ClassiqueNews.com a appris avec une profonde tristesse la disparition de Louis Erlo, survenue en Corse le 2 octobre 2026, à l’âge de 97 ans. Figure tutélaire du paysage lyrique français, il laisse derrière lui une œuvre de bâtisseur et une vision qui ont durablement transformé la manière de concevoir et de vivre l’opéra en région.
Né à Lyon en 1929, Louis Erlo, de son véritable nom Camerlo, était un enfant de la maison lyonnaise. Formé à l’école de son oncle Paul Camerlo, directeur de l’Opéra de Lyon de 1949 à 1969, il gravit tous les échelons, du simple régisseur à la direction suprême. En 1969, à tout juste quarante ans, il prend les rênes de l’institution et entame une révolution tranquille mais radicale.
C’est à Lyon que s’écrit la première page de sa légende. Avec l’appui de la municipalité, il impulse ce que l’on appellera « l’Opéra Nouveau », une politique artistique audacieuse qui place la création et la dimension théâtrale au cœur du projet. À une époque où les divas régnaient en maîtresses sur les scènes, Louis Erlo impose une autre idée : celle d’un opéra où le jeu, la mise en scène et la direction d’acteur comptent autant que la voix. « Il parvenait à créer des jeux de regards entre les chanteurs et des contacts que l’on voit rarement à l’opéra », se souvient Jean-Pierre Brossmann, qu’Erlo appela à ses côtés comme co-directeur en 1980.
Cette complicité artistique porta ses fruits au-delà de toute espérance. Ensemble, ils dotèrent l’Opéra de Lyon d’un orchestre permanent, d’une maîtrise et d’un Atelier lyrique, recrutèrent des chefs comme John Eliot Gardiner et ouvrirent le répertoire au baroque et aux œuvres rares. C’est aussi sous son impulsion que la danse trouva une place de choix au sein de la maison lyonnaise, avec la création du Ballet de l’Opéra de Lyon dès 1969. En 1993, l’inauguration du nouvel Opéra… signé Jean Nouvel, vint couronner cette métamorphose et faire de Lyon l’une des grandes scènes lyriques européennes.
Directeur du Festival d’Aix-en-Provence de 1982 à 1996, Louis Erlo y poursuivit le même combat : celui d’un opéra exigeant, curieux, ouvert aux redécouvertes. Dès sa première année, il programma la création scénique mondiale des Boréades de Rameau, puis présenta Hippolyte et Aricie avec Jessye Norman en Phèdre. Sous sa direction, Rameau devint le fer de lance de la programmation aixoise, aux côtés de Gluck, dont il fit entendre Iphigénie en Aulide en version de concert en 1987, sous la baguette de John Eliot Gardiner. Ce travail de défricheur, qui redonna leurs lettres de noblesse aux maîtres du baroque français, résonne encore aujourd’hui dans les programmes du Festival.
On ne peut évoquer Louis Erlo sans saluer son rôle de découvreur. À la tête de l’Opéra-Studio de Paris (1973-1979), puis à Lyon, il lança et accompagna les débuts de nombreuses voix qui allaient marquer leur époque : Natalie Dessay, Colette Alliot-Lugaz, François Le Roux ou encore le baryton Jean-Philippe Lafont. Sa passion pour la transmission ne se démentit jamais, et c’est sans doute là l’un de ses plus beaux héritages.
De son premier poste de régisseur à sa retraite, Louis Erlo aura consacré plus d’un demi-siècle à l’art lyrique. Il avait vu Cosi fan tutte à Aix en 1948, l’année de la naissance du Festival, et n’avait jamais cessé de croire que l’opéra pouvait être un art vivant, populaire et exigeant à la fois. Homme de conviction et de fidélité à sa ville, il avait su transformer une maison de province en un laboratoire d’idées et en une scène de premier plan. Louis Erlo était de ces hommes dont on mesure pleinement la stature à l’instant où ils nous quittent. L’opéra français lui doit une part de son âme moderne.
_____________________________
Crédit photo (c) George Vermard





