CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)

deux-mezzos-sinon-rien-cd-concert-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-compte-rendu-annonce-KLARTHE-recordsCLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records) – Il revient ainsi Ă  Klarthe de fixer l’entente et la douce complicitĂ© de deux mezzos françaises particuliĂšrement bien associĂ©es. Le programme est Ă  la hauteur de la promesse : habilement Ă©quilibrĂ©, lieder de Brahms et de Mendelssohn auxquels rĂ©pondent plusieurs mĂ©lodies Ă©galement en duo, de Gounod, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Massenet
 parmi les moins connues et les plus Ă©vocatrices. Le jeu du compositeur et chef Johan Farjot apporte un tapis pianistique des plus articulĂ©s, opĂ©rant dans le registre que les deux voix dĂ©ploient sans peine : l’écoute complice, la complĂ©mentaritĂ© poĂ©tique.
En ouverture, les Quatre mĂ©lodies de Brahms sont abordĂ©es avec lĂ©gĂšretĂ©, un allant sans affectation dĂšs la premiĂšre (« Die Schwestern » / les sƓurs, titre bien choisi) une attention partagĂ©e dans l’écoute Ă  l’autre ; les deux voix de mezzos, proches et pourtant caractĂ©risĂ©es, interchangeables et distinctes, semblent exprimer la double face d’une mĂȘme intention : insouciance, introspection plus secrĂšte et intime pour le second lied – achevĂ© comme une interrogation (KlosterfrĂ€ulein) ; souple et presque sensuelle, « Phenomen » s’énonce comme une douce priĂšre, celle adressĂ©e Ă  un cƓur chenu qui peut encore aimer

Les amateurs de mĂ©lodies françaises seront ravis Ă  l’écoute des perles et joyaux qui suivent. Karine Deshayes dĂ©ploie sa soie flexible d’abord dans la premiĂšre sĂ©quence « D’un cƓur qui t’aime », timbre clair, aigus naturels et rayonnants auquel rĂ©pond le chant plus sombre de sa consƓur Delphine Haidan. Les deux fils vocaux tissant ensuite une tresse souple et Ă©quilibrĂ©e oĂč les deux timbres se rĂ©pondent et dialoguent sur le texte de Racine.
Les 3 oiseaux de Delibes se distingue par sa coupe prĂ©cise et sobre, son intensitĂ© tragique progressive, jusqu’à la derniĂšre strophe qui fixe une situation 
 perdue.
RĂ©vĂ©lateur d’un gĂ©nie opĂ©ratique et d’un raffinement supĂ©rieur, le cycle des deux mĂ©lodies de Saint-SaĂ«ns captivent tout autant : sur un rythme mi habanera / bolĂ©ro pour la premiĂšre (El Desdichado, – texte du librettiste Jules Barbier) et sur le sujet d’un cƓur pris dans les rĂȘts de l’amour cruel ; plus insouciante et presque fleurie, La Pastorale d’aprĂšs le texte de Destouches est d’un dĂ©licieux parfum nĂ©o baroque.
La premiĂšre des 3 mĂ©lodies de Massenet  « RĂȘvons c’est l’heure » (d’aprĂšs Paul Verlaine) charme comme un nocturne enivrĂ© et suspendu; la tendresse rayonne dans « Marine » cultivant un climat Ă©thĂ©rĂ©, murmurĂ©; enfin « Joie » s’électrise grĂące aux deux voix admirablement accordĂ©es.
L’une des plus longues mĂ©lodies : « Bienheureux le cƓur sincĂšre » de Gounod,  est une priĂšre ardente qui cĂ©lĂšbre Ă  la façon d’un cantique la justice divine et la bonheur des Justes
 Chausson diffuse son romantisme subtil et sombre d’une enivrante intĂ©rioritĂ© (sublime « La nuit ») ; quand FaurĂ© (« Puisqu’ici bas  ») sait exploiter toutes les nuances suaves des deux lignes vocales comme enlacĂ©es / torsadĂ©es. Le poids des mots, la nuance et l’équilibre des timbres, la caresse du piano font toute la valeur de ce programme dĂ©doublĂ© mais unitaire, original et cohĂ©rent. Un album qui est aussi dĂ©claration musicale car le duo « Deux mezzos sinon rien » entend Ă  prĂ©sent conquĂ©rir Ă  deux voix, scĂšnes et thĂ©Ăątres. On s’en rĂ©jouit. Prochain concert le 28 octobre au Bal Blomet (Paris)


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CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)  enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019  —  CLIC de classiquenews, automne 2020.

