GSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 août 2019 (Gaëlle Arquez)

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dépêches

  • daniel LOZAKOVICH tchaikovsky none but the lonely heart cd annonce critique review cd classiquenews critique cd classiquenews 4836086

    CD Ă©vĂ©nement, annonce. DANIEL LOZAKOVICH, violon : NONE BUT THE LONELY HEART (1 CD NONE BUT THE LONELY HEART). DG 2
 Legato fluide et aĂ©rien, sonoritĂ© solaire et pourtant investie, miracle d’articulation et d’élĂ©gance stylistique
 c’est peu dire que ce dĂ©jĂ  second album du violoniste suĂ©dois, vĂ©ritable prodige du violon, DANIEL LOZAKOVICH nĂ© en suĂšde en 2001 confirme les qualitĂ©s que nous relevions alors dans son recueil JS BACH (Partitas) Ă©ditĂ© chez DG en juin 2018. La maturitĂ© lui va Ă  ravir dans le choix judicieux, naturel du pourtant trĂšs dĂ©licat Concerto de Tchaikovski, l’opus 35 en rĂ© majeur, oĂč…

  • BEETHOVEN andris nelsons 9 symphonies wiener philharmoniker 5 cd blu ray DG Deutsche Grammophon

    CD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN : Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphonies : Wiener Philharmoniker (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon). La direction trĂšs carrĂ©e du chef letton Andris Nelsons (nĂ© Ă  Riga en 1978) brillante certes chez Bruckner et Chostakovitch, efficace et expressive, finit par dessiner un Beethoven assez rĂ©ducteur, parfois caricatural (Symphonies n°7 et 8). De la vigueur, de la force, des Ă©clairs et tutti martiaux, guerriers
 mais pour autant est-ce suffisant dans ce grand laboratoire du chaudron BeethovĂ©nien qui exige aussi de la profondeur et une palette de…

  • offenbach-mode-d-emploi critique annonce livre classiquenews

    LIVRE Ă©vĂ©nement. OFFENBACH mode d’emploi (Avant ScĂšne OPERA). Pour le bicentenaire de sa naissance, l’éditeur Avant ScĂšne opĂ©ra lui consacre un numĂ©ro spĂ©cial de sa collection MODE D’EMPLOI et montre combien l’amuseur du second empire, Jacques Offenbach (1819 – 1880) est inclassable : allemand devenu l’un des plus cĂ©lĂšbres reprĂ©sentants de l’« esprit français », violoncelliste virtuose muĂ© en compositeur de musique lĂ©gĂšre, Offenbach rĂšgne dans la capitale des spectacles et des plaisirs en roi de l’opĂ©ra-bouffe parisien (OrphĂ©e aux enfers, La Belle HĂ©lĂšne, La Vie parisienne, c’est lui !) ; sans omettre son chef-d’Ɠuvre posthume : l’« opĂ©ra fantastique…

  • atelier lyrique tourcoing logo_site

    TOURCOING. LULLY : Les Amants magnifiques. 15, 16 NOV 2019. Les Amants magnifiques de Lully datĂ© de fĂ©vrier 1670 incarnent un premier idĂ©al lyrique et thĂ©Ăątral qui mĂȘle comĂ©die parlĂ©e et entrĂ©es de ballet. L’opĂ©ra français Ă  proprement parler naĂźtra 3 annĂ©es plus tard : mais en 1670, si les deux genres, musical et thĂ©Ăątral n’ont pas encore fusionnĂ©, l’accord entre les deux, complĂ©mentaire et alternĂ©, favorise la forme d’un spectacle nouveau, inĂ©dit Ă  la Cour de France qui en associant les discipline du spectacle s’avĂšre marquant. Lully allait seul, sans MoliĂšre, inventer l’opĂ©ra entiĂšrement chantĂ© et une seule action…

  • OSEZ HAYDN Ă  l'ARSENAL DE METZ !

    METZ, Arsenal. FESTIVAL « OSEZ HAYDN! » 6 – 9 nov 2019. AprĂšs l’avoir crĂ©Ă© Ă  Paris en octobre 2018, Julien Chauvin et son ensemble, Le Concert de la Loge, sur instruments anciens, spĂ©cialistes du rĂ©pertoire classique et romantique, transfĂšrent le concept du festival HAYDN Ă  METZ, profitant opportunĂ©ment de leur rĂ©sidence Ă  la CitĂ© musicale de Metz (Arsenal)! Il est temps de (re)dĂ©couvrir l’écriture du gĂ©nie viennois, celui de Joseph Haydn, pĂšre du quatuor, de la symphonie classique, trop Ă©touffĂ© par MOZART. Au XVIIIĂš, rien de tel, car Mozart Ă©tait sousestimĂ©, et HAYDN, vĂ©nĂ©rĂ© comme le plus grand compositeur…

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    radio

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  • FRANCE MUSIQUE, sam 12 oct 2019, 20h. VERDI : Falstaff. France Musique diffuse la production londonienne du dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme : un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et mĂȘme enfantin, sainte et miraculeuse rĂ©gression

    Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et…

  • RADIO CLASSIQUE, Vendredi 4 oct 2019. VERDI : REQUIEM. 20h. En direct des Invalides.  Messe funĂšbre dramatique, opĂ©ra sacrĂ©, cantate de cĂ©lĂ©bration, de mĂ©moire et de compassion
Le Requiem de Giuseppe Verdi est tout cela Ă  la fois, donnĂ© ici Ă  la CathĂ©drale Saint-Louis des Invalides. Distribution, entiĂšrement française, pour ce Requiem de Verdi avec le ChƓur de l’Orchestre de Paris. À sa crĂ©ation, l’aspect thĂ©Ăątral et trop opĂ©ratique de l’ouvrage avait suscitĂ© incomprĂ©hension voire agacement : qu’à faire ce style lyrique dans une messe funĂšbre qui doit accompagner les jusqu’au repos Ă©ternel ? Ému par la disparition du poĂšte Manzoni,…


    télé

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  • FRANCE 2, lun 28 oct 2019, 00h15. GOUNOD : La nonne sanglante. En 1854, Charles Gounod, plus connu pour ses opĂ©ras romantiques et amoureux Ă  venir RomĂ©o et Juliette puis Faust, les plus applaudis Ă  son Ă©poque, se risque dans le genre fantastique et surnaturel, dans l’esprit des romans anglais Ă  fantĂŽmes. FilmĂ© Ă  l’OpĂ©ra Comique en juin 2018, le spectacle marquerait-il une rĂ©estimation de l’écriture de Gounod et de son apport Ă  l’opĂ©ra romantique français ? Il est vrai qu’en 2018, c’était l’annĂ©e du bicentenaire Gounod.

    Présentation
    Sur les 12 opĂ©ras signĂ©s Charles Gounod, 3 restent Ă  l’affiche :…

  • France 2. NoĂ© : Thierry Malandain, lun 21 oct 2019, 00h30. Evidemment Ă  des heures indues, les programmes culturels de France TĂ©lĂ©vision. L’intĂ©rĂȘt du programme est la musique du ballet, l’éblouissante messe de jeunesse de Puccini qui y rĂ©alise la continuitĂ© d’une tradition familiale (Ă©tabli dans la ville toscane de Lucca, berceau du clan Puccini). La chorĂ©graphie de Thierry Malandain qui a crĂ©Ă© sa compagnie en 1998, confirme le choix d’une esthĂ©tique nĂ©oclassique. Le Ballet pour 22 danseurs souligne la figure messianique de NoĂ©, porteur d’un nouvel espoir, d’un nouveau monde, aprĂšs que la premiĂšre crĂ©ation ait Ă©tĂ© submergĂ©e par…


    concerts et opéras

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  • ORLÉANS, Orch Symphonique d’OrlĂ©ans. Les 7 et 8 dĂ©c 2019. CONCERT DE NOËL. Pour le temps de NoĂ«l, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans propose un programme unique faisant dialoguer plusieurs Ă©critures principalement romantiques, toutes inspirĂ©es par NoĂ«l et le thĂšme de l’hiver : d’abord les germaniques, Mendelssohn (extraits de la Symphonie n°13) ; Schubert et Brahms ; puis les TchĂšques Janacek et Kodaly ; avant de conclure par les Français : Dukas, Poulenc, Saint-SaĂ«ns (extraits de son trĂšs rare oratorio de NoĂ«l). C’est un cycle Ă©clectique qui associe les instrumentistes du Symphonique d’OrlĂ©ans et le chƓur symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans qui est…

  • TOURCOING. LULLY : Les Amants magnifiques. 15, 16 NOV 2019. Les Amants magnifiques de Lully datĂ© de fĂ©vrier 1670 incarnent un premier idĂ©al lyrique et thĂ©Ăątral qui mĂȘle comĂ©die parlĂ©e et entrĂ©es de ballet. L’opĂ©ra français Ă  proprement parler naĂźtra 3 annĂ©es plus tard : mais en 1670, si les deux genres, musical et thĂ©Ăątral n’ont pas encore fusionnĂ©, l’accord entre les deux, complĂ©mentaire et alternĂ©, favorise la forme d’un spectacle nouveau, inĂ©dit Ă  la Cour de France qui en associant les discipline du spectacle s’avĂšre marquant. Lully allait seul, sans MoliĂšre, inventer l’opĂ©ra entiĂšrement chantĂ© et une seule action…

  • TOURS, OpĂ©ra. OFFENBACH, les 16 et 17 nov 2019. Le premier concert symphonique de l’OpĂ©ra de Tours pour sa saison 2019 2020 reste Ă©clectique tout en cĂ©lĂ©brant le gĂ©nie plus subtil qu’on ne le pense, de Jacques Offenbach. En tĂ©moigne la verve raffinĂ©e de son Concerto militaire, auquel succĂšdent, « Hiatus et Turbulences » (2018) de Baptiste Trotignon ; Le voyage dans la lune et La GaitĂ© Parisienne (arrangement de Manuel Rosenthal) du mĂȘme Offenbach…

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    OPERA DE TOURS
    Concert symphonique
    Samedi 16 novembre 2019 – 20h
    Dimanche 17 novembre 2019 – 17h
    RESERVEZ VOTRE PLACE
    http://www.operadetours.fr/offenbach-16-17-nov
    Jacques OFFENBACH
    Grand…

  • POITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂč il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, trĂšs architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1Ăšre symphonie qu’il s’agissait de la 10Ăš du grand Ludwig ?) 

    Le Double Concerto est l’Ɠuvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux…

  • POITIERS, TAP. Jeudi 17 oct 2019. Beethoven, Orch des Champs ElysĂ©es. DĂšs ce mois d’octobre 2019, l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es cĂ©lĂšbre dĂ©jĂ  les 250 ans de Beethoven (prĂ©cisĂ©ment le 16 dĂ©cembre 2020, Beethoven Ă©tant nĂ© Ă  Bonn le 16 dĂ©cembre 1770). Le chef Philippe Herreweghe, fondateur de son orchestre sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, a choisi deux « piĂšces fondatrices, datant de l’aube du 19e siĂšcle, qui baignent toutes les deux dans une lumineuse tonalitĂ© de do majeur ». La symphonie n°1 – achevĂ©e comme le symbole d’une Ăšre nouvelle dĂ©but 1800, est dĂ©diĂ©e Ă  l’aristocrate hollandais van Swieten,…

  • NANCY, les 14 et 17 oct 2019. REYER : Sigurd. Pour ses 100 ans, l’OpĂ©ra national de Lorraine met Ă  l’affiche Sigurd d’Ernest Reyer, ouvrage choisi pour son inauguration le 14 octobre 1919. Ainsi s’est Ă©crit l’histoire du Palais Hornecker – CrĂ©Ă© d’abord au ThĂ©Ăątre de la Monnaie Ă  Bruxelles en 1884, SIGURD fut une pĂ©pite lyrique totalisant 250 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra de Paris jusque dans les annĂ©es 1930. Comme Wagner et sa TĂ©tralogie, Reyer plonge dans la mythologie nordique – la saga des Nibelungen et les Eddas –, pour narrer les aventures de Sigurd et Brunehilde, entre souffle Ă©pique,…

  • CHINE. OPERA FUOCO : Handel : SERSE, les 17, 19, 20 et 22 oct 2019. Depuis 2003, David STERN ne cesse de travailler pour accomplir les missions de sa compagnie d’opĂ©ra, OPERA FUOCO, une acadĂ©mie permanente qui favorise l’éclosion des jeunes tempĂ©raments lyriques. PortĂ© par le chant lyrique, dĂ©fenseur du texte, soucieux du drame comme de l’élĂ©gance du style musical, le chef et directeur d’Opera Fuoco aborde cet automne, Serse de Haendel, un ouvrage dramatique parmi les plus aboutis du Saxon. Les subtilitĂ©s de la passion haendĂ©lienne sont ainsi Ă  l’honneur en Chine (les 17 Ă  PĂ©kin, les 19 et…

  • POITIERS, TAP. le 10 octobre 2019. OFFENBACH, le Strauss français et le petit Mozart des Champs ElysĂ©es
 Quel regard portez vous sur Jacques Offenbach, l’amuseur du Second Empire, capable de mĂ©lodies envoĂ»tantes et de facĂ©ties trĂšs insolentes ? NĂ© en Allemagne (Ă  Cologne), Jacques Offenbach respire et rĂȘve d’abord auvioloncelle dont il est virtuose (cf ses duos pour deux violoncelles, aussi mĂ©connus que divins) ; mais trĂšs vite, ce gĂ©nie de l’opĂ©ra, excelle et brille dans le genre opĂ©ra comique et opĂ©rette dont il devient le chantre de son siĂšcle.
    DĂ©lices d’Offenbach
    Un Ăąge d’or de l’opĂ©rette romantique en France…

  • METZ, Arsenal. Ven 22 nov 19. LA VALSE de RAVEL. L’Orchestre National de METZ et David Reiland (notre photo, DR) jouent la si dĂ©licate Valse de Ravel, hymne Ă  la danse et aussi orgie progressive de rythmes et de couleurs dans laquelle Maurice le si mesurĂ© et pudique, « ose » faire imploser le tissu symphonique jusqu’à la transe la plus dĂ©bridĂ©e, Ă  l’obsessionnelle ivresse. Auparavant la virtuositĂ©, spĂ©cialitĂ© toute française et parisienne au XVIIIĂš, transporte grĂące Ă  la Symphonie Concertante de Mozart, crĂ©Ă©e Ă  Paris en 1779 oĂč brillent en dialogue avec l’orchestre, deux invitĂ©s attendus, prometteurs : l’alto…

  • NANTES. Thomas : Hamlet. 28 sept – 4 oct 2019. Delacroix dĂšs 1839 s’intĂ©resse au sujet d’Hamlet, inspirĂ© par la piĂšce de Shakespeare (1603), comme Berlioz, grand lecteur du poĂšte et dramaturge britannique. Thomas pour sa part adapte le sujet Ă  l’opĂ©ra en 1868 en une partition audacieuse et toujours mĂ©sestimĂ©e dont la modernitĂ© passe entre autres par l’utilisation pour la premiĂšre fois dans une fosse d’orchestre de saxophones
 Outre l’efficacitĂ© dramatique (prĂ©verdienne), Thomas se soucie du timbre, des couleurs
 Une scĂšne reste emblĂ©matique du dĂ©sarroi dĂ©lirant qui dĂ©vore le cƓur et l’ñme du jeune Hamlet, fils endeuillĂ©, Ă©cartĂ©, hĂ©ritier…

  • SCEAUX (92). La Schubertiade, 12 oct 19. « Made in Franz ». Reprise du cycle de musique de chambre Ă  Sceaux, avec en fil rouge, la musique Schubertienne. Le premier volet de la nouvelle saison de La Schubertiade de Sceaux associe Schubert (Fantaisie en ut D 934) Ă  deux immenses Français romantiques, auteurs majeurs Ă  l’époque de Wagner : Saint-SaĂ«ns et Franck, dans deux partitions essentielles dans l’histoire de la musique romantique française, et aussi Ravel (l’irrĂ©sistible Tzigane).
    Présentation des interprÚtes : 1er concert du cycle Made in Franz
    ” ReprĂ©sentante exceptionnelle du violon français, fondatrice et chef de « …

  • ORLEANS, Orch Symphonique. Les 12 et 13 oct 2019. RAVEL, DEBUSSY
 Pour son premier concert de la saison 2019 – 2020, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans rend hommage au gĂ©nie de Ravel, inspirĂ© par l’AmĂ©rique, divin orchestrateur de Moussorgski
 Depuis sa crĂ©ation en 1921, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans (OSO) perpĂ©tue une trĂšs active tradition orchestrale Ă  OrlĂ©ans. AprĂšs Jean-Marc Cochereau qui le porta pendant plus de 20 ans, Marius Stieghorst pilote aujourd’hui la phalange avec l’engagement et le sens des risques et des dĂ©fis qui assurent Ă  la formation sa vivacitĂ©. Actuellement chef assistant Ă  l’OpĂ©ra National de Paris, Marius Stieghorst (nĂ© en…

temps forts

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  • ARTE.TV/opera Mardi 15 octobre 2019, 20h, en direct. PUCCINI : TURANDOT en direct du Liceu de Barcelone, mise en scĂšne : Franck ALEU, vidĂ©aste / direction musicale : Josep PONS. 3 énigmes sont rĂ©vĂ©lĂ©es par le prince Calaf pour obtenir la main de la princesse vierge Turandot. 3 personnages sont clĂ©s au centre de ce drame oriental Ă  la fois cruel, barbare et finalement transcendĂ© par l’amour : Calaf donc, le prince Ă©tranger ; Turandot, la vierge hystĂ©rique et frigide ; Liu enfin, celle qui aime en secret Calaf mais se sacrifie volontiers… Elle meurt assassinĂ©e aprĂšs avoir Ă©tĂ© torturĂ©e,…

  • GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2019 : LIVESTREAM Ă  15h aujourd’hui : masterclass d’ANDRAS SCHIFF. LIVESTREAM ! Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL dĂ©veloppe ses contenus digitaux et dĂ©voile des sessions inĂ©dites en exclusivitĂ© sur la toile
 Visionnez aujourd’hui en direct la masterclass de Sir Andras Schiff depuis la plateforme Gstaad Digital Festival Ă  partir de 15h. Cette masterclass fait partie des nombreux ateliers pĂ©dagogiques que propose le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL (7 acadĂ©mies au total dont une exceptionnel acadĂ©mie de direction d’orchestre, – session unique en Europe chaque Ă©tĂ©).
     
     

     
     
    CONNECTEZ-VOUS pour la Master class d’Andras Schiff au GSTAAD…

  • Internet en direct. BALANCHINE : JEWELS, le 11 avril 2019, 19h30. STAATSOPER.TV, Munich, Bayerische Staatsoper. L’opĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich crĂ©Ă© l’évĂ©nement avec la retransmission du Ballet JEWELS de George Balanchine (1967) / Music: Gabriel FaurĂ©, Igor Strawinsky, Peter I. Tschaikowsky / Soloists and ensemble of the Bayerisches Staatsballett. Dans l’ordre, Emeraude, Rubis, Diamants
    LIVE STREAM, JEUDI 11 avril 2019 Ă  19h30 (7.30 pm CEST)
    + d’infos : https://www.staatsoper.de/en/staatsopertv.html?no_cache=1&utm_campaign=advertisement&utm_medium=display&utm_source=bachtrack.com
     
     
     
    L’élĂ©gance Balanchine
     
    Joyaux (Jewels), triptyque chorĂ©graphique conçu par le maĂźtre du ballet nĂ©oclassique, Balanchine est crĂ©Ă© en 1967 Ă  New York et devient l’emblĂšme de la compagnie…

  • MUPA, BUDAPEST, en direct sur internet. Lun 11 mars 2019, 19h (MUPA Budapest). MONTECLAIR : JephtĂ©. György VASHEGYI, direction. Le chef hongrois György Vashegyi recrĂ©e JephtĂ©, chef-d’Ɠuvre de Michel Pignolet de MontĂ©clair, unique exemple de tragĂ©die composĂ©e sur un sujet biblique en France aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles. MONTECLAIR (Michel Pignolet de MontĂ©clair : 1667 – 1737) fait le lien entre les derniers feux du rĂšgne de Louis XIV et l’esprit de la rĂ©gence. C’est le maillon qui manquait Ă  notre connaissance entre la pompe de Lully et le gĂ©nie symphonique de Rameau. Pignolet devenu Monteclair Ă  partir de son…

  • LILLE, Nouveau SiĂšcle : La 2Ăšme Symphonie de Mahler, le 28 fĂ©vrier 2019. Et aussi en direct sur Youtube. 2Ăš volet de l’épopĂ©e orchestrale majeure, portĂ©e par l’ONL Orchestre National de Lille
 AprĂšs une Symphonie n°1, « Titan », mĂ©morable, voici le dĂ©jĂ  2Ăšme volet : la Symphonie n°2 dite « RĂ©surrection » qui sollicite en plus de l’orchestre, le concours du chƓur (adultes et enfants), deus voix fĂ©minines – alto et soprano, afin que se rĂ©alise cette ascension spirituelle du FInale oĂč le salut est enfin promis au hĂ©ros (et donc Ă  l’auditeur). Pas facile de se confronter Ă …


    cinéma

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  • LILLE, ONL. STAR WARS, 14 et 15 fĂ©v 2019. CinĂ©-concert de rĂȘve Ă  Lille
 La saga Star Wars de George Lucas n’aurait jamais eu son retentissement ni sa puissance dramatique sans le chant de l’orchestre qui sert de rĂ©sonateur, d’amplificateur Ă  sa formidable action interstellaire. John Wiliams a composĂ© l’une des musiques de films les plus envoĂ»tantes, inscrites dans le mystĂšre voire la terreur (quand l’infĂąme Dark Vador paraĂźt), mais aussi dans le drame et l’onirisme des Ă©toiles
 L’Orchestre National de Lille joue la carte du grand Ă©cran et de la magie orchestrale en proposant pendant deux soirs, les 14…

  • DON PASQUALE au cinĂ©ma, mardi 19 juin 2018, 19h30. La saison lyrique 2017/2018 s’achĂšve Ă  Paris, avec une Ɠuvre inĂ©dite sur la scĂšne de Bastille : DON PASQUALE, comĂ©die bouffe de Donizetti. CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1843, Ă  la charniĂšre de plusieurs Ă©poques, DON PASQUALE, Ɠuvre composite et variĂ©e, est l’apothĂ©ose du genre buffa. Un clin d’Ɠil de Donizetti au gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : le Rossini du Barbier de SĂ©ville. La mise en scĂšne est confiĂ©e Ă  Damiano Michieletto qui inscirt la voie de la sincĂ©ritĂ© et de la profondeur dramatiques au cƓur d’une Ɠuvre en apparence lĂ©gĂšre. Au…

  • CINEMA, le 12 avril 2018. BERLIOZ : Benvenuto Cellini par Terry Gilliam. CrĂ©Ă©e en 2014 en Grande Bretagne (pour l’English National Opera), la production de Benvenuto Cellini de Berlioz – grand opĂ©ra historique Renaissance du Romantique, admirateur de Gluck, a tournĂ© dans les grands thĂ©Ăątres lyriques d’Europe – Madrid, Barcelone et Rome, 
 dans la conception du rĂ©alisateur pĂ©taradant Terry Gilliam (ex Monty Python, concepteur du film lui aussi dĂ©lirant et trĂšs juste Brazil). Pas sĂ»r que l’imagination style « grand bazar » facile au grand Ă©cran, s’accore idĂ©alement au dispositif de la scĂšne lyrique
 Ă  la rĂ©alitĂ© de sa…

  • CINEMA. Le 25 avril 2017, 19h : SNEGOUROTCHKA de Rimsky-Korsakov. En direct de l’OpĂ©ra national de Paris, les salles de cinĂ©ma partenaires diffusent en direct l’opĂ©ra de Rimski-Korsakov trĂšs rarement jouĂ©e en France: SNEGOUROTCHKA ou LA FILLE DE NEIGE. Chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature populaire slave, LA FILLE DE NEIGE dĂ©veloppe un imaginaire fĂ©erique nourri des rigueurs du climat. C’est la nouvelle soprano Ă©gĂ©rie du label Decca, Aida Garifullina, qui prĂȘte sa voix Ă  Snegourotchka, la direction musicale et la mise en scĂšne rĂ©unissant deux autres artistes russes : le jeune chef d’orchestre Mikhail Tatarnikov et le metteur en scĂšne Dmitri…

  • CINEMA. Sonya Yoncheva chante Norma, lundi 26 septembre 2016, 19h30. En direct du Royal Opera House de Covent Garden, les salles de cinĂ©ma diffusent la prise de rĂŽle Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e lyrique europĂ©enne : Norma par la soprano vedette Sonya Yoncheva.
     
