ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE : La nouvelle saison 2020 2021 / cd 7ème de Mahler

SAISON 2020 2021 de l'Orchestre National de LILLEL’ON LILLE Orchestre National de Lille a lancé sa nouvelle saison 2020 2021 : présentation des thématiques, des temps forts ; présence des femmes cheffes d’orchestre ; la résidence d’artistes… Présentation du nouveau cd des musiciens de l’Orchestre et de son directeur musical Alexandre Bloch : la 7è Symphonie de Mahler (1 cd Alpha) qui prolonge le formidable cycle des symphonies de Mahler, réalisé en 2019 – Reportage exclusif PARTIE 2 / 2 © studio CLASSIQUENEWS 2020 – Réalisation : Philippe-Alexandre PHAM – Entretiens avec François Bou (Directeur Général), Alexandre Bloch (directeur musical), Fabio Sinacori (délégué artistique)…

VOIR aussi notre REPORTAGE vidéo : Saison 2020 2021, L’Orchestre National de Lille, l’orchestre à l’épreuve de la pandémie ? Comment l’Orchestre a t il lancé sa nouvelle saison 2020 2021, comment s’adapte-t-il aux contraintes nouvelles imposées par les mesures sanitaires ? Quel est son fonctionnement en terme de relation au public, de programmation et de billetterie ? Comment le travail des musiciens se poursuit-il avant le retour de l’Orchestre au complet sur la scène ? Reportage exclusif PARTIE 1 / 2 © studio CLASSIQUENEWS 2020

LIRE aussi notre présentation de la nouvelle saison 2020 2021 de l’Orchestre National de Lille : ici

Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha

Symphonie 7 MAHLER, Alexandre BLOCH, Orchestre National de LilleCd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd AlphaDans le prolongement de leur « épopée » symphonique dédiée au Symphonies de Mahler et qui occupait une grande partie de leur année 2019, les musiciens de l’Orchestre National de Lille, et leur directeur musical (depuis 2016) Alexandre Bloch proposent ici la moins enregistrée des symphonies mahlériennes, l’une des plus personnelles aussi, et qui repousse toujours plus loin les limites expressives de l’orchestre, dans un format inédit (5 mouvements où le Scherzo « axial / central » est entouré de deux mouvements lents « Nachtmusik).