Johannes BRAHMS | 4 duos, opus 61
Charles GOUNOD | D’un coeur qui t’aime
LĂ©o DELIBES | Les 3 oiseaux
Camille SAINT-SAËNS | El Desdichado
Camille SAINT-SAËNS | Pastorale
Jules MASSENET | RĂȘvons, c’est l’heure
FĂ©lix MENDELSSOHN | 4 duos, opus 63
Jules MASSENET | 2 Duos, op 2
Charles GOUNOD | Bienheureux le coeur sincĂšre
Ernest CHAUSSON | La nuit – op 11, n°1
Gabriel FAURÉ | Pleurs d’or – op 72
Gabriel FAURÉ | Puisqu’ici bas toute Ăąme – op 10
Johannes BRAHMS | Die Meere – op 20, n°3

Karine Deshayes | Delphine Haidan
Johan Farjot, piano

VOIR toutes les infos sur le site du label KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/deux-mezzos-sinon-rien-detail

 

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CONCERT
Karine Deshayes | Delphine Haidan
Quatuor Ardeo
le 28 octobre 2020 – 20h30
au Bal Blomet Ă  Paris

RĂ©servations
http://www.balblomet.fr/events/ardeo/

CD Ă©vĂ©nement, critique. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha 2018)

chausson poeme amour et mer alexandre bloch gens orchestre national de lille cd annonce critique cd review cd classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha 2018). Comme une houle puissante et transparente Ă  la fois, l’orchestre pilotĂ© par Alexandre Bloch sculpte dans la matiĂšre musicale ; en fait surgir la profonde langueur, parfois mortifĂšre et lugubre, toujours proche du texte (dans les 2 volets prosodiĂ©s, chantĂ©s du « PoĂšme de l’amour et de la mer » opus 19) : on y sent et le poison introspectif wagnĂ©rien et la subtile texture debussyste et mĂȘme ravĂ©lienne dans un raffinement inouĂŻ de l’orchestration. D’une couleur plus sombre, d’un medium plus large, la soprano VĂ©ronique Gens a le caractĂšre idoine, l’articulation naturelle et sĂ©pulcrale (« La mort de l’amour » : dĂ©tachĂ©e, prĂ©cise, l’articulation flotte et dessine des images bercĂ©es par une voluptĂ© brumeuse et cotonneuse, mais dont le dessin et les images demeurent toujours prĂ©sent dans l’orchestre, grĂące Ă  sa diction exemplaire : quel rĂ©gal).

 

 

 

L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch

CHAUSSON sublimé
Parure chatoyante du symphonisme romantique et tragique

 

 

 