     
    A l’affiche du Royal Opera House de Covent Garden Ă  Londres, le sommet belcantiste de Bellini, Norma de 1831, permet actuellement une prise de rĂŽle proche du sublime par la soprano Sonya Yoncheva, – pour classiquenews, l’une des divas assolutas de l’heure, avec sa consoeur Anna Netrebko (dont le rĂ©cent album discographique Verismo a obtenu le…


    expos

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  • Exposition. PARIS, « Un air d’Italie », Palais Garnier, BibliothĂšque-MusĂ©e de l’OpĂ©ra : L’OpĂ©ra de Paris de Louis XIV Ă  la RĂ©volution : 28 mai – 1er septembre 2019. OrganisĂ©e par la BnF et l’OpĂ©ra national de Paris, l’exposition souligne le 350e anniversaire de l’OpĂ©ra de Paris ; elle interroge l’histoire, souvent tumultueuse, de la premiĂšre scĂšne lyrique française, sous un angle inĂ©dit : celui du dialogue continu entre les modĂšles français et italien. De 1669 Ă  1791, l’OpĂ©ra de Paris tente d’incarner sa propre continuitĂ© entre rĂ©fĂ©rence Ă  un modĂšle transalpin et affirmation d’une ambition nationale. 130 piĂšces (manuscrits,…

  • PARIS, MusĂ©e d’Orsay, DEGAS Ă  l’OpĂ©ra : 24 sept 2019-19 janv 2020. Quand il peint les danseuses, Edgar Degas aime les plans originaux, dĂ©calĂ©s, hors scĂšne frontale, dans les coulisses et en dehors de la reprĂ©sentation elle-mĂȘme ; c’est pourquoi, ses vues dĂ©voilent ce qui n’est pas connu ni officialisĂ© : l’arriĂšre de la scĂšne, le foyer, les rĂ©pĂ©titions,
 tout un monde non convenu, jamais attendu dont la libertĂ© se lit dans les poses inĂ©dites. Il peint des corps dĂ©sarticulĂ©s, et comme mĂ©canisĂ©s, c’est Ă  dire dĂ©shumanisĂ©s, mais dont la ligne est saisissante. A l’OpĂ©ra, aux cĂŽtĂ©s des danseuses et…

  • NANCY, OpĂ©ra. EXPOSITION «  OpĂ©ra ! », 3 siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy : 9 nov 2018 – 24 fev 2019. Avant les cĂ©lĂ©brations du Centenaire de l’OpĂ©ra de Nancy inaugurĂ© le 14 octobre 1919, l’exposition « OpĂ©ra ! » propose de retracer 310 ans d’histoire artistique au coeur de la citĂ© ducale nancĂ©ienne. 3 salles de spectacle se sont succĂ©dĂ©es Ă  Nancy depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. En 1709, un opĂ©ra est inaugurĂ© Ă  proximitĂ© du palais ducal. Construit pour le duc LĂ©opold de Lorraine, il est rĂ©alisĂ© sur des plans de l’architecte italien, spĂ©cialiste des machineries et des dispositifs…

  • PARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019. RĂ©trospective attendue et totalement enivrante
 AprĂšs l’exposition sur le Second Empire « spectaculaire » (Orsay), voici venu le temps de Venise « éblouissante » : notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e affectionne les superlatifs pour exister et crĂ©er le buzz (?!). Aux plus rĂ©servĂ©s, avouons que cette exposition parisienne prĂ©sentĂ©e au Grand Palais pourrait bien ĂȘtre l’expo phare de cette rentrĂ©e, tant l’art qui y est concentrĂ©, suscite l’admiration par son raffinement et sa joie de vivre. D’autant que la pĂ©riode analysĂ©e (le XVIIIĂš) est peu connue. En effet si l’on…

  • SAINT-GERMAIN : Exposition Debussy Ă  la plage, jusqu’au 15 dĂ©cembre 2018. Un Ă©pisode dans la vie de Debussy
 Saint-Germain en Laye (78), la ville natale de Debussy rend hommage Ă  son gĂ©nie Ă  travers un Ă©clairage inĂ©dit et plutĂŽt surprenant s’agissant d’un compositeur qui de surcroit n’a pas Ă©tĂ© trĂšs bavard sur sa vie privĂ©e (comme Ravel). Le 1er aoĂ»t 1911, Claude Debussy s’installe avec sa famille sur une plage normande. Pendant son sĂ©jour Ă  Houlgate, il n’Ă©crira pas une note de musique. Durant un mois, l’auteur reconnu, Ă  la fois raffinĂ© et rĂ©volutionnaire, qui a Ă©crit l’opĂ©ra singulier « …


GSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 août 2019 (Gaëlle Arquez)

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 aoĂ»t 2019. Le samedi 24 aoĂ»t Ă  19h30, Carmen de Bizet en version de concert (Tente de Gstaad) avec dans le rĂŽle titre, la mezzo hexagonale GaĂ«lle Arquez
 L’esprit et le raffinement des couleurs parisiennes Ă  GSTAAD. Le MENUHIN Festival a toujours su proposer de grands Ă©vĂ©nements lyriques sous la tente. Cette Carmen devrait marquer l’édition 2019, sollicitant un plateau prometteur et les musiciens de l’opĂ©ra de ZĂŒrich. L’amour, la tendresse, le drame, le pittoresque, les couleurs
 le sang espagnol ; la passion criminelle et la jalousie qui rend fou 
 il ya tou chez Bizet. Dans son ultime opĂ©ra, crĂ©Ă© en 1875, et malheureux Ă©chec qui devait prĂ©cipiter sa mort (foudroyĂ© Ă  36 ans par un arrĂȘt du cƓur), Georges Bizet se montre grand connaisseur de l’ñme humaine et en particulier de l’amour jaloux et exclusif.

 

 

CARMEN française à GSTAAD
La partition enchaĂźne les tubes : de la Habanera «L’amour est un oiseau rebelle» Ă  la SĂ©guedille «PrĂšs des remparts de SĂ©ville», chantĂ© par la cigariĂšre de SĂ©ville, sans omettre le langoureux et tendre «La fleur que tu m’avais jetĂ©e», Everest de tout les tĂ©nors qui ose incarner Don JosĂ©, brigadier devenu contrebandier pour l’amour de Carmen.

Le plus de cette production lyrique en version de concert Ă  GSTAAD : GaĂ«lle Arquez en Carmen, Marcelo Alvarez en Don JosĂ© (avec de somptueux costumes selon la prĂ©sentation d’annonce du Festival
).

Bizet, Prix de Rome, s’ennuie ferme dans les annĂ©es 1860. Il peine Ă  se faire un nom sur la scĂšne lyrique parisienne. AprĂšs le Second-Empire, et la Commune (1870), malgrĂ© le wagnĂ©risme ambiant, le jeune compositeur s’affirme en 1872 Ă  l’OpĂ©ra-Comique avec Djamileh, un ouvrage en un acte, au parfum oriental
 Fort de ce premier jalon applaudi, le compositeur reçoit une commande plus ambitieuse, avec pour librettistes Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, dĂ©jĂ  sollicitĂ©s et eux aussi remarquĂ©s par Offenbach.

Bizet choisit lui-mĂȘme la nouvelle Carmen de Prosper MĂ©rimĂ©e, roman hispanisant Ă©crit dans les annĂ©es 1830 ; le compositeur s’inspire aussi du poĂšme Les Gitans de Pouchkine (1824). La premiĂšre de Carmen a lieu le 3 mars 1875. L’accueil est froid car le meurtre reprĂ©sentĂ© sur scĂšne, la sauvagerie du portrait de l’hĂ©roĂŻne, le rĂ©alisme de l’action, souvent brutale et exacerbĂ©e, ne manque pas de surprendre voire de choquer. MĂȘme Jacques Offenbach prĂ©sent Ă  la premiĂšre, crie que Bizet lui a volĂ© l’air de MicaĂ«la du troisiĂšme acte!
Tout cela crĂ©e un parfum de scandale. Puccini s’en souviendra, la cruditĂ© naturaliste de Bizet en moins. Pourtant comme il est trĂšs bien expliquĂ© dans le livret programme Ă©ditĂ© par le GSTAAD MENHIN Festival, « Bizet ne fait autre chose que de renvoyer Ă  la bourgeoisie l’image de sa propre hypocrisie dĂ©cadente! ». Un effet de miroir qui frappe encore aujourd’hui par sa justesse.

Son ami Ernest Guiraud remplace les dialogues parlĂ©s (propre au style de l’opĂ©ra comique et un rien maniĂ©ristes) par des rĂ©citatifs qui s’inscrivent mieux entre chaque sĂ©quence dramatique dont le sens du coloris et le dramatisme intense, ne cessent de captiver, de la premiĂšre apparition de Carmen, Ă  sa mort, prĂšs des arĂšnes de SĂ©ville


 
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Infos pratiques :
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Georges Bizet (1838–1875) «Carmen»,
Oper in 4 Akten / OpĂ©ra en 4 actes – halbszenische AuffĂŒhrung

GAËLLE ARQUEZ, Mezzosopran (Carmen)
MARCELO ALVAREZ, Tenor (Don José)
JULIE FUCHS, Sopran (MicaĂ«la)‹LUCA PISARONI, Bariton (Escamillo)
ULIANA ALEXYUK, Sopran (Frasquita)
SINÉAD O’KELLY, Mezzosopran (MercĂ©dĂšs)
MANUEL WALSER, Tenor (Le DancaĂŻre)
OMER KOBILJAK, Tenor (Le Remendado)
ALEXANDER KIECHLE, Bass (Zuniga)‹DEAN MURPHY, Bariton (Moralùs)
KINDERCHOR DES OPERNHAUS ZÜRICH
PHILHARMONISCHER CHOR BRNO / PETR FIALA, Einstudierung
ORCHESTER DER OPER ZÜRICH – PHILHARMONIA ZÜRICH
MARCO ARMILIATO, direction
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boutonreservationGSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 aoĂ»t 2019. A 19h30, en version de concert (sous la tente de Gstaad) – RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, Extrémo, Bélanger
 ONL, Alex. BLOCH

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, ExtrĂ©mo, BĂ©langer
 ONL, Alex. BLOCH. Ils l’avaient laissĂ© il y a deux ans, depuis des PĂȘcheurs de perles rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (entre autres par une direction sculptĂ©e et narrative, Ă©nergique et colorĂ©e, et une distribution oĂč brillait l’éclat de la jeunesse). Les musiciens de l’Orchestre National de Lille et leur directeur musical Alexandre Bloch, reprennent le mĂ©tier amorcĂ© et dĂ©diĂ© Ă  Georges Bizet. Pour lancer leur nouveau festival estival, « les Nuits d’été », voici donc Carmen, l’ultime opĂ©ra du maĂźtre romantique (1875) et dans un dispositif adaptĂ© au volume de l’auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. Ici pas de dĂ©cors ni de mise en scĂšne traditionnelle, mais une gigantesque fresque illustrĂ©e, mouvante, animĂ©e en fond de plateau, un narrateur mĂȘlant humour et citations du roman de MĂ©rimĂ©e (Carmen, 1845 dont s’est inspirĂ© Bizet), soit une mise en espace qui au dernier tableau, produit pour le public une immersion convaincante. De toute Ă©vidence, pour le National de Lille, ce nouveau pari – lyrique-, est amplement rĂ©ussi. Guide et rĂ©citant, enjouĂ©, prĂ©cis quand il cite la nouvelle de MĂ©rimĂ©e, le narrateur Alex Vizorek trouve le ton juste, sans pĂ©danterie, dans la dĂ©contraction qui sied infiniment Ă  un spectacle d’opĂ©ra (merci Ă  cette intelligence), osant mĂȘme des saillies bien trempĂ©es Ă  l’endroit des RĂ©publicains ou de Manuel Vals


 

 

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AprĂšs une ouverture riante et mĂ©diterranĂ©enne Ă  souhait oĂč le chef n’oublie jamais le drame ni mĂȘme la veine Ăąpre et tragique ; aprĂšs la premiĂšre apparition de la frĂȘle Micaela (ardente Gabrielle Philipponet remplaçant au pied levĂ© Layla Claire) ; aprĂšs le choeur rĂ©jouissant des enfants (chƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
 idĂ©alement prĂ©parĂ© dans l’Ă©vocation de la relĂšve de la garde), 
 voici enfin la « carmencita », furie sauvage, crĂ©ature bondissante, Ă  peine extirpĂ©e (par JosĂ©) d’un bain de sang, dans cette manufacture des cigariĂšres Ă  SĂ©ville… oĂč les coups de poignards tranchent la peau, oĂč la voluptĂ© des corps fĂ©minins dĂ©nudĂ©s est une provocation, une abomination Ă  faire se signer les puritains. L’opĂ©ra de Bizet est une peinture Ă©rotique franche : et son hĂ©roĂŻne revendique cette libertĂ© sĂ©ditieuse. A la fois dĂ©voreuse et menthe religieuse, Aude ExtrĂ©mo incarne une sirĂšne mĂ©morable ; elle dĂ©verse Ă  plein gosier le mĂ©tal onctueux et quasi caverneux de son ample mezzo : on aura rarement Ă©couter Carmen plus abyssale plus dominatrice, plus fatale
 C’est une arme de sĂ©duction massive. Quand elle chante, tout s’efface dans ce relief vocal, cette soie au souffle infini, Ă  la fois sensuel et monstrueux.

  

 

 

L’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH jouent Bizet
CARMEN revivifiée au Nouveau SiÚcle

 

 

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C’est une maĂźtresse Ăšs voluptĂ© ; on comprend que le trop frĂȘle Don JosĂ©, brigadier de pacotille, qui se place toujours dans l’ombre de sa mĂšre, se soit soumis corps et Ăąme sous l’attraction de cette enchanteresse dont la raucitĂ© fascine. Mais Ă  y rĂ©flĂ©chir plus scrupuleusement, le tĂ©nor quĂ©bĂ©cois Antoine BĂ©langer gagne en maturitĂ©, sĂ»retĂ© et Ă©paisseur en cours de drame ; dĂ©bord un rien serrĂ©s, ses formidables aigus se galbent et s’adoucissent; il rĂ©ussit Ă  rendre sincĂšre et dĂ©chirant son air de la fleur (magnifique voix de tĂȘte qui a la tendresse d’un garçonnet Ă©pris) puis trouve de justes accents dignes du thĂ©Ăątre tragique dans le duo final oĂč il tue son bourreau, Carmen 
 laquelle confesse qu’elle est bien le diable incarnĂ©.

 

 

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Finalement, aprĂšs ces 2h45 de spectacle, c’est lui le vrai hĂ©ros de la soirĂ©e capable sur la durĂ©e de construire son personnage, de le rendre crĂ©dible… de l’amoureux transi, au soldat pris de scrupules militaires quand le clairon sonne (chez Lilas Pastia), sans omettre le jaloux haineux (au III : vis Ă  vis du torero Escamillo, trop beau, trop noble trop arrogant : impeccable et presque hautain Florian Sempey) ; jusqu’au fou d’amour au IV, prĂ©fĂ©rant alors poignarder celle qu’il adore, plutĂŽt que d’accepter qu’elle le quitte. Ce frĂȘle transi est devenu par la force de sa passion, un sanguin criminel. La dĂ©testation qu’il Ă©prouve alors, est aussi intense que l’amour suscitĂ© par la Gitane au II.

 

 

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Outre l’acuitĂ© des scĂšnes et confrontations Ă©pineuses, passionnelles, rageuses, la rĂ©ussite de la soirĂ©e vient des illustrations animĂ©es qui offrent un commentaire visuel et chromatique aux tableaux musicaux ; les atmosphĂšres et les climats,  la puissance poĂ©tique de l’orchestre de Bizet, fait saillant du spectacle, s’en trouvent dĂ©cuplĂ©s.
Saluons l’imagination du plasticien GrĂ©goire Pont : ses dessins font respirer le drame orchestral ; ils revivifient le mythe de Carmen.

 

 

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Mais ne nous trompons pas : les protagonistes de choc ce soir sont bien chaque instrumentiste du National de Lille, fabuleux collectif capable de couleurs, d’accents, d’Ă©clats,.. souvent furieux, exacerbĂ©s mais souples. Le chef Alexandre Bloch veille essentiellement au drame. Et Ă  l’opulence dĂ©taillĂ©e de la parure orchestrale : sous sa direction affĂ»tĂ©e, les bois et les cuivres en particulier, redoublent d’intensitĂ© et d’ardeur, d’indĂ©cente voluptĂ© aussi, car ainsi on comprend combien la Carmen de Bizet ronronne, tempĂȘte, s’enflamme en lascive impudeur. Clarinette, hautbois, basson subjuguent littĂ©ralement comme le trompettiste solo au I, accompagnant le changement des gardes, descendante et montante. On y dĂ©tecte les mĂȘmes justes rĂ©glages et soucis des timbres qui font actuellement la valeur du cycle Gustav Mahler en cours.
Comme il l’avait superbement dĂ©montrĂ© en mai 2017, Alexandre Bloch dĂ©voile de rĂ©elles  affinitĂ©s lyriques, dans l’Ă©nergie et l’articulation dramatique. DĂ©jĂ , il s’agissait de Bizet mais celui lĂ  de jeunesse : les PĂȘcheurs de perles (sujet du premier enregistrement discographique entre Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille - enregistrĂ© en mai 2017, Ă©ditĂ© chez Pentatone en 2018).
On peut ici et lĂ  regretter chez certains solistes la perte dommageable du texte qui rend incomprĂ©hensible leur intervention, d’autant plus qu’il n’y a pas de surtitrage. Mais la direction souvent somptueuse du directeur musical Ă©claircit et mĂȘme explicite par le seul caractĂšre des prĂ©ludes (superbe intro du III entre autres), le sens et la direction des Ă©pisodes dont il saisit la poĂ©sie heureuse, le rĂȘve et la voluptĂ©, comme la pression du fatum : aucun doute, ce dernier Bizet Ă©poustoufle par son gĂ©nie mĂ©lodique, sa conception dramatique et par le raffinement de son orchestration.
Chef et orchestre nous transmettent le souffle et la vivacitĂ© riante, la plĂ©nitude et le nuancier mĂ©diterranĂ©en d’un Bizet souvent touchĂ© par la grĂące. C’est Manet devenu musicien, tant Alexandre Bloch en vrai amateur des timbres, rĂ©ussit les alliages et les dosages comme l’équilibre des pupitres. Le voici cet orchestre solaire et viscĂ©ralement latin, non pas tant « africain » comme l’a suggĂ©rĂ© Nietzsche alors en froid avec les brumes nordiques de Wagner, mais plutĂŽt fiĂ©vreux et passionnĂ©, d’une ivresse insolente, d’un dramatisme Ă  la fois sanguin et tendre. C’est un bel hommage que les interprĂštes ont ainsi rĂ©servĂ© au thĂ©Ăątre de Bizet, des PĂȘcheurs de perles Ă  Carmen.

Cette soirĂ©e fut un festin de couleurs Ă©panouies, joyeuses, aux cĂŽtĂ©s du drame noir et cru. ContrastĂ©, souverain, le National de Lille a bien raison de proposer ainsi son premier volet de son nouveau festival d’étĂ© « Les Nuits d’été » : un opĂ©ra chaque Ă©tĂ©, en juillet dans l’auditorium du Nouveau SiĂšcle. Pour une premiĂšre, c’est un triomphe au regard de la salle comble et plus qu’enthousiaste : convaincus, les spectateurs applaudissent debout tous les artistes. L’Orchestre dĂ©montre ainsi qu’il sait plaire Ă  son public. Ce dernier est prĂȘt Ă  le suivre pour de nouveaux dĂ©fis lyriques.

 

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La salle du Nouveau SiÚcle à Lille transformée en arÚnes de corrida pour le tableau final, celui tragique du meurtre de Carmen par Don José

 
  

 

 

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Carmen par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch, avec Aude ExtrĂ©mo, Antoine BĂ©langer, Florian Sempey
 Ă  l’affiche du Nouveau SiĂšcle, les 10 et 11 juillet 2019. Incontournable.

Illustrations : © Ugo Ponte + ONL Orchestre National de Lille 2019

 

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Version semi-scĂ©nique / ‹DurĂ©e : environ 2h40 minutes + entracte
Création le 3 mars 1875 à Paris

Orchestre National de Lille‹ / Direction : Alexandre Bloch
ChƓur de l’OpĂ©ra de Lille – chef de chƓur : Yves Parmentier‹ / ChƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal – chef de chƓur : Pascale Dieval-Wils

Aude Extrémo : Carmen (photo ci dessous)
‹Antoine BĂ©langer : Don JosĂ©
Gabrielle Philipponet : Micaëla
Florian Sempey : Escamillo
Pauline Texier : Frasquita
AdelaĂŻde Rouyer : Mercedes
JĂ©rĂŽme Boutillier : Le dancaĂŻre
Antoine Chenuet : Le Remendado
Bertrand Duby : Zuniga
Philippe-Nicolas Martin : MoralĂšs
Alex Vizorek : récitant
Grégoire Pont : illustrations et animations

Assistants Ă  la direction musicale : Jonas Ehrler et Victor Jacob
Chef de chant : Philip Richardson

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle CARMEN par l’Orchestre National de LILLE

LIRE notre entretien avec François Bou, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Orchestre National de LILLE Ă  propos du nouveau cycle estival d’opĂ©ras, Les Nuits d’Ă©tĂ©

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ENTRETIEN avec François BOU. Les Nuits d’étĂ© Ă  LILLE
 Carmen, les 9, 11 et 12 juillet 2019

carmen-bizet-alexandre-bloch-opera-lille-onl-orchestre-national-de-lille-annonce-opera-critique-opera-classiquenews-juillet-2019ENTRETIEN avec François BOU. Les Nuits d’étĂ© Ă  LILLE
 Ce pourrait ĂȘtre enfin une Carmen espĂ©rĂ©e, fantasmĂ©e, idĂ©ale, rĂ©alisĂ©e Ă  Lille en ce dĂ©but d’étĂ© 2019. L’Orchestre National de Lille en plus de son Ă©loquence (et appĂ©tit) symphonique, ne montrerait-il pas une disposition Ă©gale et des affinitĂ©s assumĂ©es pour le lyrique ? Entretien avec François BOU, directeur gĂ©nĂ©ral de l’ONL Orchestre National de Lille, Ă  propos de Carmen, nouveau spectacle lyrique prĂ©sentĂ© au Nouveau SiĂšcle, qui inaugure les 9, 11 et 12 juillet 2019, un nouveau cycle estival pour l’orchestre, « Les Nuits d’été ». Distribution, illustrateur, rĂ©citant
 , place de la musique et retour Ă  MĂ©rimĂ©e
 François Bou prĂ©sente Carmen dans le dispositif particulier de l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille.

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CNC / CLASSIQUENEWS : Pourquoi lancez-vous avec cette Carmen au Nouveau SiĂšcle, une nouvelle sĂ©rie musicale, invitant les spectateurs, Ă  suivre le travail de l’Orchestre National sous la direction de leur directeur musical, Alexandre Bloch ?

François BOU : Nous sommes partis du constat que sur la MĂ©tropole lilloise, il n’y avait plus d’offre culturelle et musicale Ă  partir de fin juin, alors que le public n’avait pas pour autant dĂ©sertĂ© le territoire. Il y avait donc un crĂ©neau possible, dans la premiĂšre quinzaine de juillet, chaque Ă©tĂ©. D’autant que pour l’Orchestre, le lyrique demeure un domaine important pour son enrichissement, son expĂ©rience, pour l’élargissement du rĂ©pertoire. Nous prĂ©sentons Ă  peu prĂšs 39 programmes symphoniques par saison, et une session dans la fosse de l’OpĂ©ra de Lille. Il s’agit donc de complĂ©ter l’expertise symphonique de l’Orchestre National de Lille en s’ouvrant au lyrique. D’autant plus que notre directeur musical, Alexandre BLOCH est lui-mĂȘme trĂšs sensible au genre opĂ©ra.

 

 

L’Histoire de CARMEN au Nouveau Siùcle à Lille
Tragédie haletante entre drame et lumiÚre

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : le premier enregistrement d’Alexandre Bloch Ă©tait dĂ©diĂ© aux PĂȘcheurs de perles de Bizet. DĂ©jĂ , il s’agissait de l’opĂ©ra et de Bizet. Avec Carmen en juillet 2019, serait-ce une maniĂšre d’approfondissement du travail amorcĂ© avec les PĂȘcheurs de perles ?

