DVD, BLU RAY, critique. COPPELIA : Bolshoi Ballet HD collection (Vikharev, Sorokin 2018 – 1 dvd BelAir classiques)

coppelia-delibes-bolshoiballet-critique-danse-compte-rendu-review-dvd-ballet-classiquenews-musique-classique-classiquenews-bac163-cover-coppliarectoDVD, BLU RAY, critique. COPPELIA : Bolshoi Ballet HD collection (Vikharev, Sorokin 2018 – 1 dvd BelAir classiques). Depuis 2012, le Ballet du Bolshoi ressuscite une nouvelle version plus romantique, assurément plus traditionnelle (décors, costumes, pantomime très inscrits dans l’esthétique d’un XVIIè repensé par la France des classes du XIXè, au début des années 1870). Ainsi dans cette chorégraphie repensée par le moderne Sergey Vikharev, d’après Enrico Cecchetti et Marius Petipa, la vision sociétale est simpliste parfois sommaire : les villageois dont font partie Swanilda (et son blé proclamé), et son fiancé, un temps volage, Frantz. La soldatesque d’autre part, celle qui fait l’admiration du jeune homme, qui chahute un tantinet le vieux Coppelius au début du II ; puis devant le seigneur, le spectacle, apothéose de la ballerina, la fiancée qui a su démasquer la poupée séductrice, la naïveté de Frantz, et aussi tuer le piège dans lequel le professeur Coppelius souhaitait emporter jusqu’à l’âme du jeune amoureux transi.

 
 
 

Coppelia version Vikharev (2009)

Le Bolshoï, un certain Classicisme nostalgique

 
 
 

bolshoi-ballet-coppelia-vikharev-dvd-blu-ray-critique-dvd-ballet-review-critique-classiquenews-danse-musique-classique-opera

 
 
 

L’astuce de Swanilda, sa loyauté pour Frantz, son désir de rompre l’enchantement dont est victime ce dernier, sa compétence pour faire échouer l’œuvre machiavélique et mécanique de Coppelius, tout en le trompant, … triomphent dans l’acte III. Après la scène où la danseuse prend la place de la poupée – tableau d’une ambivalence délicieuse où la jeune fiancée illusionne la naïveté du pseudoscientifique (en lui faisant croire qu’une mécanique pouvait atteindre la vie elle-même, et donc la grâce d’une danseuse réelle), l’acte III est un tremplin somptueux où rayonne cette même élégance d’une Swanilda, jeune épouse victorieuse. Petipa révise le conte originel d’ETA HOFMANN dont le fantastique noir et tragique réservait un destin différent au jeune couple amoureux.

La production filmée par Bel Air classiques a été diffusée en juin 2018 en direct au cinéma, depuis la scène du Bolshoi. En voici la trace. Vikharev a déjà traité parmi les grands ballets du XIXè : La Belle au bois dormant, La Bayadère, Raymonda… en s’inspirant des témoignages d’époque, en particulier les usages et la pratique dansante à Saint-Pétersbourg. On se délecte ainsi du ballet des heures totalement restitué en déploiement collectif et force groupes de danseurs.

