CRITIQUE, opéra. Paris, Opéra national de Paris, le 29 mars 2022. MASSENET : Cendrillon. Carlo Rizzi / Mariame Clément. 

CRITIQUE, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra national de Paris, le 29 mars 2022. SLIDE_Massenet_580_320 - copieMASSENET : Cendrillon. Carlo Rizzi / Mariame ClĂ©ment – Depuis plusieurs annĂ©es, la Cendrillon (1899) de Jules Massenet s’est imposĂ©e comme l’un des ouvrages les plus reprĂ©sentĂ©s de son auteur, aux cĂŽtĂ©s de Manon (1884) et Werther (1892). Il a Ă©tĂ© ainsi possible d’entendre ce chef d’oeuvre tardif à Marseille en 2009 http://www.classiquenews.com/marseille-opra-le-31-dcembre-2009-jules-massenet-cendrillon-cendrillon-julie-boulianne-cyril-diederich-direction-renauddoucet-mise-en-scne/ , Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 2011
https://www.classiquenews.com/paris-opra-comique-les-5-et-7-mars-2011-massenet-cendrillon-judith-gauthier-blandine-staskiewicz-michle-losier-marc-minkowski-direction-benjamin-lazar-mise-en-scne/, Ă  Nantes en 2018 https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-nantes-le-4-dec-2018-massenet-cendrillon-shaham-le-roux-toffolutti-schnitzler/ et surtout Ă  New York en dĂ©but d’annĂ©e (pour une reprise du spectacle de Laurent Pelly dĂ©jĂ  montĂ© Ă  Santa Fe en 2006).

L’entrĂ©e au rĂ©pertoire de l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra de Paris permet de se dĂ©lecter des harmonies raffinĂ©es de Massenet, qui Ă©tonne par une orchestration subtile et souvent allĂ©gĂ©e en maints endroits, avec des combinaisons de sonoritĂ©s souvent audacieuses (flĂ»te, harpe et alto, par exemple), toujours au service de la caractĂ©risation des Ă©vĂ©nements. L’ancien Ă©lĂšve d’Ambroise Thomas fait aussi valoir ses habituelles qualitĂ©s d’écriture pour la voix, toujours insĂ©rĂ©e naturellement dans l’action dramatique, mĂȘme si les parties nocturnes et rĂȘveuses apparaissent plus rĂ©ussies. La principale faiblesse revient au livret, qui minore les aspects comiques, plus prĂ©sents chez Rossini, pour privilĂ©gier un romantisme parfois naĂŻf, et ce malgrĂ© l’adresse finale au public en forme de pirouette.

La nouvelle production imaginĂ©e par Mariame ClĂ©ment (dĂ©jĂ  accueillie Ă  l’OpĂ©ra de Paris en 2014, avec Hansel et Gretel d’Humperdinck https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-opera-de-paris-le-20-novembre-2014-engelbert-humperdinck-hansel-et-gretel-andrea-hill-bernarda-bobro-imgard-vilsmaier-doris-lamprecht-jochen-schmeckenbecher/) surprend d’emblĂ©e par son Ă©vocation visuelle trĂšs rĂ©ussie de la Belle Epoque (immense dĂ©cor industriel pour camper l’intimitĂ© de Cendrillon, puis Palais de verre lorsqu’elle affronte le monde), tout en donnant une place Ă  la fĂ©Ă©rie du conte – notamment les encarts en papier dĂ©coupĂ©, rĂ©guliĂšrement projetĂ©s sur le rideau de scĂšne, avant les principaux tableaux. La direction d’acteur, autant que les dĂ©cors, rappellent souvent l’esprit bon enfant de Michel Ocelot (Dilili Ă  Paris) ou Martin Scorsese (Hugo Cabret).
Mariame ClĂ©ment rĂ©ussit aussi le pari de donner davantage de consistance Ă  cette histoire bien connue par l’ajout d’idĂ©es savoureuses : ainsi de la machine aux pouvoirs magiques (prĂ©texte Ă  quelques gags en dĂ©but d’ouvrage), sans parler de l’étonnante scĂšne de bal oĂč Cendrillon fait connaissance avec le Prince en catimini et sous son vrai visage. On aime aussi l’idĂ©e de vĂȘtir les prĂ©tendantes Ă  l’identique, comme autant de clones impersonnels, ou de nous faire croire au rĂȘve de Cendrillon en fin d’ouvrage, lorsque la mĂšre semble perdre la raison et que les sƓurs soutiennent l’hĂ©roĂŻne. L’image la plus saisissante est toutefois celle de la forĂȘt de containers au III, qui semble cacher des dĂ©chets radioactifs : loin du message Ă©cologique attendu, c’est un cƓur bouillonnant qui apparaĂźt, comme prisonnier des mĂ©andres de la terre. Plus tard, on comprend cette rĂ©fĂ©rence lorsque le Prince s’écrie « On ne m’a pas rendu mon cƓur », avant que sa promise ne lui intime de reprendre « son cƓur sanglant ».

Le plateau vocal se montre trĂšs satisfaisant au niveau dramatique, hormis la trop discrĂšte Daniela Barcellona (Madame de la HaltiĂšre), qui peine Ă  caractĂ©riser le ridicule de son personnage, soignant trop la partie vocale au dĂ©triment des intonations comiques. Il aurait peut-ĂȘtre fallu privilĂ©gier une distribution plus francophone, mĂȘme si Tara Erraught (Cendrillon) et Anna Stephany (Le prince) s’en sortent bien au niveau de la nĂ©cessaire prononciation, souvent dĂ©clamatoire. Tara Erraught emporte ainsi l’enthousiasme par son chant gĂ©nĂ©reux et lumineux, parfaitement projetĂ©. On aime plus encore sa partenaire, qui n’est pas en reste dans la rondeur d’émission et l’éclat. Mention particuliĂšre pour le Pandolfe tout de noblesse de Lionel Lhote, tandis que les deux soeurs assurent leur partie avec une virtuositĂ© admirablement maĂźtrisĂ©e. On mentionnera enfin la direction magnifique de subtilitĂ© de Carlo Rizzi, qui fait ressortir chaque dĂ©tail tout en faisant valoir les couleurs d’un Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris en grande forme. Il reste encore des places : courrez dĂ©couvrir ce trĂšs beau spectacle, Ă  savourer jusqu’au 28 avril prochain !

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CRITIQUE, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra national de Paris, le 29 mars 2022. Massenet : Cendrillon. Tara Erraught (Cendrillon), Daniela Barcellona (Madame de la HaltiĂšre), Anna Stephany (Le prince charmant), Kathleen Kim (La fĂ©e), Charlotte Bonnet (NoĂ©mie), Marion LebĂšgue (DorothĂ©e), Lionel Lhote (Pandolfe), Philippe Rouillon (Le roi), Cyrille Lovighi (Le Doyen de la facultĂ©), Olivier Ayault (Le Surintendant des plaisirs), Vadim Artamonov (Le Premier Ministre), ChƓur de l’OpĂ©ra national de Paris, Ching-Lien Wu (chef de chƓur), Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris, Carlo Rizzi, direction. Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne. A l’affiche de l’OpĂ©ra national de Paris jusqu’au 28 avril 2022.

