DVD. Rossini : Otello (Bartoli, Zurich, 2012)

rossini otello bartoli osborn tang zurich 2012DVD. Rossini : Otello (Bartoli, Tang, Zurich, 2012). Cecilia Bartoli fait toute la valeur de cette production zurichoise enregistrée ici lors de sa première présentation en 2012 avant sa reprise récente à Paris (TCE, avril/mai 2014). La mezzo est Desdemona, soulignant combien avant Verdi, le profil des protagonistes est finement ciselé sur le plan musical. L’amoureuse victimisée saisie par la jalousie dévorante du maure y paraît dans toute l’étendue du mythe romantique. A l’aune du ténébrisme shakespearien, soulignons comme une arche progressive, l’intensité d’une voix furieuse au I et II, jusqu’à la prière intérieure, déchirante du III. Les contrastes sont éblouissants, l’intelligence dramatique fait feu de tout bois avec un raffinement expressif et vocal, indiscutable. Sa stature tragique s’impose sur scène, à l’écran et de toute évidence en objet uniquement sonore : sans la réalisation scénique et visuelle, sa Desdemona marquerait de la même façon les esprits et les oreilles.

Pour Bartoli et rien que pour elle …

A ses côtés, l’Otello d’Osborn est honnête malgré des aigus plutôt serrés ; plus vibrant et palpitant, donc libre dramatiquement, le Rodrigo de Camarena. Moins évident et naturel le Iago de Rocha, plus contraint et poussé. Evidemment, la mécanique seria rossinienne n’échappe pas au chef Muhai Tang mais son manque de « laisser respirer », ses absences de suspensions sur le fil du verbe languissant ou frénétique, marque les limites d’une direction pointilleuse, étrangère à tout souffle embrasé. Heureusement les instruments d’époque de La Scintilla (l’orchestre sur instruments anciens de l’Opéra de Zurich) apporte une couleur spécifique, très à propos avec le souci linguistique de l’excellente Bartoli.

Moins inspiré qu’auparavant, le filon jusque là poétique Caurier et Leiser dessine un drame vénitien sans aucune ombre ni finesse : une succession de gags et d’idées gadgets qui rétrécisse le mythe romantique et passionnel, en fait divers vériste, misérabiliste, d’une austérité asphyxiante qui atteint les idées même de l’actualisation. Pas sûr que l’image lolita addicted à la bière de Desdemona renforce ou éclaire le jeu de la diva romaine qui n’a pas besoin de tels détails anecdotiques pour sortir et déployer sa fabuleuse furià lyrique (on atteint un comble de ridicule quand la chanteuse s’asperge de bière : mais bien sûr pour rafraîchir son tempérament embrasé ??!!)… L’intelligence eut été d’éviter de tels écarts. Décidément, pour Bartoli et rien que pour elle.

Gioachino Rossini (1792-1868): Otello ossia Il Moro di Venezia. Cecilia Bartoli, John Osborn, Peter Kalman, Javier Camarena, Edgardo Rocha, Liliana Nikiteanu, Nicola Pamio, Ilker ArcayĂĽrek. Orchestra La Scintilla. Muhai Tang, direction (1 dvd Decca).

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