La magie de la partition de Delibes concourt beaucoup à la réussite de ce spectacle : les danses Czardas, Mazurka (début du II) – éléments du folklore d’Europe de l’Est, en gagnent une vivacité régénérée. Portés par le tapis orchestral, d’un raffinement inouï, et d’une très belle tendresse mélodique (proche des valses de Strauss), les deux rôles principaux brillent par un naturel élastique, aussi acrobatique qu’élégant : Margarita Shrayner dans le rôle de la courageuse Swanilda captive par sa grâce constante : légère, sincère, presque naïve au I ; puis astucieuse et plus dramatique au II ; impériale et souveraine au III. L’intelligence de la danseuse suit pas à pas l’évolution de son caractère selon les péripéties de l’action… laquelle est beaucoup moins décorative qu’il n’y paraît. Loin d’être nunuche, Swanilda ose déniaiser les mâles en présence : l’amoureux transi et pâlot Frantz, le fou laborantin Coppelius, convaincu qu’il peut donner vie à une mécanique en lui transférant l’âme d’un mortel… La victoire de la danseuse passe au III par la sublimation de sa chorégraphie qui en fait une héroïne de chair, une âme valeureuse qui pense et agit.  Un modèle du genre. L’interprète requise sait ciseler ses pas et ses figures avec une flexibilité admirable et un naturel qui rompt avec la pure technicité, ailleurs, froide et glacée. A ses côtés, malgré la fragilité et la minceur psychologique du personnage de Frantz, Artem Ovcharenko, habitué de l’œuvre, convainc lui aussi, comme le rôle de comédien moins de danseur, de Coppelius dont le mûr Alexey Loparevich fait une figure de caractère, cependant parfois un peu caricaturale.
La volonté de Vikharev est d’exalter le patrimoine russe quitte à manquer parfois de légèreté ou d’équilibre dans costumes et décors. Pour être concret, l’étalage de détails et d’accessoires comme de couleurs dans l’essor des costumes brouille souvent la lisibilité des mouvements. Ce culte nostalgique d’un âge d’or de la danse au Bolshoï marque les esprits par cet hyper classicisme de la forme, auquel la souplesse naturelle des deux solistes (Swanilda et Frantz) apporte une sincérité salvatrice. A connaître indiscutablement.

 
 
 

________________________________________________________________________________________________

Delibes : Coppélia [DVD & Blu-ray]
Ballet en trois actes

Musique : Léo Delibes (1836-1891)
Livret : Charles Nuitter & Arthur Saint-Léon d’après les contes fantastiques de E.T.A. Hoffmann

Swanilda : Margarita Shrayner
Frantz Artem : Ovcharenko
Coppélius : Alexey Loparevich
Huit amies : Xenia Averina, Daria Bochkova, Bruna Cantanhede Gaglianone, Antonina Chapkina, Anastasia Denisova, Elizaveta Kruteleva, Svetlana Pavlova, Yulia Skvortsova
Coppélia (Automate) : Nadezhda Blagova
Seigneur du manoir : Alexander Fadeyechev
Bourgmestre : Yuri Ostrovsky
Chronos : Nikolay Mayorov
Mazurka : Oksana Sharova, Alexander Vodopetov, Ekaterina Besedina, Dmitry Ekaterinin
Czardas : Kristina Karasyova, Vitali Biktimirov
Aurore : Anastasia Denisova
Prière : Antonina Chapkina
Travail : Daria Bochkova, Ksenia Averina, Maria Mishina, Stanislava Postnova, Tatiana Tiliguzova
Folie : Elizaveta Kruteleva

Corps de Ballet, Acteurs et Actrices du Théâtre Bolchoï
Élèves de l’Académie Chorégraphique de Moscou

Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï
Direction musicale : Pavel Sorokin

Chorégraphie Marius Petipa, Enrico Cecchetti
Nouvelle version chorégraphique Sergey Vikharev
Scénographie : Boris Kaminsky
Costumes : Tatiana Noginova
Lumières : Damir Ismagilov

 
 
 

________________________________________________________________________________________________

Enregistrement HD : Théâtre du Bolchoï, 06/2018
Réalisation : Isabelle Julien
Date de parution : 12 avril 2019 / 1 dvd, Blu ray Bel Air classiques

 
 
 

coppelia-delibes-bolshoiballet-critique-danse-compte-rendu-review-dvd-ballet-classiquenews-musique-classique-classiquenews-bac163-cover-coppliarecto

 
 
 
 
 
 