Cendrillon de Noureev Ă  l’OpĂ©ra Bastille

nourrev-cendrillon-prokofiev-ballet-critique-danse-paquette-dec-2018-opera-bastille-classiquenewsARTE, Prokofiev : Cendrillon, ballet, le mardi 24 dĂ©c 2019, 23h30.  Le cĂ©lĂšbre conte de Charles Perrault est mis en musique par le russe SergueĂŻ Prokofiev en 1944, en un ballet de 3 actes. Prokofiev est alors un auteur adulĂ©, depuis m’immense succĂšs de son prĂ©cĂ©dent ballet, RomĂ©o et Juliette, Ă©crit dans un style postclassique. DĂ©diĂ© Ă  Tchaikovsky, le nouveau ballet reste la partition la plus occidentale de son auteur. Ici le ballet Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris (encore en janvier et juin 2019) dĂ©veloppe l’action dans un dĂ©cor de cinĂ©ma oĂč dans la mise en scĂšne de Rudof Noureev, paraissent plusieurs citations des hĂ©ros du 7e art amĂ©ricain propre aux annĂ©es 1930. VoilĂ  donc Cendrillon sous le prisme hollywoodien, revivifĂ©e sous les spotlights de La La Land. La fĂ©e marraine est le producteur et le prince charmant, un acteur vedette, star du cinĂ©ma. La pauvre servante chez elle, voit ses rĂȘves s’accomplir. Une histoire qui rappelle celle de Noureev : jeune Tatar devenu star internationale. Dans le choix de cette production, le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris rend hommage Ă  Rudolf Noureev qui fut son directeur de 1983 Ă  1989. Au moment des 350 ans de l’institution lyrique et chorĂ©graphique parisienne, c’est aussi un rappel de l’une des Ă©critures chorĂ©graphiques qui a marquĂ© son histoire au XXĂš. Conductor / chef : Vello PĂ€hn  -  Orchestre Pasdeloup.

 

En replay sur ARTE concert jusqu’au 21 mai 2020.

 

 

 

arte_logo_2013Ballet de l’OpĂ©ra de Paris : Valentine Colasante (Cendrillon), Karl Paquette (la star), Ludmila Pagliero, DorothĂ©e Gilbert (les deux soeurs), AurĂ©lien Houette (la mĂšre), Alessio Carbone (Le producteur), Paul Marque (le professeur de danse), Marion Barbeau (le printemps), Émilie Cozette (l’étĂ©), Sae Eun Park (l’automne), Fanny Gorse (l’hiver), Nicolas Paul (le rĂ©alisateur), Francesco Mura (son assistant), Pierre RĂ©tif (le pĂšre).  ChorĂ©graphie : Rudolf Noureev d’aprĂšs Charles Perrault  -  DurĂ©e : 2h50 (deux deux entractes)  -  FilmĂ© sur le vif , OpĂ©ra Bastille, Paris, DĂ©c 2018

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. SAINT- ÉTIENNE, OpĂ©ra. Le 5 mai 2019. ISOUARD : Cendrillon. Orch.et chƓur de l’OpĂ©ra de St-Étienne, Julien Chauvin.

ISOUARD-cendrillon-saint-etienne-opera-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-critique-compte-rendu-concerts-agenda-spectacles-operas-festivalsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. SAINT- ÉTIENNE, OpĂ©ra. Le 5 mai 2019. ISOUARD : Cendrillon. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Saint-Étienne, Julien Chauvin. Un petit bijou du XVIIIe siĂšcle renaĂźt de ses cendres grĂące Ă  l’opĂ©ra de Saint-Étienne, dans une mise en scĂšne simple mais trĂšs efficace. Un casting quasi superlatif orchestrĂ© par de trĂšs jeunes musiciens sous la baguette experte de Julien Chauvin. Une magnifique redĂ©couverte.

 

 

MAGNIFIQUE REDECOUVERTE
Une Cendrillon impériale

 

 

ReprĂ©sentĂ© en 1810 au thĂ©Ăątre Feydeau, la Cendrillon de Nicolas Isouard prĂ©cĂšde de prĂšs de quatre-vingt-dix ans celle de Massenet et de sept ans celle, plus cĂ©lĂšbre, de Rossini. On ne connaissait l’Ɠuvre que grĂące Ă  un vieil enregistrement de Richard Bonynge qu’il convenait de dĂ©poussiĂ©rer. Sans possĂ©der l’ampleur et la richesse de ces deux illustres aĂźnĂ©es, la version d’Isouard est loin de dĂ©mĂ©riter. Les pages brillantes et sĂ©duisantes abondent, et l’opĂ©ra tout entier (malgrĂ© quelques coupures, notamment des chƓurs) est superbement Ă©crit. On est d’emblĂ©e enchantĂ© par le duo des deux sƓurs (« Arrangeons ces dentelles »), par la diction Ă©loquente du prĂ©cepteur (« La charitĂ© »), par l’irrĂ©sistible bolĂ©ro du second acte de Clorinde (« Couronnons-nous de fleurs nouvelles »), l’air de bravoure de TisbĂ© du 3e acte, et surtout par la superbe romance de Cendrillon du premier acte (« Je suis modeste et soumise »), proprement envoĂ»tante.

La mise en scĂšne de Marc Pacquien est trĂšs rĂ©ussie. Une simple maison bleu-gris construite autour d’un double escalier, laisse apparaĂźtre tour Ă  tour le chĂąteau du baron ou le palais du prince, quelques effets d’illusion (un balai qui bouge tout seul, une citrouille qui vole dans les airs, une canne qui apparaĂźt comme par magie), les costumes ravissants et colorĂ©s de Claire Risterucci, et une direction d’acteur efficace contribuent Ă  la grande rĂ©ussite du spectacle.

La distribution est d’un trĂšs haut niveau, Ă  commencer, par le rĂŽle-titre. AnaĂŻs Constans possĂšde une voix souple et sonore, magnifiquement projetĂ©e, tandis que Jeanne Crousaud et Mercedes Arcuri jouent Ă  merveille leur rĂŽle espiĂšgle avec un abattage vocal – les passages virtuoses abondent (duo : « Ah, quel plaisir, ah, quel beau jeu ») – qui force le respect. JĂ©rĂŽme Boutiller est toujours aussi impeccable : son chant d’une grande noblesse d’élocution fait mouche dans les passages d’une simplicitĂ© apparente (« Ayez pitiĂ© de ma misĂšre »). Dans le rĂŽle du faux prince, Riccardo Romeo ne dĂ©mĂ©rite pas, mĂȘme si sa diction laisse parfois Ă  dĂ©sirer, mais sa trĂšs belle prĂ©sence scĂ©nique compense quelques (rares) dĂ©faillances vocales. La prestance de l’écuyer – qui se rĂ©vĂšlera ĂȘtre le vrai prince – est l’un des atouts de Christophe Vandevelde : voix solidement charpentĂ©e, voce spinta d’un trĂšs grand naturel doublĂ©e d’un trĂšs beau jeu d’acteur, qualitĂ© qu’il partage d’ailleurs avec tous ses partenaires (les dialogues parlĂ©s sont trĂšs vivants et fort bien dĂ©clamĂ©s) ; une mention spĂ©ciale pour le formidable numĂ©ro du baron de Montefiascone, bellement incarnĂ© par Jean-Paul Muel, acteur extraordinaire qui porte pour une grande part le dynamisme communicatif de toute la partition.

