CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)

deux-mezzos-sinon-rien-cd-concert-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-compte-rendu-annonce-KLARTHE-recordsCLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records) – Il revient ainsi à Klarthe de fixer l’entente et la douce complicité de deux mezzos françaises particulièrement bien associées. Le programme est à la hauteur de la promesse : habilement équilibré, lieder de Brahms et de Mendelssohn auxquels répondent plusieurs mélodies également en duo, de Gounod, Saint-Saëns, Fauré, Massenet… parmi les moins connues et les plus évocatrices. Le jeu du compositeur et chef Johan Farjot apporte un tapis pianistique des plus articulés, opérant dans le registre que les deux voix déploient sans peine : l’écoute complice, la complémentarité poétique.
En ouverture, les Quatre mélodies de Brahms sont abordées avec légèreté, un allant sans affectation dès la première (« Die Schwestern » / les sœurs, titre bien choisi) une attention partagée dans l’écoute à l’autre ; les deux voix de mezzos, proches et pourtant caractérisées, interchangeables et distinctes, semblent exprimer la double face d’une même intention : insouciance, introspection plus secrète et intime pour le second lied – achevé comme une interrogation (Klosterfräulein) ; souple et presque sensuelle, « Phenomen » s’énonce comme une douce prière, celle adressée à un cœur chenu qui peut encore aimer…
Les amateurs de mélodies françaises seront ravis à l’écoute des perles et joyaux qui suivent. Karine Deshayes déploie sa soie flexible d’abord dans la première séquence « D’un cœur qui t’aime », timbre clair, aigus naturels et rayonnants auquel répond le chant plus sombre de sa consœur Delphine Haidan. Les deux fils vocaux tissant ensuite une tresse souple et équilibrée où les deux timbres se répondent et dialoguent sur le texte de Racine.
Les 3 oiseaux de Delibes se distingue par sa coupe précise et sobre, son intensité tragique progressive, jusqu’à la dernière strophe qui fixe une situation … perdue.
Révélateur d’un génie opératique et d’un raffinement supérieur, le cycle des deux mélodies de Saint-Saëns captivent tout autant : sur un rythme mi habanera / boléro pour la première (El Desdichado, – texte du librettiste Jules Barbier) et sur le sujet d’un cœur pris dans les rêts de l’amour cruel ; plus insouciante et presque fleurie, La Pastorale d’après le texte de Destouches est d’un délicieux parfum néo baroque.
La première des 3 mélodies de Massenet  « Rêvons c’est l’heure » (d’après Paul Verlaine) charme comme un nocturne enivré et suspendu; la tendresse rayonne dans « Marine » cultivant un climat éthéré, murmuré; enfin « Joie » s’électrise grâce aux deux voix admirablement accordées.
L’une des plus longues mélodies : « Bienheureux le cœur sincère » de Gounod,  est une prière ardente qui célèbre à la façon d’un cantique la justice divine et la bonheur des Justes… Chausson diffuse son romantisme subtil et sombre d’une enivrante intériorité (sublime « La nuit ») ; quand Fauré (« Puisqu’ici bas… ») sait exploiter toutes les nuances suaves des deux lignes vocales comme enlacées / torsadées. Le poids des mots, la nuance et l’équilibre des timbres, la caresse du piano font toute la valeur de ce programme dédoublé mais unitaire, original et cohérent. Un album qui est aussi déclaration musicale car le duo « Deux mezzos sinon rien » entend à présent conquérir à deux voix, scènes et théâtres. On s’en réjouit. Prochain concert le 28 octobre au Bal Blomet (Paris)…

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CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)  enregistrement réalisé en mai 2019  —  CLIC de classiquenews, automne 2020.

Johannes BRAHMS | 4 duos, opus 61
Charles GOUNOD | D’un coeur qui t’aime
Léo DELIBES | Les 3 oiseaux
Camille SAINT-SAËNS | El Desdichado
Camille SAINT-SAËNS | Pastorale
Jules MASSENET | Rêvons, c’est l’heure
Félix MENDELSSOHN | 4 duos, opus 63
Jules MASSENET | 2 Duos, op 2
Charles GOUNOD | Bienheureux le coeur sincère
Ernest CHAUSSON | La nuit – op 11, n°1
Gabriel FAURÉ | Pleurs d’or – op 72
Gabriel FAURÉ | Puisqu’ici bas toute âme – op 10
Johannes BRAHMS | Die Meere – op 20, n°3

Karine Deshayes | Delphine Haidan
Johan Farjot, piano

VOIR toutes les infos sur le site du label KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/deux-mezzos-sinon-rien-detail

 

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CONCERT
Karine Deshayes | Delphine Haidan
Quatuor Ardeo
le 28 octobre 2020 – 20h30
au Bal Blomet à Paris

Réservations
http://www.balblomet.fr/events/ardeo/

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