Mystérieux, et presque énigmatique, le premier mouvement de plus de 20 mn se développe avec une expertise rare des étagements et des atmosphères. Cette séquence initiale pourrait tourner indépendamment des autres qui suivent tant son développement repose sur un plan architectural à la fois ample et fermé. L’Orchestre joue heureusement des timbres des cuivres, cordes, bois et vents, dans un équilibre sonore constant, où brillent aussi des accents parfaitement maîtrisés.
La Nachtmusik 1 affirme son caractère d’enivrement étoilé, abandon dans une opulence sonore qui berce et enchante ; le chef cisèle et caresse cette ambiance de harpe céleste et nocturne (inspirée de la Ronde de Nuit de Rembrandt) ; il est sculpte le rythme de marche énigmatique et hallucinée, véritable « chant de la nuit » qui donne son titre à la symphonie.
Le Scherzo mord et déchire la toile tissée jusque là avec une étonnante précision expressive, des accents exacerbés et lascifs inédits (aux cordes principalement, violons, violoncelles et contrebasses). Comme un préfiguration de la Valse ravélienne, au développement orgiaque, ce sont des pointes plus sarcastiques que fantomatiques, un crépitement continu de timbres sculptés avec une acuité renouvelé qui découle d’une superbe cohésion collective : danse avec la mort, plutôt convulsions et hoquets (bassons) face au réalisme mortifère qui s’impose à l’esprit d’un Mahler, habité par de fulgurantes et fantastiques visions.
La Nachtmusik 2 séduit et enchante elle aussi comme l’ultime sérénade romantique ciselée en un lyrisme enivré parfois comme parodié car Mahler ne manque jamais d’autodérision ni d’ironie sur lui-même : là encore la volupté des bois, l’acuité plus âpre des cordes captivent par leur sens du relief et de la vie. Le chef saisit son caractère « amoroso » alliant à l’ironie affleurante, la sincérité amoureuse la plus tendre. De ce point de vue, la maîtrise des registres captive.
Le dernier mouvement (rondo en ut majeur) dévoile le niveau d’éloquence et de puissance, d’expressivité, d’activité poétique acquise par le National de Lille : une féerie fusionnée à la grandiloquence d’un théâtre débridé, délirant, volontiers éclectique (cf. les maintes citations musicales anciennes, baroques et classiques). La verve créative de Mahler s’y déploie sans limites, avec cette préscience du zapping musical, versatilité flexible, richesse jaillissante du génie créateur (sublimé dans la 8è à venir) : n’a t il pas dirigé l’Opéra de Vienne, connaisseur expert de tant d’opéras ?  Falstaffien, Alexandre Bloch semble nous révéler la jouissance dyonisiaque d’un Mahler enivré par sa propre invention : le rire, la joie et au delà, le bonheur de composer. S’y affirme ce goût de la construction et de l’architecture théâtrale qui s’affirmeront définitivement dans la scène colossale de la 8è (sa seconde partie CLIC_macaron_2014d’après le Faust de Goethe, véritable opéra symphonique que l’Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch ont également marqué par leur interprétation engagée : voir notre reportage vidéo de la Symphonie n°8 des mille de Mahler par Alexandre Bloch). Ici triomphe la joie assumée, l’humour le plus libre, exception parmi toutes les conclusions mahlériennes. Sublime et cohérente approche. Le directeur musical du National de Lille depuis 2016 a eu bien raison de choisir cette 7è, si peu enregistrée et encore mésestimée : la lecture est indiscutable, convaincante, d’une irrésistible intelligence. CLIC de CLASSIQUENEWS octobre 2020.

 

 

 

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Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha, enregistré en 2019 à l’Auditorium du Nouveau Siècle à Lille. Durée: 1h14mn.

CD événement, annonce. MAHLER : 7è Symphonie (Orch National de Lille / Alexandre Bloch (1 cd Alpha – 2019)

Symphonie 7 MAHLER, Alexandre BLOCH, Orchestre National de LilleCD événement, annonce. MAHLER : 7è Symphonie (Orch National de Lille / Alexandre Bloch (1 cd Alpha – 2019). C’est le prolongement et assurément le jalon le plus emblématique du cycle des symphonies de Mahler réalisé par l’Orchestre National de Lille et son directeur musical Alexandre Bloch durant l’année 2019 : cette 7ème porte en elle l’homogénéité et la grande cohérence, poétique et sonore des musiciens lillois à l’épreuve de cette épopée orchestrale. Le choix de la 7è est d’autant plus pertinent que l’engagement des interprètes s’y déploie sans limite, qu’il s’agit d’une partition encore mésestimée (à l’ombre de son pendant « tragique », la 6ème). Or la 7ème créée à Prague en 1908, offre une réflexion ardente et âpre, mordante et lyrique, enivrée aussi (ses deux Nachtmusik enveloppant le scherzo central) portée par Mahler lui-même, comme en une introspection intime où la forge instrumentale lui permet toutes les audaces sonores, toutes les combinaisons de timbres. Alexandre Bloch n’oublie pas pour autant tout ce que la création malhérienne doit à la Nature, divine et mystérieuse, source première dans son œuvre aux dimensions « cosmiques ». L’acuité expressive des CLIC D'OR macaron 200musiciens éblouit dans la sidération que produit le glaçant Scherzo (danse de mort) tandis que le Finale porte tout l’édifice à la fois victorieux et clownesque, sorte de grimace et éclat de rire face au destin et à la fatalité. L’humour et les subtiles citations de compositeurs qui l’ont précédé (et marqué comme chef), serait ainsi le secret de Mahler, enfin révélé par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille. La réalisation est majeure. Critique complète à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2020.