JUSTICE. Dialogue des Carmélites version Tcherniakov, à nouveau autorisé

poulenc dialogues des carmelites DVD presentation affaire tcherniakov par classiquenews BAC461 cover BD Dialogues CarmélitesJUSTICE. La version de l’opéra de Poulenc Dialogues des Carmélites version Tcherniakov sera diffusée et éditée en DVD selon le dernier arrêt de la Cour d’appel de Versailles, en date du 30 novembre 2018. Ainsi se termine une péripétie judiciaire et artistique très passionnante. Le cas de cette production Munichoise du sommet lyrique de Poulenc avait suscité un vif débat : la liberté du metteur en scène peut-elle aller jusqu’à réécrire la partition et le livret originaux ? Oui dans le cas de Tcherniakov qui avait imaginé une nouvelle fin pour l’opéra de Poulenc, au risque de porter atteinte à sa signification et sa cohésion originelles. Ainsi selon le metteur en scène russe, Blanche de la Force sauve toutes ses consœurs du Carmel de la guillotine, alors que Poulenc respectant l’histoire, les faisait mourir, et de quelle façon, dans une fin bouleversante et terrifiante.

Liberté de l’interprète ou respect de l’œuvre originale ?

Depuis 2012, les ayants-droit de Poulenc et de Bernanos souhaitaient interdire la diffusion TV sur la chaîne Mezzo et la commercialisation du DVD et du Blu-ray de l’enregistrement du spectacle capté au Bayerische Staatsoper de Munich en mars 2010. La Cour d’appel de Versailles juge ces demandes « irrecevables », confirmant le jugement rendu par la Cour de Cassation en 2017, et condamne en novembre 2018, les appelants à payer 2000€ à chacun des défendeurs : le Land de Bavière, Bel Air Media et Mezzo au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile.

Le motif invoqué par la justice défend la créativité de l’interprète, en l’occurrence celle du metteur en scène : les choix artistiques et interprétatifs de Dmitri Tcherniakov n’ont pas mené à une « dénaturation » des œuvres de Poulenc et de Bernanos, la décision faisant prévaloir la liberté de création du metteur en scène.

QUE PENSER DE CE JUGEMENT ? Evidemment tout artiste ne doit pas être entravé dans sa démarche de création. Mais dans le cas d’une œuvre préexistante (et non d’une création ou nouvelle œuvre), il appartient aussi de respecter ce qui fait sa valeur et sa force, ce qui lui assure son sens et sa cohérence. Qu’un metteur en scène veuille réviser la signification d’une oeuvre en modifiant sa conclusion certes, mais alors que les spectateurs soient clairement informés sur ce qu’ils voient et écoutent. Imaginons de nouveaux spectateurs qui n’ont jamais vu Dialogues des Carmélites de Poulenc et en découvrent l’histoire selon la version de Tcherniakov : … Ils risquent alors d’être déconcertés en souhaitant ensuite découvrir l’oeuvre originelle. Il convient donc d’expliquer et de préciser la nature du spectacle dont il est question, qui est une « relecture » subjective. Ces choses étant dites, l’ambiguité qui fait trouble et confusion est levée. D’autres productions devraient voir le jour, suscitant des débats aussi vifs. Pour juger sur pièce, il faut évidemment voir la production munichoise ainsi filmée en Bavière en mars 2010.

Le dvd et le blu ray sont disponibles désormais sur le site de l’éditeur Bel Air classiques.

VOIR LE TEASER de Dialogues des Carmélites de Poulenc, version Tcherniakov 2010 :
https://www.youtube.com/watchv=IurMFTyM3M4&mc_cid=b3f375ada0&mc_eid=d3873e37bf

DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opéra de Toulon, janv 2018 (1 dvd Bel Air classiques)

