s de la Symphonie n°39 de Mozart (un jalon important qui fait la synthĂšse des avancĂ©es orchestrales au XVIIIĂš), les Symphonies de Gossec (opus VIII n°2 en fa majeur) et HĂ©rold (n°2 en rĂ© majeur) sont les nouveaux dĂ©fis des jeunes instrumentistes rĂ©unis Ă  Saintes, lors de rĂ©pĂ©titions puis d’un concert (ce jeudi 5 novembre 2015 Ă  20h) qui promettent d’ĂȘtre captivants. Le symphonisme historiquement informĂ© s’apprend Ă  Saintes et y apportent ses fruits exaltants, et nul par ailleurs. Concerts Ă©vĂ©nement.

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, KV 543

Ferdinand HĂ©rold
Symphonie n°2 en ré majeur

François-Joseph Gossec
Symphonie opus VIII n°2 en Fa Majeur

 

Jeune Orchestre de l’Abbaye
Hervé Niquet, direction

 

 

 

 

 

boutonreservationSaintes, La Cité musicale
Abbaye aux Dames, Jeudi 5 novembre 2015, 20h
DurĂ©e : 1h30 / Tarifs de 8 Ă  25€

 

 

 

 

APPROFONDIR : Mozart, Gossec, HĂ©rold : le Symphonisme europĂ©en entre classicisme et prĂ©romantisme : lire notre prĂ©sentation spĂ©ciale : “symphoniste Ă  Gossec et HĂ©rold Ă  Saintes “

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsAu moment oĂč Joseph Haydn (1732-1809) Ă©labore puis perfectionne la forme de la symphonie classique viennoise, son contemporain, nĂ© deux ans aprĂšs lui en 1734, François-Joseph Gossec (1734-1829), propose Ă©galement un modĂšle symphonique oĂč s’affirme le caractĂšre de l’orchestre tel que nous le connaĂźtrons bientĂŽt. L’activitĂ© de Gossec Ă  Paris est essentielle dans la capitale française : il y impose peu Ă  peu le nouveau genre (symphonique), suscitant un rĂ©el engouement du public, … En lire +

 

 

 

 

 

Saintes. HĂ©rold et Gossec par le JOA

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-SĂ©bastien-Laval-400x267Saintes, Abbaye aux dames. Concert Mozart,HĂ©rold,Gossec. Le 5 novembre 2015,HervĂ© Niquet. C’est l’un des jeunes orchestres les plus dynamiques et formateur de l’Hexagone. Le JOA ex Jeune Orchestre Atlantique, aujourd’hui rebaptisĂ© Jeune Orchestre de l’Abbaye (celle des Dames de Saintes), rĂ©unit Ă  chacune de ses sessions de travail, la crĂšme des jeunes instrumentistes sur instruments d’époque. Pour chaque nouveau programme, un compositeur soit romantique soit classique : prĂ©texte dĂ©cisif pour s’immerger dans la pratique et l’esthĂ©tique des XVIIIĂš ou XIXĂš siĂšcle. On se souvient de formidables rĂ©pĂ©titions prĂ©paratoires pour la Symphonie de Cherubini, jalon essentiel du romantisme français naissant
 sous la fĂ©rule d’un chef affĂ»tĂ© exigeant, David Stern (l’actuel directeur de la troupe lyrique Opera fuoco).

Niquet herveEn novembre 2015, c’est au tour d’HervĂ© Niquet de jouer les pĂ©dagogues communicatifs et charismatiques pour l’interprĂ©tation d’oeuvres majeures du symphonisme premier en France, signĂ© HĂ©rold (le Beethoven français) et Gossec (qui invente littĂ©ralement la symphonie en France Ă  l’époque de Haydn et de Mozart). Elegance, mesure, mais aussi Ă©loquence instrumentalement dĂ©taillĂ©e et couleurs nouvelles composent un cocktail Ă©minemment français qui au carrefour des XVIIIĂš/XIXĂš, façonne les ferments du romantisme Ă  la française. Aux cĂŽtĂ©s de la Symphonie n°39 de Mozart (un jalon important qui fait la synthĂšse des avancĂ©es orchestrales au XVIIIĂš), les Symphonies de Gossec (opus VIII n°2 en fa majeur) et HĂ©rold (n°2 en rĂ© majeur) sont les nouveaux dĂ©fis des jeunes instrumentistes rĂ©unis Ă  Saintes, lors de rĂ©pĂ©titions puis d’un concert (ce jeudi 5 novembre 2015 Ă  20h) qui promettent d’ĂȘtre captivants. Le symphonisme historiquement informĂ© s’apprend Ă  Saintes et y apportent ses fruits exaltants, et nul par ailleurs. Concerts Ă©vĂ©nement.

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, KV 543

Ferdinand HĂ©rold
Symphonie n°2 en ré majeur

François-Joseph Gossec
Symphonie opus VIII n°2 en Fa Majeur

 

Jeune Orchestre de l’Abbaye
Hervé Niquet, direction

 

 

 

 

 

boutonreservationSaintes, La Cité musicale
Abbaye aux Dames, Jeudi 5 novembre 2015, 20h
DurĂ©e : 1h30 / Tarifs de 8 Ă  25€

 

 

 

 

APPROFONDIR : Mozart, Gossec, Hérold : le Symphonisme européen entre classicisme et préromantisme

