Rio. Bruno Procopio dirige Renaud de Sacchini (1783)

Antonio_SacchiniRio. Salla Cecilia Meireles. Sacchini : Renaud, 1783. Bruno Procopio. Les 21 et 22 mars 2015, 19h. Recréé récemment à Metz, puis objet d’un enregistrement discographique que Classiquenews a largement relayé à l’époque, l’opéra Renaud de Sacchini, créé en 1783 est une commande de la Cour de  Marie-Antoinette et de Louis XVI : l’époque est à la confrontation des manières (italiennes, nordiques, germaniques) pour qu’émerge enfin, après Gluck, une formule nouvelle pour l’opéra français. Les partitions alors créées à Paris témoignent toutes d’une effervescence sans pareil, un âge d’or de la créativité favorisée quelques années avant la Révolution : Andromaque de Grétry (1778), La Toison d’or de Vogel (1786), Thésée de Gossec (1782), Renaud de Sacchini (1783), Atys de Piccinni, Amadis de Gaule de JC Bach… sont autant de propositions dues à des étrangers, étapes majeures pour le renouvellement de l’opéra. A chaque création, des attentes nouvelles ; un esprit de confrontation et d’oppositions systématique : Gluck fut comparé à Piccinni, puis ce dernier ) Sacchini comme avant Gluck on aima mesurer le génie de Rameau selon le modèle Lullyste, pour l’aduler comme le massacrer.  Paris aime les cabales, et feint de s’en étonner.

Champion de l’éloquence ramélienne, Bruno Procopio s’attaque au Renaud de Sacchini

Les Italiens à Paris : victorieux Sacchini

Bruno Procopio dirige Renaud de Sacchini à Rio de JaneiroRenaud de Sacchini porte bien mal son nom car c’est la sarrasine Armide qui demeure la figure protagoniste de l’ouvrage. Aidée par la reine Antiope et ses amazones guerrières, Armide détruit toute alliance entre chrétiens et musulmans car elle exhorte ses troupes à tuer l’indigne Renaud (I). Mais quand les amazones lui livre Renaud, Armide sent son amour pour lui renaître : elle outrepasse les bienséances alors, en livrant à son aimé, les secrets de l’armée musulmane. Renaud s’échappe et laisse Armide qui desespérée, sollicite les furies infernales, … en vain (II). L’acte III est le plus saisissant, en particulier sur le plan orchestral, recyclant ce style frénétique expressif, dramatiquement irrésistible, hérité de Gluck : Sacchini illustre la désolation du combat final, théâtre de ruines qui peint la défaite des Sarrasins. C’est aussi la désespérance absolue qui s’empare de l’esprit d’Armide trahie et démunie, rendu impuissante face à l’amour que lui inspire Renaud. Suicidaire, la magicienne est prête à se frapper car elle a perdu l’amour du chrétien comme elle a trahi son clan : mais Renaud paraît avec Hidraot, -le père d’Armide-, jurant un amour indéfectible pour celle qui croyait avoir tout perdu. L’opéra s’achève donc sur une séquence positive.

rio-salla-cecilia-meireles-renaud-sacchini-opera-par-Bruno-Procopio-direction-21-et-22-mars-2015Le talent de Sacchini vient de son éclectisme et de sa sensibilité européenne : le goût de la grandeur héroïque, la virtuosité (dans l’air final de la Coryphée : “Que l’éclat de la victoire…”), la nervosité de l’orchestre, la force palpitante des chÅ“urs… composent un savant mélange, combinaison gagnante qui témoigne du talent de celui qu’on voulut en son temps opposer à Piccinni. De fait, les Italiens à Paris connaîtront après le départ de Gluck, et malgré la concurrence d’autres étrangers, une vraie gloire parisienne. Le traitement de la figure d’Armide, amoureuse alanguie comme surtout, furie haineuse et vengeresse, se classe dans le sillon de la Médée de Vogel dans La Toison d’or (1786), et annonce bientôt la Médée de Cherubini (1797) dont le profil radicalement violent et barbare préfigure l’ère romantique, si friande de magicienne tragique, amoureuse détruite et languissante…

boutonreservationRio. Salla Cecilia Meireles.
Sacchini : Renaud, 1783.
Orchestre Symphonique du Brésil
Bruno Procopio, direction. Les 21 et 22 mars 2015, 20h.

 

 

 

 

VIDEO. Visionner notre reportage exclusif RENAUD de SACCHINI recréé par le CMBV à l’Arsenal de Metz en octobre 2012.

Antonio_SacchiniMettre en musique le merveilleux… Sacchini à l’école du théâtre français. Sacchini (1730-1786) arrive à Paris en 1783, depuis Londres; il succède ainsi à Gluck et son compatriote Piccinni et prolonge évidemment les avancées stylistiques de ses prédécesseurs. Pour le temple international du lyrique qu’est Paris, Sacchini offre une nouvelle musique moderne aux anciens livrets hérités de l’âge baroque. Renaud ne fait pas exception: contrairement à son titre, l’ouvrage cosmopolite et brillant, fait place nette au personnage clé de l’amoureuse enchanteresse Armide. La magicienne cède ici sa baguette pour dévoiler un visage tendre et implorant qui saura in fine convaincre et séduire son ennemi juré Renaud dont elle est tombée amoureuse malgré la guerre qui fait rage et qui oppose leurs deux clans respectifs… Style gluckiste, orchestre flamboyant voire frénétique (prélude du II), alliance des divertissements et du pathétique, des accents tragiques comme héroïque (le père d’Armide, Hidraot tient aussi un rôle important tout en tension virile), surtout arabesques stylées d’un bel canto italianisant… Assurant le passage du merveilleux vers le fantastique, du classicisme au romantisme, Renaud de Sacchini incarne un sommet lyrique français, en une formule européenne, au temps des Lumières. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM, présentation et commentaires par Benoît Dratwicki, directeur scientifique du CMBV, Centre de musique baroque de Versailles. © CLASSIQUENEWS.TV, octobre 2012

 

 

 

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