bernstein-wonderfull-town-opera-toulon-critiqueopera-critique-opera-classiquenews-dvd-opera-janvier-2018DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opéra de Toulon, janv 2018 (1 dvd Bel Air classiques)… Toulon nous la joue sur un air de Broadway, affichant avec réussite des affinités maîtrisées avec l’esprit léger, séduisant, irrévérencieux et souvent critique de Bernstein, nouveau génie du musical américain, en particlier new yorkais. Pour preuve, après Folies et Sweeney Todd de Stephen Sondheim, cette création française de Wonderful Town (1953), belle offrande hexagonale à l’année du centenaire Bernstein 2018. L’opéra devance de 4 ans le sommet West Side Story, et déjà délivre une superbe déclaration amoureuse pour New York. La critique sociale poind en maints endroits, laissant se déployer le regard à la fois tendre mais aussi mordant du compositeur face à une ville qui gâche bon nombre de talents sans leur réserver un emploi adapté.
La grande pomme / «  Big apple », paraît donc à la fois idéalisée et aussi très décapée, sujet d’une sérieuse parodie… dans ce style de fausse badinerie mais de vraie dénonciation dont Bernstein, engagé et poète, a toujours eu le secret.
Le parti visuel de cette production toulonnaise s’inscrit davantage dans les 70’s que l’esprit incisif et glamour des années 1950. Plus Village People que Mad Men.

 

 

 

Wonderfull Town réussit sa création française
Broadway à Toulon

 

 

 

Duo épatant, à la fois naïf et plein d’espoir, les deux soeurs Sherwood, venues chercher fortune et carrière : Jasmine Roy (Ruth l’écrivaine, beauté brune plus introvertie mais moins superficielle) et Rafaëlle Cohen (Eileen la chanteuse blonde, sirène irrésistible), cette dernière fragile de silhouette; flûtée de voix, cédant aussi à la nostalgie de leur Ohio natal.

Séducteur, très présent et naturel, lui aussi, Maxime de Toledo (Robert Baker) a une stature dramatique indéniable qui rappelle combien ici le chant n’est rien sans les talents d’acteurs et de… danseurs. Il faut savoir bouger son corps dans toute comédie de Bernstein,… Broadway oblige. Ce que nous rappelle la majorité de la distribution réunie ici, en grande partie anglo saxonne. Et comme stimulée, excitée par la chorégraphie engageante et très bien réglée des 12 danseurs aux mouvements dessinés par le talentueux Johan Nus. Voilà qui rehausse le naturel des passages entres chaque séquence, intimiste, collective, du parlé au chanté, de la joie pure à l’esprit satirique (où Trump n’est pas épargné, sa casquette vissée sur le crâne…).

CLIC D'OR macaron 200L’Orchestre maison sait faire crépiter le swing dansant des instruments, en particulier les cuivres, très exposés et souvent entraînants. Enlevée, nerveuse, jamais épaisse ou ronflante, la direction de Larry Banks, familier de Broadway, conforte amplement l’enthousiasme suscité par le spectacle qui a donc relevé haut la main, le défi de la création française de cet opéra complet, onirique, déjanté, profond. Au final, 3 ans avant West Side Story, plus sombre et tragique, c’est tout Bernstein, protéiforme et poète qui se dévoile ici. Magistral.

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opéra de Toulon, janv 2018, 1 dvd Bel Air classiques). Leonard Bernstein (1918-1990) : Wonderful Town, comédie musicale en deux actes sur un livret de Joseph Fields et Jerome Chodorov ; lyrics de Betty Comden et Adolphe Green, d’après la pièce de Joseph Fields et Jerome Chodorov et des nouvelles de Ruth McKenney. Avec : Jasmine Roy, Ruth Sherwood ; Rafaëlle Cohen, Eileen Sherwood ; Dalia Constantin, Helen ; Lauren Van Kempen, Violet ; Alyssa Landry, Mrs Wade ; Maxime de Toledo, Robert Baker ; Franck Lopez, Lonigan ; Jacques Verzier, Appopolous/Premier éditeur ; Scott Emerson/Speedy Valenti / Guide / Deuxième éditeur / Shore Patrolman ; Sinan Bertrand, Franck Lippencott/Fletcher ; Julien Salvia, Chick Clark ; Jean-Yves Lange, un Client/un Policier ; Daniel Siccardi, Antoine Abello, Jean Delobel, Patrick Sabatier, quatre Policiers ; Grégory Garell, un Homme. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Toulon, direction : Larry Blank / Mise en scène : Olivier Bénézech. Chorégraphie : Johan Nus.

