La 7ème de Mahler par l’ONL / Alexandre Bloch

mahler-alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-annonce-critique-classiquenewsPARIS ce soir. MAHLER : symphonie n°7è. ONL, A BLOCH. C’est la plus mystérieuse des symphonies de Mahler et, pour beaucoup, l’une des plus attachantes. Créée à Prague en 1908, la Symphonie n°7 , avec la 5è et 6è, compose la trilogie symphonique purement instrumentale et la plus autobiographique de Mahler. Alexandre BLOCH et le NATIONAL DE LILLE poursuivent ainsi leur odyssée symphonique mahlérienne... Dans le 7ème symphonie, les forces de la nature, divine, mystérieuse ; celles du destin impénétrable … se mêlent et fusionnent en un maelstrom des plus spectaculaire, exigeant de la part des instrumentistes, des alliages et des combinaisons de timbres inédits alors.
Cinq parties symétriques y rythment ainsi un vaste parcours intime où en miroir les deux “Nachtmusik” / « Nocturnes », vraies divagations oniriques et personnelles, (qui donnent à la symphonie le surnom de “Chant de la nuit”) développent une sorte de méditation qui prolonge tout ce qu’a pu expérimenter auparavant Beethoven dans ses Sonates pour piano ; d’abord, temps suspendu, extatique, d’oubli et de rêverie ; puis conversation enchantée, enivrée entre guitare et mandoline. Dans la 7è, Mahler réinvente le langage orchestral, sa prodigieuse palette de couleurs et de timbres, ses silences aussi, comme sa conception étagée et spatialisée. Sans omettre ses références directs et concrètes à l’élément animal auquel depuis la 3è il confère une conscience particulière : le Finale, tempétueux, fait entendre un gigantesque carillon de… cloches à vaches !

 

 

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PARIS, Philharmonie, 20h30boutonreservation
ce soir samedi 19 octobre 2019

INFOS sur le site de l’ONL / Orchestre national de LILLE : https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/chant-de-la-nuit-symphonie-n7/

Programme repris à Liège puis Courtrai :

Paris Philharmonie de Paris – Samedi 19 octobre 20h30

Liège Salle Philharmonique – Jeudi 24 octobre 20h
Infos et réservations : 0032 42 20 00 00 ou www.oprl.be

Courtrai Schouwburg – Vendredi 25 octobre 20h15
Infos et réservations : 0032 56 23 98 55 ou www.wildewesten.be

 

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Approfondir : la 7è expliquée par le chef :
La 7eme de Mahler expliquée par Alexandre Bloch et à sa manière :
https://youtu.be/SmOiy596VnY

 

Les Symphonies de MAHLER sur la chaîne youtube de l’ONL Orchestre national de Lille

Retrouvez toutes les symphonies de Mahler sur la chaîne Youtube ONLille jusqu’en avril 2020. Actuellement en ligne : Symphonies 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7.

 

 

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Arnold Böcklin : PAN (DR)

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DOSSIER SPÉCIAL 7è symphonie de Mahler 

Symphonie d’un destin

 

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsMahler nous laisse un cycle de 10 symphonies parmi les plus déconcertantes, les plus visionnaires jamais écrites. La Dixième est restée à l’état d’esquisses. A l’heure où Picasso révolutionne le langage pictural (Les Demoiselles d’Avignon, 1907), Mahler indique de nouvelles perspectives, poétiques, musicales, philosophiques aussi pour l’orchestre. Aux côtés d’une écriture autobiographique qui exprime ses angoisses et ses aspirations, en particulier les épisodes d’une existence tragique, se précise peu à peu le désir des hauteurs, un élan mystique dont l’arc tendu de la prière appelle apaisement et sérénité. Dans l’écriture, chaque symphonie est un défi pour les musiciens. Mahler y repousse progressivement les limites et les horizons de la forme classique.

Ce sont aussi l’usage particulier des timbres, le recours aux percussions, la couleur grimaçante des certains bois, la douleur, l’amertume voire l’aigreur. L’orchestre de Mahler palpite en résonance avec le cœur meurtri, durement éprouvé d’un homme frappé par le destin, mais il reconstruit aussi, un lien avec les mouvements et le souffle de la divine et mystérieuse Nature. Une nature réconfortante dont il cherchait chaque été, la proximité et la contemplation, deux éléments propices à l’écriture. Le lien au motif naturel s’exprime aussi dans la présence récurrente des animaux.

Porté par la divine Nature
Le propre de la 7 ème symphonie de Mahler est peut-être de ne présenter d’un premier abord aucune unité de plan. Cinq morceaux en guise de développement progressif, avec au cœur du dispositif, le scherzo central, encadré par deux « nachtmusiken » / nocturne. Pourtant, il s’agit bien d’un massif exceptionnel par ses outrances sonores, ses combinaisons de timbres, son propos original, certes pas narratif ni descriptif…
Plutôt affectif et passionnel, dont la texture même, extrêmement raffinée, souhaite exprimer un sentiment d’exacerbation formelle et même d’exaspération lyrique. Un sentiment dans lequel Mahler désire faire corps avec la Nature, une nature primitive et imprévisible, constituée de forces premières et d’énergie vitale que le musicien restitue à la mesure de son orchestre.
Fait important parce que singulier dans son œuvre, à l’été 1904 où il aborde la composition de cette montagne sonore, Mahler est dans l’intention de terminer sa 6 ème symphonie, or, ce sont en plus de la dite symphonie, les deux nachtmusiken qui sortiront de son esprit. Ces deux mouvements originaux à partir desquels il structurera les volets complémentaires pour sa 7ème symphonie, achevée à l ‘été 1905, à Mayernigg.