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsAu moment oĂč Joseph Haydn (1732-1809) Ă©labore puis perfectionne la forme de la symphonie classique viennoise, son contemporain, nĂ© deux ans aprĂšs lui en 1734, François-Joseph Gossec (1734-1829), propose Ă©galement un modĂšle symphonique oĂč s’affirme le caractĂšre de l’orchestre tel que nous le connaĂźtrons bientĂŽt. L’activitĂ© de Gossec Ă  Paris est essentielle dans la capitale française : il y impose peu Ă  peu le nouveau genre (symphonique), suscitant un rĂ©el engouement du public, au Conservatoire et au Concert Spirituel entre autres. L’ouverture que joue HervĂ© Niquet et le Jeune Orchestre de l’abbaye (JOA) tĂ©moigne de cette Ă©criture visionnaire, dĂ©jĂ  trĂšs Ă©laborĂ©e qui place Gossec aux cĂŽtĂ©s de Haydn, comme l’inventeur du genre.
Vienne s’impose nĂ©anmoins comme la capitale de la Symphonie grĂące Ă  un autre gĂ©nie musical, Mozart qui grand connaisseur et admirateur de Haydn, contribue lui aussi Ă  faire Ă©voluer le genre : ses 3 derniĂšres symphonies, – n°39,40 et 41-, composĂ©es Ă  la fin des annĂ©es 1780, constituent en rĂ©alitĂ© un triptyque unitaire (que Nikolaus Harnoncourt rĂ©cemment a abordĂ© en y relevant les jalons d’un testament musical, qu’il appelle “oratorio instrumental”…). LIRE notre critique du coffret cd Mozart : les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart, un oratorio instrumental).
 

 

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La premiĂšre, pleine d’Ă©lan et de libertĂ© audacieuse est un vrai dĂ©fi pour l’orchestre et le prĂ©lude Ă  cette aventure orchestrale unique dans l’histoire de la musique. MĂ©connu mais rĂ©cemment redĂ©couvert, le romantique français HĂ©rold (comme Onslow) affirme un tempĂ©rament Ă©gal qui, chronologie oblige (il est nĂ© en 1791, l’annĂ©e mĂȘme de la mort de Mozart) fait Ă©voluer comme Beethoven, le dĂ©veloppement symphonique, des LumiĂšres vers le Romantisme naissant. AprĂšs ses aĂźnĂ©s, pionniers fondateur du genre, – Gossec, Haydn, Mozart, – HĂ©rold, Ă©lĂšve de Kreutzer et de Catel, affirme une nouvelle esthĂ©tique dans sa Symphonie n°2 en rĂ© majeur : celle du premier romantisme français : une claire assimilation du style de Beethoven acclimatĂ©e au goĂ»t du public parisien pour la virtuositĂ©. ComposĂ©e en 1814, sans trompettes ni timbales, la Symphonie n°2 est crĂ©Ă©e avec un grand succĂšs en Italie : d’aprĂšs ce que le compositeur Ă©crit Ă  sa mĂšre, l’Andante et le Rondo (- tous deux hommages explicites Ă  Haydn) ont particuliĂšrement marquĂ© les esprits. L’introduction lente du premier mouvement, audacieuse dans ses richerches harmoniques (HĂ©rold se montre ici un digne suiveur de MĂ©hul dont il fut aussi l’Ă©lĂšve) ; dans le troisiĂšme mouvement, allegro molto, HĂ©rold glisse un subtil mouvement de valse, rythme alors trĂšs Ă  la mode, dĂ©fendu par les violons. vĂ©ritable synthĂšse du genre symphonique sous l’Empire, la Symphonie d’HĂ©rold a aussi la subtilitĂ© de rĂ©fĂ©rences maĂźtrisĂ©es : l’humour et l’Ă©lĂ©gance sont Ă©videmment des emprunts au caractĂšre de la symphonie viennoise fixĂ©e par Haydn (et qu’il a encore magnifiĂ© dans ses fameuses Symphonies londoniennes, ses plus tardives).
Complet, associant styles classique viennois et premiers feux du romantisme français, le programme dĂ©fendu  Ă  Saintes par les jeunes instrumentistes du JOA, s’annonce prometteur : rĂ©vĂ©lant des Ă©critures aussi diverses qu’intensĂ©ment caractĂ©risĂ©es,  d’autant plus expressives qu’elles sont ici jouĂ©es sur instruments anciens.

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction.

brunoProcopio_okok sacchini renaud RIOrio-cidade-des-artes-rio-de-janeiro-bruno-procopio-concert-gossec-neukommRio de Janeiro, compte rendu concert. Dans la nouvelle salle de concerts “Cidade des Artes” – sorte d’insecte prismatique Ă  pattes dessinĂ© par Christian de Porzemparc- , les Cariocas retrouvent le chef brillant, nerveux, fougueux mais aussi nuancĂ© qui avait le mois prĂ©cĂ©dent crĂ©Ă© l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, Sala Cecilia Meireles, – au centre de Rio-:  Bruno Procopio dans un dispositif qui lui est dĂ©sormais spĂ©cifique : jouer deux auteurs au carrefour du classicisme et du romantisme, 
 sur instruments modernes. Tout le dĂ©fi est lĂ  : rĂ©aliser accents, style, continuitĂ© des partitions selon les apports de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un enjeu qui dĂ©passe la seule question des esthĂ©tiques et rĂ©clame des instrumentistes et du chef, un engagement total pour rĂ©ussir le rĂ©sultat final. De Sacchini Ă  Gossec, le geste est d’autant plus fluide et assurĂ© que l’esthĂ©tique trĂšs marquĂ© esprit des LumiĂšres circule de l’une Ă  l’autre des partitions.

Pour la Symphonie de Gossec (1734 – 1829), Bruno Procopio a respectĂ© l’usage instrumental historique : c’est Ă  dire le nombre impressionnant de contrebasses : car l’orchestre en France Ă  l’époque de Gossec totalise prĂšs de 12% des effectifs de cordes : le principe est rĂ©alisĂ© Ă  Rio et la sonoritĂ© qui en dĂ©coule apporte ses bĂ©nĂ©fices expressifs : puisque la musique ne module pas beaucoup, l’éloquence Ă©largie des basses nourrie une matiĂšre Ă©tonnamment riche malgrĂ© des lignes plutĂŽt simples. Des quatre mouvements (Maestoso – Allegro molto ; Larghetto ; Menuet – trio ; Finale : Allegro molto), le chef rĂ©alise la continuitĂ© tout en apportant les fruits d’un travail spĂ©cifique sur le relief instrumental.