DVD. Stephen Sondheim : Follies (Toulon 2013, 1 dvd Bel Air classiques)

DVD. Stephen Sondheim : Follies (Toulon 2013, 1 dvd Bel Air classiques). En 1971 pour Broadway sous couvert d’un théâtre qui va fermer,  Sondheim ressuscite l’esprit revue : en une immersion nostalgique pleine de tendresse les anciennes girls reprennent le chemin des planches pour une dernière. .. dont Nicole Croisille qui nous fait aussi son solo sad mais digne,  velours et ténacité de celle qui aurait connu Gandhi et à survécu à Shirley Temple ! Un blues magnifiquement orchestré.

Ex girl des Follies

Le blues orchestral de Nicole Crosille

follies-sondiem-dvd-bel-air-classiques-classiquenews-compte-rendu-critique-opera-toulonSally Durant ex girl elle aussi, Solange le travesti et sa gouaille parisienne,   un couple de danseurs clone de Fred Astaire et Ginger Rogers, Phillys la bourgeoise alcoolique marié à Ben l’ex politique cavaleur. .. émaillent chacun à sa façon et selon ses souvenirs d’une époque révolue, les séquences d’une grande séance de remémoration collective.
Sur scène, il y a double action : le présent des acteurs chanteurs de la revue passée,  abonnés au souvenir,  et plus haut sur une passerelle les artistes de l’époque qui surgissent du passé. Sondheim travaille sur ce croisement fertile en péripéties scéniques : présent et passé.  Chacun se remémore ce qu’il était et avec qui il a fricoté 30 ans auparavant.
C’est un peu la réunion des anciens avec toute l’inventivité que permet le Musical dans l’alternance du parlé et du chanté. Tous les artifices – subtils-, du genre tend à ressusciter un temps d’avant. Chacun se souvient,  l’arme à l’oeil, et entone sa chanson, résumé de toute une vie comptant ses premières illusions,  ses désirs, ses attentes frustrées… et toujours chevillée au corps/coeur,  la passion de Broadway, l’ivresse des planches comme un baume. Le temps de la représentation, passé et présent fusionnent. .. quand les chanteurs se confessent,  évoquent un passé d’insouciance trépidant, épuisant, ils donnent la matière de la soirée proprement dite. D’anciennes amours sont avouées, ressurgissent (ainsi Sally et Ben), mais Sally ne regrette en rien sa vie présente parce que son Buddy est là. Pourtant cela bascule aussi dans la thérapie des couples en crise. Peu à peu, l’action tourne au vinaigre domestique et les femmes règlent leur compte avec leur mari narcissique… il faut toute la magie de Loveland, au II pour comprendre que l’amour est un vaste mensonge, et qu’enfin l’esprit revue est la forme la mieux aboutie pour exprimer cette amère désillusion. Au terme de l’expérience, chacun doit assumer les choix du passé. Ni plus ni moins.

CLIC D'OR macaron 200Chef enjoué,   instrumentistes sensuels,   chanteurs suggestifs. .. tous jouent la carte de la suggestion fine. Pas de fautes de distribution dans cette succession de réitérations attendrie où surgissent aussi des séquences délirantes plus caractérisées. .. avec point fort les 7 girls ex de la revue des Follies qui nous refont le grand numéro chanté dansé du miroir. .. Qui est cette femme qui rit tout en ravalant se larmes ?

Clin d’oeil nostalgique aux revues de Broadway, Follies n’est peut être pas le drame le plus haletant de Sondheim mais son charme nostalgique opère incontestablement.

DVD. Stephen Sondheim : Follies, comédie musicale en deux actes (1971). Livret de James Goldman, paroles et musique de Stephen Sondheim. Graham Bickley, Liz Robertson, Jérôme Pradon, Charlotte Page, Nicole Croisille, Sarah Ingram, Denis d’Archangelo… Orchestre et chÅ“ur de l’Opéra de Toulon. David Charles Abell, direction. Olivier Bénézech, mise en scène. Enregistré à Toulon en mars  2013, 1 dvd Bel Air classiques.