L’intelligibilitĂ© de la cantatrice, le poids qu’elle prĂ©serve et assure Ă  chaque vers poĂ©tique (rĂ©agencĂ© par Chausson Ă  partir des textes de Bouchor) sert admirablement le flux orchestral, ses enchantements harmoniques qui bercent et hypnotisent, jusqu’à l’extase et l’abandon. Remarquable Ă©quilibre entre suggestion et allant dramatique. « Le temps des Lilas et le temps des roses ne reviendra plus   » regaillardit Ă  la fin une succession de paysages mornes et Ă©teints mais d’une sourde activitĂ©. Le beautĂ© fragile qui s’efface Ă  mesure qu’elle se dĂ©ploie et se consume trouve une expression caressante et sensuelle dans le chant de l’orchestre, rĂ©signĂ© mais dĂ©terminĂ© (« Et toi que fais-tu ? »). Chausson offre un prolongement Ă  la langueur endeuillĂ©e du Wagner tristanesque : sa fine Ă©criture produit une grĂące assumĂ©e qui contient aussi sa propre rĂ©mission dans sa conscience de la mort. L’élan mĂ©lancolique et le deuil des choses Ă©teintes font le prix de leur Ă©vocation qui les ressuscite toujours indĂ©finiment, dans une sorte de rĂ©itĂ©ration magique, comme ritualisĂ©e, mais jamais artificielle.
Toujours trĂšs articulĂ© et d’une intonation simple, le chef dĂ©ploie les mĂȘmes qualitĂ©s qui avaient fondĂ© sa lecture des PĂȘcheurs de perles du jeune Bizet (opĂ©ra jouĂ© et enregistrĂ© Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille / mai 2017).

 

MĂȘme geste nuancĂ© pour le flux de la Symphonie en si bĂ©mol majeur (1891) qui dĂ©livre le mĂȘme sentiment d’irrĂ©pressible malĂ©diction. Le premier mouvement saisit par son souffle tragique (tchaikovskien : on pense Ă  la 4Ăš symphonie) et Ă©videmment l’immersion dans la psychĂ© wagnĂ©rienne la plus sombre et la plus rĂ©signĂ© (avant l’essor de l’Allegro vivo). Chausson est un grand romantique tragique qui cependant Ă©gale par son orchestration scintillante et colorĂ©e, ses Ă©clairs rythmiques, les grands opus de Ravel comme de Debussy.

VoilĂ  qui inscrit le compositeur fauchĂ© en 1899, – trop tĂŽt, dans un sillon prestigieux, celui des grands symphonistes romantiques français : Berlioz, Lalo, Ă©videmment Franck, mais aussi Dukas
 Le « TrĂšs lent », volet central, s’immerge dans le pur dĂ©sespoir, fier hĂ©ritier des prĂ©ludes de Tristan und Isolde de Wagner (mĂȘme couleur d’une douleur foudroyĂ©e), lĂ  encore. Comme s’il reprenait son souffle et sa respiration avec difficultĂ© (en un « effet » volontaire, maĂźtrisĂ©), l’orchestre, clair et prĂ©cis, fluide et ondulant, plonge en eaux profondes. Lamento de la douleur inĂ©narrable, l’épisode de presque 9 mn, Ă©tire sa langueur dĂ©sespĂ©rĂ©e que la parure orchestrale recharge et Ă©nergise cependant constamment : en cela, la direction du chef se montre trĂšs efficace : jamais Ă©paisse, toujours transparente : elle fait respirer chaque pupitre. DĂ©voilant des trĂ©sors d’harmonies rares, et d’alliages de timbres
 d’une ivresse gĂ©niale.
Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille ouvrent de larges perspectives dont l’ampleur nous terrifie comme elle nous captive : faisant surgir les guirlandes mĂ©lodiques sur un nuage brumeux de plus en plus menaçant et lĂ©tal (aprĂšs le motif du « temps des lilas » au cor anglais, rĂ©miniscence de Tristan). Le III applique Ă  la lettre le principe cyclique de son maĂźtre Franck, rĂ©capitulation des motifs prĂ©cĂ©dents mais harmonisĂ©s diffĂ©remment, et dans un climat d’agitation voire de panique au dĂ©but primitif. Alexandre Bloch exprime l’énergie brute, comme Ă  vif, comme incandescente, son ivresse primitive, sa noirceur large et enveloppante (wagnĂ©rienne), tout en se souciant de l’intelligibilitĂ© de la texture (bois, cordes, cuivres sont d’une couleur toute française).
L’architecture des fanfare, Ă©rigĂ©es comme de vastes portiques de plus en plus majestueux (dans l’esprit d’un choral) est Ă©noncĂ©e avec clartĂ© et une rigueur presque luthĂ©rienne. Et le miracle du dernier Ă©pisode,- salvateur, rassĂ©rĂ©nĂ© (formulĂ© comme la clĂ© du rĂ©bus prĂ©cĂ©dent, comme dans la Symphonie en rĂ© de Franck), peut s’accomplir en un geste d’une formidable hauteur (Ă©noncĂ©e comme l’ascension sur l’arche Ă©voquĂ©e ou comme le repli des eaux), et d’une noblesse infinie qui garde son secret. Magnifique rĂ©alisation : riche, trouble, ambivalente, grave et lumineuse : l’écriture de Ernest Chausson y gagne un surcroĂźt d’éloquence, d’intelligence, de prodigieuse activitĂ©. PortĂ© par son directeur musical, l’Orchestre national de Lille confirme une Ă©tonnante et salutaire comprĂ©hension du grand symphonisme romantique français. A suivre. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019. Les intĂ©ressĂ©s poursuivent actuellement un cycle majeur dĂ©diĂ© aux 9 symphonies de Gustav Mahler (tout au long de l’annĂ©e 2019).

