samedi 2 mars 2024

CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 25 octobre 2023. MASSENET : Cendrillon. J. De Bique, D. Barcellona, P. Murrihy, C. Wettergreen… Mariame Clément / Keri-Lynn Wilson.

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Cendrillon de Jules Massenet est entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 2022, dans cette formidable production signée Mariame Clément reprise aujourd’hui pour le plus grand plaisir des auditeurs ! Un des opéras des plus charmants du compositeur, il est défendu ce soir par la cheffe Keri-Lynn Wilson à la direction de l’orchestre de la maison et d’une distribution surprenante avec l’incroyable soprano Jeanine De Bique dans le rôle-titre.   

 

Cendrillon de Massenet à la Bastille : Charme féerique, électrique ! 

 

 

Le Cendrillon de Massenet, sur un livret d’Henri Cain d’après le conte éponyme de Charles Perrault, est un des nombreux opéras à traiter le sujet (Laruette, Isouard, Rossini…). Comme Rossini, mais pas de la même façon, Massenet et Cain rompent avec le cadre formel du conte de fées et imprègnent les personnages d’humanité. Le résultat est une œuvre équilibrée, délicate et curieuse où les paillettes et le charme musical constants rehaussent la sensation de proximité chaleureuse, d’humanité même.  

Mariame Clément et son équipe artistique proposent une transposition de l’action à l’époque de la création de l’opéra, c’est-à-dire, la Belle Époque ! Il n’est plus question de l’espace et du temps « du conte », nous sommes devant une scène qui représente, de façon à la fois accessible et sophistiquée, la Ville Lumière en pleine Exposition Universelle (magnifiques décors et costumes de Julia Hansen, fabuleuses lumières d’Ulrik Gad). C’est subtil, efficace, intelligent et innovant, tout en étant au service de l’opus. 

Dès les premières mesures de l’ouverture instrumentale nous sommes surpris par la charmante vivacité de l’écriture ainsi que par une certaine sophistication, qui n’est pas sans rappeler l’art symphonique de Léo Delibes (Massenet a orchestré, édité et créé le dernier opéra de Delibes, Kassya, deux ans après le décès du dernier). La cheffe Keri-Lynn Wilson (fondatrice et directrice musicale de l’Ukrainian Freedom Orchestra) fait ses débuts à l’Opéra de Paris à l’occasion de cette première ; sa direction est affirmée et affinée tout au long des 4 actes, que ce soit dans les grands moments symphoniques où l’orchestre rayonne d’un sentimentalisme enchanteur ou encore dans les pastiches des musiques du 17e siècle, plus pittoresques et charmants qu’archaïsants. 

Les personnages féminins sont superbement caractérisés par Massenet, et, ce soir, magnifiquement incarnés par les cantatrices. Jeanine De Bique dans le rôle de Cendrillon est tout simplement bouleversante de lyrisme dans son chant expressif, comme dans son air du premier acte « Reste au foyer, petit grillon », bijou de mélancolie résignée, ou encore dans les nombreux duos et ensembles. Le Prince Charmant de Paula Murrihy (rôle en travesti) faisant ses débuts à Paris est riche d’un timbre charnu, sombre, expressif, et comme De Bique et toute la distribution en vérité, elle est très investie au niveau scénique. La marâtre, Madame de la Haltière, est interprétée sans défaut par la grande Daniela Barcellona, désormais habituée du rôle. Une prestation complètement délicieuse et une marâtre au final plus piquante et rusée que méchante et vicieuse. Mêmes compliments pour les demi-sœurs Dorothée et Noémie, interprétées par Marine Chagnon et Emy Gazeilles respectivement (elles sont membres de la Troupe lyrique de l’Opéra national de Paris, la dernière faisant officiellement ses débuts sur la scène) : elles sont pétillantes et touchantes en permanence dans leurs performances. La Fée de Caroline Wettergreen est une vision électrique, cosmique, galactique mais surtout comique ! Mariame Clément arrive à donner un sens, une dramaturgie, à ses coloratures stratosphériques, et c’est un vrai plaisir lyrique. 

Les personnages masculins sont moins développés, à l’exception du père Pandolfe, interprété par Laurent Naouri, qui incarne merveilleusement la lâcheté blasée qu’habite le personnage. Remarquons également les belles voix solistes de Luca Sannai et Laurent Laberdesque dans les rôles du Doyen de la faculté et Surintendant des plaisirs. Ils sont membres des chœurs de l’opéra et ce soir ils sont tout simplement excellents dans ces rôles. Même remarque en ce qui concerne les Six Esprits de Corinne Talibart, So-Hee Lee, Stéphanie Loris, Anne-Sophie Ducret, Sophie Van de Woestyne et Blandine Folio Peres, excellentes !

 Une gourmandise lyrique surprenante à déguster sans modération !

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 25 octobre 2023. MASSENET : Cendrillon. J. De Bique, D. Barcellona, P. Murrihy, C. Wettergreen… Mariame Clément / Keri-Lynn Wilson. Photos (c) Opéra national de Paris

 

VIDEO : Keri-Lynn Wilson en interview au sujet de « Cendrillon » de Massenet à l’Opéra Bastille

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