DVD, annonce : Brokeback Mountain de Charles Wuorinen d’après Annie Proulx (1 dvd Bel Air Classiques annoncé le 24 février 2015).

brokeback-mountain-dvd-bel-airclassics-real-madrid-dvd-gerard-mortierDVD, annonce : Brokeback Mountain de Charles Wuorinen d’après Annie Proulx (1 dvd Bel Air Classiques annoncé le 24 février 2015). L’opéra commandité par Gérard Mortier n’est pas la simple adaptation du film d’Ang Lee (2005) ; c’est une recréation lyrique de l’atmosphère originale de la nouvelle où le souffle des éléments (la narration s’intéresse au destin de deux garçons gardiens de moutons dans le Wyoming), et la présence permanente de la Montagne, à la fois sauvage et fascinante, joue un rôle fondamental. Le milieu naturel hostile et enveloppant sert de cadre à l’idylle qui se noue durant l’été 1963. Pour l’opéra, la collaboration entre le compositeur et l’écrivain Annie Proulx, librettiste de la partition, a permis de développer certains détails et d’introduire de nouveaux personnages.

Le metteur en scène Ivo van Hove aborde sans pathos l’histoire d’amour entre les deux cowboys incarnés par le baryton Daniel Okulitch (Ennis del Mar) et le ténor Tom Randle (Jack Twist).

L’opéra, dont la création mondiale a eu lieu à Madrid le 28 janvier 2014, fut la dernière commande de Gérard Mortier en tant que directeur artistique du Teatro Real. La publication du dvd est dédiée à sa mémoire. Prochaine critique développée dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com au moment de la parution du dvd Brokeback mountain, soit le 24 février 2015.

DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012)

Verdi il trovatore dmitri tcherniakov La Monnaie juin 2012DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012). Les metteurs en scène passent…l’opéra résiste. Ou pas. On a connu son Macbeth (Verdi) à l’opéra Bastille (2008-2009), surtout à Garnier son formidable Eugène Onéguine (Tchaïkovsky)… et déjà beaucoup moins apprécié son Mozart (Don Giovanni), à  Aix 2013 : vrai ratage pour cause de décalage dépoétique et de tempo confusionnant. Las ce Trouvère de Verdi qui peut inspirer les grands metteurs en scène en dépit de l’intrigue à tort jugée compliquée du livret, confirme les délires néfastes du nouvel ex génie de la mise en scène, après les Sellars ou Zarlikovski… c’est l’éternel problème sur la scène lyrique : trop de théâtre tue l’opéra ; trop de musique dilue l’action et fait un jeu sans consistance. Pas facile de trouver l’équilibre idéal. avec Tcherniakov, on sait d’emblée que l’homme de théâtre tire la couverture vers lui et oblige l’action lyrique à rentrer dans sa grille. Pour peu que l’opéra soit surtout un théâtre psychologique, l’enjeu peut trouver une forme satisfaisante ; si comme ici, les épisodes et séquences dramatiques très contrastées composent les rebonds de l’intrigue, la lecture rien que théâtrale s’enlise. Voici donc la première mise en scène de Tcherniakov à Bruxelles. Le théâtre prime immédiatement dans un huit clos où les personnages se voit recevoir par Azucena en maîtresse de cérémonie et hôtesse pour un jeu de rôles à définir, leur fiche indiquant clairement le rôle qui leur est dévolu le temps de l’opéra.