 

 

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A 17 parties soit 17 pupitres, l’orchestre de Gossec demeure rĂ©solument classique avec clarinettes et trompettes par deux. Ordinairement datĂ©e de 1809, la Symphonie pourrait remontĂ©e Ă  une Ă©poque prĂ©cĂ©dente : le dernier mouvement commence par un systĂšme fuguĂ© dĂ©fendu par les premiers violons selon la tradition du Concert Spirituel telle qu’elle s’était affirmĂ©e dans le paysage de la fin XVIIIĂš Ă  Paris.  De fait, outre ces points d’écriture, tout l’esprit de la Symphonie de Gossec rĂ©sonne de l’Esprit des LumiĂšres plutĂŽt que du plein romantisme. L’auteur de ThĂ©sĂ©e, opĂ©ra majeur, trĂšs emblĂ©matique de l’esthĂ©tique nĂ©oclassique de la fin du XVIIIĂš europĂ©en, reste rĂ©solument classique et respectueux des inflexions de son Ă©poque.

Jouer Gossec et Neukomm Ă  Rio

Mais le trait original vient pourtant d’un souci personnel dans la coloration des unissons comme des dessus cordes/flĂ»tes puis flĂ»tes/hautbois. Gossec tout en rĂ©pĂ©tant souvent un mĂȘme motif rythmique et mĂ©lodique, sait particuliĂšrement bien raffiner les combinaisons instrumentales Ă  chaque reprise, dans le but de colorer son orchestration. La variĂ©tĂ© des instruments offre une expĂ©rience de coloration (hautbois/ clarinette) plutĂŽt « moderne » vis Ă  vis du cadre strictement classique des LumiĂšres. S’il n’était cette sensibilitĂ© originale aux instruments, le style de Gossec regarde plutĂŽt du cĂŽtĂ© de Haydn que de Beethoven. Bruno Procopio saisit et sert idĂ©alement l’intensitĂ© du matĂ©riau musical avec une fluiditĂ© permanente passant d’un mouvement Ă  l’autre avec une intelligence communicative qui souligne l’invention instrumentale de Gossec. Ce bouillonnement dynamique souligne l’apport du compositeur parmi les plus inventifs de sa gĂ©nĂ©ration et qui impressionna tant Mozart lors de son sĂ©jour Ă  Paris en 1778. C’est d’ailleurs grĂące Ă  Gossec, alors directeur du Concert Spirituel, que Wolfgang reçoit la commande, prestigieuse pour la capitale française, des fameuses Symphonies parisiennes. Entre l’écriture classique et viennoise (plutĂŽt archaĂŻsante si la partition remonte de fait Ă  1809) et sa grande sensibilitĂ© instrumentale (solos de clarinette en particulier 
) et son souci de la couleur (trait de modernitĂ© a contrario), le jeune chef franco-brĂ©silien rĂ©ussit totalement l’équilibre entre mesure et sensualitĂ©. En revanche, de prĂšs de 30 mn en durĂ©e, la carrure de l’Ɠuvre prĂ©figure Beethoven.

Pour sa part, Sigismond Neukomm (1778-1858) retrouve Ă  Rio, un rivage familier. Le Viennois, parti de Paris vers Rio en 1816 dans le cadre de la Mission française au BrĂ©sil, s’inscrit naturellement dans ce programme carioca : il a mĂȘme composĂ© sa Symphonie hĂ©roĂŻque pendant la traversĂ©e, de l’Europe au Nouveau Monde. Tout un symbole. Comme la Symphonie de Gossec, le style de Neukomm est fonciĂšrement classique et mĂȘme haydnien mais il affirme un sens des modulations trĂšs original, parfois abrupts, dont l’activitĂ© des contrastes, reste Ă©trangĂšre Ă  Gossec : son parfum romantique est plus Ă©vident de ce fait. Place est favorise Ă  la fanfare qui y rĂšgne sans discontinuer : ne s’agit-il pas de la Symphonie hĂ©roĂŻque en rĂ© majeur ?

 

 

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Comme Mozart et Beethoven, Neukomm rĂ©utilise un ancien air composĂ© par Haendel (ici,  l’air de Macbeth pour le mouvement lent central). InspirĂ© par l’art du Symphoniste, ayant crĂ©Ă© entre ancien et nouveau monde, Bruno Procopio souligne l’allant gĂ©nĂ©ral, l’exaltation d’une plume pleine de feu et de contrastes. Il fait surgir avec bonheur, la vivacitĂ© martiale et l’énergie solaire d’une Symphonie de conquĂȘte.  En 1816 avant de partir pour Rio, Neukomm, serviteur de Talleyrand, compose le Requiem jouĂ© lors de la commĂ©moration du traitĂ© de Vienne. Au BrĂ©sil, il compose le Libera me pour la fin du Requiem de Mozart, dans une rĂ©alisation alors dirigĂ©e Ă  Rio, par le compositeur officiel Nunes Garcia. Il est donc lĂ©gitime d’inscrire au programme Neukomm aux cĂŽtĂ©s de Gossec. L’un et l’autre sont emblĂ©matiques du langage classique des LumiĂšres. Or le second, a fait le voyage et transmet et diffuse l’hĂ©ritage de la culture europĂ©enne sous les tropiques.

AprĂšs Renaud de Sacchini (1783) – avec l’OSB toujours, crĂ©ation brĂ©silienne de mars 2015, Bruno Procopio retrouve les dĂ©fis de la musique française de la fin du XVIIIĂš, au tournant des esthĂ©tiques classique et romantique dĂ©fis pimentĂ©s par sa rĂ©alisation sur instruments modernes. Jouer sur instruments modernes nĂ©cessite un apprentissage spĂ©cifique pour les instrumentistes : nouvelle expĂ©rience technique que leur apporte Bruno Procopio (dont coups d’archets selon une approche historiquement informĂ©e, nouveau raffinement dans l’interprĂ©tation des parties ornementales
)

Comme c’était aussi l’enjeu du concert Ă  LiĂšge, avec le Philharmonique Royal (jouer Rameau sur instruments modernes, dĂ©cembre 2014, – voir ci aprĂšs notre reportage classiquenews : “Rameau Symphonique par Bruno Procopio Ă  LiĂšge”). Mais un autre dĂ©fi attend bientĂŽt Bruno Procopio, crĂ©er ThĂ©sĂ©e de Gossec composĂ© en 1781 autre fleuron de l’esthĂ©tique des LumiĂšres et qui a dĂ©sormais toute sa place dans ce nouveau sillon prometteur, tracĂ© entre la France et le BrĂ©sil grĂące Ă  l’énergie d’un chef audacieux. D’autant qu’en 2016, la France et le BrĂ©sil cĂ©lĂšbreront le bicentenaire de la Mission française au BrĂ©sil. Prochains Ă©vĂ©nements Ă  venir.

