vendredi 25 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. BRUGES, Concertgebouw, le 23 juin 2026. BIZET : Carmen. J. Santos, K. Kim, L. Kosavic, S. Yang… Keren Kagarlitsky / Wim Vandekeybus

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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La Cité médiévale de Bruges vibre actuellement au rythme envoûtant de la célèbre habanera. Dans le cadre prestigieux du Concertgebouw, la salle de concert futuriste dont s’est dotée la ville belge, l’Opera Ballet Vlaanderen, contraint par les travaux en cours à l’opéra gantois, a ainsi investi la scène brugeoise pour y déployer une production de Carmen qui fait déjà date. Cette décentralisation est une aubaine, offrant à ce chef-d’œuvre de Georges Bizet un écrin dont l’acoustique sublime chaque note, tandis que la mise en scène, audacieuse et novatrice du chorégraphe flamand Wim Vandekeybus, offre une expérience scénique inoubliable.

 

Figure de proue de la danse contemporaine avec sa compagnie Ultima Vez, Wim Vandekeybus signe ici sa première mise en scène d’opéra. Et quelle entrée en matière ! Connu pour son langage corporel intense, viscéral et souvent en prise avec les forces brutes de la nature, Vandekeybus ne se contente pas de « mettre en espace » l’opéra de Bizet. Il en propose une relecture radicale où la danse n’est plus un simple ornement mais le moteur même du drame, une partition visible qui dialogue en permanence avec la musique. Le flamand déploie son univers caractéristique en explorant une couche rituelle et primitive de l’œuvre, dévoilant la puissance intuitive et presque mythologique des personnages : il déconstruit les codes de l’opéra traditionnel, non pas pour les renier, mais pour les transcender par un flot continu d’énergie corporelle.

Le plateau du Concertgebouw devient ainsi un espace de pulsations sauvages. Le Corps de ballet de l’Opera Ballet Vlaanderen, fusionné avec les artistes d’Ultima Vez et un groupe d’enfants danseurs étonnamment virtuoses, crée un peuple en transe, une communauté gitanesque dont les mouvements semblent répondre aux soubresauts de l’orchestre. Le chorégraphe va jusqu’à faire entrer le taureau sur scène dès l’ouverture, une présence symbolique qui rend la fatalité de l’histoire omniprésente. Pourtant, dans un geste de rébellion poétique, Vandekeybus offre à Carmen une échappatoire : loin de succomber sous le couteau de Don José, l’héroïne survit, s’élevant comme une divinité libre, adorée de tous. Ce parti-pris est un magnifique pied-de-nez au destin tragique, porté par la force même de sa chorégraphie.

 

 

Au cœur de cette fournaise (et pas seulement dans la salle en cette journée caniculaire…), la mezzo-soprano brésilienne Josie Santos incarne une Carmen tout simplement sublime. Sa présence scénique et sa compréhension du rôle, qu’elle a déjà abordé avec d’autres grandes phalanges, en font une interprète renversante de liberté et de passion. Face à elle, le ténor coréen Kyungho Kim est un Don José superbe de ferveur obsessionnelle, tandis que Leon Kosavic campe un Escamillo charismatique, à la hauteur du superbe air « Toréador, toréador« . Le reste de la distribution, de la touchante Micaëla de Sarah Yang au gouailleur Moralès de Leander Carlier, en passant par le sévère Zuniga de Samson Setu, confirme l’excellence de l’équipe vocale réuni par Jan Vandenhouwe (le directeur artistique de la maison flamande) : tous incarnent avec une intensité rare cette partition vocale exigeante.

Cette réussite tient aussi à la baguette virevoltante de la cheffe israélienne Keren Kagarlitsky. Déjà appréciée sur les plus grandes scènes européennes, elle dirige le Symphonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen avec une clarté et une fougue qui magnifient les couleurs de Bizet. Sous sa direction, la superbe phalange belge – riche en couleurs et en rythmes -, se fait l’alter ego sonore de la chorégraphie, créant un dialogue permanent où le chant, la danse et la musique ne font plus qu’un.

Cette Carmen est un succès retentissant, une œuvre totale qui a électrisé le public et qui prouve avec éclat la vitalité de la création lyrique en Flandre. Une expérience à ne pas manquer avant la fin des représentations brugeoises, le 28 juin !…

 

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CRITIQUE, opéra. BRUGES, Concertgebouw, le 23 juin 2026. BIZET : Carmen. J. Santos, K. Kim, L. Kosavic, S. Yang… Keren Kagarlitsky / Wim Vandekeybus. Crédit photographique (c) Danny Willems

 

 

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