Dans la fosse, la baguette expĂ©rimentĂ©e de Julien Chauvin dĂ©fend avec conviction et justesse ces pages injustement oubliĂ©es en dirigeant une phalange d’une insolente jeunesse : l’orchestre est constituĂ© des membres de l’AcadĂ©mie du C.C.R. de Saint-Étienne, qui rĂ©vĂšlent avec bonheur leur trĂšs haut niveau d’exĂ©cution (on pardonnera quelques couacs des cors). Bonne nouvelle : des reprises de ce superbe opĂ©ra-fĂ©Ă©rie sont prĂ©vues prochainement avec l’orchestre « historiquement informĂ© » de Julien Chauvin. À ne pas manquer.

 

 

 

 

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Compte-rendu. Saint-Étienne, OpĂ©ra de Saint-Étienne, Isouard, Cendrillon, 05 mai 2019. AnaĂŻs Constans (Cendrillon), Jeanne Crousaud (Clorinde), Mercedes Arcuri (TisbĂ©), Riccardo Romeo (Le Prince Ramir), JĂ©rĂŽme Boutiller (Le prĂ©cepteur Alidor), Christophe Vandevelde (L’écuyer Dandini), Jean-Paul Muel (Le baron de Montefiascone), Marc Paquien (Mise en scĂšne), Julie Pouillon (Assistante Ă  la mise en scĂšne), Emmanuel Clolus (DĂ©cors), Claire Risterucci (Costumes), Dominique BrughiĂšre (LumiĂšres), Thomas Tacquet (Chef de chant), Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, Julien Chauvin (direction).

 

 

OPERA de SAINT-ETIENNE : Cendrillon de Niccolo ISOUARD

ISOUARD-opera-creation-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-Nicolas_Isouard_par_DucarmeSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. Isouard : Cendrillon : 3, 5 mai 2019. AprĂšs Dante, recrĂ©ation majeure de 2019, qui ressuscite le gĂ©nie oubliĂ©, mĂ©sestimĂ© du compositeur romantique Benjamin Godard, rĂ©cemment remis Ă  l’honneur, voici une autre pĂ©pite lyrique que dĂ©voile l’OpĂ©ra de Saint-Etienne : Cendrillon du Français romantique mort en 1818, Ă  44 ans, NICOLAS ISOUARD (1773 – 1818). On lui doit un Barbier de SĂ©ville dĂšs 1796 (d’aprĂšs Beaumarchais) dont la verve et le raffinement mĂ©lodique marquera Rossini : formĂ© Ă  Malte et Ă  Naples, Isouard est un auteur qui maĂźtrise la virtuositĂ© vocale alliĂ© Ă  un sens rĂ©el du drame. Proche de Kreutzer Ă  Paris, dĂšs 1799 : Isouard fonde une maison d’édition avec ce dernier ; il comprend que pour les parisiens mĂ©lomanes, si volages, l’Italie signifie gĂ©nie : devenu « NICOLÓ », il rĂ©ussit sur la scĂšne parisienne avec Michel-Ange (1802) et L’Intrigue aux fenĂȘtres (1805). Il rivalise avec Boieldieu et profitant du sĂ©jour de ce dernier en Russie, illumine par son gĂ©nie raffinĂ© la scĂšne de l’OpĂ©ra-Comique oĂč il prĂ©sente avec grand succĂšs Les Rendez-vous bourgeois (1807), Cendrillon (1810) d’aprĂšs Charles Perrault, La Joconde (1814), Aladin ou la Lampe merveilleuse1 (1822, opus posthume). Son intelligence apporte une vision personnelle sur le thĂšme de Perrault : Isouard cultive la veine onirique et mĂȘme fĂ©erique, apportant une conception du drame lyrique, Ă  la fois puissante et poĂ©tique.

SYNOPSIS et PRESENTATION :
ISOUARD-cendrillon-saint-etienne-opera-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-critique-compte-rendu-concerts-agenda-spectacles-operas-festivalsClorinde et TisbĂ©, cruelles demi-soeurs de Cendrillon, la traitent comme une servante. Quand Alidor, travesti en mendiant, implorant la charitĂ©, suscite la gentillesse d’une seule : Cendrillon. Ce geste gĂ©nĂ©reux lui permet d’accĂ©der au bal donnĂ© par le Prince, 
 puis de devenir l’élue de son cƓur, la princesse qu’il recherchait dĂ©sespĂ©rĂ©ment. L’opĂ©ra fĂ©erie d’une grande originalitĂ© onirique, restera Ă  l’affiche plusieurs dĂ©cennies. La chanteuse vedette Mme Saint-Aubin dans le rĂŽle-titre interprĂ©tait avec dĂ©lice ses airs cĂ©lĂšbres dont « Je suis fidĂšle et soumise » (repris comme un tube dans tous les salons parisiens) ; mĂȘme accueil enthousiastes face aux airs acrobatiques des deux demi-sƓurs jalouses et sadiques : Mmes Duret et Regnault y excellaient. Et les hommes, le baron de Montefiascone et l’écuyer Dandini redoublent de boursouflures comiques et dĂ©lirantes. Entre comique de situation, parfois prĂ© offenbachien, et onirisme fĂ©erique, la Cendrillon d’Isoaurd sait marquer les esprits et les auditeurs, grĂące Ă  sa finesse dramatique; Isouard Ă©pingle la fatuitĂ© bruyante, la vanitĂ© burlesque et cocasse qui contrastent avec la figure plus discrĂȘte de Cendrillon. L’Ɠuvre fut louĂ©e par sa subtilitĂ© par Berlioe dans le Journal des DĂ©bats en 1845.

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Cendrillon de Nicolas ISOUARD
GRAND THÉÂTRE MASSENET
OpĂ©ra fĂ©erie en 3 actes, crĂ©Ă© en fĂ©vrier 1810 Ă  l’OpĂ©ra-Comique
Livret de Charles-Guillaume Étienne, d’aprùs le conte de Charles Perrault.

2 représentations publiques
VENDREDI 03 MAI 2019 : 20hboutonreservation
DIMANCHE 05 MAI 2019: 15h

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/cendrillon/s-496/

OpĂ©ra de Saint-Étienne
RĂ©servations : +33 4 77 47 83 40
opera.saint-etienne.fr
Tarifs de 10 Ă  36,70 euros

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TARIF F ‱ DE 10 € À 36,70 €
DURÉE 1H30 ENVIRON, SANS ENTRACTE
LANGUE EN FRANÇAIS, SURTITRÉ EN FRANÇAIS

PROPOS D’AVANT-SPECTACLE
PAR CÉDRIC GARDE, PROFESSEUR AGRÉGÉ DE MUSIQUE,
UNE HEURE AVANT CHAQUE REPRÉSENTATION.
GRATUIT SUR PRÉSENTATION DU BILLET DU JOUR.