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha – enregistrĂ© Ă  Lille en novembre 2018)

 

 
 

 

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LIRE aussi notre annonce du CD Ă©vĂ©nement. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha)

https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha/

CD Ă©vĂ©nement, annonce. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha)

chausson poeme amour et mer alexandre bloch gens orchestre national de lille cd annonce critique cd review cd classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha). Entre Berlioz et CĂ©sar Franck dont il fut l’élĂšve, Ernest Chausson (mort Ă  44 ans en juin 1899) impose aujourd’hui un gĂ©nie Ă  part d’autant qu’il reste mĂ©connu. A l’époque du wagnĂ©risme europĂ©en et bientĂŽt du premier Debussy symboliste, Chausson compose sur une dĂ©cennie (1882 – 1892) un cycle sans Ă©quivalent dans la littĂ©rature romantique française : Le PoĂšme de l’Amour et de la Mer (1882 – 1892), qui est Ă  la fois cycle de mĂ©lodies ou cantate profane, poĂšme symphonique ou symphonie. C’est un creuset bouillonnant d’idĂ©es mĂ©lodiques et harmoniques dont il extrait en 1886, le dernier volet, Le Temps des lilas, jouĂ© depuis comme une mĂ©lodie Ă  part (pour voix et piano).

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015La soprano française VĂ©ronique Gens enregistre ce cycle pour la premiĂšre fois, ayant dĂ©jĂ  gravĂ© Le Temps des Lilas (avec Susan Manoff au piano pour son disque NĂ©Ăšre / ALPHA 215, clic de classiquenews en octobre 2015 : LIRE ici notre critique du cd NĂ©Ăšre / VĂ©ronique Gens),un recueil pleinement abouti, qui « hypnotise par la justesse des couleurs, la prĂ©cision allusive de chaque mot vocal » Ă©crivait notre rĂ©dacteur Ernst Van Beck 


 

 

 

 