François BOU : Absolument, c’est Ă  la fois un prolongement et un approfondissement. AprĂšs Les PĂȘcheurs de perles qui sont un ouvrage de jeunesse, – donnĂ© au Nouveau siĂšcle et enregistrĂ© dans la foulĂ©e, Carmen dĂ©voile l’orchestre raffinĂ© et trĂšs dramatique du dernier Bizet. Ce qui fait l’intĂ©rĂȘt des PĂȘcheurs de perles, c’est justement ce qu’Alexandre Bloch et les instrumentistes de l’Orchestre ont su dĂ©ployer : la flamme dramatique d’une partition dont les critiques de Bizet ont Ă©pinglĂ© le wagnĂ©risme. Justement, musiciens et chefs ont exploitĂ© tous les ressorts dramatiques des PĂȘcheurs de perles, avec l’énergie propre Ă  Alexandre Bloch : son Ă©lĂ©gance, son souci de clartĂ©. Tout cela devrait profiter au trĂšs grand raffinement de Carmen dont l’orchestration comme vous savez, est l’une des plus abouties dans l’histoire de l’opĂ©ra romantique français. Pour rĂ©ussir ce nouveau dĂ©fi, nous avons rĂ©uni une distribution francophone (française et quĂ©bĂ©coise) comprenant Florian Sempey (Escamillo, dĂ©jĂ  prĂ©sent dans les PĂȘcheurs de perles), Aude ExtrĂ©mo (Carmen) qui rĂ©alise comme le tĂ©nor pour Don JosĂ© (Antoine BĂ©langer), une prise de rĂŽle.

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Il ne s’agit pas d’une production classique, avec mise en scĂšne et dĂ©cors. PlutĂŽt d’un dispositif particulier qui exploite les ressources propres Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

François BOU : Nous avons fait appel Ă  un illustrateur, GrĂ©goire Pont dont les crĂ©ations graphiques et quelques animations Ă©voqueront le cadre de l’action. Les spectateurs seront immergĂ©s dans son imaginaire visuel grĂące aux projections en grand format. S’agissant du drame proprement dit, nous avons Ă©cartĂ© les dialogues et les rĂ©cits et c’est le rĂ©citant Alex Vizorek qui assurera la continuitĂ© de l’action et le lien entre chaque sĂ©quence lyrique : le texte qu’il a Ă©crit, s’inspire directement de la nouvelle de MĂ©rimĂ©e. C’est donc aussi un retour Ă  la source littĂ©raire du mythe de Carmen. Avec Alexandre Bloch, nous avons souhaitĂ© laisser toute la place Ă  la musique, au chant des solistes, Ă  celui de l’orchestre, au choeur Ă©galement. Pour que le public comprenne chaque situation et se saisisse immĂ©diatement du souffle tragique de l’histoire de Carmen. Il en rĂ©sulte Ă  mon avis, une conception Ă©quilibrĂ©e oĂč se dĂ©tachent lumiĂšre et drame.

Propos recueillis en juillet 2019

 

 

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APPROFONDIR

Les PĂȘcheurs de Perles, 2 cd Pentatone / Orchestre National de Lille, Alexandre BLOCH, enregistrĂ© en mai 2017 – CLIC de CLASSIQUENEWS 2018
http://www.classiquenews.com/cd-opera-critique-bizet-les-pecheurs-de-perles-1864-nouvelle-version-complete-onl-orchestre-national-de-lille-a-bloch-2-cd-pentatone-2017/

REPORTAGE vidĂ©o Les PĂȘcheurs de perles de BIZET par l’Orchestre National de Lille, Alexandre BLOCH
http://www.classiquenews.com/bizet-les-pecheurs-de-perles-ressuscites-par-le-national-de-lille-alexandre-pham/

LIRE aussi notre présentation de CARMEN de BIZET, les 9, 11 et 12 juillet 2019 au Nouveau SiÚcle à LILLE / Orch National de Lille / Alexandre BLOCH

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle saison 2019 – 2020 de l’Orchestre National de Lille : temps forts, chefs et solistes invitĂ©s, diversitĂ© de l’offre de concerts et cycles Ă©vĂ©nements…

 

ONL, ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, nouvelle saison 2019 – 2020

ONL-orchestre-national-de-lille-saison-2019-2020-nouvelle-saison-symphonique-annonce-concerts-symphonies-chefs-maestro-opera-classiquenews-VIGNETTE-COR-19-20SAISON 2019 – 2020. ONL, Orchestre National de Lille. L’orchestre fondĂ© par Jean-Claude Casadesus poursuit sa formidable odyssĂ©e grĂące Ă  son nouveau directeur musical, Alexandre BLOCH. Un musicien dynamique qui ne s’économise guĂšre, ayant le goĂ»t des dĂ©fis impressionnants, fusionnant grands effectifs et sens du dĂ©tail comme de l’architecture. Les deux annĂ©es Ă©coulĂ©es ont dĂ©montrĂ© cette capacitĂ© du colossal et de l’intime dans le choix de partitions qui supposent un grand engagement collectif : l’inclassable mais fraternelle MASS de Bernstein, le cycle en cours dĂ©diĂ© aux Symphonies de Gustav Mahler (avec bientĂŽt le massif herculĂ©en de la 8Ăš dite des « mille » qui rĂ©unit alors, les 20 et 21 novembre 2019, pas moins de 300 artistes sur le plateau)

La nouvelle saison 2019-2020 s’annonce sous les mĂȘmes proportions (dont la 9Ăš de Beethoven associant solistes, chƓurs et orchestre pour un final somptueusement festif les 25 et 26 juin 2020)… LIRE notre prĂ©sentation complĂšte

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COMPTE RENDU, critique, ballet. PARIS, Opéra National de Paris, le 30 juin 2019. Mats Ek / Jonathan Darlington.

COMPTE-RENDU, ballet. Paris. Palais Garnier, le 30 juin 2019. Carmen, Another Place, BolĂ©ro. Mats Ek, chorĂ©graphies. Staffan Scheja, piano. Orchestre de l’OpĂ©ra, Jonathan Darlington, direction. Ballet de l’opĂ©ra. Le chorĂ©graphe contemporain suĂ©dois Mats Ek sort de sa retraite pour deux crĂ©ations mondiales et une entrĂ©e au rĂ©pertoire du Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris en cette toute fin de saison 2018-2019. L’occasion de dĂ©couvrir sa Carmen rouge sang de haut impact sur les planches du Palais Garnier, et de voir un nouveau « solo pour deux danseurs » ainsi qu’une nouvelle relecture de l’archicĂ©lĂšbre BolĂ©ro de Ravel. Il en dĂ©coule un programme immanquable qui est agrĂ©mentĂ© des performances redoutables de Staffan Scheja au piano et de l’Orchestre de l’OpĂ©ra, dirigĂ© par le chef Jonathan Darlington.

 

 

 

Revenir Ă  Paris, y danser la Vie

 

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Le triptyque commence avec l’entrĂ©e au rĂ©pertoire de « Carmen », ballet d’une cinquantaine de minutes sous la musique gĂ©nialissime de Rodion Chtchedrine, une sorte de transfiguration d’aprĂšs Bizet. Le couple de Carmen et Don JosĂ© est interprĂ©tĂ© par l’Étoile Eleonora Abbagnato et le CoryphĂ©e (!) Simon Le Borgne. Si nous attendions de la premiĂšre la performance tonique et habitĂ©e qu’elle nous a offerte, avec un magnĂ©tisme affolant dans l’incarnation de notre gitane espagnole prĂ©fĂ©rĂ©e, nous sommes dans la surprise et l’admiration absolue devant la performance, Ă©lectrique et dramatique, du dernier. Des belles personnalitĂ©s se rĂ©vĂšlent dans les rĂŽles secondaires, comme la caractĂ©rielle M de Muriel Zusperreguy 
 aux bras expressifs Ă  souhait, le Gipsy sympathique et mĂȘme allĂ©chant de Takeru Coste ou encore l’Escamillo de Florent Melac, thĂ©Ăątral et affectĂ© dans son excellente interprĂ©tation du torĂ©ador. Le ballet narratif de Mats Ek garde toute sa fraĂźcheur comme sa pertinence artistique, 27 ans aprĂšs sa crĂ©ation mondiale. Sa Carmen est Ă  l’instar de son Ɠuvre et de son langage chorĂ©graphique : iconoclaste, exigeante, stimulante, une LED multicolore dans un milieu souvent monotone jaune-chandelle.

La crĂ©ation mondiale du duo « Another Place » a eu lieu le soir de la premiĂšre dans une autre distribution. Pour notre venue, en sont les crĂ©atrices, les Étoiles StĂ©phane Bullion et Ludmilla Pagliero. Lui, est la perfection totale dans ce langage chorĂ©graphique qui cherche l’étrange, l’autre, l’autre mouvement, le mouvement autrement. Il maĂźtrise merveilleusement la dĂ©sarticulation Eksienne, et paraĂźt toujours sans effort dans ses sauts comme sans dĂ©faut dans ses atterrissages. Il montre ce soir, en plus, des talents grandissants de comĂ©dien. Son corps est son livret, et nous aimons Ă  en rire et Ă  en mourir l’histoire qu’il nous raconte avec les mots de Mats Ek, toujours touchant dans l’aspect trĂšs humain de ses ballets.
La Pagliero est une rĂ©vĂ©lation ! Par l’humour, par l’aplomb, par tout l’éventail des sentiments qu’elle reprĂ©sente en mouvement. Le tout sous la musique unique de la Sonate en si mineur de Franz Liszt, brillamment exĂ©cutĂ©e par le pianiste Staffan Scheja. Un « solo pour deux danseurs » d’une poĂ©sie indĂ©niable, duquel nous sommes tĂ©moins privilĂ©giĂ©s des complexitĂ©s des relations humaines ; dont le fil rouge est toujours l’instabilitĂ©.

Pour clore cette fabuleuse soirĂ©e, passons au BolĂ©ro, crĂ©Ă© Ă©galement le soir de la premiĂšre, et dansĂ© presque exclusivement par le corps de ballet. Il y a une baignoire au milieu du plateau qui se remplie d’eau par le geste rĂ©pĂ©titif de Niklas Ek, frĂšre aĂźnĂ© du chorĂ©graphe, pendant que les danseurs font sur scĂšne ce qu’ils doivent faire, et ce n’est pas seulement aller Ă  droite et Ă  gauche, sauter par ci et par lĂ , se porter les uns les autres… C’est comme une sorte de clin d’Ɠil Ă  l’Ɠuvre musicale la plus vendue au monde et qui a Ă©tĂ© largement dĂ©criĂ©e par son compositeur. Si le ballet peut paraĂźtre vide comme la partition, presque parfaitement exĂ©cutĂ©e par l’orchestre, nous sommes de l’avis qu’il s’agĂźt lĂ  d’un commentaire artistique. Pendant que nous sommes hypnotisĂ©s par la musique et les mouvements rĂ©pĂ©titifs, nous sommes dans l’au-delĂ , au-delĂ  des prĂ©occupations mondaines et spirituelles, dans la salle les cƓurs palpitent comme dans la fosse et sur scĂšne. Dans ce continuum musical et chorĂ©graphique indescriptible, se dĂ©tachent quelques personnalitĂ©s, comme Sofia Rosolini, Roxane Stojanov, Giorgio FourĂšs, ou encore les plus connus Marc Moreau et Fabien RĂ©villion. RĂ©jouissante cohĂ©sion des corps.

 

 

 

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COMPTE RENDU, critique, ballet. PARIS, OpĂ©ra National de Paris, le 30 juin 2019. Mats Ek / Jonathan Darlington. Un programme de fin de saison qui a tout pour plaire pour le plus grand nombre. A voir absolument ! A l’affiche au Palais Garnier les 5, 6, 8, 9, 11, 12 et 14 juillet 2019.

 

 

   

 

 

Aude Extremo, nouvelle Carmen Ă  LILLE

carmen-bizet-alexandre-bloch-opera-lille-onl-orchestre-national-de-lille-annonce-opera-critique-opera-classiquenews-juillet-2019LILLE, ONL : BIZET : CARMEN, les 9, 11 et 12 juillet 2019. L’Orchestre National de Lille et son directeur musical, Alexandre BLOCH concluent la saison 2018 – 2019 avec l’opĂ©ra romantique français le plus populaire : Carmen. C’est un ouvrage aussi lyrique que symphonique, oĂč inspirĂ© de MĂ©rimĂ©e, le compositeur Bizet, Ă  l’époque des impressionnistes, renouvelle la langue orchestrale par son sens des couleurs et de la mĂ©lodie. Si l’action se dĂ©roule en Espagne, Bizet ne voyagea jamais jusque lĂ ; et son hispanisme demeure fantasmĂ©, chromatique, sensuel
 d’une force poĂ©tique exceptionnelle, vraie correspondance avec la peinture de Manet, lui aussi passionnĂ© par les sujets ibĂ©riques. Comme la grande Olympia (1863), scandaleux nu en grand format, Bizet exprime la voluptĂ© rĂągeuse et exacerbĂ©e de Carmen, la cigariĂšre de SĂ©ville dont la libertĂ© provocante vaut bien la nuditĂ© Ă©rotique de Manet.
Comme pour mieux rendre digeste la franchise Ă©rotique de Carmen version Bizet, ses librettistes outrepassent la fidĂ©litĂ© Ă  MĂ©rimĂ©e : Meilhac et HalĂ©vy (si en verve chez Offenbach), tempĂšrent ainsi la tragĂ©die sulfureuse de Carmen en inventant le personnage de MicaĂ«la, blonde angĂ©lique qui fiancĂ©e au brigadier JosĂ©, tente de lui rappeler, ses devoirs de fils, ses vƓux amoureux, sa sagesse raisonnable. Evidemment, JosĂ© fera tout Ă  fait l’inverse de tout cela.

bizet-portrait-georges-bizet-carre-classiquenews-portraitDans le cadre d’un nouveau cycle musical estival « Les Nuits d’été », l’ONL, Orchestre National de Lille se dĂ©die Ă  prĂ©sent aux grands ouvrages lyriques. Carmen inaugure ce festival d’un nouveau genre qui en 3 dates, les 9, 11 et 12 juillet 2019, profite de l’excellente acoustique du Nouveau SiĂšcle, auditorium moderne, rĂ©sidence de l’Orchestre National de Lille. La version qu’a choisi Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre, est inĂ©dite, produisant une mise en espace avec illustrations et narrations, et un rĂ©citant dont les textes remplaçant les rĂ©citatifs parlĂ©s et chantĂ©s, sont nouveaux.

 

 

 

A LILLE, une CARMEN inédite
animée, illustrée, narrée


 

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Alexandre Bloch qui dirige ici l’opĂ©ra intĂ©gral pour la premiĂšre fois, entend montrer le gĂ©nie d’un Bizet de 36 ans, mort trop tĂŽt, dont l’orchestre chatoyant assure une synthĂšse de tout l’opĂ©ra français : lumiĂšre tragique voire Ă©blouissante, couleurs mĂ©diterranĂ©ennes (rapidement opposĂ©es, par Nietzsche, aux brumes culpabilisantes de Wagner)
 justesse des caractĂšres : Carmen arrogante et libre ; Escamillo le torero, viril et vainqueur ; face au tĂ©nor, JosĂ©, plus complexe, entre amant blessĂ©, tĂ©nĂ©breux et fou sanguin, nerveux autant que jaloux.

Le chef prolonge ainsi son travail sur l’écriture dramatique de Bizet dont il a, il y a deux ans, ressuscitĂ© dans une version urtext, la magie et l’onirisme romantique des PĂȘcheurs de perles (2017, cd CLIC de CLASSIQUENEWS).

Bizet a tout donnĂ© dans Carmen, jusqu’à perdre la vie, victime d’une rupture d’anĂ©vrisme selon la lĂ©gende.
Dans cette vaste fresque orchestrale, souvent enivrante, douĂ©e de superbes intermĂšdes symphoniques, Alexandre Bloch distingue quelques passages particuliĂšrement rĂ©ussis : au III, l’air des cartes « oĂč Carmen tire Ă  chaque fois la mort » ; Ă  la fin du mĂȘme acte III : la folie de Don JosĂ© qui comme une dĂ©claration clĂ©, dit Ă  Carmen : « tu me suivras jusqu’au trĂ©pas …, puis la brutalise. À la fin de ce passage, il apprend que sa mĂšre est sur le point de mourir et s’écrie : Ma mĂšre, ma mĂšre… . Il dĂ©cide alors de suivre MicaĂ«la avant de se retourner vers Carmen en lui lançant : Sois contente je pars, mais nous nous reverrons… »

OpĂ©ra comique, c’est Ă  dire avec rĂ©cits et dialogues parlĂ©s, Carmen crĂ©Ă© le 3 mars 1875, est Ă  Lille, est prĂ©sentĂ© dans un dispositif semi-scĂ©nique; Alexandre Bloch souhaitant surtout se concentrer sur la musique qui il est vrai vaut bien des mises en scĂšnes. Les rĂ©citatifs parlĂ©s-chantĂ©s accompagnĂ©s par l’orchestre (Ă©crits par Ernest Guiraud aprĂšs la mort de Bizet) sont Ă©cartĂ©s, et c’est l’humoriste Alex Vizorek qui assure la narration. Le « plus » du spectacle, qui devrait sĂ©duire le grand public : les illustrations et animations de GrĂ©goire Pont dont on se souvient des rĂ©alisations poĂ©tiques pour L’Enfant et les sortilĂšges de Ravel (Lyon, 2016) : ses dessins assureront le contexte visuel de chaque tableau dramatique. Nouvelle production Ă©vĂ©nement.

 

 

 

carmen-bizet-alexandre-bloch-opera-lille-onl-orchestre-national-de-lille-annonce-opera-critique-opera-classiquenews-juillet-2019ENTRETIEN avec François BOU, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Orchestre National de Lille Ă  propos de Carmen 2019 et du nouveau cycle lyrique estival au Nouveau SiĂšcle, ” Les Nuits d’Ă©tĂ©”…  Distribution, illustrateur, rĂ©citant
 , place de la musique et retour Ă  MĂ©rimĂ©e
 François Bou prĂ©sente Carmen dans le dispositif particulier de l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. LIRE notre entretien complet

 

 

 

 

 

 

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BIZET : Carmen
LILLE, Nouveau SiĂšcle
Les 9, 11 et 12 juillet 2019 Ă  20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/carmen/

 

 

 

Version semi-scĂ©nique / ‹DurĂ©e : environ 2h40 minutes + entracte
Création le 3 mars 1875 à Paris

Orchestre National de Lille‹ / Direction : Alexandre Bloch
ChƓur de l’OpĂ©ra de Lille – chef de chƓur : Yves Parmentier‹ / ChƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal – chef de chƓur : Pascale Dieval-Wils

Aude Extrémo : Carmen (photo ci dessous)
‹Antoine BĂ©langer : Don JosĂ©
Layla Claire : Micaëla
Florian Sempey : Escamillo
Pauline Texier : Frasquita
AdelaĂŻde Rouyer : Mercedes
JĂ©rĂŽme Boutillier : Le dancaĂŻre
Antoine Chenuet : Le Remendado
Bertrand Duby : Zuniga
Philippe-Nicolas Martin : MoralĂšs
Alex Vizorek : récitant
Grégoire Pont : illustrations et animations

Assistants Ă  la direction musicale : Jonas Ehrler et Victor Jacob
Chef de chant : Philip Richardson

 

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APPROFONDIR

 

 

VOIR
notre reportage vidĂ©o Les PĂȘcheurs de Perles par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch (Reportage vidĂ©o en 2 volets, rĂ©alisĂ© au moment de l’enregistrement et de la reprĂ©sentation de l’opĂ©ra en version de concert et spatialitĂ© au Nouveau SiĂšcle de Lille, 2017)

http://www.classiquenews.com/bizet-les-pecheurs-de-perles-ressuscites-par-le-national-de-lille-alexandre-pham/

 

 

LIRE
notre critique du cd Les PĂȘcheurs de perles par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille

http://www.classiquenews.com/cd-opera-critique-bizet-les-pecheurs-de-perles-1864-nouvelle-version-complete-onl-orchestre-national-de-lille-a-bloch-2-cd-pentatone-2017/

 

 

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Carmen par l’ONL Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH

BLOCH-alexandre-portrait-2019-chef-orchestre-national-de-lille-annonce-concert-opera-classiquenewsLILLE, ONL. BIZET : Carmen. Les 9, 11, 12 juillet 2019. Il laisse sa baguette de chef symphonique affĂ»tĂ©, mordant, prĂ©cis (cf le cycle actuel dĂ©diĂ© aux symphonies de Gustav Mahler, en cours jusqu’à fin 2019), Alexandre Bloch, directeur musical de l’ONL Orchestre National de Lyon s’engage en juillet sur le registre lyrique et romantique. AprĂšs la rĂ©ussite des PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra de jeunesse (1863), oĂč l’orientalisme s’exprimait en teintes et en couleurs d’un rare sensualisme, voici l’opĂ©ra des opĂ©ras, Carmen, d’aprĂšs HalĂ©vy, crĂ©Ă© en 1875, Ă  l’époque oĂč les impressionnistes ont conquis l’affection des amateurs et collectionneurs grĂące Ă  leur premiĂšre exposition (1874). De Monet Ă  Bizet, les frontiĂšres sont tĂ©nues : nuances, passages somptueux et subtils dans la couleur, mĂ©lodies suaves et rythmes hispanisants, 
 comme Manet et son ibĂ©risme affichĂ©, Bizet quelques mois avant de mourir, compose sa Carmen : une cigariĂšre libre et torride qui a le passion dans le sang, collectionne les amants, dont le brigadier JosĂ© (pourtant fiancĂ© Ă  MicaĂ«la), le dĂ©laisse bientĂŽt pour un autre mĂąle plus lumineux encore, et vrai vedette des arĂšnes, le tueur de taureaux, Escamillo.
A la rage libertaire et finalement fatale de la brune Carmen ose s’opposer le rĂȘve faussement angĂ©lique de la blonde MicaĂ«la. Entre elles, JosĂ© est tiraillĂ©, entre le devoir Ă  sa mĂšre Ă  laquelle il avait promis d’épouser la jeune blonde ; et le noir regard de Carmen qui, comme un sortilĂšge irrĂ©sistible, lui a jetĂ© la fleur d’amour (habanera : « L ‘amour est un enfant rebelle »). Le brigadier dĂ©passĂ© s’accroche, suit Carmen : Ă  ses cĂŽtĂ©s, il apprend la passion et l’amour sauvage. Trop tard, Carmen en aime dĂ©jĂ  un autre.