 ORCHESTRE SYMPHONIQUE SAINT-ÉTIENNE LOIRE

Julien Chauvin, direction musicale
Marc Paquien, mise en scĂšne
assisté de Julie Pouillon
Emmanuel Clolus, décors
Claire Risterucci, costumes
Nathy Polak, maquillages et coiffures
Dominique BruguiĂšre, lumiĂšres
Pierre Gaillardot, assistant lumiĂšres
et directeur technique
Abdul Alafrez, effets spéciaux


Cendrillon, AnaĂŻs Constans
Clorinde, Jeanne Crousaud
Tisbé, Mercedes Arcuri
Ramir, prince de Salerne, Manuel Nuñez Camelino
Alidor, son précepteur, JérÎme Boutillier
Dandini, Ă©cuyer du prince, Christophe Vandevelde
Le Baron de Montefiascone, Jean-Paul Muel

SAInt-AUbin-diva-opera-romantique-francais-cendrillon-1810-isouard-classiquenews-opera-annonce-opera-critique

Illustrations :

Mme Saint-Aubin dans l’acte II de Cendrillon (DR)
Kasimir Malevich, The Wedding, 1903, Museum Ludwig, Cologne © RheinischesBildarchiv (DR)

L’OpĂ©ra de Saint-Etienne ressucite la Cendrillon de “Nicolo” (Isouard)

ISOUARD-opera-creation-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-Nicolas_Isouard_par_DucarmeSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. Isouard : Cendrillon : 3, 5 mai 2019. AprĂšs Dante, recrĂ©ation majeure de 2019, qui ressuscite le gĂ©nie oubliĂ©, mĂ©sestimĂ© du compositeur romantique Benjamin Godard, rĂ©cemment remis Ă  l’honneur, voici une autre pĂ©pite lyrique que dĂ©voile l’OpĂ©ra de Saint-Etienne : Cendrillon du Français romantique mort en 1818, Ă  44 ans, NICOLAS ISOUARD (1773 – 1818). On lui doit un Barbier de SĂ©ville dĂšs 1796 (d’aprĂšs Beaumarchais) dont la verve et le raffinement mĂ©lodique marquera Rossini : formĂ© Ă  Malte et Ă  Naples, Isouard est un auteur qui maĂźtrise la virtuositĂ© vocale alliĂ© Ă  un sens rĂ©el du drame. Proche de Kreutzer Ă  Paris, dĂšs 1799 : Isouard fonde une maison d’édition avec ce dernier ; il comprend que pour les parisiens mĂ©lomanes, si volages, l’Italie signifie gĂ©nie : devenu « NICOLÓ », il rĂ©ussit sur la scĂšne parisienne avec Michel-Ange (1802) et L’Intrigue aux fenĂȘtres (1805). Il rivalise avec Boieldieu et profitant du sĂ©jour de ce dernier en Russie, illumine par son gĂ©nie raffinĂ© la scĂšne de l’OpĂ©ra-Comique oĂč il prĂ©sente avec grand succĂšs Les Rendez-vous bourgeois (1807), Cendrillon (1810) d’aprĂšs Charles Perrault, La Joconde (1814), Aladin ou la Lampe merveilleuse1 (1822, opus posthume). Son intelligence apporte une vision personnelle sur le thĂšme de Perrault : Isouard cultive la veine onirique et mĂȘme fĂ©erique, apportant une conception du drame lyrique, Ă  la fois puissante et poĂ©tique.

 
 
 

SYNOPSIS et PRESENTATION :
ISOUARD-cendrillon-saint-etienne-opera-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-critique-compte-rendu-concerts-agenda-spectacles-operas-festivalsClorinde et TisbĂ©, cruelles demi-soeurs de Cendrillon, la traitent comme une servante. Quand Alidor, travesti en mendiant, implorant la charitĂ©, suscite la gentillesse d’une seule : Cendrillon. Ce geste gĂ©nĂ©reux lui permet d’accĂ©der au bal donnĂ© par le Prince, 
 puis de devenir l’élue de son cƓur, la princesse qu’il recherchait dĂ©sespĂ©rĂ©ment. L’opĂ©ra fĂ©erie d’une grande originalitĂ© onirique, restera Ă  l’affiche plusieurs dĂ©cennies. La chanteuse vedette Mme Saint-Aubin dans le rĂŽle-titre interprĂ©tait avec dĂ©lice ses airs cĂ©lĂšbres dont « Je suis fidĂšle et soumise » (repris comme un tube dans tous les salons parisiens) ; mĂȘme accueil enthousiastes face aux airs acrobatiques des deux demi-sƓurs jalouses et sadiques : Mmes Duret et Regnault y excellaient. Et les hommes, le baron de Montefiascone et l’écuyer Dandini redoublent de boursouflures comiques et dĂ©lirantes. Entre comique de situation, parfois prĂ© offenbachien, et onirisme fĂ©erique, la Cendrillon d’Isoaurd sait marquer les esprits et les auditeurs, grĂące Ă  sa finesse dramatique; Isouard Ă©pingle la fatuitĂ© bruyante, la vanitĂ© burlesque et cocasse qui contrastent avec la figure plus discrĂȘte de Cendrillon. L’Ɠuvre fut louĂ©e par sa subtilitĂ© par Berlioe dans le Journal des DĂ©bats en 1845.

 
 
 

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Cendrillon de Nicolas ISOUARD
GRAND THÉÂTRE MASSENET
OpĂ©ra fĂ©erie en 3 actes, crĂ©Ă© en fĂ©vrier 1810 Ă  l’OpĂ©ra-Comique
Livret de Charles-Guillaume Étienne, d’aprùs le conte de Charles Perrault.

2 représentations publiques
VENDREDI 03 MAI 2019 : 20hboutonreservation
DIMANCHE 05 MAI 2019: 15h

 

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Julien Chauvin, direction musicale
Marc Paquien, mise en scĂšne
assisté de Julie Pouillon
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Pierre Gaillardot, assistant lumiĂšres
et directeur technique
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Cendrillon, AnaĂŻs Constans
Clorinde, Jeanne Crousaud
Tisbé, Mercedes Arcuri
Ramir, prince de Salerne, Manuel Nuñez Camelino
Alidor, son précepteur, JérÎme Boutillier
Dandini, Ă©cuyer du prince, Christophe Vandevelde
Le Baron de Montefiascone, Jean-Paul Muel

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Illustrations :

Mme Saint-Aubin dans l’acte II de Cendrillon (DR)
Kasimir Malevich, The Wedding, 1903, Museum Ludwig, Cologne © RheinischesBildarchiv (DR)

 
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. NANTES, ThĂ©Ăątre Graslin, le 4 dĂ©c 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous prĂ©sente Angers Nantes OpĂ©ra en ce mois de dĂ©cembre 2018 : une maniĂšre Ă©lĂ©gante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet mĂ©connu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son Ăąme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poĂ©sie du rĂȘve
 ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scĂšne, dans son rĂ©cit d’ouverture comme prĂ©alable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rĂȘve. Massenet ajoute aussi l’Ă©lan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fĂ©e, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment Ă  deux reprises un trio rĂ©ellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – Ă©pris mĂȘme-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la cĂ©lĂšbre crĂ©atrice de Carmen, Emma CalvĂ©, au dĂ©part pressentie pour le rĂŽle-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversĂ© par un dĂ©sir ardent, juvĂ©nile, d’une irrĂ©pressible aspiration, tĂ©moignage autobiographique de cette passion qui Ă©lectrise Massenet lui-mĂȘme en 1899.