 

 

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction.

Le chef d’orchestre Bruno Procopio en vidĂ©o

 

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VOIR le reportage Bruno Procopio dirige Rameau à LiÚge avec le Philharmonique Royal de LiÚge (décembre 2014)

VOIR le reportage Bruno Procopio dirige RENAUD de Sacchini à Rio, Sala Cecilia Meireles  / Brazilian Symphony Orchestra (mars 2015)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue Carl Philipp Emmanuel Bach à Caracas / Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Vénézuela (septembre 2013)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue les PiÚces pour clavecin en concerts de Rameau (avril 2013)

 

 

Illustrations : Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB) dans un programme Gossec et Neukomm, Rio de Janeiro, avril 2015 © CLASSIQUENEWS.COM

Livres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien Ă  Paris, de l’Ancien RĂ©gime au roi Charles X par Claude Role. (L’Harmattan)

gossec-biographie-critique-livre-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-juin-2016-francois-joseph-gossec-1734-1829-un-musicien-de-l'ancien-regime-au-roi-charles-X-l-harmattanLivres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien Ă  Paris, de l’Ancien RĂ©gime au roi Charles X par Claude Role. (L’Harmattan). NĂ© belge Ă  Vergnies, le 17 janvier 1734, François-Joseph Gossec s’éteint Ă  Passy, le 16 fĂ©vrier 1829, Ă  l’ñge vĂ©nĂ©rable de 85 ans
 Belle longĂ©vitĂ© ayant traversĂ© tant de rĂ©gimes diffĂ©rents, qui pourtant s’impose par sa constance et la puissance de sa trajectoire crĂ©ative. DĂšs 1756, François-Joseph Gossec, auquel on doit en France, le perfectionnement du genre symphonique et de l’orchestre symphonique – comme il a aussi inventĂ© la musique de chambre et l’assimilation du Quatuor haydnien dans l’Hexagone, affirme sa singularitĂ© sur la scĂšne musicale europĂ©enne : pourtant ce Haydn français qui fait la synthĂšse entre esthĂ©tique des LumiĂšres et prĂ©romantisme reste Ă©trangement oubliĂ©, Ă©cartĂ© des salles de concerts. Sa connaissance de Haydn est telle qu’il dirige la premiĂšre Symphonie du maĂźtre Ă  Paris (1769). GrĂące Ă  Rameau qui l’introduit dans l’orchestre de son patron mĂ©cĂšne La PoupliniĂšre, Gossec peut se fixer dans la capitale française.

La rĂ©Ă©valuation des auteurs oubliĂ©s vient toujours de la publication : ce texte dĂ©jĂ  connu fournit une excellente entrĂ©e en matiĂšre, d’autant que trĂšs informative sur le contexte et les diffĂ©rentes Ă©poques (plus prĂ©cisĂ©ment rĂ©gimes politiques) que Gossec aura servi, jamais son talent ne s’est vraiment tari, en tĂ©moigne la composition Ă  une date tardive, de sa Symphonie pour 17 parties qui montre une verdeur intacte (l’équivalent du dernier Rameau, celui des BorĂ©ades, lui aussi d’une saisissante modernitĂ© inventive quelques mois avant sa mort 
). Dans les annĂ©es 1780, Ă  l’époque oĂč triomphent les Italiens surtout Sacchini (Renaud, fĂ©vrier 1783) ou Salieri (Les DanaĂŻdes, avril 1783 ; puis Tarare Ă©crit avec Beaumarchais en 1786), le seul vrai grand succĂšs de Gossec Ă  l’OpĂ©ra (AcadĂ©mie royale de musique qu’il codirige avec Dauvergne) reste ThĂ©sĂ©e de 1782 : y perce un Ă©vident talent pour le drame, la grandeur tragique, les scĂšnes spectaculaires avec chƓurs Ă©clatĂ©s dans l’espace, simultanĂ©s aux solistes, un sens de la tension hĂ©roĂŻque qui renouvĂšle la proposition de Rameau et de Lully (dont Gossec adapte le livret), nuance le modĂšle frĂ©nĂ©tique de Gluck et apporte Ă  la France Ă  la veille de la RĂ©volution, ce nerf guerrier qui saisit par sa pointe sĂšche et ses accents martiaux, incisifs, rugissant aussi par un orchestre particuliĂšrement nerveux, prĂ©servant toujours un Ă©tonnant sens de l’équilibre et de la continuitĂ© dramatique (c’est d’ailleurs cette sensibilitĂ© affĂ»tĂ©e qui lui permet de rĂ©ussir la rĂ©Ă©criture pour partie du troisiĂšme de l’Alceste de Gluck : l’ouvrage grĂące Ă  lui, peut renaĂźtre Ă  la scĂšne en diverses reprises
 comme il en sera de mĂȘme pour les reprises de Castor et Pollux de Rameau, l’opĂ©ra le plus jouĂ© alors.