Alexandre Bloch, directeur de l’Orchestre National de Lille rĂ©unit une distribution prometteuse et cohĂ©rente, dont le tempĂ©rament des chanteurs sert immĂ©diatement le profil de chaque personnage. DejĂ  prĂ©sent lors des reprĂ©sentations (et de l’enregistrement discographiques) des PĂȘcheurs de perles : le baryton Florian Sempey (Escamillo)


 

 
 

 

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BIZET: CARMEN
Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle
Version semi-scénique

MARDI 9 JUILLET 2019 ‱ 20hcarmen-bizet-alexandre-bloch-opera-lille-onl-orchestre-national-de-lille-annonce-opera-critique-opera-classiquenews-juillet-2019
JEUDI 11 JUILLET 2019 ‱ 20h
VENDREDI 12 JUILLET ‱ 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE ici
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/carmen/

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DIRECTION MUSICALE : ALEXANDRE BLOCH
RÉCITANT : ALEX VIZOREK

CARMEN : AUDE EXTRÉMO
DON JOSÉ : ANTOINE BÉLANGER
MICAËLA : LAYLA CLAIRE
ESCAMILLO : FLORIAN SEMPEY
FRASQUITA : PAULINE TEXIER
MERCÉDÈS: ADELAÏDE ROUYER
LE DANCAÏRE : JÉRÔME BOUTILLIER
LE REMENDADO : ANTOINE CHENUET
ZUNIGA : BERTRAND DUBY
MORALÈS: PHILIPPE-NICOLAS MARTIN

CHƒUR DE L’OPÉRA DE LILLE
CHEF DE CHƒUR YVES PARMENTIER

CHƒUR MAÎTRISIEN DU CONSERVATOIRE DE WASQUEHAL
CHEF DE CHƒUR : PASCALE DIEVAL-WILS

ASSISTANT À LA DIRECTION MUSICALE : LÉO MARGUE
CHEF DE CHANT : PHILIP RICHARDSON

ILLUSTRATION ET ANIMATIONS : GRÉGOIRE PONT

 

 
 

 
 

 

Carmen, Violetta, Mimi… 3 visages de l’Ă©ternel fĂ©minin au XIXĂš

puccini-giacomo-portrait-operas-classiquenews-dossier-special-HOMEPAGE-classiquenewsARTE, Dim 7 juillet 2019. CARMEN, VIOLETTA, MIMI, ROMANTIQUES ET FATALES
« Mimi, Carmen, Violetta » compose un triptyque lyrique pour un film choral consacrĂ© aux hĂ©roĂŻnes des trois opĂ©ras romantiques les plus jouĂ©s dans le monde aujourd’hui : Carmen, La Traviata et La BohĂȘme. Mais alors Mozart n’existe pas dans cette (pseudo) statistique ? Et Don Giovanni, et La FlĂ»te enchantĂ©e ? Et Elvira, Anna, Zerlina, Pamina ? Quelle omission.
Selon la prĂ©sentation de l’éditeur, voici donc « Trois grandes figures d’émancipation fĂ©minine : Carmen, cet obscur objet de dĂ©sir, qui paie de sa vie son indomptable liberté  Violetta, la courtisane adulĂ©e qui, en sacrifiant son amour, devient une sorte de sainte laĂŻque
 Et enfin la douce et pauvre Mimi, la petite brodeuse dont la jeunesse est fauchĂ©e par la tuberculose ». Mais alors que dire de Mimi, digne et misĂ©rable, fauchĂ©e avant d’avoir pu cultiver et affirmer son maour (pour Rodolfo le poĂšte). On peut rĂȘver mieux comme modĂšle d’émancipation fĂ©minine. Mimi est quand mĂȘme une victime de la BohĂšme parisienne, entre pauvretĂ©, misĂšre, indigence

Qui sont-elles ? Et d’oĂč viennent-elles ? A travers un montage d’archives baignĂ© de musique et « aussi savant que sensible », le film part en quĂȘte des personnages, qui apparaissent Ă  Paris, quasiment en mĂȘme temps, au milieu du 19Ăšme siĂšcle, sous la plume de 3 Ă©crivains (Alexandre Dumas Fils, Prosper MĂ©rimĂ©e, Henry Murger). Des Ă©crivains qui font Ă©voluer la littĂ©rature en puisant dans leur propre vie la matiĂšre de leurs histoires.
A l’origine des mythes, on dĂ©couvre avant tout 3 femmes de chair et de sang : muse, amante ou hĂ©roĂŻne de fait divers, 
 comme la matiĂšre de Madame Bovary : elles viennent de la rĂ©alitĂ©, en rien de l’histoire antique ou de la fable hĂ©roĂŻque.
Tout le mĂ©rite revient aux compositeurs d’avoir su enrichir leur psychologie jusqu’à parvenir Ă  des personnages devenus des archĂ©types, des symboles, autant de visages de l’éternel fĂ©minin


En suivant leur parcours, c’est aussi tout le 19Ăšme siĂšcle, romantique, rĂ©aliste, naturaliste, qui est suggĂ©rĂ© : ses modes, sa littĂ©rature, sa musique, l’essor bourgeois nĂ© de la rĂ©volution industrielle
 La musique baigne entiĂšrement le film qui permet de faire entendre les pages les plus cĂ©lĂšbres des 3 opĂ©ras de Giuseppe Verdi, Georges Bizet, Giacomo Puccini.

arte_logo_2013ARTE, Dim 7 juillet 2019, 18h15 CARMEN, VIOLETTA, MIMI, ROMANTIQUES ET FATALES. Auteurs : Cyril Leuthy et Rachel Kahn / RĂ©alisation : Cyril Leuthy – Coproduction : ARTE France/ ET LA SUITE PRODUCTIONS / INA avec la participation de France TĂ©lĂ©visions (2018-52mn) / illustration

COMPTE-RENDU, opéra, DIJON, Opéra, le 17 mars 2019. BIZET : Carmen. Perruchon / Klepper.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra, DIJON, OpĂ©ra, auditorium, le 17 mars 2019. BIZET : Carmen. Perruchon / Klepper. Dennefeld, Vassiliev, Bizic, Galitskaia. Carmen n’en finit pas de surprendre. AprĂšs l’OpĂ©ra Bastille, aujourd’hui Ă  Dijon, comme – peut-ĂȘtre -dans les prochaines semaines Ă  Saint-Etienne, Metz et Gstaad, pour ne parler que des scĂšnes francophones. Florentine Klepper (photo ci dessous, DR) s’intĂ©resserait-elle avant tout aux destins fĂ©minins ? AprĂšs SalomĂ©, Arabella, Dalibor, Juliette ou la clĂ© des songes, la metteuse en scĂšne allemande nous offre sa premiĂšre Carmen, qui est aussi sa premiĂšre production en France. Elle nous dit que l’évolution de la condition fĂ©minine permet Ă  chacune de se reconnaĂźtre dans MicaĂ«la comme dans Carmen. Pourquoi pas ? D’autre part, l’intrusion du virtuel dans notre quotidien est une donnĂ©e majeure de notre temps. Aussi, imagine-t-elle une transposition de l’action dans l’univers connectĂ©, oĂč les frontiĂšres entre rĂ©el et fiction s’abolissent.

 

 

 

Déjantée et parfois confuse,
la Carmen actualisĂ©e de l’OpĂ©ra de Dijon

De MercédÚs à Carmen

 

 

 

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La colonisation de notre monde relationnel par le virtuel, sa conjugaison permanente au rĂ©el sont la premiĂšre clĂ© de cette lecture. La seconde concerne le quatuor essentiel. Carmen n’est que la projection des rĂȘves de MicaĂ«la, qui sort ainsi de son rĂŽle de faire-valoir, mais gomme aussi leur opposition, voulue par les librettistes. SimultanĂ©ment, Don JosĂ© s’imagine en Escamillo. Les clones vont ainsi se confondre avec les originaux. Plus de cigariĂšres, mais un groupe de jeunes femmes contactĂ©es sur le net, pour rĂ©pondre aux appĂ©tits des joueurs. Plus de couleur locale, du gris, du noir car le soleil est banni. La mort est banalisĂ©e, amoindrie par sa virtualitĂ©. La dĂ©marche est radicale, et tout sonne faux. Tous les procĂ©dĂ©s, tous les artifices de la mise en scĂšne contemporaine sont convoquĂ©s, avec une indĂ©niable maestria, pour un rĂ©sultat le plus souvent illisible, ambigu. Le monde du jeu vidĂ©o, avec ses lunettes, ses consoles, ses armes, les Ă©pĂ©es laser de Star Wars, les projections, les textos Ă©changĂ©s, les doublures virtuelles, les Ă©clairages agressifs, les Ă©volutions aĂ©riennes, ne manquent que les drones.

On sort consternĂ© par cette dĂ©bauche d’énergie et d’engagement pour un si piĂštre rĂ©sultat : Ă  aucun moment on ne peut croire Ă  cette narration, et il faut l’oublier pour apprĂ©cier la musique, le plus souvent indemne de ce mauvais traitement. Le vaste plateau, lugubre, se meuble de fauteuils et bureaux oĂč les Ă©crans s’alignent. Chaque Ă©lĂ©ment, mobile, permettra de renouveler le cadre. Des voilages propres Ă  servir d’écrans feront apparaĂźtre les textos Ă©changĂ©s, les sĂ©quences d’un jeu vidĂ©o, dont les parties s’enchaĂźnent et les points comptĂ©s. Si la maĂźtrise est incontestable, la dĂ©monstration tourne Ă  vide, quelle qu’en soit la virtuositĂ©. Parfois les images sont sĂ©duisantes dans leur esthĂ©tique singuliĂšre. Cependant, le ridicule guette : ainsi au dernier acte, dont le brillant dĂ©filĂ© est totalement occultĂ©, lorsque MicaĂ«la dĂ©ploie un lit pliant (de Conforama ?) oĂč s’assied son compagnon, tĂ©moins de l’affrontement de Carmen et de JosĂ©.  Les costumes, originaux, cohĂ©rents, nous plongent dans un univers glauque, oĂč les hommes sont abrutis devant leurs Ă©crans, incapables de discerner le rĂ©el du virtuel, et oĂč les femmes n’ont guĂšre plus d’humanitĂ©.

 

 

Klepper florentine opera carmen dijon critique par classiquenews

 

 

Tout est pĂ©rilleux dans Carmen, tant chacun a en mĂ©moire la plupart des piĂšces, chantĂ©es ou jouĂ©es par les plus grands interprĂštes. Le chef a choisi l’édition de Richard Langham Smith, en intĂ©grant les mĂ©lodrames, supports des dialogues. Ces derniers ont Ă©tĂ© rĂ©Ă©crits, pour rĂ©pondre Ă  la lecture de la mise en scĂšne, dans un langage contemporain qui jure avec les textes chantĂ©s, contredisant parfois leur sens. Pour lui, la musique de Carmen « ne verse jamais dans le pittoresque », ce qui Ă©tonne, compte-tenu des rĂ©fĂ©rences appuyĂ©es, habanera, sĂ©guedille, chanson BohĂȘme tout particuliĂšrement. La direction surprend plus d’une fois. Ainsi, dĂšs le prĂ©lude, l’accĂ©lĂ©ration nerveuse de la reprise du thĂšme du torĂ©ador, juste avant l’énoncĂ© de la phrase du destin. Attentive, soignĂ©e, la lecture lisse la partition. Tout est lĂ , mais relativement aseptisĂ©, les couleurs sont plus souvent celles de l’impressionnisme que des fauves. L’orchestre est irrĂ©prochable, Ă  peine est-on surpris de l’intonation basse de la flĂ»te solo. Les chƓurs sont admirables de puissance et de projection, de cohĂ©sion, de prĂ©cision. Le choeur d’enfants tout particuliĂšrement.
Antoinette Dennefeld est familiĂšre de Carmen. On se souvient de sa MercĂ©dĂšs, dans la production de Calixto Bieito, Ă  l’OpĂ©ra-Bastille, en 2017. AprĂšs des figures mozartiennes abouties (Donna Elvira, Annio de La Clemenza di Tito, Dorabella, puis Cherubino), notre mezzo passe au premier rĂŽle, confirmant sa progression vocale et dramatique. Une sensualitĂ© naturelle, qui s’exprime par un chant opulent, sans poitrinage ni gouaille. MicaĂ«la se rĂ©invente en Carmen, dont ce n’est plus l’exact contraire. La synthĂšse qu’en rĂ©alise Elena Galitskaya est pleinement aboutie. Le Don JosĂ© est, aussi une prise de rĂŽle d’un tĂ©nor russe, Georgy Vasiliev. Puissant, clair, au registre homogĂšne, il sĂ©duit, d’autant que son français s’avĂšre plus qu’acceptable. Signalons aussi le bel Escamillo de David Bizic, qui ne dĂ©mĂ©rite pas. Les seconds rĂŽles sont particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©s dans les ensembles, animĂ©s, clairs, intelligibles, prĂ©cis, quels que soient les tempi, parfois trĂšs rapides, imposĂ©s par la direction.
Quelques huĂ©es Ă  l’équipe de rĂ©alisation viennent troubler les acclamations chaleureuses qui saluent les chanteurs.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra, DIJON, OpĂ©ra, auditorium, le 17 mars 2019. BIZET : Carmen. Perruchon / Klepper. Dennefeld, Vassiliev, Bizic, Galitskaia. CrĂ©dit photographique © Gilles Abegg – Bobrik – OpĂ©ra de Dijon

 

 
 

 

SAINT-ETIENNE, Opéra. BIZET : CARMEN. 12,14,16 juin 2019.

bizet-jeune-compositeurSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. BIZET : CARMEN. 12,14,16 juin 2019. Carmen, est selon la conception de son crĂ©ateur Georges Bizet, une bohĂ©mienne libre et sensuelle ; elle suit ses dĂ©sirs et sĂ©duit le trop faible brigadier Don JosĂ©. Mais ce dernier est dĂ©jĂ  fiancĂ© Ă  la (blonde) et plutĂŽt sage MichaĂ«lla
 JosĂ© succombe, s’engage, se passionne pour la brune Ă©ruptive et explosive Carmen
 Bien qu’il n’est jamais Ă©tĂ© en Espagne, Bizet offre une alternative exceptionnellement raffinĂ©e au wagnĂ©risme ambiant : il exprime Ă  travers l’histoire et le drame de MĂ©rimĂ©e, la sensualitĂ© ibĂ©rique, en une orchestration des plus ciselĂ©e. BientĂŽt Carmen dĂ©laisse son nouvel amant pour un autre, le torero viril et triomphant, Escamillo, un ĂȘtre de lumiĂšre qui contraste avec JosĂ©, Ăąme rongĂ©e et mĂȘme dĂ©vorĂ©e par la culpabilitĂ©…

CrĂ©Ă© en 1875 Ă  la salle Favart, l’ouvrage n’intĂ©resse personne, et choque mĂȘme le bon bourgeois par l’inconvenance de son propos : la sensualitĂ© criminelle et sadique d’une Carmen
 femme libre, sirĂšne obscĂšne, dominatrice qui change d’amants comme de chemises
 Bizet offre un tout autre visage de la femme, a l’opposĂ© des Elvira, Lucia, LeĂŻla
 parfois courageuses, toujours sacrifiĂ©es et suicidaires
 En sĂ©paration avec Wagner, Nietzsche reconnaĂźt chez Bizet, cette expressivitĂ© nouvelle, rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, et tant attendue, le libĂ©rant des brumes empoisonnĂ©es de opĂ©ras wagnĂ©riens. De fait, l’opĂ©ra selon Bizet, ne manque ni de couleurs envoĂ»tantes, ni de puissance tragique. A travers le drame de Carmen, femme Ă©mancipĂ©e, l’opĂ©ra est un chef d’oeuvre devenu mythe. L’exception visionnaire de tout l’opĂ©ra romantique français.

 

 

 

Carmen de BIZET Ă  l’OpĂ©ra de SAINT-ETIENNE

Les 12, 14 juin Ă  20h et le 16 juin 2019 Ă  15h

RESERVEZ VOTRE PLACE

http://www.opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/carmen/s-497/

MER. 12 JUIN 2019, 20H

VEN. 14 JUIN 2019, 20H

DIM. 16 JUIN 2019, 15H

 

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LIVRET D’HENRI MEILHAC ET DE LUDOVIC HALÉVY

D’APRÈS CARMEN, UNE NOUVELLE DE PROSPER MÉRIMÉE

CRÉATION LE 3 MARS 1875 À PARIS (OPÉRA COMIQUE)

VERSION AVEC RÉCITATIFS DE GUIRAUD

Distribution :

DIRECTION MUSICALE : ALAIN GUINGAL

MISE EN SCÈNE : NICOLA BERLOFFA

CARMEN : ISABELLE DRUET

DON JOSÉ : FLORIAN LACONI

MICAËLA : LUDIVINE GOMBERT

ESCAMILLO : JEAN-KRISTOF BOUTON

FRASQUITA : JULIE MOSSAY

MERCÉDÈS : ANNA DESTRAËL

LE DANCAÏRE : YANN TOUSSAINT

LE REMENDADO : MARC LARCHER

ZUNIGA : JEAN-VINCENT BLOT

MORALÈS : FRÉDÉRIC CORNILLE

ORCHESTRE SYMPHONIQUE SAINT-ÉTIENNE LOIRE

CHƒUR LYRIQUE SAINT-ÉTIENNE LOIRE

DIRECTION : LAURENT TOUCHE

MAÎTRISE DE LA LOIRE / DIRECTION : JEAN-BAPTISTE BERTRAND

SAINT-ETIENNE, Opéra. BIZET : CARMEN. 12,14,16 juin 2019

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 27 mars 2019. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Zholdak / D. Rustioni

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 27 mars 2019. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Zholdak / D. Rustioni. Jamais reprĂ©sentĂ© en France, L’Enchanteresse est pourtant l’une des partitions les plus sĂ©duisantes de TchaĂŻkovski, composĂ©e entre Mazeppa et La dame de Pique. La direction Ă©lectrisante de Daniele Rustioni et la mise en scĂšne ingĂ©nieuse de Andriy Zholdak, servies par une distribution Ă©poustouflante ont magnifiĂ© la crĂ©ation française de cet opĂ©ra enchanteur.

On est d’abord Ă©bloui par l’intelligence du dispositif scĂ©nique et la direction d’acteurs millimĂ©trĂ©e. Sur scĂšne, un montage vidĂ©o reprĂ©sentant le moine Mamyrov nous introduit dans la narration du drame qui s’expose Ă  travers un triple dispositif spatial : la reconstitution de l’intĂ©rieur d’une Ă©glise, monumentale et impressionnante, une cabane typiquement russe, auberge tenue par l’Enchanteresse Nastassia, et sur la gauche une chambre bourgeoise oĂč dĂ©ambulent des convives interlopes. La luxuriance des dĂ©cors est d’abord un atout idoine qui Ă©voque avec bonheur l’ñme et la culture russes. Une transposition moderne ou dĂ©calĂ©e eĂ»t Ă©tĂ© Ă  tout le moins une faute de goĂ»t. Mettre en scĂšne l’histoire tragique de cette Carmen russe (comparaison Ă©voquĂ©e par le compositeur lui-mĂȘme dans sa correspondance) offre une multitude d’interprĂ©tations, comme ce fut le cas encore rĂ©cemment avec le chef-d’Ɠuvre de Bizet.

La Carmen versus Tchaikovski
/ ThéorÚme russe

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L’audace de la lecture de Zholdak souligne le charme vĂ©nĂ©neux de la jeune veuve qui parvient, tel le hĂ©ros du ThĂ©orĂšme de Pasolini, Ă  sĂ©duire tous les cƓurs, du gouverneur, en passant par le prince Nikita et son fils le prince Youri, suscitant jalousies et trahisons, jusqu’à la mort tragique du fils du gouverneur. La vision du metteur en scĂšne ukrainien semble rĂ©duire l’intrigue Ă  la vision du prĂȘtre qui, parfois par des moyens virtuels (le casque qu’il coiffe au dĂ©but de l’opĂ©ra), dirige le dĂ©roulement de la diĂ©gĂšse augmentĂ©e d’un quatriĂšme lieu, un salon blanc Ă  Cour aux tonalitĂ©s inquiĂ©tantes. Le propos global montre une Ă©vidente rĂ©activation du concept de lutte des classes opposant la riche aristocratie Ă  la vulgaire faune villageoise entre lesquelles apparaissent, en marge de l’intrigue, les expĂ©riences sexuelles d’un adolescent. On est ainsi pris entre une lecture objectivement virtuose et scĂ©niquement efficace et un dĂ©faut d’émotions contredit par la musique d’une beautĂ© souveraine et la qualitĂ© exceptionnelle des interprĂštes.

En premier lieu, le rĂŽle-titre est magistralement dĂ©fendu par l’enchanteresse Elena Guseva, au caractĂšre bien trempĂ©, tout en faisant preuve d’une fragilitĂ© Ă©mouvante lors de son grand air du 3e acte (« Je t’ai ouvert mon Ăąme »), magnifiĂ© par une projection maĂźtrisĂ©e et un timbre rond et puissant. Le prince Youri bĂ©nĂ©ficie des talents d’acteur de Migran Agadzhanian, tĂ©nor Ă  la fois solide et lumineux qui toujours fait merveille, y compris dans son admirable duo avec sa mĂšre au second acte (« Je n’ai devant Dieu  »). La princesse Eupraxie est justement interprĂ©tĂ©e avec conviction et un naturel autoritaire confondant par la mezzo Ksenia Vyaznikova, sorte de Junon des Steppes au timbre de lave ; remarquable Ă©galement sa suivante Nenila, campĂ©e par Mairam Sokolova. Son mari, le prince Nikita trouve une belle incarnation avec le baryton Evez Abdulla, qui concentre avec superbe toutes les tares du petit despote local, veule, intransigeant, violent, enragĂ© (voir son air de dĂ©pit du 4e acte : « Les enfers se sont ouverts »). Quant Ă  l’espĂšce de dĂ©miurge que reprĂ©sente Mamyrov, il est merveilleusement incarnĂ© par Piotr Micinski, inquiĂ©tant Ă  souhait et Ă  l’émission vocale impeccable. Tous les autres rĂŽles secondaires mĂ©riteraient d’ĂȘtre citĂ©s (comme le vagabond PaĂŻssi de Vasily Esimov ou le sorcier Koudma de Sergey Kaydalov) et complĂštent magnifiquement une distribution sans faille.
Dans la fosse, Daniele Rustioni dirige avec force et prĂ©cision l’Orchestre et les ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon (ces derniers n’interviennent qu’en coulisse) et rend justice Ă  une partition luxuriante, Ă  la durĂ©e quasi wagnĂ©rienne, qui fait enfin son entrĂ©e dans le rĂ©pertoire français.

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 27 mars 2019. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Evez Abdulla (Prince Nikita), Ksenia Vjaznikova (Princesse Eupraxie), Migran Agadzhanyan (Prince Youri), Piotr Micinski (Mamyrov), Mairam Sokolova (Nenila), Oleg Budaratskij (Ivan Jouran), Elena Guseva (Nastassia), Simon Mechlinski (Foka), ClĂ©mence Poussin (Polia), Daniel Kluge (Balakine), Roman Hoza (Potap), Christophe Poncet de Solages (Loukach), Evgeny Solodovnikov (Kitchiga), Vasily Efimov (PaĂŻssi), Sergey Kaydalov (Koudma), Tigran Guiragosyan (InvitĂ©), Andriy Zholdak (mise en scĂšne, lumiĂšres et dĂ©cors), Simon Machabeli (costumes), Étienne Guiol (VidĂ©o), Georges Banu (Conseiller dramaturgique), Christoph Heil (Chef des chƓurs), Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon / Daniele Rustioni, direction / illustrations : © Stofleth

L’Enchanteresse de Tchaikovski, ou la Carmen russe

FRANCE MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 20h. TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse. Les dĂ©couvertes d’Ɠuvres rares de compositeurs pourtant archiconnus sont elles aussi exceptionnelles et cette Enchanteresse de l’auteur de Casse Noisette, EugĂšne OnĂ©guine (1879), La Dame de pique (1890), demeure une rĂ©vĂ©lation majeure de ces derniĂšres semaines. ReprĂ©sentĂ© en mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, l’opĂ©ra de Piotr Illiytch en 4 actes, est inspirĂ© de la piĂšce Ă©ponyme de Ippolit Chpajinski

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1L’exceptionnel ouvrage L’Enchanteresse (1887) reste Ă©trangement mĂ©connu ; c’est le 9Ăš opĂ©ra de TchaĂŻkovski, composĂ© juste avant sa CinquiĂšme Symphonie. n’est plus jouĂ© aujourd’hui. A torts. Anvers l’avait rĂ©cemment mis Ă  l’honneur (2011). C’est le tour de Lyon qui souligne combien la durĂ©e de la partition (3h) est proportionnelle Ă  sa qualitĂ© : le plus long opĂ©ra de Tchaikovsky exige des chanteurs de qualitĂ© (trop nombreux ?) et des effets scĂ©niques Ă  l’envi (danses et chasse au IV) : d’oĂč la difficultĂ© pour le monter. Car en sorcier de l’orchestration et d’un raffinement de timbres inouĂŻ, Tchaikovski ne cesse d’envoĂ»ter. C’est Ă  cette source fantastique et dramatique passionnante que s’abreuve le jeune Rachmaninov, auteur lui aussi d’opĂ©ras (de jeunesse : tels Francesca da RImini, Le Chevalier Ladre
), actuellement totalement oubliĂ©s.
Le sujet cible l’amour et sa force irrĂ©sistible agissant comme un aimant. Tchaikovski souhaitait concevoir dans le sillon de Bizet, une Carmen russe, dĂ©nommĂ©e Nastassia, ou « Kouma ». TenanciĂšre, elle revĂȘt bien des aspects qui enchantent et fascinent tous les hommes prĂȘts Ă  la suivre, dont le Prince Nikita Kourliatev qui en paiera le prix fort lui aussi


Dans cette production lyonnaise, les spectateurs avaient pu constater le parti du metteur en scĂšne russe Andriy Zholdak soucieux de mettre en avant le personnage ailleurs secondaire du clerc Mamyrov qui dirige les Ă©pisodes de l’action, de France en Russie
 L’espace est rĂ©guliĂšrement divisĂ© en 3 parties comme un retable sacrĂ©, permettant l’interaction de situations simultanĂ©es, mais parfois confuses. L’hypocrisie sociale est de mise, permettant sous les masques, la rĂ©alisation des turpitudes et des fantasmes (sexuels : les guerriĂšres nippones provenant directement d’un manga Ă©rotique
) les plus scabreux.
Pour autant, Zholdak montre rapidement quelques limites avec une propension Ă  en faire trop, signifiant et sur-signifiant la moindre intention musicale, y compris dans certaines scĂšnes oĂč le livret tient la route (tel l’affrontement dĂ©jĂ  citĂ© entre les Ă©poux au II). Il n’évite pas, aussi, certaines redondances fatigantes Ă  la longue et pas toujours trĂšs lisibles – notamment la prĂ©sence des guerriĂšres japonaises sexy façon manga, trop souvent sollicitĂ©e. Plus grave, avec des lieux peu pertinents par rapport Ă  l’action, il semble peu inspirĂ© lors des deux derniers actes, donnant une furieuse impression de tourner en rond par rapport Ă  la premiĂšre partie de soirĂ©e.

