DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012)

Verdi il trovatore dmitri tcherniakov La Monnaie juin 2012DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012). Les metteurs en scène passent…l’opéra résiste. Ou pas. On a connu son Macbeth (Verdi) à l’opéra Bastille (2008-2009), surtout à Garnier son formidable Eugène Onéguine (Tchaïkovsky)… et déjà beaucoup moins apprécié son Mozart (Don Giovanni), à  Aix 2013 : vrai ratage pour cause de décalage dépoétique et de tempo confusionnant. Las ce Trouvère de Verdi qui peut inspirer les grands metteurs en scène en dépit de l’intrigue à tort jugée compliquée du livret, confirme les délires néfastes du nouvel ex génie de la mise en scène, après les Sellars ou Zarlikovski… c’est l’éternel problème sur la scène lyrique : trop de théâtre tue l’opéra ; trop de musique dilue l’action et fait un jeu sans consistance. Pas facile de trouver l’équilibre idéal. avec Tcherniakov, on sait d’emblée que l’homme de théâtre tire la couverture vers lui et oblige l’action lyrique à rentrer dans sa grille. Pour peu que l’opéra soit surtout un théâtre psychologique, l’enjeu peut trouver une forme satisfaisante ; si comme ici, les épisodes et séquences dramatiques très contrastées composent les rebonds de l’intrigue, la lecture rien que théâtrale s’enlise. Voici donc la première mise en scène de Tcherniakov à Bruxelles. Le théâtre prime immédiatement dans un huit clos où les personnages se voit recevoir par Azucena en maîtresse de cérémonie et hôtesse pour un jeu de rôles à définir, leur fiche indiquant clairement le rôle qui leur est dévolu le temps de l’opéra.

Très vite dans une série de confrontations orales puis physiques, les vieilles haines, jalousies, passions refont surface ; ils innervent l’action présente d’une nouvelle violence, de sorte que l’opéra se fait règlement de compte… ce qui en soit est juste et pertinent puisque le trouvère raconte en réalité la réalisation d’une vengeance par enfants interposés. La Bohémienne se venge de la mort de sa mère et faisant en sorte que son meurtrier tue sans le savoir son propre frère (qu’il ne connaissait pas comme tel pendant l’ouvrage évidemment…). A trop vouloir rendre explicite les tensions souterraines, Tcherniakov produit une caricature dramatique : Luna exaspéré tue Ferrando, puis le trouvère Manrico bien que Leonora se soit donnée à lui ; cette dernière s’effondre sur le cadavre de son aîmé. A nouveau Tcherniakov en dépit de son engagement à restituer un jeu brûlant, plus psychologique que dramatique, finit par agacer par confusion, le point culminant de son travail d’implosion dramaturgique étant le final du II où des nombreux personnages sur scène (soldats de Luna, nonnes et Leonora) on ne sait plus bien qui est contre qui et pour quelles raisons toute cette foule diffuse se présente sur la scène !
Donc sur les planches, démentèlement puissant du drame verdien mais force voire violence de la reconstruction théâtrale, cependant dénuée de son suspens haletant car dès le départ (ou presque), Azucena paraissant avec les Bohémiens dès le 2ème épisode, dévoile toute la machination qui la hante donc ôte à ce qui suit tout son mystère et sa tension. Sérieux déséquilibre quand même.

Dans la fosse, Minko fait du… Minko : direction violente, contrastée parfois très brutale et engagée. Ici Verdi n’a aucune finesse; en homme d’armes voué au service du comte Luna, Ferrando (Giovanni Furlanetto) est honnête ; mais la Leonora de Marina Poplavskaya n’a rien d’ardent ni de touchant (aigus tirés et forcés donc douloureux pour l’auditeur). Le Trouvère / Manrico de Misha Didyk n’a rien lui aussi de souple et de vaillant : carré et franc comme un boxeur ; même cosntat pour le Luna de Scott Hendricks : certes le prince n’a rien de tendre mais quand même il souffre d’un amour incandescent que lui refuse Leonora (seul son air “Il balen del suo sorriso” : aveu de son désir impuissant pour la jeune femme est justement placé et plutôt vraissemblable). Seule rayonne le diamant de l’Azucena de Sylvie Brunet : couleurs du medium ardent et profond qu’atténue cependant des aigus par toujours aisés. Mais la Bohémienne ici retrouve ses droits : droit au chant rugissant et incantatoire voire halluciné, chant de vengeance et douleur haineuse…
un seul chanteur au niveau, est ce pour autant réellement suffisant ? On reste sur notre réserve. De toute évidence, ce Trouvère n’a pas la classe ni l’aplomb fantastique et onirique de la production d’Il Trovatore de Berlin (décembre 2013) sous la direction de Barenboim, avec Anna Netrebko, incandescente et touchante Leonora (dans la mise en scène très réussie de Philippe Stölzl).

Verdi : Il Trovatore / Le Trouvère. Marc Minkoswki, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Enregistré à la Monnaie de Bruxelles, en juin 2012.

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