CLIC D'OR macaron 200Du reste, dĂ©jĂ  actif sous Louis XV dans les annĂ©es 1760, les vrais succĂšs du compositeur lui valant outre la jalousie des envieux et des petits, une gloire croissante, demeurent ses Ɠuvres d’inspiration sacrĂ©e : l’incomparable Messe des dĂ©funts (1759-1760) Ă  laquelle un chapitre entier est consacrĂ© et dont l’ampleur, la gravitĂ© lugubre, et comme dans ThĂ©sĂ©e, la couleur remarquable des trombones, annoncent les grands accomplissements de la ferveur romantique, que sont les Requiem de Berlioz ou de Verdi
 c’est dire le gĂ©nie de Gossec Ă  l’époque des LumiĂšres. Sans omettre Ă©galement, l’O salutaris (trois voix sans accompagnement), soit 62 mesures qui font ainsi plus pour sa gloire que les centaines de page de ses tragĂ©dies lyriques.

A l’époque des LumiĂšres et de la rĂ©volution jusqu’à l’Empire puis la Restauration,

Gossec : la constance d’un gĂ©nie oubliĂ©

GOSSEC_Gossec-portraitAprĂšs le succĂšs de son Requiem, Gossec Ă©tonne en rĂ©ussissant un talent Ă©minemment versatile, s’épanouissant dans le genre opĂ©ra comique ; ainsi, Le tonnelier (1765), Les pĂȘcheurs (1766) et en 1767, Toinon et Toinette. Symphoniste et compositeur pour l’orchestre (il a reçu l’influence stimulante du style Sturm und drang de Stamitz), Gossec, Ă©lĂ©ment de la pĂ©piniĂšre de talents que fut aux cĂŽtĂ©s de Rameau, l’orchestre de La PoupliniĂšre, crĂ©Ă©e «Le Concert des Amateurs» (1769) oĂč il dirige de facto en 1773, la premiĂšre Symphonie Ă©coutĂ©e en France de Joseph Haydn. Puis, il est directeur en 1773, du «Concert Spirituel». Homme fiable et loyal voire souvent paternaliste, Gossec reconnaĂźt le talent de Mozart en 1778, lors de son second sĂ©jour parisien ; le Salzbourgeois en parle comme « un bon ami et un homme trĂšs sec ») ; Wolfgang alors protĂ©gĂ© du Comte Grim, mais aussi Lesueur plus tard pourront compter sur cette figure de pĂšre, admirateur sincĂšre de leur talent.

Directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique, mais aussi de la nouvelle Ă©cole royale de chant (fondĂ©e en 1784, rivale de l’école de l’OpĂ©ra), Gossec, pĂ©dagogue et directeur, adopte en lettrĂ© ouvert et cultivĂ©, les idĂ©es de la RĂ©volution, et pendant cinq ans compose des musiques destinĂ©es aux cĂ©lĂ©brations nationales (il compose la premiĂšre orchestration de la Marseillaise). En 1795, il est l’un des fondateurs du Conservatoire National SupĂ©rieur de Musique.

Le texte est la nouvelle Ă©dition d’un ouvrage paru en novembre 2000 qui avait dĂ©jĂ  marquĂ© les esprits par l’argumentation vivante et la justesse de l’analyse sur l’homme, le compositeur, ses oeuvres, son Ă©poque. D’autant que dans le cas de Gossec, la pĂ©ripĂ©tie des Ă©vĂ©nements, d’un rĂ©gime Ă  l’autre (monarchie ultime sous Louis XVI, RĂ©volution, Empire puis Restauration) n’empĂȘche en rien un maĂźtre compositeur qui dut Ă  son indiscutable gĂ©nie, une carriĂšre continue sans fausse note. La succession des rĂ©gimes, l’époque et ses esthĂ©tismes particuliers Ă  l’époque du premier romantisme (quand sous NapolĂ©on rayonnent et s’imposent les Gavazzeni, Paisiello, Spontini et MĂ©hul
), les divers Ă©vĂ©nements et alĂ©as d’une vie riche, marquĂ©e par l’estime des autres grĂące au gĂ©nie musical qu’il dĂ©fend, composent ici une biographie qui se lit comme un roman. La rĂ©Ă©dition Ă©tait attendue car l’ouvrage original Ă©tait « épuisé », sa lecture rendue possible enfin Ă  l’étĂ© 2015, est incontournable. LĂ©gitimement c’est un CLIC de classiquenews.com.

Livres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien Ă  Paris, de l’Ancien RĂ©gime au roi Charles X par Claude Role.
(L’Harmattan). ISBN : 978-2-343-04010-3 ‱ Parution : Ă©tĂ© 2015 ‱ 390 pages

Approfondir

LIRE notre critique du coffret cd Thésée de Gossec (Van Waas, 2012, 2 cd Ricercar)

VOIR notre reportage vidéo exclusif Thésée de Gossec par Guy Van Waas (LiÚge, Philharmonie, le 11 novembre 2012) - durée 9mn30

Rio (BrĂ©sil). Bruno Procopio joue Gossec, Neukomm, Garcia…

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

Rio de Janeiro, concert Bruno Procopio. CitĂ© des Arts, samedi 4 avril 2015, 16h. AprĂšs avoir crĂ©er l’opĂ©ra de Sacchini de 1783, Renaud, dans la salle Cecilia de Meireles, superbe rĂ©vĂ©lation pour les cariocas avec l’étonnante mezzo Luisa Francesconi (les 21 et 22 mars derniers), Bruno Procopio retrouve Ă  Rio, l’OSB Orchestre symphonique du BrĂ©sil Ă  la Cidade das Artes, dans un programme qui fĂȘte les 450 ans de la fondation de la citĂ© carioca. Au programme, plusieurs maĂźtres europĂ©ens : le belge Gossec et le germanique Neukomm, ainsi que deux musiciens emblĂ©matiques de l’essor de la musique savante Ă  l’heure coloniale : Marcos Portugal (gĂ©nie prossinien) et Nunes Garcia. Outre des oeuvres sacrĂ©es (Laudamus Te de la Missa Grande de Portugal, Laudamus Te de la Missa de Sainte CĂ©cile de Garcia), le chef franco brĂ©silien affirme sa stimulante Ă©nergie dans le genre symphonique : Symphonie pour 17 parties de Gossec et Sinfonia Heroica de Neukomm (opus 19). Dans la superbe salle de la CitĂ© des Arts de Rio, nouvellement inaugurĂ©e, Bruno Procopio offre une nouvelle leçon de direction et de sensibilitĂ©, dĂ©voilant dans son pays d’origine, le raffinement d’une musique qui a surtout su assimiler et rĂ©Ă©crire les sources europĂ©ennes. De Gossec et Neukomm, Bruno Procopio rĂ©vĂšle le feu orchestral, sans omettre de rĂ©vĂ©ler la profonde ferveur de la Messe testament de Nunes Garcia, compositeur emblĂ©matique de la prĂ©sence du roi du Portugal Jean VI Ă  Rio : la messe de Sainte CĂ©cile. Le programme comprend aussi une Ɠuvre sacrĂ©e de Marcos Portugal : la Missa Grande dont Bruno Procopio a enregistrĂ© une version pour orgue et chƓur Ă  Cuenca (Espagne) avant de diriger la pĂ©tillante comĂ©die prĂ©rossinienne L’oro no compra amore
 (un opĂ©ra savoureux aux accents prĂ©rossiniens). Le programme Ă©voque surtout l’amitiĂ© entre compositeurs : ainsi Nunes Garcia qui se rapproche de Neukomm (dĂšs l’arrivĂ©e de ce dernier en 1816) et grĂąces auquel il dirige Mozart et Haydn Ă  Rio.