 

 

 

ALEXANDRE BLOCH / ON LILLE : Qu’est ce qui se passe dans la tête du chef ?

lille-ONL-alexandre-bloch-symphonie-7-mahler-critique-concert-classiquenews-MAESTRO, VIDEO inédite. ON LILLE / Alexandre BLOCH : que se passe-t-il dans la tête du chef ? Directeur musical de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch profite du confinement pour s’interroger sur sa fonction et sa finalité, sur les enjeux et les moyens du chef d’orchestre au moment du concert. Un témoignage inédit et passionnant sur le travail et les attentes du chef confronté aux partitions puis aux instrumentistes de l’orchestre pour les jouer…
Dans le cadre du cycle des symphonies de Gustav Mahler, dirigées pendant l’année 2019, Alexandre Bloch a réalisé à partir des images des captations des concerts, en particulier pendant la préparation et la réalisation de la Symphonie n°7, l’une des plus profondes, intimes et autobiographiques du compositeur, son propre montage vidéo ; comme un journal de bord où le maestro sur l’estrade et en temps réel, témoigne de son état d’esprit, de ses émotions, de son rythme cardiaque en cours de représentation (avec bonus, le spectre de ses émotions successives)… C’est un document passionnant qui immerge dans l’esprit du chef, avec en voix off, ses impressions personnelles, tout ce qui se passe dans sa tête mesure après mesure… pour chaque entrée des pupitres : hornténor, bois, cordes (violon 2, violon 1), trompettes… les harpes (13 mn le début de la symphonie! ). LIRE notre présentation complète du document vidéo : “Alexandre Bloch : Que se passe-t-il dans la tête d’un chef?”

CD à venir
L’enregistrement de la 7ème Symphonie par de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch est annoncée en septembre 2020 (1 cd Alpha). Sortie très attendue. Prochaine critique cd dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. Lille, le 18 oct 2019. MAHLER : Symphonie n°7. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

mahler-alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-annonce-critique-classiquenewsCompte-Rendu, critique, concert. Lille, Nouveau Siècle, le 18 octobre 2019. MAHLER : Symphonie N°7 (« Le Chant de la Nuit »). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch. C’est avec la 7ème Symphonie, dite « Chant de la Nuit », que se poursuit l’Intégrale des Symphonies de Gustav Mahler, initiée par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille depuis janvier dernier, toujours dans l’Auditorium du Nouveau Siècle, à la fabuleuse acoustique. La 7ème Symphonie est certainement la plus rarement jouée en concert, mais aussi la plus difficilement accessible (ceci expliquant peut-être cela…), un étrange « Chant de la Nuit » où errent des silhouettes comminatoires et où la forme semble se noyer, l’harmonie classique tendant ici à disparaître, tandis que les timbres forment parfois d’étranges et inhabituelles associations.

Explosion limpide, maîtrisée

Alexandre Bloch, en l’occurrence, accentue et exalte ce soir les ruptures, à travers une lecture à la virtuosité très nerveuse, du premier mouvement, débuté par un Tenorhorn somptueux – comme tous les solistes d’un orchestre enflammé.
Là où certains rechercheraient l’unité, Alexandre Bloch ose l’explosion, très maîtrisée cela dit, tout en gardant une remarquable limpidité des lignes et des plans. Peut-être d’aucuns pourraient arguer le trop plein de clarté dans les couleurs, comme si la direction ne tenait pas à aller jusqu’au fond de la noirceur de l’ouvrage (comme pour jeter un peu de lumière au milieu de ces ténèbres ?…). Malgré tout, une angoisse profonde traverse bel et bien la première Nachtmusik, et plus encore le Schattenhaft central, cette valse de fantômes hallucinés, qui préfigure celle – fameuse - de Ravel. La Sérénade de la seconde Nachtmusik – aux sonorités subtilement épanchées par la harpe, la guitare et la mandoline – fait entendre magistralement tout le caractère viennois de ce morceau… ce à quoi on ne peut qu’applaudir ! Directement enchaîné, le final sonne de manière cinglante, flagellé comme une course à l’abîme, concluant avec fougue et panache cette superbe exécution de la trop rare 7ème mahlérienne.