Très vite dans une série de confrontations orales puis physiques, les vieilles haines, jalousies, passions refont surface ; ils innervent l’action présente d’une nouvelle violence, de sorte que l’opéra se fait règlement de compte… ce qui en soit est juste et pertinent puisque le trouvère raconte en réalité la réalisation d’une vengeance par enfants interposés. La Bohémienne se venge de la mort de sa mère et faisant en sorte que son meurtrier tue sans le savoir son propre frère (qu’il ne connaissait pas comme tel pendant l’ouvrage évidemment…). A trop vouloir rendre explicite les tensions souterraines, Tcherniakov produit une caricature dramatique : Luna exaspéré tue Ferrando, puis le trouvère Manrico bien que Leonora se soit donnée à lui ; cette dernière s’effondre sur le cadavre de son aîmé. A nouveau Tcherniakov en dépit de son engagement à restituer un jeu brûlant, plus psychologique que dramatique, finit par agacer par confusion, le point culminant de son travail d’implosion dramaturgique étant le final du II où des nombreux personnages sur scène (soldats de Luna, nonnes et Leonora) on ne sait plus bien qui est contre qui et pour quelles raisons toute cette foule diffuse se présente sur la scène !
Donc sur les planches, démentèlement puissant du drame verdien mais force voire violence de la reconstruction théâtrale, cependant dénuée de son suspens haletant car dès le départ (ou presque), Azucena paraissant avec les Bohémiens dès le 2ème épisode, dévoile toute la machination qui la hante donc ôte à ce qui suit tout son mystère et sa tension. Sérieux déséquilibre quand même.

Dans la fosse, Minko fait du… Minko : direction violente, contrastée parfois très brutale et engagée. Ici Verdi n’a aucune finesse; en homme d’armes voué au service du comte Luna, Ferrando (Giovanni Furlanetto) est honnête ; mais la Leonora de Marina Poplavskaya n’a rien d’ardent ni de touchant (aigus tirés et forcés donc douloureux pour l’auditeur). Le Trouvère / Manrico de Misha Didyk n’a rien lui aussi de souple et de vaillant : carré et franc comme un boxeur ; même cosntat pour le Luna de Scott Hendricks : certes le prince n’a rien de tendre mais quand même il souffre d’un amour incandescent que lui refuse Leonora (seul son air “Il balen del suo sorriso” : aveu de son désir impuissant pour la jeune femme est justement placé et plutôt vraissemblable). Seule rayonne le diamant de l’Azucena de Sylvie Brunet : couleurs du medium ardent et profond qu’atténue cependant des aigus par toujours aisés. Mais la Bohémienne ici retrouve ses droits : droit au chant rugissant et incantatoire voire halluciné, chant de vengeance et douleur haineuse…
un seul chanteur au niveau, est ce pour autant réellement suffisant ? On reste sur notre réserve. De toute évidence, ce Trouvère n’a pas la classe ni l’aplomb fantastique et onirique de la production d’Il Trovatore de Berlin (décembre 2013) sous la direction de Barenboim, avec Anna Netrebko, incandescente et touchante Leonora (dans la mise en scène très réussie de Philippe Stölzl).

Verdi : Il Trovatore / Le Trouvère. Marc Minkoswki, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Enregistré à la Monnaie de Bruxelles, en juin 2012.

DVD. Music lovers (Tchaïkovski revisité par Ken Russel, 1971)

DVD. Ken Russel: Music lovers (Bel Air classiques)

DVD russell music-lovers bel-air_classiquenews_Russel_tchaikovski_symphonie_pathetiqueKen Russell : The music lovers (1971, réédition). En 1971, le réalisateur provocateur Ken Russel (1927-2011) auteur des Diables (fantaisie baroque tout aussi déjantée), futur auteur de Mahler, Lisztomania et de Valentino (avec Noureev), s’empare ici de la vie de Tchaïkovski pour en faire un biopic psychédélique, souvent hystérique mais aussi façonné dans ses délires exacerbés comme une comédie musicale qui déborde de son propos classique vers la pure fiction débridée version Terry Gilliam. Aujourd’hui, c’est moins l’histoire traitant d’un mythe homosexuel qui heurte que la forme déjantée de l’objet cinématographique dont bon nombre d’effets et de séquences confinent à l’opéra, empruntant au genre musical des poses et des situations plutôt artificielles, excessives voire parodiques : Russel semble donc pleinement assumer ses emprunts au genre parfois larmoyant d’un surromantisme sirupeux (pas une scène sans ses cris, ses élans passionnés, ses déchaînements en tout genre).