 

 

 

Bruno Procopio dirige les compositeurs de Jean VI Ă  Rio de Janeiro

De Gossec et Neukomm à Nunes Garcia


 

GOSSEC_Gossec-portraitAuteur de 50 symphonies dĂšs 1756, soit bien avant Haydn, Gossec (1734-1829) est bien l’inventeur du genre, sachant se renouveler et affirmer mĂȘme l’essor de la forme purement instrumentale aux cĂŽtĂ©s de GrĂ©try. TrĂšs proche de Mozart, Gossec enseigne aussi au Conservatoire, les spĂ©cificitĂ©s de la composition entre 1795 et 1814. Le gĂ©nie de Gossec rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© dans son opĂ©ra ThĂ©sĂ©e (1781) qui saisit et surprend par l’ambition de l’écriture, sa spatialisation et son intensitĂ© dramatique, vrai souffle lyrique si rare Ă  l’opĂ©ra-, tient Ă  une pensĂ©e universelle (comme GrĂ©try) et une adaptabilitĂ© tenace et salvatrice malgrĂ© les perturbations de la pĂ©riode rĂ©volutionnaire. Sous directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique aprĂšs Dauvergne en 1782, il dirige la nouvelle Ă©cole royale de chant en 1784. Aux cĂŽtĂ©s du peintre David, scĂ©nographe des grandes cĂ©rĂ©monies rĂ©volutionnaires, Gossec devient le principal compositeur des RĂ©publicains, accomplissant dans la musique l’esprit des LumiĂšres. Il meurt dĂ©chu et Ă©cartĂ© sous la Restauration Ă  95 ans.
Sa symphonie pour 17 parties date de 1809 et tĂ©moigne des ultimes Ă©volutions du compositeur : Gossec qui avait connu Stamitz Ă  Mannheim, et en proche de Mozart, affirme ici une sensibilitĂ© pour l’orchestration Ă©tonnante qui prĂ©figure Berlioz. Jamais jouĂ©e de son vivant, la partition n’est pas publiĂ©e et frappe pourtant par le raffinement instrumental requis : flĂ»tes, hautbois, bassons, cors par deux
 elle est traversĂ©e par un souffle unique et cite mĂȘme l’air des libertaires : « ah, ça ira, ça ira » dans le dernier mouvement.

Sigismund_von_Neukomm_(1)Sigismond Neukomm (1778-1858) appartient Ă  la gĂ©nĂ©ration postĂ©rieure Ă  celle de Gossec. ElĂšve du frĂšre de Joseph Haydn (Michael), Neukomm comme Gossec favorise l’évolution du passage entre l’esprit des LumiĂšres et le prĂ©romantisme. Voyageur assidu, Neukomm rĂ©side 5 annĂ©es Ă  Rio : il y joue Mozart oĂč il compose un Libera me pour complĂ©ter le Requiem incomplet et devient le professeur du Roi du BrĂ©sil Jean VI. Neukomm dĂ©veloppe aussi une activitĂ© ethnomusicale, Ă©crivant plus de 90 Ɠuvres inspirĂ©es directement de motifs populaires brĂ©siliens !

JosĂ©_Mauricio_Nunes_GarciaNunes Garcia est un compositeur brĂ©silien nĂ© et mort Ă  Rio en 1767 et 1830. Ce fils d’esclaves originaires du Minas Gerais, devient rapidement une personnalitĂ© majeure de l’essor musicale Ă  Rio. OrdonnĂ© prĂȘtre en 1792, devenu maĂźtre de chapelle de la CathĂ©drale de Rio dĂšs 1798, Garcia compose toute la musique pour la Cour royale : il livre quantitĂ© de partitions d’une qualitĂ© Ă©vidente que traverse aussi le souci de dĂ©fense des idiomes brĂ©siliens. En 1808, quand arrive le roi du Portugal, Garcia suscite l’admiration du prince rĂ©gent Jean VI, mĂ©lomane averti. Le monarque le nomme MaĂźtre de la chapelle royale dont le siĂšge est l’Ă©glise Nossa senhora do Carmo (alors Ă©levĂ©e au rang de cathĂ©drale). MalgrĂ© l’opposition des membres de la cour, tous originaires du Portugal, Jean VI honore son musicien mĂ©tis qu’il fait chevalier de l’ordre du Christ. Garcia dut cependant accepter au poste de maĂźtre de chapelle le portugais Fonseca Portugal, venu de Lisbonne en 1811, qui devint son supĂ©rieur. En 1816, Garcia compose deux chefs d’oeuvre, commande du Tiers-Ordre du Carmel en hommage Ă  la reine Marie IĂšre de Portugal : le Requiem et l’Office des dĂ©funts.
Quand arrivent les artistes de la mission française en 1816 (oĂč figurent les peintres Debret et Taulnay, l’architecte Montigny), tous les membres venus d’Europe louent la personnalitĂ© du « mulĂątre » brĂ©silien. Garcia se lie d’amitiĂ© avec Neukomm, arrivĂ© la mĂȘme annĂ©e : les deux compositeurs suscitĂšrent l’opposition de la Cour mais reçurent la faveur indĂ©fectible du roi Jean VI. GrĂące Ă  Neukomm, Garcia dirige les oeuvres de Mozart (Requiem en 1819) et de Haydn (La CrĂ©ation en 1821).
AprĂšs la dĂ©part de Jean VI au Portugal (1821) et l’indĂ©pendance du BrĂ©sil en 1822, Garcia perd appui et protection. Cependant la Messe pour Sainte CĂ©cile, chant du cygne de 1826, affirme un gĂ©nie inĂ©galĂ© Ă  son Ă©poque, heureuse synthĂšse entre l’écriture savante proeuropĂ©enne et une inspiration indigĂšne pure et noble : jusqu’à sa mort en 1830, Garcia ne cesse de rĂ©viser l’orchestration de cette Messe testament.