La Carmen russe

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enchanteresse tchaĂŻkovski opera de lyon critique classiquenewsLa distribution elle est sans dĂ©faut, y compris les « seconds rĂŽles » / comprimari : la Nastassia d’Elena Guseva (Nastassia) dĂ©ploie chaleur de timbre, expressivitĂ© mordante, sens dramatique insolent. En princesse Romanovna, Ksenia Vyaznikova s’impose elle aussi par sa prĂ©sence et son acuitĂ© musicale. Les hommes sont un peu moins convaincants hĂ©las
 mais sans dĂ©mĂ©riter cependant. Question de justesse et d’autoritĂ© scĂ©nique. C’est le cas du chant tendu mais racĂ© d’Evez Abdulla (le prince Kourliatev) ; de Migran Agadzhanyan qui dĂ©fend le rĂŽle de Youri (fils du prince) honnĂȘtement sans plus. En fosse, Daniele Rustioni pilote l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon avec Ă©nergie, Ă  dĂ©faut de rĂ©elles nuances. La fiĂšvre « fantastique » de l’opĂ©ra de Tchaikovski y gagne un magnĂ©tisme Ă©vident. Enfin on salue avec insistance le nez et l’audace de l’OpĂ©ra de Lyon d’élargir le rĂ©pertoire lyrique par la conquĂȘte de piĂšces mĂ©connues qui se rĂ©vĂšlent captivantes aprĂšs leur (re)crĂ©ation en France : en 2018 furent produites les crĂ©ations du Cercle de Craie (Zemlinsky) et de Germania d’Alexander Raskatov
 / Illustration : L’enchanteresse Ă  Lyon en mars 2019 / (© Bertrand Stofleth)

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TCHAIKOVSKI : L’Enchanteresse, opĂ©ra.
Piotr Ilyitch TchaĂŻkovski : TcharadieĂŻka

Evez Abdulla, baryton : Gouverneur de Nijni Novgorod
Ksenia Vyaznikova, mezzo-soprano : Princesse Eupraxie Romanovna, sa femme
Migran Agadzhanyan, ténor : Youri, leur fils
Piotr Micinski,basse : Mamyrov, vieux clerc
Mayram Sokolova, mezzo-soprano : Nenila, sa soeur, suivante de la princesse
Oleg Budaratsky, basse : Ivan Jouran, maßtre de chasse du prince
Elena Guseva, soprano : Nastassia (surnommée Kouma), aubergiste
Simon Mechlinski, baryton : Foka, son oncle
Clémence Poussin, mezzo-soprano : Polia, amie de Kouma
Daniel Kluge, ténor : Balakine, marchand de Nijni-Novgorod
Roman Hoza, baryton : Potap, fils de marchand
Christophe Poncet de Solages, ténor : Loukach, fils de marchand
Evgeny Solodovnikov : basse, Kitchiga, lutteur
Vasily Efimov, tĂ©nor : PaĂŻssi, errant sous l’apparence d’un moine
Sergey Kaydalov, baryton : Koudma, sorcier
Tigran Guiragosyan, ténor, invité
Choeur de l’OpĂ©ra de Lyon dirigĂ© par Christoph Heil
Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon
Direction : Daniele Rustioni
Andriy Zholdak (mise en scÚne, décors, lumiÚres)

Compte rendu, opéra. Marseille, DÎme, le 5 juin 2016. Bizet : Carmen. Marie Kalinine. Jacques Chalmeau, Richard Martin

Compte rendu, opĂ©ra. Marseille, DĂŽme, le 5 juin 2016. Bizet : Carmen. Marie Kalinine. Jacques Chalmeau, Richard Martin. Les dĂ©fis d’une production. Le pari Ă©tait de taille : celle, dĂ©mesurĂ©e, du DĂŽme. La rĂ©ussite est Ă  cette mesure ou dĂ©mesure. Les dĂ©fis : une Ɠuvre fĂ©tiche, une salle, un plateau immenses, un nombre impressionnant de cent-vingt choristes et soixante enfants s’ajoutant aux chanteurs, acteurs, sur scĂšne et un nombre nourri de spectateurs pour un financement sous-alimentĂ© frĂŽlant le zĂ©ro Ă  cette Ă©chelle, n’était-ce la gĂ©nĂ©reuse participation de l’OpĂ©ra de Marseille qui sent bien dans cette entreprise de l’OpĂ©ra Studio Marseille Provence de populariser l’art lyrique un moyen d’y attirer des gens qui n’y viennent pas ; former les futurs spectateurs par l’intĂ©ressement volontaire au projet des lycĂ©es et centres de formation professionnelle comme l’an dernier pour la miraculeuse FlĂ»te enchantĂ©e qui charma un public nouveau mĂ©dusĂ© et respectueux, souvent des parents, plongĂ©s dans le cƓur de la crĂ©ation pendant les mois oĂč leurs enfants avaient participĂ©, sous la direction de maĂźtres Ă  saluer, Ă  la conception des dĂ©cors, des costumes, sous l’Ɠil bienveillant du chaleureux Richard Martin qui en signait une magique mise en scĂšne sous la baguette du mĂȘme Jacques Chalmeau, qui dirigeait dĂ©jĂ  la Philharmonie Provence MĂ©diterranĂ©e, soixante et dix musiciens en fin de cursus dans les conservatoire de rĂ©gion, auxquels on offre une belle expĂ©rience professionnelle.

 

 

 

carmen duo marseille

 

 

DĂ©fis de Carmen

 

Ce noble dĂ©sir de populariser sans dĂ©magogie l’opĂ©ra, modeste en moyens mais ambitieux dans ses vƓux, Ă©tait riche d’un fastueux plateau de niveau national et international. Les deux compĂšres, Ă  la scĂšne et Ă  la fosse, Martin et Chalmeau, se retrouvaient donc de nouveau pour cette aventure d’autant plus pĂ©rilleuse que Carmen est une Ɠuvre patrimoniale, sacralisĂ©e et popularisĂ©e, qu’on ne touche jamais sans risquer de heurter un public qui a fait d’une Ɠuvre publique une propriĂ©tĂ© personnelle. Autre risque supplĂ©mentaire, dĂ©concerter des connaisseurs : par un minutieux travail de recherche d’archives en bibliothĂšque, Jacques Chalmeau nous offrit le luxe d’une Ă©dition critique originale de la partition de Carmen, telle qu’elle fut crĂ©Ă©e, selon lui, le 3 mars 1875 Ă  l’OpĂ©ra-Comique, allĂ©gĂ©e d’ajouts, allongĂ©e de passages supprimĂ©s. On ne peut que saluer cette belle initiative musicologique, mĂȘme si nous pouvons aussi la questionner plus bas.

 

 

Réalisation et interprétation

 

Remplir l’immense plateau sans effet grossier de remplissage n’Ă©tait pas le moindre dĂ©fi relevĂ© par Martin. Il le meuble sans l’encombrer et l’intelligente et sobre scĂ©nographie de Floriande Montardy ChĂ©rel joue le jeu avec une simplicitĂ© qui rejoint le naturel Ă©vident de cette production sans maniĂ©risme : Ă  jardin, au fond, des structures Ă©voquant vaguement, autant qu’on puisse juger dans des lumiĂšres vagues, des murs —sans doute ceux de l’usine, la manufacture de tabac— peut-ĂȘtre des remparts, ceux de SĂ©ville oĂč se nichera la taverne de Lillas Pastia, sur lesquels apparaĂźtra enfin Carmen, juchĂ©e, perchĂ©e, intronisĂ©e physiquement mais avec dĂ©sinvolture, sur cette hauteur : la hautaine gitane ironique, les hommes Ă  ses pieds cherchant vainement Ă  l’atteindre, est d’entrĂ©e signalĂ©e on dirait par son altitude, une Ă©chelle littĂ©ralement supĂ©rieure par sa beautĂ© au reste des femmes, bien au-dessus du troupeau des hommes qu’elle domine par son intelligence. Quelques cubes, des murets au centre seront aussi banc de repos pour la pause des cigariĂšres, pour des mĂšres de famille, des grand-mĂšres promenant le landau de la progĂ©niture, ou, Ă  cour, socle ou siĂšge, pour les soldats, des gendarmes français des annĂ©es d’aprĂšs-guerre oĂč se dĂ©roule ici l’action : forum antique d’une SĂ©ville au long passĂ© romain, agora marseillaise d’une PhocĂ©e grecque, bref, vaste place, piazza ou plaza mĂ©diterranĂ©enne « oĂč chacun passe, chacun va », s’offrant en spectacle et commentaire Ă  tous les autres, toujours tĂ©moins de la comĂ©die et des drames en plein air, grand marchĂ© avec marchande des quatre saisons, Ă©tals de ventes diverses, une carriole avec des oranges des vergers andalous. Et, en fond, en graphismes scalĂšnes par les vidĂ©os suggestives de Mathieu Carvin, les toitures anguleuses d’un quartier ouvrier avec la verticale des cheminĂ©es en briques, et les grandes fenĂȘtres hagardes de la manufacture de tabac, sans doute celle, marseillaise, de la Belle-de-mai, parfois traversĂ©es d’ombres chinoises. D’autres projections, dans des lumiĂšres oniriques, dessineront des Ă©pures mouvantes, linĂ©aires, presque abstraites, de paysages urbains ou montagnards : la technique d’aujourd’hui pour Ă©voquer et Ă©viter les lourds dĂ©cors d’autrefois.
Sans faste inaccessible Ă  ce monde ouvrier sauf pour les danses gitanes de la taverne, les costumes de Gabriel Massol et Didier Buro jouent avec justesse la mode des annĂ©es 50, tabliers de travail des femmes sur les blouses simples, d’oĂč se distinguent quelques robes Ă  volants des BohĂ©miennes, suggĂ©rant subtilement, sinon la lutte des classes, celles des ethnies affrontĂ©es. DĂ©tail touchant : Ă  la pause de la Manufacture, les ouvriĂšres s’empressent d’allumer la cigarette mais une mĂšre se presse, se prĂ©cipite pour en profiter pour donner le sein Ă  son enfant que gardait la mĂ©mĂ©.
Un camion joyeusement traĂźnĂ© par les enfants de la garde montante, des gendarmes boutonnĂ©s jusqu’au col, l’armĂ©e gardienne de l’ordre et des travailleurs traverse ostensiblement, occupe l’espace et, groupe inquiĂ©tant de noirs corbeaux immobiles Ă  cour et Ă  jardin, deux chƓurs de prĂȘtres : l’Église, l’autre pilier d’un Ă©tat rĂ©pressif de fonctionnaires comme une oppressante famille qui fonctionnait comme l’Ă©tat, celle de Don JosĂ© avec la MĂšre et ses principes au centre, MĂšre Patrie et MĂšre Église, Travail, Famille, Patrie. Vichy n’Ă©tait pas loin et la LibĂ©ration, de passage au fond, peut ĂȘtre incarnĂ©e par la gitane libertaire et ses anarchiques hors-la-loi. On sait grĂ© Ă  Richard Martin, dont on connaĂźt la fibre, d’avoir soulignĂ© cette prĂ©sence inquiĂ©tante, non de la religion qui peut aussi libĂ©rer, mais d’une Ă©crasante Église espagnole toujours au service des puissants : je rappellerai que l’Espagne, loin avoir Ă©crasĂ© « l’infĂąme » voltairien, aprĂšs la parenthĂšse libĂ©rale due Ă  la RĂ©volution française, l’avait vue revenir, plus puissante et arrogante que jamais, avec le rĂ©tablissement mĂȘme de l’Inquisition, Ă  l’Ă©poque de cette Carmen, dans les bagages de Ferdinand VII, le pire monarque de son histoire, que les « 100 000 fils de Saint Louis », l’armĂ©e envoyĂ©e par la France et saluĂ©e par Chateaubriand, avait restaurĂ© sur son trĂŽne, assis dĂ©jĂ  sur le massacre et l’exil des libĂ©raux, comme fera, exactement un siĂšcle plus tard le gĂ©nĂ©ral bigot Franco. Et je ne puis m’empĂȘcher de voir, dans ce dĂ©risoire et luxueux trĂŽne de procession portĂ© dans sa vacuitĂ© triomphale dans le grotesque dĂ©filĂ© final des toreros, piĂštres hĂ©ros d’un peuple asservi aux jeux de cirque sans pain, une allĂ©gorie de la sinistre mascarade franquiste qui se pavanait encore aux jours oĂč Martin situe l’action.
Les masques goyesques de sinistre carnaval tauromachique, le ridicule char de triomphe d’un Escamillo attifĂ© de grotesque façon, dĂ©noncent aussi clairement l’imposture de l’hĂ©roĂŻsme de farce d’une corrida oĂč le sadisme des spectateurs paie pour applaudir le sang versĂ©, pour acclamer en direct la torture et le meurtre d’une vie : « Viva la muerte ! », ‘Vive la mort !’, le cri mĂȘme du fascisme espagnol. Ce mĂȘme public qui fera cercle pervers, avide du spectacle sanglant, mais immobile et indiffĂ©rent au drame qu’il n’empĂȘchera, pas autour de l’estocade finale de Don JosĂ© Ă  Carmen : dans ou hors de l’arĂšne, la mĂȘme soif de sang.
La nĂ©cessaire sonorisation des solistes, du moins Ă  la premiĂšre, pose un problĂšme de rĂ©glage spatial : les voix du fin fond de la scĂšne, ou des coulisses pour Escamillo et Don JosĂ©, paraissent plus grosses que lorsqu’elles sont devant oĂč elles retrouvent un volume plus acceptable. Les vifs dĂ©placements des personnages du dĂ©licat quintette, perturbant les volumes sont cause sans doute aussi d’une impression de dĂ©calage. La joyeuse chorale turbulente des enfants, avec cette distance et ce mouvement, Ă©tait difficile Ă  tenir Ă  la baguette. Les chƓurs, statiques, sonnent bien tout naturellement, emplissant l’espace, tout comme l’orchestre finement tenu par Chalmeau qui, avec une dĂ©votion respectueuse, suit Ă  la lettre les subtiles indications de dynamique et de nuances de volume de Bizet, parfaitement suivi par sa phalange.
L’autre problĂšme est le choix, discutable, au prĂ©texte de fidĂ©litĂ© originelle, de la version OpĂ©ra-comique de Carmen : les passages parlĂ©s imposent aux chanteurs un dĂ©placement fatigant de la voix qui n’est pas toujours heureux, sans compter le jeu thĂ©Ăątral diffĂ©rent du lyrique. Seules les voix graves, en gĂ©nĂ©ral parlent et chantent sur la mĂȘme tessiture et le ZĂșñiga plein d’Ă©lĂ©gance de la basse FrĂ©dĂ©ric Albou, Ă  partir d’un sol ou fa, garde la mĂȘme Ă©gale et belle couleur sombre dans sa parole ou chant. Le handicap du texte parlĂ© ne se pose pas pour les truculents et picaresques comparses, fripons fripĂ©s, pendards Ă©videmment pendables, Jean-NoĂ«l Tessier, joli tĂ©nor, le Remendado, et Mickael Piccone, baryton, le DancaĂŻre, qui assument allĂšgrement la part opĂ©ratique comique de l’Ɠuvre. Ce versant presque opĂ©rette Ă©tait annoncĂ© par l’air restituĂ© ici Ă  Morales, excellemment interprĂ©tĂ© par le baryton Benjamin Mayenobe, une histoire vaudevillesque saugrenue, d’ailleurs soulignĂ©e par la projection d’un Guignol.
Autre retour Ă  la version originale, le changements de tessiture de Mercedes, redevenue ici soprano lĂ©ger, dĂ©licieusement et malicieusement incarnĂ©e par Sarah Bloch, avec sa digne complice en frasques, Frasquita, au timbre doucement voluptueux de la mezzo HĂ©lĂšne Delalande. Seule « étrangĂšre » de cette distribution française, la soprano armĂ©nienne Lussine Levoni est autant une Micaela Ă©trangĂšre au monde grouillant sĂ©villan et gitan qu’elle est intĂ©grĂ©e lyriquement dans un rĂŽle français qu’elle sert avec une voix tendre mais ferme, Ă©gale sur toute sa tessiture. Le baryton Cyril Rovery, se tirant sans difficultĂ© de l’air ardu du torĂ©ador qui nĂ©cessite autant de grave que d’aigu, les chanteurs sacrifiant en gĂ©nĂ©ral le premier pour faire sonner le second, d’une voix Ă©gale, campe un Escamillo certes ostentatoire mais plein de panache, avantageux et gĂ©nĂ©reux de son athlĂ©tique personne, vrai star qui ose un strip, lançant spectaculairement son dĂ©bardeur aux fans, aux femmes, et l’on est heureux qu’il offre la beautĂ© de sa plastique aux dames et Ă  l’envie des hommes plutĂŽt qu’Ă  une brave bĂȘte de taureau qui n’en a rien Ă  faire.
Don JosĂ©, c’est le Marseillais international Luca Lombardo, qui a chantĂ© le rĂŽle dans le monde entier, incarnant et dĂ©fendant le beau chant français. Il unit, Ă  un physique d’homme mĂ»r, blessé par l’existence, la fraĂźcheur juvĂ©nile d’une voix comme une nostalgie dĂ©chirante de la jeunesse qui rend plus poignant son Ă©moi devant la jeunesse et la beautĂ© de Carmen. C’est une autre dimension humaine du personnage qu’il apporte Ă  l’Ɠuvre, une vĂ©ritĂ© passionnelle qui n’est pas simplement l’incompatibilitĂ© ironisĂ©e par la gitane entre le chien soumis gardien de l’ordre et le loup Ă©pris de liberté : l’homme accrochĂ© Ă  une jeunesse qu’il poignarde, cloue d’un couteau faute de pouvoir la fixer. Ligne de chant, tenue de souffle, sa voix se plie au nuances et nous offre l’aigu de l’air de la fleur en un pianissimo doucement douloureux, voulu par Bizet, que les tĂ©nors n’osent jamais en scĂšne.

 

 

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Digne objet de ses vƓux, allure, figure, jeunesse, Marie Kalinine, dans la tradition dĂ©poussiĂ©rĂ©e par les grandes interprĂštes espagnoles du rĂŽle comme Los Ángeles ou Berganza, est une Carmen de grande classe, non de classe supĂ©rieure aristocratique, mais de la noblesse innĂ©e gitane, ouvriĂšre, cigariĂšre, contrebandiĂšre, mais en rien roturiĂšre ou orduriĂšre, ce n’est pas une cagole marseillaise. Comme dans MĂ©rimĂ©e, elle se fera castagnettes des dĂ©bris d’une assiette qu’elle casse pour accompagner sa danse, et qu’elle rejette ensuite avec dĂ©dain. Carmen, en latin et en espagnol signifie ‘charme’, sortilĂšge : elle est l’intelligence de la femme qui toujours fut suspecte, d’Ève aux sorciĂšres auxquelles l’assimile d’emblĂ©e le timorĂ© Don JosĂ© pour se justifier et s’innocenter de sa folle passion. VeloutĂ© colorĂ© de la voix, grave profond sans effet vulgaire de poitrine, elle joint, Ă  l’Ă©lĂ©gance de la silhouette celle du timbre d’une voix aisĂ©e sur toute la tessiture, un jeu tout en finesse, sans effet, qui rend plus terrible, celui comme un coup de poignard qu’elle assĂšne Ă  JosĂ© d’un murmure cruel : « Non, je ne t’aime plus», allant au devant de son suicide.
MĂšre et fille, sƓurs par la beautĂ© Ă©gale de leur silhouette, les chorĂ©graphes et danseuses flamencas MarĂ­a et Ève PĂ©rez, assurent et assument la vĂ©ritĂ© andalouse d’une Carmen que nombre d’Espagnols, en dehors des emprunts (Iradier) et inspirations (Manuel GarcĂ­a) de Bizet, sentent comme vraiment espagnole.

Version originale de Carmen? Tout en saluant le travail musicologique de Chalmeau pour revenir Ă  l’original de la crĂ©ation, on se permettra quelques remarques. D’abord, les textes parlĂ©s ne sont pas donnĂ©s, heureusement, in extenso. MĂȘme coupĂ©s, ils n’apportent pas grand chose sauf un dĂ©tail de la vie de JosĂ© qui a fui la Navarre aprĂšs un drame d’honneur, un duel sans doute, et sont bien moins bons que les rĂ©citatifs concis et bien frappĂ©s de Guiraud. Les pages orchestrales rĂ©tablies sont naturellement belles mais leur lĂ©gĂšretĂ©, Ă  une premiĂšre et seule Ă©coute, tire encore l’Ɠuvre vers le versant OpĂ©ra-Comique et l’air rajoutĂ© de Morales, cette comique histoire de cocu, la fait sombrer, avec le pendant du quintette des contrebandiers, franchement vers l’opĂ©rette. Bizet fut sans doute avisĂ© de les couper et, sans nier le plaisir de la curiositĂ©, il n’y a sans doute pas lieu de sacraliser la premiĂšre d’un spectacle vivant toujours appelĂ© Ă  bouger : l’intĂ©rĂȘt historique n’est pas forcĂ©ment esthĂ©tique. Figaro s’Ă©tait “mis en quatre”, selon l’expression de Beaumarchais pour plaire car la version en cinq actes de la premiĂšre fut un Ă©chec ; Mozart fit un deuxiĂšme air pour son Guglielmo de CosĂ­, plus court, et on ne chante pratiquement jamais le premier, sans compter les retouches d’autres Ɠuvres ; on sait aussi ce qu’il advint du Barbier de Rossini Ă  la premiĂšre ; Bizet aussi, de son vivant, retoucha le sien.Verdi n’a cessĂ© de remanier ses opĂ©ras.
Par ailleurs, si c’est lĂ  la version originale, on s’Ă©tonne de ne pas trouver la habanera initialement Ă©crite par Bizet (enregistrĂ©e en « plus » par Michel Plasson dans un enregistrement) puisque il abandonna cette mouture et emprunta ce qui est devenu « L’amour est enfant de BohĂšme  » au plaisant duo entre un sĂ©ducteur crĂ©ole et une jolie mulĂątresse, El arreglito de SebastiĂĄn Iradier, qu’il cite, musicien espagnol professeur de l’ImpĂ©ratrice EugĂ©nie de Montijo, connu universellement par son autre habanera, La paloma.

 

 

 

Compte rendu critique, opĂ©ra. Marseille, DĂŽme, le 5 juin 2016. Bizet : Carmen. La Philharmonie Provence MĂ©diterranĂ©e, le ChƓur Philharmonique et le ChƓur Amoroso du CNRR de Marseille sous la direction musicale Jacques Chalmeau.

Mise en scÚne et lumiÚres : Richard Martin.
ScĂ©nographie : Floriande Montardy ChĂ©rel ; costumes : Gabriel Massol et Didier Buro. VidĂ©o : Mathieu Carvin / Char et le costume d’Escamillo : Danielle Jacqui.

Distribution
Carmen : Marie Kalinine ; Micaela : Lussine Levoni ; MercĂ©dĂšs: Sarah Bloch ; Frasquita : HĂ©lĂšne Delalande ; Don JosĂ© : Luca Lombardo ; Escamillo : Cyril Rovery ; Morales : Benjamin Mayenobe ; le DancaĂŻre : Mickael Piccone ; le Remendado : Jean-NoĂ«l Tessier ; ZĂșñiga FrĂ©dĂ©ric Albou
Ana Pérez et Marie Pérez : chorégraphie et danse flamenco.

 

Photos : © Frédéric Stephan

 

 

Tombooks : chanter chez soi Carmen avec le chƓur et l’orchestre

carmen-tombooks-partition-interactive-pour-chant-carmen-bizet-partition-pour-chantL’Ă©diteur Tombooks invente la partition interactive pour la voix. Chantez chez vous, La Habanera de Carmen avec l’orchestre et le choeur. Sing Bizet – Habanera, Carmen (partition interactive de chant). L’éditeur Tombooks inaugure sa collection de partitions interactives pour chant en Ă©ditant la cĂ©lĂšbre Habanera de l’opĂ©ra de Georges Bizet (1875) : Carmen. Chantez ainsi dans votre salon l’air le plus fameux de l’ouvrage de Bizert, avec l’orchestre et le choeur.