 

 

 

 

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Compte-Rendu, critique, concert. Lille, Nouveau Siècle, le 18 octobre 2019. MAHLER : Symphonie N°7 (« Le Chant de la Nuit »). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

 

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Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille © Ugo Ponte

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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Visionner la 7ème de Mahler par l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch sur la chaîne Youtube de l’Orchestre national de Lille:
https://www.youtube.com/watch?v=M1YmfTA7QyI

 

 

 

 

 

 

Explications, présentation de la 7è de Mahler par Alexandre Bloch et les instrumentistes de l’Orchestre National de Lille
https://www.youtube.com/watch?v=SmOiy596VnY

 

 

 

 

La 7ème de Mahler par l’ONL / Alexandre Bloch

mahler-alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-annonce-critique-classiquenewsPARIS ce soir. MAHLER : symphonie n°7è. ONL, A BLOCH. C’est la plus mystérieuse des symphonies de Mahler et, pour beaucoup, l’une des plus attachantes. Créée à Prague en 1908, la Symphonie n°7 , avec la 5è et 6è, compose la trilogie symphonique purement instrumentale et la plus autobiographique de Mahler. Alexandre BLOCH et le NATIONAL DE LILLE poursuivent ainsi leur odyssée symphonique mahlérienne... Dans le 7ème symphonie, les forces de la nature, divine, mystérieuse ; celles du destin impénétrable … se mêlent et fusionnent en un maelstrom des plus spectaculaire, exigeant de la part des instrumentistes, des alliages et des combinaisons de timbres inédits alors.
Cinq parties symétriques y rythment ainsi un vaste parcours intime où en miroir les deux “Nachtmusik” / « Nocturnes », vraies divagations oniriques et personnelles, (qui donnent à la symphonie le surnom de “Chant de la nuit”) développent une sorte de méditation qui prolonge tout ce qu’a pu expérimenter auparavant Beethoven dans ses Sonates pour piano ; d’abord, temps suspendu, extatique, d’oubli et de rêverie ; puis conversation enchantée, enivrée entre guitare et mandoline. Dans la 7è, Mahler réinvente le langage orchestral, sa prodigieuse palette de couleurs et de timbres, ses silences aussi, comme sa conception étagée et spatialisée. Sans omettre ses références directs et concrètes à l’élément animal auquel depuis la 3è il confère une conscience particulière : le Finale, tempétueux, fait entendre un gigantesque carillon de… cloches à vaches !

 

 

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PARIS, Philharmonie, 20h30boutonreservation
ce soir samedi 19 octobre 2019

INFOS sur le site de l’ONL / Orchestre national de LILLE : https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/chant-de-la-nuit-symphonie-n7/

Programme repris à Liège puis Courtrai :

Paris Philharmonie de Paris – Samedi 19 octobre 20h30

Liège Salle Philharmonique – Jeudi 24 octobre 20h
Infos et réservations : 0032 42 20 00 00 ou www.oprl.be

Courtrai Schouwburg – Vendredi 25 octobre 20h15
Infos et réservations : 0032 56 23 98 55 ou www.wildewesten.be

 

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Approfondir : la 7è expliquée par le chef :
La 7eme de Mahler expliquée par Alexandre Bloch et à sa manière :
https://youtu.be/SmOiy596VnY

 

Les Symphonies de MAHLER sur la chaîne youtube de l’ONL Orchestre national de Lille

Retrouvez toutes les symphonies de Mahler sur la chaîne Youtube ONLille jusqu’en avril 2020. Actuellement en ligne : Symphonies 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7.