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Dans ce nouveau cd Ă©ditĂ© par Alpha dĂ©but mars 2019, VĂ©ronique Gens retrouve ici un orchestre familier, l’Orchestre National de Lille, sous la direction de son directeur musical, Alexandre Bloch (qui poursuit en 2019, un cycle Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© aux 9 symphonies de Mahler). Plus rare encore et de caractĂšres proches, la Symphonie en si bĂ©mol majeur (1891) complĂšte ce programme : c’est le sommet du rĂ©pertoire français, jalon aussi dĂ©cisif que la Symphonie en rĂ© mineur de Franck dont Chausson bien qu’élĂšve de Massenet, partage le mysticisme et l’idĂ©alisme esthĂ©tique. ConcrĂštement la Symphonie de Chausson prolonge la voie tracĂ©e par Franck, en faisant une Ă©tonnante et trĂšs originale synthĂšse entre les couleurs et l’ampleur de Wagner, son dramatisme noir, l’élĂ©vation françkiste et dĂ©jĂ  dans les couleurs et la transparence, la voluptĂ© allusive de l’impressionnisme Ă  venir. On y dĂ©tecterait presque aussi, cette clartĂ© faurĂ©enne qui Ă©claire la Suite PellĂ©as et MĂ©lisande 
 de FaurĂ© (alors Ă©crite Ă  la mĂȘme pĂ©riode). La Symphonie de Chausson, crĂ©Ă©e Ă  Paris en 1891 (SociĂ©tĂ© nationale de musique, salle Erard) est un jalon essentiel du romantisme français : elle s’inscrit dans le sillon des opus rĂ©volutionnaires et de synthĂšse comme la Fantastique de Berlioz (1830), la Symphonie avec orgue de Saint-Sans (1886) et Ă©videmment la Symphonie en rĂ© de son maĂźtre CĂ©sar Franck (composĂ©e peu avant et crĂ©Ă©e en … 1889). L’accueil est un triomphe que confirme la reprise en 1897 au Cirque d’hiver, par la Philharmonie de Berlin sous la direction de son directeur musical d’alors, Arthur Nikisch. Grand amateur d’art et collectionneur de tableaux (impressionnistes et symbolistes, sans omettre Degas et Manet…), Chausson a dĂ©diĂ© sa seule symphonie qui nous soit parvenue, au peintre Henry Lerolle (son beau-frĂšre). Prochaine grande critique du cd CHAUSSON par l’orchestre National de Lille / Alexandre Bloch dans le mag cd dvd livres de classiquenews

 

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha)

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 14 mars 2014. Ernest Chausson : Le Roi Arthus. Elisabete Matos, Andrew Schroeder, Andrew Richards, Bernard Imbert, Christophe Mortagne, Nicolas Cavallier. Jacques Lacombe, direction musicale. Keith Warner, mise en scÚne.

chausson_arthus_le-roi-arthus-opera-du-rhin-strasbourg-mulhouse-2014De mĂ©moire de lyricophile, on aura rarement Ă©tĂ© aussi mal Ă  l’aise au moment de l’évocation d’une soirĂ©e, tant l’attente Ă©tait grande et tant les Ă©lĂ©ments ont paru in fine se liguer contre la rĂ©ussite de ce qui promettait d’ĂȘtre un des grands Ă©vĂšnements de la saison en cours. Le retour en France du rare Roi Arthus d’Ernest Chausson, belle initiative de l’OpĂ©ra National du Rhin – avant l’entrĂ©e de l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra de Paris l’an prochain –, Ă©tait le moyen de jeter une oreille nouvelle sur la voie tracĂ©e par l’opĂ©ra français du dĂ©but du vingtiĂšme siĂšcle, aprĂšs Massenet et avant Debussy.
Ecrit entre 1886 et 1895, mais crĂ©Ă© seulement le 30 novembre 1903 Ă  la Monnaie de Bruxelles, plusieurs annĂ©es aprĂšs la mort du compositeur en 1899, l’unique ouvrage scĂ©nique de Chausson trouve sa source dans le choc que reprĂ©senta pour lui la dĂ©couverte de la musique de Wagner. Neuf ans de gestation pour une fresque centrĂ©e autour des trois personnages principaux : Arthus bien entendu, sa femme GeniĂšvre et le chevalier Lancelot, amant de la reine. Dans ce triangle amoureux, impossible de ne pas voir un reflet du Tristan wagnĂ©rien, tandis que le bon Lyonnel protĂšge les amours adultĂšres comme le fait BrangĂ€ne chez Wagner. En outre, au-delĂ  d’évocations appuyĂ©es au maĂźtre de Bayreuth – comment ne pas sourire lors des premiers accords, hommage plus qu’explicite Ă  la ChevauchĂ©e des Walkyries ? –, Chausson apporte aux leitmotivs et Ă  la vocalitĂ© large, typiques de l’écriture musicale de cette Ă©poque en mutation, son sens des couleurs trĂšs français, fondant les harmonies et cultivant une pĂąte sonore hĂ©roĂŻque et onirique tout Ă  la fois.