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Chantez la Habanera de Carmen avec l'orchestre et le chƓur !

Chantez la Habanera de Carmen avec l’orchestre et le chƓur !

Sing Bizet – Habanera, Carmen (partition interactive de chant)

carmen-tombooks-partition-interactive-pour-chant-carmen-bizet-partition-pour-chantSing Bizet – Habanera, Carmen (partition interactive de chant). L’Ă©diteur Tombooks inaugure sa collection de partitions interactives pour chant avec la cĂ©lĂšbre Habanera de l’opĂ©ra de Georges Bizaet (1875) : Carmen. Chantez ainsi dans votre salon l’air le plus fameux de l’ouvrage de Bizert, avec l’orchestre et le choeur.

 

 

 

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Prix : 4, 99 euros

Catégorie : Musique
Sortie: 27 août 2015
Version : 1.1.0
Taille : 111 Mo
Langues : Français, Allemand, Anglais
Éditeur : © Tombooks SĂ rl

CompatibilitĂ© : NĂ©cessite iOS 7.0 ou une version ultĂ©rieure. Compatible avec l’iPad.

 

 

 

 

Description

Tombooks révolutionne la partition et propose à tous les chanteurs une expérience unique :

Chanter la Habanera tirĂ©e de l’opĂ©ra « Carmen » accompagnĂ© par l’orchestre et le chƓur, comme dans une salle de concert !

LE STUDIO vous permet d’apprendre le morceau de maniĂšre efficace et rapide. Que vous soyez un chanteur amateur ou chevronnĂ©, vous avez la possibilitĂ© de chanter accompagnĂ© par le chƓur et par l’orchestre. La partition interactive est synchronisĂ©e avec l’accompagnement musical et dĂ©file automatiquement sur l’écran. Vous pouvez notamment personnaliser la partition avec vos propres annotations, imprimer votre partition annotĂ©e ou vous enregistrer

L’AUDITORIUM vous immerge dans l’univers de la suite pour orchestre n°2 « Carmen » ainsi que dans la vie et l’Ɠuvre de Georges Bizet dans un rĂ©cit accompagnĂ© d’images et de musiques.

LA BIBLIOTHEQUE, vĂ©ritable rĂ©seau social dĂ©diĂ© Ă  la musique classique, vous permet d’échanger vos enregistrements et vos partitions annotĂ©es avec d’autres passionnĂ©s.

FONCTIONNALITÉS

Studio

‱ Partition interactive pour chant de la Habanera, tirĂ©e de l’opĂ©ra Carmen de Bizet

‱ Enregistrement live de haute qualitĂ© du chƓur et de l’orchestre

‱ Fonction pour s’enregistrer

‱ SystĂšme personnalisĂ© d’annotation de partitions

‱ Fonction d’impression et d’envoi par email de la partition annotĂ©e ou non

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Peralada, festival (Catalogne espagnole). 4Carmen, crĂ©ation. Mardi 5 aoĂ»t 2015. Avec Marta GARCÍA CADENA, NĂ©stor PINDADO, Toni VIÑALS, chant. Alfredo ARMERO, piano. Àlex RODRÍGUEZ FLAQUÉ, violoncelle. Marc Rosich, mise en scĂšne. Mischa Tangian et Helena Tornero (Carmen 1), Carles Pedragosa et Jordi Oriol (Carmen 2), Clara Peya et Marc Angelet (Carmen 3), Lucas Peire et Marc Artigau (Carmen 4)

peralada 2015Le chĂąteau casino de Peralada en Catalogne espagnole (Ă  deux pas de la frontiĂšre française par le Perthus), est certes une destination rĂȘvĂ©e par le charme vĂ©gĂ©talisĂ© de son superbe domaine privĂ© ; il s’est surtout taillé depuis des dĂ©cennies, une trĂšs solide et lĂ©gitime rĂ©putation comme temple lyrique incontournable, accueillant chaque Ă©tĂ©, en aoĂ»t, les solistes en vogue qui pratiquent ici (entre autres) l’exercice intimiste du rĂ©cital chambriste ; ainsi avant notre prĂ©sence, les grandes voix masculines s’y sont illustrĂ©es  : les Lohengrin contrastĂ©s / opposĂ©s (complĂ©mentaires?) tels Jonas Kaufmann et Klaus Florian Vogt (rien de moins), sans omettre le pĂ©ruvien rossinien Juan Diego Florez ou encore la soprano vedette, Diana Damrau. … l’opĂ©ra n’est pas en reste sur la vaste scĂšne amĂ©nagĂ©e dans le parc (cette annĂ©e, pour sa 29Ăšme Ă©dition, c’Ă©tait l’Otello de Verdi avec le trio Gregory Kunde, Eva Maria Wetbroeck et Carlos Alvarez) ;  ni comme ce soir les nouvelles oeuvres, telle cette crĂ©ation, commande du festival trĂšs habilement conçue malgrĂ© la disparitĂ© des mains qui y ont participĂ© : pas moins de quatre compositeurs, -tous inspirĂ©s et rĂ©unis autour du thĂšme de Carmen. Il en dĂ©coule une soirĂ©e atypique sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e et par une chaleur quasi caniculaire :” 4Carmen Opera contemporaine” selon le titre (en catalan) affichĂ©.

 

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Création lyrique au festival catalan de Peralada

Performances d’acteurs : Carmen forever

Qui est Carmen? On serait tentĂ© de reformuler la question au regard du spectacle de 1h30 : quelles chances l’opĂ©ra a-t-il offert  Ă  la cigariĂšre pour ĂȘtre rĂ©ellement comprise comme femme? Force est de constater que l’icĂŽne de la libertĂ© fĂ©minine se heurte Ă  une incomprĂ©hension masculine Ă  rĂ©pĂ©tition.
Ailleurs (Ă  Paris), en fĂ©vrier 2014, le dramaturge et Ă©crivain Eric Emmanuel  Schmitt s’Ă©tait posĂ© la question Ă  son tour non sans pertinence (lire notre compte rendu du spectacle “le mystĂšre Bizet”, Paris, Salle Gaveau, le 14 fĂ©vrier 2015), et lui aussi par le biais d’un spectacle inĂ©dit dont il avait Ă©crit le scĂ©nario mais qui utilisait alors les airs originaux de Bizet.

 

peralada 4carmen festival peralada compte rendu review presentation 2015 CLASSIQUENEWSA Peralada, l’enjeu est tout autre … C’est d’abord une rĂ©alisation thĂ©Ăątrale qui s’appuie sur les capacitĂ©s de trois talents plutĂŽt convaincants ; un spectacle au cours duquel Carmen traverse des situations diverses structurĂ©es en 4 Ă©pisodes (Passion, mort et douleur ; Carmen aux enfers ; Restaurant Carmen ; Autopsie)… Elle semble d’abord condamnĂ©e Ă  ĂȘtre tuĂ©e par un Don JosĂ© plus machiste et possessif que jamais et qui d’ailleurs a troquĂ© sa tessiture originelle de tĂ©nor pour un baryton sombre et tourmentĂ©;  ainsi Carmen y Ă©prouve la mort, comme une scĂšne primitive, rĂ©pĂ©titive et inĂ©luctable, face Ă  un JosĂ© prĂȘt Ă  la violenter sans mĂ©nagement (dĂ©nonciation des violences faites aux femmes) : Carmen ne serait-elle pas justement ce corps destinĂ© Ă  la barbarie et la torture puis la mort ? La vision mĂ©rite rĂ©flexion ;  puis la lolita sensuelle accueille sur le piano central et avec dĂ©lices, les assauts d’un Escamillo excitĂ© en serveur dominateur d’opĂ©rette, dans une scĂšne  de cabaret dĂ©jantĂ© oĂč le dĂ©lire impose la principale qualitĂ© de la production : le sens de la performance partagĂ©e par les 3 chanteurs/acteurs, lesquels savent ĂȘtre parfaitement complices selon le caractĂšre de chaque sĂ©quence : saluons en particulier la figure passionnante du tĂ©nor Toni Viñals (nĂ© Ă  Barcelone en 1978)  : expressivitĂ© affĂ»tĂ©e, voix mordante et tranchante, profile fluide et vivace, vraie nature scĂ©nique Ă  la Monty Python.
Enfin,  selon nous le meilleur tableau par sa profondeur  et sa justesse tragique : le corps  de Carmen morte dans une salle d’autopsie. Inerte mais consciente, la pauvre victime chante sa profonde solitude, une incomprĂ©hension fondamentale aussi qui la rend dĂ©finitivement Ă©trangĂšre aux deux hommes que l’opĂ©ra lui inflige. .. JosĂ© et Escamillo. Que cette hĂ©roĂŻne souffre d’ĂȘtre ainsi tourmentĂ©e, incomprise, manipulĂ©e. Depuis Bizet, aucun partenaire qui la connaisse rĂ©ellement …. sauf le spectateur finalement touchĂ© par cette figure de femme amoureuse insatisfaite qui souffre beaucoup mais rit trop peu. Comme un lieto final des plus rĂ©jouissants, Carmen prend finalement sa revanche et finit par tuer sur la table d’opĂ©ration, celui qui n’avait cessĂ© de la brutaliser, JosĂ© en professeur en blouse blanche.

MalgrĂ© l’absence dommageable de surtitres qui auraient grandement aidĂ© Ă  la comprĂ©hension de toutes les nuances des quatre  livrets  (combinant l’anglais,  l’espagnol et, localitĂ© oblige : le catalan Ă©videmment), on suit pas Ă  pas cette rĂ© appropriation satirique / comique de la Carmen de Bizet.
Les amateurs ont peut ĂȘtre Ă©tĂ© déçus car ils chercheront en vain un air de l’ouvrage originel de Bizet. Mais les amoureux d’un thĂ©Ăątre musical portĂ© par le jeu captivant des trois acteurs chanteurs auront Ă©tĂ© saisis par la libertĂ© de ton, les dĂ©fis d’une relecture riche en pĂ©ripĂ©ties parodiques, d’autant mieux exploitĂ©s dans l’Ă©crin du magnifique cloĂźtre de Peralada dont la sobriĂ©tĂ© du cadre laisse toute visibilitĂ© aux mouvements des solistes, parfois finement chorĂ©graphiĂ©s  (dans les joutes oĂč s’affrontent les deux hommes en particulier).

Aux cĂŽtĂ©s des solistes deux seuls instrumentistes assurent la tension musicale des quatre Ă©pisodes fondamentaux: le formidable violoncelliste Alex Rodriguez FlaquĂ© et le pianiste Alfredo Armero, heureux partenaires et tout autant acteurs, d’une crĂ©ation qui a pleinement dĂ©fendu sa place dans la trĂšs riche programmation du festival catalan de Peralada. RĂ© Ă©crire la tragĂ©die comĂ©die de Carmen, mythe andalou mis en opĂ©ra par le français Bizet ici au coeur de la Catalogne espagnole est un dĂ©fi inĂ©dit qui ne peut que susciter la curiositĂ©. Le rĂ©sultat est loin de dĂ©mĂ©riter : la prestation coproduite avec le concours des Ă©quipes techniques et artistiques d’Opera de Butxaca i Nova CreaciĂł (OBNC),  rappelle Ă  ceux qui l’oublient souvent que l’opĂ©ra c’est du chant et aussi du thĂ©Ăątre ; il ouvre mĂȘme une brĂšche fertile pour l’Ă©quilibre artistique du plus lyrique des festivals estivaux de Catalogne.

 

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Compte rendu critique, opĂ©ra. Peralada, festival (Catalogne espagnole). 4Carmen, crĂ©ation. Mardi 5 aoĂ»t 2015. Avec Marta GARCÍA CADENA, NĂ©stor PINDADO, Toni VIÑALS, chant. Alfredo ARMERO, piano. Àlex RODRÍGUEZ FLAQUÉ, violoncelle. Marc Rosich, mise en scĂšne. Mischa Tangian et Helena Tornero (Carmen 1), Carles Pedragosa et Jordi Oriol (Carmen 2), Clara Peya et Marc Angelet (Carmen 3),  Lucas Peire et Marc Artigau (Carmen 4).

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies. Bizet : Carmen. Le 14 juillet 2015. Orchestre Philharmonique de radio France. ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, du Grand Avignon et de Nice. MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Direction musicale : Mikko Franck. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes : Louis DĂ©sirĂ©.

5 carmen_philippegromelle2Les Espagnols, nous ne dĂ©testons rien tant que l’interprĂ©tation hyper coloriste de notre couleur locale, surtout de cette Andalousie que, par une synecdoque abusive autrefois imposĂ©e par le franquisme, on a longtemps donnĂ©e comme la partie pour le tout d’une Espagne plurielle et diverse. Aussi applaudit-on Ă  cette vision de Carmen, Ă©purĂ©e d’espagnolisme de façade, d’espagnolade pour caricaturales « fiestas » bachiques et sanglantes, que nous offre la mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ©, dont les somptueux et sombres Ă©clairages de Patrick MĂ©eĂŒs mettent, paradoxalement, en lumiĂšre, la profonde noirceur hispanique, l’ñme tragique au milieu de la fĂȘte, la cĂ©lĂ©bration de la vie au bord du prĂ©cipice : allure et figure jusqu’à la sĂ©pulture. IncarnĂ©e par l’Espagnole Carmen qui, si « elle chante  de la musique française », ce dont on donne acte Ă  Louis DĂ©sirĂ© dans sa note, n’enchante pas moins par une musique qui emprunte Ă  l’Espagne certains  de ses rythmes, comme la sĂ©guedille, le polo prĂ©lude Ă  l’Acte IV inspirĂ© du Poeta calculista du fameux Manuel GarcĂ­a, pĂšre andalou de la Malibran et de Pauline Viardot GarcĂ­a qui venait d’en Ă©diter des Ɠuvres et, surtout, l’emblĂ©matique habanera, « L’amour est un oiseau rebelle », que Bizet reprend du sensuel et humoristique El arreglito de son ami espagnol SebastiĂĄn Iradier, auteur de La paloma, professeur de musique de l’impĂ©ratrice espagnole EugĂ©nie de Montijo, qu’il a l’élĂ©gance de citer. Mais l’art n’a pas de frontiĂšres, les gĂ©nies prennent leur bien oĂč ils le trouvent et, d’aprĂšs un texte trĂšs justement espagnol de MĂ©rimĂ©e, la française et hispanique Carmen de Bizet est universelle, figure mythique sur laquelle nous nous sommes dĂ©jĂ  penchĂ©s, et, personnellement, sur son clair-obscur sexuel .

Carmen au Théùtre Antique : nocturne goyesque à Orange

Héros déracinés et ligotés, illusion de liberté

Je ne reviendrai pas sur tout ce que j’ai pu Ă©crire sur les personnages, dĂ©racinĂ©s, ligotĂ©s par la sociĂ©tĂ©, condamnĂ©s Ă  une errance, Ă  la fuite : Don JosĂ©, nobliau navarrais, arrachĂ© Ă  sa contrĂ©e par une affaire d’honneur et de meurtre, rĂ©duit Ă  ĂȘtre dĂ©classĂ©, soldat, dĂ©gradĂ©, emprisonnĂ© puis contrebandier contre sa volontĂ©, aux antipodes nationaux de chez lui, dans cette Andalousie oĂč il reste fondamental Ă©tranger ; sa mĂšre qui l’a suivi dans un proche village, conscience du passĂ©, du terroir, des valeurs locales, et cette MicaĂ«la, orpheline venue d’on ne sait oĂč, escortant la mĂšre et suivant JosĂ© ; ces contrebandiers, passant d’un pays (Gibraltar anglais) Ă  l’autre, sans oublier ces femmes, ces ouvriĂšres, sans doute fixĂ©es dans l’usine, par la nĂ©cessitĂ© esclavagiste du travail, mais peut-ĂȘtre bientĂŽt enracinĂ©es par un mariage donnant au mĂąle nomade la fixitĂ© contrainte du foyer : la femme soumise ne peut que procrĂ©er des fillettes dans le rang sinon des filles soumises, des fillettes dĂ©jĂ  esclaves, avant d’ĂȘtre l’objet de la convoitise brutale de la troupe des hommes, dont seule Carmen, avec son art de l’esquive, se tire un moment. Les petits garçons sont aussi formatĂ©s par l’ordre social, « comme de petits soldats », avant d’ĂȘtre des grands, gardiens de l’ordre corsetĂ© et oppressif.

Don JosĂ© est d’entrĂ©e l’homme prisonnier, ligoté : de ses prĂ©jugĂ©s, de sa chastetĂ©, de son uniforme. Fils soumis Ă  la MĂšre, dont la maternelle MicaĂ«la apporte le message,  Ă  la MĂšre Ă©glise, Ă  la MĂšre Patrie: homme enfant malgrĂ© les apparences. Carmen, apparemment prisonniĂšre et ligotĂ©e par lui, lui offrira l’occasion de la libertĂ© mais oiseau rebelle, papillon insaisissable, elle sera finalement Ă©pinglĂ©e, fixĂ©e par le couteau d’une implacable loi.

RÉALISATION

Cartes sur table, sur scÚne : la donne du destin

Dans une obscuritĂ© augurale, sans doute du destin indĂ©chiffrable, vague lumiĂšre qui fait hĂ©siter entre rĂȘve et Ă©veil, ou goyesque cauchemar plein de formes inconnues qui envahissent la scĂšne, une foule grouillante se prĂ©cise, femmes en peu seyantes robes orange ou marron (Louis DĂ©sirĂ©), soldats en uniformes noirs, et, au milieu, se dĂ©tache la lumineuse blancheur de l’habit de Carmen, un bouquet de roses sanglantes de rougeur Ă  la main. L’ouverture sonne, lancĂ©e par un enfant et s’anime dĂ©jĂ  du drame : JosĂ©, seul, cartes Ă  la main, Carmen s’avance vers lui comme la fatalitĂ©, dĂ©jĂ  voile de deuil sur la tĂȘte, lui jetant les fleurs sur le thĂšme du destin. D’avance, tout est dit, Ă©crit. L’on comprend ces cartes gĂ©antes posĂ©es comme au hasard, comme en Ă©quilibre instable, de guingois, contre la soliditĂ© du mur antique : la vie comme un fragile chĂąteau de cartes dont on sent le possible et inĂ©luctable Ă©croulement sur les hĂ©ros confrontĂ©s, pour l’heure vide de sens, Ă  l’envers, simples somptueux tapis de sol qui ne s’éclaireront qu’à l’heure fatale dĂ©cidĂ©e par un destin obscur qui Ă©chappe aux hommes et Ă  Carmen mĂȘme qui le connaĂźt : pique et carreau. Ces cartes se dĂ©clineront, mises en abĂźme, en Ă©ventails et cartes en main, Ă  jouer, de tous les personnages : chacun a la main, mais aucun l’atout dĂ©cisif : « Le destin est le maĂźtre », reconnaĂźtra Carmen. Tout converge intelligemment vers l’air fatidique des cartes oĂč la clartĂ© impitoyable du destin s’éclaire tragiquement Ă  leur lecture.

Autre lumiĂšre dans cette ambiante obscuritĂ©, le magnifique effet solaire des doublures dorĂ©es des soldats fĂȘtant Escamillo ou, moins rĂ©ussi, trop clinquant, le dĂ©filĂ© des « cuadrillas » en habits de lumiĂšre Ă©clairant heureusement le ridicule des faux hĂ©ros de la virilitĂ© et du courage que sont les toreros.

On admire d’autres trouvailles : les lances des dragons plantĂ©es sur le sol Ă  la fois herse, dĂ©fense, agression possible et prison pour Don JosĂ©, habitĂ© dĂ©jĂ  du rĂȘve de la taverne de Pastia, traversĂ© par l’ombre, les ombres de Carmen robe d’une sobre Ă©lĂ©gance espagnole, en mantille, devenant filet, rets d’un sortilĂšge jetĂ© sur le pauvre brigadier, Carmen signifiant aussi, en espagnol, ‘charme’, ‘magie’.  La corde, Ă©galement, circulera comme signe des liens de l’amour, du destin, de l’impossible libertĂ© sauf dans la mort, et mĂȘme de l’évasion plaisante du quintette qui a un rythme de galop digne d’Offenbach. Il y a aussi cette magnifique idĂ©e, enchaĂźnant la fin du III avec l’acte IV, la cape de matador (‘tueur’, en espagnol) dont Escamillo couvre galamment Carmen, devenant sa parure de mort prochaine. Enfin, la fleur se dissĂ©mine aussi dans le parcours, offerte d’abord par ZĂșñiga Ă  Carmen, par Carmen Ă  Don JosĂ© depuis l’ouverture, avec son acmĂ©, son sommet dans l’air de la fleur, puis par le torero Ă  la gitane, finalement traces de sang sur son corps sacrifiĂ© par JosĂ© sur la carte fatidique.

Le privilĂšge des proches places de la presse se retourne, hĂ©las, contre la vision d’ensemble : effet de la perspective, toute cette foule nourrie de choristes semble s’accumuler, s’écraser sur l’avant-scĂšne, occupant ou saturant l’espace Ă©troit laissĂ© par les superbes cartes adossĂ©es contre le fond. Mais, vu Ă  la tĂ©lĂ©vision, le dispositif, en plongĂ©e, prend son sens, a une indĂ©niable beautĂ© plastique et picturale qui saisit et sĂ©duit. Les cartes rĂ©vĂ©lĂ©es par la lumiĂšre font rĂȘver. Et, ce que la distance semblait diluer du jeu des chanteurs se magnifie par des gros plans qui Ă©meuvent par la beautĂ© et le jeu intense et nuancĂ© des interprĂštes, dignes du cinĂ©ma. Cette production tĂ©lĂ© aura bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un exceptionnel rĂ©alisateur qui a captĂ© l’essence de cette mise en scĂšne, Andy Sommer.

INTERPRÉTATION

mikko frank dirigeantCe dĂ©but avec tout ce monde serrĂ© sur l’obscuritĂ© du plateau, forcĂ©ment contraint dans ses mouvements, ne pouvait donner au chef Mikko Franck l’occasion de faire briller une ouverture en discordance avec la tonalitĂ© ombreuse du plateau. Quelques malotrus, tous Ă  jardin et groupĂ©s, donc dirigĂ©s, se permettront des huĂ©es inconvenantes. Sortant d’une excessive tradition coloriste, quelques tempi sont lents aux oreilles de certains, mais quelle mise en valeur du crescendo, partant d’une lenteur inquiĂ©tante de l’abord de la chanson gitane qui, de sa contention premiĂšre, Ă©clate en folle rage festive sur les cris des trois danseuses ! Et le quintette menĂ© Ă  un train d’enfer ! Cette approche, impressionniste, impressionne par la mise en valeur des timbres, des couleurs d’une dĂ©licatesse toute mozartienne de l’instrumentation plus que de l’orchestration de Bizet. Le problĂšme est, peut-ĂȘtre, que la mise en scĂšne symbolique avec ces cartes matĂ©rialisant le destin, visant le mythe, demandait sans doute plus de simplification des lignes que de rutilance des dĂ©tails. Les chƓurs, malgrĂ© des craintes sur l’encombrement de la scĂšne, tirent leur Ă©pingle du jeu et les enfants, trĂšs engagĂ©s, se paient, bien sĂ»r, un triomphe.

On nous a Ă©pargnĂ©, par des chanteurs Ă©trangers mĂȘme Ă  la parfaite diction, les passages parlĂ©s de cet opĂ©ra-comique Ă  l’origine, guĂšre intĂ©ressants (qui comprend aujourd’hui l’histoire de l’épinglette qui justifie le moqueur « épinglier de mon cƓur de Carmen Ă  José ?). Les rĂ©citatifs de Guiraud sont concis et percutants (« Peste, vous avez la main leste ! »), ou sonnent comme des maximes : « Il est permis d’attendre, il est doux d’espĂ©rer ». C’est bien vu et bien venu.

Comme toujours Ă  Orange, le plateau est d’une homogĂ©nĂ©itĂ© digne de mention. En Remendado truand rapiĂ©cĂ© selon son nom, on a plaisir Ă  retrouver Florian Laconi, faisant la paire, inverse en couleur de voix, lumiĂšre et ombre, avec le tonitruant et truculent DancaĂŻre d’Olivier Grand, couple symĂ©trique et antithĂ©tique avec  ces coquines de dames : la fraĂźcheur lumineuse de la Frasquita d’HĂ©lĂšne Guilmette contrastant joliment avec la chaleur du mezzo sombre de Marie Karall. Armando Noguera campe un fringant Morales, perchĂ© sur sa belle voix de baryton comme un coq sur ses pattes pour sĂ©duire MicaĂ«la. Le Zuñiga de Jean Teitgen est tout sĂ©duction aussi par un timbre sombre, profond, et une allure de « caballero » Ă©lĂ©gant et humain.

