Les plus belles voix du monde: Montserrat Caballé,Leontyne Price…Coffret Sony Classical 18 cd

Les plus belles voix du monde
(18 cd Sony classical)

Voilà un coffret idéal pour Noël: Sony classical réédite en un corpus très complet de récitals titres, les perles de son catalogue lyrique (Montserrat Caballé, Leontyne Price…) offrant une immersion enchanteresse dans l’univers des divas légendaires et des ténors auréolés d’une juste gloire… pas de barytons ni de basses mais la crème des interprètes qui ont embrasé les planches (déception cependant pour le livret d’accompagnement pas assez documenté et ne comprenant pas les noms des chefs ni les dates des prises de façon systématique, sans omettre les nombreuses coquilles relevées ici et là).

Légendes lyriques

Vénération pour Montserrat Caballé (cd2): Mimi palpitante, Violetta surprenante et ciselée (avec comme pour Leontyne Price, un ” Addio del passato “, d’une justesse stylistique à pleurer). Ses Donizzetti historique (Lucrezia Borgia), Rossini héroïque (Semiramide) préparent à la perfection vocale absolue de ses Bellini, tissés avec la finesse d’un bel canto naturel et subtil: la diva n’a jamais mieux convaincu que chez les préverdiens et surtout dans l’art du difficile bel canto rossinien, surtout bellinien: idéalisme et sensibilité, virtuosité et intériorité, technicité et sentiment: la perfection incarnée. Son Imogène du Pirata plage 11), œuvre si rare (car trop difficile aujourd’hui à distribuer) est une perle à réécouter d’urgence pour mesurer le talent exceptionnel d’une diva bellinienne: air de la folie quand Gualtiero monte à l’échafaud… legato perlé, verbe irradiant, vocalità nuancée en fusion avec la subtilité de la partie orchestrale… sentiment et performance, caractérisation raffinée: Montserrat Caballé au bord de la folie, est bien ici l’incarnation de l’inouï. Incontournable.

Admiration sans bornes également pour la soprano américaine Leontyne Price (cd5: née en 1927 à Laurel, Mississipi), verdienne de première plan: sens du verbe, dramatisme fulgurant, souplesse et richesse de la voix, tenue des aigus font ici la beauté irradiante de son Aïda (à la fois énergique, ardente et d’une tendresse bouleversante); l’éclat crépusculaire de sa Lady Macbeth (air de Somnambulisme, la vraie rivale de Callas dans un air redoutable qui exige incarnation et hallucination); la blessure inoubliable de sa Traviata à l’agonie (” Addio del passato “); la tendresse angélique de son Amelia (Bal Masqué); l’ardeur altière et si fragile de ses Leonora celle du Trouvère puis celle de La Force du destin; un récital pour l’éternité assurément d’une diva assoluta.

Oui également pour José Carreras (cd7: avec un problème d’indication des plages) dans le rôle de Calaf de Turandot sous la direction de Lorin Maazel, d’Andrea Chénier (incandescent et carnassier), de Werther (avec la Charlotte ardente d’Agnès Baltsa !)…

Enrico Caruso (cd 9) resurgit ici dans l’étendue de sa voix puissante dont les nuances passent difficilement la prise d’époque (malgré un bricolage de studio: à la voix enregistrée d’époque,-il est né en 1873-, un orchestre moderne en prise stéréo a été superposé !): mais abattage et éloquence, intensité et pureté des aigus aussi rayonnants qu’un fameux Pavarotti… en imposent indiscutablement. Caruso n’usurpe pas sa légende (même ses airs français: ” Rachel, quand du Seigneur ” de La Juive de Halévy, ou Des Grieux dans Manon de Massenet: ” Ah fuyez douce image… “) surprend par la richesse des couleurs malgré un français perfectible.