Un coup de la fée Morgane ?

Il est ainsi d’autant plus regrettable de devoir dĂ©plorer que tant de promesses n’aient pu ĂȘtre tenues Ă  Strasbourg ce soir-lĂ . Peut-ĂȘtre un (mauvais) coup de la fĂ©e Morgane, absente de l’ouvrage.
ConsidĂ©rant le cadre moyenĂągeux originel impossible Ă  reprĂ©senter sĂ©rieusement depuis les Monty Python, et dĂ©sireux d’ancrer sa mise en scĂšne dans un cadre temporel prĂ©cis – plutĂŽt, dit-il, que de choisir un cadre symboliste hors du temps –, Keith Warner dĂ©cide de cĂ©lĂ©brer le centenaire de la PremiĂšre Guerre Mondiale et de prendre ce cadre guerrier comme toile de fond et moteur de l’action. Las, force est de constater que cette scĂ©nographie ne fonctionne pas et que les lourds dĂ©cors trĂšs rĂ©alistes – une salle de commandement, un entrepĂŽt d’obus et un hĂŽpital militaire – ridiculisent l’intrigue davantage qu’ils la servent.
Plus encore, la sensualitĂ© demeure dĂ©sespĂ©rĂ©ment absente des duos unissant Lancelot et sa GeniĂšvre, alors que la musique dĂ©borde de la passion des cƓurs et des corps emmĂȘlĂ©s. Seul le pommier renversĂ© descendant des dessus et annonçant l’apparition de l’enchanteur Merlin possĂšde cette part de poĂ©sie qui semble avoir abandonnĂ© la scĂšne.
Le suicide de la reine, tristement illustratif, laisse l’Ɠil sec, le traitement scĂ©nique de cette scĂšne ne flattant ni la chanteuse ni l’esprit de ce moment censĂ©ment poignant. Et la conclusion de l’ouvrage ne convainc pas davantage, malgrĂ© un retour Ă  une certaine imagerie arthurienne – le souverain revĂȘt son armure argentĂ©e pour son Ă©lĂ©vation finale –, mais la statue Ă©rigĂ©e en son honneur et les pĂ©tales de roses tombant des cintres achĂšvent la soirĂ©e dans une sucrerie si soudaine qu’elle en devient dĂ©plaisante.
Cette scĂ©nographie semble ne pas inspirer davantage les chanteurs, tous s’acquittant de leur tĂąche avec professionnalisme mais sans flamme.
Seconde malchance de la reprĂ©sentation, la GeniĂšvre d’Elisabete Matos. HabituĂ©e des rĂŽles wagnĂ©riens et verdiens les plus redoutables, la soprano portugaise semble, malgrĂ© sa voix encore puissante, avoir fait les frais de ces emplois risquĂ©s, l’instrument ne sonnant plus que mĂ©tallique, toute nuance devenant pĂ©rilleuse et un vibrato creusĂ© envahissant l’ensemble de la tessiture.
Dans les quelques moments de vaillance dĂ©volus au rĂŽle, on entend l’Abigaille qu’elle a dĂ» ĂȘtre, mais en dĂ©pit d’un français digne d’éloge, la vocalitĂ© de la chanteuse demeure Ă©trangĂšre au style propre Ă  cette partition, sans parler de costumes peu seyants et d’une prĂ©sence scĂ©nique manquant terriblement de la fĂ©minitĂ© et la voluptĂ© requises. Chaque mouvement semble prĂ©cautionneux, et on ne parvient jamais Ă  croire Ă  la passion de cette reine amoureuse.
Son Lancelot paraĂźt pousser Andrew Richards dans ses retranchements, l’écriture du chevalier demandant une soliditĂ© et une endurance outrepassant les moyens du tĂ©nor amĂ©ricain. Le chanteur livre nĂ©anmoins une prestation honnĂȘte, payant comptant et osant nuancer, mais trop souvent en force pour enthousiasmer vraiment.