 
 
 

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ROI STATUE ET PRINCE DEPRESSIF
 Si le tableau d’ouverture est un peu sage voire confus : on ne comprend pas bien ce qu’est cette « chose » en fil de fer rose (???) au dĂ©but du spectacle
 (qui traverse l’ensemble du dĂ©cor comme si elle en dĂ©coupait la paroi blanche), l’immersion dans le rĂȘve nĂ©anmoins se rĂ©alise trĂšs vite affirmant son univers onirique parfois surrĂ©aliste
 ainsi le tableau oĂč paraĂźt le prince, juchĂ© sur un chapiteau corinthien inversĂ©, emblĂšme de son dĂ©sĂ©quilibre intĂ©rieur manifeste : il ne veut rien faire, surtout pas participer au dĂ©filĂ© des filles de la noblesse que son pĂšre a dĂ©cidĂ© pour qu’il trouve Ă©pouse. Parlons du roi justement : il appartient au monde des lĂ©gendes, caricatural et dĂ©jantĂ© : une icĂŽne statufiĂ©e, dĂ©bout / assis, tout amidonnĂ©e dans son ample manteau royal : truculent Olivier Naveau.
Concernant le Prince mĂ©lancolique voire dĂ©pressif
 il faut bien toute la couleur du timbre grave de Julie Robard-Gendre pour exprimer un mal-ĂȘtre certain, ce moelleux maladif. Jusqu’Ă  ce que paraisse  Lucette / Cendrille dans sa robe blanche (de style Empire). Et les sens du jeune homme se rĂ©veillent soudainement (Massenet tout enamourĂ© de sa belle et jeune Julia ?).

‹CENDRILLON ENIVRÉE
 Dans le rĂŽle-titre Rinat Shahan ici mĂȘme Ă©coutĂ©e en Octavia tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e (Le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi), incarne une jeune femme angĂ©lique et volontaire, dont la couleur vocale fait tout le charme d’un chant simple, fluide, lumineux. Un angĂ©lisme ardent et sincĂšre qui certes ne maĂźtrise pas encore parfaitement l’intelligibilitĂ© de notre langue mais reste toujours trĂšs juste ; il n’y a guĂšre que le baryton emblĂ©matique François Le Roux qui rĂ©ussisse parfaitement l’exercice : son Ă©locution est exemplaire avec ce ton inspirĂ©, hallucinĂ©, des grands diseurs. Le chanteur donne du corps Ă  ce Pandolphe, vraie pantoufle domestique, passive et soumise
 qui finit mĂȘme par agacer tant il demeure attachĂ© Ă  sa nouvelle femme, la comtesse de La HaltiĂšre (la britannique Rosalind Plowright, dragon rageur et haineux, qui a presque 70 ans, dĂ©ploie une prĂ©sence scĂ©nique totale, dramatique et 
 sonore, vraie marĂątre dĂ©testable).

On sait Alain Surrans trĂšs soucieux de cohĂ©sion dramatique, y compris dans la dĂ©fense des Ɠuvres mĂ©connues ; le nouveau directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra apprĂ©cie particuliĂšrement les contes, prĂ©cisĂ©ment leur force poĂ©tique capable de nous parler encore aujourd’hui, dĂ©voilant des thĂšmes qui font Ă©cho Ă  notre actualitĂ©.
C’est assurĂ©ment le cas de Cendrillon de Massenet dont la figure courageuse de Lucette / Cendrille rappelle combien la dĂ©sobĂ©issance et la volontĂ© de croire Ă  ses sentiments sont majeurs pour toute Ă©mancipation.

 
 
  
 
 

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On Ă©mettra quelques rĂ©serves nĂ©anmoins dans cette nouvelle production. Bien des aspects de la partition surtout son livret, restent marquĂ©s par cette miĂšvrerie fleurie, typique de l’extrĂȘme fin du XIXĂšme ; les rĂ©fĂ©rences Ă  la nature, le sujet de cet « avril printanier » Ă©voquĂ©s Ă  plusieurs reprises, par Lucette et son pĂšre (et jusqu’au couple que le pĂšre Ă©voque avec sa fille comme celui « d’amoureux » en promenade
) laissent un rien perplexe. On en regretterait les bienfaits de l’actualisation. Il y avait beaucoup de jeunes dans la salle ce soir Ă  Nantes : pas sĂ»r que la majoritĂ© adhĂšre Ă  un art ainsi dĂ©modĂ© voire affectĂ© par des tournures d’un autre temps qui rĂ©duisent aujourd’hui la force de l’action. AssurĂ©ment quelques coupures eussent Ă©tĂ© bĂ©nĂ©fiques.

ESSOR ONIRIQUE
 Quoiqu’il en soit, ne boudons pas notre plaisir. Le spectacle rĂ©alise en maints endroits la volontĂ© onirique de Massenet. Son invitation Ă  retrouver notre Ăąme d’enfant prend forme et se rĂ©alise. Les deux tableaux oĂč paraĂźt la fĂ©e (suave et agile Marianne Lambert malgrĂ© les redoutables arches coloratoure de sa partie), la premiĂšre fois dans sa baignoire / nacelle, permettant Ă  Lucette d’aller au bal ; quand elle trĂŽne enfin, en dĂ©esse sylvestre, parmi les chĂȘnes, 
 sont trĂšs convaincants.

Parmi les sĂ©quences les plus marquantes, ce sont bien les duos entre Cendrille et le Prince qui sont les plus inspirĂ©s (moins le couple du pĂšre et de sa fille : Pandolphe / Lucette). L’union des nouveaux amants, en particulier dans le tableau du bal (premiĂšre rencontre) puis dans celui de leurs retrouvailles au pied du chĂȘne des fĂ©es, illustre ce Massenet inspirĂ©, – dans la lignĂ©e de Gounod, Ă©perdu et tendre, – entre dĂ©votion partagĂ©e et profondeur Ă©motionnelle ; quand par exemple dans leur premier Ă©moi, Cendrille avoue sa dĂ©votion immĂ©diate et totale Ă  l’ĂȘtre tout juste rencontré   On est proche de ce ravissement dont Massenet a dĂ©jĂ  Ă©laborĂ© l’expression dans Manon Ă©videmment (rĂ©fĂ©rence Ă  « la main presse »), composĂ©e 5 ans auparavant (1884).

