Livres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien à Paris, de l’Ancien Régime au roi Charles X par Claude Role. (L’Harmattan)

gossec-biographie-critique-livre-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-juin-2016-francois-joseph-gossec-1734-1829-un-musicien-de-l'ancien-regime-au-roi-charles-X-l-harmattanLivres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien à Paris, de l’Ancien Régime au roi Charles X par Claude Role. (L’Harmattan). Né belge à Vergnies, le 17 janvier 1734, François-Joseph Gossec s’éteint à Passy, le 16 février 1829, à l’âge vénérable de 85 ans… Belle longévité ayant traversé tant de régimes différents, qui pourtant s’impose par sa constance et la puissance de sa trajectoire créative. Dès 1756, François-Joseph Gossec, auquel on doit en France, le perfectionnement du genre symphonique et de l’orchestre symphonique – comme il a aussi inventé la musique de chambre et l’assimilation du Quatuor haydnien dans l’Hexagone, affirme sa singularité sur la scène musicale européenne : pourtant ce Haydn français qui fait la synthèse entre esthétique des Lumières et préromantisme reste étrangement oublié, écarté des salles de concerts. Sa connaissance de Haydn est telle qu’il dirige la première Symphonie du maître à Paris (1769). Grâce à Rameau qui l’introduit dans l’orchestre de son patron mécène La Pouplinière, Gossec peut se fixer dans la capitale française.

La réévaluation des auteurs oubliés vient toujours de la publication : ce texte déjà connu fournit une excellente entrée en matière, d’autant que très informative sur le contexte et les différentes époques (plus précisément régimes politiques) que Gossec aura servi, jamais son talent ne s’est vraiment tari, en témoigne la composition à une date tardive, de sa Symphonie pour 17 parties qui montre une verdeur intacte (l’équivalent du dernier Rameau, celui des Boréades, lui aussi d’une saisissante modernité inventive quelques mois avant sa mort …). Dans les années 1780, à l’époque où triomphent les Italiens surtout Sacchini (Renaud, février 1783) ou Salieri (Les Danaïdes, avril 1783 ; puis Tarare écrit avec Beaumarchais en 1786), le seul vrai grand succès de Gossec à l’Opéra (Académie royale de musique qu’il codirige avec Dauvergne) reste Thésée de 1782 : y perce un évident talent pour le drame, la grandeur tragique, les scènes spectaculaires avec chœurs éclatés dans l’espace, simultanés aux solistes, un sens de la tension héroïque qui renouvèle la proposition de Rameau et de Lully (dont Gossec adapte le livret), nuance le modèle frénétique de Gluck et apporte à la France à la veille de la Révolution, ce nerf guerrier qui saisit par sa pointe sèche et ses accents martiaux, incisifs, rugissant aussi par un orchestre particulièrement nerveux, préservant toujours un étonnant sens de l’équilibre et de la continuité dramatique (c’est d’ailleurs cette sensibilité affûtée qui lui permet de réussir la réécriture pour partie du troisième de l’Alceste de Gluck : l’ouvrage grâce à lui, peut renaître à la scène en diverses reprises… comme il en sera de même pour les reprises de Castor et Pollux de Rameau, l’opéra le plus joué alors.

CLIC D'OR macaron 200Du reste, déjà actif sous Louis XV dans les années 1760, les vrais succès du compositeur lui valant outre la jalousie des envieux et des petits, une gloire croissante, demeurent ses œuvres d’inspiration sacrée : l’incomparable Messe des défunts (1759-1760) à laquelle un chapitre entier est consacré et dont l’ampleur, la gravité lugubre, et comme dans Thésée, la couleur remarquable des trombones, annoncent les grands accomplissements de la ferveur romantique, que sont les Requiem de Berlioz ou de Verdi… c’est dire le génie de Gossec à l’époque des Lumières. Sans omettre également, l’O salutaris (trois voix sans accompagnement), soit 62 mesures qui font ainsi plus pour sa gloire que les centaines de page de ses tragédies lyriques.

A l’époque des Lumières et de la révolution jusqu’à l’Empire puis la Restauration,

Gossec : la constance d’un génie oublié

GOSSEC_Gossec-portraitAprès le succès de son Requiem, Gossec étonne en réussissant un talent éminemment versatile, s’épanouissant dans le genre opéra comique ; ainsi, Le tonnelier (1765), Les pêcheurs (1766) et en 1767, Toinon et Toinette. Symphoniste et compositeur pour l’orchestre (il a reçu l’influence stimulante du style Sturm und drang de Stamitz), Gossec, élément de la pépinière de talents que fut aux côtés de Rameau, l’orchestre de La Pouplinière, créée «Le Concert des Amateurs» (1769) où il dirige de facto en 1773, la première Symphonie écoutée en France de Joseph Haydn. Puis, il est directeur en 1773, du «Concert Spirituel». Homme fiable et loyal voire souvent paternaliste, Gossec reconnaît le talent de Mozart en 1778, lors de son second séjour parisien ; le Salzbourgeois en parle comme « un bon ami et un homme très sec ») ; Wolfgang alors protégé du Comte Grim, mais aussi Lesueur plus tard pourront compter sur cette figure de père, admirateur sincère de leur talent.

Directeur de l’Académie royale de musique, mais aussi de la nouvelle école royale de chant (fondée en 1784, rivale de l’école de l’Opéra), Gossec, pédagogue et directeur, adopte en lettré ouvert et cultivé, les idées de la Révolution, et pendant cinq ans compose des musiques destinées aux célébrations nationales (il compose la première orchestration de la Marseillaise). En 1795, il est l’un des fondateurs du Conservatoire National Supérieur de Musique.

Le texte est la nouvelle édition d’un ouvrage paru en novembre 2000 qui avait déjà marqué les esprits par l’argumentation vivante et la justesse de l’analyse sur l’homme, le compositeur, ses oeuvres, son époque. D’autant que dans le cas de Gossec, la péripétie des événements, d’un régime à l’autre (monarchie ultime sous Louis XVI, Révolution, Empire puis Restauration) n’empêche en rien un maître compositeur qui dut à son indiscutable génie, une carrière continue sans fausse note. La succession des régimes, l’époque et ses esthétismes particuliers à l’époque du premier romantisme (quand sous Napoléon rayonnent et s’imposent les Gavazzeni, Paisiello, Spontini et Méhul…), les divers événements et aléas d’une vie riche, marquée par l’estime des autres grâce au génie musical qu’il défend, composent ici une biographie qui se lit comme un roman. La réédition était attendue car l’ouvrage original était « épuisé », sa lecture rendue possible enfin à l’été 2015, est incontournable. Légitimement c’est un CLIC de classiquenews.com.

Livres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien à Paris, de l’Ancien Régime au roi Charles X par Claude Role.
(L’Harmattan). ISBN : 978-2-343-04010-3 • Parution : été 2015 • 390 pages

Approfondir

LIRE notre critique du coffret cd Thésée de Gossec (Van Waas, 2012, 2 cd Ricercar)

VOIR notre reportage vidéo exclusif Thésée de Gossec par Guy Van Waas (Liège, Philharmonie, le 11 novembre 2012) - durée 9mn30

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