Brésil, Rio de Janeiro. Cidade das Artes, Cité des Arts.
Samedi 4 avril 2015, 16h.

boutonreservationGabriella Pace, soprano
OSB Orchestre Symphonique du Brésil
Bruno Procopio, direction
Série 450 ans de la fondation de Rio de Janeiro (Brésil)

FRANÇOIS-JOSEPH GOSSEC
Sinfonia para 17 Partes

MARCOS PORTUGAL
Missa Grande | Laudamus Te
SIGISMUND VON NEUKOMM
Missa Solene | Quoniam

JOSÉ MAURÍCIO NUNES GARCIA
Missa de Santa CecĂ­lia | Laudamus Te

SIGISMUND VON NEUKOMM
Sinfonia Heroica, Op. 19

Reportage vidéo : Thésée de Gossec (1778-1781)

Gossec_thesee_ricercar_gossecCrĂ©Ă© pour Marie-Antoinette en 1781, l’opĂ©ra ThĂ©sĂ©e de Gossec est composĂ© dĂšs 1778, dans le sillon d’Armide de Gluck (1776). Gossec s’y rĂ©vĂšle aux cĂŽtĂ©s des contemporains Piccinni, Sacchini, tel un continuateur Ăšs mĂ©rite de Gluck (comme Vogel et sa fabuleuse Toison d’or de 1786) : orchestre flamboyant, nerveux, guerrier ; choeur somptueux et complexe dans ses Ă©tagements audacieux ; surtout protagonistes expressifs au tempĂ©rament exacerbĂ© dans des situations extrĂȘmes : MĂ©dĂ©e est une furie insatiable qui jusqu’Ă  la fin, s’acharne avec sadisme contre le couple amoureux EglĂ© et ThĂ©sĂ©e… le dramatisme de l’Ă©criture, l’efficacitĂ© des options poĂ©tiques, l’architecture de ce drame autant vocal qu’orchestral font de ce ThĂ©sĂ©e de Gossec un pur chef d’oeuvre nĂ©oclassique sous le rĂšgne de Marie-Antoinette. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM

En lire + : dossier Thésée de Gossec : une écriture nerveuse dans le sillon de Gluck

Lire aussi notre compte rendu critique du cd Thésée de Gossec par Guy Van Waas et Les Agrémens

Versailles : Musiques pour les noces de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Les SiĂšcles (novembre 2012)

Jean-Philippe Rameau Ă  ParisMusiques pour Marie-Antoinette… Dans la galerie des Glaces Ă  Versailles, l’orchestre sur instruments anciens Les SiĂšcles joue sous la direction de François-Xavier Roth, le programme des fĂȘtes pour le mariage de Marie Antoinette et de Louis XVI : Gluck reprĂ©sentant de la musique moderne puis Rameau et Lully rĂ©Ă©crits par Gossec et Dauvergne, dans le style nĂ©oclassique des annĂ©es 1770 … Grand reportage vidĂ©o

CD. Gossec : Thésée, 1782 (2 cd Ricercar)

CD, OpĂ©ra. Gossec : ThĂ©sĂ©e, 1782 (Van Waas, 2012), 2 cd Ricercar      …           Enfin le gĂ©nie lyrique de Gossec nous est rĂ©vĂ©lĂ© ! Tel n’est pas le moindre apport de cette intĂ©grale enregistrĂ©e sur le vif en novembre 2012 Ă  LiĂšge (Salle Philharmonique).  Audace gĂ©niale et trĂšs originale de l’architecture musicale avec des Ă©tagements dramatiquement rĂ©ussis associant choeurs multiples et solistes, premiĂšre ouverture en situation (dĂšs avant celle d’IphigĂ©nie en Tauride de Gluck, car Gossec compose et termine sa partition dĂšs 1778 !), coloration spĂ©cifique de l’orchestre (cuivres mis en avant dont les trombones), vitalitĂ© permanente du continuum orchestral aux inflexions mozartiennes … sans omettre dans le portrait de MĂ©dĂ©e (vraie protagoniste de l’opĂ©ra malgrĂ© son titre), des inflexions noires, souterraines, … sont quelques unes des nombreuses qualitĂ©s d’un ouvrage qui frappe par sa violence poĂ©tique, son intelligence dramatique et musicale ; tout cela souligne chez Gossec, alors ĂągĂ© de 44 ans, la richesse du style, le fond fantastique voire diabolique d’une partition Ă  la fois psychologique, noire, hĂ©roĂŻque et guerriĂšre, dĂ©cidĂ©ment inclassable.Dans le personnage de MĂ©dĂ©e, il faut bien Ă©videmment, Ă  la fin des annĂ©es 1770, dĂ©celer un ultime rĂŽle de magicienne enchanteresse dans la tradition magique et baroque, mais ici, portĂ© par une figure criminelle qui a alors dĂ©jĂ  commis l’irrĂ©parable (tuer ses propres enfants pour se venger de Jason) : cette MĂ©dĂ©e amoureuse haineuse de ThĂ©sĂ©e s’ingĂ©nie en actes sadiques (Ă  l’endroit d’EglĂ©), manipule, dissimule pour mieux Ă  l’acte III se rĂ©pandre en magie noire et furieuses apparitions … Il faut bien l’intervention de Minerve pour chasser dĂ©finitivement un tel dragon fĂ©minin.