 
 
 

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Manon est finalement une source maintes fois citĂ©e ou exploitĂ©e ici, ne serait ce que dans le parfum nĂ©o baroque, propre Ă  ce “classicisme XIXĂšme », de l’ouverture ; Ă©galement dans l’esprit Grand SiĂšcle des ballets qui citent toujours Manon (cf. le tableau de l’OpĂ©ra dans l’opĂ©ra). Saluons enfin danseurs et membres du Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra ; souvent trĂšs drĂŽle, la transposition que rĂ©alise le noyau des 5 danseurs du Centre ChorĂ©graphique national de Nantes, dans la chorĂ©graphie d’Ambra Senatore : ils emmĂšnent avec eux les choristes maison dont le talent et la volontĂ© du jeu se rĂ©vĂšlent et s’affirment bel et bien, de production en production, avec chez certains, une claire rĂ©fĂ©rence Ă  Charlie Chaplin.
Enfin en fosse, l’ONPL, dirigĂ© par Claude Schnitzler, s’il sonne dur et court en dĂ©but de spectacle, se dĂ©ploie plus onctueux et suggestif Ă  mesure que l’action rĂ©alise ce passage du rĂ©el au rĂȘve. Et vice versa. Convaincant.

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. NANTES, le 4 dĂ©c 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler - Encore Ă  l’affiche au Grand ThĂ©Ăątre d’Angers, pour 3 reprĂ©sentations incontournables, les 14, 16 et 18 dĂ©cembre 2018.

http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/cendrillon

LIRE aussi notre présentation annonce de la nouvelle Cendrillon présentée par Angers Nantes Opéra en décembre 2018
http://www.classiquenews.com/nouvelle-cendrillon-de-massenet-a-nantes-et-a-angers/

 
 
 

PROCHAINES productions Ă  ne pas manquer Ă  NANTES : Un Bal masquĂ© de Verdi (13 mars – 6 avril 2019)
A Nantes puis Angers : Le Vaisseau FantĂŽme de Wagner, 3 mai – 13 juin 2019

 
 
 
Illustration : Marianne Lambert (la fĂ©e) apparaĂźt Ă  Lucette / Cendrille (DR – Angers Nantes OpĂ©ra – JM Jagu 2018  
 
   
 
 

Nouvelle Cendrillon de Massenet Ă  Nantes et Ă  Angers

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitANGERS NANTES OpĂ©ra. MASSENET : Cendrillon. Jusqu’au 18 dĂ©c 2018. CrĂ©Ă© en 1899 Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris, Cendrillon illustre la rĂ©ussite de Massenet dans le genre onirique et “merveilleux”. Le peintre des femmes souvent sublimes et fortes, mais aussi fragiles, ardentes, toujours passionnĂ©es (Manon, ThĂ©rĂšse, Sapho, HĂ©rodiade, ThaĂŻs, Ariane, sans omettre
 Esclarmonde ou ClĂ©opĂątre). Ici Cendrillon affirme un tempĂ©rament aussi volontaire et courageux que son pĂšre (Pandolphe) est
 faible et soumis. Si l’opĂ©ra Notre-Dame de Paris fut Ă©crit uniquement pour des voix masculines, Cendrillon semble offrir un  pendant inversĂ© : Massenet favorise ici une large palette de timbres fĂ©minins. MĂȘme le prince est un rĂŽle travesti, confiĂ© Ă  un mezzo-soprano, charnel et large (dont la gravitas cependant sensuelle et amoureuse exprime au dĂ©but l’Ăąme mĂ©lancolique d’un garçon qui s’ennuie ferme).
Massenet exploite du sujet, son prĂ©texte onirique : il y est question de rĂȘve et de songe, d’oĂč sa couleur majoritairement merveilleuse (quand les deux amoureux, le prince et Cendrillon s’endorment au pied du chĂȘne des fĂ©es Ă  l’acte III). Pour se faire, les ballets prolongent l’atmosphĂšre enivrĂ©e de l’action, mais sans les tutus rĂšglementaires : le compositeur avait exprimĂ© sa prĂ©fĂ©rence pour cette touche de « modernité ».
Le romanesque amoureux Ă©vite l’artifice : Massenet trouve le ton et les mĂ©lodies justes. Dans la jeune cantatrice Julia Giraudon, qui remplace la cĂ©lĂšbre crĂ©atrice de Carmen (Emma CalvĂ©, au dĂ©part choisie pour la crĂ©ation), le compositeur a trouvĂ© son interprĂšte idĂ©ale pour Cendrillon : n’est-il pas lui aussi amoureux de sa nouvelle conquĂȘte ? Les qualitĂ©s de cet opĂ©ra mĂ©connu de Massenet, sauront-elles sĂ©duire les spectateurs nantais et angevins de 2018 ? En dĂ©cembre 1900, pour sa crĂ©ation nantaise, si le public avait rĂ©pondu prĂ©sent (aux 17 reprĂ©sentations), les critiques restĂšrent de glace devant une « oeuvre industrielle », « au nĂ©ant complet absolu ». Au moins, il y a plus de cent ans, on ne mĂąchait pas ses mots


 

 

En dĂ©pit de sa marĂątre, la HaltiĂšre (comtesse aussi sotte que vaniteuse comme ses filles, NoĂ©mis et DorothĂ©e), la souillon, Lucette, dite Cendrillon ou Cendrille, grĂące Ă  la complicitĂ© de la fĂ©e sa marraine, se prĂ©sente dans une robe somptueuse au bal (acte I) qu’offre le roi pour permettre Ă  son fils, le prince charmant de trouver femme. Cendrillon fascine le prince (acte II) mais elle doit partir avant minuit, sans qu’il sache son nom : seul le soulier de vair que le jeune fille a laissĂ© dans son dĂ©part prĂ©cipitĂ©, peut l’aider Ă  la retrouver.
Dans le logis, aprĂšs le bal, Cendrillon est Ă  nouveau humiliĂ©e par La HaltiĂšre et ses filles ; les deux amoureux peuvent nĂ©anmoins se retrouver au chĂȘne des fĂ©es : ils s’endorment unis (acte III).
Entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, Cendrillon s’interroge sur ce qu’elle a vĂ©cu : est ce rĂ©el ou un rĂȘve ? On annonce bientĂŽt que le prince convoque toutes les jeunes femmes du royaume pour retrouver sa belle inconnue
 Dans la cour d’honneur du palais, Cendrillon retrouve le prince qui l’a reconnaĂźt aussitĂŽt. La HaltiĂšre s’en Ă©meut (acte IV).

 

 

 

 

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NANTES THÉÂTRE GRASLIN
Novembre 2018
dimanche 25 Ă  16h
mardi 27 Ă  20h
jeudi 29 Ă  20h
DĂ©cembre 2018
dimanche 2 Ă  16h
mardi 4 Ă  20h

ANGERS GRAND THÉÂTRE
DĂ©cembre 2018
vendredi 14 Ă  20h
dimanche 16 Ă  16h
mardi 18 Ă  20h

RESERVEZ VOTRE PLACE 

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OpĂ©ra en 4 actes et 6 tableaux sur un livret d’Henri Cain et Paul Collin
CrĂ©Ă© le 24 mai en 1899 Ă  l’OpĂ©ra-Comique Ă  Paris

En famille Ă  partir de 10 ans
Opéra en français avec surtitres
Durée estimée : 2h40 avec entracte

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
Coproduction Angers Nantes Opéra, Opéra de Limoges, Opéra de TrÚves

Cendrillon : Rinat Shaham
Le Prince : Julie Robard-Gendre
Pandolphe : François Le Roux
Madame de la HaltiĂšre : Rosalind Plowright
La FĂ©e : Marianne Lambert
Noémie : Marie-Bénédicte Souquet
Dorothée : Agathe de Courcy
Le Doyen de la faculté : Vincent Ordonneau
Le Roi : Olivier Naveau

 

 

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Nos commentaires sur les chanteurs : la distribution est un argument de poids pour la rĂ©ussite de cette nouvelle production. Saluons les solistes Rinat Shahan qui fut sur les mĂȘmes planches une OCTAVIA sulfureuse et tragique dans le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi ; Julie Robard-Gendre qui incarnait OrphĂ©e de Gluck version Berlioz sur les mĂȘmes lieux, et dans la rĂŽle de la bonne fĂ©e, la suave et diseuse inspirĂ©e, Marianne Lambert, quĂ©bĂ©coise de charme et de subtilitĂ© que nous avions remarquĂ©e lors du Concours de chant de Clermont-Ferrand en 2017.