Humaine, si humaine, le miel  de l’humanitĂ© est distillĂ©, avec l’inaltĂ©rable grĂące qu’on lui connaĂźt et que l’on goĂ»te, par la MicaĂ«la tendre d’Inva Mula, maternelle et protectrice messagĂšre de la MĂšre, mĂšre en puissance et, pour l’heure, amante blessĂ©e mais compatissante et courageuse. La voix, moelleuse, apaisante, se dĂ©ploie en lignes d’une aisance cĂ©leste mais aux pieds sur la terre de la piĂ©tĂ© et pitiĂ©.

Dans le rĂŽle Ă  l’ingrate tessiture d‘Escamillo, trop grave pour un baryton, trop aigu pour une basse, nouveau venu Ă  Orange, Kyle Ketelsen est foudroyant de prĂ©sence physique et vocale, amplitude, largeur, couleur et incarnation, il remporte avec justice tous les suffrages.

Que dire de Jonas Kaufmann qu’on n’ait dĂ©jĂ  dit ? Il sait dĂ©chirer le tissu de sa superbe voix pour rendre les dĂ©chirures rauques de ce hĂ©ros passionnĂ© meurtri, un Don JosĂ© d’abord rĂȘveur ou prostrĂ© par le passĂ© sur sa chaise, interloquĂ© par l’audace de la femme, de cette femme, de cette Carmen qui fait son chemin en lui, jusqu’à l’air Ă  la fois intime et Ă©clatant de la fleur. Il le commence en demi-teinte, comme se chantant Ă  lui-mĂȘme, en tire des couleurs et nuances d’une frĂ©missante sensibilitĂ© et sensualitĂ© et en donne le si bĂ©mol final en double pianissimo, comme il est Ă©crit dans la partition, en voix de poitrine, qui prend tout son sens : la voix du cƓur. Il est bouleversant.

Face Ă  lui, face Ă  face, effrontĂ©e et affrontĂ©e, Kate Aldrich entre dans la catĂ©gorie moderne des Carmen que Teresa Berganza rendit Ă  la fidĂ©litĂ© de la partition et Ă  la dignitĂ© fĂ©minine et gitane sans grossissement de fĂ©minisme ou gitanisme outrancier. Elle est d’une beautĂ© qu’on dirait du diable si ce sourire Ă©clatant ne lui donnait une humanitĂ© fraternelle et une fraĂźcheur parfois angĂ©lique : sĂ»re sans doute de sa sĂ©duction mais sans se laisser abuser par elle, elle donne au personnage une distance avec la personne qui dit, sans dire, sa profondeur et une sorte de dĂ©tachement dĂ©sabusĂ© du monde. La voix rĂ©pond au physique, Ă©lĂ©gante, souple, satinĂ©e, raffinĂ©e, n’escamotant pas les nuances, n’accusant aucun effet dans la grandeur dĂ©mesurĂ©e de l’espace qu’elle habite sans effort. Il faudrait des pages pour dĂ©tailler la finesse de son jeu heureusement captĂ© par la tĂ©lĂ©vision : rieuse, railleuse, blagueuse (Carmen a des mots d’esprit des plus plaisants), enfin, tragique. ÉlĂ©gante mĂȘme dans ces gestes pour chasser, comme mouches importunes, tous ces hommes bavant de dĂ©sir, Ă©cartant d’une main la fleur de l’officier dans la taverne, la photo dĂ©dicacĂ©e de l’arrogant torero, passionnĂ©e avec JosĂ© et plus grave, dĂ©jĂ , avec Escamillo. Est-elle la figure mythique de l’hĂ©roĂŻne ? Les mythes ne sont plus de ce temps. Elle me semble plutĂŽt une femme du nĂŽtre, qui a conquis sa libertĂ© et qui en a acceptĂ© le prix : ce qu’allĂ©gorise sans doute la mort de Carmen au nom de toutes les femmes autrefois sacrifiĂ©es sur l’autel de l’honneur des hommes.

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies. Bizet : Carmen. Le 14 juillet 2015. Orchestre Philharmonique de radio France. ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, du Grand Avignon et de Nice. MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Direction musicale : Mikko Franck. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes :  Louis DĂ©sirĂ©.

Distribution : Carmen : Kate Aldrich ; Micaëla : Inva Mula; Frasquita : HélÚne Guilmette
MercédÚs : Marie Karall ; Don José :  Jonas Kaufmann ;  Escamillo : Kyle Ketelsen ;
Zuñiga :  Jean Teitgen ; le Dancaïre Olivier Grand; le Remendado : Florian Laconi
; MoralÚs : Armando Noguera. Illustration : Philippe Gromelle

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  1. Voir Benito PelegrĂ­n « Carmen, entre chien et loup de la sexualité », entre autres Ă©tudes, in Carmen, ÉditĂ© par Élisabeth Ravoux-Rallo, Figures mythiques, Éd. Autrement, p.50-75, 1986.

Orange. Mikko Franck dirige Carmen

mikko frank dirigeantOrange, ChorĂ©gies. Carmen de Bizet par Mikko Franck. Les 8, 11, 14 juillet 2015.  C’est Ă©videmment la production Ă©vĂ©nement des ChorĂ©gies cette annĂ©e, avec en fosse, l’excellent et bouillonnant finnois Mikko Franck, l’une des meilleures baguettes pour l’opĂ©ra au monde Ă  l’heure actuelle. Sa direction fine et poĂ©tique, d’une fiĂšvre ardente et raffinĂ©e, – s’il est inspirĂ© suffisamment Ă©videmment car l’humeur du bonhomme est changeante-, devrait Ă©blouir dans le ThĂ©Ăątre Antique. On se souvient ici mĂȘme d’une Tosca orchestralement Ă  tomber (2010), qui a permis au festival d’Orange de renouer avec ses heures les plus glorieuses.
Comme Nietzsche (déçu de Wagner son ex idole), succombez Ă  la chaleur sensuelle de la cigariĂšre vĂ©nĂ©neuse, Carmen dont Bizet fait une maĂźtresse amoureuse, passionnĂ©e et libre de son destin. A peine a-t-elle sĂ©duit le brigadier devenu contrebandier pour elle, JosĂ©, que la brune ensorceleuse crĂ©Ă©e par MĂ©rimĂ©e trente annĂ©es auparavant, dĂ©sire un nouvel homme, la vedette des arĂšnes en liesse, capable de dĂ©fier le taureau le plus agressif : Escamillo. Entre ces deux hommes, JosĂ©/Escamillo, Carmen dĂ©voile sa vraie nature, sauvage et entiĂšre, flamboyante et radicale. Pourtant scandaleuse la partition, grĂące Ă  ses couleurs si dĂ©licieusement mĂ©diterranĂ©ennes (source de l’enchantement d’un Nietzsche justement), suscite un triomphe tenace, malgrĂ© la crĂ©ation Ă©lectrique qui acheva l’auteur. Pas moins de 33 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra-Comique, entre la premiĂšre le 3 mars 1875 et le dĂ©cĂšs de Bizet, au mois de juin suivant.
bizet georgesEn 2015, Orange accueille ainsi sa 9Ăšme production de Carmen (depuis 1984) oĂč sous la direction de Mikko Franck qui dirige l’orchestre Philharmonique de Radio France dont il sera directeur musical en 2016, brillent les deux Ă©toiles de la soirĂ©e : Kate Aldrich (Carmen) et le tĂ©nor cĂ©lĂ©brissime, Jonas Kaufmann( Don JosĂ©)… A suivre aussi, dans les rĂŽles secondaires : HĂ©lĂšne Guilmette (Frasquita), Armanda Noguera en MoralĂšs… La mise en scĂšne quant Ă  elle s’avĂšre bien terne, exploitant si peu les excellents acteurs chanteurs pourtant prĂȘts Ă  tout oser.

ChorĂ©gies d’Orange
Carmen de Bizet
Mikko Franck, direction
Les 8, 11 et 14 juillet 2015
RĂ©server sur le site des ChorĂ©gies d’Orange

En direct sur France 3, samedi 11 juillet 2015 Ă  partir de 21h30

Festival des ChorĂ©gies d’Orange (84). Carmen, Il Trovatore, concerts. Du 7 juillet au 4 aoĂ»t 2015

theatreOrange-aOrange.ChorĂ©gies. Carmen, Il Trovatore, concerts. Du 7 juillet au 4 aoĂ»t 2015. Un scandale absolu ? Carmen causa-t-elle un scandale analogue Ă  celui de PellĂ©as (Debussy) puis du Sacre (Stravinsky) et de DĂ©serts (VarĂšse) ? On aimerait le penser, pour que nous fussions pleinement 
 scandalisĂ©s par la sotte incomprĂ©hension des publics, et puisque comme le disait un polĂ©miste du XXe, « la colĂšre des imbĂ©ciles remplit le monde ». Tout Ă©tait rĂ©uni en cet opĂ©ra-« comique », – et on ne relit pas sans sourire amertumĂ© le sous-titre de « classement » Ă  travers lequel ce chef-d’Ɠuvre de la tragĂ©die lyrique fut en son temps catalogué !- pour susciter le plus violent des refus, Ă  commencer par l’ histoire racontĂ©e et son « hĂ©roĂŻne »-repoussoir pour une sociĂ©tĂ© avide de conventions et de respectabilitĂ©.

Musique cochinchinoise
Et certes une partie de la critique se surpassa dans l’invective, comme nous le rappelle le musicologue HervĂ© Lacombe en citant un article d’Oscar Commettant dans le SiĂšcle du 8 mars 1875 : « Peste soit de ces femelles vomies par l’enfer, et quel singulier opĂ©ra-comique que ce dĂ©vergondage castillan ! 
DĂ©lire de tortillements provocateurs, de hurlements amoureux, de dans es de Saint-Guy graveleuses plus encore que voluptueuses
 Cette Carmen est littĂ©ralement et absolument enragĂ©e. Il faudrait pour le bon ordre social la bĂąillonner et mettre un terme Ă  ses coups de hanche effrĂ©nĂ©s, en l’enfermant dans une camisole de force aprĂšs l’avoir rafraĂźchie d’un pot Ă  eau versĂ© sur sa tĂȘte. » Ou d’un magistral jugement esthĂ©tique qui mĂ©rite que le nom de son auteur, Camille du Locle (co-directeur de l’OpĂ©ra Comique), passe Ă  la postĂ©rité : « C’est de la musique cochinchinoise, on n’y comprend rien. »

Doublement immigrée
Mais au fait, qui donc lĂ  Ă©tait en cause ? Le musicien capable d’illustrer « le dĂ©vergondage castillan, le dĂ©lire et les hurlements amoureux » de la demoiselle forcenĂ©e, l’écrivain qui avait fourni aux librettistes une histoire terrifiante ? On dirait a priori que Prosper MĂ©rimĂ©e, le « nouvelliste » demeurait le plus coupable. Pourtant en 1875, il Ă©tait en quelque sorte « mort en odeur de sainteté », (1870), ayant effacĂ© par ses fonctions officielles (Les Monuments Historiques, ou comme on dirait aujourd’hui, le Patrimoine) au service d’une Monarchie de Juillet et surtout d’un Second Empire qu’il admirait comme remparts contre la Subversion sociale, la scĂ©lĂ©ratesse de sa Carmen (d’ailleurs Ă©crite en 1845). Carmen, cette double immigrĂ©e : gitane, donc dĂ©jĂ  en situation plus ou moins rĂ©guliĂšre pour « son pays d’origine », l’Espagne, et devenue pour les Français lecteurs de la nouvelle l’exotique et volcanique rebelle qui mĂšne les hommes Ă  leur perte, choisissant un reprĂ©sentant de l’Ordre (le subalterne Don JosĂ©) comme instrument du destin pour vivre
 sa triade « l’amour-la libertĂ©-la mort ».

Foutriquet le Fusilleur
Cinq ans aprĂšs la mort de l’auteur, la France profonde, qui choisit quasiment par surprise la RĂ©publique (l’amendement Wallon, votĂ© par une voix de majorité !), est encore sous le coup du sĂ©isme idĂ©ologique et politique de la Commune, impitoyablement rĂ©primĂ©e dans le sang devant l’Ɠil goguenard des Prussiens occupants, liquidĂ©e par les troupes de Monsieur Thiers, alias le Fusilleur, alias Foutriquet. Symboliquement considĂ©rĂ©e comme inspiratrice des pĂ©troleuses( les femmes accusĂ©es par la RĂ©pression Versaillaise d’avoir mis le feu aux bĂątiments en rĂ©alitĂ© incendiĂ©s dans les combats au centre de Paris, pendant « la Semaine Sanglante »), Louise Michel vient d’ĂȘtre dĂ©portĂ©e en Nouvelle CalĂ©donie, d’oĂč cette fĂ©ministe et rĂ©volutionnaire ne reviendra qu’en 1880


Le théùtre des entrevues de mariage
bizet georgesEn tout cas, si la Carmen de MĂ©rimĂ©e a dĂ©jĂ  connu son absolution , et mĂȘme si « le plus ĂągĂ© des directeurs de l’OpĂ©ra-Comique s’effraie de voir sur sa scĂšne : «  ce milieu de voleurs, de bohĂ©miennes, de cigariĂšres arrivant au thĂ©Ăątre des familles qui organisent lĂ  des entrevues de mariage – cinq ou six loges louĂ©es pour ces entrevues –, non c’est impossible ! », des concessions sur l’histoire et certains personnages, la bonne rĂ©putation des librettistes Meilhac et HalĂ©vy emportĂšrent « le marché » en faveur de ce Georges Bizet dont la lyrique Djamileh avait eu un vif succĂšs. « Prima la musica, e poi le parole », le rassurant adage devait « couvrir par son bruit harmonieux » les messages de la gitane rĂ©voltĂ©e  « Malheureusement », le gĂ©nie de Bizet – se servant de l’alternance des parties dialoguĂ©es et du socle musical – transcende aussitĂŽt les petits arrangements qu’on pouvait espĂ©rer d’un compositeur a priori non « rĂ©volutionnaire », en tout cas sans idĂ©ologie reconnaissable, et porte Ă  l’incandescence l’histoire et la personne de Carmen, femme libre.
Tout comme Mozart Ă©tait « fait » pour crĂ©er avant tout Don Giovanni, Beethoven Fidelio, Berg Wozzeck, Bizet « reste Carmen », pour une Ă©ternitĂ© qui lui rend presque aussitĂŽt justice et fera de Carmen l’opĂ©ra français le plus jouĂ© au monde (selon le livre Guinness des Records). Sa mort cruellement prĂ©coce (37 ans !), qui suit de quelques mois la venue au monde du chef d’Ɠuvre, contribue Ă  « sanctuariser » l’opĂ©ra dans l’histoire musicale


Nietzsche désaddicté
Et aussi Ă  en faire un symbole d’ « art français » – clartĂ©-cruautĂ© racinienne du discours, vĂ©ritĂ© naturaliste et tragique de ce qui est montrĂ© – contre « l’autre cĂŽtĂ© du Rhin », engluĂ© dans son brouillard mĂ©taphysique
 On pense Ă©videmment Ă  Nietzsche « dĂ©saddicté » de son Wagner, et allant chercher dans la lumiĂšre mĂ©diterranĂ©enne des Cimarosa ou Rossini, mais surtout celle de Carmen, une vĂ©ritĂ© supĂ©rieure, « la profondeur du Midi » : « Je viens d’entendre quatre fois Carmen, Ă©crit-il en janvier 1888 Ă  son ami Peter Gast, c’est comme si je m’étais baignĂ© dans un Ă©lĂ©ment plus naturel. »(Et suit la demi-phrase dĂ©sormais chĂšre Ă  tout Ă©cho » vendeur » de comm culturelle : « la vie sans musique n’est qu’une erreur (, une besogne Ă©reintante, un exil) ».

La poésie dans la vie
Mais au XXe, on ira surtout du cĂŽtĂ© de chez Alberto Savinio – peintre comme son frĂšre Giorgio de Chirico, compositeur, critique et littĂ©rateur – des clĂ©s pour mieux saisir la grandeur de Bizet : « Le secret de Carmen tient peut-ĂȘtre Ă  ce qu’elle est si proche de nous et en mĂȘme temps si lointaine, sincĂšre et directe, en mĂȘme temps si retorse et chargĂ©e de fatum (destin). Je ne vois pas d’autre exemple, mĂȘme chez les Grecs, de ce fatum dans le « trio des cartes ». Avec autant de grĂące mĂ©lancolique les pleurs de l’air, de la lumiĂšre, de la vie qui devra continuer que le thĂšme du 4e acte par lequel Frasquita et MercĂ©dĂšs murmurent leurs funĂšbres mises en garde
On a tant parlĂ© de la rĂ©demption dans les finales de Dostoievski : et de la rĂ©demption du finale de Carmen, qui a jamais parlé ? » Et de citer les trois « rapprocheurs » qui ont amenĂ© au XIXe « la poĂ©sie dans la vie : Baudelaire, Manet, Bizet  ».

Sous le Haut Mur
Alors, comment faire passer sous le Haut Mur cette modernitĂ©, ce climat d’intuition, cette passion violente, ce mouvement perpĂ©tuel d’aventures, et les huis clos tragiques ? C’est Louis DĂ©sirĂ© – « costumier et scĂ©nographe » – qui a en charge la mise en espace de cette Carmen dont ne peut savoir si elle jouera la rupture avec la tradition, y compris « orangienne » ; ce spĂ©cialiste de l’opĂ©ra XIXe (Werther de Massenet lui est cher
) a dĂ©jĂ  ici fait dĂ©cors et costumes pour Rigoletto. Le chef finlandais Mikko Franck – Ă©videmment hyper-spĂ©cialiste de Sibelius, et aussi de son compatriote Rautavaara – est un habituĂ© de «  sous le mur » – Tosca en 2010, Vaisseau FantĂŽme en 2013 -, et c’est un mois aprĂšs son TrouvĂšre orangeais avec le « Philhar » de Radio-France qu’il en prend la succession de Myung-Whun-Chung Ă  la direction musicale
Kate Aldrich arrive ici en Carmen, de mĂȘme que Kyle Ketelsen en Escamillo, et trĂšs spectaculairement Jonas Kaufman incarne Don JosĂ©, Inva Mula Ă©tant la douce Micaela.

Au cƓur de la Trilogie
11 ans aprĂšs Nabucco, 6 aprĂšs Macbeth, 2 aprĂšs Rigoletto. Et encore, pour ceux qui aiment le chiffrage dans la vie : 2 ans aprĂšs la mort de la mĂšre, 15 aprĂšs celle de Margherita l’épouse, 5 aprĂšs le dĂ©but de la vie commune avec la cantatrice Giuseppina Strepponi
 Ainsi va Giuseppe Verdi en 1853 (il a 40 ans), au cƓur d’une Trilogie qui marque son Ă©volution et l’histoire de l’opĂ©ra italien : avec Rigoletto, Traviata et Le TrouvĂšre, c’est, Ă©crit P.Favre-Tissot, « le fruit d’un cheminement progressif, un point d’équilibre atteint dans une quĂȘte de la perfection au terme d’une Ă©volution rĂ©flĂ©chie et non comme un miracle artistique spontanĂ©. » Adaptation de Victor Hugo (Le Roi s’amuse) pour Rigoletto, d’Alexandre Dumas fils (La Dame aux Camelias) pour Traviata : deux origines trĂšs « pro », comme on dirait aujourd’hui, et du beau travail. Mais pour le TrouvĂšre, on peut avoir oubliĂ© la piĂšce thĂ©Ăątrale espagnole, El Trovador, et surtout son auteur, A.G.Gutierrez.

Rocambolesque ?
Etant admis qu’on n’est nullement ici dans l’historique, fĂ»t-il trĂšs transposĂ© – Don Carlos, Un bal MasquĂ© – , il est pourtant rare qu’un livret propose un tel cocktail d’invraisemblance et de complication. Certes, le genre « croix de ma mĂšre » – comme on le disait pour symboliser les artifices lacrymaux du mĂ©lo – a largement sĂ©vi en cette pĂ©riode pour alimenter les « scenars » Ă  coups de thĂ©Ăątre, objets-colifichets symboliques et autres attrape-badauds du feuilleton lyrique. Et comme avait concĂ©dĂ© le bon Boileau, hĂ©raut du XVIIe français classique en terre encore baroque, « le vrai peut quelquefois n’ĂȘtre pas vraisemblable ». C’était aussi en France le temps oĂč le roman-feuilleton s’inventait une lĂ©gitimitĂ©, d’EugĂšne Sue et ses MystĂšres de Paris Ă  Ponson du Terrail Ă  qui on attribue l’introuvable « elle avait les mains froides comme celles d’un serpent » et dont le Rocambole s’est  adjectivĂ©. (La littĂ©rature « industrielle » du XIXe a bien eu sa descendance au XXe chez Guy des Cars ou Maurice Dekobra, et de nos jours dans le binĂŽme des jumeaux-rivaux Musso-LĂ©vy
).

Une nuit Ă  l’opĂ©ra
Giuseppe VerdiPour Il Trovatore, une gitane (encore ) et sorciĂšre brĂ»lĂ©e vive, sa fille Azucena qui l’aurait vengĂ©e en faisant disparaĂźtre l’un des fils du comte de Luna, la princesse d’Aragon LĂ©onora qui devient folle d’amour d’un TrouvĂšre, Manrico, alors que le fils du comte de Luna
 « et ce qui s’en suivit », ainsi qu’on le lit dans certains sous-titres de romans populaires. A vous, spectateur, de jouer – slalomer ?- entre les pĂ©ripĂ©ties toutes plus troublantes et inattendues les unes que les autres.(P.Favre-Tissot note que « le caractĂšre rocambolesque de l’intrigue poussa les Marx Brothers Ă  choisir Il Trovatore pour leur dĂ©sopilant film Une nuit Ă  l’opĂ©ra « !). Mais surtout de vous relier Ă  une musique dont nul ne semble contester la force Ă©motive – la premiĂšre elle-mĂȘme fut un triomphe, Ă  la diffĂ©rence d’une Traviata incomprise car porteuse de scandale social, comme sa « descendante » 
Carmen -, et le tourbillon des affects. « Une des musiques les plus Ă©tincelantes nĂ©es de la plume de Verdi, dit encore P.Favre-Tissot. Ce torrent sonore continu, charriant impĂ©tueusement les passions romantiques, emporte tout sur son passage. Le traditionalisme des formes rassure le public (pour) un sujet que Verdi a qualifiĂ© de sauvage. Et Ă  un orchestre plus Ă©lĂ©mentaire rĂ©pond une Ă©criture vocale paroxystique. »

Les chants sont des cerfs-volants solitaires
Echo contemporain de ce que notre Alberto Savinio Ă©crivait dans une de ses critiques  : «  Il Trovatore, c’est le chef-d’Ɠuvre de Verdi. Dans aucun autre de ses opĂ©ras, l’inspiration n’est aussi Ă©levĂ©e. Aucun autre ne peut se vanter de possĂ©der des chants aussi solitaires, purs, verticaux
Chants d’une espĂšce singuliĂšre, qui ouvrent une fenĂȘtre soudaine, par laquelle l’ñme prend son envol violemment et en mĂȘme temps trĂšs doucement, dans la libertĂ© infinie des cieux. Chants qui sont des cerfs-volants solitaires, dans un Ă©trange calme, dans un ciel sans vent, montant tout droit dans la nuit infinie  » L’inspiration du poĂšte Savinio semble ici appeler non le lieu clos d’une « maison d’opĂ©ra » mais bien le « ciel ouvert » sous les Ă©toiles. Charles Roubaud – un familier d’Orange – devra trouver le mĂ©lange d’ardeur et de lyrisme, de surprises thĂ©Ăątrales et « cheminements » sous le Mur pour le chef-d’Ɠuvre aux paradoxes. C’est au chef français – et quasi-autrichien, tant une partie de sa carriĂšre a Ă©tĂ© viennoise – Bertrand de Billy qu’il convient de porter Ă  incandescence l’Orchestre National de France, des chƓurs « français-mĂ©diterranĂ©ens », et des solistes Ă  prestige : retour attendu de Roberto Alagna ( Manrico) et de Marie-Nicole Lemieux–(Azucena) -, arrivĂ©e de Hui He (Leonora) et George Petean (Conte de Luna).