Remplaçant Franck Ferrari initialement prĂ©vu, le baryton Andrew Richards retrouve avec Arthus un rĂŽle qu’il connaĂźt bien pour l’avoir dĂ©jĂ  chantĂ© et enregistrĂ©. NĂ©anmoins, on reste surpris dĂšs ses premiĂšres notes par un mĂ©dium et un grave sans couleur, tandis que l’aigu, facile et solaire, accuse une position vocale typique d’un tĂ©nor. Au fil de la reprĂ©sentation, l’instrument paraĂźt prendre du corps et du soutien malgrĂ© un manque de projection et un lĂ©ger engorgement, gagnant en rondeur, le musicien incarnant avec conviction ce roi par trop incrĂ©dule et offrant une belle scĂšne finale.
Excellent Merlin de Nicolas Cavallier, son timbre profond de basse offrant une majesté bienvenue à ce rÎle pourtant écrit pour baryton.
Les seconds rĂŽles demeurent bien tenus, du Mordred percutant de Bernard Imbert au Lyonnel efficace et sonore de Christophe Mortagne, toujours excellent dans ce type d’emplois. On saluera Ă©galement le Laboureur poĂ©tique et au chant bien conduit de JĂ©rĂ©my Duffau.
D’ordinaire irrĂ©prochables, les ChƓurs de l’ONR apparaissent ce soir-lĂ  parfois mal Ă  l’aise dans la mise en place de leurs interventions, hĂ©sitation due peut-ĂȘtre Ă  un temps de rĂ©pĂ©titions insuffisant.
Quant Ă  l’Orchestre Symphonique de Mulhouse, c’est du cĂŽtĂ© de la magie que le bĂąt blesse. Non que la prestation des musiciens mulhousiens soit indigne, loin de lĂ . Au contraire, leur professionnalisme dans l’exĂ©cution de leurs parties, redoutablement difficiles, est Ă  saluer. Mais l’effort que leur a demandĂ© la prĂ©paration de cette partition riche et complexe se sent trop en ce soir de premiĂšre pour que les sortilĂšges contenus dans la musique puissent opĂ©rer pleinement. Cet orchestre dĂ©montre des progrĂšs constants, mais fallait-il pour autant leur confier d’ors et dĂ©jĂ  un ouvrage d’un tel niveau, non moins ardu que les compositions de Wagner ? A leur tĂȘte, Jacques Lacombe prĂȘche sa foi en cette musique et apporte Ă  cette entreprise tout son savoir-faire dans le rĂ©pertoire français, paraissant porter l’orchestre Ă  bout de baguette.
C’est donc des applaudissements trĂšs timides qui ont accueilli cette redĂ©couverte au rideau final, un comble pour la maison alsacienne qui a tant de rĂ©ussites Ă  son actif. EspĂ©rons que les reprĂ©sentations suivantes permettront, l’assurance et la confiance aidant, pour les instrumentistes comme pour le public, davantage de plaisir.
Une soirée dont nous sommes sortis sincÚrement attristés, mais qui aura néanmoins laissé pressentir la nécessité de redécouvrir ce Roi Arthus.

Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, 14 mars 2014. Ernest Chausson : Le Roi Arthus. Livret du compositeur. Avec GeniĂšvre : Elisabete Matos ; Arthus : Andrew Schroeder ; Lancelot : Andrew Richards ; Mordred : Bernard Imbert ; Lyonnel : Christophe Mortagne ; Merlin : Nicolas Cavallier ; Allan : Arnaud Richard ; Le laboureur : JĂ©rĂ©my Duffau. ChƓurs de l’ONR ; Sandrine Abello, chef de chƓur. Orchestre Symphonique de Mulhouse. Jacques Lacombe, direction musicale. Mise en scĂšne : Keith Warner ; DĂ©cors et costumes : David Fielding ; Eclairages : John Bishop