Direction musicale : Claude Schnitzler
Mise en scÚne, décors, costumes et lumiÚres : Ezio Toffolutti
Chorégraphie : Ambra Senatore

 

 

 

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NOTRE CRITIQUE DU SPECTACLE

 

 

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. NANTES, ThĂ©Ăątre Graslin, le 4 dĂ©c 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous prĂ©sente Angers Nantes OpĂ©ra en ce mois de dĂ©cembre 2018 : une maniĂšre Ă©lĂ©gante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet mĂ©connu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son Ăąme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poĂ©sie du rĂȘve
 ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scĂšne, dans son rĂ©cit d’ouverture comme prĂ©alable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rĂȘve. Massenet ajoute aussi l’élan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fĂ©e, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment Ă  deux reprises un trio rĂ©ellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – Ă©pris mĂȘme-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la cĂ©lĂšbre crĂ©atrice de Carmen, Emma CalvĂ©, au dĂ©part pressentie pour le rĂŽle-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversĂ© par un dĂ©sir ardent, juvĂ©nile, d’une irrĂ©pressible aspiration, tĂ©moignage autobiographique de cette passion qui Ă©lectrise Massenet lui-mĂȘme en 1899. EN LIRE PLUS

 

 

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CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical)

von stade frederica the complete columbia recital albums coffret cd review  critique cd classiquenews 18 cd coffret box 51AiKLG6r5L._SY300_QL70_CD, Ă©vĂ©nement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical). SOMBRE VELOURS D’UNE DISEUSE FRANCOPHILE. Mezzo irradiĂ©e – ce qui la destine aux emplois sombres et tragiques, la jeune musicienne fait son voyage Ă  Paris oĂč alors qu’elle Ă©chouait Ă  devenir pianiste, elle Ă©prouve comme une sidĂ©ration inexplicable, le choc du chant et de la voix en assistant Ă  un rĂ©cital de la soprano allemande Elisabeth Schwarzkopf alors diseuse hors paires dans les lieder de Hugo Wolf. Il y a chez Von Stade qui a beaucoup doutĂ© de ses capacitĂ©s artistiques rĂ©elles, une ardeur intĂ©rieure, une hypersensibilitĂ© jaillissante qui a rappelĂ© dĂšs ses premiers grands rĂŽles, les brĂ»lures tragiques et graves d’une Janet Baker.

CLIC_macaron_2014AU DEBUT DES 70′S… Jeune tempĂ©rament Ă  affiner et Ă  ajuster aux contraintes et exigences de la scĂšne, Frederica Von Stade est engagĂ©e dans la troupe du Met de New York par Rudolf Bing (1970) : elle n’est pas encore trentenaire ; trĂšs vite, elle prend son envol comme soliste, avec l’essor augural des opĂ©ras baroques  (elle chante Penelope de l’Ulysse monteverdien). Mais la diva est une diseuse qui se taille une trĂšs solide rĂ©putation chez Mozart  (Cherubino qui sera son rĂŽle fĂ©tiche, et Idamante) et Rossini dont elle maĂźtrise la virtuositĂ© Ă©lĂ©gante et racĂ©e grĂące Ă  des vocalises prĂ©cises et des phrasĂ©s ciselĂ©s  (Tancredi, Rosina, la donna del lago: surtout le chant noble mais dĂ©sespĂ©rĂ© de Desdemona dans Otello…). La Von Stade est aussi une bel cantiste Ă  la sĂ»retĂ© musicale impressionnante.
Le timbre sombre, essentiellement tragique colore une suavitĂ© qui est aussi pudeur et articulation : la mezzo s’affirme de la mĂȘme façon chez Massenet  (Charlotte de Werther, ChĂ©rubin lĂ  encore et aussi Cendrillon. ..), et Marguerite embrasĂ©e par un Ă©ros  qui dĂ©borde (La Damnantion de Faust), et BĂ©atrice (Beatrice et Benedicte d’aprĂšs Shakespeare) chez Berlioz dont elle chante aussi Ă©videmment les Nuits d’Ă©tĂ© (de surcroĂźt dans ce coffret, sous la direction de Ozawa lire ci aprĂšs).

 

 

 

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COFFRET MIRACULEUX… Qu’apporte le coffret de 18 cd rĂ©Ă©ditĂ©s par Sony classical ? Pas d’opĂ©ras intĂ©graux, mais plusieurs rĂ©citals thĂ©matiques oĂč scintille la voix ample, cuivrĂ©e, chaude d’un mezzo dramatique et suave, plus clair que celui de Janet Baker, aussi somptueux et soucieux d’articulation et de couleurs que Susan Graham (sa continuatrice en quelque sorte)… C’est dire l’immense talent interprĂ©tatif et la richesse vocale de la mezzo amĂ©ricaine Frederica von Stade nĂ©e un 1er juin 1945, qui donc va souffler en ce dĂ©but juin 2016, ses 81 ans. Le coffret Columbia (the complete Columbia recital albums) souligne la diversitĂ© des choix, l’ouverture d’un rĂ©pertoire qui a souvent favorisĂ© la musique romantique française, la fine caractĂ©risation dramatique pour chaque style, une facilitĂ© expressive, une Ă©lasticitĂ© vocale, – dotĂ©e d’un souffle qui semblait illimitĂ© car imperceptible, et toujours une pudeur presque Ă©vanescente qui fait le beautĂ© de ses rĂŽles graves et profonds. Les 18 cd couvrent de nombreuses annĂ©es, en particulier celles de toutes les promesses, et de la maturitĂ©, comme de l’approfondissement des partitions, soit de 1975 (CD oĂč rĂšgne la blessure et le poison saignant de la Chanson perpĂ©tuelle de Chausson, dĂ©jĂ  l’ivresse ahurissante de son Cherubino mozartien, ce goĂ»t pour la mĂ©lodie française : trĂšs rare Le bonheur est chose lĂ©gĂšre de Saint-SaĂ«ns, ou la question sans rĂ©ponse de Liszt d’aprĂšs Hugo : “Oh! quand je dors S 282, rĂ©cital de 1977, cd3) ; jusqu’aux songs de 1999 et mĂȘme 2000 (Elegies de Richard Danielpour, nĂ© en 1956, avec Thomas Hampson).