 

 

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Arnold Böcklin : PAN (DR)

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DOSSIER SPÉCIAL 7è symphonie de Mahler 

Symphonie d’un destin

 

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsMahler nous laisse un cycle de 10 symphonies parmi les plus déconcertantes, les plus visionnaires jamais écrites. La Dixième est restée à l’état d’esquisses. A l’heure où Picasso révolutionne le langage pictural (Les Demoiselles d’Avignon, 1907), Mahler indique de nouvelles perspectives, poétiques, musicales, philosophiques aussi pour l’orchestre. Aux côtés d’une écriture autobiographique qui exprime ses angoisses et ses aspirations, en particulier les épisodes d’une existence tragique, se précise peu à peu le désir des hauteurs, un élan mystique dont l’arc tendu de la prière appelle apaisement et sérénité. Dans l’écriture, chaque symphonie est un défi pour les musiciens. Mahler y repousse progressivement les limites et les horizons de la forme classique.

Ce sont aussi l’usage particulier des timbres, le recours aux percussions, la couleur grimaçante des certains bois, la douleur, l’amertume voire l’aigreur. L’orchestre de Mahler palpite en résonance avec le cœur meurtri, durement éprouvé d’un homme frappé par le destin, mais il reconstruit aussi, un lien avec les mouvements et le souffle de la divine et mystérieuse Nature. Une nature réconfortante dont il cherchait chaque été, la proximité et la contemplation, deux éléments propices à l’écriture. Le lien au motif naturel s’exprime aussi dans la présence récurrente des animaux.

Porté par la divine Nature
Le propre de la 7 ème symphonie de Mahler est peut-être de ne présenter d’un premier abord aucune unité de plan. Cinq morceaux en guise de développement progressif, avec au cœur du dispositif, le scherzo central, encadré par deux « nachtmusiken » / nocturne. Pourtant, il s’agit bien d’un massif exceptionnel par ses outrances sonores, ses combinaisons de timbres, son propos original, certes pas narratif ni descriptif…
Plutôt affectif et passionnel, dont la texture même, extrêmement raffinée, souhaite exprimer un sentiment d’exacerbation formelle et même d’exaspération lyrique. Un sentiment dans lequel Mahler désire faire corps avec la Nature, une nature primitive et imprévisible, constituée de forces premières et d’énergie vitale que le musicien restitue à la mesure de son orchestre.
Fait important parce que singulier dans son œuvre, à l’été 1904 où il aborde la composition de cette montagne sonore, Mahler est dans l’intention de terminer sa 6 ème symphonie, or, ce sont en plus de la dite symphonie, les deux nachtmusiken qui sortiront de son esprit. Ces deux mouvements originaux à partir desquels il structurera les volets complémentaires pour sa 7ème symphonie, achevée à l ‘été 1905, à Mayernigg.

Les excursions dans le Tyrol du Sud lui sont favorables. Le contact avec l’élément naturel et minéral, en particulier des Dolomites, lui fait oublier la tension de l’activité à l’Opéra de Vienne dont il est le directeur. L’intégralité de sa 7ème symphonie est achevée le 15 août 1905.
La partition sera créée sous la direction du compositeur à Prague au mois de septembre 1908. L’accueil dès la création est des plus mitigés. La courtoisie des critiques et des commentaires, y compris des amis et proches, des disciples et confrères du musicien, dont Alban Berg et Alexandre von Zemlinsy, Oskar Fried et Otto Klemperer, présents à la création, ne cachent pas en définitive une profonde incompréhension.
Le fil décousu de l’œuvre, son sujet qui n’en est pas un, l’effet disparate des cinq mouvements, ont déconcerté. Et de fait, la 7ème symphonie sans thème nettement développé, sans matière grandiose, clairement explicitée (en apparence), demeure l’opus le moins compris, le moins apprécié de l’intégrale des symphonies. D’ailleurs, le premier enregistrement date de 1953 !