 

 

Le génie lyrique de Gossec enfin révélé

 

Gossec_thesee_ricercar_gossecAutour d’elle, les personnages infĂ©odĂ©s et aveuglĂ©s un temps Ă  ses odieuses machinations, dont un choeur fabuleux de mordante vivacitĂ© (Choeur de chambre de Namur, dans entre autres, le choeur des enfers du III martyrisant la pauvre EglĂ©), se distinguent par leur caractĂ©risation juste.
Virginie Pochon sait tisser une couleur Ă  la fois angĂ©lique et dĂ©terminĂ©e pour le rĂŽle d’EglĂ© dont l’importance et la prĂ©sence dramatique (ses duos et confrontations avec MĂ©dĂ©e aux II et III) en fait un caractĂšre au haut relief thĂ©Ăątral (comme Ilia dans IdomĂ©nĂ©e de Mozart, opĂ©ra un peu prĂšs contemporain de ce ThĂ©sĂ©e de Gossec). Les hommes affirment un trĂšs nette assurance, jouant aussi la finesse Ă©motionnelle de leur profil : rien Ă  dire au chant Ă©lĂ©giaque et tendre mais aussi hĂ©roĂŻque de FrĂ©dĂ©ric Antoun (dommage qu’il s’agisse du rĂŽle le plus statique de la partition) ; plus intĂ©ressant encore le Roi d’AthĂšnes EgĂ©e auquel l’excellent baryton Tassis Christoyannis apporte cette vĂ©ritĂ© humaine qui structure et rend passionnant tout le rĂŽle : il ne s’agit pas d’un pĂšre de façade agissant dans les scĂšnes collectives mais rĂ©ellement d’une autoritĂ© rĂ©active, d’abord conquis et manipulĂ© par MĂ©dĂ©e puis lui opposant une vive rĂ©sistance (aprĂšs qu’il ait au III, grĂące Ă  EglĂ©, identifier son fils …) ; Ă  Jennifer Borghi revient naturellement les palmes d’une vĂ©ritable prise de rĂŽle : la voix est parfois serrĂ©e et l’articulation du français pas toujours indiscutable mais le timbre spĂ©cifique Ă©claire les blessures de la femme amoureuse (Ah faut-il me venger en perdant ce que j’aime … au IV) malgrĂ© l’horreur de la magicienne rien que terrible et dĂ©chaĂźnĂ©e (DĂ©pit mortel, transport jaloux, fin du II). En cela, grĂące Ă  la fine expressivitĂ© rĂ©alisĂ©e par le chef (excellent Guy Van Waas, artisan et dĂ©fenseur d’une esthĂ©tique multiple, Ă  la fois postbaroque, classique et dĂ©jĂ  romantique, assimilant et Gluck, Mozart et les accents frĂ©nĂ©tiques nerveux de Mannheim car Gossec connaissait Stamitz…), sa MĂ©dĂ©e sait rugir de façon inhumaine, aux imprĂ©cations infernales trĂšs assurĂ©es, mais aussi s’attendrir soudain pour mieux manipuler. Le profil fĂ©minin conçu par Gossec, aux couleurs chtoniennes inĂ©dites et vraiment passionnantes, annonce et nourrit ce sillon terrible et tragique qu’illustrent bientĂŽt Vogel (La Toison d’or, 1786) et aussi Cherubini (MĂ©dĂ©e, 1797).

Outre l’intelligence des situations, la finesse d’une Ă©criture idĂ©alement sentimentale, parfois Sturm und Drang donc prĂ©romantique, Gossec se libĂšre (et se rĂ©vĂšle vĂ©ritablement) dans le traitement orchestral de chaque acte : une puissance immĂ©diate qui ne s’Ă©pargne pas des choeurs simultanĂ©s souvent impressionnants d’audace, de force voire de sauvagerie. La dĂ©couverte est de taille : elle revient au mĂ©rite des institutions initiatrices, particuliĂšrement bien inspirĂ©es Ă  la dĂ©fendre : le Centre de musique baroque de Versailles, le Centre de musique romantique française Ă  Venise (Palazzetto Bru Zane). CrĂ©Ă© en 1782, ThĂ©sĂ©e de Gossec Ă©tait dĂ©jĂ  prĂȘt pour ĂȘtre produit sur la scĂšne dĂšs 1778… s’il n’Ă©tait Gluck ; probablement conscient du gĂ©nie de Gossec, le Chevalier favori de Marie-Antoinette faisait obstacle Ă  la reconnaissance de son rival. La prĂ©sente rĂ©surrection discographique accrĂ©dite ses soupçons : nous voici bien en prĂ©sence d’une oeuvre composite, esthĂ©tiquement aboutie, vraie synthĂšse Ă  son Ă©poque des tendances lyriques les plus convaincantes. Le gĂ©nie de Gossec, pĂšre de la symphonie mais aussi compositeur d’opĂ©ras, nous est dĂ©sormais totalement dĂ©voilĂ©. RĂ©alisation exemplaire.


François-Joseph Gossec (1734-1829) : ThĂ©sĂ©e, 1782. Jennifer Borghi, MĂ©dĂ©e. Virginie Pochon, EglĂ©. FrĂ©dĂ©ric Antoun, ThĂ©sĂ©e. Tassis Christoyannis, EgĂ©. Katia Velletaz, la grande PrĂȘtresse, Minerve … Les AgrĂ©mens. Choeur de chambre de Namur. Guy Van Waas, direction. 2 cd Ricercar RIC 337. EnregistrĂ© Ă  LiĂšge en novembre 2012. Voir le reportage vidĂ©o de ThĂ©sĂ©e de Gossec.