Lyrique et symphonique
argerich_alix_Laveau_emi_pianoEt puis les ChorĂ©gies ne seraient pas tout Ă  fait elles-mĂȘmes si on n’ajoutait pas aux « deux-fois-deux opĂ©ras » l’accompagnement des concerts lyriques et symphoniques. Cela permet aussi Ă  certains orchestres de faire leurs premiĂšres armes dans l’immense acoustique du ThĂ©Ăątre Romain, ainsi pour le National de Lyon qui « dĂ©bute » ici tout comme un chef (pour lui invitĂ©), Enrique Mazzola, une soprano, la Russe Ekaterina Siurina, en duo avec le plus habituĂ© tĂ©nor Joseph Calleja : airs extraits pour l’essentiel du trĂ©sor lyrique italien XIXe. Le Philhar de Radio-France connaĂźt bien Orange, oĂč il a aussi jouĂ© avec Myung Whun Chung : mais deux « petits nouveaux » solistes du clavier, Martha Argerich et Nicholas Angelich, dans Poulenc, Ă  cĂŽtĂ© de la grandiose « Avec orgue » de Saint-SaĂ«ns (3e Symphonie, Christophe Henry).Enfin, en mĂȘme temps que Trovatore, l’O.N.F. et Bertrand de Billy explorent la 9e de Dvorak et le Concerto en sol de Ravel (avec CĂ©dric Tiberghien).

Festival des ChorĂ©gies d’Orange (84). Du 7 juillet au 4 aoĂ»t 2015. Georges Bizet (1838-1875), Carmen : mercredi 8, samedi 11, mardi 14 juillet , 21h45 ; Giuseppe Verdi (1813-1901), Il Trovatore : samedi 1er aoĂ»t, mardi 4 aoĂ»t, 21h30. Mardi 7, 21h45, Concert lyrique ; vendredi 10, 21h45, concert symphonique ; lundi 3, 21h30, concert symphonique. Information et rĂ©servation : T. 04 90 34 24 24 ; www.choregies.fr

Carmen de Bizet

logo_francemusiqueGARANCA ELINA new york carmen Kaufmann garanca7France Musique. Le 7 mars 2015, 19h. Carmen en direct du Metropolitan Opera de New York. Sous la direction de Louis LangrĂ©e, la mezzo sensuelle vĂ©nĂ©neuse venue de Lettonie, Elina Garanca enchante les sens et vampirise le pauvre JosĂ© qui cependant sera son bourreau
 Sur le plateau new yorkais, Jonas Kaufmann incarne aussi avec intensitĂ©, subtilitĂ©, et passion, le feu mĂ©diterranĂ©en qui traverse toute la partition de Bizet, son chef d’oeuvre, solarisant le roman de MĂ©rimĂ©e dont il fait une fresque chatoyante et scintillante en hommage au raffinement ibĂ©rique.

Elina GarancaAvec AIlyn PĂ©rez (MicaĂ«la), Gabor Bretz (Escamillo). Femme provocante et libre, Carmen assume son orgueil, sa fantaisie dĂ©vorante : elle s’entiche d’abord pour le brigadier JosĂ©, puis l’écarte pour le torero, vainqueur des arĂšnes, Escamillo. Mais on aurait tort d’étiqueter trop vite les virilitĂ©s en prĂ©sence : JosĂ© le faible, Escamillo, la star testostĂ©ronĂ©e
 C’est bien JosĂ©, transfigurĂ© et rendu fou par l’amour qu’il ressent pour la cigariĂšre, qui la tue en une ultime confrontation, dans la clameur de l’arĂšne oĂč est confirmĂ© le triomphe d’Escamillo. Le portrait de Carmen est particuliĂšrement fouillĂ© par Bizet qui fait de son hĂ©roĂŻne, une figure suave mais aussi tragique (le fameux trio des cartes dĂ©voile l’ñme tĂ©nĂ©breuse, consciente, funĂšbre de la femme qui assume pleinement son destin et sa posture : un double fĂ©minin de Don Giovanni. L’orchestre scintille, d’un raffinement instrumental inouĂŻ. Carmen est un opĂ©ra hypnotique qui exige d’excellents chanteurs acteurs et un  chef aussi puissant, dramatique que fin et subtil. Pas sĂ»r que la baguette de Louis LangrĂ©e relĂšve les dĂ©fis d’une partition admirĂ©e par Nietzsche, revenu de Wagner. Aux brumes coupables empoisonnĂ©es du Germanique, le philosophe prĂ©fĂšre dĂ©sormais le soleil  brĂ»lant et les rythmes africains de Carmen.

+ d’infos sur le site du Metropolitan Opera : http://www.metopera.org/opera/carmen-bizet-tickets?icamp=carmen&iloc=hpg

Livres. La Habanera de Carmen par Hervé Lacombe et Christine Rodriguez (Fayard).

carmen la habanera de carmen naissance d'un tube herve lacombe christine rodriguez fayard carmen habanera livresLivres. La Habanera de Carmen par HervĂ© Lacombe et  Christine Rodriguez (Fayard). Le romantisme Ă  l’opĂ©ra a longtemps imposer sur le planches la figure sacrifiĂ©e de la femme immolĂ©e, fille, Ă©pouse, jeune mariĂ©e dĂ©voilĂ©e, abandonnĂ©e, sans victoire sinon la dignitĂ© blessĂ©e d’une victime toujours trahie ou rĂ©pudiĂ©e. De Lucia Ă  Violetta, sans omettre Norma ou Jenufa
 les compositeurs inspirĂ©s par les Ă©crivains ont offert de sublimes portraits de femmes dĂ©truites. Or surgit en France, l’alternative sublime conçue par Bizet et sa Carmen (et si admirĂ©s par Nietzsche maudissant alors les vapeurs culpabilisantes de Wagner) : une lionne, indĂ©pendante et forte, enfin maĂźtresse de son destin ; une femme qui d’abord s’impose par son corps, une sensualitĂ© lascive inimaginable alors, inĂ©dite, scandaleuse : libre.  C’est ce corps en son dĂ©hanchement chorĂ©graphie qu’analysent scrupuleusement les auteurs, soulignant la force d’une image devenue lĂ©gendaire : Carmen c’est l’icĂŽne de la fĂ©minitĂ© enfin libĂ©rĂ©e et conquĂ©rante. Le gĂ©nie de Bizet est d’avoir ciselĂ© l’une des musiques les plus envoĂ»tantes : la Habanera, entrĂ©e inoubliable de la cigariĂšre, est devenue lĂ©gitimement un tube universel qui concentre et cultive le mystĂšre fĂ©minin.

Carmen : aux origines du mythe

CLIC_macaron_20dec13De MĂ©rimĂ©e Ă  Bizet, Carmen et sa chanson sont devenues source d’inspiration pour bon nombre de chanteurs du XXĂš et XXIĂš siĂšcles : un succĂšs actuel jamais attĂ©nuĂ©. Les chanteurs de variĂ©tĂ©s europĂ©ens, amĂ©ricains et mĂȘme asiatiques, le rock underground, le cinĂ©ma, nombre de sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es amĂ©ricaines, maintes publicitĂ©s – fascinent  depuis cent quarante ans un public bien plus vaste que celui qui se passionne pour l’art lyrique ?

HervĂ© Lacombe et Christine Rodriguez dĂ©mĂȘlent l’écheveau des influences et des sources diverses de la mĂ©lodie entĂȘtante : « l’amour est enfant de BohĂšme
 tu crois l’éviter, il te tient  ». De Cuba Ă  Paris, ils dĂ©voilent les composantes de ce chant de sirĂšne postromantique, synthĂšse orientalisante de tous les fantasmes Ă©rotiques d’une Ă©poque qui brilla par son hypocrisie puritaine. « Le voyage, le nomadisme, la danse ont Ă  voir avec la leçon amoureuse de Carmen ». En analysant tous les enjeux d’une des scĂšnes d’entrĂ©es Ă  l’opĂ©ra parmi les plus impressionnantes qui soient, les auteurs interrogent et cĂ©lĂšbrent la rĂ©ussite d’une figure brĂ»lante, corps scandaleux, dĂ©voilĂ© que renforce l’aplomb et la posture d’une femme  dominatrice. Ce monstre magnifique, sa chanson enivrante, inoubliable, ne pouvaient trouver meilleur rĂ©quisitoire. Le texte argumentĂ©, historique et critique, scrutant, dĂ©montant toutes les facettes d’un mythe Ă  la construction parfaite, se montre passionnant.

Livres. La Habanera de Carmen par HervĂ© Lacombe et  Christine Rodriguez (Fayard).  EAN : 9782213682617, collection : Musique. Parution : 22/10/2014. 224 pages. Format : 120 x 185 mm. Prix public ttc : 17 €.

HervĂ© Lacombe est l’auteur des biographies de Bizet et de Poulenc, d’une Ă©tude sur l’opĂ©ra français au XIXe siĂšcle et d’un essai sur la mondialisation de l’opĂ©ra au XXe siĂšcle (Fayard). Christine Rodriguez est l’auteur de Les Passions, Du rĂ©cit Ă  l’opĂ©ra : rhĂ©torique de la transposition dans Carmen, Mireille, Manon (Classiques Garnier).

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Andrea Hill, Florian Laconi, Vannina Santoni, Sébastien SoulÚs. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Gilles Bouillon, mise en scÚne

carmen_opera_de_tours_orchestre_symphonique_region_centre_toursL’OpĂ©ra de Tours ouvre l’annĂ©e 2014 en reprenant la production imaginĂ©e par Gilles Bouillon, crĂ©Ă©e in loco voilĂ  six ans. Point d’espagnolades, ni d’Andalousie de pacotille, mais une scĂ©nographie intemporelle, qui rappelle par instants l’Espagne d’Almodovar. De hautes palissades, une estrade, une roulotte et des grillages, voilĂ  qui suffit Ă  poser le cadre au cƓur duquel la tragĂ©die de l’amour déçu se joue. L’orchestre maison, toujours bien prĂ©parĂ© et dirigĂ© par Jean-Yves Ossonce, joue au diapason de cette mise en scĂšne, dans une belle urgence musicale qui n’est jamais prĂ©cipitation, aux tempi mesurĂ©s, laissant le temps aux harmonies tissĂ©es par Bizet de dĂ©ployer leurs couleurs ardentes. Ce qui nous vaut une premiĂšre partie incandescente, tant sur scĂšne que dans la fosse. L’entracte passĂ©, et sans qu’on comprenne pourquoi, la tension – autant que l’attention – retombe, les personnages paraissant soudain comme vidĂ©s de leur substance, les interprĂštes se bornant Ă  exĂ©cuter leurs actions, semblant d’un coup ne plus y croire. C’est ainsi que le dernier acte tombe Ă  plat, avec ce rideau rouge, ces lampions, et surtout cet immense panneau publicitaire vantant la tauromachie qui dĂ©vore une grande partie de l’espace scĂ©nique. Jouant – avec raison – la carte de l’épure, le metteur en scĂšne donne involontairement Ă  ce tableau un air de fĂȘte de village bon marchĂ© qui nous Ă©carte de toute Ă©motion. Les deux protagonistes eux-mĂȘmes peinent Ă  faire Ă©clater la violence contenue dans la musique, et c’est calmement Ă©gorgĂ©e par son ancien amant, attendant sa fin, que Carmen expire.

Une frustration finale Ă  la mesure de l’énergie qui animait les deux premiers actes et augurait du meilleur.

 

Une demi-Carmen

Aux cĂŽtĂ©s d’un chƓur parfaitement en situation et parmi des seconds rĂŽles efficaces, nous retiendrons en particulier la Frasquita sonore de ChloĂ© Chaume, la MercĂ©dĂšs espiĂšgle et mutine d’Albane CarrĂšre ainsi que le Remendado impeccable de Vincent Ordonneau tout comme le MoralĂšs charismatique et bien chantant de RĂ©gis Mengus. Le Zuniga de Vincent Pavesi en impose par sa voix puissante, mais l’aigu demeure ce soir-lĂ  bouchĂ© et sans Ă©clat, un jour de mĂ©forme sans doute.
L’Escamillo de SĂ©bastien SoulĂšs dĂ©concerte, d’autant plus que sa prestance scĂ©nique ne trouve aucun Ă©cho dans sa voix chantĂ©e, au grave sonore mais Ă  l’aigu terne et confidentiel, comme dĂ©connectĂ© du reste de l’instrument, audiblement mal Ă  l’aise dans la tessiture hybride du rĂŽle.
DĂ©butant dans le rĂŽle de MicaĂ«la, la jeune Vannina Santoni croque avec bonheur ce personnage, moins naĂŻf qu’une certaine tradition voudrait le faire croire, et distille de beaux piani. NĂ©anmoins, la voix paraĂźt manquer de soutien et de hauteur de place, ce que trahit un vibrato qui tend Ă  s’élargir dans la nuance forte, notamment dans l’aigu, l’émission vocale perdant alors de sa concentration et de son focus. De beaux moyens, qui mĂ©ritent justement une attention toute particuliĂšre dans leur gestion et leur emploi.
Le couple central de l’Ɠuvre fonctionne plutĂŽt bien, sans doute Ă  cause de l’opposition qui sĂ©pare les deux amants.
Florian Laconi en Don JosĂ© impressionne par une soliditĂ©, vocale autant que scĂ©nique, Ă  toute Ă©preuve et une puissance sonore qui remplit la salle, osant mĂȘme de beaux allĂšgements dans son duo avec MicaĂ«la. Toutefois, notre Ă©tonnement demeure face Ă  une Ă©mission apparaissant souvent lourde – rendant depuis notre place les sons parfois bas en terme de justesse – et un soutien semblant demander un effort musculaire considĂ©rable, ainsi que cette couverture de l’aigu qui demeure un mystĂšre pour nous. Mais reconnaissons que le tĂ©nor français parvient au bout du rĂŽle sans encombre, alignant les aigus avec panache, une force de la nature.
Sa prestation, plutĂŽt brute de dĂ©coffrage, trouve son exact contraire dans l’incarnation toute en Ă©lĂ©gance et en retenue de la mezzo amĂ©ricaine Andrea Hill, qui effectuait ici ses dĂ©buts sous les traits de la cigariĂšre.
Ancienne pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’OpĂ©ra de Paris, la chanteuse paraĂźt avoir attentivement Ă©coutĂ© Denise Scharley autant que Teresa Berganza, donnant vie Ă  une premiĂšre Carmen de trĂšs haut niveau. La maĂźtrise de la voix est totale, chaque inflexion trouvant naturellement sa place, au service d’une diction remarquablement travaillĂ©e, dans la grande tradition française. Une sensualitĂ© qui n’est jamais vulgaritĂ©, un jeu de scĂšne Ă  l’élĂ©gance jamais prise en dĂ©faut, tous les Ă©lĂ©ments sont rĂ©unis pour susciter bien des espoirs, jusqu’à un air des Cartes d’une poignante intimitĂ©, au legato imperturbable et au magnĂ©tisme intense. Seule la puissance de l’instrument demeure encore modeste et demande Ă  se dĂ©velopper davantage pour pouvoir prĂ©tendre Ă  des salles aux dimensions plus vastes. Nonobstant ce dĂ©tail, nous tenons lĂ  une future grande titulaire du rĂŽle-titre.
Une Carmen tourangelle qui nous aura permis de découvrir en Andrea Hill un jeune talent à suivre de trÚs prÚs.

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Livret de Henry Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, d’aprĂšs la nouvelle de Prosper MĂ©rimĂ©e. Avec Carmen : Andrea Hill ; Don JosĂ© : Florian Laconi ; MicaĂ«la : Vannina Santoni ; Escamillo : SĂ©bastien SoulĂšs ; Frasquita : ChloĂ© Chaume ; MercĂ©dĂšs : Albane CarrĂšre ; Le DancaĂŻre : Ronan NĂ©delec ; Le Remendado : Julien Ordonneau ; Zuniga : Vincent Pavesi ; MoralĂšs : RĂ©gis Mengus. ChƓur de l’OpĂ©ra de Tours. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scĂšne : Gilles Bouillon ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Marc Anselmi ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre ; Dramaturgie : Bernard Pico

Illustration : Andrea Hill (Carmen) © François Berthon

Bizet : Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours

bizet_portraitTours, OpĂ©ra. Carmen de Bizet. Les 17,19,21 janvier 2014. Reprise Ă©vĂ©nement. La production de Gilles Bouillon et Nathalie Holt a Ă©tĂ© un grand succĂšs en 2008. Une nouvelle distribution, menĂ©e par Andrea Hill  et Florian Laconi (dans les rĂŽles de Carmen et Don JosĂ©), renouvelle la sĂ©duction vocale d’un ouvrage justement estimĂ© aprĂšs la mort du compositeur : Bizet s’est Ă©teint quelques semaines aprĂšs la crĂ©ation malheureuse de son oeuvre, Ă©tranger Ă  son riomphe planĂ©taire actuel. Carmen est une femme libre, intransigeante, forte. MagnifiĂ©e par le gĂ©nie de Bizet, c’est la “vraie la vie” qui explose sur scĂšne, Ă  l’image d’une musique inĂ©puisable dont Nietzsche dĂ©sormais ennemi du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien en ses brumes lĂ©nifiantes vĂ©nĂ©neuses hypnotiques, a louĂ© la santĂ© mĂ©diterranĂ©enne, franche et directe, et mĂȘme ses rythmes ” africains “. Contre le nord voilĂ©, sa texture Ă©touffante, le philosophe retrouvait l’ivresse des couleurs, la sensualitĂ© latine assumĂ©e et librement vĂ©cue par Bizet, Ă  travers le profil de son hĂ©roĂŻne, vraie femme fatale, aussi entiĂšre et passionnĂ©e que tendre et exclusive. Reprise Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours pour 3 dates incontournables.

 

 

reprise de Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Vendredi 17 janvier 2014 Ă  20h
Dimanche 19 janvier 2014 Ă  15h
Mardi 21 janvier 2014 Ă  20h

Samedi 11 janvier Ă  14h30 ‱ Grand ThĂ©Ăątre de Tours – Salle Jean Vilar ‱ EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles

 

Bizet : Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours. OpĂ©ra en quatre actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, d’aprĂšs la nouvelle de P. MĂ©rimĂ©e
Création le 3 mars 1875 à Paris
Alkor Edition Kassel – Version originale dialogues parlĂ©s
Présenté en français, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiÚres : Marc DelaméziÚre
Dramaturgie : Bernard Pico

Carmen : Andrea Hill
Micaëla : Vanina Santoni
Frasquita : Chloé Chaume
MercédÚs : Albane CarrÚre
Don José : Florian Laconi
Escamillo : SĂ©bastien SoulĂšs
Zuniga : Vincent Pavesi / MoralĂšs : NN
Le Dancaïre : Ronan Nédélec / Remendado : Vincent Ordonneau

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et choeurs supplĂ©mentaires

Coproduction dĂ©cors et costumes OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire (2008) – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

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Une cigariĂšre libre, mangeuse d’hommes

calve_emma_carmenGeorges Bizet (1838-1875) savait-il que, malgrĂ© l’Ă©chec de son vivant de Carmen (cet insuccĂšs devait accĂ©lĂ©rer sa fin malheureuse quelques jours aprĂšs la crĂ©ation de l’ouvrage), il avait composĂ© l’oeuvre lyrique la plus populaire aujourd’hui?
Le brigadier Don JosĂ© Ă©prouve les provocations de la belle cigariĂšre Carmen. Il ramasse la fleur qu’elle lui jette Ă  la sortie de la manufacture de tabac. Lors d’une bagarre entre ouvriĂšres, Carmen est arrĂȘtĂ©e et confiĂ©e Ă  la garde de Don JosĂ©. Usant de tout son charme, la voluptueuse sirĂšne le persuade de la laisser s’enfuir
 Par amour, le beau militaire trahit son engagement, devient contrebandier en rejoignant les Gitans. Mais trop vite dĂ©laissĂ© par la belle indomptable, il dĂ©cide de l’assassiner… Surtout connu aujourd’hui comme Ă©crivain, Prosper MĂ©rimĂ©e fut aussi traducteur, critique, historien, archĂ©ologue. MĂ©rimĂ©e inventa la doctrine de protection du patrimoine et rĂ©alisa presque seul l’inventaire des monuments de France. Carmen, Ă©ditĂ©e en 1845, est restĂ©e son Ɠuvre la plus fameuse. 30 ans aprĂšs sa publication, Bizet lui offre un Ă©crin musical digne de sa nature passionnĂ©e et sanguine. “Africaine” dira ainsi Nietzsche qui y voyait l’opĂ©ra alternatif au wagnĂ©risme dont il ne partageait plus la croyance. Le compositeur approfondit le trio amoureux: Carmen, JosĂ©, Escamillo… le brigadier reste prisonnier d’une passion qu’il subit en victime; Carmen Ă©touffe rapidement et quand paraĂźt la star des arĂšnes, Escamillo, dans ses habits de lumiĂšre, ce nouvel Adam triomphant, incarne la promesse d’une nouvelle aventure… C’est pour Carmen un idĂ©al sensuel que refuse de rĂ©aliser JosĂ©, enchaĂźnĂ© par le lien qui le relie Ă  sa mĂšre (mourante) et Ă  MicaĂ«lla (sa blonde et impuissante fiancĂ©e)… trop fragile rivale de Carmen.

 

Opéra en quatre actes, livret de Ludovic Halevy et Henri Meilhac. Création à Paris le 3 mars 1875

 

Illustrations: Bizet et Emma CalvĂ©, Carmen mythique… (DR)

 

VIDEO.La Carmen choc de Carlos Wagner Ă  Metz et Nancy (mars 2011)

video_carmen_metzCarmen choc Ă  Metz puis Nancy. Production Ă©vĂ©nement du chef-d’oeuvre de Bizet: Carmen. Eric Chevalier, directeur de l’OpĂ©ra ThĂ©Ăątre de Metz MĂ©tropole prĂ©sente Ă  Metz avant Nancy, la nouvelle production de l’opĂ©ra crĂ©Ă© en 1875, dans la mise en scĂšne de Carlos Wagner. Spectacle Ă©vĂ©nement, Ă  Metz puis Nancy jusqu’au 1er mars 2011. Reportage classiquenews.com

Radio. Carmen de Bizet. France Musique, le 22 décembre 2012, 19h30

Georges Bizet

Carmen, 1875

France Musique
Samedi 22 décembre 2012, 19h30

logo_fmusiqueBizetGeorges Bizet (1838-1875) savait-il que, malgrĂ© l’Ă©chec de son vivant de Carmen (qui devait accĂ©lĂ©rer sa fin malheureuse quelques jours aprĂšs la crĂ©ation de l’ouvrage), il avait composĂ© l’oeuvre lyrique la plus populaire aujourd’hui? Le brigadier Don JosĂ© subit les provocations de la belle cigariĂšre Carmen. Il ramasse la fleur qu’elle lui jette Ă  la sortie de la manufacture de tabac. Lors d’une bagarre entre ouvriĂšres, Carmen est arrĂȘtĂ©e et confiĂ©e Ă  la garde de Don JosĂ©. Usant de tout son charme, la voluptueuse sirĂšne le persuade de la laisser s’enfuir
 Par amour, le beau militaire trahit son engagement, devient contrebandier en rejoignant les Gitans. Mais trop vite dĂ©laissĂ© par la belle indomptable, il dĂ©cide de l’assassiner…

Surtout connu aujourd’hui comme Ă©crivain, Prosper MĂ©rimĂ©e fut aussi traducteur, critique, historien, archĂ©ologue. MĂ©rimĂ©e inventa la doctrine de protection du patrimoine et rĂ©alisa presque seul l’inventaire des monuments de France. Carmen, Ă©ditĂ©e en 1845, est restĂ©e son Ɠuvre la plus fameuse. 30 ans aprĂšs sa publication, Bizet lui offre un Ă©crin musical digne de sa nature passionnĂ©e et sanguine. “Africaine” dira mĂȘme Nietzsche qui y voyait l’opĂ©ra alternatif au wagnĂ©risme dont il ne partageait plus la croyance. Le compositeur approfondit le trio amoureux: Carmen, JosĂ©, Escamillo… le brigadier reste prisonnier d’une passion qu’il subit en victime; Carmen Ă©touffe rapidemment et quand paraĂźt la star des arĂšnes, Escamillo, dans ses habits de lumiĂšre, ce nouvel Adam, incarne la promesse d’une nouvelle aventure… que refuse de rĂ©aliser JosĂ©, enchaĂźnĂ© par le lien qui le relie Ă  sa mĂšre (mourante) et Ă  MicaĂ«lla… trop fragile rivale de Carmen.

logo_fmusiqueSamedi 22 décembre 2012, 20h

Diffusion de l’opĂ©ra intĂ©gral: Carmen de Bizet

Avec Anna Caterina Antonacci, Ludovic TĂ©zier, Genia KĂŒhmeier … Philippe Jordan, direction (OpĂ©ra Bastille, dĂ©cembre 2012)

Opéra en quatre actes, livret de Ludovic Halevy et Henri Meilhac. Création à Paris le 3 mars 1875

Illustrations: Bizet (DR)