Journal symphonique
Il y a certes le sentiment de la fatalité et de la tragédie, surtout développé dans le premier mouvement, Langsam puis allegro con fuoco. Il y a aussi les relans d’amertume et de cynisme acides, les grimaces et les crispations d’un destin marqué par la souffrance et la perte, le deuil et les échecs.
Mais ce qui est imprime à l’ensemble, et lui donne son unité de tons et de couleurs, c’est la vitalité agissante, le sentiment d’un orgueil qui fait face, une détermination qui veut épouser coûte que coûte, les aspérités de la vie.
A cela s’ajoute, l’éveil du sentiment naturaliste, la contemplation des montagnes et des cimes. Entre deux ascensions, entre le premier mouvement et l’ultime rondo, Mahler, le voyageur, s’octroie plusieurs pauses, pleinement fécondes dans la douce évocation des nachtmusiken.
On sait qu’il était alors sous l’inspiration d’une contemplation Eichendorffienne (murmures et romantisme de la seconde Nachtmusik), surtout comme il l’a écrit lui-même, il est habité par le souffle cosmique, la recherche d’un oxygène au delà de la vie terrestre, la perception d’un autre monde qui puisse lui transmettre la volonté d’affronter l’existence et de poursuivre son œuvre. Il s’agit de communier avec la nature primitive, de l’embraser toute entière, dans sa totalité énigmatique et foudroyante.

L’esprit de Pan et chant du cosmos

MAHLER-GUSTAV-SYMPH-7-annonce-concert-critique-classiquenews-Arnold_Bocklin_-_Pan_im_Schilf_(1857)Il s’agit moins ici d’un conflit de forces opposées, que l’expression quasi orgiaque, libératrice des énergies fondatrices de la nature. Accord recherché avec la vibration de l’univers, recherche d’une expression inédite et personnelle qui invoque l’esprit de Pan, que l’auteur a lui-même évoqué pour expliquer la richesse plurielle de sa musique, ou plutôt communion avec le rythme dionysiaque d’un temps nouveau, recomposé. Disons que la profusion des rythmes, des timbres, des couleurs affirment au final, une vision totalement nouvelle des horizons musicaux.
S’il y a une empreinte incontestable du destin, de sa force contraignante et barbare, il y aussi grâce à l’élan propre à la musique de Mahler, l’affirmation de plus en plus éclatant d’une restructuration active. A mesure qu’il absorbe dans l’orchestre, la résonance du chaos, Mahler semble recomposer au même moment, le chant du cosmos. La déstructuration apparente s’inverse à mesure que le principe symphonique s’accomplit. Un magma de puissances telluriques se cabre et danse ici (Scherzo).

Musique, matière cathartique
Musique audacieuse et même révolutionnaire, et sans équivalent à son époque, et dans le restant de l’œuvre, la 7ème symphonie n’en finit pas de nous interroger sur la manière de l’approcher. Tout y est contenu des sentiments mahlériens, rictus, aigreurs, pollutions et poisons, dérision, ironie et fausse innocence mais aussi, -surtout-, régénérescence à l’œuvre dans la matière sonore, ici d’autant plus fascinante qu’elle est dans la 7 ème, d’une époustouflante diversité, d’une subtile complexité (mandoline, harpe et guitare tissent dans le second Nachtmusik, plusieurs mélodies énigmatiques dont Schönberg gardera le souvenir)…

Au sein de l’intégrale des symphonies de Mahler, ce volet est l’une des expériences les plus captivantes. Et le geste du chef, qui doit y brasser l’olympien et le dyonisiaque, le diabolisme et le lumineux, la désespérance ironique et la pure joie, a le défi de s’y révèle des plus éloquents !