biopic psychédélique

Comme souvent chez Russel, l’homme y passe un scanner complet, dévoilant ses tares, ses faiblesses, ses vertiges non analysés qui devant la caméra produisent la pathologie d’une démence individuelle et collective (c’était le même sujet dans les Diables). Le héros Piotr est traité tel un animal passionné donc exacerbé, aux sursauts excessifs qui voisinent avec la surenchère la plus débridée. Les puristes et musicologues n’y retrouveront certes pas le compositeur, bourgeois et secret, réservé et pudibond dans ce portrait au romantisme caricatural, semé de visions défigurées où les gros plans sur les visages, les mouvements de caméras et les nombreux plans séquences, superbement réalisés d’ailleurs, indiquent toutes les obsessions jusqu’à la folie d’un ” héros ” plutôt habité par l’obsession et l’angoisse de l’échec amoureux. Piotr veut se fondre dans le moule social au risque de se perdre dans un mensonge dangereux: exit son amant fortuné (Chilouski/Christopher Gable), mais mariage expédié avec Antonia Milioukova (Glenda Jackson) dont Russel fait une nymphomane libérée qui après avoir séduit un officier éthylique, fait l’assaut du compositeur déjà fragilisé par ses pulsions mal vécues (Richard Chamberlain)… le professeur au Conservatoire de Moscou croise aussi le chemin de la Comtesse Von Mack (Izabella Telezynska) qui mélomane névrosée s’éprend elle aussi jusqu’à la folie de la musique du divin Piotr. Toute la matière du film balance entre ses 3 personnages, chacun favorable et protecteur puis sombrant soit dans la haine dénonciatrice (l’amant éconduit), soit dans le lynchage (la comtesse) ou la … folie (Nina).

Et la musique est omniprésente, structurant même les développements imagés, inféodant à la caméra ses mouvements, sa chorégraphie propre; les cadrages serrant au plus près les protagonistes selon le rythme de chaque partition choisie. A l’époque où Piotr rencontre et épouse Nina, il compose l’opéra Eugène Onéguine dont la fameuse lettre des aveux écrite par Tatiana (à Onéguine) se confond dans le film de Russel, avec celle que lui adresse alors Antonina tombée amoureuse du musicien… L’air de la lettre (chanté en anglais) inspire une scène parmi les plus kitsch du film conférant à la sensibilité du réalisateur britannique un style proche du musical. L’imagerie de Russel nourrit les visions terrifiantes de Piotr-Chamberlain: quand ses ennemis tirent au canon dans sa direction pour mieux l’abattre… tout cela réalise une fiction expressionniste, hallucinogène et magistralement décadente, dont les tares cachées du musicien sont outrageusement dévoilées sous la lorgnette du cinéaste voyeur avec ce goût assumé pour les envolées lyriques non dénuées d’humour et de délire (voir la scène de la nuit dans le train quand les mariés quittent saint-Pétersbourg pour Moscou: chevauchée terrifiante pour le musicien confronté à la nudité du corps et du sexe féminin !).

Evidemment tout cela paraît un rien soit outrancier soit systématique, mais la réalisation des plans séquences, l’imaginaire si fantasque et cynique du Russel sur le motif tchaïkovskien relève d’une forme personnelle qui saisit par son sens du rythme et des passages contrastés : Milos Forman en fera bon usage dans son Mozart à venir : l’illustration des fantasmes qu’inspirent à Nina la musique de Piotr jouant son Concerto pour piano et cette chevauchée en calèche qui court selon la digitalité enfiévrée du compositeur est emblématique de tout le film : délirant, déjanté et finalement souvent comique.

Même si l’irrévérence du cinéaste défigure l’image de Tchaïkovski, par sa liberté formelle et ses audaces d’écriture, le film de Russel reste saisissant, réussissant en particulier le choc du cinéma et de la musique classique en une course échevelée aux visions hallucinées.


Ken Russell : The music lovers. La Symphonie pathétique. Réédition. 1 DVD Bel Air Classiques (2012). BAC 091