Le Ravel allusif, éruptif de la pianiste Hélène Tysman

TYZMAN helene piano classiquenews concerts RAVEL annonce critique compte rendu classiquenews helene_tysman2-r-guido_werner-e1462446521826Le Perreux, Paris. Les 9 et 27 novembre 2016. Ravel / Echenoz… La pianiste Hélène Tysman pose une question d’actualité dans un nouveau programme, intitulé « Des Antiques aux démons », collection de pièces ravéliennes qui inspire ses prochains concerts de novembre et son nouveau disque à paraître chez Klarthe début décembre 2016. Entre 1900 et 1930, soit dans l’Entre Deux Guerres, la folie barbare, les peurs viscérales nourrissant la haine et l’intolérance, tuant la fraternité s’imposent en Europe et la détruisent de l’intérieur. «  Cette machine monstrueuse s’est-elle arrêtée ? ». Dans Menuet antique ou dans La Valse, Ravel se fait l’écho d’une période violente et convulsive qui semble renaître aujourd’hui… Pour la pianiste, Ravel est un « éternel moderne », certes fasciné par la mécanique et l’horlogerie fine, la magie de l’enfance, la nostalgie, la douceur lettrée d’une érudition contemplative et fortement allusive, parfois « oiseuse » (« inutile » même comme l’a déclaré abusivement Henri de Régnier parlant pourtant aussi des délices des Valses nobes et sentimentales… ). Mais Ravel dans La Vasle révèle une toute autre conscience : cette fureur rentrée, une implosion canalisée en une forme orchestrale maîtrisée, néanmoins éruptive, portée par une claire conscience de la menace et de la barbarie. En réalité, le poète Ravel est un auteur avare de chaque note, laquelle signifie autant que les autres et exige de l’interprète un surcroît de concentration et d’éloquence pour en exprimer toute la complexité expressive.
« Dans ce programme chronologique, j’ai choisi ces toutes premières œuvres, peu jouées (Menuet Antique, Menuet sur Haydn) qui laissent entendre d’emblée, son langage. Un sombre présage est pudiquement exprimé dans la folle et fulgurante ascension de Gaspard de la Nuit, augurant l’explosion finale qui s’accomplit dans La Valse », ajoute Hélène Tysman.

CONCERT-LECTURE, musique & littérature. En échos à la sortie du nouveau disque, la pianiste imagine un spectacle pour le festival « Notes d’Automnes » (dirigé par le pianiste Pascal Amoyel) qui associe l’œuvre de Ravel au romancier Jean Echenoz (Prix Goncourt 1999 pour « Je m’en vais ») en un concert-lecture inédit. Avec le comédien Dominique Pinon, voix familière pour Jean Echenoz, la pianiste propose une lecture originale des textes d’Echenoz (sur Ravel) ; les pensées du compositeur filtrées par l’écrivain dans son roman biographique (« Ravel », Editions de Minuit, 2006)

 

 

 

 

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AGENDA
Concerts Ravel / Echenoz par Hélène Tysman, piano

Le 9 novembre 2016, Festival Notes d’Automne (Le Perreux)
Le 27 novembre 2016 au Reid Hall (Paris)

Le 23 novembre 2016, Verdun :
Chopin, Ravel

Le 24 novembre 2016, Paris, Salle Cortot :
soirée spéciale du label Klarthe,
présentation du disque « Des Antiques aux démons »…

7 Janvier 2017, Moulins :
concert avec Francis Huster (Chopin/Musset)

25 Mars 2017, Paris, Philharmonie
Orchestre Pasdeloup / Marzena Diakun 
(Gershwin Rapsodhy in Blue)

+ d’INFOS :

helene-tysman.com
www.klarthe.com

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Dans « Ravel », Jean Echenoz évoque surtout sur le ton d’une évocation fragile filigranée, parfois pleine d’humour, les dix dernières années de la vie du compositeur français Maurice Ravel (1875-1937).

ravel-maurice-enfant-sortileges-opera-582-390-homepageExtrait : « Ravel fut grand comme un jockey, donc comme Faulkner. Son corps était si léger qu’en 1914, désireux de s’engager, il tenta de persuader les autorités militaires qu’un pareil poids serait justement idéal pour l’aviation. Cette incorporation lui fut refusée, d’ailleurs on l’exempta de toute obligation mais, comme il insistait, on l’affecta sans rire à la conduite des poids lourds. C’est ainsi qu’on put voir un jour, descendant les Champs-Elysées, un énorme camion militaire contenant une petite forme en capote bleue trop grande agrippée tant bien que mal à un volant trop gros. »

La critique de notre rédacteur Carter Chris-Humphrey :
… “Vertiges du vide. Tout en étant scrupuleusement fidèle à la réalité, l’art de l’écrivain a ce don rare de réinventer la trame du réel… Quoi de plus prodigieux et finalement de plus proche à la musique ? Retisser les fragiles et presque insignifiants détails vécus, produire une tenture recomposée qui, dans l’écriture des fils nouvellement associés, exprime au plus juste l’essence des choses et des sentiments… En réécrivant Ravel, en particulier ses dix dernières années (de décembre 1927 à décembre 1937), Jean Echenoz apporte un éclairage particulier : il sait réinventer les faits, réenchanter le fil vécu pour en distiller, fidèle à l’esprit des œuvres du compositeur, fidèle à sa personnalité secrète autant que discrète, l’esprit évanescent et la subtilité trompeuse. Ravel est donc le dixième roman de l’écrivain, né à Orange en 1947, prix Médicis en 1983, pour Cherokee ; prix Goncourt en 1999, pour Je m’en vais…. ” LIRE notre critique complète de RAVEL par Jean ECHENOZ (2006)

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