 

 

 

Dans les années 1970 et 1980, la mezzo Frederica von Stade chante Mozart, Massenet, Ravel avec une gravité enivrée

VELOURS TRAGIQUE

 

 

frederica von stade woolfe2-von_stade_frederica_eric_melear_0Salut Ă  la France… La mesure, le style, une certaine distanciation lui valurent des critiques sur sa neutralitĂ©, un manque d’engagement (certaines chansons de ses Canteloube)… Vision rĂ©ductrice tant la chanteuse sut dans l’opĂ©ra français exprimer l’extase Ă©chevelĂ©e par un timbre Ă  la fois intense, clair d’une intelligence rare, Ă  la couleur prĂ©cieuse, Ă  la fois blessĂ©e, Ă©perdue, brĂ»lĂ©e : un exemple ? Prenez le cd 2 : French opera arias (de 1976 sous la direction de John Pritchard) ; sa Cavatine du page des Huguenots de Meyerbeer ; sa Charlotte du Werther de Massenet (noblesse blessĂ©e de “Va, Laisse couler mes larmes”), l’ample lamento grave de sa Marguerite berlozienne (superbe D’amour l’ardente flamme, au souffle vertigineux), ne doivent pas diminuer l’Ă©clat particulier de la comĂ©dienne plus amusĂ©e, piquante, dĂ©lurĂ©e chez Offenbach (PĂ©richole grise ; Gerolstein en amoureuse dĂ©chirĂ©e : voyez le rĂ©cital totalement consacrĂ© Ă  la verve du Mozart des boulevards : Offenbach : arias and Overtures, 1994, cd14), d’un naturel insouciant et douĂ©e de couleurs exceptionnellement raffinĂ©es pour le Cendrillon de Massenet, surtout Mignon d’Ambroise Thomas, notre Verdi français. La pure et fine comĂ©die, la gravitĂ© romantique, le raffinement allusif : tout est lĂ  dans un rĂ©cital maĂźtrisĂ© d’une trentenaire amĂ©ricaine capable de chanter l’opĂ©ra français romantique avec un style mesurĂ©, particuliĂšrement soucieuse du texte.

 

 

von stade frederica concert 1024x1024Italianisme. Bel cantiste par la longueur de son legato et un souffle naturellement soutenu, aux phrasĂ©s fins et finement ciselĂ©s, Von Stade fut aussi une interprĂšte affichant son tempĂ©rament tragique et sombre, d’une activitĂ© mesurĂ©e toujours, chez PĂ©nĂ©lope de Monteverdi (Le Retour d’Ulysse dans sa patrie), chez Rossini oĂč sa distinction profonde fait miracle dans Tancredi et Semiramide (airs et aussi rĂ©citatifs merveilleusement articulĂ©s / dĂ©clamĂ©s, cd4, 1977)… Evidemment son mĂ©tal sombre et lugubre va parfaitement aux lieder bouleversants de Mahler (cd5, 1978 : Lieder eines Fahrenden gesellen, RĂŒckert lieder) ; mais la passion vocale et l’Ă©tendue de son velours maudit, comme blessĂ© mais si digne et d’une pudeur intacte ne se peuvent concevoir sans ses prodigieux accomplissements dans le rĂ©pertoire romantique et post romantiques français : Chants de Canteloube avec Antonio de Almeida (2 albums, de 1982 et 1985, oĂč l’ivresse mĂ©lodique s’accompagne d’une voluptĂ© comme empoisonnĂ©e Ă  la Chausson… le timbre enivrĂ© de la mezzo amĂ©ricaine s’impose par sa voluptĂ© claire et son intensitĂ© charnelle ; exprimant tout ce que cette expĂ©rience terrestre tend Ă  l’Ă©vanouissement spirituel,… une ThaĂŻs en somme : charnelle en quĂȘte d’extase purement divine). Ces deux recueils sont des must, indĂ©modables (mĂȘme si pour beaucoup sa partenaire et contemporaine Kiri te Kanawa a mieux chantĂ© Canteloube, sans “s’enliser”).

 

 

Berliozienne et RavĂ©lienne, Von Stade a exprimĂ© son amour Ă  la France. MĂȘme style irrĂ©prochable dans ses Nuits d’Ă©tĂ© de Berlioz d’aprĂšs Gautier de 1983 sous la direction de Ozawa ; et aussi ShĂ©hĂ©razade, MĂ©lodies et Chansons de Ravel Ă  Boston avec Ozawa toujours en 1979…
Avec son complice au piano, Martin Katz, la divina s’expose sans fards, voix seule et clavier dans plusieurs rĂ©citals qui ne dĂ©forment pas son sens de la justesse et de la musicalitĂ© allusive d’une finesse toujours secrĂštement blessĂ©e : deux cycles sont ici des absolus eux aussi, le rĂ©cital de 1977 comprend Dowland, Purcell, Debussy Canteloube dont il faut Ă©couter Quand je dors S 282 de Liszt sur le poĂšme d’Hugo : maĂźtrise totale du souffle et du legato avec une articulation souveraine : quel modĂšle pour les gĂ©nĂ©rations de mezzos Ă  venir. Plus aucune n’ose aujourd’hui s’exposer ainsi en concert. Puis le rĂ©cital de 1981 se dĂ©die aux Italiens, de Vivaldi, Marcello, Scarlatti Ă  Rossini sans omettre Ă©videmment Ravel et Canteloube

 

 

stade von stade frederica coffret complete columbia recital albums sony classical cd review 1024x1024Sur le tard, Stade, appelĂ©e affectueusement “Flicka“, sait aussi se rĂ©inventer et goĂ»te selon l’Ă©volution de sa voix, d’autres rĂ©pertoires, d’autres dĂ©fis dramatiques : comme le montrent les derniers recueils du coffret Columbia : aprĂšs celui dĂ©diĂ© Ă  la comĂ©die encanaillĂ©e mais subtile d’Offenbach (Offenbach arias & Overtures, Antonio de Almeida,1994), les cd 15 (Elegies et Sonnets to Orpheus de Richard Danielpour), cd 18 (Paper Wings et Songs to the moon… de Jake Heggie) soulignent la justesse des rĂ©citals (de 1998 et 1999) : celle d’une voix mĂ»re qui a perdu son agilitĂ© mais pas sa profondeur ni sa justesse expressive… CONCLUSION. Pour nous, française de coeur, Frederica Von Stade laisse un souvenir impĂ©rissable dans deux rĂŽles chez Massenet qu’elle a incarnĂ© avec intensitĂ© et profondeur : Cendrillon (cd16, 1978) et Cherubin (cd17, 1991), sans omettre son Mignon de Thomas (Connais tu le Pays, cd2, 1976). Bel hommage. Coffret Ă©vĂ©nement CLIC de mai 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret Ă©vĂ©nement. Frederica von Stade : the complete Columbia recital albums (18 cd, 19975-2000). Extraits d’opĂ©ras, mĂ©lodies, songs, lieder de Massenet, Thomas, Ravel, Mahler, Schuebrt, Berlioz, Bernstein… CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.