Timbre cuivré et toujours couvert d’une richesse harmonique superbe, Renata Scotto (cd 11) illumine dans son récital italien, vériste principalement: sa finesse et un legato d’une pureté absolue d’autant plus délectable qu’il reste d’une réserve et d’une mesure admirable, rendent service aux compositeurs que l’on joue aujourd’hui si épais ou outrageusement pathétiques sur le prétexte qu’il sont véristes: Puccini, Catalini, Cilea (Adriana Lecouvreur anthologique: “Io son l’umile ancella del genio creator…” puis ” Poveri fiori “)

L’instinct magicien de Margaret Price (cd 11) dans Mozart (récital regroupant des prises de 1973 et 1975) est un délice d’une remarquable finesse d’intonation: ” Parto ” de La Clémence de Titus, Susanne des Nozze, legato de rêve pour Elvira de Don Giovanni (” Mi tradi “…), et aussi Donna Anna! (” Crudele, Non mi dir…”)-, d’une sincérité désarmante… malgré le tempo souvent étiré de la direction… mais d’une couleur parfois souterraine qui fait jaillir l’ombre romantique du divin Wolfgang: en bonus, plusieurs airs de concerts soit 7 sections (qui ne sont pas extraits de Don Giovanni – erreur de la notice décidément-, dont certains très rarement joués aujourd’hui): y a t il depuis Price, une chanteuse d’un tel legato (” Vorrei spiergarvi “… )?

Gravure non moins majeure, et exclusive, le cd 16 dédié à Régine Crespin (que le livret fait passer pour un… ténor!): son ” Ah Perfido ” de Beethoven est d’une noblesse princière à couper le souffle… quelle classe et quelle énergie dans la projection (sous la direction de Thomas Schippers). Et ses Histoires naturelles de Poulenc d’une perfection prosodique, d’une articulation claire et naturelle… tout simplement exemplaire.

Superbe révélation de la vibration si humaine de la mezzo soprano Leonie Rysaneck, vedette du cd18, (Aïda pas toujours juste mais si stylistiquement émotionnelle…) dont le filet parfois couvert par l’orchestre restitue ce chambrisme ardent d’une voix au cœur de laquelle s’est lovée avec finesse et sensibilité la fragilité humaine; et sa “Mamma morta” (André Chénier de Giordano) à pleurer…; sa Turandot sidérante (blessée, tourmentée et digne); sa Lady Macbeth, d’une clarté sanguinaire qui projette les aigus sans aucune peine… (” Nel di Della Vittoria. Vieni ! T’Affretta !”)… la prise de son n’est pas toujours propre mais l’intensité de la voix passe excellemment les occurrences techniques.

On ne peut passer sous silence non plus la finesse berliozienne de Susan Graham (1996, cd13: Les nuits d’été, D’amour l’ardente flamme de La Damnation de Faust, la mort de Didon des Troyens…); les Quatre derniers lieder de Strauss de René Fleming (enregistrement de 1995, cd17) lumineuse et crépusculaire à la fois (même si la battue de Christoph Eschenbach n’est pas de la meilleure inspiration chez Strauss).
Ni tant d’autres réunis dans ce coffret exaltant à plus d’un titre: les Verdi de Roberto Alagna (Alfredo et il Duca) d’ouverture (cd1); l’art de l’immense Luciano Pavarotti (cd 3 : son air de Luisa Miller: un sommet absolu d’ivresse ardente); les Verdi et Puccini (sans omettre le Massenet: Le Cid étonnant) de Placido Domingo (cd4); les lieder de Christa Ludwig (cd6); le duo rossinien Vesselina Kasarova et Juan Diego Flores (cd8); la combinaison non moins inspirée Angelika Kirchschlager et Barbara Bonney (cd12); l’art singulier, intense, d’une musicalité inoubliable de Mirella Freni soliste du cd14 (bellinienne méconnue: La Somnambula; Puccinienne irrésistible: Suor Angelica, Mimi, Liù…) ni la finesse stylistique et ce raffinement naturel de Jussi Bjoerling (cd15). Coffret idéal pour les fêtes de Noël.

Les plus belles voix du monde. Coffret de 18 cd Sony classical: Roberto Alagna, Montserrat Caballé, Luciano Pavarotti, Placido Domingo, Leontyne Price, Christa Ludwig, José Carreras, Vesselina Kasarova et Juan Diego Flores, Enrico Caruso, Renata Scotto, Margaret Price, Angelika Kirchschlager et Barbara Bonney, Susan Graham, Mirella Freni, Jussi Bjoerling, Régine Crespin, Marjana Lipovsek et René Fleming, Léonie Rysanek. 20 artistes lyriques réunis en 3 x 6 cd. référence Sony classical: 88765408182.
Le programme existe aussi en version “light”, composé d’un coffret de 4 cd.

Illustrations: 3 divas ici réunies pour un récital de rêve: Montserrat Cabballé, Leontyne Price, Margaret Price…

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