Les excursions dans le Tyrol du Sud lui sont favorables. Le contact avec l’élément naturel et minéral, en particulier des Dolomites, lui fait oublier la tension de l’activité à l’Opéra de Vienne dont il est le directeur. L’intégralité de sa 7ème symphonie est achevée le 15 août 1905.
La partition sera créée sous la direction du compositeur à Prague au mois de septembre 1908. L’accueil dès la création est des plus mitigés. La courtoisie des critiques et des commentaires, y compris des amis et proches, des disciples et confrères du musicien, dont Alban Berg et Alexandre von Zemlinsy, Oskar Fried et Otto Klemperer, présents à la création, ne cachent pas en définitive une profonde incompréhension.
Le fil décousu de l’œuvre, son sujet qui n’en est pas un, l’effet disparate des cinq mouvements, ont déconcerté. Et de fait, la 7ème symphonie sans thème nettement développé, sans matière grandiose, clairement explicitée (en apparence), demeure l’opus le moins compris, le moins apprécié de l’intégrale des symphonies. D’ailleurs, le premier enregistrement date de 1953 !

Journal symphonique
Il y a certes le sentiment de la fatalité et de la tragédie, surtout développé dans le premier mouvement, Langsam puis allegro con fuoco. Il y a aussi les relans d’amertume et de cynisme acides, les grimaces et les crispations d’un destin marqué par la souffrance et la perte, le deuil et les échecs.
Mais ce qui est imprime à l’ensemble, et lui donne son unité de tons et de couleurs, c’est la vitalité agissante, le sentiment d’un orgueil qui fait face, une détermination qui veut épouser coûte que coûte, les aspérités de la vie.
A cela s’ajoute, l’éveil du sentiment naturaliste, la contemplation des montagnes et des cimes. Entre deux ascensions, entre le premier mouvement et l’ultime rondo, Mahler, le voyageur, s’octroie plusieurs pauses, pleinement fécondes dans la douce évocation des nachtmusiken.
On sait qu’il était alors sous l’inspiration d’une contemplation Eichendorffienne (murmures et romantisme de la seconde Nachtmusik), surtout comme il l’a écrit lui-même, il est habité par le souffle cosmique, la recherche d’un oxygène au delà de la vie terrestre, la perception d’un autre monde qui puisse lui transmettre la volonté d’affronter l’existence et de poursuivre son œuvre. Il s’agit de communier avec la nature primitive, de l’embraser toute entière, dans sa totalité énigmatique et foudroyante.

L’esprit de Pan et chant du cosmos

MAHLER-GUSTAV-SYMPH-7-annonce-concert-critique-classiquenews-Arnold_Bocklin_-_Pan_im_Schilf_(1857)Il s’agit moins ici d’un conflit de forces opposées, que l’expression quasi orgiaque, libératrice des énergies fondatrices de la nature. Accord recherché avec la vibration de l’univers, recherche d’une expression inédite et personnelle qui invoque l’esprit de Pan, que l’auteur a lui-même évoqué pour expliquer la richesse plurielle de sa musique, ou plutôt communion avec le rythme dionysiaque d’un temps nouveau, recomposé. Disons que la profusion des rythmes, des timbres, des couleurs affirment au final, une vision totalement nouvelle des horizons musicaux.
S’il y a une empreinte incontestable du destin, de sa force contraignante et barbare, il y aussi grâce à l’élan propre à la musique de Mahler, l’affirmation de plus en plus éclatant d’une restructuration active. A mesure qu’il absorbe dans l’orchestre, la résonance du chaos, Mahler semble recomposer au même moment, le chant du cosmos. La déstructuration apparente s’inverse à mesure que le principe symphonique s’accomplit. Un magma de puissances telluriques se cabre et danse ici (Scherzo).

Musique, matière cathartique
Musique audacieuse et même révolutionnaire, et sans équivalent à son époque, et dans le restant de l’œuvre, la 7ème symphonie n’en finit pas de nous interroger sur la manière de l’approcher. Tout y est contenu des sentiments mahlériens, rictus, aigreurs, pollutions et poisons, dérision, ironie et fausse innocence mais aussi, -surtout-, régénérescence à l’œuvre dans la matière sonore, ici d’autant plus fascinante qu’elle est dans la 7 ème, d’une époustouflante diversité, d’une subtile complexité (mandoline, harpe et guitare tissent dans le second Nachtmusik, plusieurs mélodies énigmatiques dont Schönberg gardera le souvenir)…

Au sein de l’intégrale des symphonies de Mahler, ce volet est l’une des expériences les plus captivantes. Et le geste du chef, qui doit y brasser l’olympien et le dyonisiaque, le diabolisme et le lumineux, la désespérance ironique et la pure joie, a le défi de s’y révèle des plus éloquents !

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